ce mal qui tient à la peau du poète, c'est cette sensation d'être exilé de ce monde supérieur où réside son âme et la voix qui parle en lui, de devoir attendre sans jamais savoir quand aura lieu la prochaine rencontre, s'il traversera à nouveau le puits de lumière, se retrouvera au sommet de la montagne au pays de sa lumière.

C'est une sorte de spleen. Plus tard viendra d'autres certitudes qui tenteront d'étouffer ce malaise et plus il avancera en âge, plus le poète acceptera de devenir sage car l'attente ne sera plus longue. Le grand passage est prêt et il en connaît tous les détails. Il n'aura plus mal car il revient au pays de sa source, au pays de celui qui vit en lui. L'autre voilier est prêt pour franchir l'univers.

Plus tard je chanterai le Miserere d'Allegri et je découvrirai la force céleste de cette musique, celle que Mozart à 14 ans sut transcrire de mémoire après une seule audition, un Vendredi saint, dans la chapelle Sixtine.

Musset l'a dit également : les chants les plus désespérés sont les plus beaux car les poètes savent que tout de suite après le désespoir humain de la mort du corps charnel, il y a autre chose : la félicité de revenir dans notre demeure d'éternité auprès de ceux qui nous aiment... où du moins qui aiment les poètes, même si d'autres sur terre ne les aiment guère.

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