Des sources à l’ivresse du pouvoir

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Les sources du pouvoir concernent l’utilisation des valeurs d’une culture pour légitimer une minorité dans sa volonté de dominer un groupe social. Notre but ici est de montrer que les systèmes de pouvoir n’hésitent pas à combiner des valeurs avec des normes sociales pour développer leur domination sur les peuples. Souvent les valeurs changent mais le fonctionnement du système sert toujours davantage la minorité au pouvoir tant que cette dernière sait évoluer pour utiliser les nouvelles sources de richesses, les nouvelles technologies sinon cette minorité est chassée du pouvoir au profit d’une nouvelle classe dirigeante plus performante dans l’utilisation des moyens d’enrichissement. La domination change simplement de visage, devient plus insidieuse mais toujours aussi puissante dans l’art d’exclure les opposants et les rivaux, de s’enrichir en profitant du travail des autres et de laisser une part importante de la population dans la pauvreté. Ainsi le développement industriel, les politiques économiques menées jusqu’ici menacent gravement l’humanité et l’équilibre de la vie sur Terre. Il ne s’agit plus de créer une nouvelle culture pour une ou deux générations mais il s’agit d’ouvrir une nouvelle civilisation parce qu’il faudra des dizaines et des centaines de générations pour éliminer les risques actuels et développer de nouvelles sociétés capables de maîtriser les technologies et de minimiser les violences, de supprimer la menace que quelques individus peuvent poser lorsqu’ils détiennent des armes aussi destructrices que les armes atomiques, biologiques, climatiques…surtout s’ils sont fanatisés par des sectes ou des intégrismes religieux. Entre une domination et l’absence de domination dans les organisations en réseau, le choix est pourtant simple même s’il reste interdit et tabou pour les dirigeants actuels de nos systèmes de pouvoir. Le pouvoir repose-t-il inéluctablement sur une domination ? Dans autorité pouvoir commandement, nous avons montré comment se réalise la délégation d’autorité du groupe envers la minorité chargée d’assumer le pouvoir, c’est à dire chargée de la mission de transcrire les valeurs du groupe dans des règles qui garantissent la maximisation de la paix et la minimisation des violences. Il n’y a aucune obligation ici de recourir à une domination, encore moins au niveau du commandement car plus personne ne supporte le style de direction autocrate sauf les français qui doivent s’accommoder depuis plus d’un siècle d’un paternalisme conservateur source de nos mauvaises relations sociales. Les organisations performantes mettent en place des décisions collégiales parce qu'elles prennent en compte la rationnel imité : un seul décideur ne peut pas tout savoir et maîtriser toutes les informations provenant de son environnement. Nous avons montré comment il s’agit de passer d’une démarche d’assurance et de prévention des risques à une démarche de solidarité pour optimiser les solutions et les initiatives de progrès et nous avons décrit le mécanisme du principe de subsidiarité qui conduit à une démocratie participative directe au niveau local. Il faut donc en finir avec ces pratiques des systèmes de pouvoir.

 

Rappelons d'abord les trois formes idéales typiques de domination mises en avant par Max Weber.

 

L’analyse de Max Weber comporte des intérêts pour lire le fonctionnement des systèmes de pouvoir. Le premier intérêt concernerait une lecture chronologique de l’évolution de nos sociétés. Le passage d’une source à l’autre expliquerait l’évolution de nos sociétés. Le progrès consiste alors à passer de la première source à la troisième, à se libérer des lacunes des deux premières sources. Il est évident que la domination traditionnelle emprisonne le présent sous le poids du passé et des coutumes ancestrales et interdit à une génération d’agir selon sa créativité et ses responsabilités. Cette conception est totalement étrangère au développement économique et à la contribution que chaque génération peut apporter au progrès. Le développement économique et la société industrielle nous ont fait abandonner cette première source de pouvoir. La domination charismatique est déjà un pas en avant vers la reconnaissance de la possibilité que possède chaque génération pour se déterminer dans sa culture et chaque génération peut être tentée de recourir au charisme de certains dirigeants pour éviter les contraintes et les pièges de la source traditionnelle. La domination légale et rationnelle en raison de la force de la loi et des valeurs universelles que portent les démocraties, serait alors la solution à long terme pour assurer le développement de l'humanité en traversant les âges grâce à la sagesse et au bon sens éclairés tous deux par les progrès scientifiques. Nous sommes ici au stade actuel de la pensée académique et la plupart s’en contentent scrupuleusement sans prendre en compte justement les contraintes et les pièges qu’elle contient et en ignorant la distinction fondamentale entre organisation en système de pouvoir et organisation en réseau.

 Le second intérêt de cette présentation des 3 sources de pouvoir permet de voir comment, en dehors des guerres, notre culture européenne a évolué pour arriver finalement à cette troisième source du pouvoir. Au delà du charisme de certains personnages historiques, la pensée philosophique a travaillé pour nous faire sortir de la domination traditionnelle et spécialement de la domination des dogmes de l’église romaine. Pour rejeter ce système de pouvoir religieux responsable en 1 500 ans d’au moins 150 millions de personnes massacrées et exterminées au nom des évangiles et de la Bible, les philosophes à la suite de Hegel et de tant d’autres ont tenté de récréer un Dieu rationnel et beaucoup plus humain que celui des papes et des chefs militaires à leurs soldes. Cet édifice philosophique pour bâtir une religion de la raison, s’est écroulé de lui-même malgré les tentatives d’arrière- garde de certains nouveaux philosophes. Les poètes ont pu ensuite reprendre la parole pour parler de la sur réalité, de leur source poétique. Aujourd’hui, le brassage de nos cultures fait resurgir en Europe les démarches spirituelles qui ont toujours vécu en Asie et chez les peuples premiers et qui furent interdites chez nous depuis l’an 320 par l’empereur de Rome devenu chef de l’église chrétienne. Les théories s’écroulent toujours face aux réalités des échanges entre les peuples et les civilisations

 Le troisième intérêt de cette analyse de Max Weber réside dans le fait que nous pouvons expliquer le choc des cultures auquel nous assistons à travers la mondialisation. A l’intérieur des systèmes de pouvoir, la distinction de Max Weber est opérationnelle et donne une lecture claire et précise de la vie des systèmes de pouvoir. Le fondamentalisme religieux appartient bien au domaine de la domination traditionnelle alors que la laïcité et la volonté de se débarrasser du carcan des religions pour développer le rationalisme scientifique, appartiennent bien à la domination rationnelle. Ce conflit entre deux sources de pouvoir est une guerre entre deux cultures tant qu’un mariage entre les cultures n’intervient pas et nous savons qu’il n’est pas possible de marier des cultures dans un système de pouvoir alors que le fonctionnement des organisations en réseau l’a toujours réalisé. La différence entre ces cultures réside dans leur degré de domination et donc de soumission à des valeurs et à des normes principalement issues d’un système de pouvoir religieux. Dans les systèmes de pouvoirs religieux, les valeurs sont peu nombreuses et elles se limitent au respect plus ou moins strict de la parole de Dieu transmise par un être humain portant le statut de prophète ou de fils de Dieu. Ce témoignage sert de base aux dogmes qui contiennent les interprétations permises de cette parole. La préservation de ce témoignage à travers les générations impose alors des règles précises et requiert des signes visibles d’appartenance à cette croyance. Les générations suivantes n’ont pas le droit de modifier ces traditions et il n’est pas permis qu’un nouveau témoignage d’une rencontre divine survienne car ce serait la remise en cause fondamentale du système religieux établi. C’est pourquoi les systèmes de pouvoirs religieux dogmatiques ont longtemps été au centre des sociétés traditionnelles et ont nourri tant de fanatisme criminel. La solution à ces conflits serait pourtant simple : il suffirait en quelque sorte de faire évoluer les groupes sociaux qui s'attachent à rester dans la domination traditionnelle principalement dans leurs croyances religieuses, pour les amener à entrer eux aussi dans une conception plus démocratique de la loi et de la raison scientifique. Le problème c'est qu'aucune pédagogie et qu’aucun programme éducatif n'existent pour réaliser cette évolution culturelle dans le cadre des systèmes de pouvoir. Enseigner les sciences, la philosophie et l’économie libérale ne suffisent pas, surtout si au nom des traditions, les gens les refusent parce qu’ils proviennent de la sélection d’un système de pouvoir concurrent ou adverse.

 Sortir de l’ignorance ne signifie pas automatiquement adopter la culture d’un système de pouvoir qui utilise la source rationnelle, surtout si l’ignorance se définit par rapport au corps de savoir sélectionné par les minorités dirigeantes et les élites des systèmes de pouvoir. Les dirigeants des systèmes de pouvoirs défendent leurs intérêts et pour les faire changer, la plupart du temps seule une guerre a permis de les éliminer du pouvoir. Ce sont les guerres, les misères et les horreurs commises lors de l'affrontement idéologique entre les partisans du passé et les défenseurs de l'avenir qui ont condamné nos sociétés à évoluer. Nous avons montré les guerres incessantes qui ont ravagé l’Europe et qui s’expliquent par la lutte entre les partisans des systèmes de pouvoirs et de l’absolutisme royal contre les militants des organisations en réseau et les chevaliers templiers puis les protestants. Pourtant ce sont les grands maîtres spirituels qui ont à chaque fois brisé les systèmes religieux de leur époque. Ils ont fondé des mouvements spirituels, des fraternités organisées en réseau. Les communautés chrétiennes organisées en réseaux ont choisi de lutter contre l’esclavage, la soumission des femmes, les discriminations politiques et sociales au nom des valeurs de paix et d’amour. Nous avons montré comment le pouvoir religieux chrétien s’est mis en place en fusionnant avec l’empereur romain et pourquoi il a interdit les démarches spirituelles, pourquoi il a incendié les bibliothèques antiques, pourquoi il a interdit les cérémonies initiatiques d’Eleusis et brisé les statues de Dendérah puis comment il a développé le tribunal de l’Inquisition et soutenu les pires génocides depuis deux mille ans. Ce sont également deux guerres mondiales en trente ans qui poussèrent certains politiciens à poser les fondations de l’Europe

 Nous pouvons chercher toutes les manières possibles pour convaincre les peuples que seule la troisième source de pouvoir, la source rationnelle, est la meilleure pour fonder des démocraties, établir la paix et assurer un développement durable, cela risque fortement de ne pas suffire et de ne rien changer aux sources de conflits actuels qui bloquent le développement d’une nouvelle civilisation mondiale florissante pour les peuples. Imaginer une quatrième source de pouvoir qui va au delà de la raison ? Oui, pour un poète, c’est facile ! Il suffit de changer de paradigme et d’entrer dans l’alternative de l’organisation en réseau. C’est ce que nous développons sur ce site web fileane.com. Mais trouver une quatrième source de pouvoir dans les systèmes de pouvoir, une source qui les remettrait sur pied et leur donnerait une nouvelle légitimité plus humaniste ? La tâche est quasi impossible : nous ne pouvons tout de même pas valoriser la folie et l’ivresse du pouvoir, les tyrannies et les fascismes comme source de pouvoir ? Cette question n’est pas anodine, elle trouve son origine dans le fait que la source rationnelle correspond à une description idéale selon les mots employés par Max Weber. Elle reste cependant très éloignée de la réalité et la raison tout comme le rationalisme scientifique n’ont pas réussi à faire en sorte que nos systèmes de pouvoir nous conduisent dans un développement pacifique, humaniste et équitable. A côté des lacunes de la raison, il y a l’éternelle loi du plus fort, la loi du pragmatisme qui veut que le plus cruel l’emporte sur celui qui n’aime pas utiliser la cruauté, qui veut que le plus perfide l’emporte sur celui qui veut rester franc, honnête et généreux. Mais dans cette perspective, nous restons face aux menaces de guerre entre sources et systèmes de pouvoir. Nous l’avons dit sur notre site : pour échapper à la menace d’une guerre de civilisation entre les systèmes fondés sur la source rationnelle et les systèmes qui utilisent le fanatisme religieux, principalement musulman, nous allons développer la troisième révolution spirituelle, sachant que la première a été menée par Abraham et la seconde par Jésus, du moins dans la civilisation issue de la Méditerranée et du Moyen Orient qui a été fondée par les peuples survivants du dernier grand cataclysme et qui s’étaient réfugiés sur les hauts plateaux devant l’Himalaya avant de redescendre sur les bords de l’Euphrate et les bords du Nil. Cette troisième révolution spirituelle est en marche et nous y participons depuis notre site web ( nos pages les plus lues depuis 5 ans et le début de notre site, portent sur cette évolution spirituelle majeure ).

 L’analyse de Max Weber a certes un aspect idéal et correspond peu à la réalité des fonctionnements de nos systèmes de pouvoir. Weber, comme tant d’autres à la fin du 19ème siècle croit au développement de la raison qui accompagne l’extraordinaire développement des sciences et des technologies. Nous savons aujourd’hui que la domination de la raison est bien resté au stade de l’idéal. Les explications de cet échec sont nombreuses. Restons tout d’abord au niveau de l’autorité et du pouvoir. Dans un système de pouvoir, l'accession aux responsabilités représente la tâche principale et très souvent, une fois le pouvoir conquis, force est de constater qu'entre les promesses, les valeurs affichées par les candidats et les actes accomplis au pouvoir, il y a des différences que les seules contraintes des réalités et de l'environnement ne suffisent pas à accepter. Nous avons montré que dans une culture, le choix des valeurs est la marque principale du pouvoir. La réalité d’un pouvoir tient dans la sélection qu’il opère au niveau des valeurs disponibles. La liste des valeurs utilisées dans l’humanité par les peuples n’est pas infinie et imprécise. Il y a les valeurs concrètes que tous peuvent toucher et partager au cours de leur existence humaine et qui répondent directement à nos raisons de vivre : l’amour, la paix, la solidarité, le désir d’accomplir une démarche spirituelle pour établir un lien direct avec les mystères de la vie et avec celui qui vit en nous pour franchir la frontière de la mort de notre corps charnel. Chaque être humain veut à un moment donné dans sa condition humaine, vivre ces valeurs existentielles. Encore faut-il que la société qui l’entoure lui permette de réaliser ces moments de vie. A côté de ces valeurs que nous pouvons qualifier de « naturelles » et d’existentielles ( c’est là une des rares concessions que nous accordons à Rousseau ), il y a une seconde catégorie de valeurs qui correspondent à des ambitions humaines, à des constructions intellectuelles et qui ne sont pas concrètes et immédiatement partageables entre tous : devenir riche et avoir une très grande propriété privée, avoir une réussite professionnelle rapide et importante, des succès artistiques, sportifs, amoureux, financiers, la valeur de la réussite, de l’honneur, de la gloire, de la supériorité par rapport aux autres. Ces valeurs typiquement individualistes ont une orientation négative au niveau de l’organisation d’un groupe social. Elles contiennent des risques énormes d’injustice et de violence si elles sont reprises au niveau des groupes sociaux. Pourtant les systèmes de pouvoir pour légitimer leurs entreprises de domination utilisent ces valeurs individuelles pour élaborer les valeurs collectives et les idéaux, les fictions et les utopies qui servent de fondement à leurs régimes politiques : la liberté, l’égalité, la fraternité, l’équilibre des marchés, les vertus de la concurrence, la loi de l’offre et de la demande pour arriver au juste prix, l’indivisibilité de la nation, la légitimité du système représentatif et le rejet de la démocratie participative directe, etc. Il est légitime de satisfaire nos besoins individuels décrits par Maslow et le management d’un groupe doit satisfaire ces besoins dans une orientation positive pour la cohésion du groupe social mais ces valeurs ne peuvent pas justifier la domination d’un pouvoir hormis celui d’un tyran ou d’un despote.

 La raison d’être des systèmes de pouvoir tient alors dans ce mythe, ce pari de transformer des valeurs individualistes qui permettent aux uns de s’enrichir, en valeurs et normes sociales de groupe pour faire accepter cet enrichissement tout en privant les autres des moyens de cet enrichissement. Nous avons montré qu’une délégation de la mission d’autorité peut s’exercer dans le cadre d’une organisation en réseau. Cette délégation s’exerce dans le cadre du principe de subsidiarité et une fois la solution optimale mise en place par le groupe d’experts, ce groupe se sépare et revient au niveau local pour adapter cette solution optimale aux spécificités de chaque environnement. Dans le cadre d’un système de pouvoir, cette délégation de pouvoir a trouvé à l’origine sa source dans le pouvoir divin pour justifier la monarchie et le pouvoir des rois. La république de 1789 a remplacé Dieu par le peuple mais elle n’a pas modifié le fonctionnement du système de pouvoir : le centralisme de l’état s’est substitué à l’absolutisme royal. Pour que la minorité se maintienne au pouvoir et exerce sa domination, elle doit répondre à deux exigences : ne pas développer les valeurs existentielles et naturelles d’amour et de paix car ces valeurs mènent directement à l’organisation en réseau et elles contredisent les prétentions des dirigeants des systèmes de pouvoir. La seconde exigence consiste à créer des idéaux et des fictions utopiques qui viennent légitimer le pouvoir des dirigeants du système dans leur lutte contre les valeurs individualistes. Le pacte républicain mis en place à partir des années 1860 en France explique cette nouvelle mission de l’état et de ses pouvoirs régaliens : lutter contre la misère sociale, répartir les richesses à travers les politiques fiscales, protéger l’épargne, assurer du travail pour tous. L’intervention de l’état dans les politiques économiques réclamées par Keynes vont dans le même sens. Nous sommes alors aux antipodes de Rousseau : c’est la société qui est bonne et qui vient protéger les plus faibles. C’est une transposition des théories de Freud : l’être humain est le plus violent de toute la Création et la mission de chacun dans un groupe repose sur l’apprentissage de la non violence et de la canalisation des violences individuelles et sociales. Ces théories servent de fondement aux systèmes démocratiques et à leurs idéaux politiques. Elles légitiment le pouvoir policier et la répression pour garantir l’ordre public dont l’état à la charge.

 Les dirigeants qui veulent satisfaire leurs intérêts dans la conduite d’un système de pouvoir, ont compris qu’ils doivent agir derrière l’écran de valeurs utopiques. La rationalité justement est très friande de valeurs utopiques et d’idéaux irréalisables car devenir rationnel n’est pas à la portée de tous, du moins par rapport à ce que l’on entend par rationalité à une époque donnée. L’idéal, l’utopie excusent la domination et ils cachent l’ignorance des peuples par rapport aux lois de la raison : il suffit de croire à l’idéal, il n’y a pas besoin de connaissances techniques sur le management, la gestion et la dynamique des groupes restreints. Ces idéaux servent aussi à interdire aux peuples de devenir savant dans la manière de quitter les systèmes de pouvoir pour mettre en place des organisations en réseau capables d’assurer une nouvelle ère florissante dans le développement de l’humanité. Nous avons montré comment l’idéal rationnel des révolutionnaires de 1789 a été repris par la bourgeoisie monarchiste puis républicaine qui s’est accaparée la propriété individuelle, principal acquis de 1789, pour remplacer l’aristocratie de l’Ancien Régime. Derrière le masque de valeurs idéalistes et utopiques, il est possible d’utiliser pour ses propres intérêts un système de pouvoir centralisé qui n’a pas changé depuis l’absolutisme royal. Sous le couvert d’une source de pouvoir rationnelle aussi républicaine soit-elle, une classe dirigeante peut poursuivre sa domination traditionnelle. Car ce qui compte dans un système dominateur, ce ne sont pas les valeurs mais les normes sociales, les lois qui organisent la redistribution du travail et des richesses au profit de la minorité au pouvoir. La loi de la rationalité s’écrase devant la logique de la maximisation des profits, norme particulièrement négative vis à vis de cohésion du groupe et de la paix publique. L’art de la classe politique qui défend ce système de pouvoir est de masquer ces contradictions en organisant la soumission des citoyens par rapports aux utopies. La nouveauté de l’observation sociologique contemporaine réside alors dans ce constat que même le déclin des utopies ou leur inexistence ne viennent pas affaiblir cette entreprise de domination. Le poids des normes sociales, leur inertie suffisent à poursuivre cette soumission : c’est le constat tiré de l’expérience de Milgram. Le dirigeant n’a plus besoin de se référer à des valeurs pour convaincre. Il suffit qu’il dirige, qu’il donne des ordres pour que la soumission se poursuive. Nous retrouvons ici la position d'Hannah Arendt qui dans son livre « travail oeuvre action politique », montre bien que l'action politique n’est plus exercée par l'ensemble des citoyens mais a été confisquée par une minorité dirigeante. Le pouvoir ne correspond plus à l'exercice d'une délégation d'autorité mais ne se limite à la capacité qu'un individu possède pour imposer un ordre à quelqu'un d'autre. L'essentiel dans un premier temps réside dans cette capacité à dominer quelqu'un, peu importe d'où vient cette capacité et comment elle se légitime. Cette conception largement partagée aujourd'hui au nom d'un pragmatisme bienvenu permet aux dirigeants d'éliminer la question des valeurs et des sources de leur pouvoir. Tant que quelques autres n'arrivent pas à les évincer du pouvoir, c’est que forcément ils sont les meilleurs, à charge pour les autres de se former, de devenir encore plus compétent, de gagner des batailles électorales, bref de devenir plus riche qu’eux pour les dépasser sur la scène publique.

 Cette question des sources du pouvoir a pris ces dernières années une dimension nouvelle : devant l’échec des idéaux, des fictions et des utopies de nos systèmes de pouvoir et face au dérèglement du climat et à l’épuisement des ressources naturelles, le rationalisme scientifique pour défendre son pouvoir, interdit et fustige toute utilisation des valeurs anciennes et naturelles. Les cultures qui ont été le fondement des civilisations florissantes ne seraient pas transposables aujourd’hui et il ne servirait à rien d’étudier l’histoire pour trouver des exemples à suivre et des erreurs à ne plus commettre. Nous ne pourrions plus revenir à la première source de pouvoir et nous serions condamnés à rester dans la troisième source : la source rationnelle, justement parce que les deux premières manque de science, de logique, de raison, voire pour les plus téméraires de ces militants : de savoir tout court ! Bref, parce que les valeurs naturelles ont été utilisées pendant des millénaires par la source de pouvoir traditionnelle, elles seraient impropres et ne pourraient plus être utilisées aujourd’hui ni dans un système de pouvoir et encore moins dans une organisation en réseau. Bref Keynes est totalement ridicule lorsque dans son programme politique il place l'amour et la paix comme valeurs fondamentales au centre de la culture qu'il entend développer. Mais ici l’argument est plus simple : la plupart ignorent encore ce que sont les organisations en réseaux et les dirigeants de nos systèmes qui connaissent la menace fondamentale que représentent les réseaux pour leurs systèmes de pouvoir, n’en veulent pas et maintiennent le tabou sur l’alternative de l’organisation en réseau pour défendre leurs intérêts particuliers. Ce qui représente une imposture supplémentaire dans la longue liste des mensonges développés pour défendre nos systèmes de pouvoirs actuels. Les valeurs existent séparément de la manière dont les dirigeants les utilisent. Les contextes, les époques ne sont pas plus inadaptés à certaines valeurs que d’autres. La sélection des valeurs est faite par les dirigeants qui prennent le pouvoir. Lorsque les peuples sont ignorants, la logique voudrait qu’ils soient moins capables d’éliminer la corruption de leurs dirigeants. Mais l’expérience de Milgram démontre que des étudiants brillants et des personnes instruites peuvent facilement commettre des actes contraires à leur conscience et à la morale car la soumission à l’autorité est bien plus forte que les croyances et la volonté de faire vivre les valeurs les plus dignes et respectueuses de la vie. L’impact des normes sociales même les plus iniques, est ainsi plus fort que celui des valeurs : c’est bien là la réussite des entreprises de domination menées par les dirigeants de nos systèmes de pouvoir. Ce nœud de fables doit être tranché et ces soumissions à des dominations partisanes éliminées..

 Il y a des valeurs impossibles à développer dans un système de pouvoir car ces valeurs fondent les organisations en réseau. Les valeurs « naturelles » de paix et d’amour ont permis pendant des siècles sinon des millénaires à des peuples d’avoir un niveau de vie largement supérieur à celui qui a existé en Europe depuis deux mille ans. Les valeurs de paix et d’amour sont transcrites méticuleusement dans les normes sociales et les modes de vie des Moso et des indigènes des îles Trobriands. Malinowski l’avait fait remarquer à Freud et Freud l’avait admis : les sociétés matriarcales développent des cultures fondées sur les valeurs d’amour et de paix alors que les sociétés patriarcales usent de la domination à travers des fictions et des utopies et des valeurs traditionnelles sacralisées par les religions. Malinowski et Freud auraient très bien pu utiliser notre vocabulaire et donner une portée historique plus conséquente à leur conclusion : les sociétés matriarcales sont toujours en réseau, le sociétés patriarcales sont toujours des systèmes de pouvoir. Un système de pouvoir ne peut pas décemment prendre comme valeurs fondatrices la paix et l’amour car ce serait pousser l’utopie à un paroxysme indéfendable. Mais quel choix correspond à un développement durable de la vie sur terre ? La paix et l’amour ? La liberté, l’égalité et la fraternité ? Les valeurs naturelles ou les utopies et les fictions ? Nous disons qu’il est possible aujourd’hui de développer des organisations en réseaux qui ne soient plus forcément et traditionnellement matriarcales mais fondées rationnellement sur l’égalité des sexes et la complémentarité des générations, ce qui bien entendu au départ implique la restauration de nombreuses valeurs matriarcales interdites et exclues de nos systèmes de pouvoirs. Nous préciserons ces points dans nos textes qui vont êtres mis en ligne dans les mois à venir.

 Max Weber avec sa description des trois sources de pouvoir est donc dépassé. Comme Marx et d’autres à leur époque, ils ont ignoré ou refusé de prendre en compte l’autre manière fondamentale d’organiser des groupes sociaux et nous avons précisé le moment où Marx et Engels ont commis l’erreur qui a fait basculer leurs travaux dans le camp des systèmes de pouvoir : nous avons dit que ce fut lorsqu’ils découvrirent avec enthousiasme la grande loi qui lie et la confédération des peuples iroquois. Ils crurent qu’en conquérant le pouvoir dans un système politique, économique et social, à l’aide de ce pouvoir centralisé, ils pourraient diffuser et faire appliquer plus vite leurs thèses communistes. Ils ont écarté l’alternative de l’organisation en réseau pour une démarche plus pragmatique qui a consisté à s’emparer de l’appareil d’état et nous savons tous que la domination de l’état communiste fut aussi criminelle que les dictatures nazies et fascistes. La nouvelle dictature du système de pouvoir financier entend échapper au contrôle des états pour étendre sa domination sur les marchés, c’est à dire sur les gens et ce pouvoir financier est capable de ruiner les états tout comme les institutions financières elles-mêmes. Ce fut prouvé lors de la crise de 1929, nous y avons échappé en 1997, certainement en 2007 mais demain ?

 Après avoir vu les intérêts et les lacunes de la classification des trois sources de pouvoir et après avoir montré les insuffisances de la source de pouvoir rationnelle, nous pouvons nous occuper maintenant de ce qui se passe dans nos systèmes de pouvoir. Nous avons dit que la situation actuelle sur le plan académique est claire : nos systèmes de pouvoirs occidentaux utilisent des utopies bien plus rationnelles que les valeurs traditionnelles corrompues par les systèmes de pouvoir religieux. La valeur traditionnelle d'amour dans les systèmes de pouvoir a été monopolisée par la religion qui décrète que tout amour est de source divine au départ. Ce n'est pas faux dans l'absolu mais la démarche initiatique spirituelle utilisée dans les organisations en réseau donne une tout autre portée à cette complémentarité entre amour divin et les amours humains. Nous avons aussi montré qu’actuellement, c'est la conception stricte du pouvoir qui domine : le pouvoir n'est plus le résultat d'une délégation d'autorité mais uniquement l'acte de pouvoir contraindre quelqu'un à faire quelque chose. Le pouvoir se limite à la capacité de poser une règle contraignante pour les autres. Les dirigeants de nos systèmes expliquent que cette démarche pragmatique est préférable à celle fondée sur des utopies. Tout dépend des résultats. Dans ce domaine, les échecs du système de pouvoir communiste suffisent à eux seuls pour démontrer la valeur de l'économie libérale et légitimer le cas échéant les excès de l'économie ultra libérale. L'argument a été utilisé ces dernières années par un grand nombre de dirigeants politiques : mis à part notre conception de la conduite de la société, il n'y a pas d'autre alternative. L'échec du communisme a ainsi permis le renouveau de l'ultra libéralisme et la confrontation du niveau de vie à travers la mondialisation de l'économie vient renforcer cette loi du plus fort : la domination doit être exercée par celui qui est capable de devenir riche ou encore plus riche. Il est évident que l'inverse est totalement incongru : il est difficile d'imaginer quelqu'un croire à une doctrine économique qui lui enseigne que la domination doit être exercée par celui qui est capable de devenir le plus pauvre de la Terre. Nous rappelons seulement ici que les organisations en réseau ont été dirigées par des personnes qui ont fait vœu de pauvreté. Ce voeu de pauvreté est en effet indispensable pour assurer la gestion de la propriété commune. Comme nos systèmes de pouvoir ont interdit la propriété commune, il est clair que pour s'enrichir à travers la propriété privée ou collective, la loi du plus fort et la loi de la jungle suffisent. Comme la raison doit nous faire prendre conscience que seules l'économie libérale et l'économie de marché sont possibles à travers le monde, le pouvoir se limite à un enrichissement sans bornes : celui qui s'enrichit le plus a le plus de pouvoir, et être au pouvoir signifie avant tout aimer l'argent et le montrer. Sur notre site Web de nous avons également montré la première place occupée dans nos systèmes de pouvoir par l'oligarchie financière anglo-saxonne et le déclassement au second rang des hommes politiques. Ceci correspond à la priorité donnée à l'économie sur le social, à l'argent sur l'humain. Nous sommes ici à la source contemporaine de l'ivresse du pouvoir.

 Cette ivresse n'est pas née d'aujourd'hui et tout comme l'alcoolique a du mal à se défaire de son addiction, la bourgeoisie française qui a connu l'ivresse du pouvoir après 1789, conserve toujours son addiction pour la direction exclusive de ses affaires. Nous sommes ici en présence d'un des piliers de l'exception française : à savoir le style de management paternaliste qui caractérise nos normes sociales et explique au niveau de nos modes de vie, les mauvaises relations sociales qui perdurent dans notre pays depuis plus d'un siècle. Cet exemple de la classe économique dirigeante en France est particulièrement choquant. Nous avons utiliser dans notre page Web : le paternalisme sources de la crise des relations du travail en France, une synthèse du livre de l'économiste Thomas Philippon, l'auteur du remarquable Capitalisme d'héritiers ( Seuil, 2007) qui a le mérite d'offrir un regard neuf sur la crise traversée par la société française. Dans un article de la revue Marianne de novembre 2007 à propos de ce livre, le journaliste écrit :  « Pourquoi les Français sont-ils malheureux au travail ? se demande de son côté Pierre Bilger, l'ancien patron d'Alsthom. Avec le recul et la liberté d'esprit, lorsque je reviens à mes années de responsabilité, l’insatisfaction au travail est un élément qui caractérise l'entreprise française ». Pour Pierre Bilger, les méthodes du management dans l'Hexagone ne sont pas épanouissantes : certes, le capitalisme familial est un gage de stabilité, mais il peut être un obstacle au renouveau des élites dirigeantes. « Les entreprises françaises ne pratiquent pas la promotion interne. En Allemagne, 60 % des entreprises sont dirigés par des hommes entrés comme cadre. En France, 20 % », dit Thomas Philippon. « Avant la première guerre mondiale, déjà, on expliquait par le paternalisme le manque de dynamisme de l'économie française comparée à l'économie allemande… On ne remettra pas durablement les Français au travail sans rendre le travail plus attractif et plus satisfaisant pour tous» écrit Thomas Philippon qui indique que le véritable enjeu, c'est la capacité à travailler en groupe, dans le respect mutuel. Une initiation qui commence... à l'école.

 Ce manque chronique de dynamisme de l’économie française repose bien sur une confusion et un mélange entre les trois sources de pouvoir. Sur notre page web «  le tarif ou la mort », l’exemple du règlement intérieur d’une usine de Tourcoing vers 1880 est explicite sur l’utilisation quotidienne des valeurs de la religion catholique. La valeur traditionnelle de la famille est au cœur du paternalisme et peut en effet servir de repère pour des gens désorientés par les évolutions rapides des technologies, des mœurs, de l’urbanisme des villes, des conflits idéologiques sur la propriété, la liberté, le nationalisme, etc. Mais les succès du paternalisme existent et il s'explique aisément lorsque le fondateur ou le dirigeant de l'entreprise utilise avec succès la source de pouvoir charismatique. La France, pays du paternalisme est aussi celui des hommes ou des femmes providentielles qui avec leur charisme arrivent ponctuellement à unifier les Français et viennent faire avancer le pays. Mis à part le charisme du fondateur, c’est une démarche rationnelle qui est à l’origine du paternalisme : pour éviter les conflits sociaux incessants et la révolte de la misère ouvrière avec son cortège de répressions sanglantes, il a fallu utiliser des stratégies d’apaisement. Les patrons mirent en place des programmes d’assistance et accordèrent de nouveaux droits à leurs employés. Le paternalisme devient alors une étape transitoire entre le patronage de l’Ancien Régime et le management. De même, le développement rapide des usines aux Etats-Unis oblige les patrons à partager le pouvoir avec des cadres et des dirigeants qui ne font pas partie de la famille des actionnaires. Rapidement ce partage du pouvoir donne naissance aux formes de management coopératif entre actionnaires et salariés et au statut moderne de la société anonyme composée d’un directoire et d’un conseil de surveillance. En France, les familles ne veulent pas partager le pouvoir ni avec des cadres salariés, encore moins avec les syndicats de salariés. Le taille des entreprises françaises va rester ainsi plus réduite et ceci explique en partie le manque flagrant d’entreprises entre 500 et  1 000 salariés en France. Les entreprises de 300 à 500 salariés n’ont pas grandi, au contraire, souvent elles ont du abaisser leur seuil de rentabilité à 250 ou 300 salariés en adoptant une stratégie de spécialisation et de différenciation. Ces productions haut de gamme sont destinées à des clients fortunés et à l’exportation et ne concernent plus guère la consommation intérieure. De plus, ce savoir faire ne procure plus un avantage concurrentiel car il est copié dans les pays à faible coût de main d’œuvre. L’impasse du paternalisme et de la bureaucratie française n’est plus tabou et les critiques de ce management archaïque et de cette pensée unique obsolète nourrissent les revendications politiques et sociales d’une majorité des citoyens, sauf qu’aucun parti politique n’est en mesure de transformer ces revendications en évolutions sociales..

 Les conséquences négatives du paternalisme, l'absence criante de personnalités providentielles et charismatiques, la faillite des utopies font qu'aujourd'hui une majorité de citoyens n’y comprend plus rien et se désintéresse d’un système de pouvoir jugé hypocrite, menteur que la classe politique par ignorance ou volontairement, n’arrive pas à changer. L’exemple actuel de la caisse noire de l’UIMM représente l’exemple type de la domination des barons de l’industrie sur les syndicats, la classe politique et la vie parlementaire. L'arrêt de la culture des OGM en plein champ correspond également à un changement profond ou à une rupture dans le cadre de notre domination rationnelle : la valeur du progrès scientifique n'est pas homogène et à sens unique : les avancées de la science ont une orientation positive ou négative. Nous devons ne retenir que les orientations positives et éliminer les conséquences négatives des sciences. Le maïs OGM peut ainsi augmenter le rendement est donc les revenus des agriculteurs, cet argument économique n'est pas prioritaire devant l'argument rationnel de la sécurité et de la santé. Lorsque le pouvoir politique est amené à trancher ce débat en faveur de la sécurité et de la santé, il fait bien un choix de valeurs qui s'inscrit dans la perspective du développement d'une société bien particulière. Nous revenons donc au niveau de la délégation d'autorité et au choix des valeurs qui sert de fondement aux normes sociales. Nous quittons la conception simpliste du pouvoir : celui qui est capable de faire n'a pas forcément de pouvoir car il peut mal faire pour les intérêts de la collectivité. Mais nous sommes encore très loin d'une revalorisation de l'action politique et de la remise en place, au premier rang, des valeurs naturelles et humanistes. Nos politiciens manquent cruellement de l’ivresse de l’humanisme ou tout au moins de l’ivresse du progrès social A moins qu’ils soient frappés de stupeur devant une nouvelle menace pour leur système de pouvoir. Un nouvel obstacle apparaît : l'ivresse financière devient apparente et tous commencent à en supporter les dégâts.

 Lorsque le monde regorge de liquidités, les entreprises détenues par des familles ou des actionnaires anonymes ont paradoxalement les pires difficultés à lever les fonds nécessaires à leur développement à cause des bourses trop frileuse et des banques très prudentes. En particulier en France où le vieux fond colbertiste (l’État pourvoira toujours aux besoins !) et le poids écrasant des prélèvements ne favorisent pas la prise de risque. Au niveau mondial les fonds d’investissement collectent les capitaux des banques, assurances, fonds de pension ou des particuliers richissimes pour les faire fructifier en leur nom, en investissant à haute dose dans les entreprises. En 2006, ils ont placé environ 75 milliards d’euros en prenant le contrôle de plus de 8000 sociétés. Un salarié américain sur quatre travaille désormais pour eux ainsi qu’un Français sur 12. Un temps épargnée, la France est devenue l’un des terrains de chasse privilégié de ces fonds de « private equity » comme on a coutume de les appeler. En concentrant l’épargne dans ces fonds d’investissement, ces sommes représentent des billions d’euros. Un billion représente un million de millions ou un millier de milliards. Les fonds d’investissement représentent 1,2 billions d’euro, soit 100 fois plus qu’il y a 15 ans et bientôt ils arriveront à deux billions. Ces fonds d'investissement sont plus agressifs que les fonds de pension de retraite qui gèrent eux même leurs investissements. Ainsi le fonds de retraite Calpers impose aux entreprises dont il est actionnaire des politiques beaucoup plus éthiques et responsables. Calpers démontre son origine mutualiste en travaillant pour un intérêt collectif. Les fonds d'investissement n'ont pas cette préoccupation. Bien entendu pour faire progresser leurs investissements, lorsqu'ils investissent dans une entreprise, c'est bien pour que cette entreprise se développe. Encore faut-il s'entendre sur le mot « développer une entreprise ». L'objectif est de développer la rentabilité et la profitabilité de l'entreprise.

 Dans une économie saturée où l'outil de production est surdimensionné par rapport aux capacités de solvabilité des consommateurs, les fonds d'investissement développent une nouvelle source de profit : ces rusés disposent d'une martingale de nature à faire craquer les plus réticents, la fameuse technique du L. B. O ( leverage buy out ). Nous utilisons ici un extrait d'un article de la revue capitale de juillet 2007 : « les fonds d'investissement, nouveaux maîtres du capitalisme mondial ». Les choses se passent de la façon suivante. Pour acquérir une société qui vaut 100, le fond met 30 de sa poche (il s'agit d'un pourcentage moyen) et empreinte 70 aux banques, en profitant des taux d'intérêt très faibles du moment. Pendant trois ou quatre ans, il va réorganiser l'entreprise avec le management en place, rationaliser la production, développer des activités et capter tout ou partie des profits pour payer les intérêts... de sa propre dette ! À la suite de quoi, il revendra la société 200, souvent à un autre fonds qui fera la même chose. Une fois remboursée les 70 empruntés, il lui restera 130 en poche, pour une mise initiale de 30, soit plus de 300 % de taux de retour sur investissement en quatre ans. Qui dit mieux ? Personne. Voilà pourquoi les fonds n’ont pas de problème pour lever des capitaux auprès de leurs clients fortunés, pourquoi les banques leur prêtent les yeux fermés ce qu'elle refuse souvent aux entreprises et pourquoi ces dernières, revigorées par cette jouvence sont de plus en plus nombreuses à en redemander. L'ennui avec cette pratique de ce nouveau capitalisme financier provient du fait que les fonds d’investissement s'intéressent d'abord aux entreprises qui ont des capacités de croissance mais dont le management souvent paternaliste et frileux jusqu'ici, n'a pas permis ce développement. Ensuite ces fonds d'investissement suppriment tous les coûts inutiles et mettent en place des économies d'échelle à l'envers : en effet pour un même volume de production, il suffit de diminuer l'utilisation des facteurs de production pour obtenir une première source de gains de productivité. La recette est simple et connue : il suffit de réduire les frais de personnel. Une autre critique porte sur la stratégie à court et moyen terme des fonds d'investissement : au bout de trois ou quatre ans, ils doivent revendre leur entreprise pour prendre leurs profits car celui-ci est destiné aux actionnaires du fonds d'investissement. Une entreprise en LBO est par nature une société endettée. Trop d'endettement peut conduire à la catastrophe et à la fermeture de l'entreprise ainsi qu'à des pertes pour les actionnaires. Donc le développement de l'entreprise n'est que purement financier, le plus souvent les budgets de recherche et développement, les frais de personnel sont réduits, ce qui à long terme limitent les possibilités réelles de développement. Pour revendre l'entreprise il suffit que la mariée soit belle un jour même si le lendemain elle a perdu tous ses atours. Il est évident que ce système financier marche très bien actuellement, il représente un risque réel pour l'économie et il devient le cauchemar des syndicats. Le vrai point faible des fonds de private equity : ils induisent des inégalités de revenu phénoménal. Ces machines à faire de l'argent gardent en effet pour elle jusqu'à 20 % des profits de leurs LBO, le reste est reversé à ceux qui ont confié leurs capitaux. Or, comme elles ne sont gérées que par une poignée de dirigeants, les sommes versées à ces dirigeants sont exceptionnelles. A-t-on idée que les 80 associées de Blackstone, le numéro un mondial du private equity vont se partager cette année 2,5 milliards d'euros ? En France même, on murmure que certains patrons de fonds engrangeraient en quelques années plus de 100 millions d'euros, imposée, de surcroît, à seulement 27 %. Et pour les patrons des sociétés rachetées, même combat ! Car la clef d'un L.B.O. réussi réside dans la bonne entente avec le management : sans sa collaboration très active, inutile d'espérer booster la société, donc, de faire le moindre sou de profit. Les fonds ont donc pris l'habitude d'accorder des bonus démentiels à leurs hommes de confiance : le patron, bien sûr, mais aussi les quelques membres du comité de direction de l'entreprise, par le biais d'un système de participation au capital. Conscient de l'effet désastreux de ces gratifications sur le moral du personnel, les gestionnaires des fonds les plus éclairés préconisent aujourd'hui de réserver quelques miettes à l'ensemble des salariés : « dans l'idéal il faudrait couper la poire en trois : un tiers pour les cadres dirigeants, un tiers pour la hiérarchie intermédiaire, et un tiers pour les employés ».

 Nous ne voulons pas ici longuement confronter la démarche agressive des fonds d'investissement avec la démarche plus éthique d'un fonds de pension mutualiste comme Calpers. Mais il faut bien prendre conscience que nous sommes en face de deux démarches et de deux conceptions radicalement opposées sur la manière d'organiser une domination dans un système économique. Nous pouvons noter une première conséquence qui renforce la position de Marx. Nous reproduisons ici une citation de Raymond Aron dans son livre Dix-huit leçons sur la société industrielle, citation qui figure dans l’introduction du livre de Philippon " le Capitalisme d'héritiers": « sur l'autodestruction de la propriété privée, il y a une phrase de Marx que j'aime à citer : « les sociétés par actions, la dispersion du capital des grandes entreprises entre des actionnaires multiples constitue déjà une destruction de la propriété privée ». Si la dispersion équivaut à l'élimination de la propriété privée, une grande corporation américaine n'est plus une propriété privée ». Nous pouvons ajouter : à fortiori pour un fonds d’investissements qui gère des billions d’euros. Mais il ne suffit pas de détruire la propriété privée car à ce stade, nous en restons toujours à l'horreur économique d'Anna Arendt… Le travail des salariés est complètement écrasé par la pression financière des actionnaires et les inégalités de revenus atteignent des paroxysmes qu'il était difficile d'imaginer il y a encore 10 ans. Bien entendu tout ceci n'a plus rien à voir avec le développement des ressources humaines et il n'est plus question d'élever la compétence des salariés pour assurer la croissance de l'entreprise afin d'augmenter ses dividendes et de s'enrichir. Il s’agit encore moins de transformer les salariés en actionnaires, c’est une hérésie pour les fonds d’investissement. Il suffit de se regrouper dans la meute des actionnaires d'un fonds d'investissement et de partir en chasse pour capturer les bonnes proies. La domination de l'économie devient ainsi une simple et vulgaire scène de pillage comme il en existe tant à travers les conflits et les guerres les plus sauvages. La bourgeoisie paternaliste d'hier est donc aujourd'hui menacée par l'irruption brutale des nouveaux maîtres de la finance mondiale et il faut s’enivrer de Bourbon ou de whisky pour sortir ces horreurs de sa tête . Pour les salariés, la domination ne change pas de nature mais son intensité et sa férocité prennent des dimensions vertigineuses. Alors que le paternalisme pouvait avoir une certaine sécurité tant que les patrons eux-mêmes n'étaient pas ruinés, aujourd'hui les salariés sont démunis face aux restructurations et aux délocalisations menées par les nouveaux seigneurs de la finance. Les salariés des pays industrialisés constatent avec effroi qu'il y a là une perspective immédiate d'une régression sociale inimaginable il y a encore quelques années. Ce n’est plus l’ascenseur social qui est en panne, c’est l’ascenseur qui est dynamité car il devient inutile et d’un coût non indispensable pour les profits des plus riches ! Il ne faut pas se leurrer car le procédé est redoutable. Le L. B. O. fonctionne comme un mécanisme spéculatif dans lequel mis à part la volonté de spéculer, les risques sont minimes. Vendre le double du prix acheté une entreprise ne présente aucun risque si un autre fonds d’investissement participe à la manœuvre. Bien entendu à un moment donné la valeur de l’entreprise ne pourra plus s’accroître mais il est encore possible de refiler l’affaire à un fonds de pension à la stratégie à plus long terme. Mais ces données raisonnables ne pèsent pas lourd devant l’appât du gain. Car ce qui est important, ce n’est pas la valeur de vente mais uniquement le profit qu’il est possible de dégager lors de cette vente. Tant que quelqu’un achète, des profits sont possibles. Acheter plus cher que prévu une entreprise ne présente pas de difficultés pour un fonds d’investissement qui sait que l’épargne ne cesse d’augmenter à travers le monde et que l’offre de capitaux continue de se développer. Dans cette idéologie ultra libérale, la faute originelle ne concerne pas les gestionnaires des fonds d’investissement mais le citoyen ordinaire qui refuse d’utiliser tous ses revenus pour consommer et qui a la fâcheuse tendance d’épargner parce qu’il a tout simplement peur du lendemain ou parce qu’il aime trop ses enfants et veut leur transmettre un capital de son vivant ou à sa mort. La crise financière n’est pas due à un manque d’argent mais bel et bien parce qu’il y a trop d’épargne et donc de liquidités qu’il faut faire fructifier coûte que coûte, même à des ménages incapables de rembourser les mensualités de leurs emprunts immobiliers.

 La troisième place de la France dans le classement des pays où sévissent le plus les fonds d’investissement est explicable. Dans un premier temps, les privatisations des années 1990 ont attiré les fonds de pension américain. Il s’agissait essentiellement de grandes entreprises du CAC 40. Dans un deuxième temps, les fonds d’investissement ont commencé par acheter des PME-PMI, cibles plus modestes pour commencer des affaires. Souvent ces entreprises étaient en sous-traitance pour les grands groupes et les capitaux familiaux n’avaient pas réussi à moderniser les outils de production pour leur donner une dimension européenne. La recette du succès est simple : il suffit d’acheter deux entreprises fabriquant la même chose et ayant des outils de production vétustes pour fermer une entreprise et dans la deuxième tout moderniser afin d’obtenir des économies d’échelle et utiliser les autres sources de gains de productivité. Ceci est valable sur le plan économique, sauf que la France présente un handicap majeur par rapport à nos voisins sur le plan des relations sociales et du droit du travail, handicap qui provient du paternalisme qui n’a pas évolué depuis un siècle dans notre pays. Il ne sert à rien de mettre en place des économies d’échelle dans une unité de production où l’horaire de travail est de 35 heures et où les heures supplémentaires coûtent cher. La solution optimale habituelle est de recourir au travail posté en 3, 4 ou 5 équipes : les salariés font 32 heures payées 35 ou 38 heures. Mais ceci n’est possible que dans les grandes entreprises et très peu de PMI ont un volume de production suffisant pour utiliser le travail posté. La solution consiste bien alors à supprimer les normes sociales relatives au droit du travail pour que ces investissements matériels ne soient pas réduits par les contributions sociales qu’il faut verser aux salariés. Des exemples récents de délocalisation nous montrent qu’il vaut mieux alors, pour optimiser les profits, délocaliser les unités de production dans des pays à faible coût de main-d’œuvre ou dans des pays qui ont des impôts sur les sociétés très bas ( comme l’Irlande ).

 Le droit européen favorise d’ailleurs le recours à de la main-d’œuvre payée moins cher et la jurisprudence de la cour européenne de justice n’impose pas que tous les salariés travaillant sur le sol d’un pays suivent la réglementation de ce pays. L’arrêt Vaxholm du 18 décembre 2007 est particulièrement important tant par le sujet abordé que par l’argumentation de la Cour européenne de justice. L’affaire concernait un conflit opposant les syndicats suédois à une entreprise lettone, Laval, qui chargée de construire une école à Vaxholm, refusait d’appliquer la convention collective du bâtiment à des travailleurs lettons détachés pour ce faire. La Cour a donné raison à l’entreprise lettone. Cet arrêt illustre bien la nature du droit européen. La logique est imparable. La libre prestation des services est une liberté fondamentale explicitement garantie par le traité. Elle peut certes, en principe, être limitée pour protéger d’autres droits fondamentaux. Le problème est de définir le contenu de ces droits fondamentaux susceptibles de pouvoir limiter des libertés inscrites dans le traité. Ainsi, le fait d’exiger les mêmes conditions de travail et d’emploi pour les salariés détachés que celles qui s’appliquent aux salariés du pays d’accueil n’en fait pas partie. Agir pour l’application de ce droit est donc considéré comme une entrave à la libre prestation des services. Au départ, les déplacements des fournisseurs de services dans les Etats membres sont réglementés par une directive de 1996 qui soumet les salariés aux lois et aux conventions collectives du pays d’accueil (temps de travail, salaire minimum, congés payés, règles de sécurité…). De plus, seuls les services ouverts à la concurrence dans un Etat membre sont concernés. La directive Bolkestein exclut les services non-économiques, c’est-à-dire les services de sécurité sociale, de l’autorité publique, financiers, d’éducation et de transports. En principe, il n’y a pas de problème. Le cas suédois est particulier car il n’y a pas de lois pour définir le salaire minimum. Les salaires minimaux sont définis par branches professionnelles entre employeurs et syndicats et il existent des salaires minimaux par régions ( ce qui s’explique en Suède par des écarts importants du coût de la vie entre les villes et les campagnes du sud ou du nord du pays ). Les syndicats suédois voulaient imposer à l’entreprise lettone l’application d’un salaire minimum régional en vigueur et qui était supérieur à des salaires minimaux d’autres régions ou d’autres branches professionnels. Pour la cour de justice européenne, cette complexité des salaires minimaux est une entrave à la libre circulation des salariés. Le point fort de la Suède sur le plan social avec son important taux de syndicalisation ( 80%) et la qualité de ses relations sociales ne peuvent pas être opposés à des entreprises étrangères membres de l’union européenne. Si nous suivons ce raisonnement, il suffit que la France abandonne ses lois sur la durée légale du travail puis sur le salaire minimum pour que l’invasion des pays européen à plus faible coût de main d’œuvre se déroule légalement en vertu des traités européens. Le jeu en vaut la chandelle pour les dirigeants de notre économie libérale et les manœuvres sont en cours à Paris.

 Ici également il y a une porte ouverte à une déréglementation du droit du travail dont les fonds d’investissement peuvent profiter abondamment. Dans une logique communautaire, à Bruxelles, il est possible d’imaginer que pour accélérer l’unification de l’union européenne, plutôt que de transférer des richesses des pays développés vers les nouveaux entrants, il sera préférable de permettre aux salariés des pays entrants et à faible coût de main-d’œuvre d’aller travailler dans tous les autres pays de l’union même avec des salaires inférieurs aux minimaux légaux de ces pays. Les salaires ainsi obtenus lorsqu’ils sont transférés dans les pays d’origine contribuent directement au développement de ces pays au niveau de vie inférieure à celui de l’union. Imposer que des salariés soient payés comme les nationaux n’est pas alors la bonne solution car il y a là un frein en défaveur de l’emploi des nouveaux entrants et une protection des salariés nationaux. Comme il existe déjà des équipes de football anglaises qui n’ont aucun joueur anglais sur le terrain, demain il est possible d’avoir des usines françaises avec des salariés venant de pays de l’Est et payer à des tarifs intermédiaires entre ceux des pays de l’Est et la France. Pour un gouvernement libéral qui croit fermement à cette idéologie, il faut absolument attirer les milliards d’euros des fonds d’investissement et des fonds de pension sans quoi nos entreprises vont se trouver très rapidement hors course mondiale et européenne. Pour les finances publiques, le point fondamental est la croissance du PIB : il faut donc des usines en France même si les salariés ne sont pas français : c'est bien la loi de l'économie sur le social, le renversement de l'échelle des valeurs qui place le matériel et l'argent bien avant les valeurs naturelles et humanistes. L’ivresse de la destruction du droit du travail entraîne des obsessions névrotiques qui font de nos dirigeants des pantins pitoyables à la solde des milliardaires ou tout au moins à la solde de celles et ceux qui font valser les milliards et les nouveaux billions d’euros. Ce n’est plus une utopie, pas encore une réalité mais nous en prenons directement le chemin que car il y a une volonté politique pour que l’Europe s’intègre à ce coût social. Entre 1991 et 1996, lors de la politique du franc fort pour préparer l’euro, les salariés français ont été sacrifiés à la cause de l’euro ce qui explique le pic du chômage de 1994. Il est clair que les préoccupations sociales seront à nouveau sacrifiées pour que nos politiciens puissent réussir tant bien que mal l’unification du marché européen. Cette unification est bien plus fondamentale qu’une loi nationale sur le salaire minimum ou la durée légale du travail. Ce sont toujours les mêmes qui payent et l’idéal européen peut à ce prix se casser et redonner vigueur à des politiques protectionnistes nationalistes comme au bon vieux temps du paternalisme et de ces années noires lorsque « travail famille patrie » étaient devenues les valeurs de la France et que les plus courageux et lucides montaient des réseaux de résistance armés ( quand ils avaient des armes…).

 Doit-on au nom du respect de la liberté et de la propriété individuelle accepter ces ivresses dans nos systèmes de pouvoir ? Nous répondons : non ! Dans le roman mis en ligne sur notre site fileane.com, nous décrivons la lutte que mène le mouvement créé par 7 couples qui se sont rencontrés dans un club pour couples en Allemagne. Une organisation en réseau qui fonctionne et qui dure dans le temps afin d’être capable de faire naître ou renaître une civilisation, se compose d’une organisation de réseaux citoyens défendus par des ordres chevaliers et militaires contre les politiques des dirigeants des systèmes de pouvoir civils, religieux, militaires. La paix peut-elle exister parmi la prolifération des armes ? Chez les Moso, il n’y a pas d’armes et dans les civilisations les plus brillantes, les armes étaient conservées sous la garde du sacré, sous la puissance des forces de l’esprit, même Napoléon avait cette vision stratégique. Entre l’ivresse de nos amours humains, l’extase de nos rencontres charnelles, l’extase mystique face à la rencontre de la vie qui se trouve après la vie humaine, il y a un choix de société pour notre culture actuelle. Il ne peut y avoir une nouvelle civilisation sans une évolution en profondeur de notre culture dominée par nos systèmes de pouvoir et sans une révolution culturelle pour briser cette domination archaïque et brutale qui se contente en France d’un paternalisme qui prive de dynamisme notre économie et qui maintient les relations sociales les plus exécrables de tous les pays industrialisés. Ce paternalisme et cette bureaucratie font de notre pays une proie facile pour les nouveaux dirigeants du système financier mondial. Chez Homère, cela s’appèle tomber de Charybde en Scylla. Pour les salariés français, c’est revoir des patrons qui s’en mettent encore plus dans les poches qu’au 19ème siècle et cette fois-ci sans leur construire des cités avec jardinets, des écoles ou des crèches, ou encore des assurances pour la retraite, voire sans leur donner des actions ; bref sans rien leur donner de plus que des emplois précarisés comme jamais ils ne l’ont été aux beaux jours du paternalisme d’antan. Tout se perd mais tout se reconquiert surtout pour quelqu’un qui sait lire le fil de l’épée… et ce genre de lecture fait partie de la panoplie d’un poète… et nous avons commenté dans nos écrits ce fameux passage du chevalier à la charrette lorsque Chrétien de Troyes fait passer Lancelot sur le pont de l’épée. Nous en avons montré toute la symbolique initiatique, la puissance de l’amour qui referme les plaies du chevalier dès que le fil de l’épée a entamé ses chairs. « Je ne m’aime pas, j’aime mes amours, je ne les impose pas mais je les défends », cette phrase célèbre de Paul Eluard conduit également notre démarche : nos amours ne peuvent connaître la domination sinon elles deviennent un viol. Les amours sont libres de toute domination et la paix signifie bien aussi qu’un pays ne domine plus un autre. Les amours libres, les villes libres, les peuples en paix s’organisent en réseaux, en confédérations puissantes et prospères dans lesquelles les mères destituent les fils, les filles qui ont commis des excès et ont montré leur ivresse du pouvoir.

 

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