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La circulation monétaire
Dame Ginette, Sieur Albert ...
ou la circulation monétaire, une question d’immoralité… avec aussi les grands-pères Keynes, Schumpeter et oncle Al Capone.
Avant d’arriver aux crises financières actuelles, nous allons partir de l’exercice suivant sur la circulation monétaire pris dans un manuel d’économie.
Afin de séduire Mlle Ginette, M. Albert, modeste employé, imagine le stratagème suivant. Rassemblant ses maigres économies, il loue pour la journée une Rolls-Royce avec chauffeur et s’offre tous les signes extérieurs de la richesse (costumes, manucure, etc.). Satisfait de son travestissement, il passe chercher Mlle Ginette à la sortie de son travail et se rend en sa compagnie chez le plus grand bijoutier de la place Vendôme. Là, il achète, en toute simplicité, un bijou pour sa bien-aimée et règle par chèque bancaire (sans remplir l’ordre, pour en laisser le soin au bijoutier), pour un montant de 150 000 euros. Le vendeur, habitué à ménager la susceptibilité d’une clientèle de luxe, ne lui fait pas l’affront d’une vérification d’identité. Bien plus, tout à sa joie d’avoir réalisé une marge de 75 000 euro sur cette transaction, il veut dépenser sans attendre le produit de sa vente. Muni du chèque, il se précipite chez l’un de ses amis, concessionnaire de bateaux, pour acheter enfin le catamaran de ses rêves. L’affaire est conclue pour un prix de 150 000 € ; le bijoutier paye en transférant le chèque, car son ami lui fait confiance. Ravi à son tour d’avoir réalisé un bénéfice de 75 000 euro, le concessionnaire part voir son ami l’agent immobilier pour lui acheter un studio valant 150 000 €. Se créer ainsi une chaîne de 10 personnes ayant accepté de recevoir le chèque en paiement d’une transaction. Hélas, le 11e vendeur refuse de faire confiance au 10e : après vérification, on découvre qu’il s’agit d’un chèque sans provision. Que faire ?
A) chaque intermédiaire se retourne contre le précédent ; toutes les transactions sont annulées ; chaque vendeur perd 75 000 € et le plaisir de posséder un objet longtemps convoité ; on lance les polices du monde entier aux trousses de M. Albert…
B) Les 10 premiers intermédiaires se réunissent : ils comprennent que la solution a petit à petit induit une perte totale de 750 000 € et ils savent que M. Albert est insolvable. Ils décident donc de se cotiser, chacun versant 1/10 de la somme, soit 15 000 €, pour dédommager le 11e vendeur et préserver un gain résiduel de 60 000 €, sans révéler l’escroquerie du modeste employé.
Cet apologue sans prétention permet de découvrir certains traits essentiels de la monnaie et sa morale économique concerne directement les responsables de la politique monétaire :
la monnaie a de la valeur parce qu’elle circule, mais elle circule parce que l’on croit qu’elle a de la valeur. Tant que le chèque de M. Albert a circulé, il a fonctionné comme de la monnaie. Il a circulé tant que les intermédiaires ont accepté en paiement cette reconnaissance de dette. L’acceptation reposait sur la valeur accordée à la signature est à elle seule. La monnaie est le résultat d’une convention ; au-delà ou en deçà de cette convention, il n’y a rien.
La monnaie est un lien social entre les agents économiques, elle fonctionne comme un langage. Les protagonistes de notre fable ont compris que ce qui importait, c’était l’échange de biens et services entre eux. Sans ce chèque en bois, les transactions n’auraient pas eu lieu, les agents ne se seraient pas enrichis. Lorsque le doute s’installe, la crise monétaire provoque l’implosion du système d’échange : toutes les relations qui constituent la trame de l’économie sont annulées. Chacun découvre, parfois trop tard, qu’il dépend de tous les autres et que le fonctionnement de l’ensemble présuppose l’existence d’un lien : la monnaie.
P. Combemale, JJ Quilès, L’Economie par le circuit, Nathan
Parmi les questions posées dans le manuel d’économie nous retiendrons surtout celle-ci : en quoi cette histoire est-elle immorale ? la réponse proposée est: l’histoire paraît immorale car M. Albert s’est enrichi sans effort : il a acquis un bijou alors qu’il n’avait pas les moyens de le payer.
Cette leçon de moralité correspond bien à la défense des intérêts de notre système de pouvoir économique capitaliste : sans argent on n’est rien du tout, il est interdit de dépenser l’argent que l’on n’a pas, seul les riches peuvent dépenser ce qu’ils ont et s’il leur en manque, comme on ne prête qu’aux riches, ils sont sûrs d’en recevoir. Dans notre système scolaire, nous trouvons ici un exemple supplémentaire de la domination du système éducatif par le système de pouvoir politique économique et social qui impose une morale aux enseignants à transmettre à leurs élèves.
Nous allons transposer cette histoire dans une économie en réseau.
Dans le système économique actuel, la leçon de cette histoire est que ce mécanisme marche à deux conditions : ceux qui profitent de ces échanges doivent être capables de payer le premier qui refuse l’échange ou le moyen de paiement. La deuxième condition porte sur le secret à préserver sur l’origine de l’échange et le manque d’argent de celui qui a fait le chèque en bois. Une autre manière d’aborder l’immoralité de cette histoire consiste à préciser que ces achats portent sur des biens de luxe superflus et que tous les vendeurs font « la culbute » : ils prennent une marge de 100%.
Dans l’organisation en réseau, il est possible de maximiser le fonctionnement de ce mécanisme d’échange, de ce langage, de ce lien social entre les agents économiques. Prenons des échanges sur des biens essentiels à la vie. Un groupe d’échangeurs se met d’accord sur un projet et ils créent un titre de paiement sous la forme d’un chèque sans remplir l’ordre. Connaissant cette histoire, ils vont décider d’un montant bien supérieur au coût nominal de la transaction de manière à ce que cette marge et ce profit puissent servir à payer le premier qui refuserait cet échange. Dans le cas où tous les membres du groupe maintiennent leur accord, il est alors possible qu’un des membres ou plusieurs peu importe, décide de quitter le groupe pour fonder un nouveau groupe, résoudre un nouveau problème et venir ainsi apporter par la suite une aide précieuse au premier groupe. Le partage des bénéfices permet ainsi d’investir dans une nouvelle réalisation ou de développer un nouveau projet. L’essentiel n’est donc pas la valeur nominale du chèque, le nombre des échanges. L’essentiel est uniquement la confiance, le haut niveau de confiance qui peut rassembler le groupe le plus important possible. Cette confiance se développe sur deux bases :
la certitude que le mécanisme des échanges prévus est la meilleure solution pour tout le monde. Nous savons comment arriver à la meilleure solution dans un groupe : il faut appliquer le principe de subsidiarité.
La certitude que les membres du groupe acceptent le partage de tout ou partie du profit décidé à travers cette opération. La valeur nominale du chèque transmis entre les membres n’est pas une valeur qui est le fruit du hasard. Si la confiance est maximale, sans aucun risque, la valeur du chèque pourra correspondre à la valeur nominale exacte des biens échangés si chaque échange porte sur le même montant défini préalablement dans le groupe. Décider d’une valeur nominale du chèque supérieur à la valeur exacte des échanges correspond alors à la prise en compte d’une marge de sécurité soit pour assurer le risque d’une défaillance et d’un refus de l’un des membres soit dans le meilleur des cas, cette marge correspond à un profit véritable pour développer le groupe à travers des investissements ou permettre à l’un des membres de créer un nouveau groupe en relation avec le premier. Au pire des cas, ce profit permettra à l’un des membres de quitter le groupe avec lequel il n’est plus d’accord, ce qui va faire disparaître du groupe une source de violence, de contestation inutile et ainsi préserver la bonne cohésion de ce groupe et nous sommes ici très loin de l’exclusion sociale pratiquée dans nos systèmes de pouvoir avec son cortège de déchéance et de misère car celui qui doit quitter le groupe et le réseau prend toute ou partie du profit réalisé : la paix du groupe est à ce prix ( et n’a pas de prix ! ).
Il est évident que face à l’imprévu et aux incertitudes de l’environnement, les mécanismes d’échanges vont comporter automatiquement et nécessairement une marge de profit pour garantir et assurer les échanges. Comme le bon sens l’indique, la maîtrise des risques et des menaces de l’environnement doit être une source de maximisation du profit. Une fois le projet réalisé et la satisfaction des membres obtenue, il suffit de déchirer ou de brûler le chèque pour faire disparaître ce moyen de paiement et par là même la monnaie qui a été ainsi créée et qui a circulé. Nous pouvons préciser que la masse monétaire va ainsi correspondre à l’ensemble des projets et des échanges qui sont en cours. Il n’y a rien de changé par rapport à notre perception des choses actuelle. Dans cette démarche en réseau, il devient impossible pour un des membres d’accaparer l’ensemble des profits alors que ceci est largement la règle du système économique actuel tout comme il est impossible de créer de la monnaie ex nilhilo comme les banques le font en démultipliant les crédits. Il est tout aussi évident que dans cette démarche en réseau, le seul projet de vouloir faire de l’argent à tout prix, en développant des projets pour son seul profit et à l’encontre de la volonté de la plupart des autres, n’a aucune place. Nous pouvons aussi préciser que le groupe de projets qui va utiliser le principe de subsidiarité pour dégager la solution optimale dans l’intérêt des membres du groupe, va aussi prendre en charge l’organisation des échanges et des transactions avec un ou plusieurs moyens de paiement nécessaire à l’obtention des résultats et à la prise en considération d’une assurance minimale ou d’un profit indispensable pour assurer à la fin du projet, la transition vers de nouveaux progrès ou projets.
L’immoralité de la démarche que nous venons de présenter n’existe que par rapport à notre système de pouvoir économique actuel. Il est facile de comprendre que l’organisation de ces échanges en réseau vient ruiner très rapidement notre système de pouvoir économique. C’est pourquoi cette démarche en réseau est bien entendue tabou et interdite par les dirigeants du système économique actuel. L’immoralité consiste alors à oser la décrire et à la revendiquer, à la mettre en place sur le plan local ( voir l’interdiction d’organiser les échanges multiples faite en janvier 1997 aux SEL en France ).
Nous pouvons aussi transposer cette leçon dans la crise financière actuelle, la crise des subprimes. Pour résoudre cette crise, les banques centrales sont obligées d’adopter inévitablement une démarche en réseau pour connaître tous les membres de ces échanges de titres devenus inchangeables du fait que les ménages américains ne peuvent plus rembourser leurs crédits immobiliers. Comme dans notre exemple, les banques centrales sont obligées de jouer le rôle du dernier intermédiaire qui refuse d’accepter ce genre d’échange, sauf qu’au lieu d’exiger le paiement, se sont bien les banques centrales qui doivent payer pour éviter que l’ensemble du système financier et du système économique ne s’écroule. Depuis l’éclatement de cette crise financière, la plupart des citoyens ont compris où se trouve l’immoralité dans ce mécanisme de circulation de la monnaie et de ses moyens de paiement, principalement les titres financiers. Quelques intermédiaires se sont enrichis d’une manière scandaleuse mais les banques centrales comme les autres intermédiaires et principalement les ménages américains endettés, ne peuvent pas obliger ces nouveaux riches au partage de leurs bénéfices personnels, le respect de la propriété individuelle inviolable et sacrée le leur interdit dans ce système de pouvoir. Nous savons que ce sont les citoyens à travers les impôts qui vont financer des mesures de soutien aux banques menacées de faillite. La moralité actuelle du système financier est ainsi criarde : oui à l’enrichissement personnel sans scrupules, s’il y a de la casse, des pertes et la menace d’une nouvelle crise économique majeure mondiale, les états paieront, les états sont condamnés à payer. Nous atteignons ici un niveau d’injustice et d’immoralité totale voire absolue.
« La monnaie est un lien entre le présent et l’avenir » John – Maynard KEYNES (1930), les crises financières actuelles au lieu de détruire notre avenir rendent indispensable le passage à des organisations en réseau. Keynes lui-même nous mettait en garde : "Le capitalisme, c'est la croyance stupéfiante selon laquelle les pires hommes vont faire les pires choses pour le plus grand bien de tout le monde" (années 30)
AL CAPONE : "Le capitalisme est le racket légitime organisé par la classe dominante" (années 30).
JOSEPH SCHUMPETER: "Le capitalisme peut-il survivre ? Non, je ne crois pas qu'il le puisse" (1947)
FRANÇOIS PERROUX: "Le capitalisme n'a cure de la morale" (1948).
HENRY FORD: "Si les gens de cette nation comprenaient notre système bancaire et monétaire, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin".
" Je crois que les institutions bancaires sont plus dangereuses pour nos libertés qu’une armée debout. Celui qui contrôle l’argent de la nation contrôle la nation" . Thomas Jefferson, troisième président des Etats-Unis qui s'opposa à la création d'une banque centrale aux USA tout comme Benjamin Franklin. Georges Washington accepta cependant que l'esclavage soit admis par la constitution américaine et après le décès de Franklin, les banquiers anglais et européens réussirent à imposer une banque centrale aux USA dont ils prirent aussitôt le contrôle. Les présidents des USA par la suite durent l'accepter et accepter leur perte de pouvoir par rapport aux financiers.
" Dans son essence, la création de monnaie ex nihilo actuelle par le système bancaire est identique à la création de monnaie par des faux-monnayeurs. Concrètement elle aboutit aux mêmes résultats. La seule différence est que ceux qui en profitent sont différents ". Maurice ALLAIS, prix Nobel d’économie
Si rien n’a changé dans nos systèmes de pouvoir, pour nous, ce changement existe dans nos réseaux de vie.
liens vers d'autres sites web qui parlent de cette immoralité de la création et de la circulation monétaire :
28 mars 2008, 50 économistes lancent la pétition : "Spéculation et crise : ça suffit !" http://www.legrandsoir.info/spip.php?article6251
http://www.boursorama.com/forum/message.phtml?file=372349692&pageForum=1
la crise financière depuis 2007 : revue de presse
les autres formations du site l'assertivité
la grille de Blake et Mouton et la management participatif
La déclaration des droits à la vie sociale des êtres humains
le discours du poète aux Glières