La
propriété commune immobilière et les projets d’espace de vie
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La
propriété individuelle est le grand acquis de la révolution de 1789. La Déclaration
des droits de l’homme précise que c’est un droit inviolable et sacré. Elle
porte bien évidemment en priorité sur les biens immobiliers. Cette évolution
a morcelé par le jeu des héritages les grands domaines propriétés de
l’ancienne noblesse mais aussi les vestiges de la propriété commune gérée
par les ordres monastiques et chevaliers qui ont été vendus en tant que biens
nationaux à des propriétaires privés. Dans la France rurale républicaine
chaque famille, chaque enfant se devait d’avoir une maison et quelques champs
ou pâturages. Cette évolution est loin d’être achevée et l’accès à la
propriété immobilière reste difficile pour les revenus les plus modestes.
Mais être un petit propriétaire héritier de ces lopins de terre disséminés
dans le finage d’une commune au gré des mariages , des échanges de terrain
et surtout du partage du patrimoine lors du décès des parents, n’est pas
forcément une aubaine ni pour le petit propriétaire ni pour la collectivité :
le cas suivant peut illustrer les injustices et le blocage des initiatives
citoyennes depuis des générations. Nous verrons ensuite les utilisations de
cette propriété commune immobilière qui ont été faites dans le passé pour
terminer sur les solutions actuelles qu’elle apportera une fois remise en
pratique.
Un
exemple de situation actuelle :
Dans
un coin longtemps perdu de montagne, un tout petit propriétaire terrien avait hérité
de ses grands parents un champ proche du village. Ce champ est très long mais
très étroit, c’est une planche comme les gens appèlent ces terrains. Les
uns à côté des autres, il servaient pour la culture des pommes de terre ou de
légumes et ils étaient rangés derrière les maisons, entourant le village
comme une couronne de champs longilignes. La disposition de ces « planches »
correspondaient à l’utilisation de la charrue tirée par des bœufs ou un
cheval. La longueur du champ était pratique car cela limitait le retournement
de la charrue. Les habitants s’y rendaient tous les jours après leur journée
de travail et c’était leur grand jardin. L’emplacement limitait les
distances à marcher et la proximité des maisons devait écarter les animaux
sauvages : lapins de garenne, chevreuils voire biches et cerfs et surtout
sangliers. Une deuxième couronne de terrains présentait les vergers : les
terrains sont plus larges de manière à ce que les arbres fruitiers puissent
grandir et les fruits ne pas tomber sur le champ du voisin. Au delà et jusqu’à
la forêt s’étendent les prés et pâturages bien plus grands pour accueillir
bêtes et troupeaux nombreux.
Une fois ces cultures abandonnées, tous ces champs sont
devenus des friches. Lorsque des ménages voulurent construire au village, les
terrains les plus adaptés ont été les prés devant la forêt. Les premières
constructions se sont faites sur de belles pentes ensoleillées et à la vue
plaisante. Le raccordement au réseau d’eau et d’électricité du village a
d’abord été payé par la mairie puisque ce sont des enfants de conseillers
municipaux qui s’installèrent ainsi sur des terrains venant de leurs
familles. Une fois cette viabilisation installée, d’autres constructions
prirent place. Après la construction sur les près, ce fut le tour des vergers :
leur largeur permet la construction d’une maison plus petite mais il vaut
mieux construire deux maisons l’une derrière l’autre, ce qui pose des problèmes
de proximité et de cohabitation avec les voisins. Enfin, une fois tous ces
terrains construits, restent les planches, les anciens champs qui sont
maintenant des friches quasiment au milieu du nouveau village. L’aménagement
du finage par les générations précédentes a correspondu à une logique évidente.
Les nouvelles constructions correspondent à aucune logique d’aménagement du
territoire : c’est un mitage de l’espace rural guidé par la
disponibilité des terrains et leur caractère pratique pour y bâtir un
immeuble. L’ensemble correspond aujourd’hui à des maisons placées
n’importe comment, souvent les unes sur les autres avec des voies d’accès
très étroites qui ne peuvent laisser passer des voitures de pompiers voire même
des ambulances car l’espace pour manœuvrer manque : il y a juste la
place pour une petite voiture de circuler jusqu’à son garage ou son parking
privé. Lorsque l’été, chacun veut s’installer en dehors de la maison, les
troubles de voisinage sont récurrents et le bruit devient permanent à moins de
ne plus se gêner et de faire comme si les voisins n’existaient pas, le tout
dans une culture à la valeur individualiste devenue forcenée : l’un téléphone
sur sa terrasse, l’autre réunit ses amis autour d’un barbecue, les enfants
se chamaillent autour de la balançoire ou de la piscine gonflable, les chiens
se querellent derrière les clôtures, l’autre pousse à fond la musique ou la
télévision, un autre répare le moteur de sa voiture... D’où des ventes et
reventes fréquentes de ces maisons dans l’espoir de trouver mieux ailleurs
avec l’argent de la vente de cette propriété pas si bien que prévue.
Ce développement du village est aujourd’hui plus un échec
qu’une réussite, surtout que les maisons les plus mal placées trouvent peu
d’amateur sinon des familles modestes qui n’ont pas un budget pour acheter
mieux : un phénomène de perte de valeur se met en place car ces propriétaires
peuvent à peine rembourser l’emprunt immobilier et n’ont pas d’argent
pour entretenir leur maison. Au bout de 10 ans, ces maisons prennent piteuse
allure alors que d’autres sont très bien entretenues mais peuvent subir une
certaine décote du fait d’un voisinage peu engageant. Ce qui ne fait
qu’augmenter à moyen termes les problèmes de voisinage dans ces ensembles
immobiliers hétéroclites. Finalement, les ménages les plus riches déménagent
pour des quartiers plus résidentiels et tranquilles et l’ancien village se
retrouvent avec des quartiers aux comportements similaires à ceux des banlieues
les plus agitées : le problème des banlieues s’est déplacé à la
campagne et les anciens habitants du village commencent à voter en masse pour
les partis extrémistes de droite afin de réclamer plus de sécurité, voire le
départs des « étrangers » qui ne s’intègrent pas dans
l’ancien village. L’horreur atteint son comble lorsque sous le porche de
l’église, des groupes se forment le soir et que durant la nuit des trafics de
drogue se déroulent avec de nombreuses voitures qui vont et viennent, le tout
dans un bruit qui représente une véritable provocation pour les habitants qui
veulent dormir. Ce phénomène s’est largement répandu depuis vingt ans dans
des zones d’habitation distante de 30 à 60 kms d’une ville, les nouveaux
venus continuant de travailler en ville alors que leurs enfants sont souvent au
chômage et traînent au village, situation incompréhensible pour les
villageois habitués à occuper leurs enfants dans les champs, les vergers sinon
à faire du bois dans la forêt pour se chauffer l’hiver.
Pris individuellement, une planche n’a aucune valeur
marchande car aucune maison ne peut se construire dessus. La seule solution pour
construire est d’acheter plusieurs champs mais alors derrière la maison, il
va y avoir un terrain très long et étroit qui ne servira pas à grand chose,
il faut vendre ce terrain pour qu’un autre ménage construise également une
maison mais il y a le problème du chemin d’accès et de la viabilisation de
cette partie du terrain. Bref, nous sommes revenus au cas des vergers. Cela
reste très compliqué et pas pratique du tout. La meilleure solution est
d’acheter tous les terrains entre deux routes, soit plus d’un hectare à la
douzaine de propriétaires et de construire dessus tout un ensemble immobilier
ou plusieurs résidences mais seul un promoteur peut s’engager dans un tel
projet.
Encore faut-il que ce promoteur
arrive à contacter tous les propriétaires et à les décider à vendre. Les
terrains ayant été hérités ou transmis pour une valeur insignifiante et les
propriétaires ne sachant comment se débarrasser de ces terrains, le promoteur
peut être tenté de proposer un prix faible, largement inférieur au prix des
terrains constructibles dans la région. Si chaque propriétaire reste isolé et
veut se séparer à ce prix là d’un terrain inutile dans son patrimoine, les
premiers vendeurs condamnent en réalité les autres à brader également leurs
terrains surtout si le promoteur possède déjà les terrains voisins, ce qui
alors rend le votre invendable à quelqu’un d’autre. La deuxième possibilité
consiste pour les propriétaires à s’associer pour vendre en bloc leur
terrain. Ils peuvent au moins espérer obtenir le prix moyen des terrains à bâtir
qui existe dans leur région. Ils auront alors à régler la question de l’impôt
sur les plus values. Au bout de quinze ans, le propriétaire est dispensé de
payer cette imposition. Durant les 5 premières années suivant l’entrée en
possession du bien, le propriétaire qui le vend en réalisant une plus value
doit payer un impôt qui s’élève à 26% de la plus value calculée en soustrayant du prix de vente la valeur
d’acquisition du bien. Au bout de dix ans, le taux d’imposition est encore
de 13%. Avant la réforme de 2004, il fallait attendre 22 ans pour ne plus avoir
à payer cet impôt.
La plupart des propriétaires de
terrains bien disposés vendent sans trop de plus-value mais ils ont payé des
droits de succession sur ces terrains lors des héritages en ayant estimé à la
valeur vénale leurs terrains. Le petit propriétaire qui hérite « d’une
planche» qui ne vaut plus rien du moment qu’on ne la cultive plus et qui vend
en groupe au prix moyen du terrain pratiqué dans la région va réaliser une
forte plus value sur des superficies largement inférieures à 10 ares et le
montant de l’impôt va être disproportionné pour ce modeste prix de vente.
Lors du partage, ces terrains ont été estimé pour leur valeur individuelle réelle :
c’est à dire pour la valeur la plus faible et symbolique. Pour un terrain de
6 à 7 ares, l’impôt sur la plus value au bout de 10 ans de possession et au
taux de 13% pour un salarié au SMIC peut représenter 4 à 6 mois de salaire
net alors que la vente de ce terrain représente une occasion unique pour améliorer
la situation de ce ménage. La situation se complique encore si parmi les propriétaires,
certains ont plus de quinze années de possession alors que d’autres viennent
juste d’hériter du terrain lors du décès d’un parent. Les premiers en
vendant obligent de fait les autres à payer cette imposition alors qu’ils
auraient pu aussi attendre jusqu’à ne plus être soumis à cette imposition.
Mais attendre que tous les propriétaires aient 15 ans d’ancienneté est
illusoire : les décès venant tout chambouler inévitablement. Des inégalités
de situation peuvent alors faire échouer la vente en groupe des terrains,
laissant chacun une fois de plus face à la perspective de devoir brader son
terrain mais sans trop payer d’impôt.
La situation se complique encore
d’un cran lorsque le promoteur et son notaire font signer des compromis de
vente sans regarder cette question de l’impôt sur les plus-values et
qu’ensuite le notaire applique purement et simplement les règles fiscales
pour les vendeurs qui n’ont pas les quinze années de titre de propriété.
L’un des vendeurs peut s’indigner d’avoir seul à payer cet impôt et
refuser de signer l’acte de vente si les autres ne viennent pas participer
aussi au payement de son imposition. Il n’y a aucune raison pour qu’il
« se sacrifie » sur l’autel fiscale pour permettre la vente des
autres propriétaires. La solution est connue des notaires et ils ont mis pour
la plupart un usage en vigueur : dès le compromis de vente, le notaire
envoie la feuille de calcul de l’impôt sur la plus value de manière à ce
que vendeur et promoteur ou acquéreur règle cette question. En principe le
promoteur prend en charge tout ou partie de cet impôt et répercute ce coût
dans ses frais d’acquisition des terrains qu’il rentabilisera le moment venu
lors de la vente de l’immeuble qu’il aura construit. Mais si le promoteur ne tient pas sa promesse et ne prend plus en charge
une partie de cet impôt, le vendeur peut engager la responsabilité
contractuelle du promoteur pour inexécution du contrat. Il peut aussi demander
l’annulation du contrat pour vice du consentement : les manœuvres du
promoteur sont constitutives d’un dol, d’une erreur provoquée. Si
l’annulation du contrat de vente est prononcée quelques années plus tard, le
promoteur en théorie doit démolir la partie de l’immeuble construite sur ce
terrain. Il est évident que les portes sont ouvertes pour de conflits très
durs et durables dans le temps. Si tous tiennent parole et assument leurs
responsabilités pour en finir avec ce genre de situations compliquées,
finalement, ces terrains en friche dans le village qui s’est étendu,
deviendront eux aussi un ensemble de maisons intégrés dans le paysage et peut-être
encore mieux intégré que des maisons individuelles construites n’importe
comment en fonction des limites des terrains disponibles.
Il est évident que si les propriétaires se désintéressent
de ces terrains et ne veulent pas faire l’effort de vendre ensemble, que si le
promoteur refuse de prendre en charge ces impôts sur la plus-value, ces
terrains en friche peuvent rester abandonnés pour des années et des années. A
moins qu’un maire décide d’une expropriation ou de la réalisation d’un
lotissement en aidant ces petits propriétaires à rendre constructibles leurs
terrains, le maire faisant alors le travail d’un promoteur immobilier. En tout
état de cause, la mairie a intérêt à suivre cette opération immobilière de
près : le nouvel ensemble résidentiel construit par le promoteur va avoir
un impact significatif sur la commune : entre 30 et 50 ménages vont venir
d’un seul coup s’installer et si tous ont des enfants, il va s’agir
d’assurer au niveau de l’école primaire ainsi qu’au niveau de
l’alimentation en eau potable. Si le promoteur pour réduire son
investissement opte pour des logements sociaux aidés et construit plus de 80 à
100 appartements pour des ménages qui bénéficient de l’aide sociale et que
la préfecture utilise cette opération immobilière pour transférer des ménages
venant de quartiers urbains sensibles, les conséquences sur la vie de la
commune prendront immédiatement une toute autre tournure. Un exemple de ce
dernier cas se trouve dans la technopole de Sophia-Antipolis et l’ensemble
immobilier de Garbejaïre : prévu pour les ingénieurs et techniciens
travaillant sur Sophia-Antipolis, les maires en limitant leurs investissements
et faisant subventionner les constructions avec les aides sociales ont favorisé
l’aménagement de familles des quartiers réputés difficiles de l’Ariane ou
de las Planas à
Nice. Les chômeurs de ce quartier qui pouvaient se rendre à l’ANPE de leur
quartier à Nice se sont retrouvés au cœur d’une technopole sans moyen
collectif de transport pour rechercher du travail alors que les ingénieurs et
techniciens se sont retrouvés dans des appartements dont les voisins élevaient
des poules et des lapins dans leur salle de bain et faisaient du bruit toutes
les nuits. Il a fallu construire de nouveaux ensembles immobiliers pour
permettre la séparation de ces deux populations dont l’une n’avait pas sa
place sur le site de la technopôle mais s’était retrouvée là à la suite
de manœuvres politiciennes des plus déplacées ( nous ne ferons qu'évoquer le
déménagement du groupe de harkis habitant à l'entrée du parc par les
Bouillides dont le campement miséreux pouvait chaque matin et soir interroger
tous ces salariés qualifiés sur le devenir d'une société, à moins que ce
campement ne fut devenu une provocation insupportable pour la population
d'origine algérienne déplacée depuis Nice sur le parc.)
A travers ce cas réel de notre petit village de montagne,
se trouve concentrée toute la complexité actuelle de la gestion de la propriété
foncière réduite à de petites parcelles dont l’usage s’est perdu dans
l’évolution de notre société. Les grandes propriétés ne sont pas loties
à cette enseigne : ce sont des valeurs refuges que l’on achète et
revend même rapidement si la plus value est confortable, le montant de l’impôt
étant répercuté dans ce prix de vente élevé. Pour des petits propriétaires
qui le sont devenus par héritage, il n’en va pas de même : la vente
d’un terrain servant à payer la maison principale ou à effectuer des travaux
dans celle-ci. Pour ne pas perdre une partie de ce capital en payant un impôt,
la règle absolue consiste à ne vendre qu’après un délai de 15 ans et si
possible avec les propriétaires des terrains voisins. Dès qu’un propriétaire
joue sa carte personnelle en vendant par exemple son terrain au bord du chemin
sans s’associer avec ceux qui possèdent les terrains derrière le sien et qui
n’ont pas d’accès au chemin hormis un droit de passage, il oblige de fait
ces propriétaires à vendre à vil prix leurs terrains à cet acquéreur à
moins de refuser de vendre uniquement pour l’embêter. Ces situations montrent
bien quel effort de solidarité est nécessaire pour faire abstraction des règles
fiscales et des héritages successifs. A défaut, des contentieux peuvent
diviser des familles entre elles pour plusieurs générations car il suffit
d’une mauvaise volonté pour empêcher un aménagement convenable du
territoire d’une commune, surtout les biens restent en indivision pour échapper
à l’imposition. Les maires n’ont pas les pouvoirs pour forcer un citoyen à
vendre et il n’y a aucune loi qui leur permet de prendre en compte ces projets
immobiliers d’initiatives privées : ils assistent impuissants à ces
querelles de voisinage et ils ne peuvent qu’attribuer des permis de construire
aux plus chanceux qui ont réussi à acheter un terrain à peu près
constructible et peu importe sa localisation dans le finage.
Nous constatons donc que cette mesure fiscale n’est plus
en phase avec nos modes de vie. Hier, le patrimoine immobilier se transmettait
de génération en génération et un cycle de 20 ou 25 ans était dans
l’ordre des choses. Vendre plus tôt consistait bel et bien à réaliser une
opération de vente sinon au bout de 25 ans, lorsque les parents décédaient,
les enfants n’avaient pas à payer d’impôt. Les parents après l’âge de
50 ans pouvaient transmettre des biens immobiliers à leurs enfants de 25 ans
sans avoir à payer cet impôt sur la plus value et ainsi de suite.
Aujourd’hui l’allongement de la durée de vie fait que les parents décèdent
vers 80 ans et plus alors que leurs enfants ont 60 ans. Si ces derniers veulent
vendre les biens immobiliers reçus en héritage sans payer d’impôt, ils
devront attendre 75 ans ou alors l’héritage sera transmis directement aux
petits-enfants qui de 35 ans à 50 ans pourront davantage attendre avant de
vendre… et de pouvoir investir dans leur résidence principale. L’idéal est
un couple dont l’homme est bien plus âgé que la femme ( entre 10 et 15 ans) :
lors du décès de l’homme, l’héritage a lieu et si la femme décède 15
ans plus tard, à ce moment là la vente des biens ne sera plus soumis à
l’impôt car les héritiers auront plus de 15 ans de possession que le bien
soit resté ou non en indivision. Autant transmettre le bien aux petits-enfants
en sautant ainsi une génération qui accepte de ne pas profiter du patrimoine légué
par ses parents.
Cette mesure fiscale est particulièrement injuste envers
les petits propriétaires qui se regroupent pour vendre ensemble leurs terrains :
cette association qui leur permet de vendre au prix moyen des terrains de la région
les expose à une plus-value très importante et excessive par rapport à la
superficie très petite de leurs terrains. Appliquer strictement les règles
fiscales dans ce cas provoque le refus de vendre avant la fin de la période
d’imposition, sinon vendeur et acheteur s’engagent dans un contrat compliqué
qui les oblige à un très haut niveau de confiance réciproque pour éliminer
le plus possible les conséquences négatives de l’application stricte de la
loi. Vu le contexte historique des successions familiales, il faudra en plus
surmonter les querelles créées par les parents et qui peuvent remonter à plus
d’un siècle. La tâche est parfois insurmontable et les terrains restent en
friche alors qu’il sont une réelle opportunité pour aménager convenablement
le village.
L’autre aspect qui nous intéresse davantage porte sur
les conséquences de cette complexité juridique dans l’aménagement du
territoire. Nous avons ici une des causes du mitage de l’espace foncier et
l’explication du fait que chacun construise là où il peut trouver un terrain
à acheter, le plus souvent sans aucune logique dans l’aménagement du
territoire. Lorsque les maires ne veulent pas refuser des permis de construire
pour des ménages qui s’installent dans des zones à l’écart du centre de
la commune, les constructions envahissent le finage. Les routes ne sont pas aménagées
comme les voies publiques car c’est trop coûteux pour les particuliers et les
véhicules de pompiers ne peuvent pas par exemple circuler comme partout
ailleurs. Les raccordements des eaux usées se limitent à des puits perdus ou
s’écoulent dans le fossé au bord de la route en empestant le quartier
principalement dès qu’il fait chaud, etc. … jusqu’au moment où il y a
suffisamment de maisons pour que la commune fasse les travaux d’équipements nécessaires.
Les parcelles de terrains ne sont pas réaménagées pour permettre des
constructions au bon endroit et si chacun construit en limite de terrain pour
conserver une place de parking ou de jardin ou tout simplement pour accéder à
l’arrière de sa maison, d’autres problèmes de voisinage se créent,
jusqu’à ce qu’un ménage en a marre et vende sa maison qui n’est pas payée
ou pire, divorce pour vendre n’importe comment sa propriété. Tout ceci
s’explique bien entendu par le droit de propriété individuel : chacun
est libre d’en user selon son gré du moment qu’il paie ses impôts et
qu’il ne peut guère échapper à l’impôt s’il a besoin d’argent
rapidement.
Pour simplifier l’accès à des parcelles constructibles,
la solution consiste à construire le long des routes, de préférence la route
principale et alors le village se transforme rapidement en village rue sur 3 à
4 voire 8 kms comme dans certaines régions. Lorsqu’un maire décide de mettre
un panneau limitant la vitesse à 50 km/h voire à 30 km/h même en ligne
droite, la gendarmerie se frotte les mains et le tiroir caisse fonctionne à
merveille pour ponctionner d’amendes les automobilistes et leur enlever des
points sur leur permis de conduire. De même l’aménagement anarchique du
territoire prend des formes diverses : un restaurant qui a acquis une
renommée régionale ne peut pas acquérir un bout du champ du paysan voisin
pour le transformer en parking pour ses clients si ce propriétaire refuse de
vendre et s’ingénie à déposer un tas de fumier sur la limite du terrain qui
jouxte le restaurant. Les voitures des clients se garent n’importe où sur les
trottoirs et présentent des risques d’accident. Le restaurateur, excédé
finira par quitter la commune pour trouver un fonds de commerce mieux situé
ailleurs et le restaurant finira en maison d’habitation. Bref les abus de la
propriété individuelle ou les troubles qu’elle cause sont légion et nuisent
à l’intérêt commun d’un village, d’un quartier, d’une ville.
La solution de la propriété commune dans le domaine
immobilier :
Dans notre exemple, l’association des petits propriétaires
en vendant en bloc plus d’un hectare de terrain va permettre à un promoteur
de réaliser un ensemble de résidences qui va se remarquer dans le village et
cela va transformer des friches en un quartier qui va avoir une influence dans
l’image du village. Ce projet va affecter la communauté du village et
l’impact ne sera pas le même si le promoteur construit des résidences de
standing ou des immeubles bas de gamme pour loger voire entasser une centaine de
ménages aux revenus modestes ou assistés socialement. Nous sommes bien en présence
d’un projet qui réunit des partenaires différents et des intérêts différents
mais complémentaires. Cette méthode peut éviter de construire n’importe où
et n’importe quoi dans le cadre d’une politique concertée du développement
d’une commune.
Pour que ces projets soient possibles, il faut
aujourd’hui commencer par supprimer l’imposition des plus-values au moins
dans le cadre de ces projets : le gain pour la collectivité n’est plus
une rentrée d’argent dans les caisses de l’état mais l’utilisation
optimale de l’espace foncier pour loger convenablement et sans dépenses
publiques inutiles bien plus de personnes que dans la situation actuelle. Cette
élimination de l’impôt est compensée par la réalisation d’un projet
commun optimisant au niveau local l’utilisation des ressources foncières dans
la perspective d’un développement à long terme, sur plusieurs générations.
Le confort et le pouvoir d’achat, la protection de l’environnement sont
ainsi optimisés. Certes un propriétaire individuel, vendeur ou promoteur,
n’a plus toute liberté pour s’enrichir selon son désir. Quoique ! Au
delà du seul prix de vente et alors que l’imposition sur la plus-value serait
supprimée, le vendeur du terrain en obtenant un prix inférieur par rapport à
la situation actuelle, peut trouver un complément de prix dans la propriété
commune qui est créée : il peut avoir droit à un bail à un tarif préférentiel
durant une certaine période pour un membre de sa famille, il peut avoir une
certaine part du prix de vente des logements, du montant des loyers. Il peut
transformer son prix de vente en parts sociales dans la société immobilière,
en droits d’utilisation pour d’autres biens gérés par la propriété
commune dont il fait partie au plan local. Les possibilités sont nombreuses
pour intéresser un propriétaire individuel à faire partie d’un projet de création
d’une propriété commune. Nous sommes ici au cœur de la notion de propriété
commune : la démarche de projet qui utilise les outils de résolution de
problèmes et le mécanisme de la subsidiarité pour optimiser une solution
profitable au groupe. C’est dans l’élaboration du projet que les membres du
groupe de projet vont définir la mise en commun de leurs ressources, de leurs
apports et la transformation ou non de leur droit de propriétés individuels en
droits d’utiliser les fruits de la propriété commune ou de céder leurs
droits d’associés dans la réalisation commune pour quitter cette communauté
d’intérêts.
Dès aujourd’hui l’administration fiscale doit reconnaître
l’utilité de ces ventes en groupe de terrains. Lorsque cette associations de
petits propriétaires leur permet de ne pas brader leurs terrains pour leur
permettre d’obtenir le prix moyen de vente d’un terrain sur le plan local,
il ne doit pas y avoir de plus-values : l’assiette fiscale est alors révisée
pour aboutir à un résultat nul entre prix d’acquisition et prix de vente. Si
le prix de vente est largement supérieur au prix moyen de vente sur le plan
local, l’imposition sur la plus value peut se calculer par rapport au prix
moyen constaté par les services de l’administration publique et tous les
vendeurs participeront au paiement de cet impôt. La révision,
l’actualisation d’une assiette d’imposition est une pratique admise dans
de nombreux cas, l’exonération fiscale est prévue dans d’autres cas. Adopter
ces approches dans le cas présent ne requiert pas un changement immédiat de la
loi. Mais sur le plan juridique, nous savons que la notion de propriété
commune reste toujours interdite en principe dans notre droit et dans notre cas,
il s’agit bien de considérer une propriété commune de fait car seul la réunion
des terrains dans un espace de plus d’un hectare va donner une valeur
marchande plus élevée à ces petits lopins de terre. Cette évolution de la
position de l’administration fiscale représente un petit pas, reste à donner
toute sa place ensuite au projet commun de transformer ces terrains en
habitations de vie. Il y a là une véritable révolution intellectuelle dans la
manière de compter les avantages et inconvénients de l’aménagement d’un
territoire : ce calcul va bien plus loin que le calcul actuel de
l’administration fiscale qui compare la valeur d’acquisition et la valeur de
vente. La valeur d’un terrain varie selon que les propriétaires s’associent
ou non, nous venons de le voir. Cette valeur varie davantage selon le projet
immobilier qui est élaboré. Il est évident aujourd’hui que les propriétaires
des terrains n’ont plus de droit à faire valoir dans le projet d’un
promoteur mais il peut en être différemment dans un projet élaboré dans une
organisation en réseau en vue de construire une propriété commune immobilière.
Dans ce cas, il n’est pas nécessaire que le promoteur soit riche pour payer
le prix de l’ensemble des terrains. Il suffit que des experts en construction
immobilière viennent rejoindre l’association initiale des petits propriétaires
des terrains et qu’une banque prête l’argent nécessaire à l’achat des
matériaux de construction. L’accès à des projets immobiliers est bien plus
grand pour l’ensemble des citoyens dans une organisation en réseau que dans
le système économique libéral actuel mais c’est justement ce que veulent éviter
les dirigeants de nos systèmes de pouvoirs.
Les exemples de propriétés communes dans notre histoire
Le développement des villes en Europe :
La dernière utilisation de la propriété commune
notamment sur le plan immobilier en Europe s’est développée à partir du
territoire de la France actuelle. Il s’agit de la naissance des villes autour
des abbayes à partir des années 800 jusque vers les années 1300, les villes
se développant ensuite sans recourir à cette technique juridique et utilisant
de plus en plus la propriété individuelle dans le cadre d’une économie
marchande ou la propriété collective lorsque la royauté prit la décision de
créer ou de développer tel port, telle place forte, telle région minière ou
facturière pour la sécurité ou l’enrichissement de son royaume.
Après les invasions qui mirent fin à l’empire romain et
la conquête du pays par les peuples francs, la répartition des terres en duchés,
comtés aboutit au système féodal et à un système de pouvoir hiérarchique
tout puissant. Le contre pouvoir fut assuré par l’église chrétienne et
particulièrement par le mouvement monastique bénédictin créé en l’an 500
au Mont Cassin et développé en France dans l’est du pays : Baume les
Messieurs, Mont Saint Odile puis à
Cluny, Cîteaux, Clairvaux. Ces communautés chrétiennes ont poursuivi l’œuvre
politique, économique et sociale des temples d’Egypte qui furent en relation
avec les grands centres de développement de l’humanité, depuis le bassin de
la Méditerranée jusqu’aux vallées de l’Himalaya, à la Chine et par delà
l’océan Atlantique, jusqu’aux hauts plateaux des Andes.
Autour de l’abbaye, la ville se développe en accueillant
les paysans qui veulent échapper au servage et à des seigneurs autocratiques
et despotes. Les moines qui possèdent l’instruction et les savoir-faire leur
transmettent ces techniques et ces connaissances, d’abord pour construire des
immeubles et des remparts. Au bout d’un an, l’ancien paysan soumis au
servage devenait libre et citoyen de la ville : le seigneur n’avait plus
aucun droit sur lui. Le projet commun de développer une ville reposait sur le
droit à la liberté par rapport aux conditions de vie du système politique féodal.
« La ville rend libre ». Nous savons que la gestion des villes ne
put échapper au pouvoirs politiques autant de l’église que des monarchies :
les villes épiscopales durent combattre pour repousser les vues des monarques
jusqu’à ce que des pouvoirs absolus s’ingénient à étendre leur autorité
sur des populations plus vastes en éliminant ces propriétés communes locales
pour les intégrer dans la propriété collective du royaume ou de l’empire.
Les villes libres se sont réunies autour de confédérations
pour se protéger les unes les autres principalement comme les armées royales.
La confédération des dix villes libres d’Alsace, la Décapole, est un
exemple de cette organisation en réseau ( et les touristes du monde entier se
pressent toujours dans ces villes pour voir les vestiges de cette époque
florissante ). L’ordre monastique développé à partir de
Cluny tenta d’éliminer
les petits seigneurs de guerre en les envoyant en croisade et devant l’échec
des croisades, Bernard de Clairvaux
fonda l’ordre chevalier du Temple., Ces
moines soldats défendirent le développement des abbayes et des villes libres,
ils allèrent notamment au Mexique faire du commerce pour ramener l’argent qui
servit à financer l’économie marchande et non marchande de leur organisation
en réseau, principalement la construction des cathédrales. En 500 ans :
de l’an 900 à 1400, ces ordres monastiques, chevaliers, compagnons bâtisseurs,
commerçants, navigateurs participèrent à la construction d’immeubles dont
le volume en pierres est 50 fois supérieur au volume de pierres construit en
5000 ans par la civilisation égyptienne, pyramides comprises. Le projet commun
était simple : bâtir au niveau local des lieux de vie assurant la paix,
le partage des richesses et l’élimination des risques sociaux : famine,
guerres, ignorance. Et cette organisation fut prospère : elle marque la
naissance de l’Europe actuelle dans une organisation en réseau qui
n’utilisa pas les vieilles recettes politiques et militaires de l’empire
romain : la domination des peuples par la force militaire des légions.
Il est évident que l’utilisation du droit fut des plus réduit :
les terres ayant été conquises militairement par les francs : le
transfert de propriété se fit par simple donation entre un représentant du
pouvoir politique et le responsable d’une communauté monastique. Ces
personnes instruites étaient les seules à pouvoir développer une région dans
un ordre social et économique structuré capable de recueillir l’adhésion
des peuples. Au sein des villes, l’utilisation de la démocratie directe,
comme au temps des cités égyptiennes ou grecques, permit la gestion de leur développement.
La dispense des impôts à versés à l’église de Rome et aux différents
rois assura un partage des richesses au plan local pour faciliter les
investissements. Les moines qui possédaient le savoir et les technologies
transmirent ces techniques aux nouveaux membres de la ville et les quartiers se
développèrent en fonction de la répartition des métiers : le quartier
des tanneurs, celui des pêcheurs, des orfèvres, etc. Dans ces quartiers, il
n’y avait pas d’incessantes guerres commerciales à coups de soldes, rabais,
ristournes sur des produits importés de pays où la main d’œuvre est moins
chère. Ces artisans, commerçants vivaient dans les mêmes quartiers pour mieux
utiliser les ressources, pour s’entraider dans l’amélioration de leurs
productions, pour participer à la réalisation des œuvres décidées par leur
ville.
Les seuls perdants dans cette organisation en réseau
furent les pouvoirs centraux : la papauté de Rome et surtout le roi de
France qui fut ruiné et n’avait plus les moyens d’assouvir ses visées
expansionnistes sur l’ensemble du pays : son seul avenir devenait un
petit royaume semblable à ceux qui existaient de l’autre côté du Rhin et
vivotaient dans le Saint Empire Romain Germanique dont le dirigeant était élu
par ses pairs. Nous savons que Philippe le Bel ne se résigna pas à ce destin
et décida de plonger le pays dans des crises politiques et des guerres sans fin
pour établir un absolutisme royal et rejeter un système politique confédéral.
Les villes ont alors perdu leur liberté originelle pour devenir des rouages de
l’administration royale centralisée, ce qu’elles sont toujours tant que les
préfectures et sous-préfectures n’auront pas été supprimées dans le cadre
de l’administration décentralisée régionale de la République. Et nous
avons montré sur notre site web, que les efforts de Jeanne d’Arc
et de son
parti, pour renverser cette tendance politique restèrent vains.
La gestion des récoltes aux îles Trobriands et chez les
peuples « oubliés »
Les insuffisances du développement de l’ère
industrielle, la misère ouvrière justifiée au nom du libre exercice de la
propriété individuelle ont provoqué de nombreuses réactions. Devant
l’absence d’un autre modèle de développement par rapport au capitalisme,
les interventions les plus fécondes ont été celles des explorateurs ou
ethnologues qui s’évertuèrent à démontrer que d’autres peuples oubliés
ou dits injustement « primitifs » savaient s’organiser bien mieux
que nous pour éliminer la misère et les injustices. Un exemple a été fourni
par Malinowski à travers son étude sur les indigènes des îles Trobriands en
Mélanésie.
La propriété foncière se transmet dans la famille et les
biens immobiliers sont gérés en commun : il n’y a pas de propriété
individuelle immobilière. Un membre d’une famille peut être propriétaire
individuel de ses outils qu’il aura lui-même façonné ou qu’il aura reçu
en cadeau mais il ne peut exiger que les terres de sa famille soit partagées.
Par contre, une famille peut décider d’agrandir ses terres en défrichant la
forêt, ce qui représente un travail considérable dont l’honneur reviendra
aux personnes qui l’auront réalisé. Pour garantir l’optimisation des récoltes
et l’élimination de la famine, toutes les terres sont cultivées en commun
par les femmes qui passent ensemble d’un champ à l’autre. Lors de la récolte,
le tas sera réparti en proportion des surfaces possédées par chaque famille.
Le projet commun qui est à la base de cette gestion de la propriété immobilière
est limpide : assurer la nourriture de tous dans le respect des efforts de
chacun.
Un autre exemple : l’utilisation de la propriété
commune des monastères chez les peuples de l’Himalaya . Nous retrouvons ici
la survivance des systèmes de gestion utilisés en Europe après la fin de
l’empire romain. Les terres agricoles étant peu nombreuses dans ces régions
de hautes montagnes, il n’est pas possible de les partager au fil des générations :
chaque enfant se retrouverait avec un terrain de plus en plus minuscule
incapable de nourrir sa famille. La transmission de l’ensemble du patrimoine
se fait donc au fils aîné. S’il y a trop d’enfants, certains vont être
confiés à un monastère voisin et deviendront lama. Au lieu d’être propriétaire
individuel, ils deviendront des acteurs de la propriété commune qui sert
d’assurance et de refuge en cas de difficultés : ils apprendront à lire
et à écrire pour utiliser les techniques de construction, les techniques de
fabrication des aliments : bière, vin, fromage, pain, etc., les techniques
agricoles pour conseiller les paysans, les techniques médicales, etc.. La
propriété commune sert alors de base logistique à la conservation et au développement
de la propriété individuelle. En cas de guerre ou de mauvaise récolte, les
gens viendront au monastère pour se réfugier ou avoir des soins, avoir à
manger. Il n’y a pas d’exclusion sociale et entre l’avenir du fils aîné
qui va rester probablement illettré et passera sa vie à cultiver les champs de
sa famille et celui des enfants cadets qui s’instruiront et deviendront des
techniciens ou des experts dans les sciences et les technologies, le choix peut
être discuté mais aucun des enfants sera jeté dans la rue ou vendu à des
marchands de travail à d’autres propriétaires individuels avides
d’exploiter la misère humaine pour s’enrichir à titre privé !
Les temples et lieux d’initiation :
Les êtres humains prennent rarement la peine d’empiler
des pierres pour le seul loisir de se fatiguer. Toute construction a un sens et
satisfait un besoin. Les immeubles communs bien davantage encore que le logis
domestique.
Mis à part la satisfaction des besoins physiologiques et
la lutte contre les disette et la famine, les immeubles
communs sont
essentiellement dirigés par des personnes qui font vœux de ne pas s’enrichir
personnellement en détournant la propriété commune : ce sont des
religieux eux-mêmes dirigés par des maîtres spirituels et des initiés aux
mystères de la vie. Le temple antique est alors le centre d’un espace commun
qui rassemble les lieux d’éducation, de soins, de prière mais aussi de lieux
réservés à l’amour et tenu plus secrètement, des lieux d’initiation
spirituelle capable de favoriser les états de décorporation de manière à ce
que la personne puisse aller à la recherche des pouvoirs des mondes supérieur
et double. Le saint des saints dans le temple égyptien est bien l’endroit où
repose le corps charnel de celui qui est parti traverser le puits de lumière.
Personne doit y toucher : l’initié revenant naturellement dans son corps
pour quitter lui-même cette pièce, sinon en cas d’échec et de mort
charnelle, l’odeur de putréfaction est le signal pour évacuer le cadavre.
Alexandra David Neel rapporte le cas de salles identiques au Tibet mais au lieu
d’évacuer le cadavre, celui descend progressivement une pente pour finir au
fond d’une rigole dans un petit bassin. Le liquide est ensuite utilisé dans
certains rites magiques. Il est clair que le but de cette recherche initiatique
est l’obtention d’une vision des mystères sinon d’une compréhension
d’une partie d’entre eux avant de revenir sur la planète Terre. Dans le cas
où l’initié serait admis à rester dans l’autre vie et changerait son désir
de revenir dans sa condition humaine, ses nouveaux pouvoirs lui permettraient de
signaler ce changement à ses proches restés sur Terre et il leur donnerait
signe pour enterrer ou brûler sa dépouille avant même qu’elle ne se décompose.
Ces constructions sont réalisées pour assurer la voie directe vers
l’initiation et elles ne concernent que des initiés préparés à une telle démarche.
Elle sont les gardiennes des connaissances les plus profondes sur les mystères
de la vie à partir desquelles s’élaborent les valeurs fondatrices d’une
culture. Parmi ces connaissances fondamentales, en Egypte comme à d’autres
endroits sur terre, il faut ranger les vestiges sauvegardés de civilisations
antérieures, principalement de celles qui existaient avant le dernier grand
cataclysme, avant 12 000 ans si nous comptons à partir d’aujourd’hui.
Ces lieux construits pour l’initiation suprême dans
laquelle le postulant risque sa vie sont rares et il n’existent que dans
quelques endroits pour chacune des civilisations. Les autres temples sont des
lieux de prière construits pour une approche plus mystique de la spiritualité.
L’architecture, la résonance des ondes sonores, le jeu de la lumière, tout
doit favoriser le partage des émotions, en particulier de l’émotion face à
la beauté, pour que de ce partage des émotions se mette en place une démarche
de visualisation afin de toucher l’intercession de la présence qui vit en
nous et nous aidera à réaliser le désir de faire du bien à l’un de nos
proches. Le but de ces constructions est de multiplier les expériences de prière
réussie. Pour favoriser ces chances de communion avec notre source de vie, le
partage de l’émotion mystique doit rassembler un groupe nombreux de fidèles
qui par ses chants, ses prières va créer des moments d’exaltation joyeux et
rassurants. Nous n’allons pas revenir ici sur les deux révolutions
spirituelles que nous présentons sur ce site web : l’histoire nous
montre deux grandes catégories de temple en fonction des peuples qui étaient
ou non déjà arrivés à la seconde révolution spirituelle : dans la
première catégorie qui avait fait un premier pas spirituel, nous trouvons les
lieux de sacrifices humains puis de sacrifices d’animaux : le temple de Jérusalem
à l’époque de Jésus était retombé dans cette première catégorie d’où
la volonté de Jésus de refaire de ce lieu un temple au service de Dieu :
un temple sans équipement pour les sacrifices d’animaux. Dans la seconde catégorie,
les temples ne sont plus le lieu de sacrifices d’animaux mais ils ont un saint
des saints qui permet à l’initié d’être conservé le temps de son séjour
dans l’autre vie ou alors, un espace qui rappèle le saint des saints originel
et conserve une trace ou un symbole lié au témoignage des initiés qui sont
ressorti du saint des saints originels : les églises chrétiennes sont
construites sur ce principe et se situent dans le prolongement des temples égyptiens.
Les lieux d’amour et de festivités érotiques :
Les temples servaient également d’école d’amour et
des femmes ayant statut de prêtresses aidaient les hommes et les femmes sur le
chemin de l’extase sexuelle et la fusion de leurs corps, démarche qui est également
une voie initiatique et spirituelle.
Ces lieux disparurent et furent interdits dans les sociétés
patriarcales qui ravalèrent la place de la femme à un statut inférieur par
rapport à l’homme. Les maisons closes ne sont pas des maisons d’amour et
d’initiation sexuelle vers la spiritualité. Par contre dans les sociétés
matriarcales, les femmes, voire les jeunes filles aidées ou non de leurs
parents ont été responsables de maisons d’amours qui abritaient les jeunes
couples avant leur mariage, ou les amants de passage pour quelques heures. Ces
maisons ont existé chez les indigènes des îles Trobriands. Chez le peuple
Moso, les femmes reçoivent directement chez elles et la maison comporte des pièces
où la nuit elles peuvent allumer le « petit feu d’amour ». La
discrétion et l’absence de jalousie permet de mener les débats amoureux et
sensuels, chaque couple ne s’intéressant qu’à lui et ne se comportant pas
en voyeur ou en exhibitionniste.
Les fêtes érotiques et orgiaques avaient leurs lieux
attitrés ainsi que leur dates fixes. Nous avons vu sur ce site, le rôle de ces
évènements sur la gestion des violences. Il est clair qu’un système de
pouvoir qui entend faire régner l’ordre avec son armée ou sa police vient
contredire ces rites et vient les rendre inutiles : celles et ceux qui
utilisent ces rites pour évacuer les violences individuelles et collectives
n’ont pas besoin d’entretenir une police et de payer des impôts pour
l’entretenir. Ce sont deux visions du monde totalement différentes et non
complémentaires et le résultat dans un cas est radicalement meilleur que dans
l’autre.
Les projets communs immobiliers dans une organisation en réseau
actuelle
Le grand projet de l’économie capitaliste et libéral réside
dans la production en masse de biens matériels pour satisfaire les besoins
individuels de manière à ce que les individus s’occupent de la gestion matérielle
de ces biens et se détournent des questions religieuses ou politiques qui ont
été sources de trop nombreuses guerres et crimes : produire en masse des
biens immobiliers fait partie de cette volonté politique et de cet idéal républicain :
la maison individuelle fait toujours partie du rêve de nos contemporains.
De ce fait, mis à part les propriétés privées réservées
à l’habitation, depuis 1789, ce sont surtout les immeubles industriels et les
immeubles d’affaires qui marquent nos territoires . Pour garantir la
disponibilité de la main d’œuvre, des immeubles de santé ont pris le relais
des anciennes maisons de charité tenues par des ordres religieux. Nous sommes
arrivés au stade où quasiment tous les besoins sont pourvus et si nous sommes
enclin à imaginer de nouveaux immeubles servant la propriété commune, de
suite nous avons pris le réflexe de notre éducation économique libérale pour
s’exclamer que jamais nous n’aurons les moyens financiers pour assurer de
telles rêveries. La gestion commerciale des immeubles à travers des sociétés
qui sont la propriété d’actionnaires privés va éviter tout gaspillage et
gestion déficitaire capable d’appauvrir le groupe sous le poids des créances
impayées. L’investissement dans de nouveaux immeubles de même ne peut que
suivre la loi de la productivité et de la rentabilité financière. De ce fait,
s’il faut créer de nouveaux immeubles de santé, d’amour, de prières (
l’initiation étant interdite, il n’y aura pas de création d’immeubles
ici, sachant que les immeubles construits par des sectes n’ont rien
d’initiatique : l’étude d’une gnose est un moyen d’éducation pour
soumettre des gens à un système de pouvoir très hiérarchisé et dogmatique),
la solution passe par l’économie marchande et toute entremise de l’état
est suspecte et critiquable par nature. Donc, nous serions au stade où les
projets communs gérés dans une économie non marchande deviendraient
impossible. Ceci pour protéger l’économie marchande d’une future et
certaine ruine si nos sociétés viennent à utiliser l’économie non
marchande pour satisfaire ces besoins à travers la gestion de la propriété
commune.
Les besoins actuels capables d’être assurés par
l’instauration d’une propriété commune :
Commençons par les besoins autrefois satisfaits dans des
immeubles gérés par les organisations en réseau et principalement
commençons par les lieux de prières et d’initiation et d’éducation à
travers la première source de connaissance :
Les lieux et immeubles communs de prières
Former des postulant(e)s à la rencontre avec les mystères
de la vie n’a rien de religieux au départ. La démarche spirituelle qui
aboutit à la rencontre avec ce qui vit en nous, donne nos valeurs, nos raisons
de vivre et de mourir qui sont les mêmes pour chaque être humain. Nos systèmes
de pouvoirs civils et religieux se sont appropriés ces lieux d’apprentissage
de la vie et de la querelle pour savoir qui en est le propriétaire personnel
entre l’état ou une religion particulière, notre mouvement élimine ces
querelles en quittant ces systèmes de pouvoirs civils et religieux.
Dans une organisation en réseau, ces lieux de prières et
d’initiation sont ouverts à tout chercheur de spiritualité : aucun
dogmes religieux plus ou moins sectaires et fanatiques n’a droit de cité. Les
traductions des mystères de la vie relèvent des cultures des peuples sachant
que les racines spirituelles de ces traductions parlent de la même vie. Chaque
culture peut accorder un poids plus ou moins différent aux témoignages de ces
maîtres spirituels mais aucune n’a le droit d’ériger des dogmes pour
introduire des inégalités entre êtres humains ou s’arroger le pouvoir
d’imposer une prétendue vérité sur des populations sous peine de combattre
les infidèles voire de les massacrer. Les vestiges de ces immeubles et les
immeubles actuels sont accessibles à tous les êtres humains qui veulent prier
et connaître l’expérience de la prière réussie, soit le premier stade du
cheminement spirituel. Un poète, un initié peut chercher ce moment de prière
réussie dans la nature près d’un arbre, une rivière, une montagne tout
comme il peut la chercher dans une église chrétienne quelle qu’elle soit,
une mosquée, un temple bouddhiste ou hindouiste, une synagogue, une grotte ou
une cathédrale. La seule différence sera la présence ou non d’autres êtres
humains à ses côtés avec les signes de leurs cultures. Mais c’est
l’unique différence et lorsque le poète prie et communique avec sa source de
vie, lorsque dans le vocabulaire de Rimbaud, le poète voyant crée un dialogue
de l’âme pour l’âme, tous les êtres humains sont ses frères surtout
s’ils cherchent eux-aussi à dialoguer avec leur âme. Par contre, dans tous
les lieux de prière actuels, le poète voyant comme d’autres avant lui, peut
chasser les marchands du temple, des mosquées, des grottes, des églises, des
synagogues, etc. Ces marchands vendent
les vérités trafiquées de leurs dogmes pour légitimer des systèmes de
pouvoirs temporels injustes, belliqueux et criminels dans leur volonté absurde
d’éliminer celles et ceux qui refusent de se plier devant eux… L’histoire
d’un peuple qui se traduit dans une culture donne des constructions immobilières
particulières. Ces traductions architecturales de l’expérience spirituelle
sont digne de respect et font partie de la variété des situations de vie sur
Terre. Les constructions destinées à marquer le pouvoir d’un régime
politique ou d’une religion temporelle n’ont pas cette même valeur
spirituelle. Nous le répétons : l’architecture des lieux de prière est
destinée à favoriser les occasions de prière réussie : une personne,
peu importe sa culture, qui pénètre un lieu de prière, y trouve l’émotion
du lieu pour réussir son dialogue de l’âme pour l’âme. Ce dialogue est le
même pour tout être humain : aucun rite sectaire ne peut venir imposer
une forme particulière qui serait bonne et l’autre forme condamnable. Il est
évident qu’un groupe peut toujours détruire un édifice religieux qui n’a
pas un intérêt particulier à être conservé pour expliquer l’histoire,
afin d’en construire un autre bien mieux achevé pour faciliter les expériences
de prières réussies à travers la communion et le partage de la foi en notre
source de vie, exprimés par une communauté ou une foule. Quant à la question
de savoir si chaque religion temporelle pour être supérieur à une autre doit
avoir des immeubles plus fastueux, riches et nombreux, ce n’est qu’une
question relevant des systèmes de pouvoirs religieux. Nous avons déjà sur ce
site web que dans une organisation en réseau, il n’y a pas de place pour le
systèmes de pouvoirs religieux.
Les maisons d’amours et les lieux de rites érotiques
destinés à évacuer les violences :
Dans notre roman, « D’Eleusis à Dendérah, l’évolution
interdite », nous avons décrit ces lieux depuis le club pour couples créé
par nos personnages et dont le fonctionnement n’a rien à voir avec ce qui se
passe actuellement dans les clubs plus pou moins échangistes français gérés
dans la plus tradition de l’économie marchande et la maximisation du profit
pour le propriétaire privé. Nous avons recueillis de nombreux témoignages sur
ces pratiques commerçantes. La plupart de ces clubs exploitent les hommes seuls
qui paient chers pour scruter les quelques couples devenus des quasi
professionnels du sexe et souvent des drogués du sexe ou des personnes sujettes
à une addiction au sexe. Si le patron ou la patronne rémunère d’une manière
ou d’une autre ces quelques couples, ils sont certains de voir prospérer leur
affaire. Il suffit alors de laisser entrer tout le monde : même des
couples qui viennent voir sans enlever le moindre vêtement. Dans les allées de
ce genre de club, il est fréquent de voir des couples ou des groupes de femmes
délaissées par leurs hommes passer de portes en portes pour apercevoir ce qui
s’y passe et se faire ensuite à voix haute de fausses confidences comme quoi
qu’elles n’avaient jamais oser imaginer de telles choses. Les couples à
l’exhibitionnisme peu développé et les couples qui comprennent qu’ils
servent en réalité d’appâts gratuits pour les commerçants afin de remplir
leur tiroir-caisse ne remettent plus les pieds dans ce genre d’endroits où trônent
sur le parking privé la voiture neuve de grand luxe des patrons. Il est évident
qu’un club pour couples qui accueille plus de 300 couples par semaine et ceci
depuis plus de 20 ans, peut avoir une toute autres politique relationnelle mais
il est tout aussi évident que ce club depuis ces débuts, n’a jamais eu le
genre de pratique commerciale de la plupart des clubs français. L’éducation
allemande et l’éducation française sont différentes sur la culture du
corps, du naturisme, du sexe en groupe mais ce n’est pas une excuse :
s’il y a un effort éducatif à réaliser, c’est cet effort qu’il faut réaliser
et si l’économie marchande n’est pas propice pour financer un tel
mouvement, alors il y a lieu d’utiliser l’économie non marchande en complément
de l’économie marchande.
Les immeubles que nous décrivons dans notre mouvement, répondent
à trois niveaux d’utilisation : la prise de contact, l’éveil, la découverte
de la sexualité pour le premier niveau, les écoles d’amour pour le second
niveau qui sont une suite des centres de tantrisme ou des temples assurant la
voie de l’extase sexuelle et amoureuse, enfin les immeubles et davantage peut-être
les lieux dans la nature qui garantissent le succès des rites orgiaques. Dans
notre roman, le choix de la clue répond à ce troisième niveau et la pratique
de ces rites va servir à préparer les chevaliers à leur initiation avant de
combattre avec succès pour la survie de leur mouvement.
Ces immeubles utilisent les plaisirs liés à l’eau qui
se pratiquent dans la nudité et sont des lieux avant tout de détente et de
relaxation. Chaque membre a appris l’art des massages et de la relaxation pour
le pratiquer avec les autres. L’utilisation des exercices du tantra permet
ensuite le partage de moments d’extase. Dans notre roman, le mouvement créé
par les personnages va établir des maisons de vie et d’amour en ville et à
la campagne. Par exemple, à proximité des lieux de travail, une maison
d’amour aura plusieurs utilités : les adhérents volontaires peuvent
venir en bicyclette depuis leur domicile, garer leur vélo à l’abri et en sécurité,
prendre une douche, se changer et s’habiller en tenue de travail.. Après le
travail et avant de rentrer chez eux, ils peuvent se détendre, prendre des
bains relaxants, pratiquer entre eux des massages, faire l’amour, prendre des
repas, passer la nuit sur place si une réunion se prolonge ou s’ils veulent
approfondir une relation avant de fonder un couple.
Les maisons de vie et de santé
Le besoin actuel porte principalement sur les maisons de
retraite et de fin de vie lorsque l’individu perd son indépendance. Le
financement actuel des trop insuffisantes maisons de retraite gérées par l’économie
marchande est assuré par les fonds de pension autre que français et la
rentabilité de leurs investissements en 2005 est supérieure à 10%. Ces
profits payés chèrement par les familles françaises vont donc financer les épargnants
étrangers et contribuer au paiement de leurs propres retraites. Ainsi une
famille qui paie la maison de retraite pour l’un de ses parents finance aussi
la retraite de personnes étrangères. C’est le prix à payer pour la liberté
du commerce et de l’industrie et le fait que notre système politique national
n’a pas assez de ressources tirées des impôts pour financer ces nouvelles dépenses
de santé. Dépassé par les évènements et en contradiction avec le pacte républicain
établi dans les années 1860 lorsqu’à la suite des idées de Durckheim, l’état
a endossé le rôle d’assureur social, l’état ne peut que laisser le champ
libre à l’investissement marchand : les contribuables paient ainsi des
impôts en contrepartie desquels ils n’auront pas le service public rendu par
la république. C’est une manière, une de plus de constater l’état de
faillite de nos institutions et de cette culture républicaine figée depuis
1789 dans ses utopies à bout de souffle.
Les maisons d’échange de services locaux
Elles sont décrites dans notre roman, ce sont des
entreprises participant au développement principalement de l’économie non
marchande.
Les maisons d’habitation domestique :
Nous avons montré dans notre roman comment les membres du
mouvement s’organisent pour construire ou améliorer leurs domiciles. Cet
effort de construction et d’équipement est géré par la bancassurance du
mouvement : les améliorations sont réalisées dans le cadre de la prévention
des sinistres : incendie, inondation, dégâts des eaux. Mais ces immeubles
sont aussi aménagés dans la cadre de la prévention des malaises sociaux :
isolement ; lutte contre le bruit, accueil des handicapés, des enfants,
des personnes dépendantes, etc. L’échange de services locaux gère les flux
relationnels. Un ménage n’acquière plus une propriété pour toute sa vie
mais en logeant dans tel ou tel immeuble et en participant à tel ou tel service
local, il acquiert des droits à être logé à un prix avantageux et/ou il
capitalise des droits futurs pour être logés dans un immeuble plus grand
lorsqu’il aura des enfants, un immeuble dans telle région pour ses vacances
ou sa retraite. L’enrichissement de son patrimoine immobilier passe bien
entendu par le travail mais dans l’organisation en réseau, nous l’avons
montré, le travail n’est plus limité à la généralisation du salariat et
à l’exclusion du travail pour des impératifs de productivité économique et
financière. Il s’agit de l’activité humaine dans le travail indispensable
à la survie du groupe, dans le travail pour réaliser des œuvres
transmissibles à ses enfants et les constructions immobilières représentent
la plus part de ces œuvres et enfin de l’activité dans l’action politique
pour développer les organisations en réseaux dans le cadre de la démocratie
directe. La transformation des quartiers et des banlieues construites depuis
1945 et qui ne répondent plus à nos besoins de vie, se réalise dans le cadre
de l’organisation en réseau de cette manière : les résidents de ces
immeubles qui adhèrent au réseau local participent à ces travaux, les
dirigent avec les experts dans ce groupe de projet et tous s’enrichissent
individuellement à travers la propriété commune ainsi créée, l’œuvre
architecturale et immobilière qu’ils ont bâtie. Et il ne faut pas des
milliards et des milliards d’euros pour le faire même si actuellement dans
l’économie marchande, c’est bien ce prix que les contribuables doivent
payer aux entrepreneurs privés.
Les maisons d’éducation et de formation aux deux sources
de savoir
Elles sont décrites brièvement dans notre roman et nous décrivons
par exemple comment un étudiant peut se voir décerné le titre de docteur en
informatique à 20 ans. Nous allons développer prochainement toute la partie
relative à la formation et à la gestion des compétences sur notre site en précisant
ce que représente pour notre mouvement la propriété commune intellectuelle et
immatérielle, avant de préciser ensuite comment s’organise le mariage des
cultures ( comme le dernier réussi en Europe depuis Cluny )
En conclusion
Reconnaître les projets immobiliers montés par une
association de petits propriétaires de terrains ou d’immeubles passe
aujourd’hui par la suppression de l’imposition sur les plus-values.
L’impact positif de ces projets peut être vérifié par les pouvoirs publics.
Les apports de ces projets sont productifs de qualité de vie, d’aménagement
optimisé de l’environnement, d’utilisation raisonnée des équipements
collectifs. Ces projets immobiliers sont source de richesse individuelle pour
les membres du projet comme pour la communauté locale et les échanges ne se
limitent pas à une seule et unique transaction financière. Dans le cadre de la
solidarité entre les membres du réseau de vie locale, les porteurs du projet
immobilier vont valider leur choix devant le reste du groupe et des membres du
groupe peuvent intervenir pour optimiser davantage ce projet afin que son impact
économique et social soit plus fort et réussi. Du moment que la direction est
tracée, que la finalité sociale est posée clairement, tous savent dans quelle
direction il faut travailler : cette direction est commune au groupe et
elle est portée dans le projet. Il est clair que l’enrichissement ne peut être
alors que commun et ce n’est qu’une fois ce projet commun réalisé que
chacun va trouver un enrichissement personnel dans l’utilisation de ce bien
commun ou dans le travail qu’il a fallu produire pour réaliser ce bien
immobilier. Nous sommes bien ici dans la pratique de la démocratie directe et
dans l’utilisation du principe de subsidiarité pour solutionner les
difficultés.
Nous avons montré que la révolution de 1789
a cherché à creuser un fossé
entre les citoyens et l’état de manière à appliquer les idées de Rousseau :
la volonté individuelle d’un citoyen ne doit pas être faussée par des
groupes de pression civils et surtout religieux de manière à ce que
l’ensemble des volontés citoyennes représente le mieux l’intérêt général.
Les immeubles communs pour ces groupes de pression ont donc été éliminés,
notamment à l’époque les églises et abbayes. Cette propriété immobilière
commune existe pourtant aujourd’hui mais elle se limite à la vie des
associations de la loi de 1901, à la vie des syndicats, des partis politiques
et des mouvements religieux. Dans une organisation en réseau, il faut rajouter
les immeubles servant à l’économie non marchande, ceux destinés à la
pratique de la démarche spirituelle en fonction des quatre sources de la
spiritualité : source directe et initiatique, source mystique, source liée
à l’extase sexuelle et amoureuse, source liée à l’utilisation de
substances hallucinogènes : cette source reste secondaire et ne peut que
préparer aux trois sources précédentes. A côté de ces immeubles, il y a les
locaux qui servent à la traduction artistique de la rencontre avec les mystères
de la vie : ils existent et la plupart conviennent à cette mission.
Le développement de la propriété commune aussi bien
immobilière, mobilière qu’intellectuelle et immatérielle n’utilise pas le
cadre d’une économie marchande. Dans notre roman, nous montrons que l’échange
de ses services se réalise dans le cadre d’une économie non marchande avec
une monnaie symbolique. Les services rendus à d’autres ouvrent des droits
pour en recevoir des autres ou pour utiliser les biens gérés en commun. Cette
capitalisation de droits nés par le travail a été défendue notamment par
Pierre Leroux vers 1830, elle est à la base du socialisme même si Marx et
Engels ne l’ont pas utilisée tant elle menaçait déjà la centralisation du
pouvoir communiste et la dictature du prolétariat. Rien n’est à priori
gratuit mais il n’y a pas lieu d’utiliser la monnaie officielle de son pays.
Bien entendu, l’organisation en réseau ne verse pas d’impôts aux états :
une comptabilité permet de montrer aux gérants de la propriété collective
que les échanges internes au réseau sont productifs de richesses réparties équitablement
parmi les adhérents et que le solde positif de ces échanges contribue à la réduction
des dépenses publiques : plus d’allocations chômage à verser aux
membres du réseau, de RMI, meilleure santé des adhérents, motivation élevée
dans le travail productif de biens matériels indispensables à la vie de la
collectivité, élimination de la délinquance sexuelle chez les adhérents et
de la misère sexuelle dans la collectivité grâce aux évènements créés par
les adhérents à destination du public non adhérent, élimination des
consommations de drogue et de substances nuisibles qui rendent difficile les échanges
amoureux et des relations source d’extase sexuelle, etc.… Cette diminution
des coûts actuels engendrés par les peurs vis à vis de l’emploi, des étrangers,
de l’absence de projets de vie, etc., ces éliminations des dysfonctionnements
politiques, économiques et sociaux font que comme à chaque fois qu’elle est
mise en place, l’organisation en réseau est source d’une période
florissante qui profite aux populations même si elle ruine les anciens
dirigeants des systèmes de pouvoir. L’essentiel est de ne plus leur permettre
de briser à nouveau l’essor d’une société organisée en réseaux de vie.
Aujourd’hui, nos sociétés sont en manque de projets fédérateurs
d’énergies citoyennes tant elles se sclérosent sous la loi de la propriété
individuelle destructrice de richesses au profit d’une minorité. L’exemple
de notre petit village de montagne illustre ce blocage et cette incurie dans
l’aménagement du territoire et la satisfaction du besoin de se loger. Une
propriété individuelle ne peut se développer qu’en privant les autres de
cette propriété. Autrefois cette privation passait par le pillage et les
guerres et ce fut le caractère principal de l’empire romain. Avant lui, les
peuples organisés en réseau commerçaient entre eux et les empires ne duraient
que le temps de leurs conquérants. Ce n’étaient que peuples soumis qui
entraient plus dans une confédération dirigée par le vainqueur que dans le
système de pouvoir centralisé et unique de l’empire romain imposé en
permanence par la présence des légions.
Actuellement, le système économique libéral se développe
sur la privation d’argent imposée aux populations. Les bénéfices réalisées
dans le processus de fabrication des richesses vont en priorité aux
actionnaires, à ceux qui ont suffisamment d’argent pour épargner et placer
leur épargne dans la propriété des moyens de production. L’argent passe
d’une propriété individuelle source à la même propriété individuelle
destinataire. Pour maximiser cet investissement financier dans la progression de
sa richesse, le propriétaire entrepreneur décide de l’argent qui est versé
aux salariés, libre à lui de réduire la masse salariale de l’entreprise si
les machines sont plus productives et ne paient pas de cotisations sociales. La
suppression d’emplois aboutit directement à la suppression d’argent chez le
salarié et à plus d’argent chez le propriétaire individuel. La propriété
individuelle sert très mal le développement de nos sociétés et gaspille des
ressources au profit de quelques uns. Tous le savent et de plus en plus de gens
en sont maintenant convaincus. Par contre parler d’économie marchande et non
marchande n’est pas encore compris par grand monde et la notion de propriété
commune utilisée au haut Moyen Age pour développer les villes dans lesquelles
nous habitons pourtant aujourd’hui, fait naître chez la plupart un sentiment
de dégoût tant leur ignorance leur fait confondre cette période florissante
de notre histoire avec les erreurs et les crimes du communisme ( en oubliant au
passage les crimes des autres systèmes de pouvoirs ). Le préambule de la Déclaration
des droits de l’homme et du citoyen de 1789 proclame bien que « l’ignorance,
l’oubli ou le mépris des droits de l’homme sont les seules causes des
malheurs publics et de la corruption des gouvernements ».
L’ignorance sur l’organisation en réseau a été
organisée depuis 2000 ans et par la papauté et par les dirigeants des systèmes
de pouvoirs civils monarchiques et républicains en France et ailleurs. Nous
l’avons montré dans nos développements sur Autorité-Pouvoir-Commandement.
La remarque que nous faisons à ce texte de 1789 ne porte pas sur les malheurs
causés par l’ignorance tant ils sont universels mais ne constituent en rien
des éléments de la force majeure. Par contre, pourquoi ne parler que des
gouvernements ? Le bon sauvage de Voltaire sur les bords des Grands Lacs en
Amérique du Nord à travers la confédération des six peuples iroquois
n’avaient pas besoin d’un gouvernement alors que l’étendue des six
nations est largement supérieure au territoire français et qu’avant d’être
massacrés, ils étaient aussi quelques millions d’indiens à vivre nettement
mieux que nous selon les affirmations de Benjamin Franklin, de Jefferson, d’Adams,
de Washington ainsi que plus tard de Marx et Engels, ce qui, avouons le, ne sont
pas des affirmations gratuites ! La première étude sur cette confédération
iroquoise date de 1727 et en 1744, Benjamin Franklin publie un traité signé
entre les colons et les chefs de la confédération iroquoise. Certes Voltaire décède
11 ans avant la Révolution mais depuis plus de 50 ans avant 1789, beaucoup
connaissaient les avantages considérables de cette organisation en réseau
autour d’une confédération. Bien mieux que l’exemple iroquois, ils
pouvaient se souvenir que cette organisation avait été pratiquée sur le sol
de France depuis les années 900 jusqu’en 1300 avant d’être enseignée aux
iroquois vers 1350 par les moines templiers qui avaient fui la destruction de
leur ordre par le roi de France et qui faisaient route depuis l’Ecosse vers
les Andes et la région de Tiahuanaco. L’ignorance est une chose mais le
manque de lucidité et de courage une autre et bien plus grave lorsque nous
avons eu accès à la connaissance et que nous ne sommes plus ignorants.
Le rejet de la propriété commune, base de
l’organisation en réseau, constitue bel et bien une erreur grave commise en
1789. Cette erreur prive les citoyens des avantages de l’économie non
marchande. Comme concluent les historiens : 1789 est une révolution de
bourgeois qui veulent prendre la place des nobles en utilisant le droit de la
propriété individuelle. Ils ont réussi ! Mais les malheurs causés par
l’oubli de l’organisation en réseau et par le mépris jetés sur les défenseurs
de cette alternative nuisent toujours au respect des droits de l’homme tant
ces systèmes de pouvoirs ne vivent que sur le principe d’exclusion de celles
et ceux qui ne sont plus utiles au développement de la richesse et du pouvoir
de ses dirigeants. Nous avons assez de biens matériels dont nous n’arrivons
d’ailleurs plus à nous défaire tant ils polluent nos décharges ou rejettent
de la dioxine dans l’air. Le droit au logement n’est plus assuré et verser
plus de la moitié de ses revenus tirés du travail salarié dans des immeubles
à la qualité si douteuse que nos enfants n’en voudront pas ou ne pourront
pas les réparer, représente une situation injuste voulue par ce système de
pouvoir économique alors que l’utilisation du travail et des échanges dans
l’économie non marchande peuvent produire des immeubles de meilleure qualité
sans être obligé d’utiliser une telle part de ses revenus salariaux.. Pour réaliser
cette œuvre immobilière, l’action politique consiste à remettre en place le
droit à la propriété commune dans une économie non marchande, celle que
certains économistes ont appelé économie quaternaire ou encore troisième
secteur de l’économie et que nous nommons ici par son appellation originelle :
l’économie en réseau qui s’oppose à l’économie dirigée par un système
de pouvoir. Dans notre déclaration aux droits à la vie sur terre et dans notre
constitution des réseaux citoyens de vie, les articles instaurant à nouveau
cette propriété commune auront tout le poids qu’ils méritent et cette
action politique a une porté bien plus grande qu’un simple programme électoral
respectueux du cadre juridique de la constitution de 1958.
Bâtir représente toujours une œuvre et les civilisations
ont été évaluées à la manière dont elle plaçaient une pierre sur une
autre pour réaliser des demeures dont nous sommes toujours stupéfaits. Le
projet de bâtir n’est cependant pas isolé, il intervient d’ordinaire après
le projet de vivre ensemble, le projet de mettre en œuvre une culture fondée
sur des valeurs, des normes de vie et des façons de vivre. Si la construction
d’édifices reste la marque la plus concrète du projet de vie d’un groupe
sociale, la propriété commune ne se limite pas à des immeubles, elle porte
aussi sur les biens meubles et sur les biens et services immatériels. L’éducation
et la formation à l’utilisation des deux sources de connaissances sont aussi
une propriété commune au groupe qui permet l’édification d’une culture
dans laquelle chacun puise ses raisons de vivre. C’est cette propriété
commune immatérielle que nous allons aborder prochainement, puis nous
aborderons la gestion du travail, le management d’un réseau. D’ores et déjà
nous savons que nous allons retrouver la formulation d’autres projets au cœur de cette propriété
commune.
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