LA DICTATURE DU BIEN ? autre utopie à éliminer dare dare !

 

Laissons Platon à ses propos de disciple ne possédant le savoir de ses maîtres que d'une manière incomplète : sa république et sa dictature du bien ne sont que des oeillères pour qui ne veut pas considérer d'autres organisations humaines autres que celles engoncées sous le joug de systèmes de pouvoir dirigés par des minorités bien plus riches de biens matériels que savantes. Se débarrasser des vestiges de la philosophie platonicienne, celle qu'utilisa l'église romaine pour se disculper de ses crimes et de ses génocides, ne représente aujourd'hui plus guère un travail conséquent. Les leçons terribles de l'histoire nous imposent un autre regard bien plus terrible encore dans son accusation implacable : pourquoi avoir rejeté la liberté, la liberté de s'aimer, de se rassembler et de travailler à nos projets communs pour trouver nos raisons de vivre et de mourir ?

Le lecteur de ce site l'a maintenant compris : poser sur la table l'organisation en système de pouvoir et l'organisation en réseau nous permet de répondre clairement à ce dilemme chimérique de la dictature du Bien (ou du Beau, de la Raison... les philosophes ne manquent pas à l'appel sur ce thème).

Passer d'une organisation en système à un autre système de pouvoir n'est pas simple surtout si ces deux systèmes sont antinomiques. La logique de ces systèmes veut que l'ancien disparaisse totalement pour que le fonctionnement du nouveau démarre dans les meilleures conditions. Chaque système possédant sa logique et son cadre de référence, générant sa propre culture, il n'est guère possible de laisser les deux systèmes en place à moins d'introduire des sources de confusion inacceptables pour les partisans de l'un ou l'autre camp. Pourtant à travers l'histoire, tout ne fut pas aussi simple même à coup de guerres dévastatrices et de génocides purificateurs. Restons ici aussi au niveau de l'histoire de la propriété et des richesses, des luttes pour faire triompher une propriété par rapport aux autres.

Nous avons montré comment l'idée chrétienne des premières communautés s'est transmise jusqu'à la naissance d'une organisation de l'Europe en réseau à partir des travaux des moines bénédictins et des ordres chevaliers depuis Cluny, Cîteaux, Clairvaux qui développèrent le travail commencé au Mont Cassin. La propriété communautaire qui ruina le roi de France et rendit inutile la présence d'un pape à Rome fut maladroitement rejetée lors de la révolution française et la propriété individuelle consacrée dans la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen engendra une méprise colossale au point de légitimer la propriété individuelle des moyens de production lors de la naissance de l'ère industrielle. Dès lors se mit en place le conflit entre partisans de la propriété individuelle et partisans de la propriété collective et communiste qui trouva son paroxysme au cours de la Deuxième guerre mondiale.

La dictature du prolétariat empoisonna les esprit plus d'un siècle et lorsqu'il s'agit de la mettre en place dans l'Union soviétique, ce ne fut qu'à coup de massacres, de tortures et de mises au goulag : barbarie qui ne précéda que de quelques années la barbarie nazie cherchant à imposer un autre système de pouvoir. Il est clair, en prenant un minimum de recul, qu'adhérer à une volonté collective servant le peuple tout entier peut se défendre davantage que le principe d'un système fondé sur la maximisation du profit pour celui qui y parvient ! Rêver que chacun ait la possibilité de devenir riche si ses affaires marchent dans une économie capitaliste ne peut effacer le fait que la plupart ne partent pas dans cette course avec suffisamment de moyens pour réussir à devancer d'autres plus fortunés dès le début : l'argent ne va qu'aux riches et l'accumulation du capital est bien la seule solution dans ce système de pouvoir économique. Rêver que défendre la propriété collective des moyens de production et éliminer la propriété individuelle des entrepreneurs parviendront à développer les peuples dans une égalité et une fraternité meilleure a pu aussi représenter un avenir plus humain. Imposer le collectif et la transition d'une dictature des prolétaires fut logique dans le système communiste et le système capitaliste et libéral ne put recourir à de tels arguments. Fondé sur la liberté, le capitalisme n'a pas à invoquer quelque dictature que ce soit. Le fonctionnement doit laisser faire le marché prétextant que les abus de pouvoirs individuels se condamneraient eux mêmes : les consommateurs détestant devenir prisonniers d'autres producteurs et cherchant à préserver leur liberté de choix, le monopole de l'un ou l'autre propriétaire individuel étant par nature interdit et sévèrement condamné. Alors comment sortir du système de pouvoir libéral sans recourir à une dictature du bien ?

Le mécanisme qui concourt aux changements de systèmes est limpide et constant : la minorité qui a conçu les règles du systèmes les détournent à son profit et l'abus de pouvoir tue le pouvoir. Musset nous en a transcrit une phrase célèbre sur cette loi intrinsèque a tout système de pouvoir : lorsque les abus de la minorité dirigeante deviennent insupportable, la majorité du peuple se soulève et la chasse... pour s'abandonner dans les mains pas moins judicieuses d'une autre minorité qui sombrera tôt ou tard elle aussi dans des abus de pouvoir intolérables. Ceci fut vrai lorsque les systèmes de pouvoir étaient entièrement politiques et que l'économie ne venait qu'au second rang. L'ère industrielle en développant un système de pouvoir économique apparemment sans limites et capable tôt ou tard d'élever le confort matériel de millions de personnes tout en faisant croire qu'il est capable de servir la cause de toute l'humanité, a introduit un élément nouveau difficilement gérable par les seuls dirigeants politiques. Les régimes politiques peuvent se succéder maintenant, le système économique libéral ou capitaliste survit et poursuit son développement accumulant des richesses ici au détriment d'autres gens là-bas. La question aujourd'hui reste d'une cruciale importance : comment sortir de l'ère industrielle alors que le système économique est parvenu au premier rang de notre organisation et que le politique n'a plus guère de choix que de proposer la meilleure manière de créer de la croissance et du développement... avant tout économique, bien avant un progrès social et culturel !

Nous reviendrons à cette question. Le changement d'organisations en réseau ne pose pas de problème et c'est le point fort de cette organisation : la création et la disparition de communautés se font naturellement lorsque leurs membres choisissent de s'y rassembler ou de se quitter pour fonder de nouveaux réseaux. Par contre lorsqu'une organisation en réseau se heurte à un système de pouvoir qui plus est organisé militairement, l'histoire montre que les organisations en réseaux ne font pas le poids. Une nuance cependant : vaincus par la puissance militaire du système de pouvoir, les tribus, les peuples, les villes organisés en réseau voient leurs cultures reprises par le système de pouvoir. En effet pour être efficace, le système de pouvoir se concentre sur des règles sommaires dont l'application doit être impérative et les manquements sanctionnés impitoyablement. Sa culture est formée une fois pour toute à sa fondation ou réduite à un plan secondaire qui ne peut modifier les lois fondamentales. La pauvreté culturelle des systèmes de pouvoir facilite d'autant cette assimilation, récupération de la culture des peuples vaincus sachant que le système le fera dans le cadre d'une assimilation, d'une synthèse par rapport à ses valeurs fondamentales afin de renforcer le système et non de l'affaiblir.

Une solution fut mise en place par les moines bénédictins : l'édification d'ordres chevaliers pour défendre sur le plan militaire l'organisation en réseau. Sans revenir en détail sur l'histoire de cette naissance et de cette destruction d'une organisation en réseau en Europe, un constat s'impose : cette organisation utilisa des sources de savoir liées à l'Égypte antique et aux peuples connus mais cette "indépendance" culturelle resta unique. Sur le plan politique, cette organisation devait sa légitimité au pouvoir des papes et au respect qu'elle devait aux rois. L'ordre templier dans sa charte avait interdiction de combattre d'autres chrétiens même si ces derniers servaient la félonie d'un roi de France comme Philippe le Bel. Cette interdiction fut bien la raison du refus de combattre les armes à la main les soldats du roi et la raison du martyr ou de la fuite des chevaliers. La leçon à tirer de ces évènements consiste à rendre une organisation en réseau civile et militaire indépendante de tout pouvoir politique organisé en système. Mais la prudence ne voudrait-elle pas que pour naître et atteindre son point critique, une organisation en réseau fasse d'abord allégeance au système de pouvoir dominant pour ensuite prendre son indépendance quitte à la conquérir avec sa propre organisation militaire en réseau ? Simple question d'opportunisme politique puisque la politique ne serait qu'une question d'opportunisme : faire le meilleur choix au bon moment tant tout le reste est insaisissable et incertain ?

Alors revenons à la question de notre actualité : comment sortir du système de pouvoir économique libéral actuel ? Sur ce site, nous avons choisi l'alternative de l'organisation en réseau. Comment assurer cette transition ? La pire des solutions serait d'abandonner le terrain économique pour ne recourir qu'à des solutions purement politiques et idéologiques. Nous nous répétons : le point fort de notre système de pouvoir économique est qu'il repose sur la propriété individuelle. Il faut donc partir d'elle pour l'étendre et la défendre aussi bien dans l'économie marchande que dans l'économie non marchande. La propriété individuelle est aujourd'hui en concurrence avec la propriété collective qui pour se développer prélève des richesses depuis les propriétés individuelles. Par contre la propriété individuelle n'entre pas en concurrence avec la propriété communautaire, au contraire il y a complémentarité entre les deux et c'est la gestion de la propriété communautaire qui garantie la sécurité de la propriété individuelle. Certes la présence de la propriété communautaire va limiter les développements abusifs de certaines propriétés individuelles mais ceci n'est pas gênant, au contraire, cela fait diminuer les inégalités de patrimoine devenues aujourd'hui injustifiables. Le bien commun n'est plus aujourd'hui que matériel, il est surtout immatériel : une justice équitable, des échanges de savoir utiles et personnalisés, une paix civile qui élimine les peurs, une gestion des risques naturels, économiques et sociaux qui minimisent les dégâts, etc. Sans refaire ici du freudisme exacerbé, c'est bien l'amélioration de la communication entre les gens qui permet à des nouveaux réseaux d'échange de produire des biens et des services non soumis aux lois du marché capitaliste.

C'est aussi tout le contenu du roman diffusé sur ce site " D'Éleusis à Dendérah, l'évolution interdite ". Les personnages à partir d'un premier club de rencontres pour couples vont élargir leur mouvement et monter un réseau productif en priorité dans l'économie non marchande, sans demander l'avis à quiconque. Lorsque l'heure des menaces viendra de la part des dirigeants politiques et économiques du système de pouvoir actuel, ils développeront un ordre chevalier militaire pour gagner la bataille de l'information à partir de leurs deux centres de guerre électronique puis la bataille militaire tout court.

La question de la dictature transitoire appartient bien aux guerres de succession entre dirigeants de systèmes de pouvoir civils et religieux. Lors de la mise en place d'une organisation en réseau, la seule question cruciale est celle-ci : comment répondre à des adversaires qui utilisent leur monopole de la violence militaire et policière pour écraser l'organisation en réseau naissante ? Aujourd'hui, en plus de l'emploi des armes conventionnelles, de l'épée, pour faire réfléchir celles et ceux qui veulent le combat, il y a les armes de guerre électroniques pour maîtriser les moyens de communication et montrer qui des deux camps a les motifs les plus condamnables. La guerre en Irak en 2003 n'a pu masquer les motifs réels des dirigeants américains qui ont préféré les moyens militaires pour occuper un pays à d'autres moyens moins militaires. Mentir devient de plus en plus difficile pour nos dirigeants. Oh ! il ne s'agit pas de remplacer la dictature du Bien par celle de la Vérité ! Non, il s'agit de laisser se rassembler et produire celles et ceux qui veulent monter leurs réseaux de vie... et sans commencer par venir leur parler de TVA, d'impôts ou d'amendes, voire de prison. Ensuite se pose la question d'éliminer les troubles à notre environnement commun que l'on soit organisé en réseau ou dépendant d'un système de pouvoir même au bord de la faillite : c'est la question écologique : peut-on se promener à vélo en laissant les autres polluer les villes à l'ozone et voire se mourir des milliers de personnes âgées en quelques jours de canicule ?

Sur ce site notre réponse est claire : pas question qu'un camp impose ses interdits à l'autre ! Car alors une organisation en réseau se transforme de suite en système de pouvoir. Alors comment faire ? Permettre à chacun, lorsque son désir est mûr, de s'engager dans une démarche initiatique quelque soit la voie : amoureuse, spirituelle, poétique, du dépassement de soi dans la nature avec son corps, afin qu'il puisse au contact des mystères de la vie nouer de premiers contrats interpersonnels et sacrés. Celles et ceux qui vont les partager en créant leurs cultures ou en retrouvant les racines des cultures anciennes capables de faire fructifier ces premiers contrats vont défendre ces valeurs et nous ajoutons, l'épée des hommes et des femmes libres à la taille. Nous ne nions pas les perspectives d'un combat et d'abord d'un combat contre soi-même pour franchir les frontières qui réduiraient une vie humaine à l'obscurantisme et à l'enterrement des talents qui nous sont donnés à notre naissance. En retrouvant celui qui vit en nous, nous avons le dénominateur commun, le pont, l'alliance pour nous réunir aux autres. La dictature est un combat imposé par des dirigeants fanatiques, nous parlons d'un combat d'abord contre nous même pour libérer en nous une lumière. Nous parlons d'un droit à ce que chacun puisse livrer son combat pour renaître à la vie, d'un droit pour écarter ceux qui veulent interdire ce combat pour nous embrigader comme soldats de leur combat dont les raisons nous échappent si peu que nous ne pouvons que les détester. Tout choix représente un combat mais c'est aussi le passage vers plus de liberté. Rien n'est pire que de refuser d'avancer et de se terrer pour éviter tout effort et combat avec soi-même... avant de songer à se mesurer à d'autres.

Le dictateur se justifie en parlant d'un dernier combat libérateur avant des siècles ou des millénaires de prospérité garantis par les règles de son système de pouvoir une fois que le monde environnant aura été purifié des mécréants et des infidèles aux règles du système. Le combat que mène l'homme libre n'a pas de fin sur cette terre. A défaut de devenir toutes et tous des chevaliers, évoluer consiste à franchir des frontières posées par d'autres ou d'autres systèmes de pouvoir, des murs sont à briser et des ponts à construire, des lieux de vie aussi. Souvenons-nous de Paul Eluard que nous avons déjà cité sur d'autres pages web de ce site :

je ne m'aime pas

j'aime mes amours

je ne les impose pas

mais je les défends