Le
soleil avait réveillé les aiguilles du Tour et d'Argentière et ses rayons
descendaient méthodiquement les glaciers du Trient et de Saleina. Leur entrée
dans le val Ferret, ce samedi matin, augurait d'un week-end resplendissant.
L'uniformité du paysage sous sa couche de neige rapetissait le décor et chacun
pouvait à loisir tracer le chemin qui l'emmènerait vers les sommets. Ils rangèrent
leur minibus sur le parking au fond de la vallée. Le chauffeur repartirait
aussitôt pour demain les rechercher au village de Liddes. Il avait neigé
durant la semaine. Frantz, Anke et Pierre se concertèrent pour étudier la
barre rocheuse vers les Monts Telliers. Les chutes de neige avaient été
suffisantes pour masquer les coulées de la période précédente de dégel mais
leurs bombements restaient visible. Les couloirs s'étaient déjà vidés mais
les crêtes présentaient les magnifiques dentelures de leurs corniches. Ils
devaient s'en méfier surtout sur ce versant sud. Anke précisa qu'elles
allaient bien tenir encore deux jours car le vent avait soufflé fort et de sa
main, elle montra aux autres les rares lignes sous la barre rocheuse des plaques
à vent qui avaient depuis dégringolé sans laisser de traces nettes, présageant
ainsi que la neige ne s'était pas transformée, qu'ils allaient rencontrer de
la bonne poudreuse bien collée à la couche de neige antérieure car la
transition entre les masses d'air avait été lente et progressive. Exercés au
maniement de leur équipement depuis leur sortie au dessus de Sand sur la
Hochschwarzwaldstrasse, un dimanche précédent, ils chaussèrent leurs skis et
sacs au dos ils se rangèrent derrière Anke qui faisait la trace. Tous passèrent
à une distance de 30 mètres devant Frantz qui contrôla le bon fonctionnement
de leur Arva.
Anke
n'avait pas souhaité monter à l'hospice par la route habituelle depuis Bourg
Saint Pierre. Le chemin damé au ratrac pouvait se faire même à pied. Ce n'était
plus de la montagne ! Monter depuis le parking du tunnel vers le col des chevaux
n'était pas intéressant car ce versant nord était peu ensoleillé. Elle avait
préféré prendre le risque de cette montée très aérienne depuis le val
Ferret, consciente que leur groupe devait rester hors des chemins battus. Après
la bergerie, Anke attaqua la pente pour monter sur un épaulement et de là,
longer la falaise jusqu'au col que l'on devine à l'abaissement de la ligne de
crête. Ils utilisèrent leurs cales. Les premières conversions ralentirent le
groupe mais Anke continua sa progression en demandant à ses compagnons de
garder un espacement large entre eux. L'effort était intense. Frantz les
rassura en leur expliquant que c'était là le passage le plus dur et le plus aérien
de leur randonnée, qu'Anke avait choisi de rejoindre le plus rapidement la
courbe de niveau proche du col d'où ce début de randonnée très éprouvant.
Arrivés sur la ligne de niveau qu'ils allaient suivre vers le col, ils firent
une pause pour contempler le paysage. Mais avant de s'absorber dans cette découverte,
ils se regardèrent avec curiosité. Il suffisait de toiser la hauteur de pente
et les 500 mètres de dénivelé qu'ils venaient de gravir puis de jeter un oeil
sur les visages de la colonne pour se rendre compte que tous étaient présents,
que tous avaient été capables de suivre. Ils prirent acte de cette découverte
d'une nouvelle dimension de leurs possibilités et conquis par l'effort brutal,
ils demandèrent à continuer pour monter toujours plus haut. Frantz leur
indiqua qu'ils pouvaient ôter leurs cales car la pente était maintenant quasi
nulle sur cette courbe de niveau. A l'approche du col, ils ne s'occupèrent plus
de jeter des regards sur le paysage derrière eux qui se dévoilait au fur et à
mesure de leur grimpée. Ils s'étaient accoutumés à la présence imposante du
Dolent puis un peu derrière lui sur la gauche, à la stupéfiante paroi grise
des Grandes Jorasses qui domine souverainement l'enchevêtrement des sommets.
Devant eux, le goulet qui mène au col se dessinait toujours plus précisément.
Anke serpentait astucieusement puis après quelques conversions, elle monta
directement sur la ligne de crête d'où elle fit signe aux autres de suivre,
contente qu'elle était de ne pas avoir à chausser les crampons grâce à ce
passage sans corniche. Elle avait écarté quelque peu ses skis, rendant ainsi
la trace plus facile et moins aérienne. Il était midi lorsque le groupe
s'engagea dans la vaste combe des lacs de Ferret enfouis sous la neige. Anke
leur montra la pente régulière qui monte dans le large corridor jusqu'à la
fenêtre de Ferret. De là-haut, il suffit de descendre à ski jusqu'au col du
Grand Saint Bernard. Ils restèrent dans la combe pour s'abriter du vent derrière
quelques rochers et tirer du sac leurs casse-croûtes. Chacun creusa son trou
dans la neige pour se mettre à l'aise. Une fois que les femmes eurent fini de
se remettre de la crème solaire et qu'elles eurent reposé sur le nez leurs
lunettes de glacier, Pierre jugea le moment opportun pour lancer une discussion
sur un sujet qui le préoccupait depuis quelques temps. Anke avait bien dit
qu'ils devaient pour dix-huit heures rejoindre l'hospice de manière à assister
à dix-huit heures trente à l'office du jour à la chapelle. Mais qui était
catholique, qui était protestant ? Allaient-ils tous suivre l'office religieux
catholique ? Dans une foi adressée à qui et selon quelles croyances ?
Pouvait-il se faire que leur communion humaine puisse tolérer une différence
de croyances et de rites religieux ? Ne devaient-ils pas accorder ce domaine au
reste de leur entreprise dans un effort oecuménique vers un syncrétisme ? Quel
mouvement spirituel allaient-ils suivre ? Une voie mystique déjà connue ? Une
voie plus poétique, directe et originale ? Jusqu'où mener cette voie ?
Anke
reprit la question de Pierre. Au fait, qui parmi les deux couples allemands ne
payaient pas les 10% d'impôts au bénéfice de son culte ? Sandra répondit
qu'ils les payaient pour le culte protestant et Anke indiqua à son tour, qu'eux
les payaient pour le culte catholique. Les autres étaient catholiques mais ne
pratiquaient plus sauf depuis leurs rencontres. Dominique, en professeur
soucieuse de laïcité, questionnée par l'intervention de Pierre, d'Anke et de
Sandra, insista pour savoir de quoi ils parlaient. Pierre leur expliqua qu'en
Allemagne, la loi fondamentale qui tient lieu de constitution consacre "
la responsabilité du peuple allemand devant Dieu et devant les hommes ".
Sur les actes de naissance comme sur les fiches de police, les registres
scolaires ou universitaires, figure la mention de la religion suivie. Les
catholiques ont le code K, les protestants : le code E pour Evangelist et les
autres le code VD pour Verschieden Denker. Les cours de religion sont
obligatoires pour passer l'Abitur. Ils ont lieu à raison de deux heures
hebdomadaires et sont assurés par des universitaires qui vont dans les lycées.
Les élèves qui se déclarent athées doivent suivre des cours d'éthique sur
les principes de base de la vie en collectivité, la place de l'individu, ses
besoins, ses droits et ses devoirs. Des solutions sont à l'étude pour les élèves
juifs et musulmans et si pour ces derniers, le dossier avance peu, cela est du
au fait de la division entre musulmans intégristes et modérés et entre les
groupes kurdes et turcs. Pierre poursuivit pour indiquer que l'état se charge
de la collecte des fonds pour les institutions religieuses soit dix pour cent
des impôts et celles-ci, débarrassées de ce souci, peuvent plus librement se
consacrer à leur mission sociale, aux jardins d'enfants, écoles primaires,
foyers d'aide et de secours, séminaires dont elles promeuvent le développement.
Le bénéfice de ces oeuvres est d'abord réservé aux fidèles du culte puis
d'autres peuvent les utiliser. La qualité de ces services est ainsi susceptible
d'attirer et de questionner le public. Chaque culte peut s'organiser de cette
manière s'il correspond à une utilité publique. De ce côté du Rhin, la
perspective d'un conflit religieux est inimaginable alors que la professeur
devait se méfier d'avoir un jour un tel problème dans son lycée surtout
depuis sa conférence. Anke félicita Pierre pour sa bonne connaissance de ce
sujet puis précisa à Dominique que son garçon inscrit dans une école
allemande, n'aurait pas posé les problèmes que cette dernière avait du régler
précipitamment pour pouvoir continuer à participer à la vie de leur groupe et
ce, du fait des horaires moins nombreux et mieux répartis, à son avis, en
Allemagne. Barbara ajouta qu'elle trouvait l'enseignement allemand ou suisse
plus ouvert sur la place de l'homme dans le monde. Leurs liens avec les arts,
les sciences exactes et sociales leur donnaient davantage place dans une
perspective de traduction du savoir fondamental de manière à permettre à
chacun de s'approprier son monde. Elle n'accorda pas ce caractère à
l'enseignement élitiste et stérile qu'elle avait reçu en France. D'ailleurs
pour illustrer son propos, elle avoua regarder souvent les actualités
allemandes à la télévision en plus des journaux suisses car l'on y parlait de
beaucoup plus de sujets liés à l'actualité mondiale alors qu'en France, les
actualités s'étendaient beaucoup trop sur des sujets régionaux n'ayant que de
peu de valeur informative comme si l'on voulait minimiser voire occulter ce qui
se passait dans le monde au profit des sujets servant un clientélisme électoral
et régional ou comme si les journalistes, de leurs études, n'avaient retenu
que la loi de proximité... Dominique, estimant que Pierre prônait cette
politique de l'enseignement allemand au détriment de la laïcité française,
se mit à faire l'éloge du système éducatif français qui selon les
traditions républicaines se devait d'éduquer uniformément la jeunesse avec
les mêmes moyens, ceci au nom de l'égalité des chances et de la fraternité.
Avant que Pierre ne réplique, principalement sur le chapitre de la liberté,
chapitre omis par la professeur, Dan vérifia avec son bâton de ski que les
deux protagonistes étaient bien à une distance telle qu'ils ne puissent se
toucher. Il avait entendu parler de cette querelle typiquement française et en
soldat, il tenait à vérifier les règles du combat. Dan avait écouté la
traduction que Laurie lui avait faite de la conférence et il savait que Pierre,
entre eux, pouvait se montrer beaucoup plus vindicatif. Les autres se mirent à
encourager et à applaudir Pierre avant qu'il ne réponde. Ils savaient qu'entre
Dominique et Pierre, la violence verbale pouvait sévir et cette soudaine
diatribe du poète les émoustillait et égayait leur casse-croûte parmi ce
silence pénétrant de la montagne.
Pierre,
en tant qu'élève alsacien, avait grandi sous le régime scolaire concordataire
et il en fit mention. Ce Concordat devait toujours exister à Metz, certainement
pas à Nancy ! En tant qu'individu féru d'histoire, il rappela à son
interlocutrice que le concordat napoléonien puise sa source dans l'initiation
au savoir égyptien que Bonaparte et Kléber reçurent dans la grande pyramide
de Gizeh par le meilleur guide de leur époque, initiation qu'ils transposèrent
dans la fondation d'une loge à Alexandrie, première des nombreuses loges qui réunirent
officiers et soldats du futur empire et de la Grande Armée. Dans cet ordre d'idée,
le catholicisme n'est alors à travers ses racines liées à Moïse, Salomon, Jésus,
qu'une religion dérivée et appauvrie du culte primitif de la haute-égypte
ancienne. Ce qui peut expliquer l'attitude de l'initié au savoir égyptien vis
à vis du pape ! Un concordat peut alors être signé pour laisser vivre cette
religion catholique à l'ombre de ses racines primitives et ce, au même titre
que les autres religions chrétiennes ou non. Plus prosaïquement, Pierre
admettait qu'il s'était intéressé aux questions religieuses depuis tout jeune
en se demandant pourquoi il y avait deux cimetières dans son village, un grand
pour ceux qu'il connaissait et un plus petit où il ne voyait jamais personne y
aller et dont le décorum était plus austère
Un
soir de printemps, après l'école, il avait cueilli des primevères à la lisière
de la forêt et avait posé de petits bouquets sur chacune des tombes de ce
petit cimetière. Dans le grand cimetière, deux magnifiques séquoias
encadraient la chapelle au bout de l'allée centrale. Pierre savait qu'un
mennonite qui avait habité une clairière dans la forêt, avait apporté ces
graines de séquoias de Californie, lorsqu'il était revenu au pays chercher le
reste de sa famille. Pourquoi le petit cimetière n'avait pas eu droit aux séquoias
? Ces fleurs qu'il déposa sur les tombes compensèrent aussi quelque peu cette
absence de séquoias... Le lendemain, à l'épicerie, il avait surpris la
conversation de vieilles dames qui s'interrogeaient sur le fait que l'on avait
mis des fleurs sur les tombes des protestants... sur toutes les tombes et sur
aucune dans l'autre cimetière ! Pierre découvrit alors qu'il était l'auteur
d'une telle provocation dans le village, du moins auprès de ces personnes âgées.
Il en déduisit que son geste pouvait être perçu comme incorrecte, qu'il ne
fallait pas prier ou décorer de telles tombes, qu'à ces conditions, ces défunts
devaient probablement avoir un peu plus de mal à arriver devant Saint Pierre
pour entrer au paradis... ceci pour laisser les meilleures places aux catholiques
? Son âme de poète pris le parti de ces exclus et s'interrogea sur les différents
chemins qui mènent au ciel. Il assura Dominique que ces questions sont très
importantes pour un enfant et que les adultes doivent s'efforcer d'y répondre
correctement. Pierre n'avait trouvé une réponse qu'à travers ses lectures
personnelles, dans des livres d'histoire. Bien entendu, aucun professeur ne s'était
aventuré pour répondre à ce genre de question et les cours de catéchisme
n'apportaient qu'abrutissement à travers leurs réponses toutes faites qu'il n'était
pas question de discuter. Le plus sérieusement du monde, il se demanda comment
le jeune poète qu'il fut, n'était pas mort d'apoplexie sous le poids des
insanités intellectuelles qu'il dut subir sur les bancs de son école !
Heureusement qu'il avait, durant son temps libre et la nuit, pu mener à bien
son initiation pour trouver la source qui parle en lui.
Il
leur demanda de se remémorer ses propos tenus lors de la conférence de Nancy.
Ne peut-on pas abandonner cette définition républicaine désuète et surannée
de la laïcité pour traduire cette notion à travers la règle du travail
humain selon les trois niveaux ? Cette laïcité n'est plus alors l'enfermement
de la voie spirituelle dans les limites de chaque conscience individuelle avec
interdiction de tout prosélytisme mais elle est la règle qui interdit à un
individu travaillant sur un des trois niveaux de réclamer à travers ce pouvoir
limité l'élargissement de ce pouvoir pour régenter tout travail sur
l'ensemble des trois niveaux. Ni le poète ni le prêtre ni l'artiste ni l'homme
politique, le juriste, le propriétaire de moyens de production ou quiconque ne
peuvent à eux seuls détenir ou prétendre avoir le pouvoir de gérer
l'ensemble d'une société.
Pierre
ne posa pas directement la question à la professeur pour ne pas la gêner. Il
se tourna vers Sepp. Le poète souhaita pouvoir connecter le système
informatique piloté par l'ingénieur électronicien au réseau mondial
Internet. Il diffuserait sur ce réseau ce projet de nouvelle organisation
politique, économique et sociale avec son but, ses objectifs intermédiaires,
les modalités pratiques de certaines étapes et à travers un échange avec les
correspondants, ce projet pouvait être amélioré jusqu'à se réaliser dans
leur entreprise. Le poète souhaitait pouvoir établir des liaisons vidéo avec
d'autres correspondants. Le groupe arrêta de siroter le thé chaud sucré,
surpris par cette interpellation. Ils s'étaient imaginés défiler à Paris ou
au coeur d'une ville quelconque avec leurs slogans sur des banderoles et le cas
échéant portant une tunique à la couleur laissée au choix du poète mais ils
n'avaient pas songé à recourir à ces nouveaux moyens électroniques. Pierre
le disait : Laurie traduirait le texte en anglais, Evelyne en allemand, il y
aurait bien quelqu'un pour le traduire en russe ou dans d'autres langues et ces
textes, ces images, ces voix seraient véhiculés en même temps pour un coût
modique à travers le monde entier auprès de cette minorité agissante qui
comprend que l'utilisation de ce nouvel outil d'acquisition du savoir va
permettre une révolution de nos institutions et notamment des institutions
politiques et religieuses répandues à travers le monde. Pourquoi s'ingénier
à trouver un éditeur, à passer le stade des critiques ou d'une censure
officieuse, à financer à compte d'auteur une publication ? L'objectif n'était-il
pas de susciter des rencontres entre des hommes, des femmes, des enfants ?
Pierre n'excluait pas avant ces rencontres, l'envoi de textes, d'écrits pour présenter
plus amplement des idées, des projets mais l'objectif de cette entreprise
consistait bien à échanger, à faire se rencontrer des personnes en recherche
de progrès humains. Sepp qui connaissait Internet tout comme Werner l'avait déjà
utilisé dans le centre de recherches de son groupe chimique, prit le relais du
poète pour montrer son enthousiasme. 50 millions de personnes sont déjà
connectées à ce réseau télématique mondial et chaque mois, un million
d'utilisateurs supplémentaires y adhèrent. Sepp fit cependant remarquer que la
culture principale véhiculée sur ce réseau, est avant tout une culture
informatique : comment développer de nouvelles applications informatiques,
comment écrire tels types de programmes, comment échanger des solutions
pratiques pour se perfectionner. Il y avait bien des forums pour échanger des
idées mais au yeux de Sepp et de Werner, ces échanges restaient dans le
domaine du cognitif, il y avait peu de partage d'un savoir-faire et ces
rencontres immatérielles ne pouvaient déboucher sur l'acquisition d'un savoir-être.
Pierre indiqua qu'une démarche projective pouvait fédérer et dynamiser ces échanges
en multipliant les intranets, les messageries, forums experts et groupwares.
Sepp confirma qu'il pouvait installer un intranet dans leur club mais cela
supposait du temps et de l'argent qu'il leur était difficile de rassembler dans
les prochains temps !
Dan
intervint pour indiquer qu'il connaissait lui aussi, bien entendu, ce réseau.
Il précisa que ce réseau Internet se base sur un élément essentiel de
fonctionnement : le cryptage des informations. Pour le moment, aucun service de
renseignements au monde n'est arrivé à percer le code utilisé pour
transmettre ces informations cryptées. Dan parla du décryptage des messages
secrets des armées allemandes durant la dernière guerre par le premier véritable
ordinateur construit au monde du nom de "Ultra" et qui dans la
banlieue de Londres arriva à décoder les chiffres ennemis. L'officier donna
quelques exemples de l'incroyable utilisation de ces renseignements et de la
toute aussi incroyable manière dont Churchill dirigea le camouflage de cette découverte
tout en faisant parvenir ces informations capitales jusqu'à Staline. Dan, lui
aussi, s'enthousiasmait devant ce recours à l'informatique et aux télécommunications
dans leur entreprise. Il promit de leur faire une présentation des systèmes de
renseignements modernes et de leur parler de la NSA et du système d'écoute électronique
mondial appelé " Echelon ". Pierre reprit son propos. Frantz et Dan,
depuis le week-end de Baden-Baden, avaient insisté sur le niveau de protection
et de secret dont leur entreprise devait s'entourer. Eh bien, le poète leur
suggérait d'utiliser le moyen actuel le plus performant au monde pour franchir
les barrières des renseignements généraux et des services secrets qui défendent
encore le pouvoir de ces institutions sclérosées et obsolètes ! Et ce partout
sur terre où il y aurait un abonné à ce service informatique ! Le problème
n'était-il pas de garantir l'authenticité de leur message ?...à moins qu'ils
voient autrement ce problème, qu'ils aient peur de proclamer leur démarche, de
dire comment ils souhaitaient changer ces institutions qui nous gouvernent, de
travailler pour diffuser ce projet sur Internet ?. Ce serait une guerre de
l'information. Dan énuméra une série d'équipements et de moyens de
transmissions dont l'armée américaine disposait et que leur mouvement aurait
grand intérêt à utiliser également. Dan arrêta là son propos. Le groupe
comprit la portée des propos de Pierre et de Dan : leur mouvement serait
spirituel, il allait combattre les dogmes religieux, politiques, économiques et
très vite ce combat se ferait contre les pouvoirs actuels car ces derniers ne
pouvaient supporter de se voir déposséder ainsi du sabre, des armes avec
lesquelles ils défendaient leurs places et leurs idéologies. Cet avenir les
troubla, il était quelque peu apocalyptique.
Les
femmes sortirent elles aussi de leur engourdissement. Anke qui avait fait
chauffer du thé sur un réchaud en faisant fondre de la neige alors que les
gourdes étaient depuis longtemps vides, présenta à Pierre un quart de thé
dans lequel Frantz rajouta un coup de schnaps. Laurie essaya de conclure le
monologue de son ami. Elle avait aimé au cours de la conférence, ce voyage en
Egypte, à Cluny, à Jérusalem, au Louvre, cette pérégrination en compagnie
de Philippe le Bel et les templiers, le pape, les saints du moyen âge, Montézuma
et Cortez, Essenine. L'initiative de Pierre engendrait un combat nouveau qui
allait prendre au moins une génération et les membres du groupe avait compris
qu'ils tenaient un moyen idéal pour que ce combat se fasse d'abord dans les
esprits et non pas de suite avec une idéologie sommaire monopolisée par une
minorité fanatisée et relayée par la poudre des canons et des fusils. Comme
ils venaient d'en discuter, ils avaient à organiser une nouvelle éducation
dont la spiritualité représentait un fondement majeur. Leurs futurs
correspondants, où qu'ils se trouvent, pouvaient critiquer, condamner, suggérer,
enrichir les thèmes d'action de leur entreprise et de ce débat, une adhésion
nouvelle, une orientation mieux cernée allaient insuffler une dynamique plus
puissante à leur mouvement. Ils inviteraient ces correspondants au club pour
des rencontres dont ils auraient librement discuté sur leurs écrans
informatiques, ils se mêleraient aux jeunes qui s'engageaient de plus en plus
dans les projets qui naissaient dans leur night-club et tout ceci allait
constituer une vraie communauté comme Pierre l'avait décrite, une communauté
qui commence par discuter de ses propres normes d'organisation. Ce local serait
d'ailleurs connecté en premier à Internet avec plusieurs stations en libre accès
pour les clients. Ils payeraient les voyages des correspondants les plus
lointains, les moins aisés ; ils iraient organiser chez eux de telles
rencontres et de ce réseau d'amitiés, sortirait tout un peuple disparate de
combattants pour la marche en avant de l'humanité et le ré enchantement de nos
sociétés dans leur compréhension retrouvée des sources de notre spiritualité.
Cette
perspective moins apocalyptique réveilla l'ardeur du groupe. Dominique fit
preuve de son consentement à cette démarche nouvelle. Dan ne voulut pas
relancer le débat mais il indiqua qu'il faudrait prochainement débattre de la
manière dont ils entendraient mettre l'épée sous la garde du sacré, point inévitable
dans le propos du poète et qu'il avait admis comme la raison profonde de sa
vocation de soldat ! Anke les invita à enlever un moment leurs lunettes de
glacier et ils furent éblouis par la réverbération du soleil sur la neige.
Elle leur demanda alors de fixer un coin bleu du ciel à l'opposé du soleil et
leur vue, en se perdant dans la profondeur de l'azur retrouva une sensation de
clarté moins douloureuse. Anke les questionna : quel rêve plaçaient-ils tout
au fond de cette cheminée d'azur que traçaient leurs deux yeux en se
focalisant à l'infini ? Ce rêve bleu depuis l'aube des temps, n'est-il pas le
même dans l'esprit de l'être humain qui contemple cet azur partout et depuis
toujours ? N'était-ce pas ce bleu dont parle Rimbaud lorsque les poètes voient
la terre de tout là-haut, lorsqu'ils s'en reviennent parmi leurs frères
humains ? Et ce bleu n'a-t-il pas un lien indissociable avec cette planète
bleue et cette recherche millénaire de la Merica, cette demeure que les hommes
ont perdue, dont ils auraient été chassés par les lois divines et les mathématiques
célestes qui gouvernent la marche de notre univers ?...Ce bleu traduit par les
descendants de ce peuple ne réside-t-il pas dans ce fascinant " bleu ciel
d'Egypte " ? Dans cette couleur retrouvée par le céramiste alsacien Théodore
Deck dans la deuxième moitié du XIXème siècle à Sèvres ? Ne porte-t-il pas
sur le thème de l'éternel voyage toujours présent et pour lequel nous
devrions toujours être prêt ? Anke trouva là une transition pour leur suggérer
de reprendre le chemin.
Pierre
fut le premier équipé et s'avança pour faire la trace. Anke le toisa avec
circonspection. Le groupe s'interrogea sur les qualités de Pierre pour les
conduire mais il n'attendit pas leurs remarques et s'engagea sur la surface
plane du lac gelé. Dans la montée du large couloir, Pierre entreprit de
grimper dans l'axe de la pente le bombement rocheux de manière à arriver
rapidement sur la courbe de niveau plus douce qui rejoint le col. Anke, dans sa
foulée, fut surprise qu'il n'utilise pas les cales et ne ralentisse pas son
rythme. Le groupe éclata et seuls Anke et Dan suivirent l'ouvreur. Derrière,
Barbara et Sandra fermaient la marche accompagnées de Frantz qui faisait le
serre-fil. Laurie vit disparaître Pierre au dessus du bombement et cette image
lui fit prendre conscience de leur séparation. Elle découvrit en elle une
pointe de colère envers cet homme qui allait et venait autour d'elle sans
jamais se désemparer d'une distanciation implicite. Elle s'arrêta pour
regarder derrière elle Françoise qui peinait. Chacun montait comme il le
pouvait. Dan était dans le trio de tête, Patrick tentait de rejoindre le
premier groupe. Laurie continuait de s'interroger mais Françoise lui demanda de
se remettre en marche car elle ne voulait pas couper son effort sachant qu'il
lui aurait été encore plus difficile de repartir dans cette portion du
parcours. Peu à peu Laurie comprit qu'elle ne devait avoir en tête qu'une
seule chose : atteindre le col en s'économisant le plus possible. Arrivée sur
la courbe de niveau supérieure, elle fixa les silhouettes des skieurs qui la précédaient
et qui s'approchaient du col. Anke s'était arrêtée et avec Dan, elle attendit
un moment le reste du groupe pour rester bien visible devant eux et maintenir un
minimum de sécurité entre eux. Devant, Pierre devenait un trait de plus en
plus minuscule dans le paysage. Laurie ne put retenir ses mots. Elle cria face
à la montagne sur ce diable de poète qui filait vers le sommet comme si
l'esprit gonflé de discussions supérieures et profondes, il avait hâte de
regagner ses altitudes favorites, seul comme il sied à un poète qui a compris
que l'unique objet de son existence terrestre est de se préserver du dédain
des autres pour ne pas froisser ses ailes de géant, ne pas sombrer dans le
chaos et le néant mais partir dans l'azur comme il le faisait outrageusement
maintenant !
Pierre
ralentit un peu avant d'attaquer la dernière pente plus raide qui mène au col
et que le sentier esquive en prenant à flanc de versant sur la droite. Il
chercha à retrouver son souffle et ne pas montrer aux autres les signes de son
effort violent. Plusieurs minutes plus tard, Anke et Dan plantèrent leurs bâtons
et déposèrent leurs sacs à côté de lui. Pierre regardait les sommets en
face d'eux et Anke lui nomma la corniche somptueuse du mont Velan sur leur
gauche dans le prolongement de la barre rocheuse qui part du col qu'ils venaient
d'atteindre. Anke lui précisa que lorsqu'ils seraient à l'hospice, ils
pourraient demain matin, s'engager un peu sur le versant du Valais pour découvrir
l'arête de neige, vertigineuse et attirante, qui monte au sommet du Grand
Combin et qui depuis la fenêtre de Ferret où ils étaient, reste cachée. Elle
lui montra de la main, les lacets de la route qui s'élève depuis Aoste et que
la couche de neige n'arrivait pas à complètement dissimuler puis elle lui désigna
l'endroit où se trouve le tunnel paravalanches. Derrière eux, le massif du
Mont-Blanc déroulait dans l'azur éclatant ses sommets et au fond du paysage,
le versant italien présentait ses dentelures jusqu'à l'aiguille noire de
Peuterey et l'éperon neigeux de la Brenva visible à l'oeil nu. A cette
altitude, les Grandes Jorasses sont encore plus présentes car la distance égalise
relativement la hauteur de ces sommets pour l'inclure dans un monde restreint
qui prend naissance au niveau de la semelle de vos skis. Anke enleva ses peaux
et en les pliant, ne put attendre plus longtemps pour questionner Pierre.
Ah ! ne leur avait-il pas dit qu'il avait été coureur cycliste et skieur de fond en compétition ? D'habitude, il parlait plutôt volontiers de son service militaire effectué dans la section de reconnaissance du bataillon de chasseurs alpins en Haute-Savoie où il avait servi. C'est vrai qu'il attendait depuis de nombreuses années l'occasion de rechausser les peaux pour monter dans ces paysages qu'il avait découvert sac au dos, pistolet mitrailleur en bandoulière, de l'autre côté du massif du Mont-Blanc. La joie de cette redécouverte l'avait poussé aujourd'hui à ne pas compter ses efforts et s'il n'avait pas senti ses jambes au cours de cette ascension, c'était sous l'effet de son esprit qui captait avidement toutes ces sensations retrouvées. La force de l'éclat de ce paysage, l'attraction inévitable de la ligne de crête qui vous fixe rendez-vous lorsqu'elle s'abaisse au col, avaient laissé dans l'ombre le travail de ses jambes et leur coordination avec son coeur. Il était heureux et son expression de bonheur surprit Anke et Dan qui jamais ne l'avaient vu ainsi. Les deux se souvinrent des propos de Laurie. C'était la première fois qu'ils le rencontrait à une altitude aussi haute et il paraissait si épanoui ! Pierre remercia Anke pour les avoir amenés ici et la capitaine de girls frappée par cette félicitation sincère que reprenait également l'officier américain, se jeta au coup du poète pour l'embrasser tendrement et lui rappeler leur baiser de la soirée de Baden-Baden où ils étaient devenus ami-ami. Dan les regardait attendri et Anke, généreuse, lui demanda avec assurance s'il voulait lui aussi partager un tel baiser. Elle lut dans le regard de Dan la réponse à sa proposition et s'approcha de lui pour joindre leurs lèvres. Heureuse, elle affirma haut et fort en face du paysage tourné vers l'orient que c'est ainsi qu'ils continueraient à forger ensemble les clés de leur bonheur !
Les trois s'installèrent quelques mètres sous le col pour s'abriter du vent. Patrick arriva à son tour puis Laurie et Françoise, suivirent Sepp, Werner, Gérard et Carine, enfin Barbara, Sandra, Dominique et Frantz. Frantz leur montra la route qui monte depuis Aoste et décida de la rejoindre plutôt que de longer le versant sous les couloirs de la paroi mais cette descente était importante et après, il y avait un dénivelé positif à combler. Anke préféra descendre doucement la pente en prenant sur la droite le mamelon puis de traverser la combe pour rejoindre sur la gauche le niveau du sentier des moines et la canalisation couverte. De la main, elle leur montra l'itinéraire. La neige était en condition pour qu'une trace correcte se fasse et cela permettrait de rejoindre le col près de la statue de Saint Bernard de Menthon. L'état des corniches permettait ce passage et la neige fraîche gommait également les anciennes coulées sur ce versant est et nord. Elle demanda à Dan et à Pierre de la suivre et en faisant de larges virages en chasse-neige, ils firent une trace facile pour que les autres descendent sans encombres le col. Les skis disparaissaient dans la poudreuse mais en pleine confiance sur la position de leurs jambes, ils se laissèrent couler dans la pente avec une joie énorme parmi ce paysage immaculé qu'ils étaient les premiers à traverser sans efforts. La poudreuse semblait les freiner mais leur vitesse ne cessait d'augmenter et ils devaient se contrôler pour mesurer à chaque instant la limite qui leur permettait d'imposer leurs traces à la masse poudreuse qui enserrait leurs jambes sans toutefois se faire bloquer par elle et chuter. Chaque mouvement devait vaincre l'épaisseur de neige sous laquelle leurs skis étaient enfouis mais chaque mouvement devait rester parfaitement maîtriser pour ne pas céder à une vitesse qui les perdrait. Derrière eux, la trace de leurs courbes attestait de leur capacité à dominer la nature. Frantz demanda à ceux qui hésitaient à se lancer dans un virage sur cette pente, de s'arrêter au milieu du virage par un dérapage puis de faire une conversion. Il fit une démonstration et chacun se lança à son tour dans la pente. Puis Anke entreprit la traversée de la combe à la recherche de la courbe de niveau du sentier dont l'emplacement pouvait se deviner à travers les rochers. Chaque fois qu'elle voyait l'ondulation d'une ancienne coulée de neige, elle remontait dans la pente pour ralentir et franchir lentement l'obstacle. Par un dérapage latéral, elle regagnait la courbe de niveau précédente puis repartait. Ces manoeuvres limitaient le risque de chute sur ces tremplins naturels que la plupart d'entre eux ne pouvaient pas passer en exécutant un saut à vitesse moyenne, sac au dos, dans cette sorte de neige très rapide et fuyante. Les autres suivaient la trace avec de plus en plus de confiance. Après un passage plus pentu où ils prenaient de la vitesse, la trace remontait légèrement dans l'axe de la pente. Très vite, ils descendirent la majeure partie de la combe pour lentement longer le versant nord en s'arrêtant de nombreuses fois pour ne pas prendre de vitesse sur ce qui semblait être le sentier des moines et la canalisation couverte. Anke se fiait à la position du tunnel paravalanches pour chercher le chemin parmi les rochers. Elle resta assez haut sur le versant pour passer tout en haut des restes des coulées de neige et de blocs de glace. Enfin ils atteignirent la ligne de crête qui descend vers le col du Grand Saint-Bernard. La neige ne se transformait toujours pas à cette altitude plus faible et Anke, en pleine confiance dans sa mémoire des lieux, se laissa filer dans le schuss final pour franchir la ligne de crête et s'arrêter au pied de la statue, entre les deux hôtels. Après l'austérité du paysage précédent, ce petit bout de vallon haut perché les surprit agréablement par son caractère accueillant. Une colonne de skieurs traversait le lac gelé. Frantz conclut que c'étaient des italiens. En face d'eux, de l'autre côté du lac gelé, la masse rassurante des deux bâtiments de l'hospice reliés par une passerelle couverte, les attendait. Les façades s'éclairaient de la lumière tamisée et dorée du soleil couchant. La chaleur de cet accueil n'en était que plus réconfortante. Les uns après les autres, ils arrivèrent en laissant éclater leur joie d'en avoir fini. Anke leur fit suivre astucieusement une courbe de niveau en pente très faible qui les amena directement à l'hospice sans avoir à rechausser les peaux. En causant, blaguant pour se décompresser de l'extrême concentration que cette descente avait nécessité chez eux et que dans leur pratique de néophyte, ils avaient réussie, ils quittèrent leurs skis et éteignirent leur Arva. Derrière eux le soleil déclinait toujours plus et bientôt l'ombre qui avait gagné l'ensemble du col, allait se transformer en obscurité.
Le thé chaud à l'arrivée pris autour d'une grande tablée dans le réfectoire créa une atmosphère de détente et de bien-être qu'ils apprécièrent. Frantz les conduisit au troisième étage dans leur dortoir. C'était la pleine saison du ski de randonné et l'hospice affiche toujours complet à cette époque. La douche fut un moment plus intense de détente. Devant l'afflux des candidats et le peu de cabines, chacun prit la première femme à sa portée dans sa cabine. Sepp s'était retrouvé avec Carine et apercevant avant de fermer la porte qu'une jeune femme aux traits italiens se présentait seule, il lui fit de grands gestes pour en anglais puis en français l'inviter à les rejoindre. Carine, déjà nue ouvrit le rideau pour se montrer et l'inviter également en français. L'italienne ne risquait rien ! Carine en faisait foi. Elle lui dit qu'elle n'était pas la femme de Sepp. D'une autre cabine, Sandra répondit qu'elle était la femme de Sepp et d'une autre encore, Patrick affirma être le mari de Carine ! Les autres menaient dans leur cabines respectives, un joyeux chahut pour décider la jeune femme. Les portes s'ouvrirent et les jeunes femmes nues insistèrent pour qu'elle rentre dans la cabine de Sepp. Comprenant qu'elle appréciait cette ambiance fortement érotique mais qu'elle n'osait pas faire le pas décisif, Sepp s'enhardit à lui prendre le bras et la jeune femme pénétra dans la cabine de douche. Anke leur rappela fermement qu'ils devaient se dépêcher pour être à l'heure à l'office du jour. Barbara avait décidé qu'elle sortirait nue dans la salle des douches pour se sécher plus aisément et les autres en firent de même tout comme la jeune femme italienne. Celle-ci avait compris qu'elle avait pénétré au sein d'un joyeux groupe de randonneurs mais elle était étonnée des diverses langues qu'elle entendait. Sandra fit les présentations sommaires en constatant qu'effectivement, il manquait des italiens dans leur groupe. Sepp avait l'autorisation de sécher le dos de la bellissima et il en profita pour déclarer en français, langue que comprenait mieux la jeune femme, qu'une femme ne pouvait être admise dans leur groupe qu'après avoir reçu sur ses fesses les baisers de chacun des membres. Anke confirma ce rite d'intromission. Pierre fut plus évasif, sachant que ce rite avait déjà joué bien des tours fâcheux à plus d'uns mais personne songea aux accusations proférées contre les chevaliers du Temple, hormis le poète ! Dan vérifia que personne ne venait dans le couloir et en riant, la belle italienne se soumit gracieusement à cette épreuve puis elle eut droit à choisir trois hommes pour leur faire le même baiser. Devant l'obéissance des hommes, elle s'enhardit pour leur demander de se retourner et elle déposa un rapide baiser sur chacun de leur sexe. Les femmes la félicitèrent et lui dirent qu'elle était admise dans leur groupe. Frantz s'enquit de connaître son dortoir pour lui laisser discrètement les coordonnées de leur club et leur numéro de fax. Elle avait un petit ami qui était en train de se reposer sur sa paillasse. Frantz les invita gratuitement au club et lui promit de lui rembourser leurs frais de voyages. Une fois habillés, Frantz prit dans son carnet, l'adresse de la jeune femme pour lui envoyer une plaquette publicitaire sur leur entreprise. Plus tard dans leur dortoir, toutes et tous félicitèrent Sepp pour sa promptitude à élargir leur clientèle. La jeune fille était très belle et semblait avoir du cran et du caractère pour se conduire aussi librement parmi eux. Allongés sous leurs couvertures dans l'attente de l'heure de l'office, Werner taquina Sepp pour lui rappeler qu'il devait rapidement installer Internet. Sepp, blagueur, répéta : Ethernet mais Werner, Pierre, Gérard et Frantz avaient compris l'astuce de l'électronicien et d'un même choeur, répétèrent : Internet ! Sepp se plaignit de ce que Pierre n'avait rien trouvé d'autre en montant, que de lui fourguer ce travail supplémentaire mais Sandra et Barbara vinrent à la rescousse du poète. Elles avaient apprécié la longue pause due à son bavardage. Au moins, elles avaient pu siroter tranquillement leur thé. Anke avait même eu le temps d'en refaire avec de la neige fondue. Elles avaient pu attendre que le sucre fonde ! Non, Non ! Pierre était un bon compagnon en montagne ! Anke battit le rappel du groupe, c'était l'heure de se rendre à la chapelle. Nous étions dans le cycle des fêtes pascales et l'office ne se déroulait pas comme d'habitude à la crypte mais à la chapelle.