La déprime collective
Le triomphe du Sam Suffit est peut-être le symptôme d'une déprime collective.
Comment vivre content dans une société qui ne parvient pas à fabriquer d'éthique ni d'espoir collectifs ?
André Breton :
" Il m'importait trop de vous entendre un jour répondre en toute innocence à ces questions insidieuses que les enfants posent aux grandes personnes : " avec quoi on pense, on souffre ? D'où vient la nuit ? " Aujourd'hui, il m'importe à moi de poser la question : " avec qui on partage ? Avec quoi ? "
Le partage n'a qu'un seul lieu reconnu dans nos systèmes de pouvoirs : le bénévolat, il doit se limiter à deux personnes, à deux groupes bien distincts. Il n'a pas pour vocation de développer un nouvel espace collectif. Il sert à aider les exclus du système et ne doit pas permettre à ces exclus de monter des réseaux de résistance face au système de pouvoir.
Nous devons donc instaurer, ré instaurer un lieu de production d'éthique ou d'espoir collectifs.
Pour le moment, cette déprime collective ne repose pas tant sur une lancinante nostalgie du temps perdu de la propriété communautaire que sur le constat quotidien des abus des propriétés individuelles et collectives. Ils restreignent davantage l'espace de notre lieu intime de vie pour nous contraindre à observer des réglementations, à nous soumettre à des contraintes aussi futiles que pernicieuses mais nous obligeant à une survie personnelle qui jette à des années lumières de nos préoccupations, cette question pourtant vitale : avec qui on partage, avec quoi ?
Les décès suite à des problèmes cardiaques sont la première cause de mortalité chez nous : essayez d'avoir un rendez-vous chez un cardiologue sous 4 semaines ! N'y a-t-il pas un dysfonctionnement dont on connaît la cause ? La dernière en date remonte à un gouvernement dirigé par A. J. qui pour réduire les dépenses de santé, en toute connaissance de pure gestion, s'est ingénié à réduire les prescripteurs de ces dépenses, à limiter le nombre d'étudiants en médecine et le nombre de poste aux concours, voulant compenser ces baisse des effectifs nationaux de médecins par un recours à des médecins de pays en voie de développement, aux salaires nettement moindres. Pour le moment le concours des facultés de médecine reste le plus scandaleux, injuste, dur et responsable de la pénurie de médecins. Parmi tous les diplômes de l'enseignement supérieur français, c'est le premier diplôme à réformer d'urgence ! La solution mise en place par nos concitoyens est connue : attendre un phénomène grave et se précipiter aux urgences des hôpitaux, en clair déplacer le problème et accroître ainsi l'importance et la gravité de ce problème. Résoudre le problème des dépenses de santé lié à l'accroissement de l'espérance de vie et de la démographie, avec ces méthodes sommaires, relèvent de personnes incapables dont il faut protéger la société en leur enlevant ces responsabilités publiques, accessoirement il y a lieu de les inscrire à des formations sur la résolution de problème et sur la démarche qualité totale ( sans néotaylorisme... nous sommes devenus prudent sur ce sujet !)
La chasse au chauffard sur les routes bat son plein surtout pour les excès de vitesse. Les routes que j'emprunte à vélo, se remplissent d'années en années de maisons et de lotissements puis viennent les panneaux de limitation de vitesse, les passages piétons, des carrefours aménagés avec ilôt central, feux rouge, etc. L'endroit passe de 90 km/h à 50 km/h et l'agglomération s'étend le long de la route et guère ailleurs en largeur. Quand interdira-t-on de construire le long de nos routes nationales et départementales qui sont réservées à la circulation fluide, rapide entre nos agglomérations ? N'y a-t-il pas là un abus de propriété individuelle et collective ? Une multiplication inutile des risques sur nos routes à grande circulation ? La parcelle de terrain est certainement vendue plus chère comme elle borde la route alors qu'elle devrait être en fait vendue moins chère ou interdite de vente en l'état vu les nuisances que subiront les riverains et les dangers crées pour les automobilistes (et randonneurs en vélo) : chiens, chats, enfants, ballons, voitures en stationnement dangereux, etc. ). Les maires ont un pouvoir d'expropriation pour aménager collectivement les espaces de vie sur leur commune : ceci reste le plus souvent également une marque de l'incapacité de la propriété collective à éliminer les abus de la propriété individuelle privée.
Nous ne reviendrons pas ici sur la réforme des retraites qui, on ne sait pour quelle raison d'égalité entre public et privée, prend le chemin d'un accroissement important des dépenses publiques alors que l'état est condamné depuis de nombreuses années à réduire ses déficits et dépenses publics. Il suffit pourtant de multiplier le salaire moyen actuel perçu en fin de carrière par 30 mois et de le rajouter à la masse salariale. Si sur une année cette somme peut paraître raisonnable, sur 40 ans et à raison de 5 à 8 millions de salariés payés 30 mois de plus, cette décision engage l'économie du pays dans un sens contraire à celui recherché, surtout qu'il n'y aura toujours pas une véritable caisse de retraite pour les fonctionnaires. Si l'état est en faillite ou renversé par une révolution (ce qui arrive cycliquement en France), les retraités et futurs retraités de la fonction publique n'auront pas un sou puisque qu'aucun sou n'a été mis de côté par une caisse de retraite ! Tous auront compris que la solution la plus raisonnable consiste à maintenir coûte que coûte ce système de pouvoir... et ses dirigeants aussi piètres gestionnaires et si incapables de se remettre profondément en cause. Ils ne savent, après avoir augmenté les cotisations à un niveau inacceptable, qu'augmenter maintenant les années de cotisations, tout en maintenant un calcul par annuités parfaitement injuste, sans instaurer un calcul par points, parfaitement proportionnel aux années de travail et plus juste ( mais aussi plus coûteux !). Ce dossier de la réforme des retraites illustre bien le durcissement que nos dirigeants doivent imposer aux citoyens pour défendre leur système de pouvoir mais c'est aussi prendre les citoyens ( du moins celles et ceux qui ne sombrent pas encore dans l'illettrisme ambiant) pour de parfaits imbéciles, corvéables à merci comme au pire temps de la féodalité bien avant le temps des cathédrales qui lui avait recouru à l'alternative de l'organisation en réseau pour faire décoller la vie sociale et économique, culturelle après les siècles troublés par les invasions des peuples du nord ou de l'est ! Cette décision politique sur la retraite va-t-elle s'ajouter à la liste pourtant déjà longue des aberrations politiciennes : la limitation du nombre des médecins français pour réduire les dépenses de santé, vouloir vendre une entreprise publique française au cœur de notre politique de défense à une multinationale sud coréenne (depuis en faillite) parce que, vu ses dettes, elle ne vaut même pas un franc ! Allonger la durée du travail salarié alors que la motivation notamment des cadres n'a jamais été aussi faible et que cette mesure est aussi anti keynésienne et anti libérale que le reste de leur politique économique se veut keynésienne ou libérale. Vouloir élever le niveau d'instruction scolaire sur la seule base du travail intellectuel et du rationalisme scientifique qui ne sera jamais la première motivation d'apprentissage pour un être humain, et gaspiller ainsi des centaines de milliards en pure perte (vu la progression du taux d'illettrisme) sans compter le gaspillage de l'énergie humaine du corps enseignant et des parents ! Défendre le centralisme des institutions et ne le faire évoluer qu'en le répartissant depuis Paris dans les nouvelles "capitales" de province sans organiser véritablement une structure ascendante du pouvoir remettant en cause principalement le Sénat et les pouvoirs de l'Assemblée Nationale, ceux du gouvernement toujours bénéficiaire des règles de la Constitution de 1958. Nous n'allons pas créer un lien avec le site web de la Cour des Comptes pour compléter cette ébauche de liste.
Brièvement encore, relatons les affaires Elf et le livre sur le journal Le Monde. Pierre se souvient de ce repas de midi entre collègues de travail à Sophia-Antipolis, chez une filiale de Thomson-CSF. Nous venions d'apprendre la signature du contrat avec Taïwan pour des frégates françaises bourrées d'électronique de défense. Notre directeur, membre du conseil scientifique de la société, s'était ravi de voir qu'enfin la France se donnait les mêmes moyens que les autres pays vendeurs (exportateurs) d'armes et que pour doubler nos concurrents américains pourtant fortement implantés dans ce pays, enfin nous avions mis le paquet !... surtout que notre électronique de défense en ce qui concerne les radars et le cryptage des communications était (semble-t-il) supérieure à l'époque à l'offre américaine. Dans cette affaire, l'argent venait d'Elf (et pas du Crédit Lyonnais) : ce midi; en déjeunant, nous le savions officieusement, du moins nos suspicions étaient fondées. Passons encore plus rapidement sur le livre menant enquête sur Le Monde. Tout ceci pour illustrer nos propos sur la mentalité de nos dirigeants, emmurés dans la défense des fictions et des utopies de nos systèmes de pouvoir et obligés de mettre en place des organisations occultes de réseaux d'influence ou de gestion de fait pour maintenir leurs systèmes de pouvoir en vie. C'est la fable dont parle entre autres Pierre Legendre : ils font ce qu'ils ne disent pas et ne devraient jamais faire au regard des principes fondateurs de leurs systèmes de pouvoir. Grâce à ces fables, les citoyens sont mystifiés et obéissent aux règles des systèmes qui leur sont imposées jusqu'à ce que ces institutions ou ces entreprises s'écroulent d'elles-mêmes du fait de leurs abus de pouvoir, de leur corruption ou de leur mise en liquidation pour couvrir d'énormes scandales de détournements de fonds ou de faux en écriture qui ont permis l'enrichissement éhonté et criminel d'une partie de leurs dirigeants. Le fait aujourd'hui de rendre public ces agissements ajoute aussi à cette grande déprime ambiante : comment réagir face à cette mentalité de nos dirigeants, comment changer quand ces systèmes de pouvoirs sont devenus si étroitement imbriqués les uns dans les autres que changer ou supprimer une pierre de l'édifice menace de tout faire s'écrouler ! Nos organisations civiles et publiques se sont développées au point de se vitrifier : la chaleur dégagée à travers leur fonctionnement et les abus de pouvoir a vitrifié la pierre au point de tout rendre cassable facilement et en un instant ! Les citoyens l'ont compris, celles et ceux qui prônent des réformes immédiates et en profondeur notamment de l'état français, aussi ! Mais comment faire bouger de tels édifices vitrifiés ? Bah ! Les compagnons bâtisseurs de cathédrales ont toujours eu la réponse depuis leurs ancêtres bâtisseurs des temples puis des pyramides en Égypte, au Pérou, Bolivie, dans les Andes ou bien ailleurs. Aucun système de pouvoir ne peut s'atteler à de telles constructions et jamais des cohortes d'esclaves n'arriveront à produire de tels chefs d'œuvre ! Ce sont des hommes, des femmes, des enfants libres qui se sont décidés pour s'organiser en communautés, pour marier leurs cultures, qui mettent en pratique un savoir global servant la plus haute dignité de l'être humain, qui arrivent à achever de telles constructions servant sur terre de relais entre l'humanité et celui qui est le créateur de toute vie afin que tous puissent franchir les limites charnelles de la mort pour ressusciter à la vie d'après la vie terrestre et humaine. Plus élémentaire et essentiel que ceci, il n'y a pas surtout si ce travail est partagé dans la réalisation d'une mission qui transcende une génération. La pierre reste fidèle à ses origines et nous y lisons encore le message de nos ancêtres.
En contemplant ces vestiges du passé, peut naître notre espoir, une solution à notre déprime ambiante ainsi qu'une réponse à la dernière réalité géopolitique de ce printemps 2003 en Irak : les armes ne feront jamais naître une société plus démocratique, juste et humaine. Prendre les armes au parti politique d'un dictateur est une chose d'ailleurs possible et indispensable dans une organisation en réseau des peuples, ce n'est nullement l'apanage des systèmes de pouvoir. Faire évoluer la culture d'un peuple pour établir des valeurs davantage humanistes, respectant mieux la dignité des hommes, des femmes, des enfants, de la vie sur terre et répondant mieux à leurs raisons de vivre et de mourir reste la priorité absolue et incontournable. Comment des dirigeants politiques embrigadés par des évangélistes en contradiction avec la culture des premières communautés chrétiennes et n'ayant retenu de la Bible que les histoires de brigands ou les crimes commis au nom de Yahvé, peuvent-ils faire évoluer la culture d'un autre peuple aussi éloigné que le peuple irakien ou la culture musulmane l'est de la culture américaine et de son système économique ultra libérale ? La première décision après la capture des armes criminelles est d'empêcher ce pouvoir d'entreprendre sur les fondements de sa propre culture, l'imposition plus ou moins officielle de l'évolution de la culture du pays étranger au regard des valeurs de la culture du pays dominateur. Ceci aujourd'hui ne peut qu'amener une guerre civile et un choc des cultures auquel notre monde n'est absolument pas préparé pour le résoudre d'une manière positive et pacifique. Dans l'épisode 17 du roman diffusé en ligne, nous écrivons dans la bouche d'Arnim, que les États-Unis n'ont jamais remis en cause leur victoire de 1945 sur les nationalismes et les fascismes puis sur le communisme. Cette erreur fondamentale maintenue par les minorités politiciennes américaines conservatrices fait peser un risque de conflit mondial qu'il nous faut éliminer au plus vite tant ces dirigeants s'aventurent aujourd'hui aux limites de leur pouvoir pour commettre des abus qui sont de véritables provocations face aux autres nations. La dictature du bien est encore plus détestable que la dictature du mal ! Si la campagne militaire en Irak a évité les pièges dans lesquels était tombée par exemple l'armée allemande en Russie en 1941, il ne semble pas que des progrès significatifs aient été accomplis dans la manière d'assurer une transition paisible entre une dictature et une nouvelle période plus démocratique. Les journées de pillage à Bagdad et dans les villes irakiennes ressemblent fortement à notre 14 juillet 1789 lorsque la rue permet aux brigands et à des foules ignorantes de tout briser et de tout voler, dilapidant ainsi un patrimoine collectif même si une caste au service de la dictature ou d'une monarchie absolue s'en était emparé jusque là. La dictature ou l'abus de pouvoir ne persiste qu'à travers l'instauration de la peur et la réduction du savoir aux seules exigences des despotes : laisser le peuple dans l'ignorance reste un gage de sécurité pour les tyrans. Lorsqu'un mouvement chasse ces régimes despotiques, la menace vient des foules ignorantes qui pour se venger pillent, saccagent et créent le désordre nécessitant un nouveau pouvoir centralisé et fort afin de remettre de l'ordre et de la tranquillité publique dans la vie quotidienne. Entre le 14 juillet et le 4 ou 15 août 1789, les pillages ont détruits des archives irremplaçables remontant au temps des cathédrales . Une grande peur s'était emparée du pays générant ou rendant possibles les pires excès. Ces troubles ont faussés la révolution qui va s'essouffler de terreurs en terreurs jusqu'à la solution d'un nouveau pouvoir centralisé et fort dans le premier empire. Nous devons être capables en 2003 de prévoir ces troubles et de gérer cette transition sans tomber dans ces pièges ni dans celui de la dictature passagère de la minorité révolutionnaire. Comment va réagir le gouvernement américain devant la montée d'une nouvelle organisation irakienne reposant toujours sur les tribus, les communautés religieuses ou culturelles ? En commettant à nouveau l'erreur grossière de Wilson lors du Traité de Versailles : en imposant à l'Allemagne une République centralisée en contradiction avec la culture régionale du pays et son fédéralisme ? Va-t-il imposer un modèle de régime démocratique fédéral ou centralisé, un système politique ou laisser une organisation en réseau se remettre en place comme le Moyen-Orient en a été le berceau depuis les rives de l'Euphrate jusqu'à celles du Nil puis à celles du Jourdain ? Nous avons sur ce site, une perspective constructive : réaliser de suite l'alliance des contraires dont le partage scelle une nouvelle communauté, une nouvelle culture qui remplace les anciennes cultures des protagonistes au conflit. Les deux camps font des pas ensemble, pas forcément l'un vers l'autre pour trouver un juste milieu qui ne veut rien dire, mais il font un bout du chemin ensemble dans une nouvelle direction et main dans la main, yeux dans les yeux ! Les êtres humains ont le droit à l'erreur et à l'oubli, ont le droit de changer d'idées, parfois comme ils changent de veste. Peu importe, pourvu qu'ils se mettent à travailler dans le sens d'une sortie du conflit afin de préserver et leur vie et leurs intérêts individuels et collectifs. Le chevalier qui a perdu se met au service du vainqueur et celui qui devient seigneur de guerre ne remplit plus les conditions de la chevalerie... nous en sommes loin lorsque le soldat se fait protecteur d'abord de puits de pétrole en songeant à la pompe à essence de sa ville dans les plaines américaines avant de protéger le patrimoine et la sécurité du peuple qu'il vient d'envahir. Soldat d'une nouvelle guerre économique, il démontre ainsi que la guerre culturelle n'a pour lui aucun sens et que le mariage des cultures fait bien partie des utopies du système de pouvoir qui lui ordonne de combattre. Pourtant depuis 1789, nous aurions pu réparer les erreurs commises et intégrer ces manières de faire évoluer nos institutions sans que des foules déchaînées et/ou ignorantes viennent tout faire compromettre.
La France révolutionnaire de 1790 est à l'origine d'une méprise historique tragique dans la gestion du droit de propriété et nous payons tous dans l'économie libérale tout comme dans l'ancienne économie communiste, le prix de cette erreur qui a supprimé la propriété communautaire pour que les états et les systèmes politiques se développent d'autant plus facilement. C'est en France que nous travaillons pour réparer ces erreurs, comme sur ce site web ! C'est aux États-Unis, comme à la fin du 18ème siècle, que ce travail va se poursuivre en priorité et nos correspondants de la NSA peuvent déjà en prendre bonnes notes. Tout comme les idées des Philadelphes nées du travail commun des Charbonniers du Haut-Doubs avec les protestants de Genève (et Voltaire installé entre ces deux régions !), ont servi de base à la Constitution des États-Unis d'Amérique qui pouvait rester incomplète sur certains points tant le pays était jeune, Constitution américaine dont l'expérience devait servir à une Constitution française bien plus complète et mature, c'est la remise en place d'une nouvelle organisation de la république française, restaurant l'alternative de l'organisation en réseau, qui permettra de remettre les institutions américaines dans le profil de ses pères fondateurs aussi bien français, suisses, protestants, catholiques réformateurs, qu'américains ou anglais épousant la cause américaine. Revenir à la source pour y prendre des forces afin de poursuivre l'évolution n'a rien à voir avec le conservatisme au pouvoir dans ce pays. Le nouveau monde n'est pas fini, encore moins mort, il reste à construire toujours davantage. L'échelle de ce travail est maintenant connu : c'est le village planétaire dont les quartiers s'appèlent aussi bien Bagdad que Washington, Paris, Londres, Berlin, Rome, Jérusalem, Médine, Lhassa, Bénarès, Moscou, Pékin, Tokyo et tous les lieux de vie qu'ont choisi de bâtir les êtres humains sur Terre et bientôt, parce qu'il le faudra pour l'humanité, sur d'autres planètes en relation avec d'autres êtres vivants... avec lesquels nous sommes déjà lorsqu' ayant franchi le puits de lumière... etc....etc. ( nous en parlerons plus tard sur ce site et cela n'aura rien à voir avec du prêchi-prêcha d'évangélistes américains mais bien davantage avec la poésie romantique française et la poésie rimbaldienne qui se poursuit bon an mal an avec des poètes de langue française ou d'autres langues)
D'autres exemples sont possibles et sont légions ! La grande déprime provient aussi du fait que l'on se sent impuissant devant ces situations d'abus de propriété qui restreignent nos libertés publiques. Ce n'est pas le fait de vivre en société qui est en cause, c'est le toupet que certains décideurs prennent pour organiser une société d'après leurs intérêts et leurs volontés en outrepassant le respect des droits et libertés d'autrui, en utilisant les propriétés individuelles et collectives à leur guise, en se moquant de l'intérêt public, fiction républicaine mais qui pourrait représenter encore le fantôme de la propriété communautaire comme au temps des cathédrales, comme dans les civilisations antiques dont les chefs d'œuvre sont encore hors de notre portée.
La méthode de l'assertivité démontre que la sortie d'une trop grande passivité ayant engendré un état de déprime, se fait d'ordinaire à travers un pic de violence, en ayant recours involontairement à une attitude d'agressivité. Le peuple français est coutumier du fait et n'a jamais réussi la moindre révolution de velours pour changer ses institutions publiques. En posant la charte de l'assertivité, ses droits et ses devoirs, nous posons aussi notre liberté première : celle de pouvoir choisir entre rester de ce côté-ci de la frontière ou bien celle de franchir la frontière que nos prédécesseurs ont établie pour satisfaire leurs besoins individuels, principalement de sécurité et d'appartenance. L'assertivité reconnaît le droit pour chacun d'avoir son cadre de vie et de pouvoir le faire respecter des autres. Mais ce cadre évolue au cours d'une vie humaine alors que la fable de nos institutions veut nous assigner à résidence pour occuper une place dans le fonctionnement du système qui entend diriger nos raisons de vivre et de mourir.
Sortir de la déprime ambiante autrement que par un paroxysme de violence collective signifie pouvoir faire évoluer nos cadres individuels de vie, franchir les frontières qui se posent devant nous et l'écriture est une des manières les plus communes pour franchir les frontières de notre existence humaine et accéder à des sources de spiritualité. Dès lors que nous ne respectons plus les places assignées par les dirigeants des systèmes actuels de pouvoir, nous créons des espaces communautaires de vie politique, économique et sociale. Il est évident que ces espaces communautaires sont interdits par les dirigeants de nos systèmes de pouvoir car c'est bien l'un ou l'autre même si des sous-systèmes peuvent fonctionner dans le cadre d'une organisation en réseau mais la hiérarchie entre les niveaux d'organisation est claire : le réseau prime sur le système quand la liberté de l'être humain est une réalité partagée et non plus une fiction ou l'utopie d'un système.
Un poète a toujours un peu de mal à considérer la déprime des autres. Il manque rarement de nouveaux horizons, découvre trois à quatre fois par semaine de nouvelles frontières qu'il aimerait bien un jour franchir allègrement. Non, le poète a peu de moments de déprime. Par contre, et c'est une maladie chez lui parfois incurable, il se maudit plusieurs fois par jour tant il ne trouve pas les mots magiques qui lui permettrait de dire commodément ce qu'il voit, ce qu'il espère pour lui et ses frères. Il maudit son art toujours imparfait : il brûle ses poèmes, il envoi des lettres enflammées à son éditeur pour qu'il arrête l'impression de ses ouvrages ou au contraire, il reçoit des lettres pleines de menaces juridiques de sa part car il refuse toujours de signer le bon à tirer de la prochaine publication tant il y a encore des modifications à apporter au texte ! ( sauf lorsque l'éditeur est un poète qui connaît bien ces "choses" là et ne fait pas traîner un contrat d'édition pour le signer dans la demi-heure... mais ceci n'augure pas forcément du succès commercial de la maison d'édition au point que quand la pieuvre Hachette s'attaque à elle (1978), l'éditeur-poète doive demander à ses poètes-auteurs de devenir dare-dare poètes-actionnaires pour sauver la maison, après avoir abandonné vite fait tous les droits d'édition à l'éditeur !... avec internet il en va différemment dorénavant.) Il maudit ses semblables qui décidément ne comprennent rien à rien, passent des heures et s'usent la santé derrière des machines dans la poussière du charbon, la vapeur et la graisse alors qu'il sait déjà que le machinisme permet au capitalisme de créer un nouveau système de pouvoir capable dans ses abus de menacer la vie sur terre et de conduire l'humanité aux pires folies destructrices. Il maudit et crache aux pieds des bourgeois, des flics et des prêtres, devant tous ces serviteurs zélés des systèmes de pouvoir qui assignent les gens à résidence pour exploiter leur travail et leur intelligence. Non les poètes ont peu de déprime ! Même quand à force de les voir se maudire, le public ou la critique les range dans la catégorie des poètes maudits ! Ne pas être satisfait d'une traduction des mystères reste admissible et pardonnable tant que le traducteur ne s'évertue pas à fignoler son travail pour consciemment ou non le proposer comme une gnose dont les propos s'imposent par eux-mêmes au détriment de toute occasion de partage.
Car comment être déprimé lorsque nous mettons au point une production de biens ou de services matériels ou immatériels capable d'être partagée ? Si nous ne travaillons plus que pour améliorer notre bulletin de paie pour ensuite consommer ce que nous voulons, alors nous consommons et c'est tout ! Ne faire que consommer représente bien une des causes de notre déprime. Certes c'est notre système de pouvoir politique et économique qui nous l'impose : si nous baissons notre niveau de consommation, nous créons du chômage, voir de l'inflation car pour rentabiliser des investissements produisant moins, nos entrepreneurs doivent augmenter les prix de vente de leurs produits pour compenser la perte du chiffre d'affaire et obtenir tout de même le profit nécessaire à la bonne marche de leurs affaires. Si en plus nous refusons d'acheter ces produits dont le prix a été ainsi augmenté, nous devenons quasiment des fous furieux capables de jeter à bas le système économique mais il y a la théorie de l'innovation qui sauve toujours tout : nous sommes toujours très demandeurs de produits nouveaux, il suffit d'en produire et le tour est joué... sauf que la déprime actuelle contredit cette théorie de l'innovation : la consommation baisse si les gens sont déprimés même s'il y a de nombreux produits nouveaux à vendre. Est-ce que nous ne pouvons pas produire, répartir les productions et consommer sans acheter et vendre comme dans nos systèmes de pouvoirs économiques ? Bien sûr que si !
Enfin une des causes de déprime revient à tourner longuement autour du pot, sans oser aller droit au but ! Attardons nous ici un bref instant : qui peut donner aujourd'hui l'itinéraire pour aller droit au but ? sans heurts et sans violence ? Sur ce site nous prétendons donner un cap, décrire un nouvel horizon, c'est le travail coutumier des poètes ! Nous ne souhaitons pas simplement indiquer un chemin... nous savons bien que "le" chemin n'existe pas en tant que tel ! A travers la page web sur Shambhala la resplendissante et les chemins qui y mènent, nous savons que ce chemin mène au coeur de la vie qui vit en nous... Nous voulons rédiger la déclaration des droits à la vie sur terre et la constitution des réseaux de vie des citoyens : c'est un cadre, un espace de vie pour partager nos raisons de vivre et de mourir. Ce ne sera pas un chemin mais un cadre aux anciennes frontières franchies, aplanies vers d'autres frontières que nous laisserons aux générations futures pour qu'ils les franchissent à leur tour... sans déprimer en cours de route car ils pourront changer de chemin tout en maintenant le cap car nous, leurs aînés, auront su nous libérer des places assignées par nos systèmes de pouvoir et nous aurons déjà parcouru quelques chemins, partagés nos expériences de vie autres que métro-boulot-dodo-bouchons-vacances-bouchons-retour au métro, etc. ou alors : lit-table-télé-table-télé-lit ( le bistrot et le marché ont été supprimés car tout arrive au pied du lit ou sur la table, c'est la télé qui le dit et qui le propose !). Oser être nous-même, n'est-ce pas être capable de franchir des frontières, des espaces-temps pour grandir notre condition humaine au corps charnel mortel, à la dimension de nos rencontres avec les mystères de la vie ? Raconter, parler de ce qu'il y a au delà de la frontière, n'est-ce pas le partage d'une expérience de vie, aussi artistique la traduction de ces lieux ou de ces temps soit-elle ? Qu'est-ce qu'il y a de déprimant là-dedans ? Foi de poète !
N.D.L.R. : sur le forum du Monde, il y a longtemps maintenant, devant ce genre de propos, une internaute bien réveillée s'était exclamée que la voie de la libération était dangereuse... il est vrai qu'elle semblait bien cultivée par ses études académiques (aussi réussies que les nôtres) mais qu'elle avait effectivement peur d'imaginer abandonner des je-ne-sais-quoi de son confort ou de son statut social conférés par ses supérieurs hiérarchiques ou les dirigeants de nos systèmes de pouvoir. Il est clair que nos systèmes de pouvoir savent exclure les opposants, harceler moralement les dissidents et regarder de travers celles et ceux qui pensent autrement. Pour le moment, en France, on en meurt pas et comme le disait l'éditeur de Pierre au Cherche-midi : un poète qui a 25 à 50 ans d'avance sur les autres ne doit surtout pas chercher les honneurs de son vivant. D'une part, il ne les aura pas et de plus il fait fausse route s'il écrit pour obtenir des honneurs. Non, il doit continuer à écrire, sachant que certainement il connaîtra la gloire à titre posthume... mais c'est la meilleure, celle qui fait franchir à son oeuvre les siècles des siècles... et au passage, il n'y a pas de quoi déprimer ! Nous n'avions eu guère le temps et la place sur ce forum d'expliquer que nous voulons créer des richesses, surtout immatérielles car ce sont elles qui font le plus défaut aujourd'hui, que nous voulons les partager avec davantage d'équité et de justice sociale. Bref que cet enrichissement personnel et collectif n'a rien à voir un quelconque renoncement ou à une prise de risque immodérée et irréfléchie qui plus est dangereuse. Certes des minorités au pouvoir laissent rarement et spontanément leurs places, abandonnent leurs intérêts matériels pour que d'autres organisent autrement la société. Ce n'est pas parce que les systèmes de pouvoir, instruments de conquête par excellence, utilisent le monopole des armes pour se défendre, que rien ne peut changer sinon par de la non violence, utopie d'un autre système de pouvoir qu'il faudrait construire pour remplacer les autres. Ce sujet de la transition paisible entre système de pouvoir et organisation en réseau fait l'objet d'un atelier sur ce site mais il sera ouvert plus tard, une fois que les 3 premiers ateliers seront bien avancés. Si nous arrivons à proposer dans le détail les conditions de mise en place des 3 contrats sociaux, alors la transition sera plus simple à décrire.