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David Graeber: «La bureaucratie permet au capitalisme de s’enrichir sans fin»

Actualités du 23 octobre 2015

 

 Lors de la présentation de son dernier livre en France : Bureaucratie, l’auteur multiplie les interviews qui ont le don de nous interpeller par le niveau d‘imprécision et de confusion de l’analyse présentée. D’où nos réponses sur quelques points que nous avons retenus.

 Extrait de l’interview accordé à Libération le 16 octobre 2015

« Arrêtons avec l’idée qu’il n’y a qu’une seule façon de diriger une société sur le plan technique. En tant qu’anthropologue, j’ai pu observer qu’il y avait des centaines d’autres modèles économiques. Les gens répondent «c’était avant». Mais pourquoi y avait-il des centaines façons d’organiser l’économie jadis et une seule aujourd’hui avec l’informatique ? La technologie n’était-elle pas censée nous donner plus d’options ? Il y a des tas de choses à inventer pour installer une économie qui maximiserait la liberté individuelle. On ne sait pas encore quel modèle émergera. L’histoire ne se produit pas avec quelqu’un qui arrive avec un plan prêt à l’emploi. »

Réponse :

Graeber avance, il fait dorénavant le lien entre « les emplois à la con » et la bureaucratie. Il lui manque dans son analyse la distinction entre système de pouvoir et organisations en réseaux. La bureaucratie est l’élément central de la soumission des populations organisée par les dirigeants du système. Lorsqu’un mouvement spirituel qui utilise la première source humaine de savoir dans une organisation en réseau, se transforme par la volonté d’une minorité en système de pouvoir religieux et théocratique, le point de départ est la rédaction de dogmes, de vérités toutes faites que les fidèles doivent respecter sans se poser de question si possible. Ensuite la théocratie va personnaliser son discours et réglementer toute la vie des fidèles : les vêtements, la nourriture, la travail et le repos, la sexualité, la vie en couple et les enfants. Il en a été de même avec la bureaucratie méthodique de la Shoah pour arriver au génocide industrialisé dans les camps de la mort. Il en va de même pour le système de pouvoir économique capitaliste qui développe le conformisme et si possible la soumission librement consentie à son gouvernement mondial des plus riches, l’oligarchie financière anglo-saxonne, sachant que pour eux, il n’y a pas d’autre alternative.

 La technologie en elle-même ne nous donne pas automatiquement plus d’option. Un informaticien vous demandera de lui présenter plusieurs possibilités de décision et il verra laquelle se prête le mieux à un processus informatisable pratique pour l’utilisateur et sans erreur de programmation. Le point de départ d’une organisation humaine reste le principe de subsidiarité et l’élaboration de la solution optimale puis l’alliance des contraires qui adapte cette solution optimale aux particularités locales. Cette manière d’organiser une société à partir du niveau local et sans bureaucratie nous vient de l’Égypte et de la Grèce antique, les savant grecs ayant été se former sur les bords du Nil. Il ne s’agit pas de venir avec un plan prêt à l’emploi mais de restaurer les principes de vie des civilisations les plus florissantes. Le poète s’y attache : « si l’écho de leur voix faiblit, nous périrons » Paul Eluard.

 

Extrait :

« Je me suis penché sur le cas de JP Morgan, la plus grosse banque américaine et la sixième plus grosse entreprise au monde, selon Forbes. J’ai été sidéré d’apprendre que 70 % de leurs revenus viennent de frais et de pénalités appliquées aux clients .../... Si on y réfléchit bien, les bénéfices des plus grandes entreprises capitalistes sont rendus possibles par l’édictions de règles utopistes impossibles à respecter. Tout le monde doit être capable d’équilibrer ses comptes et de se conformer aux règles des banques, mais elles savent très bien que la plupart des clients en sont incapables. Voilà comment leur «utopie» bureaucratique leur permet de s’enrichir sans fin » …/…

 « Nous vivons dans un modèle économique erroné où les emplois mettent en avant la fonction sans se préoccuper de ce qu’ils produisent et, souvent, ce n’est rien du tout. J’avais écrit un article sur le phénomène des «boulots de merde», ces emplois qui ne produisent rien. Le sujet est évidemment tabou ». 

 Réponse :

L’utopie provient justement de cette impossibilité à tout réglementer. Graeber en tant qu’anthropologue devrait se souvenir de Malinowski qui ne sachant pas voir derrière la magie utilisée dans les îles Trobriands, l’utilisation de la première source humaine de savoir, la démarche individuelle initiatique et spirituelle, a préféré s’en tenir à la deuxième source de savoir, la source intellectuelle pour fonder le fonctionnalisme qui a ensuite dérivé dans le structuralisme. La magie correspond alors à une fonction sociale et non plus à une source individuelle de savoir spirituel. Nous avons montré comment ces théories intellectuelles avec l’utilisation au départ de la casuistique, ont voulu sélectionner des situations particulières pour en tirer des modèles généraux. La bureaucratie repose bien sur des utopies et les systèmes de pouvoir ne fonctionnent qu’à partir de valeurs mythiques, des idéaux qui ne seront jamais mis en pratique à travers l’ensemble d’une société. Le poète a choisi : plutôt que les valeurs républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité, il défend les valeurs humaines d’amour et de paix, comme les Moso ont su les vivre durant au moins deux millénaires et tant d’autres peuples premiers, sans oublier l’ Égypte antique pendant plusieurs millénaires également. Que défend-t-il David Graeber et peut-il préciser ce qu’est la non-utopie ?

 

Extrait :

« Les gens sont parfaitement capables d’arriver à des décisions raisonnables tant qu’ils croient pouvoir le faire, mais il y a une propagande constante qui leur dit le contraire. Je travaille en ce moment avec un archéologue sur l’origine de l’inégalité sociale qui viendrait de la complexification des sociétés, du changement d’échelle des villes. Tout cela est faux. Les sociétés originelles de grande échelle, comme en Mésopotamie, étaient égalitaires. Alors qu’il existe des grandes villes qui fonctionnent sur un système égalitaire, il est très difficile de trouver une famille égalitaire. L’inégalité vient de la base. L’échelle ne veut rien dire, le problème vient de la petite échelle. »

Réponse :

A force de ne pas utiliser dans l’analyse le cadre de référence des organisations en réseaux de vie pour les opposer aux systèmes de pouvoir, voilà le niveau de conclusion de David Graeber. Les dirigeants des systèmes de pouvoir divisent pour régner, plus ils s’enrichissent plus il développent les inégalités sociales pour que les tyrans puissent gouverner sans opposition dangereuse pour leurs intérêts personnels. Ce constat est lui aussi millénaire et les citations sont nombreuses sur ce point :

 " Il est aussi dans l'intérêt d'un tyran de garder son peuple pauvre, pour qu'il soit si occupé à ses tâches quotidiennes qu'il n'ait pas le temps pour la rébellion." Aristote.

«La tyrannie d'un prince dans une oligarchie n'est pas aussi dangereuse que l'est l'apathie des citoyens dans une démocratie», Montesquieu (1689-1755)

" Le monde est dangereux à vivre non à cause de ceux qui font le mal mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire ". - A. Einstein

« La seule chose qui permet au mal de triompher est l'inaction des hommes de bien ». Edmund Burke (1729-1797)

L’indifférence, l’inaction, la soumission et l’attitude de passivité avec son comportement le plus grave : dire oui contre son gré, sont bien le résultat des entreprises agressives et manipulatrices des dirigeants des systèmes de pouvoir. Dans les réseaux de vie, les assemblées populaires locales sont actives et mettent en oeuvre les solutions optimales. L’utilisation de la première source de savoir, la source spirituelle écarte toute référence au bien et au mal, trop vague distinction intellectuelle pour parler des puissances du monde supérieur et du monde double. Sur le chemin initiatique qui répond à ses raisons de vivre, l’être humain apprend à vivre sans peur et sans reproche. Un anthropologue qui sait écouter et comprendre les cultures des peuples premiers à propos des mystères de la vie tout comme écouter les poètes sur l’ensemble des continents, devrait lui aussi arriver à ce niveau de conscience clairvoyante sur nos manières bénéfiques et constructives de vivre ensemble notre condition humaine sur la planète Terre, particulièrement instable parmi les univers d’énergie de vie.

 

Autre article du Nouvel Observateur du 09/10/2015

Extrait : 

« Là encore, Graeber prend le contre-pied du discours dominant: à ses yeux, moins que l’hypertrophie de l’Etat, c’est l’extension infinie du champ économique qui explique l’existence des comptables, juristes, certificateurs, contrôleurs, évaluateurs... «Il faut mille fois plus de paperasse pour entretenir une économie de marché que la monarchie absolue de Louis XIV», écrit-il. »

Réponse :

Cette référence historique est juste, la nuance est évidente : Louis XIV voulait imposer l’absolutisme royal en France et devait combattre la menace des autres monarchies tout comme celle des mouvements internes qui refusaient cette prétention tyrannique, principalement l’hostilité des protestants dont la pratique de la justice sociale chrétienne se heurtait à l’aristocratie et à la monarchie. L’économie de marché est une doctrine utopique et fausse qui sert de fondement à la mondialisation, la nouvelle forme de colonialisme politique et économique qui mène au gouvernement mondial des 1% les plus riches dans l’humanité actuelle. Admettons la mesure énoncée par David Graeber : mille fois plus de paperasse et des millions d’emplois inutiles de bureaucrates. L’automatisation de la bureaucratie est en marche, qu’allons nous faire sans aucun emploi inutile du tout ? Nous occuper des plus pauvres et miséreux de la Terre, des migrants poussés chez nous par leurs guerres et leurs crises financières. Et après ?

 Savent-ils établir la relation humaine entre l’amour qui dépasse notre condition humaine et le basculement cyclique de l’axe de la terre qui détruit la vie ? Ce mystère de l’Apocalypse transmis à Dendérah à celles et ceux qui sortaient vivant de leur plus haute épreuve initiatique reste certes tabou pour les dirigeants de nos systèmes de pouvoir aussi bien économiques que théocratiques, pourtant chaque jour les découvertes scientifiques et l’utilisation des technologies informatiques nous attestent de sa réalité vivante et sans paperasserie nourrie d’utopies chimériques par la folie de pouvoir de quelques abrutis d’argent et de conquêtes matérialistes. Dans ce mystère, il y a la renaissance sans fin de la vie et justement elle ne disparaît pas mais reprend le dessus alors que des minorités utilisent le pouvoir confisqué aux peuples pour les condamner à l’ignorance et à la pauvreté. Et c’est normal, bien normal puisque ces dirigeants n’utilisent que le savoir rationnel, intellectuel avec les mythes, les idéaux et les utopies nécessaire à leur prétention de domination. Et c’est tout aussi évident que celui ou celle qui vient détruire ces mythes, ces idéaux, ces utopies, ces emplois bidons et cette bureaucratie asservissante, utilise d’abord la première source humaine de savoir et sa complémentarité avec la seconde dans un savoir global capable de marier les cultures, les centaines, les milliers de cultures humaines là où elles vivent pour répondre à nos raisons de vivre libre, sans peur et sans reproche. 

Pour défendre nos raisons de vivre et nos valeurs humanistes dans nos réseaux citoyens de vie, notre première source de savoir nous pousse à d'abord dire NON devant les méfaits et injustices des dirigeants des systèmes de pouvoir. Puis sans peur et sans reproche, nous formons nos bataillons de résistance et nous chassons les tyrans de nos cités. Essayez toujours de faire pareil avec uniquement la deuxième source de savoir, avec vos raisonnements et vos idées intellectuelles même les plus élaborées ? Vous resterez certainement pensif sur votre bureau devant tant de vacuité dans votre carrière professionnelle. Vous auriez voulu être un artiste, pour retrouver en vous l'enfant médium déjà si ingénieux pour utiliser ses deux cerveaux et sa connexion à la vie d'après la vie humaine, l'enfant poète qui bouscule les limites de son imagination pour tâter de la surréalité et de la conscience du voyant, celle qui voit que la paperasse et les règles bureaucratiques vous assomment de travail stressant alors que vos maîtres s'enrichissent sans fin. Pourtant Alfred de Musset en avait fait le constat après les péripéties de la révolution de 1789, de l'empire napoléonien, de la restauration de la monarchie : « Mais toute puissance sur terre meurt quand l’abus en est trop grand. Il n’est pas de pouvoir qui n’aille à ses limites, puis au-delà. ».

Au-delà il meurt non parce qu' une loi historique le décide ainsi mais parce qu'une minorité active avec l'utilisation de nos deux sources de savoir chasse les tyrans. Encore faut-il qu'elle sache utiliser les principes qui fondent les organisations en réseaux de vie. Celles qui ne connaissent pas la distinction entre économie marchande et non marchande, public et privé, état, entreprise et bureaucratie et le vol du travail de tous au profit d'une infime minorité de riches. Celles qui utilisent la complémentarité de nos deux sources de savoir, des trois formes de propriété, la complémentarité entre subsidiarité et alliance des contraires et ceci suffit amplement sans rajouter de la paperasse inutile. Il serait temps que David Graeber le sache aussi... Il y a de quoi s'indigner entre Indignés.

A moins que David Graeber ne s'arrête pas en chemin et ayant quelque peu fréquenté la JP Morgan et constaté comment elle endettait ses clients pour faire fortune, il aille jusqu'à la propriété de la famille Morgan sur Jekill Island, se souvienne des jours de fin novembre 1910 et comprenne que le fait générateur au pouvoir des financiers est la captation, le vol, le hold up sur la création de la monnaie. David pourrait alors lui aussi disserter et s'activer sur le retour de la monnaie pleine entre les mains des citoyens et de leurs élus, sur la fin de l'argent dette. Il n'empêche, la remise en place de la monnaie pleine, si sur le plan technique bancaire ne pose pas de difficultés, entraîne le débranchement de la bureaucratie, la fin de la soumission des citoyens au pouvoir de l'oligarchie financière anglo-saxonne, la suppression des emplois bidons, etc. Il s'agit d'un changement de culture, de l'abandon du système de pouvoir économique capitaliste pour remettre en place nos réseaux citoyens de vie. Ancien enseignant à Yale, David connaît l'expérience de Milgram, la mise en état agentique des citoyens pour qu'ils soient capables d'accomplir des ordres contraires à leur conscience bien au delà du simple conformisme ou de la soumission librement consentie. Il connaît comme nous le rôle du bon degré d'anxiété à maintenir parmi les populations pour entretenir cette soumission. Il devrait connaître alors comment mettre en place un contre-pouvoir capable d'éliminer un pouvoir honni et despotique. La monnaie pleine se mérite avec audace, détermination, transparence. La monnaie est un lien, un lien entre générations, il ne suffit pas de changer le lien, il faut encore s'occuper de tout ce qu'elle relie et c'est là le plus important : le travail de production et de répartition des richesses produites par les êtres humains dans le cadre de valeurs humanistes, du moins ce sont elles que nous voulons remettre au coeur du fonctionnement de nos sociétés.

 

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