Pierre et Laurie

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- embrasse moi fort ! cela fait si longtemps que nous n'avons plus été seuls tous les deux !

 

Laurie tendit ses lèvres et il l'embrassa goulûment comme aspiré par ce rêve de communion étrange qu'ils avaient déjà tant parcouru ensemble et qui cette nuit, redéfinissait un nouvel horizon encore plus lointain vers ce monde sans limites que leur amour leur dévoilait. Il enleva ses gants pour mousser ses mains sous le pull de Laurie jusqu'au contact de sa peau brûlante et ils restèrent serrés l'un contre l'autre.

 

- dans un mois, j'aurai quitté mon travail pour m'investir à temps plein dans l'activité du club. Je veux fonder une école d'amour et former de nouvelles surogates autour de moi. Arnim m'a convaincu de ne pas hésiter à lancer ces formations. Nous l'avons tous compris tout comme Arnim : ta conférence de Nancy a posé les bases de notre mouvement et il est résolument politique. Nous travaillerons sur les trois niveaux et les activités de notre club auront bien trois voies. Je commence à croire que finalement tu vaux mieux qu'un écrivain retiré dans sa retraite monastique. Tu n'as aucun intérêt à refaire comme eux. Toi, tu dois y aller ! Tu quitteras ta fourrure de loup des steppes et nu, comme tu sais si bien l'être avec moi et parmi nous, tu nous guideras ou plutôt non, nous savons que trop où aller et si nous sommes sincères avec nous, nous savons même comment y aller. Mais toi, tu t'avanceras et nous te suivrons et après nous, d'autres nous dépasserons pour aller encore plus loin. C'est fou ce que nous pouvons vivre dans une existence terrestre ! La vie d'Arnim est incroyable et justement, ce ne provient-il pas du fait qu'il a tant côtoyé la mort, le retour à la vie ? Tout est possible ! Arnim a raison de nous faire prendre conscience de ce qui nous attend. Le communisme et les nationalismes se sont discrédités en tant que solution sociale mais je ne pense pas que nous sortirons du capitalisme comme cela, par enchantement, sans devoir lutter. Dans cette lutte, au départ nous serons peu nombreux et nous succomberons mais peut-être que notre mouvement survivra pour un jour triompher. Tu crois qu'avec Internet nous nous en sortirons mieux ? Comme Freud, j'ai assez confiance dans les nouveaux moyens de communication et il est bien certain qu'aucun dirigeant capitaliste n'arrivera plus à détruire ce réseau. C'est bizarre, cette nuit j'ai l'impression de pouvoir mesurer les chemins qui mènent au triomphe de notre espoir tout comme celui qui conduit à ma mort. En réalité, ce sont les mêmes. Mes raisons de vivre sont les mêmes que mes raisons de mourir. Comment Hesse avait-il de son côté écrit cela ? Pourquoi est-il si difficile de vivre en écoutant celui qui spontanément surgit en vous, vous donne vos raisons de vivre et vous délivre de la mort ? A cause de notre animalité, de notre féroce bestialité ? Ne pourrons nous jamais la vaincre autrement qu'en nous séparant de notre corps ? Mais alors à quoi sert-il de concilier les choses ? Pourtant ne vaut-il pas mieux concilier que purifier ?

 

Pierre l'écoutait et lisait dans ses yeux la profondeur de ses interrogations. Il ne voulut pas jouer maintenant le prophète de malheur mais Laurie n'avait pas à s'en faire sur la mort. De leur deux, ce serait lui qui partirait le premier... c'était normal, c'était lui le poète et Laurie avait raison : sa position de poète était si tranchée qu'il se trouverait vite une minorité au pouvoir pour l'arrêter et le faire taire définitivement. Internet ? ...Les gens ne seraient pas de sitôt disponible pour passer des heures devant leur moniteur informatique et le taux d'équipement en micro-ordinateur connecté au réseau restait très faible en France. Alors... la relation des événements accélérerait l'enquête historique et bien mieux qu'à travers des écrits mais cela n'aurait aucune incidence sur le déroulement du drame, ne retarderait en rien l'échéance. La loi du silence arrive à étouffer les paroles du poète... et condamne les auteurs de ce silence à la stupeur qui les perdra à l'instant de leur mort... Il fit une pression sur l'épaule de sa compagne pour l'inviter à poursuivre.

 

- Mardi, je pars pour Zagreb en mission humanitaire, je poursuis mes entretiens avec un groupe de victimes des Serbes. Parmi eux se trouvent une personne de Kozarac qui a été détenue au camp de Trnopolje en mai 1992 et que je dois sauver car elle se laisse mourir. Dans cette salle de sport, deux cents personnes environ étaient attachées ensemble par les bras. Les femmes, la nuit, étaient régulièrement violées. Les gardiens avec une perceuse électrique ont percé des trous dans la poitrine des membres de la famille de cette personne que je soigne. Les enfants de son frère, âgés de un, trois et cinq ans ont été empalés sur des pieux devant leurs parents agonisants aux pieds des pieux et devant un groupe de prisonniers qui devaient regarder sans bouger sous peine de mort immédiate ! Cet homme a du regarder mourir dans des souffrances atroces son frère et sa famille, ceci sans bouger puis il a ensuite été déporté avec ceux de Kozarac dans deux trains plombés vers Zenica d'où ils ont pu se réfugier à Zagreb. C'est dans cette ville que cet homme que je dois sauver, apprit que sa femme, son fils de 15 ans et sa fille de 10 ans ont été égorgés non loin de leur village. Les miliciens n'avaient pas jugé utile de les déporter. Un autre homme a été détenu au camp d'Omarska, il a assisté à plusieurs meurtres par égorgement au couteau et une fois, à des décapitations à la tronçonneuse. Il y a deux jeunes filles de la vallée de la Sava qui ont été violées une dizaine de nuits par plus de trois hommes chaque nuit. Je devrais prendre en charge plusieurs petits garçons à qui les miliciens serbes ont écrasé les testicules avec des pierres pour les stériliser. Maintenant que je suis plus expérimentée, j'ai droit à toutes les cruautés possibles. Ces victimes ont été entendues par les commissions d'enquêtes américaines et internationales. Mon rôle et celui de nos équipes consiste à mener un travail d'étude sur les moyens possibles de résorber le plus de ces séquelles tragiques. Certains de nos dirigeants, à défaut d'avoir une solution politique pour ce conflit, ont compris que la cruauté de ce conflit fratricide entre anciens voisins de villages, peut se propager dans les prochaines dizaines d'années du fait du surpeuplement de la terre, de l'extension de la misère et de la faillite des états devant les menées nationalistes ou les intégrismes religieux et ces dirigeants souhaitent trouver des méthodes pour résorber toutes ces souffrances sources de haines potentielles pour de nouveaux conflits sans fin, conflits qui évidemment menacent la pérennité de leurs places au pouvoir et la tranquillité des marchés économiques et financiers. Je ne sais plus ce qu'est la réalité. J'ai compris une chose : la misère est la seule réalité sur terre. Tantôt elle diminue tantôt elle revient plus grande encore et le confort, le luxe, n'arrivent à rien cacher, à rien empêcher ! Pierre je suis très heureuse cette nuit tout contre toi mais je ne peux plus oublier. Comme ton voisin d'Alsace revenu des Einsatzgruppen de la Waffen-SS qui ne pouvait plus oublier la cervelle de l'enfant sur le visage de la mère au bord de la fosse où des milliers de cadavres gisaient déjà, j'ai voulu voir et je ne peux plus oublier. Utiliser ce conflit yougoslave dans la perspective de mettre au point des méthodes thérapeutiques pour mieux éliminer à l'avenir le polytraumatisme de telles victimes représente alors la moindre des raisons d'être de telles horreurs mais est-ce bien possible et ne serait-ce que cela l'intérêt de ma mission ? Tu comprends que je ne vais pas résister longtemps à une telle hypocrisie et que j'ai de plus en plus envie d'agir ouvertement pour ranger, comme tu dis, l'épée sous la conduite du sacré. Il va falloir se servir proprement de l'épée, au moins pour calmer et faire peur à ces bandes de criminels que rien n'arrête aujourd'hui. Dan ne m'accompagne pas. J'aimerais que tu viennes une fois avec moi là-bas. Je comprends la démarche que tu veux mener ici et la dose d'horreurs que tu as côtoyée dans ta jeunesse peut te suffire pour mener ce projet. Mais peux-tu oublier quelle loi gouverne nos sociétés capitalistes qui font de la science matérialiste et des technologies industrielles des armes pour gagner davantage d'argent et de pouvoir au détriment de l'emploi et des revenus des salariés, au profit de la seule misère qui se répand sur terre ? Gérard en a parlé : dans les années 1850, lorsque l'armée fusillait les grévistes qui réclamaient l'application du tarif, n'étions nous déjà pas dans la situation actuelle où, à la place de faire baisser le tarif, on gèle les frais de personnel en n'embauchant plus ou bien alors, à production constante, on répercute la productivité dégagée par les machines pour réduire les salariés, supprimer les postes selon le principe d'Efficacité ? C'est bien l'hypocrisie du monde dans lequel tu travailles, Pierre ? Et tu dois gérer des ressources humaines avec une communication capable de leur faire avaler cela, le plus insensiblement possible ! D'une communication fondée sur l'obéissance, tu travailles à généraliser une communication fondée sur le conformisme aux valeurs culturelles du capitalisme. Ton savoir faire consiste à faire évoluer un groupe à partir du principe d'autorité et d'un management autocratique ou paternaliste vers une organisation fondée sur le principe d'efficacité avec un management participatif ou démocratique. Cette nuance suffit-elle à tes raisons de vie professionnelle ? Demain avec les bénéfices des automates industriels, l'emploi des gens d'ici sera délocalisé dans des pays où le coût de la main d'œuvre est ridiculement bas par rapport à nos salaires actuels. Pierre, n'est-ce pas, lors d'un conflit ou d'une négociation salariale, tu es obligé de dire qu'il ne peut y avoir d'augmentation des salaires proportionnellement aux résultats et que le personnel doit accepter ce fait, encore trop heureux d'être momentanément tenu à l'écart d'une diminution des effectifs ou tout simplement d'une délocalisation ? Es-tu capable de faire la distinction entre rémunération du capital et rémunération du travail de milliers de salariés ? Bien entendu, tu sais ! Tu sais qu'au départ, il faut toujours une idée et de l'argent pour commencer une entreprise mais après, le travail n'est-il pas le facteur essentiel de la réussite d'une entreprise ? Le droit de propriété peut-il confisquer la part qui revient au travail ? Mais cela mène où ? A cette histoire bien connue des psy ? Celle du milliardaire Rockefeller[1] qui souffrait d'une peur obsessionnelle : devenir pauvre. Le fondateur de la plus grande compagnie pétrolière de l'époque, la Standard Oil, à cause de cette hantise, n'arrivait pas à trouver le sommeil la nuit ! Cela le rendait irascible et incapable de prendre des décisions importantes. Ses employés le craignaient comme la foudre mais lui les craignait encore plus.... parce qu'il avait compris qu'il n'est pas normal de devenir aussi riche en si peu de temps après avoir commencé son entreprise avec des chariots à bœufs pour transporter des barriques de pétrole ? Parce qu'il savait que sa fortune était plus l'œuvre d'un système qui y concourt et qu'il ne maîtrisait pas ce système qui demain pouvait profiter à quelqu'un d'autre? ...et à son détriment ? Tout cela n'est pas normal, il faut abandonner ce système ! Pierre, si nous voulons rester les meilleurs amis du monde, il faudra un jour que tu choisisses ! Je suis d'accord pour dire que tu travailles dans ce monde là pour bien le connaître et pouvoir mieux le réfuter et le changer. Tu as le droit d'être lâche pour aller étudier l'industrie... mais ce n'est qu'une étude ! Il faudra que tu en sortes ! Sinon je suis capable de te condamner à cette misère humaine et à ce silence de ceux que je soigne et qui un jour, ont été rejetés comme des traîtres et traités comme tels !. Pour moi, un poète qui se complairait dans une telle traîtrise est à supprimer ! Pierre, je t'aime ! Je voudrais tant que la nuit, les hommes et les femmes puissent souvent se tenir comme nous sous le regard des étoiles et se parler, qu'ils arrêtent un moment de se coucher en se tournant le dos après s'être mis des boules Quiès dans les oreilles tant ils ont besoin de repos et de quelques heures sans bruit ! Il suffit de peu de chose... La paix de cette nuit est si splendide ! Cette clarté veille sur nous et nous rappelle que jamais la lumière d'en haut ne nous abandonne. N'oublie pas la promesse que tu m'as faite d'aller tous les deux jusqu'au bout de notre chemin... vers la lumière qui nous donne le don d'amour. C'est beaucoup plus important pour nous deux et j'ai besoin de ce don d'amour pour continuer à aller affronter toutes ces cruautés... avant qu'il ne soit trop tard et que ces cruautés n'aient desséché et nos cœur et nos esprits pour laisser nos âmes désemparées et sans port d'attache...

 

Elle écarta son visage pour mieux le regarder. Ils étaient bien ensemble et n'avaient pas froid. Elle lui caressa les lèvres de son doigt puis l'invita à l'écouter.

 

- Pierre, tu dois désobéir ! J'ai appris pour toi ce passage de l'évangile de Saint Luc. Il peut répondre à l'interrogation que tu lançais lors de ta conférence sur la mission du poète pour dire l'illumination. Jésus s'interroge sur sa façon de transmettre son message aux hommes juste avant de leur donner un nouveau signe en ressuscitant Lazare. Il demande conseil à Abraham... Abraham lui répond : " ils ont Moïse et les Prophètes ; qu'ils les écoutent. " Jésus répondit : " non, père Abraham, mais si quelqu'un revient de chez les morts et va les trouver, ils se repentiront." Mais Abraham lui dit : " du moment qu'ils n'écoutent pas Moïse et les Prophètes, même si quelqu'un ressuscite d'entre les morts, ils ne seront pas convaincus."...Pierre, tu ne dois pas craindre de ne pas arriver à convaincre les autres. C'est dans l'ordre du mystère et Dieu le veut ainsi mais s'il veut tout ceci, il accepte aussi que nous puissions chacun de nous devenir un messie, celui qui franchit la mort et en parle autour de lui pour aider son prochain sur son chemin de vie à retrouver sa dimension naturelle d'éternité. Jésus a désobéi à Abraham et pourtant l'histoire a donné par la suite raison à Abraham. Personne par sa seule parole peut arriver à convaincre tous les gens qui l'entourent ! Convaincre n'est pas le bon chemin. C'est partager la voie à suivre ! Partager jusque la résurrection, alors là oui, après cela nous pouvons commencer à croire et tout seul, sans que quiconque n'essaie de nous convaincre de quoi que ce soit ! Je pense qu'il y a une gradation dans la foi et que celle que nous pouvons placer en Jésus ressuscité des morts est plus forte que celle que l'on peut placer en Abraham mais aucune des deux n'est capable à elle seule de transformer l'humanité. Il n'y a que chacun de nous, une fois ressuscité, une fois revenu après avoir traversé le puits de lumière, que chacun de nous devenu réellement d'outre-tombe ou mieux, devenu fils de Dieu qui pouvons transformer l'humanité en lui faisant partager notre rencontre surnaturelle... Pierre, tu dois commencer ce partage avec moi ! Tu devras désobéir pour ne suivre que ton propre chemin et peut-être que tu devras désobéir même à Jésus !

 

Laurie rappela à Pierre qu'il devait poursuivre envers et contre tout son chemin pour l'emmener vers la rencontre de l'Éternel. S'il le fallait, tous deux devaient s'affranchir de ces questions bassement matérielles relatives à la gestion du club. Ils avaient pour eux l'accord du groupe prononcé lors du premier week-end à Baden-Baden et ils pouvaient désobéir pour être un peu plus libre d'agir à leur guise. Pierre n'envisageait pas de désobéir à ses supérieurs au niveau professionnel. Certes, le jour viendrait où il quitterait l'entreprise pour avoir davantage de temps à lui. Comme Laurie et lui n'avait pas froid, il décida de répondre brièvement aux propos de sa compagne. Oh lui aussi depuis des années déjà s'était posé la question de savoir s'il allait suivre la voie d'Abraham et de Moïse ou celle de Jésus ! Fallait-il construire un pouvoir politique fondé sur les valeurs spirituelles avec toutes ces étapes de transformation des valeurs de la culture actuelle en valeurs nouvelles ? Fallait-il rassembler des groupes divers pour fonder un peuple nouveau au service de la volonté divine ? Fallait-il délaisser cet aspect politique pour approfondir une démarche spirituelle personnelle capable de témoigner aux autres de la présence du Christ en nous, c'est à dire en montrant aux autres son corps mort et ressuscité pour qu'enfin les peuples s'accordent à suivre le message de cet initié fils de Dieu et vivant plus solidairement avec le Christ présent en eux ? Ne fallait-il pas ne s'occuper que des valeurs, que du Verbe, du message pour laisser aux autres le soin de l'insérer dans leurs règles de vie ? Sur quel niveau devait-il travailler ? Sur le troisième et le second ? Uniquement sur le premier et le second ? Était-il humainement impossible à une personne de travailler simultanément sur l'ensemble des trois ? Même Jésus reconnu comme fils de Dieu, s'était-il interdit d'intervenir sur le troisième niveau en rendant à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ? Ceci pour ne pas compromettre la parole divine à travers les vicissitudes d'une organisation sociale, économique et politique qui ne peuvent que la rendre incohérente et limitée dans le temps, indiquant seulement les principes fondamentaux de la charité humaine, l'égalité des êtres humains devant Dieu mais ne pouvant traduire ce concept en règles politiques ? Ou bien s'agissait-il d'une profonde méprise des pères de l'église romaine qui ont mêlés des corps de savoir différents sans en connaître la portée lorsqu'ils ont bâti les règles temporelles de la chrétienté pour fortifier le pouvoir temporel papal, méprise qui se serait transmise dans les doctrines légitimant le pouvoir royal et aujourd'hui le pouvoir étatique exercé dans nos républiques ?

 

- Ces questions, me les poses-tu ou bien les jettes-tu vers ces étoiles ? Je sais que pour toi, tu n'as pas besoin de te les poser mais que tu fais cet effort pour essayer d'expliquer aux autres comment vivre selon le message que tu as reçu lorsque tu étais par delà ces étoiles dans la demeure d'éternité de notre âme. Oh nous discuterons de la voie d'Abraham et de Moïse, de la voie de Jésus mais moi , je veux connaître ta voie à toi, je veux que tu m'emmènes la prochaine fois avec toi !

- ton visage, ton regard sous cette clarté stellaire, dans ce froid qui nous est imperceptible parce que toutes les cellules de nos corps se réchauffent de notre amour seront un jour irradié de la lumière de notre demeure d'éternité. Je te le promets, je saurai trouver les mots et le courage pour que nous ayons la chance d'être transfigurés par cette lumière. Tu verras : la lumière du soleil, celle plus douce et intime de cette voûte céleste ne sont que pâle réalité face à celle qui nous transportera. Après, quand nous reviendrons sur terre, tu comprendras qu'il n'est plus possible aujourd'hui de faire confiance aux textes religieux, comme ceux provenant de la papauté romaine. Travailler en même temps sur les trois niveaux est bel et bien possible car sinon comment mettre l'épée sous la garde du sacré, comment vaincre la puissance du sabre par la puissance de l'esprit ? Nous ne recevrons pas cette lumière, cette force pour en être privé ensuite sur terre. Seul nous perdrons l'usage de cette force, à deux, à nous deux, nous aurons droit à l'utiliser petit à petit puis d'autres avec nous. Chacun choisira un ou deux niveaux de travail, jamais les trois ensemble car nous ne sommes pas seul à avoir reçu l'initiation divine et nous devons nous tenir à un partage. Travailler sur les trois niveaux en même temps, ce ne serait plus du partage mais un monopole, un message que nous risquerions d'imposer aux autres. Mais parce que nous partagerons la même confiance, la même foi, la même relation interpersonnelle sacrée, ensemble, en même temps nous ferons avancer l'humanité sur chacun des trois niveaux... Rimbaud était seul, Napoléon était seul une fois que Kléber fut assassiné et ces deux solitaires ne sont jamais rencontrés ici à l'hospice bien que tous deux y soient passés. Je t'emmènerai... Seul, je n'ai plus le droit d'y retourner sauf à l'instant de ma mort mais me représenter avec toi, oui, de cela j'en ai le droit... et peut-être même le devoir....tu vois, ma Laurie, tu es bien celle qui sauvera ma vie de poète sur terre... Je désobéirai aux autres qui tiennent à ne pas me reconnaître ce droit mais en fait je ne désobéirai ni à Abraham, à Moïse, ni à Jésus. Si nous allons au bout de notre chemin, nous compléterons leurs témoignages de vie éternelle et d'amour avec Dieu. Nous ne leur désobéirons pas, nous achèverons leurs paroles ! Tant pis pour ceux qui ont cru s'arroger le droit de représenter et de défendre des prétendus enseignements de fils de Dieu ou de prophètes... A bien y regarder, la Bible n'est qu'une suite d'histoire de voyous et de brigands qui n'arrêtent pas de sa battre alors qu'à côté, en Égypte, une civilisation a pu prospérer au même moment pendant six mille ans dans une paix sociale plus grande et un corps de savoir infiniment supérieur même si la famille des pharaons se querellait entre elle tout aussi régulièrement... Quant à se persuader d'être un peuple élu qui doit se purifier constamment pour être en mesure d'assumer sa responsabilité humaine, ce n'est qu'une vague copie de ce que les pharaons et les initiés d'Égypte ont entrepris pour léguer à tout homme sur terre, les enseignements du dernier grand cataclysme et qu'il ont organisé pendant plus de six mille ans et aujourd'hui encore, nous cultivons bon nombre de pans de ce savoir.

- Tu n'y vas pas un peu fort ? Déjà ta manière de rejeter l'article de la constitution française sur la propriété et maintenant la Bible... quoique !...tu fais comme Jésus, lui aussi a gardé intact la volonté des prophètes mais n'a jamais respecté à la lettre les textes de la Bible.

 

Pierre lui redit qu'il penchait pour la voie de Jésus mais une voie exceptionnelle qui porte simultanément sur les trois niveaux et il était prêt à s'en expliquer une autre fois. Par contre il souhaitait aussi poursuivre une entreprise pour mettre en place une organisation en réseaux comme le fût l'ordre templier. Pierre expliqua à sa compagne que depuis la mondialisation des échanges et surtout des communications avec des moyens comme les satellites, Internet, notre monde est fini. Il n'y a plus d'espaces inconnus ou de peuples inconnus capables de surgir pour nous menacer. N'importe qui, grâce à ces moyens de communication, peut révéler, montrer, vendre des produits ou services interdits par les pouvoirs car menaçant les valeurs dont ils se sont arrogés la défense dans le cadre de leur légitimation. Nous n'avons plus besoin de repousser le plus possible les frontières du pouvoir en un vaste empire pour obtenir la sécurité maximale et la meilleure prospérité. Ceci a correspondu à une vision gestionnaire domaniale et le pouvoir mesurait alors sa puissance au nombre de milliers de kilomètres carrés sur lesquels il régnait et à la distance que les ennemis devait mettre jusqu'à envahir son cœur. Aujourd'hui la menace est connue et elle s'exprime à travers l'affrontement des puissances économiques et ce, d'autant plus aisément, grâce à la liberté que réclame le capitalisme. Ceci implique que les conflits possibles ont changé de nature. Ils ne sont plus de types classiques dans le but de se tailler un empire, une vaste zone d'influence politique directe. Dans notre monde fini où toutes les cultures maintenant connues se mêlent et s'interpénètrent, le risque est devenu le conflit entre les cultures et ce conflit est d'autant plus menaçant qu'il emprunte la forme existante des nationalismes. Le nationalisme ne sert plus à combattre le capitalisme ou le communisme mais bien à préserver sa culture, à refuser de voir ses valeurs remises en cause par l'étranger, même celui qui a plus d'argent que nous ! Le nationalisme économique prétend imposer une culture et ses produits sur les autres cultures au nom de la loi du profit maximum et au nom de la raison de la course à sa présence dans l'oligopole mondial. Ce problème affecte surtout les pays en voie de développement ou qui sortent du communisme et ont besoin de se forger de nouvelles cultures pour valoriser, à la manière classique et archaïque, leur pouvoir. Laurie connaissait mieux que Pierre les conséquences de ces conflits inter culturels : il s'agit de véritables guerres civiles avec leur cortège de génocides et de purifications ethniques. Dan pouvait le préciser : alors qu'au combat militaire conventionnel le nombre de tués devient de plus en faible lorsque la cible réside dans les moyens électroniques d'acquisition des renseignements et alors que le nombre de blessés qui sont sauvés ne cesse de croître, dans les guerres civiles, les soldats meurent beaucoup moins que les civils exterminés par centaines de milliers ! Jamais depuis 1945, le nombre de personnes tuées à l'arme blanche dans ces guerres civiles n'a été aussi nombreux, bien supérieur au nombre des personnes tués par les armes modernes dans les conflits militaires classiques. Aujourd'hui et depuis 1945, le nombre de ces tués civils est supérieur aux victimes de la seconde guerre mondiale, l'holocauste juif y compris ! Laurie venait de le redire : on revoyait des scènes où les victimes sont empalées au bord des routes, à côté de leurs maisons ! L'armée dirigée par l'état ne peut intervenir que si les états se mettent d'accord mais comment des états pourraient-ils aujourd'hui se mettre d'accord sur le fond de ces problèmes, c'est à dire définir les valeurs culturelles qui puissent être adoptées par les deux parties en conflit ? L'état vit sur sa propre culture, ses propres règles et faire émerger un droit international pour combattre les crimes contre l'humanité n'est toujours pas acquis car ce droit n'a toujours pas ses moyens propre pour faire respecter sa réglementation, moyens propres qui rejetteraient les états dans l'inutilité de leurs fonctions politiques. Oui, Pierre assura à sa compagne en partance pour Zagreb qu'il voulait bien que leur entreprise se donne ses propres moyens pour garantir que l'épée se range à nouveau sous la garde du sacré. Comme les états sans se contredire ouvertement sont incapables de confier à une organisation internationale le soin d'assurer elle-même selon ses propres valeurs et initiatives la lutte contre les criminels qui propagent les conflits inter culturels, leur entreprise, dans une dimension certes toute symbolique, devait démontrer que cette organisation est viable, bénéfique et indispensable, que cette organisation commence au sein d'une même culture lorsqu'un groupe se met à construire une pensée globale en brisant le silence sur les tabous et en réactualisant, tabous y compris, les règles fondant l'autorité.

 

Oui, si Laurie le souhaitait, le poète la ferait dès cette nuit, chevalier... pour l'instant chevalier templier en attendant de constituer leur propre ordre. Laurie comprit que dans ce monde fini, alors que son officier de mari ne cessait de récriminer contre le laxisme et l'incurie des états pour lutter contre les criminels de guerre et pour faire naître les solutions culturelles indispensables à la coexistence pacifique des peuples, il lui fallait refaire confiance aux moines de Cluny, de Cîteaux, de Clairvaux, à ces bénédictins qui depuis plus de 1 400 ans font prospérer la même entreprise économique et sociale sous les mêmes règles spirituelles, cas unique dans notre histoire occidentale une fois la civilisation égyptienne disparue ! Qu'un poète, par nature soit déjà un chevalier de sa cause poétique, tous pouvaient l'admettre ! Mais Laurie ne souhaitait pas retourner à Zagreb comme si elle faisait un simple déplacement professionnel. Elle voulut y retourner avec la foi du chevalier pour décupler son action et elle accepta l'invitation de Pierre. Ils se rendirent à la chapelle. Ils prièrent un moment puis Pierre alluma un cierge qu'il remit à sa compagne. Dans la lueur de ce cierge, il se plaça debout devant elle, lui imposa les mains sur la tête puis mit son bras tendu sur l'épaule gauche de Laurie.

 

- dans la recherche de ton chemin de vie éternelle, vienne le temps où tu apprennes à connaître tes raisons de vivre. Puis poursuis ta route et franchis la mort ! Alors tu reviendras en sachant pour toujours que tes raisons de vivre sont les mêmes que tes raisons de mourir. Tu auras gagné la foi de l'initié, la foi du poète, du prêtre et du chevalier, la foi qui ôte toute peur devant la mort et tu pourras évoluer pour partager la connaissance de celui qui vit en toi. Si la mission que tu t'es choisie est de porter à la taille l'épée qui atteste que la violence est sous la garde de ton esprit éclairé, si tu es capable de donner ton enveloppe charnelle pour sauver la vie de tes frères et sœurs afin qu'ils parviennent comme toi à l'illumination, alors je te fais chevalier. En mémoire des derniers chevaliers qui tentèrent de remettre l'épée sous la garde du sacré, en mémoire de ces moines soldats qui se portèrent en Terre Sainte pour y faire vivre le mariage des cultures réalisé à Cluny et le donner ainsi en exemple au monde entier, en mémoire de ces chevaliers trahis par les seigneurs qui prirent le pouvoir à Jérusalem pour imposer leur culture féodale et précipitèrent ainsi la reprise de la guerre avec les musulmans, de ces chevaliers trahis enfin par le roi de France et la papauté, de ces chevaliers morts en dernier en Amérique centrale et du sud après avoir fondé une civilisation supérieure à celle de l'époque en Europe, refaisons leur serment : non nobis domine, non nobis,  sed nomini tuo da gloriam !

 

Laurie reprit le serment puis Pierre lui donna l'accolade. En se souriant, ils partagèrent cette émotion de revivre des moments que des milliers d'hommes et de femmes avaient déjà partagés avant de succomber sous la tyrannie des pouvoirs absolus. Avant de se quitter, Pierre lui rappela que ce serment les faisait rentrer dans la voie d'Abraham et de Moïse. Laurie y resterait alors que lui désobéirait pour s'en éloigner. Elle l'assura qu'elle et les autres de leur groupe, un jour, désobéiraient aussi mais il fallait que Pierre leur enseigne la voie de Jésus. Le poète promit. Ils rangèrent le cierge sur l'autel et après un dernier regard vers cette lueur captivante dans la nuit, ils allèrent se coucher. Tous dormaient et ils ne réveillèrent personne.

 

Le lendemain matin, ils se levèrent vers les sept heures. C'est le côté agréable des randonnées d'hiver alors que l'été, le réveil le plus tardif se fait à quatre heures et normalement vers deux ou trois heures. Frantz fut questionné par Werner et Dominique sur le déroulement de l'entretien de la nuit. Arnim intervint. Il sortit de son sac un magnétophone de proche et tendit la cassette à Frantz. Il avait enregistré toute la conversation de la nuit et le groupe pouvait prendre ainsi connaissance de ce qu'ils avaient dit. Sandra marqua son étonnement sur ce genre de pratique et Arnim lui conseilla d'éviter à l'avenir de recourir à des procédés d'amateur. Ils devaient agir en professionnels et avec cet outil, elle Sandra, allait savoir exactement ce qui s'est dit, avec quels mots, sur quel ton. N'était-elle pas satisfaite ? Elle ne répondit pas et Frantz prit la cassette dans son sac. Arnim n'avait pas tort de leur en remontrer et même Werner en fut convaincu. Vers huit heures trente, tous s'étaient équipés et ils quittèrent l'hospice. Frantz s'engagea sur le versant suisse jusqu'à un point de vue d'où ils pouvaient voir le mont Velan et derrière sur la gauche, le Grand Combin, tous deux sous le soleil du matin alors que l'hospice était encore dans l'ombre de la montagne. Ils firent demi-tour pour se laisser glisser le long du lac vers la statue en face d'eux de saint Bernard de Menthon.

 

La trace était plus large, signe que la plupart des randonneurs étaient passés par là, certainement pour descendre la combe de l'A enneigée ce week-end jusqu'au village de la vallée. C'est le circuit classique des randonneurs qui montent depuis Bourg-Saint-Pierre. La traversée du tunnel paravalanche côté italien sema la panique dans le groupe. La route était sur toute la largeur recouverte d'une épaisse langue de glace et il n'avait rien d'autre à faire sur leurs skis qu'à ne pas perdre l'équilibre dans la pénombre, en freinant de temps à autres par un chasse-neige délicat. Mais c'était toujours mieux que de traverser les blocs de neige des dernières coulées qui étaient descendues par dessus le tunnel. A la sortie, ils retrouvèrent avec plaisir et la neige et le soleil. Du sommet du premier col, ils virent leur itinéraire et les deux cols suivants. Plusieurs groupes devant eux avaient fait une bonne trace et ils arrivèrent vers 11h30 à les rejoindre au pied du dernier col pour faire la pause et se ravitailler. Enfin au sommet du col, ils eurent sous leurs spatules de skis la combe de l'A.

 

Pierre attendit Laurie pour lui montrer, une fois encore derrière eux, le massif du Mont-Blanc. Il lui demanda d'imaginer, de prendre conscience de la force qu'il avait fallu pour que la croûte terrestre se soulève aussi droite et aussi haute dans le ciel... Pouvait-elle chercher dans la direction qu'il lui montrait, le continent qui avait été englouti bien après la surrection de ces sommets, lors d'un cataclysme bien plus mineure qui n'avait pas bouleversé ces montagnes ? N'était-ce pas depuis ce point à l'horizon que les survivants s'en étaient venus jusqu'au rivage du Maroc ? Laurie amusée par ce compagnon qui déjà se promenait sur le rivage atlantique du Maroc, lui sourit avec compassion. Mais le poète la reprit sévèrement : ne pouvait-elle pas avoir, rien qu'un instant, une extrême conscience de ce qui s'était passé alors pour soulever ces montagnes ? Pierre lui expliqua que pour lui, l'art commence dans cette extrême conscience des choses. Une pierre pénétrée de cette conscience qu'un jour, une force gigantesque la projetât à la surface du globe pour refroidir et nous apparaître ainsi, est déjà une oeuvre d'art ! Laurie accepta la leçon de chose puis s'engagea dans les traces. Arnim, Anke et Dan étaient déjà sur le versant gauche en train de filer vers la première bergerie. Frantz aidait les plus faibles qui perdaient patience en ne voyant guère la distance raccourcir devant eux. La poudreuse pardonnait nombre de fautes et certains en mangeaient plus qu'à leur tour dans une bonne humeur générale. En bas des alpages, la traversée de la forêt sur un chemin quasiment plat leur permis de reconstituer le groupe. Enfin, la descente abrupte d'un ravin les amena directement sur les prairies de la vallée. L'absence de clôtures leur permis de skier dans l'axe de la pente vers le petit restaurant en style chalet de bois suisse. Ils virent leur bus stationner à proximité. Ils se changèrent puis prirent leurs casse-croûtes. Pendant qu'ils se reposaient au soleil, le chauffeur du bus remonta Arnim au parking de Bourg Saint-Pierre où se trouvait sa voiture. Gérard et Dominique descendirent du bus à Bâle pour remonter sur Luxeuil et Nancy. Werner et Barbara rentrèrent chez eux, les autres descendirent à l'arrivée à Baden-Baden. Vers 21 heures, chacun reçut un fax de Frantz avec les résultats du week-end de leur night-club. L'activité avait encore été meilleure que les week-ends précédents et tout c'était bien passé. Seul ombre au tableau : un porteur de drogue et une prostituée avaient été évincés avec quelques difficultés. Ces deux-là avaient promis de revenir avec des renforts ! A la lecture de ce fax, ils se rendirent mieux compte de l'intérêt d'avoir installé chez eux un micro-ordinateur, une imprimante et un modem pour échanger des fax quand bon leur semblerait. Ils pensèrent à Arnim et à la société de surveillance qui viendrait les protéger durant les prochains week-end. Ils résolvaient leurs problèmes un à un et l'aventure continuait de plus belle !

 

Le mercredi soir, Pierre, en rentrant du travail, découvrit un fax de Laurie en mémoire sur son micro-ordinateur. Elle l'avait envoyé depuis le bureau de l'organisation humanitaire qui l'hébergeait à Zagreb. Ses anciens malades allaient un peu mieux et les garçons avaient été très contents de la revoir mais la guerre n'en finissait pas et tous ces petits progrès étaient si fragiles ! Elle disait qu'elle repensait très souvent à cette nuit dans la neige près de l'hospice et dans la chapelle où avec le regard de Pierre, elle avait découvert dans la clarté céleste les contours fugitifs du cœur de leur nouveau monde pour lequel maintenant elle vivait. Elle gardait surtout dans sa mémoire, cette sensation bienheureuse de chaleur qui s'était échangée peau contre peau sur la seule surface de leurs mains et qui disait qu'ils auraient chaud au cœur dans ce nouveau monde. Elle rêvait constamment à la transfiguration qui les attendait tous les deux. Elle avait fait traduire le poème de Rimbaud : " le dormeur du val " et l'avait accroché également avec sa version française sur la porte de la morgue de l'hôpital. Elle avait raconté au personnel la lecture que Pierre faisait de ce poème et les gens avaient accepté de laisser l'affiche sur la porte de la morgue. Elle embrassait Françoise et les enfants. Pierre apprécia l'initiative de Laurie et, après avoir déchiffré le numéro du fax émetteur, il entreprit le soir même de lui répondre. Ainsi son propos sur le réseau Internet avait porté. Le groupe prenait conscience qu'il pouvait prolonger le sentiment d'être ensemble à travers ces messageries électroniques qui les affranchissaient des contraintes d'espace et de temps. Ce soir là, avant de s'endormir, Pierre songea que ces moyens de communication avaient aussi leurs inconvénients : il se rappela l'insistance avec laquelle Laurie lui demandait d'abandonner son travail pour se consacrer entièrement à sa poésie et à l'action qu'il pouvait tirer de son usage, au bénéfice des autres... d'ici que chaque jour, elle lui envoie un fax pour lui demander de quitter son travail !

 

Dans la nuit azuréenne qui s'était pleinement installée à étouffer la rumeur du bord de mer, Pierre songea qu'il n'avait toujours pas répondu à cette question. Il n'avait toujours pas quitté son travail même s'il sentait que l'échéance approchait. Pourtant Laurie avait parlé juste, cette nuit près de l'hospice du Grand-Saint-Bernard.

[1] John D. Rockefeller, 1839-1937

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