LE MALAISE POLITIQUE, ÉCONOMIQUE ET SOCIAL en FRANCE 

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mise à jour 09/08/2011, 23/01/2016

 

Nous pourrions également reprendre ici le titre d'une livre célèbre sur le mal français. Cette analyse dépasse aussi le cadre français pour concerner le malaise de nos organisations fondées sur un système économique bien particulier : le capitalisme devenu aujourd'hui le libéralisme économique tant il est vrai que ce ne sont plus les seuls capitalistes qui dirigent tout mais que l'état, pour corriger les inégalités sociales et les contradictions inhérentes au capitalisme, intervient même si son rôle est fluctuant et hasardeux.

La recherche d'une cause fondamentale à cette peur des salariés dans les entreprises, notamment françaises : le choix politique et stratégique de tout miser sur le capital technique au détriment de l'emploi et des compétences.

 Dans l'humanité, la peur de l'étranger a nourri bien des guerres car pour éviter d'être envahi par le camp étranger dont on ne savait pas grand chose, mieux valait passer directement à l'attaque. Ce fût entre autre le principe moteur de l'empire romain. Aujourd'hui dans notre village planétaire sous la surveillance des centres de guerre électronique, tout se sait et il n'y a plus d'étrangers. Il y a des cultures de peuples différents mais ceci peut ne pas poser de difficultés si nous savons retrouver les méthodes pour marier les cultures et construire un nouveau savoir assurant un progrès social à l'humanité. Nous verrons sur ce site web comment marier les cultures. Pour le moment, ici, il s'agit de comprendre pourquoi le développement de l'économie libérale génère ce malaise social et quelles sont les solutions proposées par ce système pour sécuriser les populations. Nous discuterons ces solutions avec celles apportées par une organisation en réseaux afin de préciser les termes d'un choix de civilisation.

Les faits :

Cette peur dans l'opinion publique, en France, au delà de toute peur ou réticence face à l'innovation qui vient bouleverser les habitudes, a été renforcée et développée par le choix politique de tout miser sur le capital technique au détriment du facteur travail.  Ce choix politique s'appuie sur le droit de propriété individuel et les salariés comprennent qu'ils n'ont plus comme protection, l'aide d'une propriété communautaire ou commune. Ils ont contre eux et la propriété individuelle des actionnaires et le capital technique : la machine ne leur sert plus de protection ou de faire-valoir : c'est elle qui leur impose des conditions de travail plus pénibles ou dangereuses pour leur santé. La propriété collective de l'état-nation quant à elle n'est plus d'aucun secours devant les logiques de rentabilité financière menées par les dirigeants de l'économie libérale. La conséquence la plus visible et douloureuse sur le plan social a été le haut niveau de chômage ces quinze dernières années. Ce choix économique a instauré un blocage social et économique. Le coût annuel direct du chômage en France vers le milieu des années 1990 se situe entre 300 et 400 milliards de francs pour les dépenses passives. Un chiffrage des dépenses passives et actives situe ce coût annuel pour la France à 1 000 milliards lorsque l'on additionne le coût des dépenses liées au chômage et le manque à gagner que représentent pour l'État, les rentrées fiscales et sociales de 5 millions de salariés. Avec 719 milliards de francs, il est possible de rémunérer 5 millions de personnes à hauteur de 8500 francs par mois ( 143 820 francs par an charges comprises )[3]. Pourquoi ne pas avoir fait cet effort puisqu'il y avait de l'argent pour créer des emplois ? Derrière cette question, o combien politique, se cache un redoutable problème psychologique propre à notre pays, une question de mentalités qu'ont les décideurs vis à vis de la population. Ce choix de privilégier le capital technique au détriment de l'emploi est plus qu'une simple opportunité ponctuelle. Il se raccorde à une longue tradition française qui veut qu'une minorité puisse se prendre le droit de défendre ses privilèges sans se soucier des autres. Nous restons un pays dans lequel une aristocratie prend la place d'une autre quel que soit le pouvoir et depuis la révolution, une aristocratie privée s'allie à une aristocratie publique de hauts-fonctionnaires pour partager le pouvoir afin de mieux le conserver. Ce système de pouvoir centralisé par une minorité est l'héritage de la monarchie, d'une monarchie qui a failli disparaître devant l'extension de l'organisation en réseau des ordres monastiques et chevaliers et qui depuis, fait tout pour éliminer ce risque politique.  La ruine du roi de France et de la noblesse à la fin du 13ème siècle, la prospérité des villes, des abbayes, des ordres chevaliers et des gens, le succès de l'organisation en réseau face à la monarchie et au pouvoir papal sont restés des leçons que les partisans d'un pouvoir élitiste et centralisé au service d'une minorité de dirigeants n'ont depuis plus oubliées. La France n'a pas réussi à se débarrasser de ces dirigeants et de leur système de pouvoir pour devenir un pays économiquement en marche vers le progrès social.

L'histoire récente de cette cause de la peur:

1) la difficile sortie des 30 glorieuses dans les années 1980.

le taux d'évolution de la consommation reste élevé alors que l'inflation est forte et la croissance en baisse et le chômage en hausse. Une relance de la croissance est nécessaire

La politique de la relance de la demande par une augmentation forte du SMIC en juillet 1981 provoque quelques faibles résultats mais dès 1983, le plan DELORS tire les conclusions de la situation : en pensant s'attaquer à un chômage conjoncturel, le gouvernement est dans l'erreur et le surcroît de revenus distribués sert à augmenter les importations car l'outil de production français est trop vétuste. Il est incapable de répondre à une augmentation de la demande intérieure. L'augmentation des importations ruine le pays et la monnaie perd de sa valeur. Le chômage est bien structurel et pour relancer l'économie, il faut commencer par moderniser l'outil de production, ralentir la demande et les importations. C'est un plan d'austérité. Les nationalisations serviront finalement d'accélérateur à cette modernisation et dès 1986, les bénéfices sont de retour avec les gains de productivité réalisés grâce aux nouveaux équipements à base d'informatique industrielle : robots, automates programmables, lignes flexibles d'assemblage, CAO/DAO, etc. Cette modernisation s'est accompagnée de vagues de licenciements collectifs : dans un premier temps la substitution de la machine à l'homme entraîne toujours une suppression de postes de travail.

2) les années 1985 - 1994

correspondent à la mise en oeuvre des nouveaux équipements et au mouvement qualité total. L'ensemble des salariés participent à l'apprentissage des méthodes de résolution de problèmes et mettent en pratique les outils des cercles de qualité. Avec les premiers micro ordinateurs, c'est le temps des premières bases de données intégrées à des traitements bureautiques, à des tableurs et les tableaux de bords sont informatisés pour suivre la réduction des coûts de non qualité.

Mais alors que les salariés opèrent cette mutation de l'entreprise et que les cercles de qualité progressent jusqu'à définir une nouvelle culture d'entreprise à travers le projet d'entreprise, l'embauche est stoppée sauf pour les spécialistes des nouvelles technologies et les entreprises qui n'ont pas su s'adapter doivent fermer. Même dans celles qui se sont modernisées, l'importance des suppressions d'emplois par les machines devient flagrante et le nombre des salariés qui chaque mois partent plus ou moins volontairement commence à poser question. Le pic du chômage sera atteint en 1994

3) les années 1995-2003

après la signature du Traité de Maastricht en 1992, la France se prépare à la monnaie unique et pour ne pas creuser l'écart entre le Franc et le Deutschmark, elle maintient un haut niveau d'intérêt alors que la consommation est en crise à la suite de la première guerre du Golfe. Vers 1996, la parité du franc dans la nouvelle monnaie semble acquise et il est urgent de relancer la croissance par la baisse des taux d'intérêts. Après 3 à 4 années calamiteuses, les agents économiques se remettent à consommer et une politique volontariste en faveur de l'emploi voit le jour en créant des emplois jeunes dans l'économie non marchande et en poussant les entreprises à embaucher dans le cadre de la réduction du temps de travail à 35 h. Le pic du chômage de 1994 a été ainsi le prix à payer pour l'euro et certains auteurs ont pu écrire que les chômeurs français ont été sacrifiés à la cause de la monnaie unique. Par contre la poursuite toujours actuelle d'un haut niveau de chômage, surtout chez les jeunes, ne peut s'expliquer seulement par des mesures monétaires. La crise est bien structurelle : la population augmente et le taux d'activité ( salariés au travail + demandeurs d'emplois / population en âge de travailler )  aussi alors que les emplois ne se créent pas au même rythme, d'où un déficit chronique d'emplois. Le taux d'emploi féminin est un des plus forts d'Europe mais rejeter les jeunes femmes hors du marché du travail est impensable, alors les moins qualifiées se retrouvent largement parmi les nouveaux travailleurs pauvres. Alourdir le financement des emplois non marchands provoque un creusement des déficits publics sans réels gains vers des emplois stables et durables. La cause de ce malaise réside, à notre avis, dans la recherche excessive des gains de productivité pour maximiser les profits privés sans que l'état puisse intervenir ou alors comme depuis 2002, avec l'aide directe ou indirecte d'un gouvernement libéral qui confond flexibilité de l'économie avec capitalisme débridé. 

Deux grandes étapes traduisent cette utilisation des gains de productivité : 

A cette stratégie des employeurs sur l'obtention à court terme de forts gains de productivité, s'ajoute dans les années 2000 une méprise, des choix hâtifs et mal fondés sur l'avenir. En 2000, le rapport Pisani-Ferry ainsi que d'autres études se remettent à parler d'un retour possible au plein emploi ( c'est à dire à un taux de chômage incompressible de 5%) à condition de maintenir la période de croissance des années 1996-2000, sinon, au pire des cas, dès les années 2006, à cause du choc démographique, le mouvement s'enclenchera vers un retour au plein emploi. Le patronat utilise alors ces promesses pour se désengager des charges sociales qui nuisent à la compétitivité internationale. Un exemple significatif réside dans la mise en place du PARE, le plan d'aide au retour à l'emploi. Activer les dépenses de lutte contre le chômage ne peut dans cette perspective d'un retour au plein emploi que réussir. Pour équilibrer le comptes de l'UNEDIC, ce que l'on va dépenser plus dans les mesures d'aides au retour à l'emploi ( bilans personnalisés, prise en charge des dépenses de formation, de frais de transport, etc.) sera compensé par une diminution de la période de versement des allocations. Théoriquement ceci serait sans incidence car la plupart auront trouvé du travail bien avant la fin de cette période de versement des allocations, retour au plein emploi oblige ! Cette politique fut contredite dans les faits dès les années 2002 et 2003 car la croissance ne fut pas au rendez-vous pour accompagner cette politique de l'emploi. Le PARE est tombé au mauvais moment ! Le déficit de l'UNEDIC fin 2003 est de plus de 5 milliards d'euros. Pour sauver le système sans remettre en cause et le PARE et les allègements de cotisations patronales décidées par l'UNEDIC en 2000, nous savons que ces dirigeants décidèrent de réduire après signature des contrats PARE la période d'indemnisation. Les premières décisions de justice condamnent ce non respect contractuel des conditions du PARE. La mauvaise foi et la gabegie des dirigeants patronaux et syndicaux atteint son comble : comme les politiciens, ils se mettent eux aussi à se réfugier dans les utopies du système de pouvoir qu'ils servent sans tenir compte des réalités sociales et sans vouloir sortir des contradictions de leur système de pouvoir. Ces décisions accentuent les injustices sociales et compliquent la sortie de nos systèmes de pouvoir.

 

L'importance en France de la substitution du capital technique à l'emploi entre 1985 et 1994

 

Avec le recul, les chiffres, les statistiques dévoilent la portée de ces choix. 

Regardons comment de 1985 à 1994, la productivité intervint pour accroître le PIB en France, aux U.S.A. et au Japon.

 

 

Tableau récapitulatif des gains de productivité dans ces trois pays entre 1985 et 1994

  France USA Japon
croissance du PIB 23% 25% 38%
croissance de l'emploi 3% 15% 11%
Part des gains de productivité du capital 86% 25% 71%
Part de la croissance de l'emploi ( dans la croissance du PIB )  14% 60% 29%

 

1) l'insuffisance de la création d'emplois

La France avec une moyenne annuelle de 0,3% de croissance de l'emploi n'est pas capable de fournir du travail aux jeunes diplômés et le chômage des jeunes prend des proportions inquiétantes car ce rythme est très faible par rapport à l'évolution de la démographie ( supérieur à 1% par an ). La France est un des pays les plus automatisés des pays industriels et qui a une forte productivité du capital technique mais aussi le plus faible taux de création d'emplois. De 1974 à 1994, les USA avec une population de 258 millions d'habitants ont créé 40 millions d'emplois nouveaux alors que l'Europe avec 270 millions d'habitants et malgré les milliards de subventions injectées dans l'économie n'en a créé dans le même temps que 3 millions. En 2000, en France, grâce aux 35 heures et aux emplois jeunes, le solde de l'emploi est positif et bat des records avec environ 430 000 emplois supplémentaires par rapport à l'année précédente. Ces mesures ponctuelles sauront-elles enclencher un mouvement durable de création d'emplois chez nous ?

document : Emploi : ces facteurs qui expliquent la panne française

RTL par François Lenglet , Loïc Farge ,publié le 11/12/2015 

Selon l'Insee, il y a en France 15,848 millions d'emplois marchands. Il s'agit des emplois créés par les entreprises privées. C'est le vrai indicateur de la vitalité de l'économie française. Quand on regarde ce chiffre sur longue période, on voit que notre pays avait déjà atteint ce niveau d'emploi marchand, exactement, au quatrième trimestre de 2001. Cela veut dire que la France n'a pas créé d'emploi marchand depuis quatorze ans. Sur la même période, la France a gagné 5 millions d'habitants, passant de 61 à 66 millions. Le nombre d'emplois privé n'a pas bougé, alors que le nombre d'habitants a progressé de presque 10%.

La redistribution l'emporte sur la production

Sur ces quinze années, la France a fabriqué des chômeurs (ils sont bien plus nombreux qu'à l'époque), des retraités (ils sont aussi davantage qu'en 2001) et des fonctionnaires et des travailleurs du secteur de la santé, travailleurs sociaux du secteur associatif (ceux-là sont presque 900.000 de plus qu'en 2001). Chômeurs, retraités, fonctionnaires ou employés du secteur associatif : tous vivent non pas de la production de richesses, mais pour l'essentiel de la redistribution. Il le subissent d'ailleurs, les chômeurs au moins. 

À partir du même nombre d'employés dans le secteur productif, on finance plusieurs millions de personne en plus. Avec ce constat, on comprend pourquoi il a fallu augmenter les impôts, et pourquoi même avec des impôts en plus, il a fallu creuser le déficit pour financer cette redistribution.

Sur la période 1987-2001, la France avait créé 2,5 millions d'emplois. Quelle différence ! Il y a plusieurs explications. D'abord, à la fin des années 1980, la France était sur-compétitive. Elle profitait de toutes les dévaluations massives du franc dans les années 1980. Elle était en excédent commercial. Ensuite, l'Allemagne au contraire était sur le flanc, à cause de la réunification qui est intervenue en 1990. Du coup, l'Allemagne nous achetait des produits - des Renault, par exemple - au lieu d'exporter. Les Allemands consommaient, au point qu'on leur vendait plus qu'ils ne nous vendaient à cette époque-là.

Un cocktail dévastateur

Ensuite, la mondialisation n'existait pas, il n'y avait pas de délocalisations ! En 1989, Renault fabriquait 4 millions de voitures en France, contre moins d'un million aujourd'hui. De plus, à l'époque la France travaillait 39 heures par semaine, et pas 35. La mise en place des 35 heures, en 2000-2002, juste au moment où la création d'emploi s'infléchit en France, a plombé la compétitivité du pays, et cela d'autant plus que la France entre dans l'euro justement à cette époque. Impossible de dévaluer pour corriger. Le cocktail 35 heures et union monétaire a été dévastateur.

La crise financière a dû jouer aussi pour expliquer la mauvaise performance de la période récente. C'est la dernière explication de cette énorme différence. Sur les dernières années, nous avons subi la crise du siècle, et nous n'en sommes toujours pas remis. Sur la première période (1987-2001), le PIB français a augmenté de 40%, alors que ce n'est que de 15% sur les années qui suivent.

fin du document (qui se passe de commentaires et qui confirme que le mal dénoncé en 1994 existe toujours début 2016).

2) le mal investissement, principal blocage économique

L'accroissement du PIB provient essentiellement des gains de productivité du capital technique. L'outil de production rénové est performant mais ceci cache une situation malsaine. En misant tout sur le modernisme des machines, peu d'efforts sont faits pour former le personnel à l'utilisation de ces machines. C'est ce que l'on nomme le mal-investissement beaucoup plus répandu et grave que le sous-investissement et qui constitue le principal blocage économique. 

Cette modernisation indispensable en 1983 va rapidement s'enliser. Le système fiscal de l'amortissement sur 5 ans va freiner cette dynamique alors que les innovations technologiques s'accélèrent dans l'informatique. L'Allemagne qui pratique un amortissement sur 2 ans est favorisée par rapport à nous.  Le taux d'investissement baisse sur une période de 5 à 6 ans, durée de l'amortissement fiscal. Au delà de la préoccupation d'avoir un outil de travail performant, les propriétaires du capital semblent chercher avant tout l'amortissement maximum, au delà des possibilités fiscales. Dans cette mentalité, la machine doit faire son temps, un point c'est tout. Et cette prudence gestionnaire est encore renforcée en période d'incertitudes économiques lorsque la demande est frileuse et que les consommateurs ne dépensent plus inconsidérément.  Les talents de bricolage du personnel devront alors faire le reste en attendant que la vétusté de l'équipement rende obligatoire son changement. Cette manière de gérer le capital technique démotive surtout les ingénieurs et les techniciens qui préfèrent une évolution régulière et non pas des chamboulements profonds tous les cinq à six ans. Surtout qu'entre ces phases de changement profond, il n'y a pas d'effet d'expérience possible entre une technologie et une autre. Les entreprises achètent souvent des technologies certes nouvelles mais qu'elles connaissent peu car trop différentes des anciennes qu'elles ont utilisées. Cette pratique nécessite des adaptations et des formations lourdes du personnel lors des acquisitions des nouvelles technologies tous les 5 à 6 ans. Cet effort de disponibilité est en général impossible et seul une " élite " est désignée par la direction pour actualiser ses connaissances, le partage sur le tas de ce nouveau savoir ne se fait quasiment pas ensuite. C'est l'aboutissement de ce processus et le constat du mal investissement, le constat de l'accroissement de l'écart parmi le personnel entre ceux qui maîtrisent les nouvelles technologies et ceux qui sont bien obligés de bricoler avec. A terme, des groupes entiers de salariés ne sont plus dans le coup . Jusqu'ici, le terme de ce processus a été la mise en pré retraite de ceux qui sont dépassés par les nouvelles technologies. un sentiment d'injustice vient couronner le tout car ces salariés mis sur la touche tout comme les autres comprennent que leur situation provient directement d'une faute de la direction, en tout cas du choix délibéré de celle-ci de minimiser la gestion des ressources humaines et des compétences des salariés. Cette pratique, si elle a fortement diminué dans les grandes entreprises, reste le lot commun de trop nombreuses PME -PMI dont les 2/3 sont en situation de sous-traitance en flux tendus et se contentent de faire la course aux délais et à la qualité à coup de néotaylorisme.

document : Comment les robots pourraient sauver la compétitivité de l'industrie française

Challenges.fr Publié le 09-11-2012

Bien sûr, le déficit de compétitivité française a quelque chose à voir avec le coût du travail. Mais peut-être pas celui que l'on croit. Plutôt que de souffrir d'une main d'œuvre trop chère, l'industrie ne pâtit-elle pas d'une main d'œuvre trop nombreuse par rapport aux processus de production modernes? Autrement dit, faut-il remplacer certains emplois humains par des emplois mécaniques, c'est-à-dire des robots? 

C'est exactement ce que recommande le rapport Gallois, rendu public en début de semaine. Au-delà de la question très médiatique des charges salariales, l'ex-patron d'EADS relève que "la productivité globale des facteurs n'a pas progressé en France au cours de la dernière décennie du fait de l'insuffisance d'investissement de productivité et d'innovation dans le processus de production".

Positionnée sur le milieu de gamme, l'industrie française a rogné ses marges pour maintenir sa compétitivité-prix, au détriment de sa compétitivité hors-prix. Elle n'a pas investi pour se moderniser.

34.000 robots en France, 157.000 en Allemagne

Aussi la robotisation des industries françaises est-elle "clairement en retard", selon Louis Gallois: "34.500 robots industriels, avec une moyenne d’âge élevée, sont en service en France, contre 62.000 en Italie et 150.000 en Allemagne (en fait, 157.000, ndlr)." Ce qui entraîne l'industrie dans un cercle vicieux: elle prend de plus en plus de retard sur ses concurrentes européennes en matière d'innovation (soit la compétitivité hors-prix), et est obligée de se lancer dans une course mortifère aux coûts bas, pour maintenir sa compétitivité-prix dans un milieu de gamme où elle affronte les industries d'Asie et d'Europe de l'Est.

Contre ce schéma, Louis Gallois appelle donc à la robotisation des usines françaises. Une façon de regagner en compétitivité quand les coûts salariaux sont élevés. Selon une étude de Deloitte et Nodal Consultants en 2009, une telle stratégie pourrait diminuer, dans les petites et moyennes industries, la part de la main d'oeuvre dans le prix de revient unitaire à 20%. Ses partisans considèrent qu'elle est le meilleur plan de lutte contre les délocalisations, comme le suggère une autre étude, du cabinet Metra Martech pour la Fédération internationale de robotique. 

"C'est une question de bon sens", commente Vincent Schramm, directeur général du Syndicat des machines et technologies de production (Symop), qui représente une partie des entreprises robotiques. "Pour monter en gamme et être compétitif, il faut avoir le meilleur outil de production. Les robots permettent de gagner en productivité, en fiabilité et en qualité. Ils peuvent faire tout ce que l'homme fait, mais avec une meilleure répétabilité, sans fatigue, sans les trois huit, sans rebut." Ils se retrouvent dans tous les secteurs industriels, en particulier l'automobile, l'agro-alimentaire, le pharmaceutique et assurent de multiples tâches (déplacement, soudage, peinture, découpage, ébavurage, usinage, emballage...).

Un robot coûte 120.000 euros en moyenne

Les grands groupes, qui détiennent 80% du parc robotique hexagonal, les ont adoptés depuis longtemps, mais les PME françaises sont à la traîne, surtout en comparaison de leurs homologues allemandes. "Elles ont un problème de compétence en interne, explique Vincent Schramm. Ce ne sont pas des machines très complexes, mais elles demandent quand même une expertise." D'où une certaine frilosité, qui s'ajoute au coût important de l'équipement: 120.000 euros en moyenne, dont un tiers pour le robot lui-même, un tiers pour les périphériques et un tiers pour l'intégration dans la chaîne de production. 

Pour vaincre ces réticences, le Symop se propose d'accompagner les patrons de PME dans la robotisation. Il a conçu un programme de 33 millions d'euros, baptisé "Robot Start PME", dans le cadre des investissements d'avenir. Le dossier est actuellement étudié par les services du commissaire général à l'investissement, qui n'est autre que Louis Gallois. Il devrait donc être lu attentivement

La CGT approuve Gallois

Solution évidente de productivité, les robots ont-ils néanmoins un coût social? A l'évidence, le remplacement d'hommes par des machines risque de détruire des emplois. Vue à court terme, répond Jean-Hugues Ripoteau, président de Fanuc Robotics. "Les pays les plus robotisés du monde ont un taux de chômage bas", relève-t-il: 3,5% en Corée du Sud, 4,8% au Japon et 6% en Allemagne en 2011, contre 9,3% en France (source OCDE). "Leur performance tient à l'automatisation des sites industriels, qui nourrit une activité compétitive, dynamique et génératrice d'emplois." Sans compter le développement de la filière robotique elle-même, qui représente 150.000 emplois aujourd'hui. 

Même les syndicats sont d'accord: il faut robotiser. "Louis Gallois a raison", affirme Mohammed Oussedik, dirigeant de la CGT qui dit "ne pas craindre" les conséquences sur l'emploi. "Notre industrie a décroché parce qu'on a abandonné la filière de la machine-outil dans les années 80. Sans elle, on n'a pas pu faire dans plusieurs secteurs ce qu'on appelle aujourd'hui la montée en gamme. Et ils ont disparu. Seuls les plus robotisés comme l'automobile ont survécu." Reste à poursuivre le mouvement pour qu'ils perdurent quelques années. 

fin du document

3) le cas des États-Unis

La productivité de l'emploi aux USA provient certes des "petits boulots " mais surtout de la concentration dans ce pays des chercheurs dans les secteurs économiques traditionnels et des innovateurs, particulièrement dans les biens et services immatériels : brevets, logiciels.... La productivité de ce travail pour concevoir les nouvelles technologies dégagent de très fortes valeurs ajoutées. Une moyenne annuelle de 1,5% d'accroissement de l'emploi suffit pour suivre le rythme de la croissance démographique et expliquer le niveau faible du chômage durant cette période.

Le marché de l'emploi aux USA se caractérise aussi par une autre conception du rôle tenu par les salaires dans la croissance. L'analyse des salaires montre que le rapport entre les déciles extrêmes est de 1 à 6 aux USA alors qu'il n'est que de 1 à 2 en Allemagne et qu'en France, ce rapport se situe autour de 3 à 3,5. Les USA sont donc le pays où les inégalités de salaires sont les plus fortes. Par contre l'augmentation des emplois entre 1970 et 1992 a été de 49% aux USA contre 9% dans les douze pays de l'Union Européenne ( ex CEE ). Une manière de synthétiser cette situation revient à dire que dans l'Union Européenne, ce sont les produits qui sont en solde alors qu'aux USA, ce sont les salaires. Certes l'objectif principal d'une économie est bien de relier l'offre et la demande, les salaires et les prix des produits mais il semble que ces deux modèles de développement économiques ne soient pas compatibles ou interchangeables.  Les USA restent toujours un pays jeune avec beaucoup de place pour se développer au contraire de l'Europe. Les valeurs ne sont pas les mêmes sur ces deux continents et les révolutions technologiques n'expliquent pas tout. Faire croire que les valeurs américaines au niveau du travail et des salaires seront bientôt aussi le standard en Europe participe à la monté de la peur parmi les salariés européens et à l'extension du stress notamment parmi les cadres. En Europe, parmi nos racines et nos valeurs de base, nous avons d'autres références pour organiser une société. C'est bien le souvenir de l'organisation en réseau du temps des cathédrales qui a entretenu le militantisme aussi bien des communautés protestantes que par exemple celui des charbonniers du Haut-Doubs dont sera issu le mouvement des Philadelphes qui oeuvrera pour que ce type d'organisation sociale imprègne la nouvelle constitution des États-Unis d'Amérique. Cette source, ce militantisme existe toujours aussi bien en France qu'en Europe. Il peut toujours servir à faire des USA un pays plus juste et humanitaire, écologiste au service d'un développement durable.

4) le cas du Japon

le toyotisme explique la plus forte contribution des gains de productivité du capital technique qu'aux USA mais ce pays semble avoir trouvé durant cette période un bon compromis pour permettre une création d'emploi suffisante pour absorber la croissance de la démographie. La crise asiatique après 1997 viendra ternir cette situation et la sur capacité de production pèsera lourd sur ce pays qui refusera d'éliminer une partie de son parc machine dont il avait pu être auparavant si fier.

5) évolution de l'emploi et de la population active dans la zone euro entre 1999 et 2010

Crise économique: Trichet essaie de redorer le blason de la zone euro

Astrid Gouzik - Marianne | Mardi 9 Août 2011 à 16:01

http://www.marianne2.fr/Crise-economique-Trichet-essaie-de-redorer-le-blason-de-la-zone-euro_a209198.html

extraits de l'article : 

" Autre argument pour convaincre les eurosceptiques, Jean-Claude Trichet évoque les créations d’emploi, et chante le même refrain, presque mot pour mot, que  celui tenu le dimanche 20 février sur la même radio : « Depuis la création de l’euro, en zone euro, 14 millions d’emplois ont été créés (...) sur la même période, seuls 8 millions d'emplois ont été créés aux Etats-unis ». Mais le chiffre avancé n’a de signification que si on lui met en regard l’évolution de la population active de la zone euro. En effet, entre 1999 et 2010, elle a progressé de…16,5 millions de personnes. Il est donc logique que des emplois aient été créés, comme il serait tout aussi cohérent de dire que l’euro a produit 2,5 millions de chômeurs de plus depuis sa création ".

" Durant les 11 ans d’existence de l’euros, quels ont été ces fameux emplois créés ? Notre deuxième graphique donne une première indication. En 1999 un employé sur 6,5 était à temps partiel, dix ans plus tard cette part passe à 1 sur 5, soit 8,5 millions de salariés supplémentaires. Résultat : sur les 14 millions de nouveaux jobs, 60 % d’entre eux étaient à temps partiel…

Sans doute, une bonne manière d’éviter d’augmenter les salaires « la dernière bêtise à faire », selon le gouverneur de la Banque centrale européenne ".

Nous faisons remarquer que la zone euro comprend certes la France, mais le cas francais est identique à celui de la zone euro : l'incapacité à créer des emplois pour insérer sur le marché du travail les nouveaux arrivants dans la population active, principalement les jeunes, est commune à la zone euro et la crise depuis 2007 aggrave encore cette insuffisance de création d'emplois, sachant que les emplois crées sont à 60% des emplois à temps partiel aggravant le phénomène des nouveaux travailleurs pauvres, principalement parmi les jeunes et maintenant les jeunes diplômés.

L'importance en France des gains de productivité liés au travail après 1996

 

source : Alternatives économiques, hors série n°58, 4ème trimestre 2003

la productivité par personne employée dépend principalement de deux sources de gains de productivité : l'organisation du travail et l'élévation du niveau de qualification de la main d'oeuvre. Ce n'est pas le point fort de l'économie française et le passage aux 35 heures qui imposait de fait l'obtention de gains de productivité pour financer l'augmentation de la masse salariale d'au moins 10%, s'est heurté à une incapacité voire à un refus d'engager cette réorganisation du travail, principalement dans le tertiaire et les administrations publiques ou privées. La productivité par personne employée est ainsi comparable en France et aux USA : sans revenir sur l'utilisation des mêmes méthodes néo tayloriennes qui après l'industrie envahissent le tertiaire, nous pouvons constater que l'introduction des NTIC ne se traduit pas par une meilleure organisation du travail ou pas encore. Nous n'allons pas également utiliser l'argument de la montée du travail évaporé ou du travail personnel non déclaré qui est un signe de désorganisation du travail : temps passé au travail sur internet pour des motifs personnels, discussions personnels au travail, etc. Ces comportements traduisent cependant une réelle évolution et ne pas en tenir compte représente une erreur. Nous les concevons comme un  nouveau besoin relationnel non satisfait par l'ancienne organisation. Pour revenir sur les 35 h et l'effort d'une réorganisation du travail que cette réduction du temps de travail implique, nous pouvons prendre le cas d'école suivant :

exemple : une entreprise de 10 salariés travaillant 39 h réalise un volume de production de 390 h par semaine. A 35 h, ces 10 salariés se réalisent plus qu'un volume de 350 h. Pour conserver son volume de production et ne pas en laisser une partie à ses concurrents, l'entreprise doit recruter au moins 1 salarié : 11 salariés à 35 h réalisent alors 385 h de production par semaine. Mais ceci correspond à une augmentation de la masse salariale d'au moins 10%. En rester là, c'est le meilleur moyen de couler la plupart des entreprises. La mesure est donc toute autre : certes, obliger les entreprises à recruter et à investir dans le facteur travail pour faire baisser le chômage mais aussi obliger les entreprises à réorganiser le travail et la production pour dégager des gains de productivité capable de financer cette augmentation de la masse salariale. Nous savons que les PME-PMI de moins de 20 salariés ont été purement et simplement dispensées de cet effort de réorganisation, quitte à ce que la plupart d'entre elles restent des points morts ou des acteurs économiques faibles, probablement supprimés lors de la prochaine crise.

Par contre la productivité horaire, après 1996, voit son évolution s'accélérer, la pente se raidit. Pour l'obtenir, la solution est ici beaucoup plus simpliste : il suffit de supprimer des emplois et de conserver le même niveau de production, mieux même, il y a la possibilité de conjuguer et la réduction des effectifs et la réduction des horaires avec le passage à 35 h. Ce qui a été largement pratiqué en France ces dernières années d'où cette productivité horaire record. Le solde des emplois montre que les suppressions d'emplois sont restées élevées. L'exemple de l'année 2000 est significatif : avec l'aide du passage aux 35 h, la création des emplois jeunes et toutes les mesures d'aides à l'emploi, en 2000 l'économie française crée 2 millions d'emplois, chiffre record depuis 1945. Par contre en 2000, il y a eu 1,5 million d'emplois supprimés d'où un solde seulement de 518 000 emplois créés ( chiffre DARES).

depuis 2002 et la fin de l'impact des 35 h et des mesures volontaristes pour l'emploi, l'économie française reprend le chemin de la crise des années 1990-1994. L'emploi n'intéresse les entreprises que dans la mesure où une baisse des frais de personnel peut apporter des gains de productivité, à la charge de l'état de régler la question du chômage, c'est à dire les demandes d'emplois de personnes dont les entreprises n'ont que faire. Sauf que les échéances du choc démographique de 2006-2010 se rapprochant, les dirigeants du système économique ont compris que certaines branches professionnelles vont manquer de main d'oeuvre. Même si une baisse du chômage peut résulter de ce choc démographique, encore faut-il que les demandeurs d'emplois acceptent d'occuper les emplois présentés. Comme ces emplois n'ont pas été réorganisés dans le cadre des 35 h, les mauvaises conditions de travail et principalement les horaires n'ont pas changé. Le gouvernement renonce toujours à imposer une réorganisation de ces emplois ( voire le cas des bureaux de tabac, etc. ) et ne peut que chercher des baisses de charges comme dans la restauration pour inciter les employeurs à présenter des emplois plus attractifs. Dans ce contexte, la politique appuie les craintes des employeurs et met en place de nouvelles obligations pour les chômeurs afin de les voir accepter " à l'insu de leur plein gré" les 300 000 emplois actuellement non pourvus et dont la plupart ne veulent, principalement à cause des horaires et des heures supplémentaires non payées par de petits patrons incapables de réorganiser leurs activités. Le PARE et le futur RMA sont destinés à pourvoir en priorité ce gisement d'emplois non pourvus.

La question de l'emploi prend donc une nouvelle tournure et la succession de ces mesures libérales après avoir tant délaissé l'emploi dans notre pays prend la forme d'une formidable provocation envers les salariés. La peur prend des teintes de panique.

 

Conséquences pour la France

 

En faisant d'une manière aussi exclusive le choix de la productivité du capital technique, la France s'est désintéressée du chômage, principalement du chômage des jeunes et ce choix est bien un choix politique. Les entreprises à travers leurs bénéfices, se sont contentées de verser leurs impôts, à charge pour l'état de les utiliser pour garantir une certaine solidarité sociale sans empiéter dans le domaine économique sur la loi capitaliste de la liberté de maximiser les profits d'après les seuls intérêts des propriétaires. Sur le plan politique, la sanction fût l'échec important de la gauche aux élections législatives de 1993. Le chômage bat ses records en 1994 et le pouvoir est obligé d'intervenir. Le choix entre une politique libérale ou plus sociale est résolu par les élections législatives anticipées de 1997 qui doivent mettre fin aux grèves et à l'insatisfaction des français devant la perte de la croissance et la baisse des revenus. L'échec des élections présidentielles de 2002 trouve aussi racine dans l'impact finalement faible de toutes les mesures socialistes en faveur de l'emploi de 1998 à 2001 : les partis de gauche cherchant en ordre dispersé au premier tour des élections 2002 d'autres doctrines pour assurer le progrès social, ce qui fit le jeu de l'extrême droite pour accéder au second tour et amena au pouvoir un pouvoir libéral.

 

Sur le plan social, cette incapacité de l'économie française à créer en masse des emplois hautement qualifiés se traduit aussi par un nombre important de jeunes diplômés travaillant dans des emplois pour eux sous-qualifiés, notamment dans la fonction publique et par le phénomène de plus en plus sensible de la fuite de ces jeunes diplômés vers des pays où le marché du travail est plus souple et moins taxé par les impôts. 

Mais surtout, la faiblesse de la création d'emplois entretient un climat de suspicion et de méfiance vis à vis de l'avenir. Ce manque de confiance n'incite pas à la consommation mais à l'épargne et ceci d'autant plus facilement que pour protéger le franc vis à vis du Deutschemark, la France adopte dès les années 1990, une politique du franc fort et des taux d'intérêt élevés. Le manque de consommation intérieure fait plonger la croissance et la solution la plus rapide réside dans le développement des exportations. Le solde du commerce extérieur largement positif trahit cependant la baisse des importations consécutives au ralentissement de la demande intérieure et de l'activité économique. 

Une seule certitude se dégage de ces 20 dernières années : le fordisme qui profita aux salariés est bel et bien fini et le retour prioritaire des actionnaires dans le partage de la valeur ajouté s'affiche sans que d'autres rapports de force économiques et sociaux ne viennent équilibrer cette répartition des richesses.

La part des amortissements devient prépondérante. Cette richesse qui retourne au capital technique finance le développement des entreprises, encore que la règle fiscale de l'amortissement sur 5 ans nuit aux investissements technologiques. Un amortissement sur 2 ans soutiendrait davantage la recherche et l'utilisation des technologies d'abord dans les entreprises marchandes puis, ces équipements amortis pourraient équiper les centres de formation privé et public. Les jeunes français auraient ainsi la même garantie que les jeunes allemands de se former sur des équipements entre 3 et 4 ans de vétusté.

La forte croissance de la part des dividendes après 1990 ne doit pas faire illusion. Ces revenus ne vont guère aux ménages français et ce ne sont pas des compléments aux salaires des ménages. C'est la traduction de la montée en puissance de la participation des fonds de pension américains dans le capital des entreprises du CAC 40. Ces dividendes partent en majorité aux USA financer les retraites. Confronter cette réalité aux conditions décidées par le gouvernement en 2003 pour les retraites des français prend alors une toute autre dimension. De même lorsque l'on observe durant cette période que les revenus du capital ont progressé deux fois plus vite que les revenus du travail, le refus d'associer les revenus du capital au financement de la protection sociale devient une cause majeure de discorde civile dans notre pays.

Le choix de développer fortement le capital technique peut se défendre avec l'argument qu'un robot ou qu'un automate programmable ne paie pas de charges sociales et qu'en plus il permet son amortissement. Ceci n'efface pas la conséquence sociale du phénomène. Encore faudrait-il ne pas oublier cette conséquence et ne pas venir ensuite se plaindre que la France est le pays qui connaît un handicap structurel à travers son faible taux d'activité. Faible taux d'activité qui rendrait contradictoire la réduction du temps de travail à 35 h. Cet amalgame et cette omission du choix délibérer des entreprises françaises de tout miser sur les machines est parfaitement compris par les salariés. Ces derniers n'acceptent pas ce discours faits d'omission, de mensonges. Ils savent qu'ils n'ont pas la préférence de leurs patrons qui ne rêvent que de machines et de suppression de postes de salariés. Venir dire ensuite que les français sont ceux qui travaillent le moins est purement calomnieux. C'est un autre élément de la fable actuelle distillée par le management et les décideurs de notre système de pouvoir. Ceux qui restent au travail ont vu leurs conditions de travail devenir plus pénible car le couple vitesse-charge mentale s'est accru et il génère plus de fatigue et de stress même si le temps de présence des salariés sur leurs lieux de travail peut diminuer. Aujourd'hui, bon nombre d'entre eux, dès qu'ils rentrent chez eux sont obligés de se coucher pour récupérer de suite et avoir ensuite des moments de vie privée corrects, à défaut de récupérer de suite, ils vont traîner une fatigue de plus en plus importante. Enfin, comme la répartition des gains de productivité et de la valeur ajoutée ne se fait pas en leur faveur mais dans celui des actionnaires et du capital technique, il est juste qu'une partie de ces richesses, à défaut d'être reversée sous forme pécuniaire, le soit sous forme de réduction du temps de travail. De même, prétendre que pour l'équilibre des retraites, les salariés devront travailler plus longtemps relève de l'hypocrisie la plus pure et la plus détestable : les salariés qui restent dans le système productif à côté des machines n'ont pas à travailler plus longtemps. Le choix initial s'est porté sur le capital technique, il faut rester cohérent et aller jusqu'au bout de ce choix : le financement complémentaire des régimes de retraite ne peut venir que du capital technique. Plutôt que de taxer les machines, la réforme fiscale doit porter sur l'imposition à la source de la valeur ajoutée. Dès lors il est possible de supprimer les " anciens " impôts : IRPP sur les salaires, impôts sur les sociétés, impôts sur les dividendes, impôts locaux et autres taxes. Une fois cet impôt recouvré, c'est à la collectivité et à son gouvernement de fixer la répartition de ces ressources à travers le budget du pays. 

 les justifications avancées par les décideurs

pour refuser la création d'emplois dans l'économie non marchande

l'explication par le risque d'inflation salariale

 La justification apportée par les dirigeants, les hauts-fonctionnaires, fait reposer la raison de ce choix sur l'attitudes des salariés et leurs revendications salariales. Ce subterfuge utilisé pour fuir les responsabilités se comprend ainsi. Il est vrai que les emplois crées dans notre économie traditionnelle pour donner de l'emploi aux chômeurs doivent être rémunérés au SMIC, sauf si l'on détourne ce SMIC à travers le recours au temps partiel ( mais le taux horaire restera au minimum celui du SMIC ). Ce recours au temps partiel ou/et précaire se développe au point que les travailleurs pauvres qui subissent le néotaylorisme et le travail répétitif le plus souvent dans une organisation de la production en flux tendus, représentent près de 20% de la population active occupée. Payer donc dans l'économie non marchande, par exemple des personnes pour des tâches de nettoyage de l'environnement, tâches peu qualifiées, alors que les salariés plus qualifiés de l'industrie ou du tertiaire sont pour une grande part rémunérés au SMIC ou à un salaire peu supérieur dans le cadre d’emplois précaires, ne peut qu'exacerber les revendications salariales et toute la grille des salaires doit alors être revue à la hausse. 

Ces dirigeants voient là un risque sérieux de relance de l'inflation, donc des taux d'intérêts. Lorsque nous savons maintenant que les décideurs français ont fait le choix quasi exclusif de la productivité du capital technique, il est clair que pour renouveler ce parc technique très important, ils ont besoin de taux d'intérêts les plus bas possibles. Il est hors de question que les salariés provoquent une inflation qui viendrait saborder leurs plans et remettent en cause le choix fait dans la combinaison des facteurs de production même si l'inflation facilite le remboursement des dettes. D'où ce blocage qui aboutit à cette situation typiquement française du chômage des jeunes et des jeunes diplômés. D'où également ce développement du travail précaire lorsque la consommation repart, ceci toujours dans le droit fil de la décision d'accorder toute priorité au capital technique. 

Cette lutte contre l'inflation s'est poursuivie au début des années 1990 à travers la politique du franc fort caractérisée par des taux d'intérêt réels élevés pour attirer les capitaux et favoriser un taux de change favorable entre le franc et le deutschemark afin de préparer la mise en place de la monnaie unique en Europe. Cette politique a favorisé les profits exceptionnels financiers dans les entreprises au détriment de l'investissement et donc elle a contribué à maintenir un haut niveau de chômage en France. C'est aussi la base de la doctrine monétariste en vigueur à la Banque centrale européenne pour ne pas baisser le taux d'intérêt directeur alors que l'euro prend de la valeur et freine nos exportations. Cette école monétariste fut responsable en grande partie de la crise de 1929 lorsqu'elle refusa d'injecter des liquidités dans l'économie américaine à la suite du krach boursier d'octobre 1929. Sans courir les mêmes risques, cette attitude privilégie les épargnants, les personnes qui ont de la monnaie étatique. Elle défend la stabilité de la monnaie et préfère que la masse monétaire ne s'accroisse pas au point de présenter des risques de non remboursement des crédits accordés. Le pic du chômage de 1994 est attribué en grande partie à la politique du franc fort. Aujourd'hui la politique de l'euro fort poursuit cette tendance pour protéger le capital accumulé contre une érosion de sa valeur, pour protéger l'épargne et limiter les crédits hasardeux. Cet immobilisme qui rejette tout nouveau pari sur l'avenir pour conforter les richesses établies s'occupe peu des inégalités, de la montée de la pauvreté et du chômage. La poursuite des politiques monétaristes participent à la montée des peurs sociales et au sentiment d'injustice non seulement chez les ménages les plus modestes et les pauvres mais aussi chez les personnes qui veulent entreprendre et faire évoluer nos sociétés.

l'explication par la démographie

Si rien n'a été fait pour corriger ce choix socialement condamnable, cela tient aussi au fait que les hauts fonctionnaires et les hommes politiques savent que la démographie va naturellement solutionner cette situation à partir des années 2006 lorsque les salariés du baby-boom partiront à la retraite et que des classes plus faibles de jeunes arriveront sur le marché du travail. Un nouveau problème se posera alors : celui du financement des retraites et des inactifs par des actifs devenus peu nombreux. Alors que les gains de productivité accumulés ces vingt dernières années n'ont jamais été aussi importants, les décideurs du système économique libéral voudrait que les salariés augmentent leur temps de travail et reculent l'âge de départ à la retraite, faisant progresser ainsi une aliénation au travail que d'autres avantages sociaux venaient de réduire. Le savoir utilisé par les décideurs a servi un conservatisme contraire aux intérêts sociaux, aucune remise en cause radicale de ce savoir n'a eu lieu. 

Cette solution attendue de la démographie n'est pas totale. Des rapports en 2001 démontrent qu'il y a un taux incompressible de chômage d'environ 8%. Cette population de chômeurs n'a pas la moindre des qualifications susceptibles de lui procurer un emploi dans les entreprises ou les administrations. Elle correspond aux personnes sorties du système scolaire sans aucun diplôme ou un niveau de diplôme insuffisant ( environ 25% d'une classe d'âge ) et qui vont devenir illettrés ( entre 20 à 25% de la population, catégorie en plein développement actuellement ). Les emplois sans qualification ont été supprimés et remplacés par les robots ou ils ont été délocalisés ( 1 chômeur sur dix serait la conséquence d'une délocalisation en France ). Près de deux millions d'adultes sont ainsi inaptes à un travail dans l'économie marchande. Une étude récente de l'INSEE indique que 57% de ces chômeurs ne souhaitent plus retrouver un travail dans l'économie marchande. Ils ont jeté l'éponge. Aux USA, ils sont appelés : missing men, les personnes perdues pour les statistiques du chômage qui ne les prennent plus en compte. Face à cette situation, la solution évidente porte sur un retour de longue durée dans un système de formation mais cet effort n'a-t-il pour but que l'emploi dans l'économie marchande ? Et ceci parce que la démographie provoque un manque de main d'œuvre pour les entreprises et les administrations de l'économie marchande ou de la Fonction publique ? N'y a-t-il pas d'autres perspectives de motivation pour permettre à chacun de se réaliser socialement à travers un travail ?

L'évolution démographique amène déjà quelques conséquences : 15 000 élèves sortent de formation sans diplômes pour être embauchés par des entreprises qui manquent de main d'œuvre et qui après des années d'absence d'embauches, ne veulent pas intégrer des chômeurs âgés. Cette évolution va-t-elle provoquer un retour en force de l'apprentissage pour que ces apprentis soient déjà partiellement derrière les machines ? Ces emplois aidés pour les jeunes non qualifiés servent-ils de réservoir d'emplois précaires dont les entreprises ont besoin dans la cadre de la flexibilité de leurs outils de production ? Sont-ils des moyens de détourner le SMIC, moyens subventionnés par les pouvoirs publics et nos impôts ? Allons nous assister à une fermeture de l'enseignement technologique préparant à des qualifications de technicien supérieur ou de cadre au profit de la généralisation d'un enseignement professionnel dont l'objectif principal sera la qualification de niveau bac professionnel et dont s'accommodent les PME-PMI organisées en flux tendus dans leurs relations de sous-traitance ? Cette baisse du niveau de qualification est-elle acceptable alors que nous sommes dans une économie du savoir, des initiatives et des prises de responsabilité ? Dire que la formation continue permettra ensuite à ces salariés d'élever leur qualification initiale représente une imposture car elle coûte bien plus chère que la formation initiale. Qui la financera alors que les retraites ne sont pas financées ? Enfin, lorsqu'il faudra à nouveau faire appel à l'immigration pour soutenir notre croissance économique, va-t-on enfin former dans leurs pays les candidats à l'immigration chez nous ? Le laisser-faire ancien qui désorganise notre société à travers l'insécurité qu'il a créée va-t-il se poursuivre ? 

En 2004, cette question du manque prévisible de main d'oeuvre peut se retrouver derrière la question de l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne. Accepter l'adhésion de ce pays représente sur ce point une véritable aubaine : 100 millions de salariés potentiels à faible rémunération pour combler les déficits de travailleurs peu qualifiés en Europe et qui bénéficieraient de la libre circulation du traité de Maastricht. Avez vous comparé le rendement au travail des salariés originaires des pays de Maghreb avec celui des salariés turcs ? Certes tous les deux sont dépassés par les salariés originaires d'Asie du Sud-Est mais en deuxième position, dans une usine ou une entreprise de faible niveau technologique, les salariés turcs arrivent nettement devant les autres. Cette observation est faite par un DRH qui a travaillé dans plusieurs entreprises industrielles et elle est partagée par ses collègues en Ressources Humaines. L'organisation des communautés turques est bien mieux rodées et il n'y a pas chez eux, les anciennes querelles nées de la colonisation française ou européenne. Dire oui à la Turquie prolonge le oui au tout capital technique et à la baisse des frais de personnel : ces préoccupations se rejoignent très vite. Il est clair que l'objectif du mariage des cultures est inexistant chez nos décideurs car nos systèmes de pouvoirs ne reposent pas sur de tels mariages. Sur des synthèses ou un syncrétisme oui car il s'agit alors pour la culture minoritaire de se caler dans les valeurs de la dominante mais il n'y a ici aucun mariage, juste une domination organisée le plus paisiblement possible...et cette domination a toujours engendré des conflits civils ou militaires, voire religieux et contaminant plusieurs nations et peuples.

l'explication par le conservatisme de la classe politique en général

Si rien n'a été fait en France contre le chômage c'est aussi parce que les hommes politiques n'ont pas voulu, ont eu peur de financer un large secteur non marchand, ont eu peur de casser l'appareil de production capitaliste et de réduire l'impact d'une économie libérale classique et archaïque en permettant l'essor d'une autre économie non capitaliste mais plutôt mutualiste, l'économie quaternaire ou, à côté des secteurs privé et publique, l'essor d'un troisième secteur à base de solidarité et d'échanges non marchands. La réduction du temps de travail à 35 h et les Emplois Jeunes ont bien permis de créer 500 000 emplois nets dans un contexte de croissance favorable ( en 2000, il y a eu 2 millions de créations d'emplois, un record depuis 1945 mais il y a eu aussi 1,5 million d'emplois détruits d'où ce solde de 500 000 emplois créés en 2000 ), il n’en demeure pas moins que les problèmes de fond subsistent, que les incohérences et les contradictions du système capitaliste et libéral comme les contradictions de l’état nation sont toujours là. Tout système tend à se scléroser car sa logique est incompatible avec une actualisation constant de ses règles pour suivre l’évolution des mœurs, des technologies, des savoirs. Ces évolutions se créent naturellement dans une organisation de réseaux : couple, famille, communautés de chercheurs, de penseurs, groupes de loisirs, etc. Si ces groupes veulent voir leurs évolutions reconnues par les systèmes de pouvoirs politiques, économiques et sociaux, ils doivent accepter en principe d’écarter les tendances extrêmes de leurs mouvement pour se fondre dans un juste milieu indifférencié et inoffensif. En acceptant cette mise en ordre, ils affermissent alors l’immobilisme et le conservatisme, sinon le corporatisme d’une société.  

L’organisation étatique actuelle ainsi que les syndicats sont des obstacles majeurs au développement des emplois dans l’économie non marchande. Mis à part la charité, l’état a développé à travers les administrations des centaines de milliers d’emplois pour répondre à des besoins de service public. Ceci n’a pas nuit à l’économie marchande, au contraire. Lorsque sous la IIIème république, l’état décida de créer des milliers d’emplois dans l’éducation publique, il n’y eut aucun effondrement de l’économie. Au contraire, une main d’œuvre mieux formée et qualifiée a permis la généralisation rapide des nouvelles technologies et une forte progression de la valeur ajoutée des entreprises et des administrations. Mais cette organisation s’est sclérosée et les syndicats de ces administrations défendent un immobilisme pervers. ¨Pour améliorer le logement des personnes à faibles revenus, faut-il par exemple une administration qui gère des prestations d’aide au logement ou faut-il supprimer cette administration et permettre aux gens de s’entraider dans des SEL pour réparer le toit de leur maison, construire des maisons et ce, sans qu’il soit besoin de recourir à la monnaie officielle comme instrument de l’échange du travail et des biens et services ? L’économie non marchande en réseau s’oppose au rôle que l’état s’est donné dans son système de redistribution des richesses à partir de prélèvements obligatoires représentant entre 45 à 50% du PIB. L’état peut avoir un rôle d’intermédiaire et de faciliteur dans les négociations sociales. C’est la conception «  rhénane » de l’état. Les mesures prises pour réduire le temps de travail à 35 h peuvent créer l’année de leur application un demi-million d’emplois, encore faut-il que la réorganisation du travail dans les entreprises dégagent de nouveaux gains de productivité pour rentabiliser ces créations d’emplois et permettre une hausse de la valeur ajoutée, condition préalable à des augmentations de revenus salariaux. Mais que peut faire l’état contre l’orientation donnée à la gestion financière des entreprises par les fonds de pension ? Comment trouver dans l’économie marchande les ressources financières pour financer les besoins des inactifs ? Ne faut-il pas établir enfin une relation directe et complémentaire entre l’économie marchande et un vaste développement de l’économie non marchande ? Et si le système capitaliste qui gouverne l’économie marchande est impropre à se relier à cette économie non marchande, ne faut-il pas l’abandonner ? Si l’état est incapable de mettre fin au système capitaliste, ne faut-il pas le supprimer pour mettre en place une autre organisation du pouvoir fondé sur une économie en réseau sachant relier l’économie marchande et l’économie non marchande, réaliser le mariage des cultures ? Les menaces permanentes de crises financières qui limitent les investissements et font faire des choix aberrants à nos décideurs ne vont-elles pas s’éliminer lorsque les échanges se développeront dans des monnaies symboliques plus fondées sur la confiance qu’y auront mis les gens que sur les cours des bourses de valeurs sur lesquelles s’agitent les spéculateurs ?

 la fin du déversement social

Le chômage peut se réduire après 2006 en France du fait de l'évolution démographique mais un autre problème est en train de surgir. Les emplois supprimés dans le secteur secondaire ont été largement compensés par le développement des emplois dans le secteur tertiaire. Ce phénomène de déversement jusqu'ici positif va subir le choc de la productivité qui va concerner maintenant le tertiaire. La généralisation des nouvelles technologies des télécommunications et du multimédia va mettre en relation directe le client et le fournisseur. Les emplois intermédiaires n'auront plus de raison économique et la productivité du tertiaire passe par leur suppression. Quel nouveau secteur économique va reprendre tous ces emplois supprimés ? Les branches de la banque et de l'assurance sont particulièrement exposées à cette nouvelle évolution technologique organisée à partir de workflow de production, de logiciels automatisant complètement le travail administratif. Certes, les économistes parlent d'une utilisation moindre du travail tel qu'il est actuellement organisé. Keynes en 1930 avançait déjà l'idée selon laquelle en l'an 2000, les gens ne travailleraient plus qu'une quinzaine d'heures par semaine pour satisfaire leurs besoins économiques principaux. Ceci concerne l'économie marchande et suppose un partage rigoureux du travail. Il semble que le système actuel trop rigide ne puisse évoluer vers cette organisation. Ceci reste une utopie, un système irréalisable. Les emplois détruits et non recréés dans l'économie marchande doivent provoquer le développement de l'économie non marchande autre que fondée sur le bénévolat. Cet objectif concerne directement une économie en réseau capable par nature d'organiser cette production et répartition de richesses personnelles.

Toutes ces questions non résolues à travers un projet de société légitiment le sentiment d'un immobilisme coupable et d'un conservatisme dangereux, notamment dans la Fonction Publique. Les méthodes de résolution de problèmes, le droit d'expression des lois Auroux n'existent toujours pas dans les Administrations de l'État ( même pour calculer l'effectif présent, l'effectif payé à la fin du mois alors qu'en entreprise, le moindre responsable ressources humaines serait viré si des erreurs survenaient dans ces calculs plusieurs mois d'affilé ) et l'idée de croire que la solution vient d'une volonté politique relayée par la hiérarchie d'une bureaucratie fait aujourd'hui partie davantage d'une fiction surannée, voire d'une erreur de gestion grossière indigne d'une élite aussi diplômée. Comme dans les entreprises privées, une mutation ne peut se faire qu'en introduisant un réseau de salariés travaillant à une amélioration de la qualité de leur travail et à une suppression des dysfonctionnements entre clients et fournisseurs pour établir des relations gagnant-gagnant, c'est à dire, ici, permettant l'accroissement d'un enrichissement personnel des citoyens autant sur le plan matériel, qu'intellectuel et spirituel. Mais est-ce encore compatible avec le rôle d'un état ?

l'exemple des lois sur les 35 heures et la réduction du temps de travail

Les mesures prises pour réduire le temps de travail à 35 h peuvent créer l’année de leur application un demi-million d’emplois, encore faut-il que la réorganisation du travail dans les entreprises dégage de nouveaux gains de productivité pour rentabiliser ces créations d’emplois et permettre une hausse de la valeur ajoutée, condition préalable à des augmentations de la masse salariale suite aux nouvelles embauches. S’il n’y a pas obtention de nouveaux gains de productivité, le passage aux 35 h devient une charge insupportable pour l’entreprise ou l’administration en question. Comment par exemple appliquer les 35h à une administration publique telle que les hôpitaux alors qu’en 1997, le gouvernement Juppé, pour limiter les dépenses de Santé, a trouvé bon de limiter le nombre de ses prescripteurs : médecins, infirmières, en supprimant des postes d’étudiants ou en transformant le concours d’entrée en médecine en concours le plus scandaleux et insoutenable de toute l’Université ? Venir 2 à 3 ans plus tard parler de 35h aux hôpitaux sans avoir préparé les effectifs nécessaires à ce changement d’horaire relève de la gabegie la plus choquante. Dans une copie d’examen, l’étudiant qui commettrait ce genre d’erreur échouerait, il n’aurait pas la moyenne !

Comment financer le surplus d’effectif correspondant au passage aux 35h ? En utilisant les 4 sources de gains de productivité ! Il n’y a aucune autre solution valable à long terme dans notre système économique, certainement pas par une augmentation des versements publiques et un maintient de la pression fiscale ou un retour à 40h de travail par semaine. Si le financement n'est plus assuré pour suivre cette évolution, le système doit jeter l'éponge et ouvrir l'alternative de l'organisation en réseau : au delà du bénévolat de la Croix Rouge ou des associations d'aide aux malades dont l'impact reste insuffisant, les associations doivent pouvoir organiser l'échange de services permettant un enrichissement personnel de chacun des participants à l'échange et ceci sans utiliser la monnaie étatique qui justement fait défaut ! Cet échange non marchand en monnaie symbolique reste interdit en France, le dernier jugement d'un tribunal correctionnel confirmé en appel date de janvier 1997.

Nous pouvons regretter que lors de la mise en place de ces deux lois sur les 35 h, il n'a pas été dit que cette mesure avait deux finalités : certes partager le travail pour réduire le chômage mais aussi contraindre les PME-PMI et quelques grands groupes en retard, à mener enfin les changements nécessaires pour obtenir de nouveaux gains de productivité maintenant qu'en 1998-2000, le premier gisement des années 1985 lié à l'arrivée des automates programmables était épuisé. Ce gisement avait vu ses richesses gaspillées et minimisées par le manque d'élévation des niveaux de compétences des personnels causé par des attitudes ineptes d'une grande partie des directions d'entreprises encore trop familiales ou aux mains d'aventuriers des affaires recherchant l'argent à tout prix sans considération pour le facteur humain de production. Et la croissance des années 1997-2000 liée à une baisse des taux d'intérêts et à la spéculation sur la nouvelle économie s'est achevée par l'éclatement d'une bulle spéculative de plus : les spéculateurs venant priver les développeurs des NTIC  des moyens de financement qui leur étaient nécessaires. A moins que cette spéculation fut menée par des groupes financiers bien établis servant des pouvoirs conservateurs qui cherchaient à préserver leurs intérêts pour arrêter net une nouvelle révolution technologique capable de modifier rapidement l'organisation des pouvoirs et ce, à leur détriment. Ayant compris eux aussi que les NTIC servent surtout à développer des organisations en réseaux, à favoriser la démocratie directe, le vote électronique de millions de personnes sur des projets précis, ces dirigeants conservateurs avaient tout intérêt à bloquer le financement de cette nouvelle économie et de ces nouvelles communications, de cette nouvelle culture qui va modifier inéluctablement nos institutions politiques, économiques et sociales.

Il fallait à la fin des années 1990 mettre fin à cette dérive de mauvaises gestions et obliger toutes les entreprises à sauter le pas dans la recherche de nouveaux gisements de productivité : réorganisation du travail et suppression des tâches inutiles, produire autant mais avec moins d'heures de travail ce qui était un minimum de gain de productivité mais certes imposé par la loi, recherche et développement de nouvelles technologies, élévation du niveau de compétences et des qualifications. Il s'agissait de dire que l'obtention de ces nouveaux gains de productivité, cette fois-ci, allait être utilisé non plus comme dans le fordisme au profit des salariés, non plus au profit des consommateurs par de nouvelles baisse des prix, non plus comme en 1998-2000 c'était le cas, au seul profit des actionnaires qui derrière l'exemple irrésistible des fonds de pension anglo-saxon, prenaient la direction de fait des entreprises et du partage de la valeur ajoutée. Non, il s'agissait de dire que ces gains allaient profiter au partage du travail car le niveau de chômage et son coût pour la collectivité devenait intolérable et menaçait la cohésion sociale toute entière, la motivation de l'ensemble des salariés, cadres y compris, menaçait le financement de tout le système de protection social. Le chômage est la partie visible du phénomène de la détérioration du marché du travail. Il faut aussi y ajouter la perte de motivation, la montée du stress, le manque de lisibilité dans une carrière professionnelle, les risques de la mobilité géographique, la montée du harcèlement moral et des discriminations, bref une évaluation correcte du coût de la peur dans les entreprises. Ce discours n'a pas été tenu par un manque de courage politique flagrant. Le gouvernement socialiste s'est limité à un discours éculé sur l'égalitarisme et un partage égalitaire du travail dans toutes les organisations productrices du secteur privé comme public sans rechercher le financement de ces mesures ni favoriser l'obtention de nouveaux gains de productivité, en particulier dans les administrations publiques, autrement que par des allègements de charges à l'embauche supportés par les organismes de protection sociale. 

Ce discours sur le développement des gains de productivité a un seul mérite : pousser les agents économiques à produire mieux au coût le meilleur pour le consommateur final. Il faut alors mettre de côté l'enrichissement personnel des propriétaires des moyens de production pour concevoir ce bien public, cette répartition des richesses plus équitable, ce progrès durable capable de donner confiance aux gens dans leur raison de travailler et de partager les fruits de leur travail. Nous sommes ici au coeur de la propriété commune gérée par un groupe social, justement de cette forme de propriété interdite depuis 1790 en France et ailleurs dans l'économie capitaliste ou libérale aussi bien que dans l'économie communiste. Les dirigeants de nos économies et de nos systèmes de pouvoirs sont bien incapables de pousser la réalisation des gains de productivité ,dans l'absolu toujours possible d'année en année, en minorant la captation des richesses par les propriétaires individuels des moyens de production ou par le système financier privé. L'argument actuel est connu : il faut attendre une nouvelle révolution technologique majeure pour que le système économique fonctionne à nouveau "correctement" et la mise au point de nouvelles énergies devrait nous y conduire. Encore une utopie de plus pour calmer les populations ! L'économie en réseau fondée sur la combinaison des propriétés individuelles, communes et collectives l'a permis dans le passé en Europe entre les années 800 et 1300. Certes ce fut la propriété commune qui dirigea cet essor politique, économique et social et l'on sait qu'au bout du compte le roi et le pape ne servirent plus à rien et furent ruinés jusqu'à ce qu'ils commettent le crime de détruire l'organisation en réseau dirigée par l'Ordre du Temple et le mouvement bénédictin. Restaurer les conditions d'un débat et d'un choix entre ces deux manières d'organiser une société reste bien le pilier de notre propre mouvement sur ce site web.

Nous disons que le gouvernement socialiste des années 1998-2001 n'a pas présenté correctement cet effort d'un nouveau partage du travail. Prisonnier du dogmatisme de la gauche communiste et de l'extrême-gauche, il n'a pas osé parler ouvertement de la nécessaire obtention de gains de productivité pour financer cette évolution sociale car l'idéologie communiste est hostile à ces gains de productivité. Ce gouvernement n'a pas su se libérer de ces dogmatismes surannés et complètement faux. Les gains de productivité sont une réalité pour tout système de production quel qu'il soit, organisé en système de pouvoir ou en réseau. C'est une question de moyens et non pas une question de fin : la finalité d'un système de pouvoir n'a rien à voir avec celle d'une organisation en réseau. La question n'est pas de refuser cette recherche des gains de productivité mais elle est de savoir comment ces gains seront répartis et le comble de l'absurdité ici consiste à refuser la recherche de ces gains sous prétexte qu'ils sont historiquement mal répartis. Oui, ils sont mal répartis ! Mais la faute à qui ? Pour faire bref ici car sur ce site nous l'avons répété de nombreuses fois, en reprenant Victor Hugo et le personnage de Gavroche : " c'est la faute à Voltaire, c'est la faute à Rousseau". L'erreur vient de 1789 et de la suppression de la propriété commune au profit de la seule propriété individuelle. Quand un gouvernement socialiste ou de gauche en France va-t-il se décider à corriger ces erreurs grossières de 1789 maintenant que nous avons un recul suffisant sur notre histoire pour nous libérer des entraves du passé ? C'est en comprenant les erreurs d'hier que nous sommes capables de forger les succès de demain. La question des 35h en France est bien davantage la question du manque de  courage politique de nos dirigeants pour remettre sur les rails une organisation sociale fondée sur la propriété commune, qu'une simple question de gestion de nos centres de production marchands ou non  marchands. Le choix de société qui sous tend toute mesure de ce type n'a pas été posé pour des questions de gouvernance politicienne et d'échéances électorales. La gauche comme la droite jouent depuis trop longtemps à ce petit jeu servile pour conserver encore quelque crédibilité sur un changement de société consécutif à la fin de l'ère industrielle que nous vivons dans nos pays occidentaux et que la mondialisation accélère. Et ce ne sont pas les discours libéraux qui font avancer les choses : la propriété commune qui fut la base du temps des cathédrales et des réseaux marchands, des villes marchandes, n'a toujours pas été réactualisée et adaptée à notre village planétaire. Nous sommes à mille lieux des querelles sur la pertinence ou non des dogmes communistes ou libéraux qui entendent faire fonctionner nos systèmes de pouvoirs politiques et économiques.

 

Le résultat en 2003 et 2004 est navrant et inquiétant : de nouveaux gaspillages se sont ajoutés aux anciens et le moral des salariés est au plus bas tout comme la consommation et les investissements. Les salariés sont prêts à rejeter les lois sur les 35h car ils ont compris qu'une fois de plus les employeurs des PME-PMI ou des entreprises de moins de 20 salariés, ont détourné ces lois pour leurs profits de plus en plus mesquins. Auparavant, tout travail supplémentaire se lisait sur la feuille de paie et la réciprocité des efforts était évidente. Maintenant, par l'organisation de la modulation, le non paiement des heures supplémentaires pour leur conversion en repos compensateur, en jour de RTT, les salariés n'ont plus cette réciprocité immédiate. Pire, bon nombre de directions tergiversent avant d'accorder la prise des RTT. Une fois posée la demande, au dernier moment elle est annulée parce qu'un problème est survenu dans l'organisation du travail ou qu'un nouveau client s'est manifesté. Tous ces reports rendent complexes voire impossible une gestion du travail. Les salariés partent en jours ou semaines de RTT mais en fait c'est de l'astreinte, ils doivent revenir de suite en cas de travaux urgents et de nouveaux reports de RTT ont lieu car l'employeur ne veut pas payer et payer des charges en plus ! Les quelques employeurs qui ont commencé ces abus n'ayant pas été sanctionné ou invité à suivre des formation en management et communication, ressources humaines, comme les chauffards de la route y sont obligés pour le code de la route, ces exemples d'abus se généralisent au point que les députés et le gouvernement, pour éteindre l'incendie préfèrent liquider le dossier et annuler les deux lois : chaque employeur étant à nouveau libre d'organiser comme il le veut ses horaires et ses salaires. Il y a de quoi s'indigner lorsque de telles erreurs de gestion sont occultées, font l'objet de telles désinformations de l'opinion publique. Retirer les lois sur les 35 heures c'est admettre publiquement qu'une bonne partie de nos entreprises sont incapables d'obtenir des gains de productivité autrement qu'en utilisant de nouvelles machines. Qu'elles sont incapables d'en obtenir à partir des 3 autres sources de gains de productivité ! Mais alors que ce soit dit ! Que l'état dise qu'il refuse de contraindre les petites entreprises à se regrouper pour trouver de nouvelles économies d'échelle et un niveau technologique plus performant grâce à la mise en commun de leurs capitaux ! Que l'état continue à défendre le droit de propriété individuelle inviolable et sacré des chefs d'entreprise de petites structures n'ayant la taille critique dans l'économie européenne sinon mondiale actuelle! Qu'il aille jusqu'à leur permettre de s'affranchir du droit du travail et à leur permettre d'user du harcèlement moral pour abuser de leurs personnels au moindre coût ! Et nous avons nos arguments suffisants pour passer à une autre société organisé en réseau et qui développe l'enrichissement personnel matériel, intellectuel et spirituel dans le cadre d'une économie quaternaire, non marchande ! Et si nos dirigeants ne veulent pas quitter leurs fauteuils de direction, nous pouvons les mettre dehors ! C'est d'ailleurs une tradition française pour changer de constitution et de régime politique ! Ce n'est pas nouveau !

Ne pas obliger les employeurs à mettre en place des stratégies à moyen terme pour obtenir de nouveaux gains de productivité devient politiquement suicidaire. Ou alors nos dirigeants cachent une autre vérité : celle de la surcapacité de production des pays industrialisés qui implique une baisse de nos niveaux de production et l'obtention des gains de productivité, dans ce contexte, rendu encore possible uniquement à travers des économies d'échelles, c'est à dire la concentration des entreprises et la suppression des emplois devenus inutiles. La mondialisation accélérant ce phénomène en y ajoutant pour les employeurs l'attrait des délocalisations vers des pays où la main d'oeuvre même qualifiée est nettement moins chère. Mais c'est le seul intérêt car la crise asiatique de 1997, tout comme la crise russe des années 1992 démontrent que ces zones d'échanges ne sont toujours pas solvables pour nous acheter nos sur capacités de production et comme nous ne voulons pas leur livrer à bas prix ces biens et ces services... !

 Le sens des réformes est limpide et l'appel au courage politique inévitable mais ce sens est-il compatible avec le mode de gestion et de fonctionnement des dirigeants de nos systèmes de pouvoir ?  La réponse est moins claire car les intérêts électoralistes combinés aux idéologies souvent rétrogrades et conservatrices détournent ces réformes de leurs intérêts publics. La simplicité et le populisme ne peuvent venir soutenir l’absence de changement de structure et de mode de gestion et encore moins un débat sur l’opportunité ou non de recourir à l’alternative de l’organisation en réseau !

Mais que peut faire l’état contre l’orientation donnée à la gestion financière des entreprises par les fonds de pension ? Comment trouver dans l’économie marchande les ressources financières pour financer les besoins des inactifs ? Ne faut-il pas établir enfin une relation directe et complémentaire entre l’économie marchande et un vaste développement de l’économie non marchande ? Et si le système capitaliste qui gouverne l’économie marchande est impropre à se relier à cette économie non marchande, ne faut-il pas l’abandonner avant que les exclus ou les brimés par le système ne se révoltent et détruisent tout sans savoir quoi reconstruire ? Si l’état est incapable de mettre fin au système capitaliste, ne faut-il pas supprimer l’état pour mettre en place une autre organisation du pouvoir fondée sur une économie en réseau sachant relier l’économie marchande et l’économie non marchande, réaliser le mariage des cultures ? Les menaces permanentes de crises financières qui limitent les investissements et font faire des choix aberrants à nos décideurs, ne vont-elles pas s’éliminer lorsque les échanges se développeront dans des monnaies symboliques plus fondées sur la confiance qu’y auront mis les gens que sur les cours des bourses de valeurs sur lesquelles s’agitent les spéculateurs ?  Cette gestion de la réduction du temps de travail et de la réduction du chômage en France sert de preuve que la classe politique de gauche comme de droite est coupée des réalités économiques et sociales, qu'elle ne les gère qu'en fonction de ses idéologies de partis politiques, défendant ses partis pris pour justifier le maintien de son activité politicienne et son commerce électoraliste. L'échec du référendum de 1969 et le refus de voir la société civile cogérer le pays commencent à présenter une facture franchement indigeste, écoeurante !

 

Conclusion 

la reprise de la consommation française fait suite au changement de gouvernement en 1997. Hasard ou indice concordant ? La baisse de la croissance après l'année 2000 est-elle un repli précautionneux après quelques années d'embellie comme s'il fallait se persuader que cela ne pouvait pas durer ? Le krach boursier sur les valeurs de la nouvelle économie fondée sur les NTIC est-il un rappel à l'ordre de l'économie traditionnelle qui sait qu'internet va redistribuer tôt ou tard le pouvoir et le savoir dans nos sociétés et qui donc veut retarder cette mutation, d'où un maintient des incertitudes et une rigidité source d'explosions sociales, de nouvelles peurs ? Ces questions posées en 2003 ont trouvées leurs réponses depuis la crises des subprimes de 2007 :la volonté de maximiser les profits à courts termes poussent les actionnaires et les sociétés financières au service des actionnaires à imposer une nouvelle dictature aux autres agents économiques, non seulement aux salariés mais depuis 2010 aux états sommés de payer leurs dettes alors que les financiers ont poussés ces états à creuser toujours plus leurs déficits pour investir et soutenir la croissance dont les bénéfices ont été aussitôt prélevés par les actionnaires.

Dans une situation économique caractérisée dans les pays développés par une saturation des marchés et des capacités de sur production, l'élément psychologique devient déterminant dans l'économie, dans la satisfaction des besoins. Le système de production a atteint ses limites et ses débouchés dépendent de la volonté ou non de consommer de la part des populations. Pourtant la théorie libérale est claire : lorsqu'il y a trop d'offre, le niveau de la demande doit éliminer l'offre excédentaire jusqu'au retour d'un nouvel équilibre. Alors les problèmes sont-ils liés à des propriétaires de moyens de production qui refusent d'éliminer et de perdre une partie de leur capital technique ? Leur stratégie n'est-elle pas de conserver des équipements à l'arrêt ou sous-employés dans l'attente d'une reprise et payant ces équipements inutilisés à coup de réduction de la masse salariale de manière à pouvoir tout de même financer les amortissements de ces équipements ? L'exemple du Japon corrobore ce constat et chez nous cette stratégie se retrouve également. A défaut, l'échappatoire reste la course aux économies d'échelle et à la concentration toujours plus mondiale des moyens de production. Vendre son entreprise à un grand groupe qui fermera les usines devient même l'aubaine pour des entreprises familiales sans avenir. L'argent étant placé dans de nouvelles activités plus rentables comme des entreprises de logistique ou de transports en camions. La concentration oligopolistique dans l'économie est arrivée à des monopoles de fait contre lesquels les états sont impuissants : les 250 familles qui dirigent la France, les 18 familles qui dirigent Israël, combien aux USA parmi l'oligarchie financière, combien en Chine, en Russie parmi les nouveaux multi milliardaires ?

Même l'analyse des cycles économiques n'apporte plus de réponse satisfaisante. Le rôle de l'État dans l'économie prend ainsi des tournures paradoxales. Néo-keynésiens et partisans de l'orthodoxie budgétaire apprécient différemment les conséquences sur l'activité d'une hausse des dépenses publiques.

Pour les néo-keynésiens, l'augmentation des dépenses entraîne l'augmentation du revenu disponible, donc de la consommation et des investissements, donc de l'activité.

Pour les orthodoxes et quelques politiques en Europe ont montré son bien fondé, l'augmentation des dépenses publiques entraînent tout d'abord une réaction psychologique : les ménages savent bien que tôt ou tard ils devront payer ces dépenses faites à crédit, en laissant courir le déficit public. Les ménages anticipent ainsi une hausse des impôts et préfèrent épargner pour payer ces futurs impôts. Ils réduisent ainsi leur consommation, ce qui entraîne une baisse de l'activité. Au contraire, mener une politique de rigueur rassure les gens qui comprennent qu'ils n'ont pas besoin d'épargner. Ainsi ils se mettent à consommer davantage ce qui augmente l'activité. Le choix du gouvernement Jospin en 1997 de combler d'abord les déficits publics souscrit à cette politique et la hausse de la consommation même faible peut trouver une explication dans ce réflexe psychologique. Le gouvernement Raffarin en 2003 en affichant un niveau de déficit d'ailleurs interdit par l'Union européenne, ne met-il pas involontairement les français devant la réalité d'un avenir difficile qui les pousse à épargner toujours plus en réduisant la croissance d'autant ? C'est d'ailleurs tout le dilemme des USA pour éviter une baisse de l'activité : alors que les entreprises et les ménages ont perdu de l'argent en bourse, qu'ils étaient déjà très endettés, il faut à tout prix que la consommation ne baisse pas. En clair ceci signifie qu'il faut laisser courir leur surendettement et pratiquer une baisse des impôts malgré l'énormité de la dette publique. Ceci ne serait pas choquant si l'on considère qu'en terme de macro économie, ce serait l'équivalent du déficit public dans d'autres pays. Nous reviendrons plus loin sur cette question qui appartient bien à un réel choix de société.

Mais arriver à une certitude quant à la réaction des ménages face à un choix budgétaire reste aléatoire. Si la rigueur s'accompagne d'une méfiance des ménages, la déflation pointe à l'horizon et l'année 2003 avec une croissance finalement de 0,2% vient juste d'échapper à une croissance négative. De plus, l'avenir et ses questions fondamentales du financement des inactifs, de la lutte pour une meilleure qualité de vie dans un environnement présentant moins de pollution et de dégradation, maintient ses préoccupations lancinantes et justifie tout réflexe d'épargne chez les ménages. Aucun tribun charismatique ne peut plus brosser le tableau d'un avenir radieux dans le système actuel. Jamais les jeunes n'ont été autant concerné par la pauvreté : depuis les étudiants pauvres jusqu'aux jeunes ménages que les grand-parents doivent soutenir financièrement lorsque leurs parents n'ont pas encore fini de payer les traites de la maison, des voitures, des études de leurs enfants. Les médias clament le chiffre d'un million enfants pauvres en France en 2004. Sans parler des inondations, des tempêtes passées et futures, des révélations sur la radio activité emmagasinée dans nos corps depuis 1986 et Tchernobyl puis depuis les radiologie au scanner, etc. Toutes ces raisons d'être prudent lors d'une consommation peuvent-elles être supplantées par d'autres raisons ? L'envie de se faire plaisir, le désir de recourir aux nouveautés technologiques ? Mais alors il faut admettre que le système économique n'a plus d'objectifs propres à faire respecter, qu'il ne dépend plus que du bon vouloir des consommateurs, qu'en réalité il n'existe plus en tant que système. Pourtant jamais la pression des actionnaires sur les salariés n'a été aussi forte. Après avoir été victime du choix de tout miser sur le capital technique pour payer moins de charges sociales et profiter de l'amortissement, voici les salariés soumis à la dictature des actionnaires, principalement des fonds de pension anglo-saxons qui exigent des rentabilités toujours voisines de 15% par an. C'est donc bien que le système capitaliste n'a pas disparu. Quelles solutions peut-il encore proposer avant d'abdiquer devant une organisation en réseaux politiques, économiques et sociaux ? Les réponses des citoyens qui votent de plus en plus pour des solutions nationales et d'extrême droite, restent-elles donc incomprises ? La classe politique française fait-elle la sourde oreille ? Si elle n'est pas capable d'apporter des réponses efficientes dans le cadre de la gestion du système de pouvoir actuel, il ne lui reste plus qu'à songer à trouver un autre système ou tout simplement à examiner l'alternative de l'organisation en réseau développée sur ce site. Il suffit au départ de contempler les flèches de nos cathédrales et Dieu sait qu'elles sont nombreuses dans notre pays !

La peur se justifie d'ordinaire par un manque de connaissance et lorsque nous savons, nous agissons pour nous débarrasser entre autre de cette peur. Aujourd'hui nous savons analyser les causes de nos problèmes politiques économiques et sociaux, il reste que pour agir, nous avons besoin d'un projet. Nous savons que l'ère industrielle et son système de pouvoir économique capitaliste puis libéral mis à part la liberté d'entreprendre et d'abuser de la propriété individuelle, n'a jamais eu de projet bien réel. Il y a une croyance que la liberté d'entreprendre allait amener le progrès général mais il n'y a jamais eu un modèle concerté et prouvé pour faire fonctionner ce système de pouvoir économique. Ce système de pouvoir économique n'a pu se développer que parce que le système politique des états a évolué pour lui faciliter la tâche et éviter les explosions sociales : l'état-gendarme après avoir du fusiller les grévistes, a du intervenir dans les politiques de l'emploi, se faire état-providence avant de n'être plus rien de ces deux formes de pouvoir aujourd'hui. Que les dirigeants aient cherché à créer des utopies pour légitimer ce système de pouvoir, certes oui ! Que la nouvelle utopie s'appèle l'entreprise citoyenne et l'entreprise éthique, nos étudiants l'apprennent dans leurs manuels d'économie ! Quelques auteurs français écrivent fort justement que nos dirigeants ne savent plus créer de nouvelles utopies et que cela les perdra ! Certes le choc démographique des années 2006-2010 est bien une réalité et non une utopie mais comment aborder cette mutation de la société après tant d'années de montée des injustices, de gouvernements impuissants et trompeurs ne sauvant leur bonne foi qu'à travers la récitation puérile et choquante des fictions républicaines et des utopies libérales ou socialistes ?

Nous avons, selon nous, besoin d'apprendre à bâtir des projets, à mettre en place des dynamiques de groupes sur les trois niveaux de travail qui procurent les satisfactions de nos raisons de vivre et de mourir. La peur n'est pas en nous, ce sont les dirigeants des systèmes de pouvoir qui l'utilisent lorsque leurs utopies s'évanouissent devant l'évolution des moeurs et des technologies, des cultures produites inéluctablement par les groupes sociaux qui conservent immanquablement le besoin de s'associer librement en réseau familial, associatif, économique, culturel, politique. Les utopies ont disparu, nous n'avons pas à accepter de les voir remplacer par la peur. Sur ce site nous affirmons un rêve capable de partage, un rêve d'humanité nourri de la rencontre des mystères de la vie et de la mort et traduit dans trois contrats sociaux, dans trois niveaux de travail incontournables. Ces trois niveaux existent mais leur accès est réservé à des minorités dirigeantes, des élites. Nous n'inventons rien, nous libérons l'accès à ces niveaux de travail à travers l'alternative de l'organisation en réseau. A ce stade il reste une peur, une crainte : celle que procure la liberté de choisir. Cette crainte n'existe plus lorsqu' après avoir connu son involution, un être humain vit son évolution dans sa condition humaine et cherche à la partager. Éliminer la peur de la mort n'est pas une utopie car ceci correspond à trouver nos raisons de vivre. Produire du sacré est la finalité du premier contrat interpersonnel, c'est la base de la confiance sur laquelle repose des groupes sociaux, des échanges marchands et non marchands, des cultures et des civilisations. La confiance, but de toute communication, est le contraire de la peur. Toutes deux peuvent être aussi bien déraisonnées qu'éclairées. A nous de choisir la lumière ou l'obscurantisme, à nous de décider de sortir vers la lumière, d'écouter ce qui bât dans notre coeur.

lire le compte-rendu de la réunion de Strasbourg, épisode 25 du roman, qui porte sur ces questions

le paternalisme, source de nos mauvaises relations sociales

DES POLITIQUES DE PARIS

le libéralisme liberticide 

la fable 5 : le neo libéralisme

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