MONDIALISATION  : LE SYSTÈME AVANCE TOUT SEUL, COMMENT RÉSISTER ?

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Le jeu des institutions se poursuit et prend des aspects sidérants. Pour preuve, le cas de l'OMC ( Organisation mondiale du commerce ) et la conférence de Seattle, fin novembre 1999 rapporté ci-dessous dans un article du Monde diplomatique. Ni vu ni connu, sans le moindre vote du Parlement français ni le moindre référendum, l'OMC et la Commission de Bruxelles auraient pu demander officiellement à la France, de se conformer aux décisions prises à leur niveau et exiger la privatisation du service public. Le propos ne porte pas tant sur le contenu que sur la forme : le système est gouverné par des experts qui décident d'abord des règles avant de demander aux populations de suivre ces règles. Les décideurs suivent la logique de leur système et sont persuadés, semble-t-il, que leur mission est de le faire évoluer. Tant qu'ils respectent la logique du système, ils n'auraient pas besoin de se démettre de leur pouvoir de décision pour attendre le vote des membres affiliés au système. Ils pourraient avancer tout seul...

Nous pouvons ici constater que les centres de décision de nos institutions ne semblent plus arriver à gérer la complexité de leur situation. Plus ces décideurs ont un niveau élevé  et leurs règles un vaste champ d'application, plus ils s'enferment dans le système qui les occupe. A ce stade, la question devient primordiale de savoir si le libéralisme n'est finalement plus qu'une ouverture pour solutionner les problèmes que le système est incapable d'appréhender. A se retrancher derrière l'idéologie libérale, il devient facile de laisser l'initiative aux agents économiques et aux marchés. Mais cette ouverture n'est-elle pas en fait une couverture, un prétexte, une excuse pour défendre sa place de décideur politique, pour défendre l'institution qui vous fournit votre bureau ? Les décideurs européens qui depuis 1992 voient leur rôle affirmer dans l'Union Européenne, n'ont-ils plus comme choix que de suivre l'exemple des États-Unis d'Amérique, c'est à dire de déléguer l'organisation politique et sociale aux seuls décideurs économiques et à tout idéologue qui s'épanche à profusion sur les vertus du libéralisme ? Plus besoin de s'acharner depuis la Présidence et la Maison-Blanche à vouloir uniformiser l'abolition de la peine de mort dans tous les États de l'Union, à vouloir favoriser partout l'intégration des minorités dans une société plus démocratique et plus pacifiste, à changer un système électoral à la Présidence qui frise le ridicule. Ces tâches qui requièrent de solides compétences dans le mariage des cultures, la conciliation des contraires, la gestion de l'incertain et ne supposent pas la définition  à priori d'un modèle de référence, de corps de règles produits par une minorité au pouvoir, ces tâches deviennent de moins en moins compatible avec l'exercice d'un pouvoir central qu'il soit fédéral, républicain centralisé, monarchiste ou quelle que soit sa forme institutionnelle. Ainsi s'organise la décadence d'une société lorsqu'elle n'arrive plus à faire coïncider l'expression de ses valeurs et la forme de pouvoir devant assurer la satisfaction de ces besoins matériels, psychologiques et spirituels. Nous sommes bien face à une crise de civilisation comme le souligne le journaliste à travers l'article reproduit ici : " OMC, l'attentat contre la démocratie ".

Nous savons aujourd'hui que cette conférence de Seattle a été heureusement un échec provoqué par les mouvements de résistance à la mondialisation. Cet échec marque un point mort dans l'état actuel des négociations multilatérales. La cause provient de l'entrée dans le champ de la négociation multilatérale de domaines traditionnellement réservés aux politiques intérieures : services, investissements, marchés publics, environnement, protection sanitaire, normes sociales. Les négociations entre américains et européens ont buté sur la libéralisation de l'agriculture et des services mais aussi sur les questions de l'IDE ( investissements directs à l'étranger ) et de la politique de concurrence. Les pays de Sud ont refusé que leur soient appliqués prématurément des contraintes qui ne sont imposées que progressivement aux pays industrialisés, refusant par là l'inclusion d'une clause sociale et d'une clause environnementale dans les textes de l'OMC.

En cinquante ans le GATT a favorisé des échanges internationaux intenses au point de provoquer des problèmes de gouvernance mondiale qui vont encore s'accroître à l'avenir : ils sont autant de problèmes éthiques que des problèmes techniques de gestion des règles du commerce international. Le système actuel propose comme solution une coopération renforcée entre OMC, FMI et la Banque mondiale. Bref, pas de quoi rendre inutile les mouvements qui militent pour la globalisation de nos échanges mais qui refusent que cette globalisation ne soit que l'internalisation imposée du système capitaliste.

Cependant rien n'est gagné car ces mouvements présentent le plus souvent de graves lacunes et à terme, ils semblent qu'à cause de celles-ci, ils n'ont pas les moyens de gagner l'opinion publique, la majorité silencieuse, devant alors rester dans les limites de minorités d'opposition sans grandes influences sauf à recourir au terrorisme criminel. Comme nous le montrons dans un extrait d'un autre article, le discours employé est obsolète car trop lié au vocabulaire communiste utilisé lors des guerres d'émancipation des peuples colonisés. Sur le site Fileane.com, il n'est pas question de relayer cette lutte contre la mondialisation en utilisant le vocabulaire de la lutte contre l'impérialisme de l'idéologie libérale. Non pas que cette lutte soit fausse, bien au contraire mais il n'est pas question ici d'opposer à l'idéologie libérale une idéologie plus ou moins actualisée du communisme. Il n'est pas question de rester dans cette erreur historique d'opposer un système à un autre système ou de créer un nouveau système contre un système plus ancien. Ces guerres de systèmes nourries de leurs idéologies criminelles sont responsables des plus grands crimes de l'humanité. Il serait grandement temps que ces réseaux de résistance comprennent qu'ils ont au fond de leurs engagements courageux, toutes les ressources et les forces d'une organisation en réseaux. Encore faut-il que ces réseaux admettent cette logique du réseau et que ces résistants ne tombent pas dans les pièges du système et ne se mettent pas en tête de vouloir conquérir le pouvoir tel qu'il est organisé dans nos sociétés étatiques. La question porte bien sur la possibilité en fonction des circonstances, d'utiliser plus ou moins des systèmes intégrés dans les réseaux afin de maximiser les avantages des uns et des autres pour garantir la minimisation de la violence et des injustices, la dignité de chaque personne au long de son existence humaine.

Ceci me fait penser à un forum-débat organisée par les mouvements ou syndicats ATTAC, SUD, CGT, FSU, AMD, LDH avec l'appui du parti communiste et dans laquelle l'orateur, Jacques Nikonoff, réclamait face au constat de cette fin du capitalisme et de l'ère industrielle, l'urgente nécessité d'imaginer d'autres solutions, un nouvelle économie. Bon nombre des animateurs et participants à ce forum ne cessaient de raisonner par rapport à une organisation étatique, cherchant à légitimer leur bonne volonté à travers la réparation et l'amélioration de notre système institutionnel actuel, défendant avec forces émotions leur jeunesse de militant communiste . Que de querelles stériles dues à une méconnaissance de notre histoire contemporaine politique, économique et sociale et plus encore peut-être de l'histoire des tabous que nos pouvoirs ont mis en place. Plus grave enfin cette volonté inutile de rester fidèle à des engagements de jeunesse dans le communisme, l'athéisme, la laïcité et toute négation de la dimension spirituelle de l'être humain. La république laïque, faut-il rappeler avec quelle manière l'initié Bonaparte l'a renvoyée dans les placards de l'histoire ? Le concordat n'a-t-il pas davantage ramener la fin des querelles entre catholiques et protestants, juifs et autres religions ? Était-ce pour mettre en place une théocratie ou pour empêcher tout retour d'une théocratie que la royauté avait laissé se développer tant que cette théocratie prêchait en faveur d'un pouvoir centralisé étatique et non pas en faveur d'une organisation en réseau ? 

Pour faire cesser ces querelles opposant une fable à une autre et trancher ce nœud de fables, un poète peut prendre le droit de raviver les braises du feu de la connaissance, feu qui nous parvient de l'antiquité de l'humanité et qu'à travers les temples, des hommes ont veillé et protégé contre les ravages de l'obscurantisme et de l'ignorance. Un poète peut rassembler les braises pour y déposer du bois et faire monter les lueurs jusqu'aux regards de ses frères humains. La solution est en nous, dès que nous l'avons trouvée, naît le besoin d'un partage et de ce partage s'organise un réseau, un réseau qui a trois dimensions, trois pas une de plus ! Fileane.com est capable d'accompagner dans leur évolution vers une organisation nouvelle, les membres des réseaux de résistance à la mondialisation et aux systèmes actuels de pouvoir. Ce site n'est qu'un maillon d'un réseau qui se perpétue depuis l'aube de l'humanité. A nous de donner à ce réseau la place qu'il convient pour servir la dignité de l'être humain à travers chaque personne, dignité qu'aucun système de pouvoir n'a le droit d'enlever. A nous de nous y opposer, de résister à cette oppression non pas dans une lutte stérile et violente mais dans la proposition d'une alternative logique, crédible, humaine qui refuse la part d'utopie de tout système car cette alternative repose sur une organisation en réseau qui porte l'espoir et ne contient aucune utopie. 

 

DOCUMENTS ANNEXES                          

annexe 1 :

article du Monde-Diplomatique (8 octobre 1999)

OUVERTURE DU CYCLE DU MILLÉNAIRE À SEATTLE

OMC, l'attentat contre la démocratie

Lors des dernières élections, que l'on sache, les partis de la « gauche plurielle » actuellement au pouvoir en France n'ont fait campagne ni pour la privatisation des services de santé, ni pour le démantèlement de l'éducation nationale et des autres services publics, ni pour le brevetage du vivant, ni pour la résurrection de l'Accord multilatéral sur l'investissement (AMI).

Et pourtant, certaines de ces mesures - qu'aucun gouvernement français, même de droite, n'oserait ouvertement proposer - pourraient bien finalement être prises par le truchement de l'Union européenne et de l'Organisation mondiale du commerce. Cette fameuse OMC dont les agriculteurs du Larzac, en particulier José Bové ( lire son article dans Le Monde diplomatique d'octobre), ont récemment fait connaître le sigle à l'opinion… C'est en effet l'OMC qui avait autorisé les États-Unis à imposer des droits de douane de 100 %, d'un montant total de près de 700 millions de francs, à certains produits - français, italiens, belges et autres - parmi lesquels le roquefort, et ce en guise de représailles contre le refus de l'Union européenne d'importer de la viande aux hormones américaine.

L'OMC est une institution intergouvernementale créée en 1995, et qui a pris la relève de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (Gatt). Comprenant plus de 130 États membres, mais pas encore la Russie et la Chine, elle a pour unique objectif de supprimer toutes les entraves au commerce mondial. Son postulat est que plus il y aura de commerce, et plus il y aura de croissance et de richesse pour tous. En fait, l'histoire économique démontre exactement le contraire : le libre-échange profite essentiellement aux forts, et il ruine les faibles, comme l'atteste la situation de nombreux pays d'Afrique et d'Amérique latine qui avaient cru à cette chimère idéologique, ou se l'étaient fait imposer.

Imperturbables, les États-Unis et la Commission européenne proposent néanmoins de mettre à l'ordre du jour de la prochaine conférence de l'OMC, prévue à Seattle à la fin novembre, la « libéralisation » - comme on dit pudiquement - de secteurs qui, dans des pays comme la France, relèvent encore du service public, c'est-à-dire de la solidarité nationale. Ce qui est ainsi programmé - si les citoyens n'y font pas barrage -, c'est un véritable basculement dans un univers où tout deviendra marchandise, y compris le corps humain. Et cela au seul profit des institutions financières et des multinationales, avides de pénétrer des terrains dont elles étaient jusqu'ici exclues, et sans que l'on ait jamais demandé leur opinion aux électeurs. On est très loin, on le voit, de simples considérations de commerce international.

A Seattle, ce n'est pas le gouvernement français qui négociera, mais la Commission de Bruxelles, que l'on sait acquise au libre-échangisme le plus débridé. La Commission devra toutefois agir sur la base d'un mandat qui lui sera donné le 11 octobre par les quinze États membres de l'Union européenne. Le premier ministre français, M. Lionel Jospin, va donc être très bientôt placé devant une responsabilité historique à l'issue d'une consultation express (mais pas d'un vote) de l'Assemblée nationale, préparée par un rapport de Mme Béatrice Marre, députée socialiste de l'Oise.

Ou bien, au nom d'une solidarité européenne mal comprise, il s'inclinera totalement ou partiellement devant les plus ultra-libéraux de ses partenaires, emmenés par ces dignes héritiers de Mme Margaret Thatcher que sont les amis du premier ministre britannique Anthony Blair, et il trahira les principes mêmes sur lesquels il a été porté au pouvoir. Ou bien il saura dire catégoriquement « non » à ce qui s'apparente à un viol de la volonté populaire, massivement hostile à l'ultra libéralisme et à la mondialisation financière, comme tous les sondages (notamment celui publié par L'Expansion du 7 octobre), et toutes les élections le prouvent. Au point que M. Alain Madelin lui-même est à la recherche d'un terme de substitution au mot « libéral » qui a mené la liste qu'il conduisait avec M. Nicolas Sarkozy au piteux résultat que l'on sait lors des dernières européennes.

Certains objecteront qu'une telle attitude pourrait provoquer une « crise » au sein de l'Union. C'est possible. Elle serait certainement salutaire et, en tout cas, préférable à une crise de civilisation.

BERNARD CASSEN. Bernard.Cassen@Monde-diplomatique.fr

 

 

 

 

annexe 2 : 

extrait d'un article pris parmi tous les écrits rédigés par les mouvements de résistance à la mondialisation et qui utilise ce vocabulaire à base d'idéologie marxiste ou communiste  pour seulement dénoncé un système et opposer impérialistes contre ouvriers et pauvres et opprimés,  sans proposer une alternative sur le fond de la question mis à part l'idéal communiste.

 L'Organisation mondiale du commerce : Une dérive impérialiste, cause de désintégration (2e partie)     Lalkar    31/08/2000    source : Lalkar  

Tiré du bimestriel LALKAR, juillet/août 2000  

Conclusion

 A la lumière de ce qui précède, le système commercial impérialiste se trouve soumis à des tensions considérables suite à l'intensification de toutes les contradictions – entre le travail et le capital, entre l'impérialisme et les pays opprimés, entre les divers blocs impérialistes.

Étant donné la pression croissante sur ses propres pratiques commerciales protectionnistes à un moment où celles-ci constituent une bouée de sauvetage pour les intérêts impérialistes majeurs, l'impérialisme est donc en proie à la tentation considérable d'abandonner l'Organisation mondiale du commerce et de chercher en hâte une couverture protectionniste – ‘chacun pour soi’, dirait-on. Le GATT est un système au sein duquel, dans n'importe quel pays impérialiste, il y a des gagnants et des perdants parmi la bourgeoisie. Et la crise économique mondiale fait en sorte que le nombre des perdants ne cesse de croître. Par les temps qui courent, une entreprise bourgeoise qui est en train de perdre son marché va souhaiter éliminer la concurrence afin d’assurer sa propre survie. Si la concurrence vient de l'étranger, les secteurs influents de la bourgeoisie exerceront des pressions sur leur gouvernement national pour qu'il dresse des barrières commerciales, qu'il sauve l'emploi, etc. Les milliardaires américains du textile, par exemple, implorent le gouvernement américain pour qu'il continue de protéger le secteur textile américain étant donné – prétendent-ils avec démagogie – que ceux qui perdront leur emploi, lorsque les mesures protectionnistes cesseront, seront à majorité écrasante des Noirs et des femmes !

Seul le temps nous apprendra si les diverses puissances impérialistes considèrent que le prix à payer est inférieur aux gains amassés en maintenant en place l'OMC. Seul le temps nous apprendra si les pays opprimés vont abandonner la résistance qu'ils ont opposée à Seattle contre le fait d'avoir été entraînés dans un accord commercial injuste et discriminatoire. Et seul le temps nous apprendra si la classe ouvrière des pays impérialistes acceptera docilement un arrangement commercial qui aura un effet dévastateur sur leurs existences et sur leur niveau de vie.

Quoi qu’il en soit, en ce moment, il s'avère que les contradictions accumulées ont créé d'insurmontables embûches le long de la voie menant à un accord commercial fructueux. Tout porte à croire qu'on n'aboutira pas à la conclusion d'un tel accord. Et s'il s'avère que c'est le cas, on assistera à une guerre commerciale ouverte entre les divers pays impérialistes. Partout dans le monde, elle plongera des centaines de millions d'êtres humains dans une misère indicible. Une telle guerre commerciale, ainsi que l'intensification des contradictions entre impérialistes qui en résultera, offrira à la classe ouvrière des pays impérialistes et aux masses opprimées d'Asie et l'Amérique latine des occasions inespérées de se débarrasser pour de bon de ce système répugnant et sanguinaire qu'est l'impérialisme.

 

l'évolution de l'état

partie 2 : le fonctionnement des systèmes

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