LA CONFÉRENCE DE NANCY ( 3 )

page entière

 

Pour l'instant l'auditoire devait comprendre que, notamment en France, la révolution puis la république ont tranché entre les deux formes de pouvoirs capables de conduire un peuple, le pouvoir religieux et le pouvoir politique, et ont imposé la notion de laïcité mais à ce stade, il y a occultation du temps des cathédrales, des 3 siècles organisés en réseaux par les ordres monastiques qui avaient eux-mêmes organisés les ordres chevaliers pour garder l’épée sous la coupe du sacré et protéger la vraie foi qui était alors loin d’être celle défendue par le pape. Lorsque le pouvoir politique refuse aujourd’hui encore l'ingérence du religieux dans les affaires de l'état, entre autre dans l'éducation des citoyens, n’est-ce pas plutôt pour défendre son organisation en système et cacher aux citoyens l’existence possible d’une organisation en réseau. Cette vieille querelle, si elle conserve un brin d'actualité tant que les mouvements religieux ne se sont pas transformés et n'ont pas brisé leurs dogmes pour se ressourcer aux voies de la spiritualité la plus profonde, n'a plus de raison d'être dans la nouvelle organisation sociale reposant sur les trois niveaux. Réactualisée, la laïcité ne pourrait plus concerner que le fait d'interdire à un groupe de travailler simultanément sur les trois niveaux, de passer sans transition du mystère aux règles sociales car ce phénomène est bien celui qui donne infailliblement source aux dogmes, aux vérités intangibles, aux gourous des sectes qui décrivent avec force de détails inimaginables leurs rencontres avec les présences du monde supérieur et leur traduction point par point de ce qui touche au mystère.  Dans ce sens, cette notion servirait à préciser un élément de sécurité pour ne pas sombrer dans les déviances intolérables des sectes. Mais il faut trouver alors un autre mot que laïcité pour définir cet état de fait. Dynamiser les voies de la spiritualité est inconcevable dans l'entendement actuel du mot laïcité. L'essor de la spiritualité au détriment des religions qui ne briseraient pas leurs dogmes abscons, provoque l'abandon de la laïcité. Le XXIème siècle sera spirituel... ou ne sera pas... il n'est pas pensable qu'il reste raisonnablement quelque peu laïque !

 Pierre scruta les visages de Laurie et de Dominique. Toutes deux pointaient leur index sur le cadran de leurs montres. Oui... oui mais sans tirer toutes les conséquences de l'illumination, le discours d'un poète ne pouvait pas être compréhensible ! Pierre n'allait tout de même pas prendre en aparté ces deux là pour leur répéter la phrase de Rama Krishna : maintenant qu'on avait commencé, il fallait aller jusqu'au bout sinon il ne fallait pas commencer ! Au fond de la salle, Gérard d'un large mouvement de bras lui fit signe de continuer. Pierre, absorbé par son propos n'aurait pas pu dire si des gens avaient déjà quitté la salle... apparemment tous étaient restés. Le conférencier poursuivit en présentant à l'écran le portrait de Napoléon Bonaparte durant la campagne d'Égypte.

 Les deux premiers niveaux de travail sont sous la puissance des forces spirituelles, d'abord irrationnelles puis rationnelles, le troisième niveau étant sous la puissance du sabre, sabre ou épée qui doivent se ranger normalement sous la garde des forces spirituelles. Pour confirmer sa conception et démontrer tout son sérieux, Pierre cita le mot de Napoléon : " Je sais qu'un jour les victoires s'accompliront sans canons et sans baïonnettes... Il n'y a que deux puissances au monde : le sabre et l'esprit. A la longue, le sabre est toujours vaincu par l'esprit. " Il confirma cette position avec une autre citation de Charles de Gaulle " L'épée est l'axe du monde et la grandeur ne se divise pas "[1] Le poète ne faisait qu'ajouter une chose au propos de Napoléon : l'esprit pouvait vaincre à condition de s'imprégner de la sagesse transmise par l'illumination à travers l'initiation. Quant à de Gaulle, le monde dont il parle est bien celui du troisième niveau mais au contraire de Napoléon et de Kléber, de Gaulle n'a pas reçu la haute initiation de l'Égypte antique et il ne fait pas référence aux puissances situées sur le premier et second niveau de travail humain sinon qu'en utilisant un mot générique et vague : celui de grandeur qui mesure le travail sur l'ensemble de ces trois niveaux.

Arrivé à ce stade de la conférence, Pierre annonça que l'on pouvait passer à la troisième partie. Il répéta son plan. Après la nature de l'illumination, ses conséquences au niveau de l'organisation de la communication et du travail humain et la nécessité d'intégrer ce travail humain dans un environnement de violence pour lui donner sa dimension sacrée de conciliation des contraires, nous étions en mesure d'aborder dans une deuxième partie, une illustration historique pour montrer comment s’était déroulée l’opposition entre les organisations sociales en réseaux et celles en systèmes de pouvoir. Le cas de Napoléon est intéressant car il est l’un des derniers dirigeants politiques français à avoir reçu la plus haute initiation dans les rites égyptiens anciens et à partir d’eux, à avoir cherché à construire une société plus respectueuse des droits de l’être humain. Napoléon et Kléber ont reçu en Égypte la plus haute initiation possible à leur époque et cette initiation eut lieu dans la grande pyramide de Kheops à Gizeh, initiation qu'ils transposèrent en 1798 dans la fondation de la loge Isis à Alexandrie, première des nombreuses loges qui réunirent officiers et soldats de toute l'Europe dans le futur empire et la Grande Armée. Pierre poursuivit pour préciser que ce but donné par Napoléon à sa politique, fut en réalité le cœur politique de la civilisation égyptienne qui régna six mille ans et qui transmit une partie de son savoir au judaïsme, à la Grèce antique puis à notre civilisation européenne au cours du moyen-âge. Le public avait-il dans ses lectures, au moins apprécié correctement l'enseignement de Pythagore ? N'était-il pas rétif à la compréhension de l'unicité et de l'universalité du nombre ? Pierre se douta bien que la plupart des membres du public n'en était restée qu'au mot ! A la littérature de bas étages ! Savait-il que Pythagore avait été comme Moïse, un initié des hautes pratiques religieuses égyptiennes ? Connaissait-il l'histoire du temple et de la Double Maison de Vie de Dendérah ? Avait-il été au moins voir au musée du Louvre le zodiaque de Dendérah ? Enfin ! Pouvait-il parler des Lois divines et des mathématiques célestes ? Quelle était sa position sur l'histoire égyptienne pré dynastique avant Ménès ?.Ne pouvait-il rien rechercher à ce sujet chez Platon et son histoire de l'Atlantide ?

 Avant de contester notre organisation actuelle du pouvoir, Pierre parla de la préparation d'un des derniers grands véritables voyages de notre civilisation occidentale vers la recherche des racines d’une organisation sociale en réseau fondée autour de l’initiation spirituelle, vers cette connaissance fondamentale du principe d'Amour que nous pouvons découvrir en nous, cette lumière que les croyants espèrent trouver au moment du décès de leur corps pour sauver leur âme, cette lumière qui guide nos façons de vivre et scelle le caractère sacré de nos relations humaines, de nos amours. Il parla du travail fait à Cluny, cette abbaye magnifique que seule plus tard dépassa en grandeur la basilique Saint-Pierre de Rome... de Cluny qu'aucun membre du clergé catholique ne sut sauver vers 1820 de la dynamite des marchands de pierre comme si plus aucun haut dignitaire catholique ne connaissait l'histoire de ce lieu, comme s'il n'y avait plus d'argent dans l'église catholique pour acheter ce symbole que même un marchand de pierre put offrir à sa cupidité ou alors comme si l'autorité catholique romaine s'était soulagée d'être débarrassée d'une source autrefois rivale à sa puissance temporelle, source tarie depuis longtemps dans les flammes des bûchers allumés par les dominicains mais dont les pierres subsistaient encore telle une menace virtuelle... Cluny recueillit les textes sauvés au Mont Cassin vers l'an 500 par Saint Benoît de Nurcie pendant que la papauté décadente détruisait à Rome tout le corps de savoir provenant des auteurs grecs, romains, égyptiens et autres pour tenter d'affirmer son pouvoir religieux à travers une nécessaire et supplémentaire adaptation des évangiles et du Nouveau Testament et ceci, trente ans après la chute de l'empire romain d'occident. A travers cette crise de théocratie, la papauté se différencia alors de Théodoric, roi des Goths devenu roi des italiens sous l'autorité de l'empereur d'Orient, et qui à Ravenne, sa capitale, fit restaurer les monuments romains et lisait Aristote, Euclide et Ptolémée. Ce fut l'époque des aristocrates romains qui n'avaient plus comme marques de pouvoir que de devenir coûte que coûte Pape en se séparant de l'église orientale de Byzance qui soutenait les Goths or Byzance n'accepta pas une telle outrance ! Plus tard les rois carolingiens décidèrent de rompre avec les restes de l'empire romain d'orient et pour asseoir leur pouvoir, ils favorisèrent l'extension du pouvoir temporel de la papauté romaine en leur donnant des terres. Afin de se défendre contre les prétentions des papes de Rome dont les terres se rapprochaient du mont Cassin, les moines prirent le parti de transporter les manuscrits en Bourgogne, les éloignant d'une saisie possible des papes romains.

 Pierre parla du mariage sous ces voûtes de Cluny hautes de 30 mètres, des traditions passées : du rameau hébraïque avec Moïse, David, Salomon; du rameau grec avec le savoir pythagoricien, platonicien, rameau musulman aussi, rameaux qu'au mont Cassin travailla Benoît de Nurcie et son ordre ; du rameau celte ensuite apporté par les druides chrétiens avec Pelage, Patrick, Colomban puis plus tard Malachie. La tradition chrétienne est formée à Cluny et un savoir matérialiste se répand pour traduire au quotidien les principes tirés des connaissances divines et spirituelles disponibles pour l'époque. Les règles bénédictines s'appuient sur les prescriptions de Benoît de Nurcie qui lui-même adhéra aux règles cénobites transcrites par Pacôme[2] qui vécut en ermite en face du temple de Dendérah et qui, à la suite de Jean et d’Antoine, tenta de sauver les enseignements des prêtres de ce plus vieux temple égyptien dont l’une des clés initiatrices était la compréhension de l’Apocalypse, c’est à dire le grand cataclysme qui cycliquement correspond au basculement de la terre sur son axe pour trouver un nouveau centre de gravité, une fois évacuée les forces emmagasinées à cause de la rétrocession de la planète dans sa navigation astrale. Comment l’initié pouvait-il expliquer qu’il est dans les plans de Dieu que régulièrement la vie sur terre et l’humanité soit balayée et détruite par de tels cataclysmes ? Comment peut-il y avoir de l’amour divin dans une telle destruction potentielle de l’humanité ?

Pierre parla ensuite de Cîteaux où le voyage acheva sa préparation. Des liens entre Cîteaux et ces chefs normands qui conquirent en éclaireur les bases de départ du voyage vers la source : la Sicile, Malte, et des liens entre les moines et ces navigateurs normands qui cherchèrent en Amérique du Sud l'argent pour financer le voyage puis, au retour, la construction des cathédrales qui attestèrent pour la chrétienté de la redécouverte de la Loi des Nombres issue des lois divines et des mathématiques célestes des temples égyptiens, savoir détenu à l'origine dans le temple de Dendérah. Il parla de ces papes bénédictins qui de Sylvestre II, le pape de l'an mille, à Urbain II se donnèrent comme objectif de reconquérir Jérusalem et la Terre Sainte pour retrouver un savoir encore caché là-bas. Urbain II, ancien prieur de Cluny, une fois l'Angleterre conquise par les Normands en 1066 et ce d'après les plans du moine bénédictin Lanfranc, professeur à l'abbaye du Bec-Hellouin, ordonna la première croisade en 1096. En 1104, le comte Hugues de Champagne fait un séjour à Jérusalem et à son retour en 1108, il se confie à Etienne Harding, abbé de Cîteaux. En 1114 Hugues de Champagne retourne à Jérusalem et l'année suivante, à son retour, il offre à l'abbé de Cîteaux un terrain à Clairvaux. En 1115 Bernard quitte Cîteaux pour fonder l'abbaye de Clairvaux et en 1118, neuf chevaliers instruits par Bernard de Clairvaux viennent à Jérusalem pour fouiller les fondations du temple de Salomon et retrouvés les documents cachés sous le Saint des Saints par les nazôréens[3] et l'église de Jérusalem dont Jacques, frère de Jésus fut le premier évêque. Cette communauté participa à la direction de l’insurrection contre les romains et ses documents furent donc cachés avec le trésor du Temple par les dirigeants de l’insurrection à la veille de la destruction de la ville. Les survivants de cette destruction qui s’installèrent en Europe léguèrent à leurs descendants le secret de ce trésor caché et ces familles vers l’an mille sont à l’origine de cette politique du retour à Jérusalem[4]. Plus tard, ce mouvement se poursuivra à travers la franc-maçonnerie. La papauté, les papes non issus du mouvement bénédictin avaient une raison différente de s’associer à cette entreprise : s’ils parvenaient à diriger la reconquête des lieux saints et celle de Jérusalem, alors le pape de Rome non seulement viendrait au secours de l’église de Constantinople mais aurait l’argument décisif pour asseoir la primauté de Rome dans l’ensemble de la chrétienté vis à vis de Constantinople certes mais aussi vis à vis des rois et empereurs d’Europe, principalement vis à vis de l’empereur du Saint empire romain germanique. En 1125, Hugues de Champagne abandonne sa famille et ses biens pour retourner à Jérusalem comme moine sous la direction de Bernard de Clairvaux. Bernard de Clairvaux depuis son abbaye, organisa une société dirigée par les nouveaux maîtres du savoir que servait une milice des meilleurs chevaliers d'Europe. Sollicité par le pape de prêcher une nouvelle croisade, il se désintéressa de la question pour privilégier le développement social et économique de son organisation européenne en réseau. Le savoir tant cherché avait été comme ramené de Terre Sainte et il suffisait à éclairer d'un jour nouveau l'Europe. Les guerres pour la possession de Jérusalem n'avaient plus d'intérêts pour l'ordre bénédictin. Sa raison de vivre et de mourir était de garder à nouveau l'épée sous la garde du sacré, de ce sacré complété par des éléments de connaissances revenant de Jérusalem et trouvant leurs sources dans le savoir sacré de l'Égypte antique ( à l’époque de Jésus, l’empereur Auguste fait restaurer le temple de Dendérah et y reçoit l’initiation réservée aux pharaons. Les Esseniens, les Nazoréens comme les autres communautés savantes de la région devaient y envoyer certains de leurs membres pour notamment comprendre la raison d’être de l’Apocalypse et celui qui pouvait en parler attestait ainsi qu’il avait acquis cette initiation, or Jésus comme Jean livrèrent une interprétation de l’Apocalypse ). En un siècle, de 1170 vers 1320, 80 cathédrales et presque 500 abbayes furent construite dans la seule France. Ces constructions représentent plus de travaux de maçonnerie, de terrassements et de taille de pierre que tout ce que réalisa dans ce domaine l'Égypte ancienne, construction des pyramides y compris. Le succès de ces entreprises s'explique par l'organisation économique et sociale en réseau qui décupla les énergies et les initiatives sous la conduite des ordres monastiques et chevaliers. Pierre fit une rapide digression pour poser au public la question de l'intérêt des manuscrits de la Mer Morte découverts après 1948 et des manuscrits coptes cachés vers 300 à 400 après Jésus-Christ et découverts à Nag Hammadi vers 1945. Ces découvertes ne peuvent-elles pas prouver que des textes relatifs à Jésus, au Messie restaient bel et bien cachés en Terre Sainte, dans les ruines de Jérusalem nivelées après la prise de la ville en 70 par Titus ?. Et dans l'étude des textes sauvés au Mont Cassin, les moines de Cluny ne purent-ils pas avoir l'assurance que cette cachette existait toujours ?

Ces moines bénédictins et par la suite ces maîtres du Temple ne s'étaient pas arrêtés aux dogmes des Pères de l'Église romaine. Eux aussi savaient de nouveau que Jésus n'avait pas été le premier fils de la femme conçu par la puissance divine même si à Rome quelques papes pas toujours très érudits en avaient décidé ainsi pour perpétuer l'œuvre dominatrice de l'empereur Constantin lors du concile de Nicée, le 20 mai 325. Bernard de Clairvaux ne combattait-il pas le dogme de l'Immaculée Conception ? Est-ce pour cette raison que Rome n'a pas réclamé à la république française la restitution de cette vénérable abbaye transformée aujourd'hui en prison ? Pierre prit à témoin son public.

Il poursuivit. Parmi ces moines, beaucoup connaissaient l'histoire de Nout et de Horus, l'histoire de Devaki et de Krishna. Ils connaissaient la liste des dieux nés d'une vierge : Krishna, Gautama Bouddha, Indra pour l'Asie ; pour le Moyen-Orient : Zoroastre, Adonis, Attis, Mithra né d'une vierge dans une étable le 25 décembre vers 600 avant notre ère et dont la résurrection était célébrée à Pâques. Même l'empire romain a eu un de ses sauveurs primitifs, Quirinus, né d'une vierge. Bon nombre de moines durent sourire en comparant l'instauration de cette légende dans le christianisme et les textes anciens[5] racontant l'histoire de Juda de Gamala, l'homme de Galilée, héros de Dieu qui appela Israël à l'insurrection, fit frapper des monnaies portant le mot de République[6], organisa son territoire d'Israël sur cette organisation et élabora une doctrine dans laquelle Dieu seul était le roi du peuple élu comme au temps de Moïse. Ce Juda de Gamala eut avec Marie des fils qui s'appelèrent par ordre de naissance : Jésus et Thomas les jumeaux[7], Simon-Pierre et Jacques, enfants qu'éleva Zébédée à la mort de Juda de Gamala tué par les romains et au remariage de Marie avec lui afin de sauvegarder la lignée royale de David. Ils savaient que Jésus n'était pas le premier à instaurer le rite de la cène et à faire vivre le mystère de la transsubstantiation du pain et du vin en corps du Christ, que Moïse et les grands prêtres égyptiens célébraient le même rite. Ils connaissaient l'histoire humaine de Jésus et avaient lu les chroniqueurs romains comme Flavius Joseph avant qu'à Rome d'autres ecclésiastiques n'expurgent de ces manuscrits tous ces détails compromettant pour l'histoire sainte, histoire sainte qui devait servir de légitimité à l'expansion du pouvoir papal. Ces moines avaient entre leurs mains les textes anciens sauvés par Benoît de Nurcie, ils avaient pu lire les manuscrits sauvés par d'autres des autodafés. Ils savaient qu’Irénée, évêque de Lyon vers l’an 200 réclamait déjà l’interdiction des initiations individuelles, des célébrations comme celles d’Éleusis car ces pratiques empêchaient le développement d’un système de pouvoir religieux à partir des évêques et capable de contrôler le savoir spirituel de chaque communauté chrétienne. Jamais les prêtres de Dendérah n’avaient demandé de telles mesures dans leur organisation en réseaux. Ces moines, eux aussi, cherchaient à remonter le rameau hébraïque jusqu'à la Loi des Nombres, le Cercle d'Or de la Haute-Égypte construit à Dendérah, le plus ancien temple égyptien restauré une première fois par Kheops en face duquel Pacôme avait fondé leurs règles cénobites et ils s'accrochaient à l'un des derniers représentants chez les juifs de cette royauté pharaonique : Salomon. Comme les prêtres antiques, ils cherchaient à redécouvrir le savoir perdu lors de l'assassinat par les Hyksos d'un roi de Thèbes gardien des rites initiatiques pour l'intromission des pharaons, le roi Sekenenrê Taâ II assassiné par celui qui avait le nom égyptien d'Apophis. Pierre rappela que Thèbes est la ville la plus proche de Dendérah et de fait, la puissance militaire gardienne de ce lieu sacré originel. Dans ce savoir perdu, il était question de faire ressusciter à la vie divine celui qui allait ensuite avoir la charge humaine de pharaon, c'est à dire de représentant de dieu pour servir de lien entre le Créateur et l'humanité. Mais les moines n'avaient pas entre leurs mains tous les documents et, Pierre le rappela, ils durent se résoudre à monter une expédition armée pour envoyer quelques-uns uns des leurs à Jérusalem et en Terre Sainte retrouver sous le Saint des Saints du Temple, le chaînon manquant à leur savoir. A travers leur ordre, les Templiers, du moins leurs maîtres dans le secret de leur enseignement, tentèrent entre la royauté et la papauté fourvoyée dans une temporalité anachronique, de remettre à jour un ordre social directement inspiré de la théocratie égyptienne, de ce peuple qui sut garder l'épée sous la conduite du sacré, construire des merveilles pendant des siècles et des siècles sans recourir à l'esclavage[8], à la tyrannie sanglante contre les siens et qui accepta de transmettre d'une manière toute parcellaire quelques-unes de ces connaissances spirituelles et mathématiques aux savants les plus brillants des pays voisins, principalement aux savants grecs favorisant par là la pérennité de leurs sciences et plus tard, la renaissance de notre civilisation occidentale, notamment lorsque les érudits grecs et orientaux durent quitter Constantinople lors de la chute de cette ville sous les assauts ottomans en 1453 pour venir s'installer à Ravenne, Venise ou Milan. Cette époque pour l'Europe s'appelle la Renaissance, une nouvelle naissance grâce au savoir oriental, savoir expurgé en occident par la papauté romaine mais conservé par les moines à Cluny, Cîteaux, Clairvaux et par l'ordre des templiers détruit plus d'un siècle auparavant, savoir ancien encore présent également en orient jusqu'à la fin de Constantinople et rapatrié en Italie du Nord.

Ce voyage, qu'avait-il donné sinon la répression des chercheurs de lumière et la victoire tyrannique et sanglante des instaurateurs du dogme de la propriété exclusive des connaissances divines par le pouvoir temporel religieux de l'église catholique romaine associé aux pouvoirs temporels des chefs de guerres qui bataillaient à se tailler des royaumes parmi les populations. Ce monopole du dogme basé sur des évangiles trafiqués par les Pères de l'Église romaine avec des bases aristotéliciennes absconses, a détruit une connaissance des lois divines plus vivantes et sociales que le travail des abbayes avait pu restaurer dans la lignée du savoir antique. Pierre martela son discours : la papauté romaine n'avait fait que prendre des décisions sujettes à critiques car non étayées par une doctrine constructive et vivante, et ne défendant que le seul pouvoir du pape sur les rois et les peuples. Sur ce plan, la papauté s'est attachée à transformer les restes de l'empire romain en un nouvel empire culturel fondé sur la monopolisation d'une doctrine spirituelle prônant l'initiation à la résurrection, à la dimension divine durant son existence terrestre pour détourner celle-ci dans un dogme religieux catholique. Ce dernier stipule que les fidèles doivent respecter un strict devoir d'obéissance au pouvoir religieux, seul détenteur de ce savoir, pouvoir qui, pour combler ses lacunes et ses contradictions originelles, s'est échiné à bâtir à coups de dogmes, une légende chrétienne des plus complètes à travers ses emprunts à d'autres religions puis, plus fréquemment, à la morale de sa classe dirigeante soucieuse de protéger son pouvoir au travers d'interdits de plus en plus nombreux.

La doctrine chrétienne, par contre, a été forgée dans les abbayes de Cluny, Cîteaux, Clairvaux mais les abbés prirent bien garde d'imposer aux fidèles des choix ne servant qu'à soutenir l'infaillibilité d'une organisation temporelle et matérielle de l'église ! Ils préférèrent favoriser les voies de la spiritualité individuelle et communautaire, aider la vie économique et sociale de leurs contemporains et les réunir sous les nefs des cathédrales pour que chacun puisse dans la lumière de ces vaisseaux de pierre trouver le chemin de sa propre voie spirituelle à la rencontre de Dieu, trouver sa propre initiation à la dimension divine vivant en nous, parcourir son involution pour ensuite faire profiter la communauté de son évolution. Aujourd'hui les règles canoniques existent toujours mais elles n'ont plus l'assise d'un corps de savoir spirituel dans lequel les peuples pourraient puiser leurs règles quotidiennes d'organisation politique, économique et sociale et la restauration d'une autorité de l'église passe par la reconnaissance de cette doctrine élaborée par les moines et mise en pratique par les chevaliers du Temple et des autres ordres de chevalerie. Le conférencier reformula son propos pour bien faire comprendre au public qu'à l'époque, nous nous trouvions bien en présence de communautés fondées essentiellement sur la pratique d'une recherche mystique et peut-être spirituelle, poétique pour certains de ces membres. Ces communautés défendaient et partageaient des valeurs sacrées tirées de l'approche du divin et faisaient respecter leurs commandements à travers des ordres chevaliers qu'elles créaient, géraient, contrôlaient à travers des équipes de moines soldats qui servaient de relais entre les deux organisations. Ces ordres chevaliers dirigés depuis les abbayes représentaient la garantie politique et militaire du développement du deuxième contrat social, du travail sur le deuxième niveau sans lequel aucune organisation sociale ne peut établir une légitimité et posséder ses objectifs humains de progrès. Cette organisation sociale est à la clé de l'expansion du haut moyen-âge européen, à la base des relations avec les autres continents, dont les Amériques. L’ordre du temple en 1300 était devenu le plus grand propriétaire foncier du pays mais la règle templière interdisait à une minorité de membres d’en monopoliser les fruits ou la disposition. La gestion de ce patrimoine considérable restait bien communautaire et égalitaire. Cette gestion représentait bien le contre exemple de la féodalité et de la gestion des seigneuries, comtés, par les nobles. Comme l’ordre du Temple n’était pas soumis à l’impôt, sa gestion était indépendante vis à vis du système féodal. Il y avait bien juxtaposition de deux économies : une économie érigée en système sous le pouvoir royal gérant une propriété collective et une propriété individuelle accordée aux serviteurs de l'ordre royal et une économie organisée en réseaux détentrice d’une propriété communautaire considérable gérée par les abbayes. Cette économie en réseau était bien plus dynamique, constructive, solidaire et égalitaire. L’orateur fit remarquer à son public qu’aujourd’hui nous étions dans une situation semblable. A côté d’un système économique capitaliste qui organise l’économie marchande et mène les peuples à des impasses sur la qualité de vie, l’environnement, le financement des retraites, les techniques nouvelles de communication favorisent le développement rapide d’une économie en réseaux capable de répondre aux insuffisances de la première. Comment va se régler le conflit entre ces deux manières d’organiser la vie sociale ?

Quant à Philippe le Bel, dépendant de la puissance financière construite par tous ceux qui croyaient dans les bénéfices de l'organisation templière, il fallut qu'il comprenne que le Temple ne le soutiendrait pas dans sa candidature au trône du Saint Empire Germanique et que cette organisation politique lui préférait un autre candidat, pour qu'il décida la destruction de cet ordre templier, principal obstacle dans sa course au pouvoir le plus vaste sur les traces d'un nouvel empire européen et capable de le sortir de la ruine dans laquelle l’avait mené l’ordre du temple et cette organisation en réseau du pays. Du même coup il prenait sa revanche sur cet ordre templier qui avait mis tant de temps à accepter d’avancer l’argent pour la libération de son grand-père, le roi Saint-Louis, prisonnier des musulmans à Tunis et du même coup, il faisait disparaître toutes les dettes royales envers l’ordre templier. Entre l'organisation d'un empire européen au pouvoir centralisé qui n'existait plus depuis Charlemagne et l'organisation en réseaux de groupes défendant la même cause partout en Europe qui existait à travers les ordres chevaliers et monastiques, le sort de l'Europe bascula dans la lutte stérile des royaumes qui tour à tour cherchèrent les dimensions d'un empire chimérique ! Pierre fit remarquer à l'assistance que cette question s'était cruellement reposée au cours de notre siècle et qu'elle n'était toujours pas réglée ! Il revint à la fin du moyen-âge. Dans ce vide de connaissance fondamentale, la civilisation occidentale vécut les siècles les plus noirs de guerres civiles, guerres de religions et de désastres causés par la peste importée d’Asie par des marins de Venise qu’aucun pouvoir servant l’intérêt général ne contrôlait plus. S'engouffra alors dans ce vide, après un absolutisme royal enfin établi pour être aussitôt rejeté, un nouveau système politique et économique dans lequel l'appropriation par les riches et puissants des découvertes de la science et des technologies servit leur volonté de bâtir une nouvelle doctrine : le capitalisme, moteur intellectuel du développement de l'ère industriel. Mais dans ces passages de l'histoire, il n'y a aucune trace d'une limite spirituelle capable de préserver les populations contre les misères du matérialisme. Il y eut toutefois très tôt, une entreprise de contestation de cet absolutisme royal. Il prit la figure d’une jeune fille chevauchant le pays et renversant bon nombre d’interdits pour établir une organisation dirigée, une fois de plus, par Dieu lui-même puisque les hommes étaient incapables de s’entendre pour servir l’intérêt général des peuples.

La querelle politique déboucha sur la guerre de cent ans. Les dirigeants du mouvement monastique et chevalier admettaient qu'une femme devienne reine de France, comme des femmes étaient devenues reine d'Égypte ou d'ailleurs. De plus, nombre de templiers s'étaient repliés en Écosse et en Angleterre, pays qui avait signé la grande charte et présentait un pouvoir royal moins absolu et centralisé qu'en France. Que des anglais vassaux du roi de France aient refusé de se soumettre aux prétentions dictatoriales du roi de France et aient reconnu les droits d'une femme à devenir reine de France reste donc logique. Cette guerre de Cent ans porte plus sur un mouvement de résistance contre les volontés d'un pouvoir royal absolutiste français que sur une guerre entre deux peuples. Devant l'imbroglio de la situation, l'intervention d'une Jeanne d'Arc devient plus claire. Lorsqu'elle décida le roi de France à se faire sacrer à Reims en présence de son beauséant à l'effigie certainement de la croix templière, le sacre marqua un moment de réconciliation nationale entre les partisans du roi et les résistants à l'absolutisme royal qui prenaient comme signe de ralliement, les emblèmes des anciens chevaliers templiers. Le roi n'accepta que difficilement ce sacre. Ceci peut se comprendre.

Cette jeune fille qui lui offrait ce sacre à Reims était bien l'émissaire de l'ancien ordre templier et de cette organisation de la société en réseaux monastiques et chevaliers. L'origine mystique de la vocation de cette jeune fille a pu être utilisée par les divers mouvements de résistance à l'ordre royal : le mouvement des templiers et des abbayes comme le mouvement encore plus ancien qui défendait la filiation du royaume de France avec Dieu à travers la lignée royale de David qui s'était installée en Roussillon lors de la destruction de Jérusalem. Il est probable que les tentatives de récupération de cette ferveur populaire en Jeanne d'Arc furent nombreuses et complexes. Restons-en au mouvement de résistance issu du temps des cathédrales, le plus puissant alors. Comme par provocation, ce mouvement de résistance à l'absolutisme royal, ne lui envoi pas un chef de guerre homme mais une femme. 

Ce symbole a au moins deux significations : le premier pour rappeler que si les chevaliers hommes templiers ont péri ou se sont exilés, les femmes peuvent prendre la relève car ce mouvement en réseau est bien populaire, hommes et femmes réunis. Le deuxième pour prouver que si la monarchie exclut les femmes de la succession du trône,  les femmes peuvent avoir une autre condition plus égalitaire dans une organisation en réseau. Jeanne vient rappeler à la cour royale que les règles édictées depuis Philippe le Bel ne sont pas celles du temps des cathédrales et que ces dernières n'ont pas disparu. Jeanne les porte sur ses épaules. Sacrer un roi ne représente pas une marque de soumission pour les réseaux de résistance. Au contraire, ces réseaux viennent proposer au roi la seule solution possible pour sortir le pays de la crise majeure engendrée par Philippe le Bel : l'organisation monastique est toujours puissante, alliée au Tiers-état, le clergé  et les représentant du peuple ont la majorité aux Etats-Généraux contre la noblesse. En restaurant le fonctionnement du système monarchique, le peuple et le clergé peuvent mieux défendre leurs intérêts qu'à travers ces guerres civiles incessantes qui les écrasent. Le sacre du roi à Reims est aussi la marque de ce nouveau fonctionnement de la monarchie. C'est le clergé et le peuple organisés selon les réseaux du temps des cathédrales qui font sacrer le roi. La noblesse est minoritaire dans cette affaire.

Jeanne d'Arc se conduit comme un chef de guerre, mais un chef templier. Elle part libérer des villes mais pas pour le compte du roi de France, pour la France oui, mais une France organisée en réseau, en réseaux de communautés de chevaliers et maintenant aussi en réseaux de villes. Dans le Saint Empire romain germanique, à cette époque, des villes libres s'étaient associées en réseau. En Alsace, ils formaient la décapole, une association de dix villes libres. Cette proposition n'avait donc aucun caractère extravagant. Certaines villes l'accueillirent, d'autres refusèrent de lui ouvrirent leurs portes. Entre l'indépendance pure et simple de la ville ou la possibilité de négocier les droits d'une ville libre lorsque le roi se présenterait aux portes, la possibilité de rejoindre une organisation de fédération de villes sous la tutelle d'une jeune femme envoyée par les successeurs des templiers ou tout au moins par un mouvement de résistance à l'absolutisme royal, le choix ne devait pas être évident pour les dirigeants de ces villes. Le roi une fois sacré, les mouvements de résistance retrouvaient un interlocuteur avec lequel négocier. Les chevauchées de Jeanne soutenue par la ferveur populaire devinrent inutiles sur le plan politique surtout que, semble-t-il, la jeune femme poursuivait son cheminement mystique et cette initiation personnelle ne correspondait pas à l'initiation conduite par le réseau des abbayes et des moines templiers. La vision de Dieu et de Jésus chez Jeanne d'Arc ne s'était pas enrichie du savoir rapporté de Palestine et d'Égypte. Sa foi était simple, exaltée, elle n'avait pas le recul des initiés qui ont achevé leur involution et cherchent la manière de la traduire dans une évolution. Avait-elle compris quelque chose du temps des cathédrales et mesurait-elle la portée de son engagement ? Le constat est qu'elle s'est retrouvée totalement isolée, surtout lorsqu'elle se décida à entrer par la force dans Paris et vint attaquer Compiègne. Devant l'indécision du roi, avait-elle osé faire ce que les templiers n'avaient jamais osé faire ? Fallait-il finalement venger l'ordre templier et destituer le successeur de Philippe le Bel ? En avait-elle le droit ? N'était-ce pas elle qui l'avait fait sacrer à Reims ? Jésus, le doux Seigneur, avait bien achevé l'œuvre de Moïse ! Elle put devant Dieu prendre ce droit et accomplir ce que l'ordre du Temple n'avait pas oser achever : en finir une fois pour toute avec la royauté sur le sol de France ! Mieux encore : en conquérant Paris et en y installant un pouvoir dirigé par Dieu lui-même, elle supprimait purement et simplement le pouvoir royal d'origine terrestre et humaine. Connaissait-elle l'histoire de la république de Gamala, des nazoréens, des premières communautés chrétiennes ? Savait-elle ce que signifiait pour Jésus, achever l'œuvre de Moïse ? Nous le pensons car la communauté de Sion, près de Nancy, possédait ce savoir et Jeanne semble-t-il y fut élève et fut préparée à en porter aussi les couleurs. A ce moment là la capture de Jeanne d'Arc fut rapide et peut-être eût-on préféré la voir tuer au combat.

L'intervention de l'Université de Paris pour soutenir la condamnation au bûcher de Jeanne d'Arc, ressort bien de la volonté des partisans du roi de France de rejeter une nouvelle fois tout mouvement vers une organisation en réseau de la société comme au temps des communautés monastiques et des chevaliers. L'Université dirigé par un évêque à la solde du pape vint trancher le dilemme. Le roi de France n'avait que peu d'arguments pour supprimer celle qui l'avait sacré. Rester lieutenant de Dieu pour diriger le royaume pouvait être un cadeau de consolation malgré tout enviable, pouvoir certes reçu d'une nouvelle prophétesse mais ceci ne faisait que reprendre la tradition pour l'établissement des rois d'Israël ou encore des pharaons. Les anglais étaient dirigés par des chevaliers gardiens de la tradition templière et s'emparer de Jeanne n'était qu'une manière de la mettre au secret voire de parachever son éducation templière bien plus réaliste et loin de tout mysticisme inopportun. Seule la papauté avait un intérêt fondamental à éliminer un double danger : celui d'une meneuse mystique capable de rappeler l'histoire humaine du Jésus lié à la république de Gamala et celui d'une chef résistante issue du mouvement templier, restauratrice du temps des cathédrales et de l'organisation sociale en réseau. L'université de Paris défendait aussi le prestige de sa ville, devenant bien plus encore la capitale du royaume après cette guerre de Cent ans. L'Université pour défendre son prestige, pouvait bien commettre de tels parjures devant la foi chrétienne. Quant aux anglais, il est logique qu'ils n'avaient aucun intérêt à faire périr Jeanne d'Arc sauf si l'entreprise communautaire de celle-ci était en mesure de bouleverser l'Europe mais la situation était loin d'être arrivée à ce stade. Pour eux, il fallait stopper l'élan populaire soulevé par les campagnes de Jeanne d'Arc et plus assurément encore par les résistants au système du pouvoir royal car cette jeune femme venait perturber leur jeu politique mené d'ailleurs chez eux aussi par les successeurs des templiers. Le jeu du chat et de la souris entre la papauté, l'Université de Paris et les anglais détenteurs de la prisonnière compliqua le procès et l'attitude de Jeanne refusant d'abjurer sa foi montre que si elle pouvait avoir des lacunes sur la culture templière, elle n'en avait pas sur la foi des premières communautés chrétiennes en Jésus. Devant l'obligation d'abjurer sa foi et ses déclarations sur ses relations avec Dieu et les saints, comprit-elle qu'elle était arrivée au même stade que Jésus lors de son faux procès devant les dirigeants de la religion juive ? Il est clair qu'à ce stade, pour l'initiée, le choix est d'une simplicité exaltante : suivre Jésus, suivre les grands maîtres initiés, ne pas trahir sa traduction des mystères au profit d'élucubrations humaines ignoblement faussées par le jeu d'intérêts matérialistes et politiciens scandaleux. L'initié(e) ressuscité(e) à la vie dès son existence terrestre et réellement d'outre-tombe est déjà vainqueur des bourreaux qui mettent à mort son corps charnel. S'il lui fallait à tout prix une étiquette, celle de nazoréenne lui irait comme un gant… voire de première égyptienne et fille d’Isis, la mère des ressuscités…

Des historiens ont évoqué, démontré, l'initiation et la préparation de Jeanne dans la communauté de Sion proche de Nancy ou par un de ses membres, communauté dont les racines plongent directement dans la communauté juive venu s'installer dans la région de Perpignan après la destruction de Jérusalem, communauté à l’origine déjà de la préparation des croisades et de laquelle s’écartera l’ordre du Temple. Nous ne faisons ici qu'évoquer cette hypothèse qui reste cohérente pour expliquer le fait que Jeanne défendit des valeurs templières tout en ayant son propre cheminement spirituel et sa propre évolution politique au seul service de Dieu, sans aucune compromission politicienne. Nous évoquerons également l'hypothèse que Jeanne fut de sang royal, ce qui justifia sa place particulière auprès du roi. Cette version a le mérite d'écarter tous les éléments mystiques et relatifs à la foi de Jeanne. Le poète préfère reconnaître la force des mots, de l'exemple, la force de cet enseignement sacré qui depuis la nuit des temps établit une alliance nouvelle entre Dieu et les êtres humains au point qu'il est possible de placer Dieu au cœur de l'organisation sociale dirigée alors par un couple d'initiés, l'un travaillant dans le monde supérieur, l'autre sur terre à l'aide des puissances du monde double. Ce fut le cœur de l'organisation de la civilisation égyptienne, notamment avant que le rite de nomination des pharaons ne soit perdu. Ce fut le défi de Moïse que de faire renaître un peuple organisé sur ces bases retrouvées. Ce fut le défi de Jésus que de rendre incontestablement vivante cette alliance nouvelle. La force de ce savoir global suffit à expliquer l'histoire de Jeanne d'Arc, encore faut-il le débarrasser des interdits et des tabous prononcés par la minorité au pouvoir qui dirige un système économique, politique et social et qui pour établir une légitimité capable de défendre ses intérêts privés, doit éliminer ce savoir global, doit éliminer la première source de savoir pour ne garder que la seconde source : la production de savoir intellectuel mesurée aujourd’hui à l’aune du matérialisme scientifique.

Une fois le roi de France remis à la tête du royaume, le véritable conflit se déplace sur d'autres terrains. Les successeurs des templiers en Angleterre, Écosse, Irlande, n'ont jamais arrêté leurs voyages vers le Nouveau Monde et la civilisation inca que des bateaux partis de La Rochelle la veille de l'arrestation de l'ordre, avaient rejoint. Ces nouveaux templiers ou francs-maçons anglais n'avaient certes pas pris le pouvoir chez eux et ils cachaient bien les sources de leur savoir. Combattre les anglais, pouvait-il signifier pour les partisans de Jeanne d'Arc, après avoir installé en France un roi qui leur était soumis, installer à Londres également un roi favorable à l'ancien mouvement templier et à une organisation en réseau ? Elle attaquait de front, eux devaient s'insurger de l'intérieur ? En tous cas, la royauté anglaise prit Jeanne d'Arc très au sérieux et s'activa à sa perte, ne dédaignant pas l’aide propice des dirigeants de la religion catholique et romaine au point de comprendre, semble-t-il tardivement, dans quel piège elle était tombée, ignorant certainement ce que cherchait à cacher la papauté.

Aujourd'hui encore, l'histoire de Jeanne d'Arc se résume à une leçon de patriotisme français dans laquelle, d'ailleurs, à force d'avoir occulté des pans entiers de l'histoire, il n'est plus fait mention de cette résistance à l'absolutisme royal. Jeanne paie elle aussi la volonté d'occulter le temps des cathédrales et l'autre manière d'organiser une société sur le sol français. Pourtant comme les pyramides en Égypte, les cathédrales sont là pour prouver que ce temps a bien été vécu, qu'un savoir nouveau avait enrichi la civilisation européenne, que des hommes, des femmes éclairés par une lumière n'appartenant pas à ce monde, sont morts sous les supplices pour nous en laisser le souvenir, la foi, les marques de l'espoir des êtres humains.

Pierre indiqua qu'ils n'avaient plus à aller à Jérusalem chercher des vestiges de la connaissance secrète, ils n'avaient plus à fouiller du côté de Sébaste, en Samarie, pour retrouver le tombeau de ce mort que les juifs adoraient comme un fils de Dieu et dont le cadavre fut brûlé en août 362 sur ordre de l'empereur Julien. Le zodiaque de Dendérah est au musée du Louvre au dessus d'un des deux sphinx en grès rose de Tanis dans la crypte de l'Osiris ( Pierre dit au public qu'il préférait cette présentation à celle actuelle dans le nouveau Louvre où tout est trop éclairé et où il n'y a plus l'évocation de ces lieux obscurs et secrets propres à la méditation...). Tous pouvaient comparer les textes du Tao-tö-King avec les propos de Socrate, d'Héraclite. Ils vivaient dans une époque où la connaissance n'était plus secrète. Elle avait déjà organisé pour des millénaires la vie des peuples les plus brillants dans l'histoire de l'humanité et si aujourd'hui, les décideurs de nos sociétés acceptent de lui redonner une place marginale, le poète trouva pour le public une phrase de bon aloi pour se positionner face à cette évolution récente. Il cita à nouveau Malraux : " la gloire, c'est vivre en marge ". C'est en marge d'un monde que l'on peut naturellement être à l'écoute d'un autre monde, c'est en marge de l'humanité que le poète ne quitte pas ses frères mais reste à l'écoute de la nature divine qui anime son âme. Le travail sur les deux premiers niveaux, l'élaboration des contrats interpersonnels et collectifs ne concernent pas l'ensemble d'une société[9] mais des groupes qui élaborent en confiance la traduction culturel de la rencontre d'un même mystère, celui de leur mort et de leur vie après la mort ! C'est seulement de cette traduction que sont tirées les règles politiques économiques et sociales en osmose avec le plus profond respect des valeurs humaines.

Ce travail a été réalisé par les moines bénédictins et leurs règles, leur entreprise fondée il y a 1400 ans, en font l'entreprise actuelle la plus vieille au monde. Ces moines représentent bien ce groupe réunit par un lien de confiance capable de leur faire partager le message tiré par chacun de sa rencontre avec Dieu. A côté de leur réorganisation de la vie politique qui fit du haut moyen-âge, du temps des cathédrales, une époque florissante, ils organisèrent également la garde de l'épée sous le sacré. A côté des ordres monastiques, ils fondèrent les ordres de chevaliers et c'est Bernard de Clairvaux qui rédigea les règles de l'ordre templier. Pierre rappela le lien culturel étroit entre le chevalier et les règles de l'amour courtois. Il questionna le public. Que fallait-il préférer : les mœurs élevés des seigneurs et chevaliers racontés par Chrétien de Troyes ou les bassesses et atrocités commises par les seigneurs actuels de guerre rapportés dans nos magazines et nos journaux télévisés ? La puissance économique et militaire de ces ordres assura une période de calme seulement troublée par les visées belliqueuses des rois ou des papes qui se devaient de contester et d'éradiquer l'émergence de groupes, d'ordres qui n'avaient pas pris le soin de se ranger sous l'autorité bienveillante de la papauté. Mais ce jeu des ordres monastiques et chevaliers dut s'achever tant la logique des monopoles des pouvoirs royaux et papal devint implacable, tant le principe d'autorité ne supporta pas ce genre de désobéissance. Le poète posa la question au public : comment remettre cette connaissance dans la pratique, comment témoigner d'elle, comment asseoir la porté de leur entreprise sur ce corps de connaissances ?

Pierre, après une courte pause pendant laquelle il vérifia qu'il avait le temps de poursuivre, se fixant comme objectif d'arrêter la conférence vers minuit vu que personne n'était encore sorti de la salle , recentra son exposé pour demander si les parents, élèves, professeurs présents dans le public, se sentaient à l'aise dans un système de formation qui enseigne toujours que Christophe Colomb a été le premier à découvrir l'Amérique ou qui, tout au moins, donne voix à ce mythe toujours debout et pas encore sévèrement combattu même si la plupart des historiens admettent que les vikings, les normands voire déjà les égyptiens allaient dans les Amériques. Pourquoi y-a-t-il ce mythe de Christophe Colomb ? Cette imposture ? Une partie du public remua sur sa chaise. Pierre aperçut Laurie qui lui fit signe de continuer pour en finir le plus rapidement possible. Pierre demanda poliment au public s'il pouvait lui expliciter la relation entre ce point d'histoire et les fondements actuels de la république française tout comme d'ailleurs les fondements de tous systèmes politiques aussi bien royalistes que démocratiques coiffant une organisation étatique dans la gestion d'un pays... Ces questions n'étaient pas anodines. Maintenant que le public avait pris connaissance avec la nature de l'illumination et sa portée au niveau interpersonnel, communautaire et social, maintenant qu'il venait de retrouver une des dernières entreprises humaines pour faire vivre cette organisation sociale en réseaux fondée sur la primauté du sacré, sur la primauté de l'être humain, maintenant que le public avait compris comment cette entreprise avait été détruite et gardée dans l'oubli, il était temps dans une dernière partie de la conférence de montrer comment cette entreprise d'occultation s'est développée jusqu'à aujourd'hui pour imposer la solution de l’organisation du pouvoir en système et jeter dans l’oubli et dans les tabous la solution de l’organisation en réseaux. L'histoire ou plutôt l'imposture jetée sur la vie de Christophe Colomb peut illustrer cette tentative d'occulter cette organisation sociale en réseaux qui dynamisa le haut moyen-âge. Cette imposture illustre aussi la manière avec laquelle ceux qui ont soutenu une organisation politique, économique et sociale fondée sur le principe d'autorité ont réussi par la violence et la traîtrise à éliminer une organisation plus humaine de la société parce fondée sur une organisation en réseaux de communautés cherchant à marier leurs cultures et non pas sur un pouvoir hiérarchisé voué à défendre ses dogmes et sans cesse en train d'exterminer les cultures avec lesquelles il entre en contact. 1492 n’est pas la date de la découverte d’un nouveau monde mais assurément c’est la date du début d’une nouvelle période de troubles et de guerres civiles en Europe, période qui n’est toujours pas finie tant les conflits, entre autres entre catholiques et protestants, les conséquences des guerres coloniales qui débutèrent officiellement en 1492 avec la bénédiction du pape, sont toujours présentes sur notre continent. 1492 est bien la date d’une formidable imposture dirigée par la religion catholique avec l’aide des rois d’Espagne et du Portugal. La France, parce qu’ancienne terre des templiers, parce que berceau d’une économie en réseaux qui faillit chasser la royauté et les dogmes des papes de Rome, en fut la principale victime. Pierre insista auprès de son public pour lui faire comprendre que cette conférence devait s’achever par un survol de l’histoire de cette lutte entre les défenseurs d’une organisation en réseaux fondée sur la production du sacré et l’initiation à la spiritualité pour tout être humain et les défenseurs d’un pouvoir organisé en système par une minorité sociale qui impose ses intérêts et ses dogmes.

A chaque fois, à travers l'histoire, il y a eu un choix possible car des hommes ont mis en place une autre solution, un autre espoir qui vivait à l'heure du choix. Ceux qui ont donc servi les principes d'autorité et d'efficacité pour défendre leurs intérêts à travers une organisation en système ont donc sciemment rejeté la primauté de l'être humain dans l'organisation d'une société. Ils n'ont pas reconnu chez l'étranger sa capacité humaine à produire du sacré. Ils n'ont pas reconnu chez l'étranger l'expression culturelle de sa production du sacré. Ceci est particulièrement vrai pour l'ère industrielle. Les producteurs imposèrent la primauté de la loi du marché, la primauté de l'économie et la liberté de leur commerce alors que jusque là, l'économie n'avait eu qu'une place secondaire, servant de moyens pour réaliser des buts politiques et sociaux. Vouloir réguler l'offre et la demande par le seul mécanisme de la fixation des prix rejette ipso facto les préoccupations sociales du devant de la scène et ne peut générer que des crises sociales cycliques qui empêchent une société de progresser dans sa cohésion et ses motivations pour minimiser la violence.

Le conférencier s'attarda sur ce point : pas de naïveté, changer nos sociétés signifie donc bien écarter par la puissance du sabre les tenants des pouvoirs actuels avant de confier ce sabre à la garde du sacré. Avant de songer à rassembler des groupes autour de ce but, Pierre insista sur le point fondamental de la démarche qu'il exposait : pour découvrir le problème, cerner le but vers lequel aller, il y a tout un travail indispensable à mener sur le savoir, ce savoir disponible et élaboré par un pouvoir afin de le revisiter, de le globaliser en y rajoutant une lecture des tabous prononcés par ce pouvoir pour enfin procéder à un nouveau choix des connaissances utiles à ce savoir actualisé à partir duquel va se réaliser la définition du problème que la nouvelle démarche va entreprendre de solutionner. Pas de naïveté, le poète illustra sa position en citant une anecdote à propos de Marx. Celui-ci criait du fond d'une salle enfumée quand les socialistes des premiers temps adoptaient des motions trop naïves ou trop indifférentes aux réalités : " on a jamais rien construit sur l'ignorance ". Le cas Christophe Colomb est une illustration exemplaire de cette lutte menée par les dirigeants des systèmes de pouvoir catholique et royal pour éliminer puis occulter l’existence d’une organisation sociale en réseaux.



[1]Charles de Gaulle, " Vers l'armée de métier "

[2]Saint Pacôme, ermite, 292-348.

[3] nom adopté par les fidèles originels de Jésus qui constituaient l'église de Jérusalem.

[4]  Voir le livre «  Le second messie. » de Christopher Knight et Robert Lomas chez Dervy.

[5] voir Flavius Josèphe

[6] médina

[7]Jésus étant le premier-né

[8] même si la période de construction des pyramides fut relativement courte.

[9]parce que tout être humain au cours de son existence terrestre n'approche pas le contact surnaturel au même moment. Il y a ici manifestation de la rareté. Mais chacun peut s'intéresser et se préparer à ce contact inéluctable. La voie initiatique doit rester toujours ouverte et possible.

 

épisode suivant

             

la liste des épisodes     accueil