L’éducation : pas dans un système de pouvoir mais dans un réseau de compétences

1ère Partie : quitter nos systèmes éducatifs

 

mise à jour du 20 janvier 2008 : pour tenir compte des évolutions récentes dans l'éducation nationale et la réforme des lycées et des lycées professionnels.

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Ce texte fait suite à nos propos pour aborder maintenant les questions plus concrètes de l’élimination de nos systèmes éducatifs d’une part et du développement des réseaux de compétences d’autre part. L’internaute familier de notre site fileane.com a pris connaissance de l’organisation en réseau, des deux sources de savoir, de la place de la spiritualité dans la manière de réagir au monde et aux mystères de la vie sur terre et de la vie après la vie humaine. Nous avons montré les éléments de savoir, les exemples qui précisent quelle actualisation des organisations en réseau du passé nous pouvons mettre en place aujourd’hui : l’apport des sociétés premières matriarcales et leur manière d’éduquer pour trouver des sociétés sans violence et sans misère pratiquant la paix et les valeurs d’amour et de solidarité, l’apport de chercheurs et de penseurs récents comme Hannah Arendt sur la perception du travail, de l’œuvre et de l’action politique et de biens d’autres apports qui sont autant de pages sur ce site web. Notre lecture de l’histoire des richesses et de la propriété, le récit des conflits entre les civilisations florissantes et les systèmes de pouvoir, montrent que sommes face aux choix essentiels pour trouver nos raisons de vivre. Alors que l’impérieuse nécessité de mettre en place les mesures de sauvegarde de la vie sur terre et particulièrement les mesures pour défendre la vie humaine est devenue l’axe fondamental de notre devenir, il reste à définir le contexte dans lequel doit s’opérer le changement profond de nos mentalités pour mettre en place la nouvelle culture aux dimensions mondiales. Il s’agit là d’une question touchant au savoir et si le manque d’imagination ou les velléités conservatrices des dirigeants actuels empêchent de mettre sur la place publique les éléments de ce savoir capable de répondre à nos attentes, alors le travail du poète qui s’exprime ici et qui vit déjà un peu plus que dans ses rêves dans ce nouveau monde débarrassé des systèmes de pouvoirs économiques, politiques, religieux ou militaires n’est pas inutile. Depuis 5 ans, d’autres commencent par utiliser le même langage : il est question ouvertement du fonctionnement de nos systèmes de pouvoir même si peu de personnes s’expriment aussi ouvertement sur l’organisation en réseau.

 Avant d’aller plus loin à travers ce texte et ceux qui vont suivre, je rappelle les pistes, les évènements et les lieux qui m’ont guidé et qui peuvent vous guider vous aussi : les vestiges de la présence celte sur les promontoires des Vosges, le Donon, la porte de pierre, le mur païen puis le Mont Sainte-Odile avec l’histoire de ce lieu qui communique avec le Mont Cassin et le temple de Dendérah et son savoir, ses lois divines et ses mathématiques célestes sauvées du dernier grand cataclysme. A la suite de ce mouvement monastique organisé en réseau comme au temps des citées grecques et avant elles des citées de l’Égypte antique ou des Andes ou encore des hauts plateaux au pied de l’Himalaya, là où ont survécu les rescapés, nous trouvons les villes libres de la plaine et du piémont des Vosges, villes organisées dans le réseau de la Décapole dont les maisons et les monuments enchantent toujours les touristes du monde entier. Puis vient la cathédrale achevée après 1307 et la destruction de l’ordre du temple et dont la flèche témoigne toujours du serment des bâtisseurs de refuser de construire la deuxième flèche tant qu’une nouvelle organisation en réseau de nos sociétés n’aura pas remplacer le système de pouvoir de la monarchie absolue et nous savons que la révolution de 1789 n’a pas supprimé ce système de pouvoir centralisé absolu mais a seulement changé la catégorie de ses dirigeants : la bourgeoisie remplaçant l’aristocratie sans modifier le système de pouvoir lui-même. Puis plus tard, au cours de mes entraînements en vélo, je suis passé à Lupstein et à Scherwiller qui furent le lieux de l’écrasement de la révolte paysanne par l’armée à la solde du roi de France et ces défaites marquent la fin de l’organisation en réseau du temps des cathédrales. Quelques années plus tard, cette même région participa activement à la naissance du protestantisme et du combat contre le système de pouvoir religieux catholique et contre le pouvoir papal. Aujourd’hui, ce site poursuit ce combat pour l’élimination de nos systèmes de pouvoir et une nouvelle organisation en réseau. Cette lutte passe inévitablement par l’élimination de notre système éducatif conçu pour gérer et préserver la culture sélectionnée par les dirigeants de ce système.

 Avant d’aborder notre actuel système éducatif et d’analyser sa culture, c’est à dire ses valeurs, ses règles et les modes de vie qu’il engendre, restons quelques instants encore sur cette lutte entre organisations en réseau et systèmes de pouvoir pour clarifier ce débat dans la tête de militants obstinés au service de ces nouveaux princes qui nous gouvernent et qui se précipitent sur toutes les places laissées vacantes dans le fonctionnement de notre système de pouvoir. Ce n’est pas parce que nous vivons dans des systèmes de pouvoir et que les organisations en réseau appartiennent à l’histoire antique et à des peuples premiers et à des civilisations disparues, que le pragmatisme doit nous amener à conclure de la supériorité des systèmes sur les réseaux. Sur notre site Web, à travers l’histoire des richesses et de la propriété, nous avons montré que histoire n’a pas une progression linéaire allant de l’obscurantisme à la culture la plus humaniste. À travers l’exemple du savoir égyptien antique, nous avons la preuve qu’une civilisation très brillante n’est pas suivie par une autre encore plus brillante, qu’au contraire chaque civilisation brillante est détruite par les barbares, des peuples moins cultivés mais plus violents et avides de piller les richesses qui s’offrent à elle. Nous avons montré que l’explication repose sur la lutte continuelle jusqu’ici entre les peuples organisés en réseau et les systèmes de pouvoir. Les civilisations brillantes, les peuples qui ont vécu dans la paix et l’absence de misère ont utilisé des organisations en réseau alors que les despotes qui ont dirigé nos systèmes de pouvoir ont maintenu leur peuple dans la violence, la misère et l’ignorance. A chaque fois qu’un peuple vainqueur a trouvé une culture et des savoirs plus développés chez ses vaincus, il les a adoptés pour renforcer son pouvoir. Alexandre a utilisé l'Égypte et Rome l'a fait avec Athènes. L’exception à cette règle relève des guerres de religions et du fanatisme des dirigeants des systèmes de pouvoirs religieux : pour imposer leurs dogmes et leurs idéologies, ces fanatiques et tyrans religieux ont commis les pires génocides et crimes contre l’humanité en commençant par détruire les bibliothèques et les signes des cultures qu’ils jugeaient profanes ou hérétiques. La destruction de la bibliothèque d’Alexandrie par l’évêque Denis ne fut qu’un des trop nombreux crimes commis par la papauté pour développer son système de pouvoir catholique romain. Parmi ces crimes, nous rappelons l’ordre donné aux conquistadores de détruire les peuples des Andes et de l’Amérique centrale dont les croyances et la culture contredisaient la Bible et devaient être cachées aux peuples d’Europe, surtout devant les preuves découvertes par les conquérants espagnols des relations entre d’une part Tiahuanaco et l’empire inca et d’autre part les moines templiers qui depuis avaient été éliminés par l’Inquisition et dont le souvenir devait être occulté. Retenons déjà ce point : les civilisations les plus brillantes organisées en réseau ont été davantage détruite par des systèmes de pouvoirs religieux fanatiques et criminels que par les armées d’un système de pouvoir uniquement militaire. Le soldat utilise le savoir des vaincus pour renforcer son pouvoir. Le fanatique religieux détruit tout pour imposer ses dogmes sectaires. Cette menace de l’obscurantisme et du fanatisme religieux est toujours présente et nous avons montré que cette situation révoltante résulte du fait que nos systèmes de pouvoirs civils et laïques ont rendu tabou et interdit la question religieuse dans le début public. Les citoyens ne sont alors plus éduqués pour distinguer les enseignements d’une démarche spirituelle individuelle puisés dans notre première source de savoir et rejeter les dogmes et les idéologies qui confortent les systèmes de pouvoir religieux. Ils n’ont plus accès aux connaissances élémentaires pour séparer la spiritualité de la religion et éliminer les entreprises religieuses contraires aux valeurs humanistes. Nous verrons que cet enseignement est une base de l’organisation en réseau des compétences humaines et nous avons déjà parlé sur notre site fileane.com de la troisième révolution spirituelle qui accompagne la remise en place d’une organisation en réseau. Et s’il fallait conclure ce propos par des données chiffrées : notre mouvement consiste à sortir de deux mille ans de systèmes de pouvoirs qui ont provoqué en Europe puis à travers la planète des guerres qui sont devenues mondiales pour remettre en place des organisations en réseau et restaurer le lien avec les six mille ans d’organisation en réseau de l’antiquité, principalement avec les civilisations égyptiennes, grecques et celtes. Encore fait-il enseigner tout ceci autour de nous.

Pour aborder notre système éducatif français, nous n’allons pas nous limiter à la seule institution scolaire et universitaire car le jeune diplômé va apprendre tout autant sinon plus dans l’organisation dans laquelle il va travailler, dans la famille qu’il va fonder, auprès des gens qu’il va rencontrer tout au long de son existence humaine. Et nous verrons qu’entre ce que nous apprenons à l’école et les cultures de nos entreprises par exemple, il y a deux mondes aux enseignements contradictoires, ce qui participe grandement à la confusion ambiante dans notre société et à la perte des repères, à la fin des valeurs défendues par les dirigeants de notre système de pouvoir. Le système éducatif républicain est centré sur la formation : maîtrise des langues, des sciences, des arts. Par contre l’éducation principalement avec ses deux domaines qui ont toujours posé des problèmes dans une société : la sexualité, l’amour d’une part et la spiritualité et la religion d’autre part, est absente ou quasiment délaissée par le système éducatif français pour être réservée à la famille, à la conscience individuelle qui est admise sur le plan privé mais dont les interventions sur le plan public sont écartées voire interdites. Ce choix républicain pour éliminer les influences du système de pouvoir catholique et du clergé a abouti finalement à la cohabitation des deux écoles : privée et publique mais les deux sont soumises aux principes généraux du système de pouvoir éducatif.

 Les lacunes de notre système éducatif ainsi que ses échecs sont largement connus et la description de la situation alimente des articles de presse et des livres nombreux. Nous n’avons pas pour but d’ajouter d’autres exemples ou d’autres détails ou témoignages. Après toutes les réformes de notre système éducatif et leurs échecs, le constat majoritaire retient qu’un changement en profondeur de nos institutions scolaires et universitaires touche nécessairement à un nouveau choix de société, de culture, de manière de vivre ensemble. Michel Crozier remarquait que " le système d'éducation d'une société reflète le système social de cette société et constitue, en même temps, le moyen essentiel grâce auquel ce système se perpétue". Les relations hiérarchiques, la centralisation des décisions et la difficulté à travailler en groupe se trouvent dans les entreprises familiales françaises où dominent le paternalisme et des relations sociales exécrables, les pires des pays industrialisés, et cette culture archaïque et sclérosée se retrouve à l'école et à l'université tout comme dans les administrations figées dans une bureaucratie immobile et révoltante. Nous avons montré que le système éducatif a toujours été la principale priorité des dirigeants des systèmes de pouvoirs pour renforcer leur pouvoir et le faire durer dans le temps. Les valeurs d’un système éducatif sont donc éminemment politiques et n’ont rien à voir avec des préoccupations philanthropiques ou humanistes et le souci de développer les savoirs au profit de l’ensemble de l’humanité. Par contre ce souci humaniste fait bien partie des fondements d’une organisation en réseau, nous y viendrons. La question de fond reste toujours la même et est très claire : les causes profondes et culturelles du manque de dynamisme de l'économie française depuis un siècle au moins, sinon 700 ans ou encore 1700 ans, sont le paternalisme et la bureaucratie qui sont les transpositions des mécanismes sociaux de la monarchie dont 1789 n'a pas su les éliminer. Nos professeurs, chercheurs et enseignants forment-ils une génération d'élèves capables de sortir la république de ces ornières et libérer les forces vives du pays de ces entraves ? Ou au contraire, la bureaucratie scolaire sous le monopole d'état, doit-elle se contenter de former des soldats, des salariés, du personnel pas trop instruit pour ne pas en savoir plus que les patrons et ne pas venir entraver la direction de nos élites par des discussions, des débats, des contestations insolentes et déplacées ? Les réformes du gouvernement actuel servent manifestement le second cas de figure et le renforcement de l'élitisme sans éliminer ni le paternalisme ni la bureaucratie. Au contraire nos dirigeants compte sur la fidélité et la soumission de la bureaucratie pour mener rapidement à bien leurs politiques. Ce système de pouvoir forme un tout : une élite privée de bureaucratie n'a plus aucun moyen d'agir et sans bureaucratie, il n'y a plus besoin d'élite car nous sommes dans le cadre d'organisations en réseaux qui décident au niveau local en utilisant le principe de subsidiarité. Laisser des centaines de milliers d'élèves en difficulté scolaires sous prétexte qu'ils n'arrivent pas à satisfaire aux exigences académiques élitistes reste bien la situation actuelle validée par l'abandon officiel des plans éducation 2000 et l'objectif de hisser le niveau général des qualifications à  bac +2 ou bac +3, niveau européen d'employabilité décidé par l'union européenne. Depuis quelques mois, nous entendons et lisons les discours qui prônent l'abandon de toutes les mesures décidées à Alger dans le programme du conseil national de la résistance : après les critiques contre la sécurité sociale et les cotisations sociales, le refus obstiné de donner le droit de vote aux représentants des salariés pour qu'ils participent avec les actionnaires à la stratégie et au management de leurs entreprises, nous en sommes à l'abandon de l'égalité des chances et d'un système scolaire gratuit qui permet notamment aux enfants de conditions sociales modestes de réussir aussi bien que les autres. La réussite scolaire de tous n'est plus utile à la république actuelle car il y a là une menace grave pour la conservation de nos élites et de leur bureaucratie. Un cadre qui en sait trop et peut remplacer le patron doit quitter l'entreprise. La rupture amiable du contrat de travail le permet dorénavant et cette mesure conforte la manque de promotion interne aux postes de dirigeants dans nos entreprises. Il ne manque plus qu'un maréchal dans le gouvernement ou à sa tête, pour remettre les pendules à l'heure de cette domination bourgeoise et paternaliste. Lorsque nous nous soumettons à ces politiques partisanes, et de nombreux citoyens le disent de plus en plus ouvertement, à croire qu'ils lisent tous nos pages web, nous ne sommes plus en république mais bien dans une monarchie qui cache son nom et sa nature. Nous enseignons que le rôle d'un chef est d'aider son équipe à réussir et surtout pas de régner au dessus de son équipe ou à côté d'elle. Mais ici également nous sommes en présence de deux écoles.

 

les trois valeurs de base de notre système éducatif

 Le système de l’éducation nationale français empreinte ses valeurs aux circonstances historiques de la révolution : il s’agissait de remplacer l’aristocratie au pouvoir et ses relations étroites avec le pouvoir catholique romain par de nouveaux dirigeants révolutionnaires et il fallait faire vite. Napoléon créa les grandes écoles pour mettre en place la formation des dirigeants de la nouvelle république et les cadres des nouvelles administrations. La priorité étant militaire pour assurer la défense de la nation contre les menaces des royaumes et empires voisins, il est évident que la meilleure des écoles qui coiffe le système éducatif soit alors une école militaire. Ce modèle militaire vit toujours et se retrouve dans les attitudes de nos dirigeants politiques et économiques à la tête des grandes entreprises ou des administrations. Cette culture militaire typiquement française est souvent incomprise dans le monde des affaires notamment anglo-saxon qui pratique davantage la négociation et le compromis que l’affrontement et l’arrogance des seigneurs de guerre. Cette source historique sert aussi de racine au paternalisme familial : les élites dirigent les administrations publiques voire les partis politiques, les familles dirigent les entreprises privées et n'ont pas besoin des élites dans leurs entreprises sauf dans la forme moderne de la société anonyme. Le directoire comprend alors des salariés membres de cette élite et pour que ces non actionnaires épousent fidèlement les attitudes et la culture des propriétaires, ils reçoivent des stocks-options. La sélection des élèves dans ces écoles à la tradition militaire repose autant sur les capacités intellectuelles que sur la soumission délibérée à ces traditions militaires et à l’obéissance aveugle aux ordres des chefs. Régulièrement cette valeur militaire est contestée principalement dans l’université mais l’état a toujours préféré utiliser les jeunes formés à obéir sans discuter puis les grandes entreprises ont suivi le même chemin. Les autres qui refusent d’obéir de cette manière ou qui ont été séduits par des enseignements plus libertaires ou capables de développer l’esprit critique, doivent alors se contenter de métiers plus artistiques ou aléatoires et marginaux dans l’échelle sociale du système de pouvoir. Dès qu'un membre salarié de l'équipe dirigeante se met en dissidence, il est exclu et licencié. Autrefois le motif de l'incompatibilité d'humeur ou de divergences stratégiques était admis par la jurisprudence avant que les abus ferment cette possibilité de rupture. Aujourd'hui, la rupture amiable du contrat de travail ouvre à nouveau grandement cette porte et la soumission se trouve renforcée d'autant.

Nous sommes ici à la racine de la culture de la pensée unique et du fait établi qu’un subordonné doit toujours montrer qu’il en sait moins que son supérieur et que dans tous les cas de figure, il s’effacera et obéira à la décision de son supérieur hiérarchique. Un jeune cadre qui en sait trop devient un problème et une menace pour sa direction générale car il est capable de contester judicieusement l’ordre établi. Cette valeur « militaire » est omniprésente en France et sert de dernier critère de tri pour décider quels seront les futurs dirigeants parmi le groupe des jeunes cadres dynamiques. Pour éviter toute incertitude sur ce point, l’idéal est de retenir des cadres formés dans ces écoles à la culture de l’obéissance car ils présentent la garantie d’avoir été formés ( « usinés ») dans le même moule que les dirigeants en place. Mais pour sélectionner parmi le groupe des futurs directeurs parfaitement obéissants, le dirigeant capable de créativité, de courage, de passion pour entreprendre tout en sachant habilement commander, il faut changer de registre de critères. L’utilisation des qualités sportives permet de décanter la situation et il s’agit d’examiner quelles activités sportives pratiquent les candidats pour avoir la preuve qu’ils ont le caractère, la personnalité qui conviennent : la voile, la haute montagne, le parachutisme ou plus simplement le golf donnent ces qualités de dirigeant capable de mener des équipes au succès. Par contre des activités sportives trop individualistes et qui demandent beaucoup trop de temps et de dépenses d’énergie ne conviennent pas car le dirigeant ne doit pas avoir l’habitude d’être seul et de ne compter que sur lui-même. Une autre marque de cette soumission au système hiérarchique est le présentéisme dont les dirigeants et les postulants à la direction doivent faire preuve : ne pas quitter son poste avant vingt heures, venir durant le week-end, ne pas prendre tous ses jours de congés payés, etc. Cette pratique ne sert pas la productivité et en plus, elle n’a rien à voir avec les pratiques japonaises, certes excessives, des sorties entre collègues de bureau pour se détendre ou des pratiques anglo-saxonnes qui consistent à se retrouver soit au club house de l’entreprise, soit au club ou dans la société secrète de son école ou de son université. Non, en France, chacun reste à son poste et surveille les autres pour savoir qui va partir le premier et ne respecte donc pas le code tacite de la maison. Il ne s’agit ici que d’un élément visible de ce qui fait l’esprit maison et la coutume française veut qu’un dirigeant fasse quasiment toute sa carrière dans la même entreprise. Nous sommes à l’opposée de la pratique américaine qui veut qu’un jeune cadre dynamique change d’entreprise tous les deux ans avant d’offrir ce recueil d’expériences à la firme qui lui donnera des responsabilités sur un plus long terme. En France, avoir connu trop d’expériences diverses fait peur à nos PDG surtout si eux n’ont connu qu’une entreprise, qu’une seule culture de management. Rester au bureau pour faire du présentéisme est aussi à l’opposé de la culture des 35 heures qui permet d’avoir plus de temps pour sa vie privée et d’être certainement moins stressé. Nous savons le rejet culturel qu’ont connu les 35 heures et la plupart continuent à se doper avec des médicaments pour assurer leur présence au travail sans guère accroître leur productivité ; nous écartons ici les situations bien plus nombreuses de sous-emploi dans lesquelles les salariés doivent faire face à une charge de travail disproportionnée par rapport à leur effectif alors que leur direction refuse d’embaucher pour profiter d’une productivité forcée du facteur travail. Une autre conséquence du respect de cette valeur de soumission et d’obéissance est le fonctionnement des groupes sociaux selon l’appartenance à des castes, à des réseaux d’influence et d’identification sociale dans lesquels le respect des règles propres à ces castes est déterminant. L’appartenance à une école fait partie de l’appartenance ou non à une caste si bien que la question scolaire très tôt est une affaire sociale majeure et conditionne l’avenir d’un enfant. En fait, il y a une survivance du fonctionnement de l’ancien régime que la république n’a jamais su éradiquer et qui est en parfaite contradiction avec les valeurs affichées par le système. La face visible de cette culture est l'opposition radicale entre les employeurs et les salariés et les très mauvaises relations sociales qui sont l'apanage de la France.

 Cette valeur « militaire » et cette valeur d’obéissance est toujours omniprésente dans la fonction publique. Le droit d’expression des salariés reconnus en 1982 pour les salariés des entreprises n’est toujours pas reconnu aux fonctionnaires. Très vite, dans les entreprises, ce droit avait été dépassé par la mise en place des cercles de qualité et du mouvement qualité totale qui avait notamment permis d’intégrer correctement la révolution technologique des automates programmables et de la micro informatique à travers les réunions de résolution de problèmes. D’un outil de production obsolète en 1983 par manque chronique d’investissements à la suite d’une longue période d’inflation, dès 1986 les grands groupes industriels dégageaient à nouveau une marge conséquente de productivité et des bénéfices. A la même période il était très mal vu de parler de la réforme de l’état et aujourd’hui encore la plupart de nos administrations n’ont pas de bases de données performantes accessibles directement par les citoyens concernés. Le système scolaire a toujours fonctionné sur la base de la soumission des élèves aux enseignements qui leur sont présentés et la soumission des enseignants à la bureaucratie qui applique les volontés des politiciens au pouvoir. Nous reviendrons au niveau des modes de vie sur les tentatives de libérer l’élève et de le placer comme acteur de la construction de son savoir. L’élève dès le lycée est conditionné à reproduire un savoir qu’il ne doit pas contester, tout au plus l’Internet lui permet de corriger maintenant plus facilement les oublis éventuels et rares de ses professeurs. De même le professeur n’a pas intérêt à faire de la contre culture sous peine de se heurter à l’institution. Tous les professeurs d’histoire n’enseignent pas encore que les Amériques ont été découvertes bien avant Christophe Colomb et que notamment la flotte templière faisait commerce avec les colonies vikings des Andes et du Mexique pour amener l’argent au port de la Rochelle. De même en économie : démontrer que la loi de l’offre et de la demande n’est qu’une fiction qui n’a jamais été valablement vérifiée sur le terrain comme le fait M. Stirglitz, récent prix Nobel d’économie, peu de professeurs doivent s’y aventurer surtout s’ils risquent d’être inspectés cette année là. Et il est inutile d’imaginer qu’à l’ENA ou à Sciences Po les élèves apprennent que Marx et Engels ont reconnus la supériorité des peuples organisés sans état devant l’exemple probant de la confédération des peuples iroquois et qu’ils ont commis la lourde erreur de ne pas exclure l’état dans leur doctrine communiste pour croire naïvement qu’en s’emparant de la direction d’un état, il serait plus facile d’instaurer le communisme. Ils n’ont pas pu imaginer que des dirigeants communistes en accédant à la direction d’un état sombreraient illico presto dans les abus de pouvoirs et les tyrannies les plus criminelles sans forcément s’occuper à développer un réel communisme. A la table de leur pub londonien, en voyant le désolant exemple de leur disciple Lénine qu’ils critiquaient ouvertement, ils auraient pu tout au moins rectifier leur erreur initiale et supprimer l’état de leur organisation. Mais en 1860, connaissaient-ils l’histoire des chevaliers du Temple interdite par les dirigeants des systèmes de pouvoir européens, principalement interdite par la papauté ? Il est clair que ces interdits sont tombés et qu’aujourd’hui nous avons davantage de facilité pour construire un nouveau savoir.

 Après 1789, la république à chercher à construire un nouveau savoir fondé sur la raison et l’esprit scientifique. Pour y parvenir, elle rejette dans l’ombre de l’interdit et des tabous les savoirs antérieurs pour ne garder que les savoirs antiques justement parce qu’ils n’ont pas de liens avec la culture mise en place par le système de pouvoir religieux de l’église catholique qui organisait le pouvoir royal dans l’Ancien Régime. Mais enseigner comment atteindre l’idéal de liberté, d’égalité et de fraternité n’est pas une mince affaire surtout lorsqu’il s’agit d’éduquer en même temps un peuple républicain à l’obéissance par rapport à un pouvoir centralisé comme sous la monarchie absolue. Ceci veut dire que le système éducatif va d’abord reposer sur des idéaux, des objectifs à atteindre bien plus que sur la transmission de savoirs éprouvés capables de développer la république d’où cette histoire mouvementée et controversée de la jeune république qui a eu tant de mal à écarter l’emprise monarchiste : la seule organisation politique qui avait été capable de ruiner les rois de France et d’écarter l’influence du pape avait été détruite par Philippe le Bel dans ce qui fut une guerre de religion et les républicains ne voulaient pas ou ne savaient pas utiliser ces connaissances politiques et historiques pour conforter leur révolution. Nous n’allons pas ici nous étendre sur l’apport de savoir qu’à permis l’expédition d’Égypte conduite par Bonaparte et Kléber ni l’influence que les société secrètes comme les Philadelphes et les protestants ont eu à la fin de la Révolution et sous le premier empire. La solution pragmatique est venue du développement industriel. Plus question de se quereller sur des idées politiques inspirées au non de Platon ou d’Aristote ou des pharaons, le développement des machines et l’apprentissage des nouvelles technologies ont assuré jusqu’à aujourd’hui une nouvelle finalité prioritaire au système éducatif : divulguer les connaissances scientifiques et technologiques, former de nouveaux chercheurs et de nouveaux ingénieurs, développer le rationalisme scientifique pour éliminer les croyances religieuses source de conflits. Sur le plan politique nous avons montré les valeurs qui furent adoptées dans le pacte républicain vers 1860 : l’état doit favoriser la production de masse des biens matériels pour permettre un enrichissement de la population et une sortie de la misère, progrès qui va faire oublier les anciennes querelles de religion ou les conflits entre monarchistes et républicains qui ont tant affaibli le pays. Pour éviter la misère sociale qu’engendre le développement industriel, l’état se doit de protéger les salariés en développant les mutuelles et le système d’assurance et de sécurité sociale. Le système éducatif doit transmettre également ces nouvelles valeurs républicaines aux jeunes.

 Au cours du 20ème siècle, une troisième finalité apparaît lorsque l’économie capitaliste prend son indépendance par rapport à l’ère industrielle et devient une économie financière capable de générer des crises mondiales sources de conflits désastreux. La répartition de plus en plus inégalitaire des richesses qui est la marque de fabrique du système capitaliste et de l’économie libérale pose un problème sérieux au monde éducatif : que faut-il enseigner ? Faut-il poursuivre les cours sur l’économie théorique, la loi de l’offre de la demande qui n’a jamais été mise en pratique et dont un récent prix Nobel d’économie a avoué qu’elle n’est qu’une fiction ? Faut-il préparer les élèves aux chocs intellectuels de la révélation de l’horreur économique ? Faut-il leur enseigner à corriger ces erreurs et ces excès de l’économie ultra libérale en leur montrant les moyens qu’ils ont à leur disposition : écarter ce groupe de dirigeants spécieux et aux ambitions illégitimes pour le remplacer par des nouveaux dirigeants plus éthiques, aux ambitions plus sociales et sociétales, voire tout simplement humanistes ? Mais sans changer le mode opératoire du système de pouvoir économique, politique et social ? Faut-il au contraire leur enseigner la manière de développer des organisations en réseau fondés sur la démocratie directe, l’alliance des contraires, le principe de subsidiarité et la résolution des problèmes, le développement du mariage des cultures rendu possible à travers le développement d’un savoir global utilisant nos deux sources de connaissances ? Si les valeurs militaires, la valeur d’obéissance et la valeur du rationalisme scientifique sont faciles à repérer et à mettre en place, nous sommes ici face à des valeurs bien plus compromettantes : notre système éducatif doit-il épouser fidèlement et enseigner les valeurs du système de pouvoir économique capitaliste ou bien doit-il prendre ses distances avec le capitalisme pour enseigner un regard critique sur les contradictions et les injustices de ce système économique ? Doit-il préparer les étudiants à la mise en place d’une nouvelle organisation de la société en enseignant principalement la mise en place des organisations en réseaux ? Pour la moment la solution est donnée par le respect de la valeur traditionnelle d’obéissance : pas question de remettre en cause profondément l’ordre établi et nos élèves dissertent sagement sur le rôle de l’état dans l’économie pour corriger les inégalités… alors que cet état n’y est jamais parvenu sauf pendant les trente années qu'il fallut pour reconstruire le pays à la suite des désastres de la seconde guerre mondiale lorsque tous devaient travailler et qu'il n'y avait donc pas de chômage. Il a juste sauvé la paix civile en évitant l’explosion sociale grâce à des politiques sociales qui ont fini par creuser les déficits publics à un niveau intolérable. Mais l’obéissance a ses limites et enseigner des principes économiques éculés et battus en brèche tous les jours par la pratique de l’économie ultra libérale relève plus de la magie et des tours de passe passe que d’une pédagogie éprouvée.

 

La classe politique n’est pas capable actuellement d’imaginer une société organisée autrement que sur les principes de l’économie capitaliste et libérale, elle n’est pas capable de remettre l’action politique devant l’action économique comme le réclame pourtant aussi plusieurs prix Nobel d’économie. Depuis le printemps 2007, le discours politicien a évolué vers des expressions de politique de rupture ou de changement profond, c’est dans l’air du temps mais mis à part une radicalisation des mesures libérales pour tenter de doper la croissance afin de renflouer les caisses de l’état, aucune perspective à long terme n’est présentée et pour cause ! Le système est bloqué et connaît une perte de crédibilité importante dans ses valeurs surtout lorsque ces valeurs concrètes et tangibles dictées par le système de pouvoir économique viennent contredire ou jeter dans l’oubli les mythes et les fictions fondateurs de la république, lorsque le chômage est une production du système à travers la généralisation du salariat, lorsque la croissance devient insaisissable sous la poussée des menées spéculatives de tous ordres et le développement de la peur de nouveaux krach financiers. Cette perte des valeurs du système de pouvoir actuel entraîne la perte des valeurs du système éducatif et inversement lorsqu’il n’est plus possible d’enseigner en fonction de ces valeurs parce qu’elles sont contredites par la manière de diriger nos sociétés, cette perte des valeurs dans le système éducatif entraîne l’effondrement du système de pouvoir tout entier. Nous ne sommes pas les seuls et de loin sur fileane.com, à dire que nos sociétés développées se trouvent à ce stade de délitement et d’affaiblissement. Cette perte des valeurs va inéluctablement avoir des conséquences au niveau des règles de fonctionnement du système éducatif

les trois principales règles de fonctionnement du système éducatif français

 

La principale règle de notre système éducatif républicain français est l’égalité des chances. Chaque formateur depuis l’instituteur au professeur d’université a le devoir de détecter les élèves les plus doués pour les mener vers les plus hautes responsabilités de la société. Ceci quelque soit leurs conditions sociales, leur sexe, etc. Mais très vite ce postulat rencontre les difficultés de la vie réelle : le seul don ne suffit pas, encore faut-il qu’il y ait accès au savoir et cet accès n’est pas égalitaire entre des familles cultivées au niveau des arts, des lettres et des sciences et des familles de conditions modestes qui ont du mal à échapper à l’illettrisme et à l’obscurantisme. L’école de la république, nous le savons, est chargée d’effacer ces inégalités et de donner à chacun les moyens qui lui sont nécessaires pour étudier en fonction de ses dons et de ses ambitions. Très vite cette question est détournée de son objectif : que faire des élèves moins doués ou pas doués du tout pour des études ou que faire face à des cohortes de jeunes démotivés par les études ? Sachant que nos systèmes de pouvoir ne fonctionnent qu’à l’aide d’une élite très minoritaire, la question serait vite résolue : les autres n’ont qu’à obéir voire obéir sans comprendre : c’est l’application du principe d’autorité dans le fonctionnement d’une société organisée par un système de pouvoir. Nous savons que nous vivons dans l’ère industrielle sous le principe d’efficacité : le titulaire d’un poste lorsque ce poste est supprimé dans le fonctionnement du système pour en accroître son efficacité, n’a aucun droit au maintien dans le système. S’il perd son poste et ne peut en obtenir un autre, il doit quitter le système et en est exclu. Dans le système de production et de distribution des richesses, l’élévation du niveau de compétences est une source importante de productivité. Dès lors tous les agents économiques doivent développer leurs compétences professionnelles. Personne n’est donc exclu du système éducatif, par contre il s’agit de bien orienter chacun vers les formations et les expériences dont il est capable en fonction de ces aptitudes manuelles et intellectuelles. L’égalité des chances se transforme donc dans un système performant d’orientation, ce qui est bien plus concret et n’est plus une fiction plus ou moins utopique.

 L’économie financière va encore plus loin : même l’individu exclu de la production ou de la distribution reste un agent économique fondamental car il doit exercer sa fonction économique de consommation. Le faible niveau de revenu voire une situation d'endettement n'effraient plus nos financiers. L’exemple de la crise immobilière américaine de l’été 2007, la crise des « subprime mortgages », démontre que depuis des années les financiers n’hésitent plus à prêter à n’importe qui et à n’importe quelles conditions pour inonder de créances douteuses les marchés du monde entier. Le diplôme n’est plus une clé pour accéder à la consommation, tous y ont droit. La seule et importante différence tient dans le fait que celui qui est sorti du système éducatif sans diplôme devra s’endetter quasiment toute sa vie et que tous ses biens seront gagés ou hypothéqués. L’éducation à la consommation dispensée par nos élites financières va ainsi jusqu’à l’asservissement le plus complet des consommateurs aux revenus modestes mais demain, il n’y a pas de raison que ce système financier ne touche pas les classes moyennes et les appauvrisse rapidement. A ce stade, il n’y a plus d’égalité des chances mais égalité de traitement dans la dépendance et l’asservissement au système de pouvoir financier. Et il ne faut plus alors chercher où se trouve le pacte républicain, il s’est purement et simplement volatilisé dans un krach politique tout comme le système éducatif se réduit à sa plus simple expression : préparer le renouvellement des élites dirigeantes et garantir l’obéissance du reste de la population. A ce stade, il devient évident qu’il n’y a plus besoin de la présence d’états dans le fonctionnement de ce système prôné par l’oligarchie financière anglo-saxonne.

 Une deuxième règle de fonctionnement accompagne l’égalité des chances : la valorisation de l’excellence pour légitimer le mécanisme sophistiqué chargé de sélectionner ceux qui occuperont les postes à responsabilités dans le fonctionnement de l’état et de la république. La recherche des jeunes les plus doués et les plus capables est la principale finalité affichée par le système éducatif. Il s’agit de les détecter puis de les former dans une voie d’excellence particulière avec ses écoles et ses enseignements spécifiques. Avant le développement de la société industrielle, le principe de fonctionnement du système éducatif était simple : les meilleurs étaient sélectionnés pour prendre des postes à responsabilité au sein des administrations de la république, notamment l’armée. Mis à part quelques familles d’entrepreneurs, les autres trouvaient une place dans l’agriculture et l’artisanat et devenaient compétents par transmission d’une tradition orale au cours d’un apprentissage sur le terrain. La société industrielle a exigé rapidement de brillants ingénieurs et hommes d’affaires. Naturellement au vu des rémunérations proposées, les meilleurs sont partis prendre des postes dans l’économie marchande, et ce mouvement s’est encore amplifié lorsque les sociétés anonymes ont du faire appel à des experts au sein de leur directoire, les enfants des familles propriétaires n’ayant pas acquis ces compétences pour diriger les affaires. Orientation, sélection pour que chaque élève se prépare à une fonction du système de pouvoir économique, politique et social, le système éducatif est passé maître dans cet exercice censé reposer sur le volontariat voire l’ambition des jeunes et de leurs parents. Cette règle a fonctionné tant bien que mal lorsque l’ascenseur social était en marche et qu’au bout de n’importe lequel des diplômes, l’élève et ses parents étaient assurés d’un statut social meilleur. Lorsque les emplois sont rares et que les places sont prises, cette règle ne fonctionne plus : le jeune diplômé va directement au chômage et ne trouve plus que des emplois précaires sans liens avec ses études , le temps de se caser dans un poste plus stable.

 Nourris des progrès scientifiques, l’avancée de l’économie et le développement de la consommation des biens matériels devait engendrer le progrès social. Aujourd’hui, nous en sommes toujours à ce postulat mais face à la généralisation du chômage et de la précarisation des emplois, la préoccupation majeure sur le plan européen est bien de développer l’employabilité de la jeunesse et de la population active de manière à résorber le chômage structurel et conjoncturel en favorisant la reconversion des salariés d’une branche professionnelle à l’autre ou carrément d’un secteur à l’autre : notamment de l’industrie vers le tertiaire, principalement vers les services aux personnes. Cette facilité à changer d’emplois reposerait sur un niveau d’études supérieures minimal équivalent à bac+3 en France. Mais notre retard reste toujours significatif et nous place toujours en retrait par rapport aux autres pays industrialisés : seulement 60% d’une classe d’âge arrive au bac et à peine un étudiant sur deux fini ses études supérieures au delà de bac +4 alors que le niveau des jeunes qui sortent du système éducatif sans aucun diplôme stagne autour de 15 à 20 % d’une classe d’âge et est un des plus élevé en Europe. Ce but nouveau modifie les règles de fonctionnement du système éducatif. Il est admis qu’un étudiant sur deux ne va pas travailler dans le domaine qu’il a étudié mais cela n’est pas grave s’il est employable et peut prendre un emploi dans un autre domaine, probablement avec un statut et une rémunération plus faible. L’essentiel pour nos dirigeants politiques, c’est qu’il ne vienne pas accroître le nombre des chômeurs et ne coûte rien à nos institutions sociales mais au contraire rapporte des cotisations sociales et des impôts. Pour favoriser ce transfert de personnel entre branches professionnelles, le développement de la formation continue est nécessaire au point de ne plus pouvoir être pris en compte par les entreprises. L’institution scolaire et universitaire est sollicitée pour évoluer vers une école tout au long de la vie. C’est la nouvelle règle de fonctionnement assignée au système éducatif mais comment l’assurer alors que le système de la formation initiale ne peut plus remplir sa mission face à la montée de l’illettrisme, des difficultés de langage, l’absence de motivation dans le travail, le détournement des élèves par la société de consommation et de loisirs. Peut-on encore pousser le système lorsque ses valeurs se perdent, lorsque ses règles sont contredites et rendues inefficaces par le monde du travail et le développement de la société et que cette situation va inévitablement engendrer des modes de vie et des comportements à l’opposé des objectifs impartis ?

 les modes de vie dans le système éducatif de la république

 

Dans la culture qui entoure notre système éducatif, les modes de vie les uns plus surprenants et choquants que les autres font l’objet d’une littérature abondante et très précise. Modes de vie des élèves, des professeurs, des parents d’élèves, des syndicats d’enseignants, des fonctionnaires de l’Éducation Nationale, tout a été décrit et nous n’avons pas pour objectif d’en rajouter. Il est évident que dans le cadre d’un changement en profondeur d’une culture éducative, il faut savoir quelle priorité accorder à chaque niveau : travailler d’abord sur les valeurs pour les faire partager, modifier les modes de vie pour que les groupes élaborent au fur et à mesure leurs règles et précisent les valeurs de leur organisation ? Faut-il imposer des règles pour contraindre les modes de vie à rentrer dans des comportements prédéfinis tout en se contentant de valeurs fictives et idéalisées ? D’autre part, lorsqu’il y a problème au niveau des valeurs et des règles, les groupes sociaux sont obligés de se débrouiller pour continuer à vivre du mieux possible et ils adaptent leurs modes de vie le plus souvent avec ingéniosité et perspicacité. D’où la nécessaire analyse de ces modes de vie pour en repérer les plus pertinents et mettre en évidence les plus pernicieux. Nous allons procéder par ordre : les modes de vie face aux valeurs, les modes de vie face aux règles, les nouveaux modes de vie face aux anciens modes et cette liste n’a pas pour but d’être exhaustive.

 

Les modes de vie face aux valeurs :

-  Pour commencer et sans nous attarder, nous pouvons mentionner les exemples de conservatisme dans la stratégie militaire qui explique toutes nos dernières grandes défaites militaires. Un seul exemple : celui de l’introduction des blindés et de l’aviation d’attaque sur le champ de bataille théorisée après les années 1920 notamment en France par Charles de Gaulle et l’ignorance de ces évolutions par l’état-major jusqu’à la défaite de 1940. Il a beaucoup d’autres exemples, notamment le choix de ne pas construire une artillerie lourde avant 1914, la conséquence est connue : en 1914 nos troupes n’arrivaient pas sur la ligne de front, elles étaient écrasées par l’artillerie lourde allemande bien avant et cette erreur a coûté au moins la perte de quelques centaines milliers de soldats. La victoire de la Marne n’est due qu’à la rapidité de la retraite française qui n’avait pas permis à cette artillerie lourde allemande d’avancer. Les renforts venus en taxi depuis Paris avaient alors pu combattre l’avant-garde allemande qui n’était plus protégée par son artillerie lourde et nous savons que cette victoire de la Marne fut de courte portée et n’évita qu’un désastre comme le futur désastre de 1940, sans parler des autres erreurs de commandement durant ce premier conflit mondial.

- Cette valeur d’obéissance s’exerce surtout à la sortie des études lors du recrutement en entreprises ou lors des concours administratifs. Nous ne citerons que le cas de l’agrégation pour les professeurs où le candidat doit démontrer qu’il connaît au millimètre les dimensions du moule dans lequel il doit exercer son savoir, la seule fantaisie admise est de montrer qu’il est aussi capable de se gausser des savoirs interdits et rejetés par les dirigeants du système de pouvoir. Cet abrutissement académique pousse même à la révolte une bonne partie des candidats reçus à ce concours. Dans les grandes écoles, le recrutement en entreprise se fait par cooptation : les cadres sortis de l’école en question pilotent le recrutement en liaison avec le bureau de l’amicale des anciens élèves. Cette procédure est relativement efficiente car la personnalité de l’étudiant est mieux prise en compte en fonction de la culture de l’entreprise mais comme la plupart des cultures des entreprises françaises se ressemblent, nous revenons rapidement au fameux moule de la docilité et de l’obéissance. Lorsque votre entreprise cherche des fortes têtes capables d’innover et de créer, de changer les habitudes, le bureau de l’amicale est tout heureux de pouvoir caser enfin les fortes personnalités de la promotion et de se débarrasser ainsi d’un souci majeur. Nous citons sur le plan anecdotique le cas de ce jeune polytechnicien envoyé par erreur par l’amicale dans notre établissement et qui attiré par notre adresse et notre réputation n’avait même pas remarqué qu’il n’avait pas suivi en 3ème année la spécialité qui représentait notre métier de base. Le collègue ancien de cette école avait eu bien du mal à présenter notre refus ferme et définitif au secrétaire de l’amicale pour qu’il reprenne ce candidat à la forte personnalité qui pensait faire un peu ce qu’il veut, et le propose ailleurs. D’autres anecdotes pourraient être mentionnées.

- Ce phénomène se retrouve également dans les lycées avec les bien connues sections des sciences et technologiques de gestion (STG qui ont succédé aux STT et aux bac G ). Régulièrement à la fin de seconde, des élèves qui travaillent peu et n’ont rien à faire du système scolaire sont affectés dans ces classes. L’expérience des professeurs de cette section doit alors jouer à plein pour ne pas utiliser des comportements autocrates afin de mater ces élèves. Au contraire, ils doivent utiliser l’assertivité et former leurs élèves à cette maîtrise des attitudes pour pacifier le climat et se mettre au travail. La sélection qui s’est faite dans les classes précédentes montre que la quasi totalité de ces élèves a la capacité intellectuelle pour réussir des études, il ne s’agit que d’un problème de comportements déviants par rapport à l’institution : absentéisme, démotivation, lacunes jamais comblées, problèmes familiaux, manques de repères dans la société et manque de volonté pour s’orienter. Plongés dans la réalité des organisations, dans le travail avec la bureautique, il est possible de mener ces élèves vers le succès au bac et une bonne partie poursuit des études supérieures avec une motivation retrouvée surtout depuis que l’Université s’est davantage ouverte à la gestion à travers les IUT GACO ( gestion administrative et commerciale à destination des PME et PMI ). Pourtant la réputation acquise par cette section et le fait que tous les élèves effectivement n’ont pas le niveau correct pour réussir des études supérieures, font que ces élèves sont écartés à causes des remarques défavorables sur leurs comportements, des classes de BTS ou d’IUT au profit des élèves des sections S ou ES. Bon nombre d’élèves de cette section STG sont alors obligés de s’inscrire à l’Université ( en Droit ou en AES ), études pour lesquelles ils ne sont pas du tout préparés et dans lesquelles ils vont récolter des zéro ou des notes très faibles. Une circulaire ministérielle du printemps 2007 rappelle aux IUT et BTS que les élèves de STG sont prioritaires au niveau des inscriptions. Sur le plan anecdotique, nous citons volontiers le cas d’une jeune meneuse d’un groupe de « tigresses » ( surnom donné par la direction du lycée ) qui toutes étaient passées en conseil de discipline à la fin de la classe de Première, s’étaient mises courageusement au travail en Terminale et avaient comblé leurs lacunes. Cette meneuse après le bac était partie avec quelques copines dans la grande ville voisine pour effectuer ses études supérieures à bac+2, elles vivaient dans un grand appartement en colocation et depuis elle travaille dans le commerce international pour une entreprise japonaise bien connue pour ne pas lésiner sur la culture d’entreprise et l’obéissance à la hiérarchie. Elle a fondé une famille et a des enfants. De même le cas de cette classe qui travaille bien le premier trimestre en Première puis estimant que la situation est gagnée, s’amuse et se dissipe les deux trimestre suivants pour se remettre un peu au travail en Terminale tout en continuant à s’amuser. Quasiment tous obtiennent leur bac et les meneurs et meneuses décrochent la mention assez bien alors qu’ils auraient pu passer une demi douzaine de fois en conseil de discipline. Il n’y a pas que l’âge bête et les crises de l’adolescence pour justifier et expliquer cette situation. Les valeurs du système scolaire sont en cause et heureusement que bon nombre de professeurs ne se soumettent plus à elles et utilisent davantage les ressources de l’organisation en réseau, en particulier la pédagogie du projet ou par le projet qui a toujours été bien plus présente en STT ou en STG que dans les autres sections et qui marchent relativement bien avec les « fortes têtes » et nettement moins bien semble-t-il avec les élèves plus dociles des autres sections, d’où la relative désillusion de l’expérience des TPE dans les classes scientifiques et économie sociale, surtout lorsque l’élève se contente d’utiliser des pages web en ayant aucun regard critique sur ce qu’il a sélectionné ou pris au hasard des résultats de Google.

- le refus de la discipline dans les établissements scolaires est largement décrit dans les médias. Pourtant les exemples sont également nombreux de milieux scolaires remotivés et pacifiés. Une solution consiste à mettre de côté les valeurs traditionnelles du système : l’orientation et la sélection pour revenir à la valeur naturelle de toute organisation éducative : le développement personnel, la communication, la transmission d’un savoir moins professionnel mais qui touche davantage à nos raisons de vivre et aux expériences de vie soit d’autres personnes contemporaines ( créateurs, artistes, accidentés, déportés, prisonniers, salariés, etc.) soit de personnes appartenant à l’histoire ( peuples premiers, ancêtres, etc. ). La montée de l’absentéisme et de l’indiscipline est largement favorisé par des équipes enseignantes qui changent constamment en cours d’année ou d’une année sur l’autre ainsi que par des locaux inadaptés ( cité scolaire HLM des années 1970 avec des tuyaux de canalisation visible en salle et qui transmettent le bruit du moindre écoulement d'eau, avec des salles dont les murs et le plafond résonnent à soûler de sons les oreilles, sans salle de réunion et d’études, etc. ). Une meilleure gestion des ressources humaines pour stabiliser les équipes enseignantes et une éradication des citées scolaires des années 1960 sont aujourd'hui impératifs. La complexité du règlement des conseils de discipline qui veut introduire un débat contradictoire dans une structure entièrement fondée sur le respect des règles, induit un comportement d’évitement : les proviseurs ont davantage intérêt à organiser la mutation des élèves dans un autre établissement pour séparer l’auteur des faits car les violences sont rarement isolées mais toujours réalisées en bande, l’essentiel étant de briser le phénomène des bandes d’élèves indisciplinés.

- Le refus du modèle militaire et de l’organisation en système s’accompagne de la mise en place d’une organisation en réseau plus ou moins achevée selon le niveau de délégation de la Direction à des comités ou à des groupes de travail. L’établissement scolaire instaure de fait comme dans une entreprise le droit d’expression des salariés, les groupes de résolution de problèmes voire une certaine cogestion au niveau des livres gratuits pour les élèves, au niveau des activités sportives et artistiques ou éducatives. Il est évident qu’une autonomie plus grande accordée aux établissements scolaires et universitaires développerait cette mise en réseau mais ce mode de fonctionnement se heurte encore à la valeur d’égalitarisme et d’égalité des chances.

- Enfin pour terminer sur cette valeur d’obéissance, il est évident qu’elle a toujours fait l’objet d’une contestation récurrente. Mais la forme de cette contestation surtout sur le plan politique est singulière : d’une part le peuple, essentiellement celui de Paris, a dans un premier temps gouverné par la rue et a déclenché les révolutions du 19ème siècle. D’autre part et depuis 1789, les français ont toujours soutenu et aimé des rebelles qui ont osé désobéir au système de pouvoir pour marquer de leur personnalité la vie du pays. Il a fallu des dirigeants lucides et courageux pour chasser des équipes au pouvoir et imprimer des changements profonds dans le fonctionnement dus système de pouvoir. C’est la réalité historique des hommes providentiels qui font avancer la république ( ou l’empire ) : le premier qui a compris ce mode de vie républicain fut Bonaparte qui imagina de devenir empereur pour sauver la république et éviter le retour menaçant de la monarchie absolue. En 2007 toujours, cette vieille recette fonctionne et les élections présidentielles ont illustrée cette fois-ci plus que d’habitude cette réalité : les deux candidats du second tour avaient fait leur révolution de palais au sein de leur parti politique pour écarter des directions établies et les remplacer par leurs militants dévoués. Nous savons que le premier qui procéda ainsi fut alors l’élu. Mais ce mode de vie qui se retrouve aussi bien en politique qu’au niveau de la direction de nos entreprises n’est pas très flatteur pour notre démocratie : le poète Paul Valery a écrit dans un langage châtié « les peuples vont là où les pouvoirs les mènent ». Le Général de Gaulle eut des mots plus crus pour comparer les français à des veaux qui vont téter toutes les mamelles du pâturage et ne savent plus reconnaître leur mère nourricière et les valeurs de leur république. Le système éducatif et les programmes d’histoire célèbrent bien entendu ces grands personnages sans forcément éclairer leur personnalité rebelle et ce paradoxe français de citoyens qui génération après génération se complaisent dans une passivité et une obéissance réprimendables tout en louant les vertus de ceux et probablement un jour de celles ( mais il y a Jeanne d’Arc dans notre passé ) qui viennent bousculer l’ordre établi pour faire avancer les choses ( sur ce site nous avons montré comment Jeanne d’Arc était à la tête d’un mouvement qui cherchait à restaurer l’organisation en réseau du temps des cathédrales…comme nous et pas comme lui ou elle, pour clarifier la situation dans le pâturage !).

- La laïcité est mise à mal par la montée des communautarismes. Nous nous sommes exprimés sur cette question  et nous considérons que le maintien de cette valeur est une erreur car elle n’apporte pas de solution concrète pour éliminer les systèmes de pouvoir religieux et leurs mouvements fanatisés. Quant à la victoire du système de pouvoir français laïque sur les systèmes de pouvoir religieux, nous n’y croyons pas et trouvons que cet espoir de victoire est un risque à ne pas courir. Le développement des dogmes créationnistes à partir d’une lecture à la lettre de la Bible est une autre menace qui nous fait nous souvenir des cent millions d’indiens exterminés par les colons catholiques dans les Amériques du Nord jusqu’au Sud.

- Le rationalisme scientifique est également mis en totale contradiction avec le réchauffement de la planète, les désordres climatiques et les pollutions, l’épuisement des ressources naturelles. L’utilisation des sciences a été un échec sur le plan de l’écologie et prétendre que l’emploi des sciences pour sauver la planète est toujours possible s’avère exacte à condition de changer nos attitudes et nos façons de vivre, ce qui est plus compliqué car ceci ne correspond pas à la culture de l’actuel système de pouvoir qui nous gouverne et des lobby industriels et financiers qui le soutiennent. Le cas des plantes OGM est caricatural. Pour une anecdote : un moment, mes collègues de travail, docteurs en chimie m’ont expliqué pourquoi notre multinationale arrêtait le développement des semences de blés hybrides car c’était jouer les apprentis sorciers et la productivité réelle de cette technologie n’était pas suffisante pour couvrir de tels risques écologiques. Le groupe chimique a vendu son brevet à une société anglaise qui en faillite pensait se relancer avec ces brevets achetés à un prix dérisoire. Finalement ce sont les financiers de Monsanto qui ont rachetés tous ces brevets pourris à travers le monde en tentant le jack pot du siècle : arriver à utiliser ces fameux brevets dont les chimistes se sont débarrassés à vil prix pour obtenir un monopole sur les semences OGM et à l’aide de solides relations dans le monde politique, imposer aux paysans l’utilisation de ces semences. Si ce trafic arrive à se développer, c’est l’envolée faramineuse du cours de l’action Monsanto en bourse et une des plus belles réussites de la finance contemporaine. Cette affaire représente le cas d’école pour montrer la main mise du pouvoir financier sur l’industrie, les sciences et les technologies. En vertu de la liberté du commerce et de l’industrie et de la primauté de la propriété individuelle sur la propriété collective et le caractère interdit et tabou de la propriété commune, bon nombre de politiciens cèdent devant une telle manipulation de l’opinion et les citoyens n’ont plus que le recours à la désobéissance civile pour arrêter cette escroquerie à la science et à la santé de l’humanité. Il faudrait que ces brevets mis au point par la chimie ou d'autres scientifiques lorsqu'ils jouent aux apprentis sorciers soient placés à l'abri d'une place forte et surveillés comme les installations nucléaires pour qu'ils ne puissent pas être utilisés. C'était l'avis de mes collègues, éminents chimistes formés entre autre par un professeur français qui reçut le prix Nobel de chimie il n'y a pas longtemps.

- Le développement des démarches spirituelles et l’intérêt porté pour les mouvements spirituels d’Asie, d’Inde ou des peuples premiers montre qu’un basculement a eu lieu au détriment de cette valeur rationaliste créée par les républicains et reprise dans l’ère industrielle.

- le fait est connu qu’un nombre non négligeable d’étudiants soumis intensivement aux études scientifiques se détournent du rationalisme scientifique pour entrer dans les ordres religieux, notamment à Polytechnique. Sinon d’autres s’engagent dans des activités artistiques, par exemple cette diplômée de Supelec et de Télecom Paris que j’ai tenté de convaincre pendant une bonne heure d’accepter la promotion et la responsabilité du nouveau service qui était créé et qui a préféré démissionner pour suivre une formation à l’Actor Studio de New York, tournant le dos sans regret à des études qu’elle avait suivies pour faire plaisir à ses parents mais qui ne lui convenaient pas. De nombreux étudiants sortis des classes préparatoires, après l’obtention d’une place dans une grande école, ne veulent plus suivre un rythme aussi poussé et assurés d’une place à la sortie préfèrent profiter des années dans leurs écoles pour s’activer dans la vie estudiantine ou sociale. Et dans leur futur travail, ils tiennent à maintenir un équilibre de vie entre vie privée et vie professionnelle

- pourtant dans les lycées, en fonction de la sélection qui y sévit, la plupart des élèves souhaitent aller en section Scientifique et ces classes sont surchargées d’élèves peu doués en mathématiques et souvent très peu motivés par les sciences. L’essentiel pour eux et leurs familles est de défendre un statut scolaire et de s‘afficher parmi les élèves reconnus par l’institution comme étant les meilleurs. Bon nombre de bacheliers scientifiques font ensuite de toutes autres études soit en gestion, dans les technologies soit dans les arts et la musique. Et l’enseignement supérieur voit ses filières scientifiques stagner ou dépérir faute d’étudiants de valeur car les meilleurs ont intégrés des écoles nationales d’ingénieurs au statut social bien meilleur que l’Université…et qui sont réputées pour mieux former à l’obéissance aux règles du système de pouvoir.

- Enfin et pour en rester là, nous devons citer les cas plutôt nombreux où nos dirigeants davantage tournés vers la politique que la recherche, ont commis la lourde erreur de passer à côté d’une nouvelle technologie prometteuse. Un des dernier cas connu est celui de Thierry Breton à la tête de Thomson qui ne croit pas au développement des écrans plats, technologie que lui présente une équipe du CEA. Pourtant cela ne l’a pas empêché de devenir ministre par la suite. Sans compter les erreurs de stratégie bien plus nombreuses. Au point que certains observateurs ont pu écrire des livres pour démontrer une loi constante depuis 30 ans : chaque fois qu’une branche professionnelle ou qu’un grand groupe a rencontré des difficultés, les hommes politiques pour éviter tous remous et toutes difficultés électorales se sont empressés de se débarrasser du problème en bradant l’entreprise ou en étouffant la question sous des aides qui n’ont pas empêché la fermeture de ces entreprises et aujourd’hui, notre balance commerciale est déficitaire justement parce que nous devons importer en masse ces produits autrefois fabriqués chez nous. L’exemple anecdotique caricatural restera pour longtemps encore cette volonté affichée par le premier ministre Alain Juppé de vendre Thomson et Thomson-CSF à Daewoo pour 1 franc ( ou du moins une somme ridicule ), ce qui illustre l’ignorance et l’incompétence de nos politiciens par rapport à la réalité du monde des technologies et du management. 

- Indépendamment de la question des élites, tous doivent être capable de suivre les progrès technologiques amenés par le développement des sciences. Le citoyen doit être capable d’utiliser correctement les nouveaux produits de l’industrie aussi complexes et dangereux peuvent-ils être. C’est la condition de base pour qu’il puisse consommer tout ce qui est produit, surtout ces dernières années au niveau électroniques et au niveau des télécommunications. L'éducation aux sciences et aux technologies est devenue également indispensable pour former les concepteurs des nouveaux produits, les découvreurs des futures innovations qui ne l'alimenteront un nouveau cycle d'innovation capable d'apporter une nouvelle phase de croissance et de richesse. Il s'agit alors de vulgariser l'accès à la science pour revenir au mode principale de fonctionnement du système éducatif : la détection ou la sélection et la formation des meilleurs éléments capables de devenir des responsables de premier rang si possible. Le système éducatif français a toujours eu du mal à se mettre à jour en remettant de l'ordre dans le classement des matières et disciplines. Cette règle de la démocratisation de l'accès aux sciences et aux technologies industrielles et de gestion n'a pas permis pour le moment de rattraper notre retard : seulement 60 % d'une classe d'âge en 2007 arrivent à passer son bac, sachant qu'un étudiant sur deux ne parvient pas à bac+4, nous sommes encore en dessous des 50 % de la population active pour un niveau de compétence égale à bac+2. 

- elle n’a jamais véritablement pénétrée l’institution éducative et le patronat lui en fait souvent le reproche. Favoriser la création d’entreprise est difficilement exigible de la part d’enseignants qui n’ont pas pour vocation de créer une entreprise. Le système éducatif est davantage tourné vers l’individu et moins vers les organisations et l'entreprise. D’autre part, le réflexe élitiste veut que l’on ne mette pas ces connaissances à la portée de tous. Les employés n’ont que faire de connaissances sur la stratégie car sinon ils viendraient la critiquer régulièrement surtout lorsqu’elle se limite à l’enrichissement démesuré des seuls actionnaires. Aujourd’hui les problèmes liés aux petites entreprises peu productives et aux PME souvent peu organisées et qui manque de personnel compétent amène le gouvernement à développer les formations à la gestion. Nous avons été parmi les derniers des pays industrialisés à programmer l'enseignement de l'économie dans nos lycées. L'enseignement des technologies, en dehors des programmes destinés aux ingénieurs qui vont rejoindre des élites dirigeantes, a toujours souffert d'une mauvaise image de marque. Destiné aux ouvriers et techniciens, cet enseignement technologique a toujours été réservé aux élèves peu doués en littérature et en mathématiques. Nous en avons fait les frais lors de la dernière révolution technologique dans l'industrie lorsque dans les années 1980, il a fallu intégrer les robots et les automates programmables. En 1986 devant les difficultés et le manque de compétences pour mettre au point ces automates, la fameuse commission de fonctionnaires du ministère de l'éducation nationale et de représentants du patronat qui s'était rendue au Japon avait fait le constat bien connu depuis : 93 % de la population active japonaise en 1986 avaient un niveau de compétences égal ou supérieure à bac plus deux en France. Ce haut niveau de compétence au Japon s'explique toujours par la culture millénaire de ce peuple : l'esprit zen qui a une dimension spirituelle et qui utilise notre première source de savoir, la source initiatique pour favoriser le développement personnel des individus. L’exemple japonais est à retenir car il montre bien l'interdépendance entre une motivation pour se développer sur le plan personnel, motivation dans les études qui repose sur des éléments spirituels, et un haut niveau de compétence d'une population. Une anecdote : en 1993, le formateur d'un constructeur de robot de manutention m'a fait remarquer qu'il était étonné de voir à nouveau la plupart des stagiaires de l'année précédente et que leur niveau était aussi faible qu'au début du premier stage. Nous avons trouvé l'explication : les chefs d'équipe qui n'avaient pas suivi ces stages et ne comprenaient rien aux robots interdisaient toujours à ces ouvriers qui avaient suivi le stage de toucher aux robots pour les régler ou les dépanner. Ils appelaient les techniciens de la maintenance et n'avaient pas leur pareil pour crier et rouspéter parce que la maintenance n'arrivait pas assez vite. Il a fallu trancher une fois pour toute ce problème entre le chef de fabrication et le responsable de maintenance et j'ai reçu un à un ces chefs d'équipe pour leur faire la leçon afin qu'ils changent de mentalité et fassent confiance aux personnes de leurs équipes formés aux robots.

- Cette question du système économique capitaliste est aussi souvent écartée car mal comprise, elle permet aux élèves et aux parents d’accuser tel ou tel professeur de faire de la politique. Ce manque de compréhension est alors source de tension voire de violences verbales dans une classe. A force d’être évitée ,cette question de la critique de notre système économique capitaliste n’est souvent jamais abordé et l’étudiant quitte l’enseignement en restant parfaitement naïf et ingénu sur une question pourtant essentielle. Keynes est rarement enseigné d’une manière complète et son programme politique mettant la valeur d’amour à la première place de son organisation est en général considéré comme un égarement causé par un whisky quelque peu frelaté et ce genre d’argument correspond sur un plan anecdotique, à une réponse d’agrégé en économie ou d’énarque et pas de dernier de la classe qui lui, trouve cela plutôt bien et « chouette » surtout lorsque sur Internet il a été voir des sites web sur les femmes Moso ou des îles Trobriands, ce qui est nettement mieux que des exposés sentencieux sur les thèses malthusiennes qui malheureusement reviennent à la mode chez certains penseurs et décideurs.

 En résumé, nos dirigeants ont constamment utilisé les valeurs républicaines qui ne sont ni plus ni moins que des fictions et des mythes pour manipuler l’opinion et développer un système de sélection élitiste afin de constituer des clans, des groupes destinés à servir leurs intérêts. Le système éducatif repose alors sur des valeurs toutes aussi fictives qui sont incapables de susciter l’adhésion populaire et la motivation des élèves et des étudiants. De plus ces valeurs héritées de 1789 sont archaïques et sont responsables du fossé qui s’est creusé entre la classe dirigeante qui les utilise toujours pour légitimer son pouvoir et la population dont les réalités quotidiennes démontrent des situations diamétralement opposées à ces valeurs du système de pouvoir. L’exemple le plus connu est l’accroissement des inégalités de revenus : en 1981, 10% des français possédaient 50% de la valeur du patrimoine national, après 10 ans de gouvernement socialiste ces 10% en possédaient 55%, chiffre implacable qui démontre l’échec navrant du socialisme et qui est ressenti comme une trahison de la part des hommes politiques du parti socialiste. Depuis nous savons que 5% des français possèdent 45% du patrimoine, les autres 5% en possèdent 10 et que donc 90% des français se partagent 45% du patrimoine sans compter les évolutions récentes : les salaires de nos dirigeants augmentent de 40% en une année alors que les salaires progressent de moins de 2%. La question n’est plus alors de savoir où se trouve la valeur d’obéissance mais plutôt pourquoi la réalité d’une révolte ne pointe pas à l’horizon car cette valeur de révolution reste constante dans notre histoire républicaine puisque depuis 1789, nous n’avons jamais réussi à changer de constitution et de régime politique sans l’aide de guerres militaires, de guerres ou de crises civiles, la constitution de 1958 n’échappant pas à cette règle.

 

 Les modes de vie face aux règles de fonctionnement du système éducatif :

- sur notre site web, depuis 2002, nous avons exposé l’exemple des jeunes d’Alsace Moselle, après 1945, qui maîtrisaient mal le français du fait qu’ils parlaient le dialecte dans leur village. Le curé et l’instituteur détectaient les élèves capables de suivre des études et invitaient les familles à les inscrire dans les écoles privées tenues par les ordres religieux. Pendant 5 à 6 ans, à force d’heures d’études, de compositions, d’examens trimestriels, plusieurs générations d’enfants ruraux ont pu se constituer un excellent niveau d’études à partir duquel la plupart réussirent leurs études supérieures. Les autres élèves après l’école primaire allaient au collège voisin et la totalité ensuite au travail. Cet exemple est transposable et montre l’intérêt bénéfique des études en internat pour arriver au niveau scolaire requis par l’institution. Bien entendu ceci entraîne un certain nombre de privation surtout au niveau des loisirs, sachant que le principal loisir en internat est la lecture. Pour l’anecdote, lire le Decameron de Boccace dans les éditions de la Pléiade à l’âge de 14 ans est plutôt réjouissant, tant pis pour le père qui a oublié de l’enlever de la bibliothèque ! Cette scolarité en internat ne coûtait pas excessivement cher aux familles d’autant que les élèves participent à la gestion de l’internat en effectuant les travaux ménagers, les réparations les plus simples à travers les ateliers manuels et la collecte annuelle de pommes de terre ou de charbon auprès du réseau de donateurs des villages environnants. Ce moyen pour combler un manque de niveau scolaire est transposable à bien d’autres situations et il n'est pas réservé uniquement à l'enseignement privé.

- nous avons aussi évoqué sur notre site le cas de ces jeunes polonais venu vers 1950 suivre leurs parents embauchés dans une mine de charbon de Haute-Saône. L’un d’eux, aujourd’hui à la retraite, expliquait qu’ils n’avaient pas eu de problème d’intégration. Jusque vers 12 ans, ils avaient suivis la classe avec un instituteur polonais qui avait accompagné leur groupe d’immigrants et une fois qu’ils savaient bien lire et écrire le polonais, en deux ans, à 14 ans, ils avaient passé le certificat d’études en français avec les mêmes résultats que leurs camarades français. Cette personne avec son expérience énonçait une vérité humaine connue : à moins d’être bilingue vers l’âge de 3-4 ans le plus souvent à cause de deux parents de langues différentes, il vaut mieux commencer par apprendre une seule langue et la posséder correctement avant d’entreprendre l’apprentissage d’autres langues vers 12-13 ans. Cet exemple nous renvoie aux cas des enfants d’immigrés qui sont obligés de composer avec une langue maternelle parlée en famille et qu’ils ne sauront pas forcément lire et écrire et avec la langue française utilisée uniquement à l’école. Sans une prise en charge particulière et cohérente, ils ont peu de chance de s’en sortir à moins d’un courage et d’une persévérance louable.

- Nous savons également que les conditions de vie sont un facteur d’inégalités des chances ainsi que les habitudes de consommation et de loisirs. Pour l'anecdote, que dire à cette mère lors de la remise du bulletin du premier trimestre lorsqu’elle avoue qu’elle trouve souvent de la lumière dans la chambre de son fils durant la nuit lorsqu’elle se rend aux toilettes. Elle sait qu’il est sur son ordinateur à discuter avec des copains virtuels ou à jouer sur sa console. Elle comprend la remarque du professeur : absence de travail, semble dormir en cours, résultats très faibles et inquiétants. Trop de moyens de distraction et de loisirs tuent l’éducation et l’acquisition des savoirs. C’est évident mais aussi un choix de société et de consommation. Sachant que venir en cours avec quasiment la même page imprimée depuis un site web est un travail d’impression et non un travail d’analyse, de synthèse ou une dissertation présentant des éléments de réflexion ou de calcul.

- Au niveau de l’orientation : le constat est connu et le système scolaire ne peut pas lutter correctement contre l’organisation de la société en réseaux d’influence, d’entraide, en réseau de cooptation et dans ce qu’il faut bien appeler les nouvelles corporations de nos sociétés. Imposer une orientation à un élève qui n’en a pas encore choisi une devient alors une forme déguisée de sélection, mais il est clair que sans résultats scolaires, il est vain de laisser un élève poursuivre des études. C’est toute la difficulté du système de détection.

- il vient compléter la situation sociale et le plus ou moins de chance qu’à l’élève au départ de sa scolarité. L’intérêt des familles et des élèves est de se retrouver dans des classes avec de bons élèves ou une bonne tête de classe. Ce qui signifie que les directions des établissements scolaires ont un premier choix stratégique à opérer : où ils regroupent les bons élèves dans une seule classe ou ils placent de petits groupes de bons élèves dans chacune des classes. Sachant que la difficulté est de définir ce qu’est un bon élève : quelqu’un d’obéissant qui apprend ses leçons et reste passif en cours ou quelqu’un à forte personnalité capable d’animer la classe avec le professeur ? Le plus souvent il y a sujet de discorde entre les familles et les établissements scolaires et le phénomène du regroupement des meilleurs élèves dans certaines écoles existe bel et bien. Ce n’est plus l’école qui sélectionne mais les familles.

- La difficulté, nous l’avons déjà dit, est de s’occuper des élèves non sélectionnés pour entrer dans les élites. Nous savons que notre économie a besoin d’un haut niveau de qualification à tous les postes existants car ces derniers ne sont maintenus que s’ils apportent de la valeur ajoutée et une performance, une rentabilité. Le niveau d’employabilité fixé au niveau européen à l’équivalent de bac+3 en France fait que dorénavant la question de l’orientation et de la sélection devrait devenir moins importante et il est possible de supprimer les filières existantes jusqu’au bac pour mettre en place seulement au niveau des études supérieures des filières en relation avec la vie professionnelle. Prenons le cas de la section STG, le programme est le même qu’en BTS et DUT seulement à un niveau de difficulté inférieur si bien que ces élèves évalués moins bon à la fin de la seconde vont faire deux fois quasiment le même programme, une fois au lycée et lorsqu’en bac+2 ils seront avec des camarades ayant un bac S ou ES, ils auront l’avantage parfois minime certes d’avoir déjà vu ces questions alors que les autres les découvriront pour la première fois. Cet avantage est très minime. Pour l’anecdote, prenons cet élève de STT action commercial qui vient revoir vers la Toussaint son ancien professeur de Terminal et lui demande comment il se fait qu’en 2 mois de première année de DUT, les étudiants aient déjà fait l’ensemble du programme de l’année de Terminale et même un petit plus. Pourquoi avoir en quelque sorte traîner toute une année en Terminale ? La réponse du professeur qu’il ne peut pas prononcer aussi directement est simple : cet élève aurait mieux réussir sa seconde pour aller dans une autre section que STT et il en serait au même point aujourd’hui avec l’avantage d’avoir appris un peu plus en cours de route dans d’autres matières. Cette technique est celle de l’empilage ou du mille feuille en pâtisserie. Ce sont toujours les mêmes ingrédients que l’on superpose toujours plus. Poursuivons encore un peu dans ce cas des études de gestion. Lorsque vous enseignez en GACO, nouveau DUT dont nous avons parlé plus haut, vous avez quasiment tous les publics d’étudiants : des étudiants venant de S, beaucoup plus d’ES, un bon tiers de STG et pour remplir les promotions, de plus en plus de Bac Pro ( professionnel ) qui correspond à des élèves orientés en CAP/BEP après la classe de Troisième ou la Seconde et qui ont poursuivi leurs études en Bac Pro ( il est fréquent que des élèves refusés en Bac Pro s’inscrivent en Première STG et sèment la pagaille dans cette classe vu qu’ils sont dépassés par les programmes alors que cela devrait être l’inverse : les meilleurs de CAP/BEP devraient aller en Première STG pour mieux se préparer à des BTS ou DUT, mais bon, arrêtons là nos propos, cela est suffisant…). Vous avez aussi des élèves inscrit en DUT par apprentissage, souvent ce sont des étudiants qui ont échoué dans un DEUG. Bref cette situation est intéressante car elle permet de bien mesurer le niveau réel de chaque filière de formation initiale. Inutile de préciser que pour les cours magistraux en amphithéâtre, les élèves de Bac Pro se signalent tout de suite par leurs bavardages et leur manque d’attention, d’où des perturbations que les autres étudiants ne supportent pas et qui n’existaient pas avant l’arrivée de ces bac Pro. La conclusion tient dans le fait que les échecs et les lacunes, les difficultés à gérer ne sont pas tellement d’ordre cognitif mais principalement d’ordre comportemental. Bien évidemment, à force de ne pas suivre des cours, l’élève se heurte à des difficultés de compréhension et d’apprentissage. La sélection actuelle repose surtout sur des critères comportementaux, des refus d’obéissance à la discipline qui certes entraînent des baisse de niveau et des lacunes. Et cette sélection se traduit par l'orientation vers des métiers et des statuts professionnels. Cette relation entre comportement scolaire et emploi dans le milieu professionnel est parfaitement artificielle et justifiée par aucun argument rationnel hormis le fait impérieux de devoir trouver une solution pour arriver à pacifier le système éducatif tout en gardant les élèves déviants jusqu'à un certain âge où la société se sentira moins responsable d'eux et aura ainsi préserver son devoir républicain, probablement celui de fraternité à défaut de liberté et d'égalité. La conséquence est une méfiance viscérale des recruteurs et chefs d'entreprise envers les jeunes qui sortent du système scolaire et les patrons artisans ont régulièrement le plus de griefs à formuler sur ce point. Le problème a des conséquences qui sont insupportables pour tous les acteurs du système éducatif, en particulier pour les finances publiques du fait du coût des redoublements, des années de formations suivies pour rien et des formations qui ne servent à rien hormis d’éviter une augmentation du taux de chômage ou du nombre des troubles à l’ordre public dans les rues. Dès 1986 et dans le plan Education 2000, il était question de supprimer quasiment tous les CAP/BEP. Cette mesure n’a jamais été mise en œuvre car ce niveau de diplôme qui ne correspond plus aux exigences actuels même pour l’artisanat, sert bel et bien de voie de garage pour les élèves dont on ne sait que faire après le collège. Il est régulièrement question d’ouvrir l’apprentissage à 14 ans pour le même besoin : faire sortir des collèges les élèves qui n’y ont plus leur place. Cette réponse du système scolaire est compréhensible car au sommet de la formation, il y a le Bac et il n’est pas possible de présenter des candidats qui n’ont aucune chance de l’obtenir. Le système éducatif doit donc conserver les élèves tout en essayant de leur faire passer le bac, après c’est un peu chacun pour soi et c’est à l’enseignement supérieur d’exclure et d’écrémer les étudiants qui ne satisfont pas aux exigences des études.

- Après la sélection et le classement des élèves dans des sections aux difficultés décroissantes et aux emplois moins valorisés, vient l’heure de la sélection aux examens, principalement au Bac. Plusieurs niveaux de mesure sont déployés pour tenter de stabiliser les taux de réussite à au moins 80% sinon plus. Il en va de la stabilité du système lui- même car il n’est pas possible d’accepter trop de redoublants ou de triplants en Terminale. Certaines années, il y a même eu des classes spéciales de Terminale STT action commerciale pour des élèves qui avaient échoué deux fois aux bac S ou ES. Tous ces triplants ont alors eu le bac et ont pu quitter le système scolaire avec un diplôme.

cette nouvelle règle est encore étrangère au système scolaire même si la validation des acquis de l’expérience ( VAE) est une réussite encore trop isolée, réussite qui poursuit le succès rencontré par les bilans de compétence, eux-même généralisés à la suite de la multiplication des plans sociaux et plans de reconversion dans l’économie marchande.

- cette école de la deuxième chance comme elle a commencé par être appelée, prend évidemment en compte les échecs de l’école de la première chance et le nombre trop important de jeunes qui sortent du système scolaire sans diplôme. L’actualité rend compte de temps en temps de l’avancée de ces centres de formation notamment pour les jeunes délinquants, nous ne développons pas ce point ici.

- la formation dispensée à travers les plans sociaux porte particulièrement sur l’alphabétisation des travailleurs étrangers, l’apprentissage de la langue française écrite. Pour anecdote, nous nous souvenons de ce groupe de femmes d’origine yougoslave qui pendant un an avait suivi des cours de français et qui avait été conservé dans les effectifs de l’usine maintenant qu’elles étaient capables de remplir les bons de qualité et de rédiger un compte-rendu sur des incidents de production. Invité au repas qui clôturait leur formation, elles riaient et étaient très joyeuses. Certaines me montraient leur nouveau permis de conduire qu’elles avaient maintenant osé passer, d’autres indiquaient qu’elles surveillaient mieux les devoirs de leurs enfants maintenant qu’elles savaient lire le français. La formation avait été entièrement financée par l’état et la région.

- Cette formation tout au long de la vie intéresse le corps des professeurs car ils comprennent que leurs établissements ont de la place et des moyens pour satisfaire ce nouveau public. Il y a certes la concurrence des centres de formation privés ou gérés par des associations professionnelles. La question n’est pas de savoir comment organiser la concurrence car les besoins de formation en France sont énormes notamment du fait du retard endémique qui subsiste par rapport à la plupart des nouvelles technologies et à bon nombre de méthodes de communication et de management, surtout si nous voulons atteindre un niveau comparable à une culture zen comme dans les pays asiatiques. La question est de savoir quel est l’avenir des enseignants et chercheurs du système éducatif public au vu des impératifs budgétaires des finances publics. Il y a un point sérieux de blocage dans le fonctionnement de notre système de pouvoir républicain. Pour l'anecdote, nous évoquons un certain nombre d'avis : puisque l'objectif de l'employabilité est une sortie du système éducatif à Bac+3, supprimons dans le niveau secondaire toutes les spécialités qui sont liées à des orientations professionnelles et construisons un solide tronc commun de connaissances indispensables pour vivre dans nos sociétés : par exemple, inutile de pousser les cours de mathématiques à un niveau très élevé comme si l'on cherchait à préparer de nouveaux docteurs en mathématiques parmi les milliers d'élèves actuels. Avec un peu moins de cours en mathématiques, ces élèves actuellement en section scientifique peuvent également suivre des cours de gestion, d'informatique, d'éducation sur l'alimentation, la santé, les relations humaines, l'économie et les autres domaines de la vie en société, sans oublier bien entendu la maîtrise correcte d'au moins deux langues vivantes. Ensuite viendra le temps de la spécialisation dans des études menant jusqu'à la recherche et au doctorat ou à l'entrée sur le marché du travail en étant employable dans plusieurs métiers et en étant capable d'acquérir une compétence horizontale entre plusieurs disciplines pour arriver à un degré d'expertise ou alors d'acquérir une compétence verticale pour devenir l'expert d'une seule discipline sans oublier la possibilité d'acquérir des compétences en management et en direction d'équipes de projet et de fabrication. Il s'agit donc de remplacer le "mille feuille" par un autre gâteau. Ceci n'entraîne pas la suppression de matières et de postes d' enseignants. Mais chaque élève au lieu de suivre toujours les mêmes matières de la section dans laquelle il a été sélectionné et orienté, va suivre la plupart des matières actuellement enseignées selon des programmes adaptés à la constitution d'un tronc commun capable de le préparer à l'évolution actuelle des emplois et des savoirs. La hiérarchisation des matières et des sections actuelles correspond à des fantasmes et des lubies sans réalité aucune avec les besoins de nos sociétés. Une autre piste sérieuse est de mettre fin à la contradiction entre les pratiques scolaires telles que nous venons de les décrire d'une part et d'autre part les méthodes de gestion des compétences et de développement des savoirs des entreprises du moins des entreprises apprenantes et organisées certes en réseau d'échange de savoirs. Ces démarches supposent une remise à plat des débouchés à la sortir des études et de l'abandon de la valeur militaire d'obéissance à des élites. En clair, ceci entraîne la fin de certaines professions protégées par des numerus clausus d'un autre temps ( celui de l'ancien régime et de l'achat des charges royales et administratives ). Plus important, ceci entraîne la disparition de la scandaleuse habitude des employeurs français à comprimer les salaires autour du SMIC : 25% de la population active occupée se trouve au SMIC ou à niveau très proche et l'écart entre la plupart des postes de travail et le SMIC s'est réduit, notamment le salaire des jeunes cadres, ce qui représente aussi un facteur de démotivation pour les salariés. Cette situation fait de nous un champion d'Europe dans cette discipline et un cancre patenté parmi les pays industrialisés. Et l'éternel argument de l'écrasement des entreprises sous les charges sociales pour ne pas augmenter les salaires n'est pas en mesure de nous faire oublier l'intolérable croissance des écarts de revenus et des inégalités dans notre pays. Nous ne manquons pas de richesses ! Nous l'avons dit, réformer le système éducatif sans toucher au chômage et à la précarisation des emplois des jeunes, n'est qu'une tromperie de plus. Cette difficulté quasi insoluble en France d'assurer un emploi correct aux jeunes diplômés et surtout aux jeunes qui sont en mesure de rejoindre la recherche, est inexistante dans une organisation en réseau, nous le montrerons plus loin mais c'est aussi un tout autre choix de société. Sans exposer déjà ce qui va suivre dans la description d’une organisation en réseau des compétences, ce problème n’existe pas dans une organisation en réseau car il n’y a pas d’état et donc pas de séparation entre économie marchande et non marchande, entre entreprise et administration. Il n’y a pas d’administration publique et pas de fonctionnaires. Il y a des organisations compétentes qui produisent et répartissent des richesses en utilisant la monnaie étatique pour certains échanges et la monnaie symbolique pour d’autres échanges internes entre les membres des organisations, la capitalisation des droits étant un mode d’échanges au sein d’une organisation ainsi qu’avec d’autres organisations, une description sommaire de cette organisation existe dans notre roman mis en ligne.

 

En conclusion sur cette analyse de notre système éducatif, nous constatons que ses valeurs ne sont plus à jour et qu’il est difficile d’en imaginer de nouvelles tant le système éducatif est dépendant du système de pouvoir et que ses dirigeants sont incapables actuellement de proposer d’autres choix de société exceptée une adaptation du système républicain actuel au système de pouvoir de l’économie capitaliste libérale, adaptation plus ou moins sociale ou ultra libérale. Ces valeurs contiennent une forte dose d’utopie qui fait leur attrait mais qui explique aussi cette soumission léthargique à des règles et des modes de vie bancals, trafiqués avec débrouillardise certes mais qui à la longue nous amène à un pays coupé en plusieurs sociétés qui ne communiquent plus entre elles tant leurs modes de vie sont contraires aux principes même de la république. La pratique des hommes providentiels indique alors que pour changer la culture républicaine, il faut suivre une autre éducation, un autre parcours de formation plus individuel et spirituel à côté du système scolaire et universitaire pour avoir cette force de conviction et cette lucidité qui font bouger les choses. Le système éducatif se renferme dans sa mission de sélection et de formation des élites et ses enseignants ont toujours la possibilité de se retirer dans les académismes de leurs savoirs pour ne pas participer à une remise en cause des lacunes et des incohérences de notre système de pouvoir, espérant secrètement probablement qu’un de leurs élèves saura devenir un nouvel homme, une nouvelle femme providentielle qui bousculera le fonctionnement de cette société qui engendre le mal vivre sinon le mal être, bref trouver l'arbre qui cache la forêt !  Ce qui nous intéresse nous et nous sert de transition avec notre deuxième partie de ce document et notre description de l’organisation en réseau des compétences, c’est justement cette éducation et cette formation particulière des personnages providentiels. Nous ne tenons pas à revenir sur l’éducation et la formation d’un jeune poète qui n’a pas besoin de tout un système éducatif pour avancer dans la découverte de ses raisons de vivre et de mourir et qui par nature se rebelle contre tout système éducatif. Sur notre site, nous avons mis en ligne une lettre à un jeune poète qui précise déjà les orientations principales de l’école des poètes qui a sa place dans une organisation en réseaux des compétences. Sur les bords du Nil, jeunes gens et jeunes filles désireuses de savoir, allaient au temple et trouvaient le maître ou la maîtresse qui correspondait à leur demande quelle qu’elle soit : le jeune homme trouvait la femme capable de lui apprendre à utiliser sa sexualité pour parfaire le plaisir du couple d’amoureux qu’il souhaitait créer tout comme il trouvait le maître spirituel capable de le guider sur son cheminement de vie. Les savants grecs ont passé 10 – 15 –20 ans dans ces temples des bords du Nil pour arriver à obtenir la transmission d’une partie de ce savoir et ces mathématiciens n’étaient pas ignorants sur la démarche de création poétique d’un langage de l’âme pour l’âme et savaient partager leurs connaissances avec leur communauté de frères et de sœurs. D’une certaine manière, les jeunes étudiants que nous étions comme nos successeurs sur les bancs de nos écoles, rêvions d’entrer dans une sorte de fraternité pythagoricienne. Les universités américaines ont toutes leurs sociétés secrètes, vestige toujours vivant des racines francs maçonnes de l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique lorsque ses fondateurs s’émerveillaient devant la constitution des peuples iroquois et le haut niveau de vie de ces indiens bien supérieur à celui des peuples d’Europe qui savaient vivre ensemble en réseau sans la domination d’une élite à la tête d’un système de pouvoir. Certes ce passé est révolu et ces sociétés secrètes participent maintenant elles aussi à la formation des élites dirigeantes des grandes institutions du pouvoir fédéral américain, en particulier la CIA. Mais ce que nous voulons montrer, ce sont les outils, les valeurs, les règles de fonctionnement d’une organisation en réseau actuelle qui n’utilise pas des fictions, des mythes et des utopies pour faire adhérer des peuples à un système de pouvoir décidé par des minorités servant leurs intérêts particuliers. Lorsqu’il ne faut plus faire adhérer des générations de jeunes à des fictions et des utopies purement abstraites et contredites par les réalités concrètes, ne croyez-vous pas que l’éducation et l’enseignement soient beaucoup moins compliqués et bien plus accessibles pour nos esprits humains même les plus jeunes ?

 

à suivre : la deuxième partie :l'organisation en réseau des compétences

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