LA CONFÉRENCE DE NANCY ( 4 )

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Que sait-on de l'histoire de ce navigateur ? Qu'il avait épousé la fille d'un Grand Maître de l'Ordre du Christ qui, au Portugal, avait pris la succession de l'Ordre du Temple[1]. Qu'il eut beaucoup de mal à convaincre les puissants de l'époque d'aller traverser les mers pour découvrir un nouveau continent en suivant l'étoile du matin, cette étoile appelée la Merica depuis l'Egypte antique, nom repris par les communautés spirituelles qui entretenaient le savoir antique comme celle de Qoumrâne, celle des nazôréens de l'église de Jérusalem, celle plus tard des moines soldats templiers ! Et cette étoile du matin dans le nouveau monde, le continent tant recherché, est aussi, dans le nôtre, l'étoile du soir, la planète bleue des anciens, l'étoile symbole des plus vieilles connaissances sur l'origine des connaissances humaines.

 Le conférencier resta concis. La principale source de richesse pour financer le temps des cathédrales fut l’argent des mines d’Amérique du Sud que la flotte templière transporta jusqu’aux ports français de la Rochelle, de Dieppe, de Saint-Valéry en Caux. Deux sites sont connus : la région du lac Titicaca et de la ville antique de Tiahuanaco qui a l'époque était à l'abandon et avait été le lieu d'une colonie viking. Au Pérou, l'argent provenait surtout de la zone de Porco, située dans une chaîne de montagnes de la cordillière, sur le flanc oriental du haut plateau aujourd'hui bolivien, au sud-est de Tiahuanaco. Les Espagnols appelèrent cette chaîne Sierra de la Plata, sierra de l'Argent. Une partie de l'or et de l'argent prenait le chemin de l'Atlantique en empruntant la branche nord du peaviru, celle qui, au Paraguay, passait par Cerro Cora où le métal était transformé en lingots. Du port de Santos, l'argent traversait l'Atlantique. L'ordre templier à ce moment là importait d'importantes quantité d'argent pour financer la construction des abbayes et des cathédrales. Ce trafic s'interrompit lors de la prise de Tiahuanaco par les Araucans vers 1290. Après la chute de l'ordre du Temple en France, une colonie templière venue de France aida les Guaranis à reprendre Tiahuanaco et une nouvelle restauration de l'antique citée eut lieu. Le deuxième site de production de l'argent est le Mexique. Il dépendait de l'empire Atzèque puis de l'empire Inca. Les templiers s'allièrent avec la civilisation du Mexique et de cet échange est né l'empire Inca. Le Mexique travaillait essentiellement l'or, l'argent et le cuivre. L'argent n'était qu'une production secondaire et l'extraction des minerais restait rudimentaire. Les vikings puis les templiers préférèrent développer leurs technologies minières et de fonderie en toute autonomie politique et militaire et plutôt que de les livrer aux peuples du Mexique, il firent le choix de s'installer au Pérou pour développer une véritable industrie minière. Aujourd'hui, la situation s'est inversée, le Mexique est le premier producteur d'argent du monde ( 2,8 millions de tonnes ).

En utilisant la connaissance des routes maritimes des normands et des vikings, la flotte templière parvint à rejoindre le lieu légendaire d’où étaient partis les ancêtres des survivants de l’Atlantide qui vinrent rejoindre le grand fleuve au confluent des trois continents que le dernier grand cataclysme n’avait pas bouleversés. Et de ce lieu initiatique source d'un savoir collectif bien plus puissant que celui transmis par la Bible, venait aussi une nouvelle source de richesse, l'argent, capable de transformer l'Europe à travers une nouvelle organisation en réseau fondée sur les travaux des moines bénédictins qui depuis le Mont Cassin, Cluny, Citeaux et surtout Clairvaux, ont poursuivi le travail sur le savoir humain gardé des millénaires dans le cercle d'or du temple égyptien de Dendérah. La tradition des temples égyptiens gardait secret cet endroit proche du lac le plus haut sur la terre, de ce lac de Bolivie où se trouvent des inscriptions et des dessins représentant des hommes en scaphandre de cosmonautes et venus de cette planète bleue. Le chemin le plus direct depuis l'Europe pour rejoindre ce lieu passe par les Antilles et l'Amérique centrale. En traversant à pied l'isthme américain, ce chemin longe la Cordillère des Andes pour accéder au plateau bolivien. Est-ce seulement une coïncidence si les voyageurs européens de l'antiquité jusqu'à Christophe Colomb convergèrent vers cette direction et participèrent au dynamisme de la civilisation Inca, délaissant les comptoirs vikings d'Amérique du Nord ? Participèrent au dynamisme de ce peuple de talentueux métallurgistes dont les oeuvres allaient stupéfier l'Europe et Charles-Quint et dont la tradition du travail des métaux provient de ces survivants de la Mérica venu sur terre dans leur vaisseau spatial aux alliages métalliques inconnus sur terre ? La coïncidence est manifeste entre cette planète bleue, le peuple venu de cette planète, l'attirance de ceux qui avaient la connaissance en Europe pour retourner auprès de ce berceau de la civilisation, et l'expédition de Colomb.

 Pierre parla des relations entre les vikings de Normandie et ceux des terres du nord, des liens qui se tissèrent entre ces navigateurs et la flotte puissante de l'ordre du Temple basée notamment au port de La Rochelle et à Saint-Valéry-en-Caux, à côté de Dieppe, pour surveiller étroitement tout le trafic commercial avec l'Angleterre, royaume conquis sur les plans du moine bénédictin Lanfranc. Le poète décrivit les relations commerciales mises sur pied par les Templiers et insista sur leurs importations d'argent d'Amérique du Sud, argent travaillé par les Vikings de Tiahuanaco. Cet argent servi notamment à la construction des cathédrales gothiques, cathédrales dont les mesures et les nombres employés attestent de la redécouverte d'une science provenant de la haute antiquité égyptienne. Lors de l’arrestation des templiers par les soldats de Philippe le Bel, plusieurs bateaux templiers de La Rochelle ne vinrent pas se réfugier au Portugal au port templier de Serra d'El Rei mais disparurent à jamais. Dans les dernières années du XIIIème siècle, pressentant les difficultés que leur ordre allait rencontrer au fur et à mesure que leur puissance allait se heurter aux rois établis avant de pouvoir instaurer un système politique économique et social nouveau, les templiers envoyèrent une expédition en Amérique du Sud pour préparer une base de retraite à proximité des colonies de vikings avec lesquelles ils avaient travaillé l'argent et qui, faute d'apport de nouvelles équipes européennes, s'étaient essoufflées au point de pouvoir devenir maintenant le socle d'une colonie nouvelle dirigée cette fois-ci par l'ordre des Templiers lui-même. Ils s'installèrent au Mexique, à Chalco et y reçurent leurs compagnons templiers qui fuyaient les arrestations de Philippe le Bel en 1307 lors de la dissolution de leur ordre. Ils amenaient le trésor entreposé à Paris[2].

 Pour Christophe Colomb, l'obstacle majeur tint dans une autorisation de la papauté car ce navigateur affirmait haut et fort vouloir aller sur ce nouveau continent alors que les navigateurs de l'époque se contentaient de naviguer officiellement de plus en plus loin autour de l'Afrique ou plus ou moins en secret, allaient naviguer à Terre-Neuve et en Amérique du Nord et du sud.

La papauté refusait car elle avait eu vent de l’entreprise américaine des templiers et elle savait que l’histoire de la Mérica jetait à bas les dogmes de l’Eglise fondés sur la Bible. La papauté savait aussi comment les cathédrales avaient été financées et elle savait que ni les rois ni elle n'avaient eu la maîtrise de cette source de richesse qui avait transformé l'Europe et mis à mal les pouvoirs des rois et du pape. L'interdiction de l'Eglise de Rome était donc double pour empêcher qu'une nouvelle organisation politique descendante des Templiers ne se remette en place car dans les Amériques il y avait le savoir et l'argent, bref tout ce qu'il fallait pour remettre sur pied une organisation politique, économique et sociale contraire aux systèmes de pouvoirs qui dirigeaient l'Europe à ce moment là. Il fallut que Colomb en arrive à voler les cartes qui parlaient de ce continent pour fléchir Isabelle de Castille et obtenir d'elle l'autorisation officielle de partir ainsi qu'une protection vis à vis de la papauté. Pourquoi toutes ces mesures de sécurité ? Parce qu'il est quasiment certain que Colomb, comme tant d'autres navigateurs, avait été à Thulé et en Amérique du Nord et qu'il savait que la route maritime qu'il fallait rouvrir était la voie directe par les Açores vers l'Amérique centrale et l'Amérique du sud, terres de colonisation et source des richesses des vikings et des templiers. Qu'il fallait à nouveau suivre l'étoile de la Mérica comme les templiers le faisaient et non plus la route de l'atlantique Nord. Parce que la papauté connaissait cette route directe : un moine-évêque, Saint Brandan, accompagné de Saint Malo, a raconté dans sa navigatio, son voyage entre 536 et 552 en Amérique, jusqu'à Cuba. Parce qu'enfin ce fut la route des caravelles templières une fois qu'elles eurent quitté La Rochelle pour se rendre certaines en Ecosse et d'autres, après s'être ravitaillé au Portugal, en Amérique centrale et du Sud. Pierre ajouta que les caravelles, une fois en Ecosse, purent également repartir vers l'Amérique du Nord car les navigateurs de ces pays nordiques faisaient la route du nouveau monde depuis bien longtemps. Pour la papauté, l’interdiction d’aller en Amérique correspondait à deux objectifs majeurs : éviter que la bible soit contredite par l’histoire des êtres humains venus depuis la planète bleue et cacher le fait que l’organisation templière ait survécu en Amérique centrale et du Sud en venant renforcer et développer la civilisation inca bien plus avancée que celle d’Europe, enfermée sous le poids de dogmes abscons par l’église de Rome.

 Pourtant Christophe Colomb a consulté secrètement la carte des templiers dans la Tesouraria où le roi du Portugal conservait ses archives secrètes et qui comprenaient les documents amenés par la flotte templière après la destruction de l’ordre par Philippe le Bel. Cette carte trouvée par Colomb situe exactement le continent inconnu et comporte le tracé du Vinland, c'est à dire l'Amérique du Nord, ainsi que le tracé complet de l'Amérique du Sud avec le détroit. Cette carte a été dressée à Dieppe, en Normandie à l'aide des données géographiques qui provenaient et des Vikings norvégiens qui avaient colonisé le Vinland et des Vikings danois qui s'étaient taillé un empire en Amérique du Sud. Il est possible que ces navigateurs vikings n'ont fait que poursuivre les routes maritimes de l'atlantique nord et la route des alizés entreprises déjà par les égyptiens, les phéniciens et les romains car les vestiges de la présence de ces navigateurs ne cessent de se découvrir en Amérique du nord et du sud tout comme certains produits des Amériques se retrouvent déjà dans les sépultures de l'Egypte antique tel la cocaïne dans les cheveux des momies alors que la coca a toujours été considérée comme une plante vivant uniquement en Amérique du Sud ou Centrale. Au Xème siècle, les vikings danois avaient déjà passé une vingtaine d'années au Mexique avant d'aller fonder, au Pérou, l'empire de Tiahuanacu dont les Incas en seront les descendants alors qu'au même moment des irlandais s'étaient déjà solidement établi dans la région de Philadelphie en Amérique du Nord. Dans la bibliothèque de la Comtesse de Tolède, la Comtesse rouge emprisonnée sous Franco et descendante d'une vieille famille du XIIème siècle, se retrouve une description des fleuves d'Amérique du Sud : Amazone, Orénoque, datant de trente ans avant le voyage de Colomb.  

A côté de cette carte provenant de l'ordre du Temple, Colomb reçut également une copie de la carte du physicien florentin Paolo del Pezzo Toscanelli. Le 25 juin 1474, Toscanelli envoya au chanoine portugais Fernâo Martins (ou de Roritz) une carte de géographie où il avait tracé la route "menant vers l'Inde par l'océan occidental", avec indication des lieux, des pôles, de la ligne équatoriale et des distances. Cartes et commentaires étaient à destination finale du roi Alphonse 1er et il y a de bonnes raisons de penser que le souverain sur la foi des thèses de Toscanelli, envoya plusieurs foi à "Brazil" des pilotes qui lui rapportèrent de l'or et des pierres précieuses. Ces marins transatlantiques devaient obligatoirement prendre leur retraite dans l'île la plus lointaine de l'empire, à Madère, où comme par hasard Colomb en 1474 alla épouser la senorita Perestrello ou Palestrello, fille d'un de ces pilotes et héritière de ses cartes et de ses documents. Peu après qu'il eut en sa possession les cartes du défunt, Colomb abandonna sa femme, Felipa Perestrello, et s'enfuit de Porto-Santo avec son fils Diego. Selon Pedro Vasquez de la Frontera, un navire portugais serait allé aux îles inconnues du Ponant. Le pilote en revint seul vivant et alla mourir chez la veuve de Bartholomeu Perestrello où il raconta son voyage et laissa des documents. Bref, Colomb utilisa tous les moyens pour s'emparer des cartes qui circulaient secrètement. Sa correspondance avec Toscanelli aurait été inventée par lui pour tenter de masquer le vol de la carte dans la Tesouraria.

Colomb réussit aussi à s'entourer de marins chevronnés ayant déjà fait le voyage. En 1488, Jean Cousin, originaire de Dieppe, quatre ans avant le voyage de Colomb, découvrait le Brésil et doublait le cap de Bonne-Espérance ( dix ans avant Vasco de Gama). Il découvrit l'embouchure d'un grand fleuve qu'il nomma Maragnon et qui plus tard fut appelé le fleuve des Amazones. Selon Pierre Margy, auteur de :"les navigateurs français et la révolution maritime, du XIVe au XVIe siècle", "Vicente Yanez Pinzon aurait été le second du navire de Jean Cousin. Martin Pinzon arrivait de Rome quand il rencontra Colomb. Il est à peu près certain que Pinzon venait de consulter à la bibliothèque pontificale des cartes géographiques et des relations de voyage au pays de Winland faites par les messagers chrétiens groenlandais qui, en 1110, vinrent à Rome. En 1327, le Groenland versait encore sa dîme aux Croisades. Il est impossible de penser que ces messagers n'aient pas raconté au pape leurs expéditions et conquêtes au "pays de la vigne", outre océan. Les frères Martin-Alonzo et Vincente Pinzon armèrent au profit de Colomb, les trois nefs de l'expédition : la Pinta, la Nina et la Santa-Maria du navigateur Juan de la Cosa. Jamais les nefs n'eussent franchi l'Atlantique si les Pinzon n'avaient pris le commandement des équipages. La traversée fut longue : les matelots, après avoir dépassé les 700 lieues prévues par "l'amiral" Christophe Colomb, s'aperçurent que ce dernier était un piètre navigateur, incapable de faire le point, pourvu de cartes truffées d'erreurs, incapable surtout de donner un ordre que l'on puisse décemment agréer. Ils grognèrent souvent et parlèrent même de jeter par-dessus bord cet amiral de comédie. Colomb, quand la mutinerie éclata, était certes prêt à mourir bravement, peut-être sur le point de faire demi-tour, mais Martin Pinzon encore une fois sauva la situation. ( source de cette relation : la magie et Christophe Colomb, in "Le livre de ses livres", Robert Charroux, chez Robert Laffont, 1985). Lors du premier voyage, Pinzon laissa Colomb découvrir les îles des Antilles alors qu'il parti seul avec un navire explorer d'autres terres. Lorsqu'il revint, Colomb lui en fit reproche mais Pinzon ne lui indiqua pas la route qu'il avait prise. Nous pouvons comprendre que Pinzon a refait le chemin vers les embouchures de l'Orénoque et de l'Amazone , ces fleuves qui permettent l'accès à l'intérieur du continent Sud Américain et que les templiers comme les vikings avaient utilisé pour acheminer l'or et l'argent du Pérou et de la région de Tiahuanaco à moins que Pinzon ait pris contact avec l'empire inca pour connaître le sort de la colonie templière qui s'y était réfugié près de 200 ans auparavant.

 Quelles furent les motivations personnelles du navigateur : défendait-il l’ordre templier et voulait-il lui redonner une nouvelle existence officielle ? Cherchait-il simplement de l’or ? N’avait-il compris qu’une partie de l’affaire et se trompait-il sur le reste ? La fin de la vie de ce navigateur laisse ces questions dans l’expectative. L'enfant qui a grandi à Gênes a bien compris que la chute de Constantinople était la cause de la fermeture de la route du commerce vers les Indes et la Chine et la cause de la ruine des commerçants italiens. Colomb a bien compris qu'il fallait ouvrir une nouvelle route vers les Indes pour rétablir ce commerce qui avait fait la fortune des villes italiennes et notamment celle de sa ville. Il est inconcevable que le jeune Colomb dans sa recherche de cartes et dans ses travaux n'ait pas pris connaissance de l'histoire des traversées vers le nouveau monde, de l'histoire des vikings et des templiers. Traverser l'Atlantique et rouvrir les échanges avec l'empire inca, aller à nouveau dans la Cordillières des Andes pour exploiter à nouveau les mines d'or et d'argent représenta une cause bien plus motivante que celle d'aller commercer avec les marchands indiens ou chinois rompus à toutes les ficelles du commerce. Il y avait la possibilité de devenir propriétaire de richesses fabuleuses impossibles à obtenir en Indes ou en Chine. Mais cet appât du gain se heurtait à des intérêts politiques puissants en Europe et à une interdiction catégorique de la papauté. Dans l'histoire de Colomb, nous savons qu'il reçut l'autorisation de la reine d'Espagne une fois les maures vaincu à Grenade. Avec cette victoire, celle-ci pouvait la monnayer auprès du pape et demander l'accès aux richesses des Amériques. Les royautés bien établies après cette victoire sur les maures pouvaient dorénavant se passer des ordres chevaliers. Le Cid n'est plus un chevalier mais un soldat de l'armée royale. Nous savons aussi que ce sont des moines qui convainquirent la reine d'Espagne à enfin recevoir Colomb pour autoriser son expédition. Les moines savaient qu'il étant de rouvrir la route maritime directe vers les Amériques et il devaient être certainement très curieux de connaître le sort des templiers qui s'y étaient réfugiés. Colomb pouvait leur apporter à nouveau l'argent du Mexique et ainsi les ordres monastiques auraient les moyens de rétablir des ordres chevaliers pour les protéger dans une nouvelle organisation en réseau des peuples européens. La victoire royale sur les maures ne devait pas sonner l'aube d'un nouvel absolutisme royal en Espagne comme cela avait été le cas en France. Colomb devait aller chercher à nouveau l'or du Pérou et de Bolivie et l'argent du Mexique. Les moines entourèrent Colomb des meilleurs pilotes disponibles pour cette expédition et cette expédition réussit. Sauf que Colomb ne découvrit pas véritablement le Mexique et qu'il dut se contenter de quelques rivages sans intérêts sur quelques îles à l'importance géopolitique tout à fait mineure par rapport à l'empire Inca tout proche.

Toujours est-il que dès le deuxième voyage, Colomb raconte qu’il fut suivi par un navire français et qu’il dut manœuvrer pour lui échapper. Pinzon avait fait son rapport aux marins français qui prirent la succession de la flotte templière. Ces marins qui bientôt allaient mettre en place la flibuste contre les navires espagnols et portugais, possédaient les clés des Amériques mais pour eux, il était hors de question de  les remettre à un roi et moins encore au pape. C’est que la reconnaissance officielle de la découverte du nouveau monde par la papauté a eu des conséquences très importantes qui conditionnent la vie politique de l’Europe quasiment jusqu’à aujourd’hui.

 Lorsque Colomb réussit ses voyages, il se heurta rapidement à l'hostilité de ses supérieurs. Dès le retour de Colomb, la papauté, voulant anticiper sur les découvertes futures, partagea avec une connaissance remarquable et une rapidité louable le nouveau monde entre espagnols et portugais et ces derniers grâce à leur carte secrète s'était permis de demander une rectification infime qui allait leur donner ensuite possession de tout le Brésil[3] . Dans ce traité de Tordesillas, la papauté interdit à tout autre marin de se rendre en Amérique sans autorisation préalable de Rome. Ce fut une manière d’écarter les marins français qui depuis au moins quatre cent ans, avec la flotte templière faisaient secrètement du commerce avec le nouveau monde pour ne pas heurter de front le pouvoir papal. De suite, les capitaines des navires des ports français transgressèrent cet ordre du pape et ils s’organisèrent pour mener la flibuste : l’attaque de tous les navires portugais et espagnols qui revenaient d’Amérique. Mieux, les flibustiers français menèrent des expéditions pour détruire les colonies portugaises et espagnols. Il n’est pas étonnant d’apprendre maintenant que le flibustier le plus célèbre et le plus riche fut un armateur de Dieppe nommé Trébutor car Dieppe est bien le port dans lequel se transmit la carte du nouveau monde entre les normands et les templiers. Soutenu discrètement par François Ier, ces armateurs travaillaient pour leur propre compte sans constituer une marine royale française. Très vite, la vie politique européenne s’organisa pour profiter des richesses du nouveau monde pillées par les portugais et les espagnols.

 Une première action fut la divulgation officielle de la carte du nouveau monde par un dirigeant français. Après Colomb, Magellan la copiera également quelques années plus tard au Portugal et en 1507 le duc de Lorraine, René II la fera publier par le Gymnase vosgien, ceci sur instruction du roi de France qui s'intéressait à la conquête du Canada et c'est à Saint-Dié que le nom d'Amérique sera donné à ce nouveau monde après la méprise d'un moine passionné de géographie qui ayant lu les récits d'Amérigo Vespuci, proposa le nom d'America. Plus tard ce moine comprit que son erreur était minime car le nom donné par les navigateurs à ce continent vers lequel ils allaient en suivant l'étoile du matin, la Merica, était bien le juste mais que son explication était fausse. C'était le continent des descendants de la Mérica, de la planète bleue et non pas le continent trouvé par Amérigo Vespuci. Pierre demanda au groupe pourquoi, à leur avis, ces faits avaient été rejetés par l'histoire et pourquoi les découvertes archéologiques récentes n'étaient pas admises pour démonter cette imposture de l'histoire de Colomb ? Parce qu'elles dérangent l'Université, institution toujours respectueuse du principe d'autorité et de la papauté ?

 Lorsque les Espagnols conquirent le Mexique, ils allèrent de surprise en surprise. Ils y trouvèrent des villes mieux ordonnées que celles d'Europe, des palais et des temples plus beaux que ceux de Séville ou de Saragosse. Les mœurs indigènes étaient policées et leurs bibliothèques remplies d’œuvres incomparables. L'astronomie y était aussi avancée qu'à Salamanque. Les maisons possédaient des toilettes avec eau courante alors que cent ans plus tard, Versailles sera construit en ignorant ces techniques de construction, d'hygiène et de salubrité. Cortez entendit Montézuma lui parler de ses ancêtres, les hommes blancs venus des mers qui avaient civilisé le pays, apporté la croix grecque et la croix templière et dont certains rares descendants portaient toujours la couleur de peau. Trois cents conquistadores purent soumettre quasiment sans combat deux millions d'aztèques car ces derniers avaient compris qu'ils venaient des mêmes pays que les anciens fondateurs de leur société. Les soldats espagnols purent-ils comprendre les dessins d'hommes en scaphandre dont la légende bolivienne, autour du lac le plus haut du monde, raconte qu'ils avaient la peau très blanche et le sang bleu, qu'ils venaient de la planète bleue ? Plus fort encore, les Espagnols trouvèrent effectivement une profusion de croix. A Guatulco, Juan de Cervantes, évêque d'Oaxaca, fit dresser tel quel dans la cathédrale qu'il venait de construire, une croix que les conquistadores attribuèrent à un apôtre venu évangéliser la région et dont l'image était gravée sur un rocher à côté de la croix[4]. Pierre indiqua que ceci explique aussi le revirement des ecclésiastiques espagnols qui, une fois qu'ils comprirent qu'ils étaient en face de l'oeuvre des Templiers, se mirent ensuite à détruire tous ces vestiges d'une culture interdite qu'ils rejetèrent dans le passé. Comprirent-ils également que les vikings et les templiers n'avaient en fait que retrouvé le pays où s'étaient établi dans un premier temps les hommes blancs au sang bleu venus de la planète bleue, ces hommes qui enseignèrent les terriens ? Comprirent-ils que sur ce continent des descendants de la Mérica, ils se trouvaient en contact avec une histoire capable de détruire à jamais celle de la Bible et capable de les faire tous périr sur les bûchers de l'inquisition ? Dans ce prétexte peut résider la justification majeure de la papauté pour couvrir le génocide de 70 millions d'indiens tant cette histoire jetait à bas toute la littérature de la Bible judaïque et la prétention de considérer Jérusalem comme un berceau de la sagesse spirituelle humaine. Les moines et les chevaliers du Temple, en possédant les manuscrits retirés du temple de Jérusalem purent connaître la filiation du savoir secret depuis la civilisation égyptienne, ils surent surtout reconnaître parmi les descendants d'Horus et d'Isis ces êtres humains à la peau blanche et au sang bleu venu du continent disparu lors du dernier grand cataclysme. En possédant également une colonie au Pérou et en Bolivie, en aidant le peuple inca à se développer, ils avaient aussi, en suivant la route de la Mérica, retrouver le berceau de cette civilisation du continent disparu. Ils avaient toutes les preuves pour démontrer la nécessité de leur organisation en réseaux capable de marier les cultures pour respecter la primauté de l'être humain dans une organisation sociale, pour démontrer le caractère néfaste et sectaire des pouvoirs politiques et religieux luttant pour la survie de leurs dogmes en détruisant les cultures étrangères.

 Pierre affirma que ces destructions incompréhensibles par le clergé se firent sur ordres supérieurs de la papauté qui voulu effacer tous souvenirs des templiers et peut-être déjà des hommes au sang bleu, souvenirs qui démontraient la réussite sociale bénéfique de l'organisation templière alors que la papauté ne cessait pas de se heurter aux royaumes d'Europe et aux mouvements de contestation des croyants qui ne supportaient pas ses prétentions de pouvoirs théocratiques, dogmatiques et temporels. Au départ le pape combattit les Templiers pour des questions de puissances temporelles puis peut-être pour des affaires théologiques. Pour Pierre, il était clair que la papauté au cours de ses enquêtes ultérieures, plus douces et patientes que les cruautés du roi de France, prit connaissance de tout l'empire caché des Templiers et notamment de son rayonnement en Amérique du Sud et en Amérique Centrale, rayonnement devenu hors de portée des rois ignorants ou incrédules. Elle comprit tous les avantages d'un système politique en réseaux et l'efficacité de placer le pouvoir militaire dans des communautés de chevaliers contrôlés par des communautés monastiques vivant de la production de savoirs sacrés. Mais la papauté dut aussi admettre qu'elle avait en face d'elle des souverains toujours en quête d'empires européens et que pour leur tenir tête, elle aussi devait défendre son pouvoir hiérarchique centralisé et monopolisateur et qu'elle devait combattre elle aussi toute tentative d'organisation démocratique en réseaux devenue dorénavant illusoire tant il lui était impossible de concevoir qu'elle puisse reprendre aux rois et empereurs la légitimité de leurs pouvoirs. La papauté comprit surtout qu'elle devait interdire toute intrusion de cultures capable de contredire les vérités bibliques. Le pouvoir du pape venait du fait qu'il sacrait les rois et les empereurs. Il se situait donc au sommet de la hiérarchie politique. Ceci explique que les papes ne tenaient pas à voir sitôt des navigateurs reprendre le chemin des Amériques, d'où l'interdiction faite à Christophe Colomb et à ses prédécesseurs.

 Après la découverte des conquistadores et des missionnaires espagnols, la comparaison entre les réussites des templiers et la faillite de la papauté devint insupportable aux yeux de Rome. Il fallut tout détruire pour que jamais cet exemple ne vienne conforter les contestataires de l'ordre papal et royal en Europe. La papauté fut aidée par les rois et le roi d'Espagne en tira de suite profit puisqu'il lui fut permis de ramener tout l'or que ses armées trouvaient, une fois cet or fondu et disparues toutes traces compromettantes de symboles indiens, chrétiens et templiers ! Près de 70 millions d'indiens furent exterminés lors de la conquête et de la destruction de leur empire puis pendant plusieurs siècles d'esclavage féroce, principalement par le travail forcé dans les mines. Pierre montra une diapositive sur le travail des indiens dans les mines. Ce génocide dix fois supérieur à la Shoah reste occulté et tabous pour nos puissances occidentales. La préservation du pouvoir de la papauté et la satisfaction effrénée de la soif d'or de quelques rois ont scellé pour des siècles le silence sur ce génocide mené pour la plus grande gloire d'un Christ européen plus collectionneur de crimes que tous les dieux aztèques et incas réunis ! Que ce soient les rois ou la papauté, tous avaient fini par comprendre la menace que l'organisation templière avait fait peser sur leurs organisations politiques en présentant une nouvelle solution à la réussite sociale incontestable. Dès la dissolution de l'ordre, les cathédrales manquèrent de financement et les compagnons de Salomon qui les construisaient ne s'attachèrent qu'à finir une seule flèche selon les plans originaux, prêtant serment en mémoire du Temple de ne jamais construire la seconde. Pierre invita le groupe à observer que la plupart des cathédrales achevées après 1307 ne comportent ainsi qu'une seule flèche au lieu des deux prévues à l'origine. La papauté tint donc à dissuader le plus longtemps possibles les navigateurs à partir sur la trace des Templiers, sachant que ceux-ci allaient découvrir des vérités qu'en Europe l'on venait de faire taire parmi les flammes des bûchers allumés par les dominicains et l'Inquisition.

 Avant d’avancer dans l’histoire, finissons l’histoire de Christophe Colomb. Quelle considération la papauté pouvait-elle encore accorder à un navigateur qui n'avait toujours pas compris qu'il devait se taire et ne plus retourner là-bas ? On raconta que Colomb crut encore avoir atteint les Indes d'Asie à travers l'océan Atlantique alors que ses supérieurs tout comme le navigateur, savaient qu'il avait touché le continent des vikings et des templiers sans rencontrer trace des descendants de ces derniers. Mais l'Asie, la soie de Chine étant connus et cette civilisation ne pouvant pas rivaliser avec la nôtre, ne pouvant pas contredire la bible, ce mensonge fut préféré à la réalité. Les manières policées dont Colomb voulaient entretenir les indigènes lui ôtèrent la protection du roi d'Espagne. A-t-il été pris pour un nouveau Templier agissant à la manière des anciens envers ces peuples ? N'était-il pas d'origine juive et ne devait-on pas l'écarter pour ce motif, lui et ses condisciples, du commerce fabuleux qui allait se mettre en place ? N'était-il pas allié par son mariage aux successeurs des Templiers et ses trois caravelles n'avaient-elles pas été armées par des fonds provenant de cet ordre chevalier ? Ne portaient-elles pas sur leurs grandes voiles, la croix pattée des Templiers ? N'était-ce pas une tentative manifeste des successeurs de cet ordre de reprendre la primauté sur la scène politique et à travers ce voyage, de rencontrer les derniers descendants des templiers exilés pour les montrer aux rois d'Europe et au pape comme exemple réussi du bien fondé de l'économie en réseau dont l'occident avait été interdit ? Ce voyage, ne pouvait-il pas être le début d'une révolution culturelle capable de réinstaurer une organisation sociale en réseau causant la disparition des royautés et empires pour fonder un réel mariage des cultures ? Les rois d'occident comprirent-ils qu'avec la manière forte ils pouvaient obtenir encore plus d'argent et de richesses que les Templiers n'en avaient ramenés avec leur commerce des plus régulier ? En tout état de cause, il fut profitable pour les puissants d'Occident de balayer et d'oublier les Vikings et les Templiers, leurs entreprises civilisatrices, alors qu'ils mettaient à sac ces peuples pour satisfaire leur cupidité.

 L'histoire de ce nouveau continent ne devait donc commencer qu'avec Colomb, surtout pas avant et encore, pas avec n'importe lequel des Colomb, un bien niais et ignare de préférence ! Mais Colomb qui connut l'histoire de la carte transcrite par les templiers, ignora-t-il l'histoire des templiers, l'histoire du signe que les voiles de ses caravelles portaient tout en suivant l'étoile du matin, la Merica ? Cela se peut-il ou n'est-ce qu'un mensonge supplémentaire des puissants de l'époque ? Pierre renchérit. Il croyait possible que Colomb fut déçu par le fait de ne pas avoir trouvé les possessions templières d'Amériques du Sud parce qu'il n'avait pas pris suffisamment la route du Sud ou parce qu'il avait du accepter la volonté de ses équipages ignorants de ne pas poursuivre l'expédition après la halte relais des îles antillaises, déception largement accrue ensuite lorsqu'il comprit qu'on lui interdisait tout lien avec l'expérience antérieure des templiers. Cette imposture qu'est l'histoire de Colomb ne servit pas seulement à couvrir les exactions commises contre les indigènes d'Amérique plus civilisés que les cruelles bandes espagnoles. Elle servit aussi à occulter toute survivance des templiers sur ce continent ainsi que le symbole même de leur savoir qui fut la base de leur incomparable rayonnement au cours de cette époque : la connaissance de la Mérica. Rayonnement réalisé davantage encore hors d'Europe, en Amérique du sud où aucun roi ne vint freiner leurs projets humanistes. Le poète pour conclure présenta Colomb comme l'exemple de l'anti héros : comme le cas d'un homme courageux et avisé mais dont les dirigeants de son époque se sont servis pour leurs propres intérêts. Colomb reste un découvreur manipulé par les pouvoirs et qui n'a jamais eu la connaissance complète nécessaire à diriger librement son entreprise. Il a mis en place l'action sans la connaissance, sans le savoir global. Le poète indiqua à son public qu'il fallait faire aujourd'hui exactement l'inverse : travailler le savoir global puis passer à l'action politique.

 Tandis que les colonisateurs pillaient les Amériques, les flibustiers français tentaient de prendre leur revanche. Ces richesses, cet or pillé aux Amériques fut utilisé de différentes manières en Europe. Les Espagnols s’en servirent pour développer une flotte de guerre impressionnante : l’invincible armada ainsi que pour construire des palais sompteux comme à Séville. Les armateurs français utilisèrent leur butin pour développer leur flotte de guerre et le commerce avec le nouveau monde. Leurs ports d’attache s’enrichirent : Dieppe, le Havre, Honfleur, Saint-Malo… mais le déclic survint lorsque les protestants développèrent leur mouvement. Les flibustiers découvrirent de précieux alliés dans ces protestants qui luttaient également contre le pouvoir du pape et la flibuste devint une guerre de marins protestants contre des marins catholiques défendus par le pape. Il est clair que le pape avait eu tord de donner le monopole des relations avec les Amériques qu’aux Portugais et Espagnols mais le pape ne pouvait pas revenir sur sa décision sans découvrir le pot aux roses. Le protestantisme réunit dans un même réseau les flibustiers français et les prises de guerre financèrent le mouvement. Après la chute des templiers et la confiscation de leurs biens, les propriétés des abbayes et des comunautés monastiques que le roi ne pouvait pas confisquer furent comme le reste de la société, profondément bouleversées par les épidémies de peste puis par la guerre de cent ans. Les moines victimes de la peste pour avoir soigné les malades laissèrent vides de nombreuses abbayes dont les terres furent rachetées par la noblesse catholique mais cette source de richesse était peu conséquente par rapport aux lingots d’or, au baril de poudre d’or pris par les flibustiers protestants sur les navires portugais et espagnols. Au fil des années, le mouvement protestant put se développer rapidement avec les mêmes richesses dont profitaient les pouvoirs catholiques d’Espagne et du Portugal. L’Espagne de Charle-Quint devint ainsi la première puisance européenne alors que la royauté et la noblesse catholique française étaient de fait interdites d’accès à cette source de richesse. Les rois de France se devaient de sortir de ce piège. Une première étape fut la lutte contre les protestants français et logiquement l’élimination de ces derniers commença par l’assassinat de l’amiral de Coligny, chef protestant qui organisait d’une manière officielle la flibuste protestante contre les Espagnols. Pierre fit défiler quelques diapositives de tableaux montrant ces combats navals et ces flibustiers, le portait de l’amiral protestant. Cet assassinat marque le début de la Saint-Barthélémy et le massacre des protestants à Paris. Les protestants français durent quitter le pays mais ils purent prendre leurs richesses facilement avec eux car celles-ci étaient surtout mobilières : or, pierres précieuses, poudre d’or, argent pris sur les galions espagnols et ils purent transporter leurs richesses à l’étranger grâce à la flotte protestante des flibustiers.

 Ils rallièrent en nombre les Pays-Bas pour poursuivre leur commerce et leur industrie et les flibustiers protestants hollandais prirent le relais des français. La flotte espagnole pour se protéger dut demander à l’infanterie d’aller occuper les ports hollandais. Cette fois-ci le roi de France se trouva cerner par les Espagnols au nord et au sud. La flibuste protestante se poursuivit alors en Angleterre et la reine Elisabeth Ier rassembla ses flibustiers dans la marine royale anglaise. Drake en fut le porte drapeau le plus fameux et la marine anglaise parvint à détruire l’invincible armada. Une bonne partie de la richesse des Amériques disparut pour les Espagnols dans ce désastre maritime. En France, à travers les guerres de religion, les nobles et surtout les dirigeants du clergé catholique purent s’emparer d’une partie de la fortune des protestants. Louis XIV put enfin, comme ses collègues d’Espagne et du Portugal, se bâtir un palais fastueux, imité en cela par les familles des cardinaux qui avaient raflé les biens des protestants. Richelieu, Mazarin, le cardinal de Rohan, etc devinrent du jour au lendemain les personnes les plus riches du royaume et certains construisirent dans leur province de véritables palais. La noblesse catholique réussit ainsi une main mise complète sur le clergé et la richesse prise aux protestants fut investit en palais et en biens immobiliers. Ce qui n’empêcha pas le règne du Roi Soleil de finir dans la misère tant les guerres avec l’Espagne avaient ruiné le royaume vu que sans la flotte protestante, il n’y avait plus d’or pillé sur les galions espagnols qui rentrait dans le royaume d’une manière ou d’une autre. Dans les autres pays européens, les protestants investirent leur richesse dans l’industrie naissante et l’Angleterre devint la première puissance industrielle avec les restes de l’or provenant du nouveau monde et subtilisé aux Espagnols par les protestants puis par sa marine royale composée d’anciens flibustiers. L’industrie représenta le moyen pour les protestants d’établir une puissance capable de rivaliser avec les pouvoirs catholiques aux ordres du pape mais le pouvoir catholique français préféra camper sur ses positions et les dirigeants, principalement ceux du clergé, ne se soucièrent guère de développer des industries tout comme une marine de guerre d’autant qu’ils n’en avaient plus les moyens, ayant tout investi dans l’immobilier. Les premiers industriels exerçaient auparavant les métiers d’artisans mais ceux qui avaient le plus de capital pour construire des usines étaient commerçants et parmi eux les plus riches étaient armateurs. Les plus riches parmi les armateurs étaient ceux qui à côté du commerce faisaient ou avaient fait la flibuste pour ramener l’or et les richesses d’Amérique centrale ou du Sud. Le partage du monde par le pape dans le Traité de Tordesillas explique aussi pourquoi les rois catholiques se désintéressèrent d’une marine royale qui n’aurait pu que provoquer des conflits avec le pape en brisant cette interdiction, voire l’excommunication du roi lui-même et la nomination par le pape d’un autre roi plus dévoué même si politiquement ce n’était plus guère possible. Pour les rois de France, la seule solution pour coloniser le nouveau monde sans trahir ce traité, fut d’aller explorer le Canada dont Espagnols, Portugais et pape y compris n’avaient que faire. Mais les protestants ou anglicans anglais furent sur le même chemin.

 Dès lors, dans les années 1700, les crises économiques, les disettes vont montrer l’inefficacité du pouvoir royal et les conditions de vie de la noblesse nouvellement enrichie en ayant pillé les biens des protestants vont paraître scandaleuses pour le peuple. Autrefois, du temps des cathédrales, le peuple était le premier bénéficiaire des richesses et de l’argent apportés par la flotte templière depuis les Amériques. Maintenant, il avait compris qu’il était carrément exclu de ces richesses et qu’il pouvait être chassé du royaume s’il devenait protestant contre le pouvoir criminel du pape. La révolution de 1789 tirera les conséquences : la propriété collective ou communautaire ne sera plus jugée fiable car les dirigeants du clergé appartenant à la noblesse se servaient de cette propriété collective pour s’enrichir personnellement. La constitution et la déclaration des droits de l’homme vont instaurer la propriété individuelle et la nation, par les armes, va défendre ce droit inviolable et sacré de devenir propriétaire. Pour éviter que le roi ne dépende du pape de Rome et qu’ainsi des mesures contraires au peuple français ne soient prises à Rome, les révolutionnaires instaurent la notion de nation une et indivisible. La noblesse catholique et le roi ne pourront plus pour suivre les décisions du pape chasser du pays d’autres citoyens, par exemple protestants qui refusent de suivre les directives du pape. La nation met un terme à toutes ces affaires qui ont miné le développement du pays. Le clergé sera réorganisé et va devenir salarié de l’état, d’où une nouvelle guerre de religion au sein du catholicisme. Pour éviter toute dépendance fallacieuse vis à vis du pape, la révolution va instaurer la notion de laïcité de la république. Napoléon, l’initié, abandonnera cette laïcité ne correspondant à rien, pour un concordat. De manière à régler la situation avec la papauté, il remettra le pape à sa place, c’est à dire que lui, possesseur de l’initiation pharaonique, face à un pape visiblement pas initié sur le plan spirituel, il se sacrera lui-même et ira vérifier avec la force du canon, ce qu’il y a comme secrets inavouables dans les caves du Vatican. Mais la république, dans sa lutte contre la monarchie va persister à confondre lutte contre la papauté et la royauté et lutte contre la spiritualité. La république va opposer à la religion catholique et à ses méfaits dogmatiques le rationalisme scientifique, confortant ainsi son système de pouvoir et le centralisme de ses institutions, interdisant aussi le développement d’une organisation en réseaux fondée sur la production du sacré à travers l’initiation et l’essort de la spiritualité individuelle. La république laîque a facilité grandement le développement d’une société matérialiste à travers l’ère industrielle capitaliste et ce ne sont pas les vieilles prières catholiques de la nouvelle bourgeoisie industrielle qui soulagèrent la misère ouvrière dans laquelle le peuple fut plongé. Le massacre des canuts à Lyon en 1831 donna le ton pour tout le XIXème siècle en France.

 Si depuis cinquante ans, nous avons accumulé plus de connaissances qu’en cinq mille ans, à nous de trier, sélectionner pour découvrir le puzzle de notre histoire et devenir capable de bâtir un avenir à la hauteur de l’espoir des êtres humains. La mentalité des dirigeants français reste encore empreinte de ces querelles du passé et nos éternels retards économiques depuis que nous avons pris en retard le train du développement industriel s’expliquent depuis que le pouvoir royal avec la complicité du pape a détruit une économie en réseau organisée par les moines bénédictins et les ordres chevaliers qu’ils avaient créés à partir du savoir des temples égyptiens que ces moines avaient su préserver. La pire des conséquences de cet acte de Philippe le Bel en 1307 contre les templiers fut la mise à l’écart des marins français par le pape sur les mers du globe et l’interdiction qui leur fut fait par le pape de continuer à se rendre aux Amériques. La France fut ainsi privée de la principale source de richesses de cette période : l’or du nouveau monde et elle dut batailler ferme pour tenir sa place face aux royaumes dont les marines allaient officiellement dans ce nouveau monde ou officiellement pillaient les galions espagnols et portugais qui en revenaient. Les rois français préfèrent garder leur trône et rester passifs face à la stratégie des papes. Le peuple français sortira de cette passivité en se révoltant et en instaurant la république qui gère la nation une et indivisible dans laquelle le pouvoir du pape n’a plus rien à faire et les catholiques, plus le pouvoir de décider seuls selon les volontés du roi catholique ou du pape. Mais que de temps perdu alors que l’alternative de reprendre l’organisation du temps des carthédrales aurait permis et aux rois et au peuple un développement incomparable.

L'histoire s'accorda un brin de revanche lorsque la Constitution des Etats-Unis d'Amérique sous la férule de Georges Washington reprit les idées de la franc-maçonnerie, mouvement savant qui s'attache à garder en mémoire le savoir provenant de l'Egypte antique et transmis à travers l'histoire juive jusqu'aux communautés esséniennes, zélotes, nazôréennes puis par l'ordre templier et le mouvement bénédictin, aux protestants, aux charbonniers des forêts du Haut-Doubs en contact avec les protestants de Genève jusqu’aux Philadelphes de Besançon : Briot, puis Victor Hugo, Charles Nodier et que par exemple Kléber avait fréquentés et que Napoléon respecta en n’inquiétant jamais Briot, leur dirigeant. De la sorte, un brin de ce savoir interdit revint sur le continent américain. Mais ce savoir trop parcellaire ne pesa pas bien lourd face à la généralisation du système de production et de consommation du capitalisme qui écarte toute dimension spirituelle dans le fonctionnement de son système.

 Le conférencier questionna encore le public. Qui faut-il soutenir : une république bourgeoise qui pérennise la propriété des moyens de production entre 250 familles et qui laisse se poursuivre l'enrichissement des plus riches ? Faut-il soutenir cette république laïque qui a évincé le sens spirituel du partage pour faire en sorte qu'en 1980, 10 % de la population française possèdent 50% de la valeur du patrimoine et qu'en 1990, après 9 années de république socialiste laïque, ces 10 % de la population possèdent 55% de la valeur du patrimoine[5] ? Où sont les exemples de la répartition des richesses et du blé par les prêtres d'Egypte, les exemples des nobles romains qui baptisés chrétiennement, affranchirent leurs esclaves et partagèrent leurs richesses ? Quelles sont les valeurs dont nous avons besoin pour résoudre aujourd'hui le problème du partage des richesses que produisent nos usines robotisées ? La laïcité républicaine de 1789 qu'un initié comme Napoléon n'eut aucun scrupule à rejeter ? Mais alors c'est la poésie toute entière qu'il faut bannir, celle de Rimbaud, celle de Verlaine et de tant d'autres qui s'attachent à dire publiquement les images recueillies au contact surnaturel et extrasensoriel et qui témoignent de ce que Dieu nous parle et du fait qu'ensemble nous devons lui répondre ! De même, après Musset, après Rimbaud, il serait urgent interdire les livres sur les N.D.E ou E.M.I.. ! Si un professeur voulait parler à ses élèves de Rimbaud comme Pierre l'avait fait pour leur apprendre simplement ce qu'est cette stupeur qui d'après Rimbaud allait les frapper à leur mort s'ils ne croyaient pas le voyant, rien que cela mettrait alors le professeur en porte à faux avec la laïcité ! Ou Rimbaud était inscrit dans les programmes scolaires et l'enseignement publique n'était plus laïque s'il se voulait honnête ou alors Rimbaud était interdit de programme scolaire publique ! Au moins la situation serait claire et non plus comme aujourd'hui parfaitement hypocrite, mensongère et caduque ! C'était ce genre de conclusion que les élèves devaient présenter au jury du baccalauréat de français si des professeurs laïques avaient l'impudence de poser des questions sur ce poète ! Le public devait pouvoir faire son choix en parfaite connaissance de cause. Pareillement pour l'histoire de Colomb : laquelle devait être apprise par nos enfants ? Que choisir entre l'expression du message liée à une initiation par un poète, un artiste, un initié, expression capable d'éduquer notre foi et la confiance dont nos relations interpersonnelles ont tant besoin et l'expression d'un savoir élaboré par une institution pour défendre les marques de son pouvoir ? L'accès à une société plus humaine soutend le redéploiement de la spiritualité et l'abandon du principe de laïcité issu de 1789. Cela n'a rien à voir avec le problème de la prolifération des sectes. Tout mouvement spirituel sait comment ne pas sombrer dans le dogmatisme et le recours aux exclusions tant qu’il fonde une organisation en réseaux. Le public, ce soir, devait comprendre que la spiritualité est la meilleure voie pour combattre les dogmes et les sectes, bien avant tout recours au matérialisme scientifique qui d'une certaine manière n'est aussi qu'une vaste entreprise dogmatique dès lors qu'il exclut le scepticisme et l'esprit critique.

 Une institution tend inévitablement à se scléroser car il est très difficile à ce niveau de garantir une homogénéité et équité parmi toutes les règles touchant au politique, à l'économique et au social. Des montagnes de codes juridiques ne suffiront pas à la tâche et il faudra toujours dans cette conception du pouvoir utiliser les forces de répression pour éliminer l'opposition, freiner les évolutions naturelles. Le poète s'enquit de démonter ce mécanisme fallacieux : le pouvoir cherche à assurer la stabilité des règles sociales destinées à garantir le respect de l'autorité et donc de la paix sociale à travers son maintient personnel. Pour ce faire, il doit combattre les oppositions et donc pour y réussir, il est impératif qu'il soit le seul à pouvoir disposer de la force armée, d'avoir le monopole de la violence publique. Cela parut si évident à la classe politique au pouvoir que Montesquieu, par exemple, ne parle même pas du pouvoir du sabre, du pouvoir militaire et de cette lacune, bon nombre de conflits sont nés.

 Lorsque les tenants des pouvoirs politiques cherchent à organiser des peuples, des nations, des pays bien plus grands que les limites humaines de la fraternité et de la solidarité, ils le font essentiellement chronologiquement à travers l'histoire d'abord pour des besoins de sécurité : repousser l'ennemi le plus loin possible de la capitale, ensuite pour des besoins économiques, de rentabilité et de puissance économique. Pierre précisa que la réalisation de l'Union des Etats-Unis d'Amériques permit à travers la constitution de ce très vaste marché économique intérieur les plus belles fortunes capitalistes et l'Europe tente aujourd'hui de reprendre à elle cette vieille et évidente recette. Pierre revint sur le plan du contrat social qu'il faut instaurer. Le pouvoir politique doit veiller ici à la qualité du réseau, au partage des technologies de communication qui animent tous ces groupes et au respect des règles de confiance unissant le travail sur les deux premiers niveaux. Parmi ces règles figure le libre accès à chacun des trois niveaux de travail contre toute déviance corporatiste. L'être humain peut ainsi progresser tour à tour dans chacun des trois niveaux de travail et participer pleinement à l'accomplissement de son rôle politique économique et social. Le cheminement logique serait l'acquisition de la production du sacré au cours de l'enfance, à partir de l'enfance vers 12 ans mais c'est un âge parfaitement arbitraire qui ne veut rien si ce n'est l'âge où l'enfant possède correctement un premier langage, sa langue maternelle, l'âge où l'être humain apprend à s'investir dans les groupes et communautés. Enfin, les personnes qui ont démontré les meilleures capacités à animer les communautés ont accès à la direction du contrat social sur le plan mondial. Le gain économique est alors obtenu par la diminution des conflits, des conséquences de la peur[6], de la mauvaise communication, d'une meilleure répartition des richesses, d'un investissement davantage lié à la santé et à la tranquillité, etc. Les communautés peuvent montrer leur interprétation culturelle du savoir qu'elles ont traduit de leurs approches du mystère divin et cette diversité est bien une source d'échanges et de connaissances mutuelles par contre le respect du caractère sacré des raisons de vivre de l'être humain se concrétise bien par le respect général de mêmes droits de l'homme.

 Le poète revint sur son exemple : la célébration de la féminité, de l'enfance peut se traduire par des rites différents mais aucun de ces rites, aucune lois humaines, coutumes ou organisations ne peut réduire les enfants en esclaves, les femmes en personnes réduites au silence, à des travaux sous-qualifiés, placées en situations sociales inférieures aux hommes. Pour débloquer nos sociétés et repartir de la production sacrée propre à l'être humain, il est nécessaire de démonter le centralisme des pouvoirs politiques. Ils n'ont pas pour mission d'organiser la vie économique : l'écart entre riches et pauvres à travers le monde suffit à démontrer l'échec cinglant de leurs prétentions. La répartition s'organise d'abord selon les deux premiers contrats interpersonnels et communautaires. Le contrat social organise l'échange entre communautés et l'optimisation de la spécialisation économique entre les communautés[7]. Devenir le plus puissant économiquement pour éviter à son peuple la misère et le chômage est une fiction que plus personne ne peut admettre. De même les pouvoirs politiques n'ont plus pour mission d'assurer la paix militaire ou civil car ils sont incapables d'y parvenir. Le conférencier prit comme premier exemple le cas des pays soumis au terrorisme religieux intégriste. Il demanda au public de choisir parmi deux solutions proposées : la première, celle qui est actuelle, prétend que le pouvoir politique et son armée arriveront toujours rapidement à réduire au silence les groupes terroristes. La deuxième, celle préconisée par Pierre consiste d'abord à créer une communauté chargée de définir une actualisation des valeurs de fraternité et de solidarité, un peu comme ce fut le cas à Cluny. Le travail consiste à marier les points positifs du monde moderne, des autres cultures, une libération des moeurs, un échange de culture plus profond avec des principes religieux ancestraux dans un mouvement de conciliation des contraires. Au même moment se met en place une organisation politique et militaire qui sera chargée de l'application et du respect de ces nouvelles règles plus fraternelles et solidaires.

 Pierre posa la question : une fois ces nouvelles règles définies, qui va gagner ? Faudra-t-il des équipements militaires lourds et ruineux pour faire taire une opposition résiduelle et fanatique ? Si dans le pays en guerre civile ce travail d'élaboration de nouvelles règles ne peut se faire, il se fera dans un pays voisin et l'organisation militaire qui ira combattre les dissidents fanatiques poura se composer de ressortissants de plusieurs nationalités mais faisant partie de la même communauté sociale, partageant les mêmes valeurs humaines ! Cette deuxième solution n'est-elle pas plus efficace et rapide que la première ? La population, cette majorité silencieuse actuelle ne peut-elle pas participer à l'élaboration des règles nouvelles et s'impliquer momentanément dans la lutte armée ou tout au moins soutenir le groupe des nouveaux chevaliers dans leur lutte contre les fanatiques ? Un référendum, des élections législatives n'ont pour le moment jamais réglé une telle situation. C'est l'organisation du pouvoir centralisé qu'il faut abandonner car ce dernier a été conçu pour diriger des systèmes au service de la puissance matérielle propriété d'une minorité au pouvoir et non pour garantir l'autorité à tous, pour respecter la primauté de l'être humain dans l'organisation sociale. Les groupes extrémistes ont raison de justifier leurs actions contre les pouvoirs politiques centralisés mais ce prétexte ne peut cacher le caractère répugnant et dangereux de leur prétention à ne pas vouloir évoluer, construire un nouveau corps de savoir capable de faire prospérer davantage de communautés à dimension humaine.

 Certes, pour finir, l'on pouvait toujours en rester à la poésie descriptive, poésie-jonglage avec les mots, jonglage savant, érudit mais avant tout amusement et délassement de l'esprit, d'un esprit tenu à l'écart de ces présences insidieuses qui peuvent sournoisement venir l'envahir et lui donner des illuminations, des révélations. Le public pouvait certes en rester à un esprit sans âme !...un esprit froid ! Aujourd'hui le public pouvait admettre qu'il n'y avait plus lieu de réinventer de fond en comble le monde. Pierre venait de lui montrer à quels événements historiques, notre société pouvait s'intéresser pour reprendre le chemin d'une organisation dans laquelle l'être humain serait au coeur de l'action. Le conférencier venait de montrer comment s'est opéré le choix de condamner une organisation en réseau non fondée sur le principe d'autorité pour conforter des pouvoirs absolus et des organisations parfaitement centralisées sous la coupe d'une minorité au pouvoir. Maintenant que l'ère industrielle touche à sa fin et que le principe d'Efficacité a fait suffisamment de dégâts au sein de l'humanité, le public comme le poète pouvaient saisir plus aisément cette nécessité de changer d'organisation sociale. La lutte désespérée des poètes de la deuxième moitié du XIX ème siècle, l'interrogation des poètes du XXème siècle sur les capacités réelles d'un Staline comme petit père des peuples n'avaient plus cours. La menace de l'ordre policier tyrannique s'est éloignée et le poète n'a plus à se préparer à l'échéance fatale en reprenant le dernier poème d'Essenine. Pierre lança la diapositive avec le texte de ce dernier poème qu'Essenine écrivit de son sang dans sa chambre d'hôtel car il n'avait pas de quoi écrire à l'instant de se donner la mort et de s'en aller. Il le récita lentement : " au revoir mon ami au revoir. Il n'est pas nouveau de mourir en cette vie. Mais il n'est certes pas plus nouveau de vivre. ". Le poète n'avait plus à partir pour éviter l'assassinat. Il n'avait plus à quitter cette vie pour remonter au ciel et revenir un jour, indifférent à la manière dont les autres allaient traiter son enveloppe charnelle alors que lui possède la connaissance de la migration des âmes, qu'il sait que ses raisons de vivre sont les mêmes que ses raisons de mourir et qu'il arrive un temps pour le poète où ses raisons de mourir sont bien plus fortes et nobles que ses raisons de poursuivre dans l'ignominie une existence terrestre inhumaine sous la coupe d'un état policier et criminel. Dégagée de ces écrans de fumées noires à l'odeur nauséabonde, la poésie peut aujourd'hui nourrir à nouveau une organisation sociale fondée sur le principe d'Amour, elle peut reparler de sa source éternelle et abreuver un public à la recherche de ses véritables raisons de vivre et de mourir, à la recherche de l'espoir des hommes, des femmes, des enfants... dans une réelle initiation vers la passion de son âme, dans une réelle éducation loin de tout conditionnement. Trouver ses propres raisons de vivre et de mourir est incompatible avec une destinée sociale concoctée par une minorité au pouvoir et contraire à toute mission policière d'autorité. Le poète, dans cette salle de conférence d'un lycée, tint à ponctuer sa conclusion sur une mise en garde contre tout conditionnement de la jeunesse et il cita Aldous Huxley : " tel est le but de tout conditionnement : " faire aimer aux gens la destination sociale à laquelle ils ne peuvent échapper ".

 En conclusion, l'orateur résuma son propos fondamental : arriver à l'illumination ne demande pas de connaissances particulières sinon un sens de l'écoute et une capacité d'attention pour bien identifier ce qui parle en chacun de nous. Par contre, à côté de ce savoir intimiste, personnel et couvert par la parole sacrée, s'est développé tout un corps de savoir que les minorités au pouvoir ont monopolisé et pris comme seul cadre de référence pour organiser les sociétés. Et l'histoire est bien plus riche de ces luttes pour imposer l'un ou l'autre de ces savoirs à tous niveaux. La somme des savoirs bâtis pour être détruits quelques temps après est phénoménale et une société peut basculer rapidement d'une époque florissante dans une époque sinistre emplie de misère, de bûchers, de guerres civiles et des pires fadaises intellectuelles. Les exemples utilisés au cours de la conférence : la haute Egypte, les templiers, les grands navigateurs et Christophe Colomb, les Incas, les génocideurs espagnols et papistes, les poètes maudits face à l'essor de la société industrielle et à la misère sociale, tous ces exemples démontrent les sommes d'efforts réalisés pour se battre afin d'étendre le monopole de son savoir particulier. Et ce problème reprend une vigueur nouvelle avec l'extension d'Internet, du Web, des intranets, des forums experts... Le poète, parce que solidaire de son savoir intimiste et sacré, est un des rares à franchir les époques en gardant le cap d'une humanité fidèle à ses raisons de vivre et organisée selon le principe d'Amour. En devenant réellement d'outre-tombe, il pose cette égalité humaine entre les raisons de vivre et les raisons de mourir et permet de bâtir une existence terrestre sans peur et sans reproche, en réussissant la minimisation de la violence en lui et autour de lui.

 Il n'était plus possible, vu l'heure avancée, d'aborder en détail le sujet de la poésie et de la religion, de démonter les institutions religieuses pour permettre un nouvel essor de la spiritualité. Le public pouvait se reporter à ce que le conférencier venait de dire à propos des institutions politiques car toutes les institutions se sont rangées soit sous le principe d'autorité comme la plupart des institutions religieuses, soit sous le principe d'efficacité. Pour achever sa conclusion, Pierre indiqua au public qu'il était maintenant mieux en mesure de se présenter. Oh ! Il n'était pas déjà un moine templier monté sur son destrier et prêt à fendre la bise ! Non, il était un poète de son époque qui s'était investi d'une mission capable de nourrir son métier poétique. Pour définir cette mission, il avait besoin de lire un texte de Pierre Legendre tiré de " Paroles poétiques échappées du texte " [8]:

 " Si le pédagogisme, dont ne souffre pas seulement les enfants, ne brandissait pas comme une menace d'apocalypse les nouveautés de l'industrie, si les poètes dégorgeaient moins, pour le compte du Lieu culturel idyllique, s'ils osaient davantage se soulever contre l'emphase rationaliste, alors le manque de folie des savoirs gestionnaires deviendrait accablant et la prétention de balayer les derniers mensonges qui nous restent serait insupportable. L'affrontement guerrier des méthodes de rendement est obscurci par les propagandes scientistes prônant la parole et le bonheur psychologique; nous n'apercevons pas, sous une espèce de professionnalisation de la poésie, un nouveau style d'imposture : on nous détruit la déraison, celle qui fait vivre; on nous refuse le bluff. Contre l'entreprise universelle de la bienfaisance, qui n'hésite pas à transformer les thèmes de la douleur stoïcienne en pharmacopée, à fabriquer un Sénèque pour managers, il est devenu nécessaire d'user de brutalités : poètes, ayez le courage de la lâcheté, étudiez l'industrie.

 J'ai toujours considéré, depuis l'enfance de mon savoir, que notre univers de producteurs civilisés comprenait deux espèces d'individus, les poètes et les autres ; d'après moi, ceux qui osent parler et les autres. Si les institutions ne peuvent être le lieu de la parole du sujet, mais seulement le lieu des violences ou des cérémonies diplomatiques dans la négociation des rapports humains, cela signifie que le système industriel, en tant qu'histoire de mots, ne peut être compris sans que les poètes s'en mêlent. Voici donc la seule manière concevable d'aborder la question savante de la structure : sans en appeler à la poésie, il est impossible de s'en approcher, parce que tout système d'institutions est un noeud de fables et que ces fables s'élaborent en un espace précieux de mots. Sans cette considération première, prétendre à la théorie est vain.

 A compter de cette remarque, la structure peut faire l'objet d'observations sérieuses, en posant qu'il s'agit de l'étendue textuelle où nous sommes assignés à résidence. "

 Pierre conclut que son travail de poète consiste à démystifier le système industriel et le principe d'Efficacité pour préparer la généralisation du principe d'Amour en travaillant à nouveau sur les trois niveaux de savoir et non plus uniquement sur le troisième qui, séparé des deux premiers au nom d'une laïcité désuète et fallacieuse, tente toujours de conforter un matérialisme scientifique dont la raison est de refuser à l'homme sa place au coeur de la société. Le système de pouvoir social ne peut plus continuer à se défendre en interdisant l’essor d’une organisation en réseau fondée sur la spiritualité et la production du sacré. Une dernière diapositive le montra entouré d'ouvriers, de techniciens et d'ingénieurs, casque sur la tête, à côté d'une impressionnante machine automatisée. Il acheva sa conférence en informant que le texte résumant ses propos serait disponible sur Internet sous l'adresse Internet du Lycée et sous celle de son club. Arrivée à près de minuit, la conférence ne pouvait pas décemment se poursuivre. Pierre indiqua qu'une autre fois, il lui resterait à aborder le thème du travail poétique pour couper le noeud de fables de la société industrielle ainsi que le thème de l'apport des nouvelles technologies pour résoudre le malaise dans la civilisation, nouvelles technologies que Freud entrevoyait pour éliminer les peurs ancestrales et donner de nouveaux moyens de communication aux hommes pour se parler, s'écouter et apprendre à marier entre eux, au jour le jour, leurs différents apports de savoir, ceci bien mieux que n'avaient pu le faire les moines de Cluny car aujourd'hui le poète et les autres communiquaient en temps réel sur Internet sans contrainte d'espace et de temps, d'une manière asynchrone !

 Pierre salua son public en l'invitant pourquoi pas à d'autres conférences sur ces derniers thèmes. Le public, surtout grâce au déroulement des diapositives, s'était laissé aller à suivre sur un rythme soutenu, le voyage proposé par le conférencier. Dominique vint donner le bonsoir à l'assistance et la remercia pour sa présence. Elle s'excusa pour la longueur inhabituelle de cette conférence mais, dit-elle, le sujet en valait la peine et avec un poète, les voyages au long cours s'achèvent tout de même plus vite qu'à bord d'un Concorde... question d'ailes de géant, de plumage d'albatros ! Pierre baissa la tête pour ne pas affronter son regard. La conférence était finie. Laurie se précipita vers Pierre avec un magnétophone sous le bras. Elle avait tout enregistré et il était temps que Pierre s'arrête car elle n'avait plus de cassettes vierges. Mais tout ce qui venait d'être dit allait être communiqué aux membres de leur groupe. Si finalement le public n'avait pas réagi, il n'était pas du tout certain que leur groupe allait suivre à la trace les propositions de Pierre ! Laurie ne voulut pas en dire plus. Elle regarda son amant de poète et de ses grands yeux profonds, elle lui signifia que le chemin du tantrisme était bien moins compliqué ! Qu'avait-il à gagner à se transformer en moine templier ? A se faire écraser par les puissants de ce monde alors qu'il était si simple d'ignorer ces derniers et d'établir une économie alternative qui ne leur verserait plus aucune rente financière ? Certes maîtriser le passé est nécessaire pour bâtir l’avenir mais connaître toutes les vicissitudes vécues par les systèmes de pouvoirs est-il bien utile pour les éliminer et instaurer une organisation en réseaux ?

 Pressés de rentrer chez eux pour se retrouver au club le lendemain soir, chacun regagna sa voiture. Françoise ne put s'empêcher de faire remarquer à son mari qu'il avait eu de la chance de ne pas trop parler de poésie. Ses propos historiques avaient l'avantage d'être plus perceptibles par un public même si l'impact d'une telle conférence serait nulle car personne n'allait reprendre les positions du poète contre l'Education Nationale, la république française, la papauté, le système industriel, les Etats-Unis, Staline, les dominicains, Philippe le Bel, Blanche de Castille, Cortez et contre qui sais-je encore ! Dominique en les saluant ne put s'empêcher d'avouer à Françoise que la soirée ne se terminait pas si mal car demain matin, elle n'avait pas à venir récurer la salle. Françoise comprit que son amie s'y était bel et bien préparée. Françoise regarda Pierre pour se dire que peut-être comme elle, son poète de mari vieillissait car quelques années auparavant, c'était sûr, Dominique aurait eu droit à récurer la salle... où était la sagesse ?




[1] D'autres navigateurs comme Vasco de Gama, Henri le Navigateur étaient aussi chevaliers du Christ.

[2] certainement plus un corps de savoir que des richesses matérielles

[3] en juin 1494, au traité de Tordesillas, la ligne de démarcation entre les deux parties du globe  attribuées respectivement à la Castille et au Portugal, ligne fixée le 4 mai 1494 par une bulle du pape Alexandre VI, est reportée à trois cent cinquante lieues à l'ouest du cap Vert. De ce fait, le Brésil tombe dans le domaine réservé du Portugal.

[4] Garcia, Gregorio : Origen de los indios del Nuevo Mundo e Indias Occidentales, Madrid, 1729

[5] Chiffres INSEE, Liaisons Sociales. Voir aussi la déclaration du Ministère des Finances, août 1996 : 5% des français possèdent 40% de la valeur du patrimoine. C'est à dire que les 5% suivant possèdent alors 15% du patrimoine.

[6]conséquences de la peur estimée en RFA pour l'année 1996 à environ 350 milliards de francs, étude de deux chercheurs de Cologne, voir la revue Entreprises et Carrières, juin 1997.

[7]c'est bien cette seule organisation associative et caritative qui aujourd'hui est capable de soulager la misère humaine là où elle se manifeste le plus cruellement

[8] ouvrage paru au SEUIL, collection : les champs freudiens

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