La réunion de Strasbourg

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D'emblée, le différent éclata. Werner était le chef de file d'une école à la gestion traditionnelle privilégiant les résultats économiques et sachant les anticiper selon les règles du marketing. Leur entreprise partait de l'existence initiale d'un savoir faire et d'un pouvoir faire. A partir de ses éléments, ils devaient définir les fonctions possibles à offrir puis rechercher des besoins à satisfaire pour enfin définir des produits. Ces derniers seraient positionnés sur des segments de clientèle en fonction des prix de ces marchés concurrentiels. Au vu des chiffres d'affaires prévisionnels, l'on pouvait alors parler du développement de leur entreprise et de ce qu'elle pourrait apporter sur le plan personnel à ses membres. Bref, leur entreprise devait se développer comme une société commerciale ordinaire qui travaillerait sur le secteur des loisirs, du développement personnel, de la relaxation et de la formation aux exercices mystiques ou poétiques. 

Pierre bientôt rejoint par Frantz défendait une position nouvelle. Frantz répéta que la suppression de la peur est le but fondamental de leur mouvement : peur de la mort, des mystères de la vie,  peur de l'autre et des violences, des trahisons, peur de l'inconnu en général au point de rester passif dans l’ignorance ou dans l’obscurantisme et ne pas participer à l’élaboration des normes de vie et à la culture de son groupe. Ce travail de transformation des rapports humains représente un préalable au développement d’une confiance plus grande en soi et vis à vis des autres pour s’organiser en réseaux de communautés. La finalité de leur entreprise traduite dans une dimension sociale privilégie des objectifs d'abord politiques, pas forcément concurrentiels mais destinés d'abord à placer l'être humain au cœur de l'organisation sociale puis à satisfaire du mieux possible les besoins individuels des membres de ce mouvement en recourant ou non aux lois des marchés. Cette organisation humaniste du pouvoir repose sur des réseaux de vie. Elle s’oppose aux divers systèmes actuels regroupés dans le système économique capitaliste qui organise l’économie marchande et le système politique de l’état-nation chargé de maintenir une certaine paix sociale. Dans un souci pédagogique, il reformula sa vision de leur but.


 Il s'approcha du paper-board et traça un schéma. 

formes du pouvoir :

AUTORITÉ EFFICACITÉ HUMANISTE

styles de commandement : selon le cas, soit :

Autoritaire autocratique directif par objectifs

participatif avec passage sur chacun des trois niveaux de travail dans un but de développement personnel et humain au sein d'une organisation en réseau des groupes de travail.

Laisser-faire laisser-faire en cas de vacance ponctuelle du pourvoir participatif dans un système qui est sa propre finalité et qui aliène le travail au profit de ses objectifs.
Démocratique

paternaliste au bénéfice des propriétaires du capital

 

Un tour de table permit de préciser la position du groupe et de se rappeler que les entreprises ont évolué vers un pouvoir organisé selon le principe d’efficacité ainsi que vers un style de commandement participatif. 

 

Pierre poursuivit. Il fit référence à son cadre de travail. L'intranet multiplie dans l'entreprise les véritables auteurs des informations indispensables à sa bonne marche. Tout ne vient plus ou n'est plus visé par la direction générale ou son porte-parole vis à vis des représentants du personnel : la Direction des Ressources Humaines. Ce qui est remis en cause, ce n'est pas tant l'origine des informations mais le fait que l'entreprise actuelle est très mal adaptée pour gérer et maîtriser ces nouveaux flux. La question porte peut-être sur le fait que l'organisation actuelle s'est modélisée sur le concept de système et d'un système au service d'un pouvoir bien identifié : le propriétaire de l'entreprise. L'internet et l'intranet favorisent quant à eux le fonctionnement en réseaux et le concept de réseaux est différent de celui de système. Le réseau peut amplifier les motivations et faire preuve de solidarité incomparable mais l'intervention des membres du réseau n'est pas automatique : aucun ordre ne les fera réagir à volonté, d'où l'angoisse de certains dirigeants emmurés dans leurs systèmes, leur optimisation de systèmes, leur rentabilité de chaque composant du système. L'organisation en réseau repose comme toujours sur la confiance mais celle-ci n'existe pas au départ, elle n’est pas une ressource existante dans l’environnement et que le fonctionnement du système ne ferait qu’utiliser et user, voire abuser. Le système sait qu’elle n’existe pas à priori mais il l’exige à travers l’emploi de fictions génératrices d’importantes utopies : Taylor, pour ne prendre que lui en exemple fonde son système sur la fait que l’être humain veut toujours gagner plus d’argent, ce qui contrôle sa conduite et le rend docile dans un système de production qui lui permet d’augmenter son rendement et donc sa paie. Cette demi-vérité valable jusqu’à un certain point ne peut soutenir tout le système capitaliste car la motivation n’est pas qu’une affaire d’argent. Au delà de cette limite, nous sommes en pleine utopie dans ce système de pouvoir, en plein domaine irréalisable et irréaliste, en pleine contradiction. 

 

Le réseau a pour vocation de créer de la confiance et c’est le rôle de l’établissement des premiers contrats interpersonnels que de produire du sacré : des rapports humains inviolables. Dans le système de l'entreprise, dès le contrat de contrat de travail et son lien de subordination, la confiance doit être présente : le subordonné doit accepter avec confiance la direction et le contrôle de l’employeur. Les systèmes vivent sur de la fiction et abondamment sur de la fiction juridique comme dans le contrat de travail. L'organisation en réseau participe plus de la pédagogie par le projet : tout est possible mais tout doit se faire et aux yeux de tous. L'avantage, c'est que la répartition des richesses créées ne peut se faire qu'égalitairement alors qu'un système s'arrange pour en confisquer toute ou partie, ce qui vient anéantir la confiance initiale supposée résidée dans le contrat de travail.

 Le temps des cathédrales fut la dernière période d'économie en réseau en Europe. Philippe le Bel le 04/09/1307 détruisit l’Ordre des Templiers qui en était l'agent politique, économique et social majeur. Ce roi instaura le mouvement vers l'absolutisme royal dont le centralisme, plus tard fut repris par la république ... l'armée et les entreprises.

 Et l'histoire remonte plus loin encore puisque les règles écrites par Bernard de Clairvaux proviennent de Bernard de Nurcie qui en 500 fonda l'abbaye du Mont Cassin en appliquant les préceptes de Pacôme qui vers 300 sauvegarda le fonctionnement du temple de Dendérah dont la fondation remonterait à plus de 4000 ans avant J-c. Pierre conclu :

 

- Nous n'allons donc pas réinventer l'économie en réseau mais la ré instaurer et l'actualiser, c'est tout de même à notre portée, surtout avec internet et les nouvelles technologies informatiques de communication (NTIC)! 

 

Frantz prit le relais. Avant d’arriver à restaurer une économie en réseaux, il est nécessaire de permettre le développement des trois niveaux de contrats qui cimentent une société dans laquelle l'être humain détient la première place. Il est donc nécessaire de lutter contre la peur sous toutes ses formes car c'est bien cette peur qui tôt ou tard génère la violence et le propre de l'esprit chevaleresque est bien d'être sans peur et sans reproche. Tous savaient que tôt ou tard ils allaient porter la tunique de l’homme ou de la femme libre et l’épée du chevalier qui défend la liberté.

 

Werner assura l'animation de la première partie de la réunion. Ils suivirent le schéma de prise de décision comme lors de leur premier week-end à Baden-Baden et ils commencèrent par assembler les données et les idées. Dominique, secrétaire de la réunion, à l'aide du paper-board utilisé par Werner, grâce aussi à son magnétophone portable rédigea un compte-rendu dont le contenu est le suivant :

 

 

Compte-rendu de la réunion de Strasbourg

 

Lieu : Parlement européen

Participants : le groupe des 14 fondateurs et Evelyne en tant que traductrice

 rapporteur : Dominique

 

Sommaire :

 

I) La définition de l’objectif de leur mouvement :

 

II) L’assemblage des données :

 

21) Le constat fait par les participants :

 211)      Caractériser l’importance du rôle de la peur dans la soumission des gens par les dirigeants de nos systèmes, préciser le coût de la peur pour les entreprises et les finances publiques (interventions de Frantz, Pierre, Gérard )

212)      Préciser les causes du blocage de nos institutions et de nos systèmes de pouvoir, préciser la fracture sociale entre les citoyens et leurs dirigeants ( Pierre, Gérard )

213)      Illustrer le cloisonnement social qui se répand pour se prémunir contre ces peurs et cette fracture sociale source à terme de graves troubles civils et militaires, terroristes tant que des réseaux de résistance s’activent dans leurs luttes contre les dirigeants des systèmes au lieu de monter des réseaux de vie indépendants par rapport à ces systèmes, action plus efficiente car aboutissant rapidement à la ruine des systèmes de pouvoir civils et religieux.

(a)  Les gated communities aux USA , ( Dan )

(b) Le cloisonnement culturel : l’exemple des promiss keepers aux USA, ( Dan.)

(c)  Le cloisonnement éducatif : l’exemple d’un lycée français. ( Gérard )

 

22)La sélection des causes : ( Frantz, Dominique )

 

III) Les alternatives

 31) La conciliation vie privée et vie professionnelle, sociale ( Pierre, Dominique )

 32) Les conditions de travail ( Anke, Sepp )

33) l’apprentissage de nouvelles responsabilités ( Pierre )

 34) vers une société d’entrepreneurs individuels organisés en réseaux d’entreprises ou de mutuelles d’échanges ( Gérard )

 35) l’économie quaternaire non marchande ( Gérard, Frantz )

 

IV) La mesure des risques

 41) Sur le plan juridique :

411)      les SEL, services d’échanges locaux ( Gérard )

412)      la question des impôts ( Pierre )

413)      le référendum d’initiatives populaires et la démocratie directe ( Pierre, Werner, Barbara )

42) sur le plan économique :

421)      la mutuelle et la bancassurance ( Barbara )

422)      garantir le succès ( Frantz, Pierre )

43) sur le plan social :

431)      l’organisation éducative et formatrice ( Frantz )

432)      l’école d’amour ( Frantz, Laurie )

44) sur le plan de la sécurité militaire : ( Dan, Sepp, Patrick )

45) sur le plan spirituel ( Pierre )

 

V) Les décisions prises au cours de la réunion :

51) La mutuelle de bancassurance, son fonctionnement ( Barbara )

52) les services d’échanges en réseaux locaux, continentaux, planétaires 

 521)      les domaines d’interventions ( responsable du dossier : Frantz )

522)      la logistique ( Werner )

523)      la gestion des achats et la notion de propriété ( Sandra )

524)      la gestion des rémunérations ( Pierre )

525)      la gestion du savoir ( Pierre )

 53)l’ordre chevalier militaire ( Laurie, Dan, Frantz, Sepp )

 531) les compagnies d’attaque et de défense conventionnelles,

532) les armes de maîtrise de l’information et des communications : le centre de guerre électronique.

 

La clôture de la réunion.

 

 Présentation du compte-rendu détaillé :

 

I)  La définition de l’objectif de leur mouvement :

 

Ø      Éliminer la peur qui rend les gens passifs ou agressifs par rapport aux systèmes de pouvoir civils et religieux qui réglementent leur vie sociale, économique voire affective. Dénoncer les principes d’Autorité et d’Efficacité qui cimentent les règles de fonctionnement de ces systèmes de pouvoir.

Ø  Permettre à ces personnes de quitter leurs places actuelles dans le fonctionnement de ces systèmes de pouvoir, pour monter des réseaux de vie capables de répondre à leurs raisons de vivre et de mourir et satisfaire leurs besoins individuels, physiologiques, sociaux, spirituels.

 

 II) L’assemblage des données :

 21) Le constat fait par les participants

 211)      l’importance et le coût de la peur :

intervention de Frantz :

 

Il distribue un article de presse relatif à une étude sur le coût de la peur dans les entreprises allemandes[1]. Cette étude chiffre à environ 53,3 milliards d’euros (350 milliards de francs) le coût de la peur dans les entreprises de ce pays. Le coût des " démissions intérieures " prenant la première place suivi du coût de la consommation abusive d'alcool, du turn-over, du mobbing[2], de l'absentéisme et enfin de la consommation abusive de médicaments. Frantz présenta le graphique à l'aide de son micro et du vidéo projecteur.

 

 

  

Gérard : met ce chiffre en parallèle avec l'évaluation du coût de la non qualité en France au début des années 1980 : environ 53 milliards d’euros (300 milliards de francs) par an. En dix ans d'efforts, plus des deux tiers de ces coûts de non qualité ont pu être résorbés. Il y a donc là un gisement d’économies et de gains de productivité nouveau de la même importance que le précédent sauf que ce nouveau gisement requiert bien plus de solutions psychologiques et sociales, voire politiques car correspondant à des choix de société, que techniques alors que le premier gisement de non qualité a été solutionné quasiment que par des solutions techniques ou des procédures de gestion administratives plus pertinentes. Gérard rappèle que l’économie se décompose pour moitié de données quantifiables et statistiques précises et pour moitié de données psychologiques moins maîtrisables par de seules mesures rationnelles, même si le développement du marketing et de la communication commerciale tendent à influencer les choix des consommateurs pour rendre ces données psychologiques moins variables et inconnues.

 

Werner précise que, pour obtenir des pièces bonnes, bon nombre d'entreprises doivent corriger à la main certains défauts provenant de machines mal réglées ou entretenues fautes de techniciens qualifiés et suffisamment nombreux. Le néotaylorisme se développe : travail répétitif et pénible car organisé dans le cadre de flux tendus. Une main d'œuvre peu qualifiée s'expose ainsi à des conditions de travail provoquant des accidents et imparablement, des maladies professionnelles. Pour éviter l'usure rapide de cette main d'œuvre, les employeurs recourent à du travail intérimaire, précaire ou à du travail à temps partiel. Ces salariés travaillant dur pour un salaire faible, inférieur au SMIC en France lorsqu’ils sont à temps partiel, forment cette nouvelle catégorie des travailleurs pauvres, catégorie en plein développement après 1990. 

 Werner demande à Frantz et à Gérard de corriger leurs chiffres : les pièces sont de qualité totale, c’est à dire qu’elles correspondent à l’objectif de qualité visé au départ. Mais l’estimation de cet objectif peut être mal compris au niveau du partage entre non qualité irréductible et non qualité réductible. Une machine vendue avec une probabilité de panne de 5% permet un objectif de 95h de travail sur 100h si tel est l’état de la technologie pour cette catégorie de machine. Planifier une production sur 100 h sans pannes devient alors une marque d’autoritarisme ou d’inconséquence. Pareil pour les pièces mauvaises et les rebuts, les délais en flux tendus. Il est clair que si le fournisseur A arrive à faire travailler ses machines 95 h, il est en qualité totale. Si le fournisseur B a plus de 5h de pannes sur 100h, il devra compenser ce gaspillage par un surcroît de travail : prendre des intérimaires ou faire des heures supplémentaires et son coût unitaire de fabrication sera plus élevé que pour le fournisseur A. Si le prix imposé par le donneur d’ordre ou le client est le même pour tous les fournisseurs, les fournisseur B va accumuler les pertes ou des bénéfices plus faibles. Il doit donc payer au prix le plus bas l’emploi de ce surcroît de ressources ou de main d’œuvre s’il n’arrive pas à mieux organiser sa production pour obtenir une qualité correspondant aux objectifs imposés par la technologie qu’il emploie. 

 Trop souvent, ces résultats sont gagnés sur des catégories d'emplois exploités à un niveau que l'on pouvait penser avoir totalement disparu. Cette catégorie des travailleurs pauvres ou à emplois précaires et non qualifiés représente plus de 20% de la population active occupée. Ce qui est un indicateur de la faiblesse des qualifications et de l’organisation productive, ce qui va freiner d’autant l’accroissement des valeurs ajoutées par ces producteurs et donc ralentir la taux de croissance de l’économie d’un pays. En grande majorité les salariés de cette catégorie doivent logiquement se retrouver dans les chiffres montrés par Frantz. Car il faut ajouter le coût de l’emploi précaire utilisé par peur de ne pas tenir ses objectifs qualité envers les clients, à ces coûts présentés par Frantz et qui concernent les salariés en emplois permanents. Ces coûts sont bel et bien du gaspillage et entraîne le maintien d’une catégorie de travailleurs pauvres pour les besoins de producteurs incapables de tenir autrement leurs objectifs de qualité totale, c’est à dire éliminer la non qualité réductible pour ne garder que la non qualité irréductible en l’état des connaissances actuelles : eaux usées, pollution, etc. que la science et les technologies ne peuvent pas encore éliminer.

 Werner, Frantz et Gérard concluent que le chiffre équivalent pour la France par rapport à celui avancé pour l'Allemagne doit se situer à 61 milliards d'euros (400 Milliards de Francs) par an et probablement davantage. Ce gaspillage venant compromettre gravement les équilibres des comptes sociaux et des finances publiques. La France consomme par exemple bien plus de médicaments ( principalement antidépresseurs ) que l’Allemagne, ce qui est un autre indicateur d’un malaise social profond qui va entraîner un surcoût important pour la collectivité et des besoins en financement conséquents. Le harcèlement moral ou mobbing a du faire l’objet d’une loi tant le phénomène à la fin des années 1990 prenait scandaleusement de l’importance et une loi est loin de tout régler sur le terrain, son effet dissuasif est très limité et ne remplace pas l’essor d’une nouvelle culture d’entreprise dont les normes de vie au travail éliminent les possibilités de mobbing.

 

Gérard intervient sur l’utilisation des 4 sources de productivité 

 

qui accroissent la valeur ajouté d’une production de biens ou de services. L’emploi du capital technique à travers les automates programmables et l’informatique industrielle a généré d’importants gains de productivité dans les industries entre 1983 et 1990. Ce gisement est épuisé, il n’y a plus de progrès technologique majeur dans ce domaine. Les NTIC concernent davantage les activités tertiaires mais obtenir des gains de productivité consistent alors à détruire rapidement les emplois ou à créer des activités sans intermédiaires, ce qui freine la création des emplois et maintient un niveau élevé de chômage. L’augmentation des qualifications, source de gains de productivité, a un effet relativement modeste par rapport aux conséquences négatives de la productivité du capital technique sur l’emploi. Certes le peu d’emploi créé est bien d’un niveau de qualification supérieur mais il n’est pas de taille à absorber de suite les jeunes diplômés. Un nouveau gaspillage naît ainsi : les dépenses de formation ne sont pas rentabilisées à travers la création d’emplois plus qualifiés en grand nombre, les jeunes pour la plupart sont en situation précaire et leur taux de chômage stagne autour de 25% en France. La troisième source de gains de productivité, l’obtention d’économies d’échelle, a été largement utilisée après 1990 à travers la mondialisation de l’économie et les vagues de concentration d’entreprises ou d’alliances. Elle aussi entraîne des conséquences négatives sur l’emploi des pays développés et l’exploitation des pays en développement ne peut être inscrit au rang de conséquence positive. Alors il reste la quatrième et dernière source de gains de productivité : la réorganisation du travail pour travailler autant en moins de temps ou réaliser plus de production sans rallonger le temps de travail. La difficulté consiste à réaliser ces réorganisations en neutralisant ou en compensant largement les impacts négatifs des 3 autres sources de gains de productivité sur l’emploi. 

Gérard marqua une pause : bien entendu si l’on ne prend que le seul souci du profit financier, il suffit de cumuler ces sources de gains de productivité, sans aucun égard pour le niveau d’emploi dans son pays. Mais si un système peut fonctionner par rapport à ce but ultime qu’est le profit, jamais un réseau de volontaires ne pourra adopter un tel fonctionnement : qui va accepter que le travail des autres membres du groupe se traduise par la suppression pure et simple du vôtre ? Et qui peut accepter de continuer à travailler en regardant ceux dont le travail vient d’être supprimé, ne rien faire et attendre le partage des résultats ? Il y a bien incompatibilité entre le fonctionnement de ces deux types d’organisation.

 

Le groupe valide cette position : leur mouvement ne sera pas une organisation améliorée de ce monde clos dans son système miné par un gaspillage monstrueux des ressources tant matérielles qu'humaines. Le chiffrage de ce gaspillage, la divulgation des contradictions et des misères de cette économie actuelle serviront de prétexte pour justifier une politique de rupture dans la manière de penser l'organisation politique, économique et sociale et pour quitter nos systèmes de pouvoir au bénéfice d’une organisation en réseau. Maintenir des catégories de travailleurs dans un système de gestion de la précarité induisant de la peur correspond bien à des solutions de pis aller pour les dirigeants de ces systèmes incapables de maîtriser le fonctionnement de leurs systèmes et des technologies, des compétences qu’ils emploient. La peur ne peut venir protéger ces dirigeants, elle doit être dénoncée, éliminer, les responsables sanctionnés ou ruinés par une organisation en réseau dont le fonctionnement développe à l’inverse la confiance et les trois niveaux de contrats. Sur cette question, l’immobilisme de ces dirigeants des systèmes de pouvoir légitime la mise en place de l’alternative en réseau. 

 

212)      Le constat du blocage de la société dans le domaine économique et social :

 Intervention de Gérard:

 

il estime que cette peur dans l'opinion publique, en France, a été renforcée et développée par le choix politique de tout miser sur le capital technique au détriment du facteur travail. La conséquence la plus visible et douloureuse sur le plan social a été le haut niveau de chômage ces vingt dernières années. Ce choix économique a créé un blocage social et économique, une fracture sociale dont la remédiation est menée par un mouvement social qui s’organise autour d’associations comme ATTAC, la confédération paysanne, des partis politiques de gauche ou alternatifs. 

 Ce blocage imposé par les différents gouvernements et la classe politique qui n’ont pas su ou pu modifier ce choix des propriétaires des moyens de production, devient contestable lorsque l’on analyse rapidement la situation. Le coût annuel direct du chômage en France vers le milieu des années 1990 se situe entre 45 et 60 milliards d’euros pour les dépenses passives. Le professeur de Gestion poursuit en rapportant qu'un chiffrage des dépenses passives et actives situe ce coût annuel pour la France à 152 milliards € lorsque l'on additionne le coût des dépenses liées au chômage et le manque à gagner que représentent pour l'Etat, les rentrées fiscales et sociales de 5 millions de salariés. Il relit une fiche de son agenda pour conclure qu'avec 100 milliards d’€, il est possible de rémunérer 5 millions de personnes à hauteur de 1 300 € par mois ( 20 000 € par an charges comprises )[3]. Ces transferts vont soutenir la consommation, pilier de la croissance, elle même condition de survie de nos institutions menacée de faillite en cas de ralentissement économique. 

Mis à part le choix de tout miser sur le capital technique, rien n’a été fait pour ajuster cette mesure dans notre économie. Comme si la liberté du propriétaire individuel des moyens de production pouvait se limiter à acheter des machines pour supprimer des emplois et ne plus payer de charges sociales à la Sécurité sociale, à charge pour l’état de recoller les restes et d’éponger les dégâts, de financer la protection sociale à travers les impôts des salariés et probablement de ceux qui sont au chômage ou sont en inactivité  ! Cette mise au pied du mur de l’état qui n’en peut, ajoute au sentiment de peur des citoyens face à l’avenir et ce n’est pas un haut niveau d’épargne qui devient la réponse adéquate pour relancer le système économique, d’autant que le surplus d’épargne français non consommé par l’investissement en France, sert à financer entre autre l’activité américaine dont les déficits sont eux aussi astronomiques…ce qui revient à reculer pour mieux sauter dans le gouffre.

 

Gérard sort un transparent tiré du manuel d'économie qu'il utilise au Lycée en classe de Première. Il montre comment de 1985 à 1994, la productivité intervint pour accroître le PIB en France, aux U.S.A. et au Japon. 

 

 

le tableau de ces chiffres est le suivant [4]

  France USA Japon
croissance du PIB 23% 25% 38%
croissance de l'emploi 3% 15% 11%
Part des gains de productivité du capital 86% 25% 71%
Part de la croissance de l'emploi ( dans la croissance du PIB )  14% 60% 29%

 

La France a pris le parti de moderniser son outil de production en utilisant massivement les nouvelles technologies d'automatisation de la production au détriment de l'emploi, les salariés peu qualifiés étant sortis des effectifs. L'état et le système financier de protection sociale vont s'épuiser pour atténuer les conséquences de ce manque de croissance de l'emploi.

 

Pierre :

 précise que le problème survient lorsque l'augmentation des compétences ne suit pas les investissements matériels. Les nouveaux équipements ont alors un taux d'utilisation faible dû à une crise de la consommation et à la démotivation ou à la peur des consommateurs ainsi qu'à cause des pannes et des dysfonctionnements provoqués par une absence de maîtrise des nouvelles technologies par les salariés. C'est ce que l'on nomme le mal-investissement qui est beaucoup plus répandu et grave en France que le sous-investissement et ceci constitue le principal blocage économique sur une longue période. L’achat des premiers automates programmables s’est fait alors que le personnel qualifié était peu nombreux. Par exemple les techniciens supérieurs ayant le BTS CIRA ( contrôle industriel et régulation des automatismes) étaient nettement insuffisants entre 1985 et 1990. L’éducation nationale a été très lente avant d’ouvrir de nouvelles sections de ce BTS ou de DUT équivalents. Ce gâchis dans la mauvaise utilisation des nouvelles technologies a généré un désenchantement chez l’ensemble des salariés et des directions. Le faible retour sur investissement et le manque de gains de productivité ont limité d’autant et l’acquisition d’automates supplémentaires et les investissements immatériels qui faisaient défaut. Bon nombre d’entreprises ont aussi investi dans ces robots et automates uniquement pour supprimer des emplois et réduire leurs frais de personnels jugés trop élevés à cause du SMIC et des charges sociales. Dans ce cas il est évident qu’elles n’ont pas cherché à investir dans la formation et l’élévation du niveau de compétence de leurs personnels : réduction des frais de personnels et de formation oblige ! Tout ceci en oubliant leurs leçons d’économie les plus élémentaires et en refusant d’admettre que l’élévation des compétences est justement une deuxième source de gains de productivité complémentaire et indispensable lorsque l’on utilise de nouvelles technologies, première source de gains de productivité. Pierre rapporte le cas d'ouvriers d'un atelier de presse obligés d'aller à une seconde formation à la maîtrise de robots de la marque ABB parce qu'à la suite d'une première formation, leur chef d'équipe leur avait interdit d'intervenir sur les robots, gardant pour lui et quelques uns de ses fidèles, ce privilège. Le formateur venu de Persan s'était étonné de revoir un an plus tard les mêmes stagiaires. Il intervint auprès du responsable des ressources humaines recruté récemment qui alerta la direction sur ces dysfonctionnements cachés par l'encadrement d'atelier. D'autres anecdotes peuvent être citées pour illustrer cette faiblesse chronique de l'organisation du travail qui n'intègre pas convenablement les nouvelles technologies.

Ces innombrables erreurs de gestion touchent à l’impardonnable et confinent ces dirigeants au rang d’idéologues économiques et sociaux, voire politiques, condamnables car dilapidant l’intérêt général au seul profit de leurs intérêts particuliers de propriétaire du capital. Il est bien certain qu’à cette époque, il n’était pas encore question d’entreprise éthique comme aujourd’hui, reste à savoir si ce nouvel adjectif correspond à une réalité tangible ? 

 Gérard :

 indique que la productivité de l'emploi aux USA provient certes des "petits boulots " mais surtout de la concentration dans ce pays des chercheurs dans les secteurs économiques traditionnels et des innovateurs, particulièrement dans les biens et services immatériels : brevets, logiciels.... Le Japon a, semble-t-il trouvé une voie médiane en combinant forte productivité du capital et fort développement de l'emploi. En faisant d'une manière aussi exclusive le choix de la productivité du capital technique, la France s'est désintéressée du chômage, principalement du chômage des jeunes et ce choix est bien un choix politique à porter au compte d'un blocage du savoir économique et à une volonté de maximiser les profits pour les seuls propriétaires du capital. Les entreprises à travers leurs bénéfices, se sont contentées de verser leurs impôts, à charge pour l'état de les utiliser pour garantir une certaine solidarité sociale sans empiéter dans le domaine économique sur la loi capitaliste de la liberté de maximiser les profits d'après les seuls intérêts des propriétaires. Sur le plan social, cette incapacité de l'économie française à créer en masse des emplois hautement qualifiés se traduit aussi par un nombre important de jeunes diplômés travaillant dans des emplois pour eux sous-qualifiés, notamment dans la fonction publique et par le phénomène de plus en plus sensible de la fuite de ces jeunes diplômés vers des pays où le marché du travail est plus souple, capable d’offrir de réelles perspectives de carrière et moins taxé par les impôts. Sur ce dernier point, quitte à avoir un travail plus ou moins qualifié, autant qu'il soit déjà moins imposé qu'en France.

 Le groupe valide cette position et ces données : leur mouvement va se positionner face à cette situation et apporter l'innovation, la maîtrise des technologies sans gaspillage et retard, les possibilités de progression sur le plan des responsabilités et de la maîtrise des savoirs, une solidarité et une justice économique dans la répartition des richesses qui fait défaut dans le système capitaliste et l'économie plus ou moins libérale.

 Gérard :

poursuit pour dresser les arguments des décideurs actuels. La justification apportée par les dirigeants et les hauts-fonctionnaires, fait reposer une fois de plus la raison de ce choix sur l'attitudes des salariés et leurs revendications salariales. Gérard explique ce subterfuge utilisé pour fuir les responsabilités. 

Il est vrai que les emplois créés dans notre économie traditionnelle pour donner de l'emploi aux chômeurs doivent être rémunérés au SMIC, sauf si l'on détourne ce SMIC à travers le recours au temps partiel ( mais le taux horaire restera au minimum celui du SMIC ). Ce recours au temps partiel ou/et précaire se développe au point que les travailleurs pauvres qui subissent le néotaylorisme et le travail répétitif le plus souvent dans une organisation de la production en flux tendus, représentent près de 20% de la population active occupée comme cela a été dit précédemment. Payer donc des personnes pour des tâches de nettoyage de l'environnement, tâches peu qualifiées, alors que les salariés plus qualifiés de l'industrie ou du tertiaire sont pour une grande part rémunérés au SMIC ou à un salaire peu supérieur dans le cadre d’emplois précaires, ne peut qu'exacerber les revendications salariales et toute la grille des salaires doit alors être revue à la hausse. 

Ces dirigeants voient là un risque sérieux de relance de l'inflation, donc des taux d'intérêts. Lorsque nous savons maintenant que les décideurs français ont fait le choix quasi exclusif de la productivité du capital technique, il est clair que pour renouveler ce parc technique très important, ils ont besoin de taux d'intérêts les plus bas possibles. Il est hors de question que les salariés provoquent une inflation qui viendrait saborder leurs plans et remettent en cause le choix fait dans la combinaison des facteurs de production. D'où ce blocage qui aboutit à cette situation typiquement française du chômage des jeunes et des jeunes diplômés. D'où également ce développement du travail précaire lorsque la consommation repart, ceci toujours dans le droit fil de la décision d'accorder toute priorité au capital technique. Le phénomène démographique va certes réduire le chômage dans les prochaines années mais Gérard insiste pour changer de suite ce type de choix stratégique et ne plus laisser des dirigeants poursuivre cette voie dangereuse. Il faut briser ce cloisonnement de la pensée.

Barbara :

 Durant les années 1990, dans le cadre de la mise en place de l’euro, la France a maintenu trop longtemps un haut niveau de taux d’intérêt pour favoriser la meilleure conversion du Franc en Euro. Cette décision de politique monétaire est venue contrer la politique des dirigeants économiques et explique le faible niveau des investissements. Il valait mieux réaliser des profits exceptionnels à travers des placements boursiers que d’acheter des machines surtout qu’il y avait une crise de la consommation suite à la première guerre du Golfe persique et que ces taux d'intérêts venaient renforcer la tendance de base des français à épargner beaucoup plus que leurs voisins eu égard à la peur entretenue et non éliminée par les dirigeants politiques et économiques. Il y avait peu d’inflation mais les taux d’intérêt étaient anormalement élevés jusqu’en 1996-1997, ce qui a maintenu un haut niveau de chômage.

Gérard :

indique que si rien n'a été fait pour corriger ce choix socialement condamnable, cela tient aussi au fait que les hauts fonctionnaires et les hommes politiques savent que la démographie va naturellement solutionner cette situation à partir des années 2006 lorsque les salariés du baby-boom partiront à la retraite et que des classes plus faibles de jeunes arriveront sur le marché du travail.

Un nouveau problème se posera alors : celui du financement des retraites et des inactifs par des actifs devenus peu nombreux. Alors que les gains de productivité accumulés ces vingt dernières années n'ont jamais été aussi importants à cause de plusieurs bonds technologiques majeurs et malgré une gestion déplorable et lamentable de la généralisation de ces technologies, notamment en France qui est toujours parmi les derniers à s’y mettre, les décideurs du système économique libéral imposent que les salariés augmentent leur temps de travail et reculent l'âge de départ à la retraite, faisant progresser ainsi une aliénation au travail que d'autres avantages sociaux venaient de réduire. Le professeur conclut sur ce point que le savoir utilisé par les décideurs a servi un conservatisme contraire aux intérêts sociaux, qu'aucune remise en cause radicale de ce savoir n'a eu lieu. Si rien n'a été fait en France contre le chômage et la montée des inégalités de patrimoine, c'est aussi parce que les hommes politiques n'ont pas voulu, ont eu peur de financer un large secteur non marchand, ont eu peur de casser l'appareil de production capitaliste et de réduire l'impact d'une économie libérale classique et archaïque en permettant l'essor d'une autre économie non capitaliste mais plutôt mutualiste, l'économie quaternaire ou, à côté des secteurs privé et publique, l'essor d'un troisième secteur à base de solidarité et d'échanges non marchands

La réduction du temps de travail à 35 h et les Emplois Jeunes ont bien permis de créer 500 000 emplois dans un contexte de croissance favorable, il n’en demeure pas moins que les problèmes de fond subsistent, que les incohérences et les contradictions du système capitaliste et libéral comme les contradictions de l’état-nation sont toujours là. Tout système tend à se scléroser car sa logique est incompatible avec une actualisation constant de ses règles pour suivre l’évolution des mœurs, des technologies, des savoirs. Ces évolutions se créent naturellement dans une organisation de réseaux : couple, famille, communautés de chercheurs, de penseurs, groupes de loisirs, etc. Si ces groupes veulent voir leurs évolutions reconnues par les systèmes de pouvoirs politiques, économiques et sociaux, ils doivent accepter en principe d’écarter les tendances extrêmes de leurs mouvement pour se fondre dans un juste milieu indifférencié et inoffensif. D’où l’utilisation abusive chez les décideurs de nos systèmes de la technique de la synthèse et du compromis qui s’aligne sur les intérêts fondamentaux de leurs systèmes, ce qui effectivement n’apporte que des modifications mineures et sans conséquences sur le fonctionnement de ces systèmes. En acceptant cette mise en ordre, ils affermissent alors l’immobilisme et le conservatisme, sinon le corporatisme d’une société. Gérard souligne une fois de plus que leur mouvement se donnerait les moyens de refuser aux états-nations, cette mise en ordre des évolutions qu’ils allaient créer. Leur mouvement ne sera pas récupéré, il n’entrera dans aucune synthèse avec le fonctionnement actuel des systèmes de pouvoir. La stratégie de leur mouvement est bien une stratégie de rupture claire et nette avec les fonctionnements de nos systèmes actuels tant civils que religieux, voire militaires.

Gérard souligne que l’organisation étatique actuelle ainsi que les syndicats attachés à l’amélioration du système, sont des obstacles majeurs au développement des emplois dans l’économie non marchande. Mis à part la charité, l’état a développé à travers les administrations des centaines de milliers d’emplois pour répondre à des besoins de service public. Ceci n’a pas nuit à l’économie marchande, au contraire. Lorsque sous la IIIème république, l’état décida de créer des milliers d’emplois dans l’éducation publique, il n’y eut aucun effondrement de l’économie. Au contraire, une main d’œuvre mieux formée et qualifiée a permis la généralisation rapide des nouvelles technologies et une forte progression de la valeur ajoutée des entreprises et des administrations grâce à l’obtention de gains de productivité provenant de l’amélioration du niveau de qualification des salariés permettant la généralisation des machines les plus modernes. Mais cette organisation s’est sclérosée et les syndicats de ces administrations défendent un immobilisme pervers. ¨Pour améliorer le logement des personnes à faibles revenus, faut-il par exemple une administration qui gère des prestations d’aide au logement ou faut-il supprimer cette administration et permettre aux gens de s’entraider dans des SEL pour réparer le toit de leur maison, construire des maisons et ce, sans qu’il soit besoin de recourir à la monnaie officielle comme instrument de l’échange du travail et des biens et services ? 

 L’économie non marchande en réseau que leur mouvement va organiser s’oppose au rôle que l’état s’est donné dans son système de redistribution des richesses à partir de prélèvements obligatoires représentant entre 45 à 50% du PIB. L’état peut avoir un rôle d’intermédiaire et de faciliteur dans les négociations sociales. C’est la conception «  rhénane » de l’état. Gérard convient que les mesures prises pour réduire le temps de travail à 35 h peuvent créer l’année de leur application un demi-million d’emplois, encore faut-il que la réorganisation du travail dans les entreprises dégagent de nouveaux gains de productivité pour rentabiliser ces créations d’emplois et permettre une hausse de la valeur ajoutée, condition préalable à des augmentations de la masse salariale suite aux nouvelles embauches. S’il n’y a pas obtention de nouveaux gains de productivité, le passage aux 35 h devient une charge insupportable pour l’entreprise ou l’administration en question. Comment par exemple appliquer les 35h à une administration publique telle que les hôpitaux alors qu’en 1997, le gouvernement Juppé, pour limiter les dépenses de Santé, a trouvé bon de limiter le nombre de ses prescripteurs : médecins, infirmières, en supprimant des postes d’étudiants ou en transformant le concours d’entrée en médecine en concours le plus scandaleux et insoutenable de toute l’Université ? Venir 2 à 3 ans plus tard parler de 35h aux hôpitaux sans avoir préparé les effectifs nécessaires à ce changement d’horaire relève de la gabegie la plus choquante. Dans une copie d’examen, l’étudiant qui commettrait ce genre d’erreur échouerait, il n’aurait pas la moyenne ! Comment financer le surplus d’effectif correspondant au passage aux 35h ? En utilisant les 4 sources de gains de productivité ! Il n’y a aucune autre solution valable à long terme dans notre système économique, certainement pas par une augmentation des versements publiques et un maintient de la pression fiscale ou un retour à 40h de travail par semaine. Si le financement n'est plus assuré pour suivre cette évolution, le système doit jeter l'éponge et ouvrir l'alternative de l'organisation en réseau : au delà du bénévolat de la Croix Rouge ou des associations d'aide aux malades dont l'impact reste insuffisant, les associations doivent pouvoir organiser l'échange de services permettant un enrichissement personnel de chacun des participants à l'échange et ceci sans utiliser la monnaie étatique qui justement fait défaut ! Cet échange non marchand en monnaie symbolique reste interdit en France, le dernier jugement d'un tribunal correctionnel confirmé en appel date de janvier 1997.

Gérard poursuit sur cette question des 35 h. Il regrette que lors de la mise en place de ces deux lois, il n'a pas été dit que cette mesure avait deux finalités : certes partager le travail pour réduire le chômage mais aussi contraindre les PME-PMI et quelques grands groupes en retard, à mener enfin les changements nécessaires pour obtenir de nouveaux gains de productivité maintenant qu'en 1998-2000, le premier gisement des années 1985 lié à l'arrivée des automates programmables était épuisé. Ce gisement avait vu ses richesses gaspillées et minimisées par le manque d'élévation des niveaux de compétences des personnels causé par des attitudes ineptes d'une grande partie des directions d'entreprises encore trop familiales ou aux mains d'aventuriers des affaires recherchant l'argent à tout prix sans considération pour le facteur humain de production. Et la croissance des années 1997-2000 liée à une baisse des taux d'intérêts et à la spéculation sur la nouvelle économie s'est achevée par l'éclatement d'une bulle spéculative de plus, les spéculateurs venant priver les développeurs des NTIC  des moyens de financement qui leur étaient nécessaires. A moins que cette spéculation fut menée par des groupes financiers bien établis servant des pouvoirs conservateurs qui cherchaient à préserver leurs intérêts à à arrêter net une nouvelle révolution technologique capable de modifier rapidement l'organisation des pouvoirs et ce, à leur détriment. Ayant compris eux aussi que les NTIC servent surtout à développer des organisations en réseaux, à favoriser la démocratie directe, le vote électronique de millions de personnes sur des projets précis, ces dirigeants conservateurs avaient tout intérêt à bloquer le financement de cette nouvelle économie et de ces nouvelles communications, de cette nouvelle culture qui va modifier inéluctablement nos institutions politiques, économiques et sociales.

Il fallait à la fin des années 1990 mettre fin à cette dérive de mauvaises gestions et obliger toutes les entreprises à sauter le pas dans la recherche de nouveaux gisements de productivité : réorganisation du travail et suppression des tâches inutiles, produire autant mais avec moins d'heures de travail ce qui était un minimum de gain de productivité mais certes imposé par la loi, recherche et développement de nouvelles technologies, élévation du niveau de compétences et des qualifications. Il s'agissait de dire que l'obtention de ces nouveaux gains de productivité, cette fois-ci, allait être utilisé non plus comme dans le fordisme au profit des salariés, non plus au profit des consommateurs par de nouvelles baisse des prix, non plus comme en 1998-2000 c'était le cas, au seul profit des actionnaires qui derrière l'exemple irrésistible des fonds de pension anglo-saxon, prenaient la direction de fait des entreprises et du partage de la valeur ajoutée. Non, il s'agissait de dire que ces gains allaient profiter au partage du travail car le niveau de chômage et son coût pour la collectivité devenait intolérable et menaçait la cohésion sociale toute entière, la motivation de l'ensemble des salariés, cadres y compris, menaçait le financement de tout le système de protection social. Ce discours n'a pas été tenu par un manque de courage politique flagrant. Le gouvernement socialiste s'est limité à un discours éculé sur l'égalitarisme et un partage égalitaire du travail dans toutes les organisations productrices du secteur privé comme public sans rechercher le financement de ces mesures ni favoriser l'obtention de nouveaux gains de productivité, en particulier dans les administrations publiques.

Le résultat en 2003 est navrant et inquiétant : de nouveaux gaspillages se sont ajoutés aux anciens et le moral des salariés est au plus bas tout comme la consommation et les investissements. Les salariés sont prêts à rejeter les lois sur les 35h car ils ont compris qu'une fois de plus les employeurs des PME-PMI ou des entreprises de moins de 20 salariés, ont détourné ces lois pour leurs profits de plus en plus mesquins. Auparavant, tout travail supplémentaire se lisait sur la feuille de paie et la réciprocité des efforts était évidente. Maintenant, par l'organisation de la modulation, le non paiement des heures supplémentaires pour leur conversion en repos compensateur, en jour de RTT, les salariés n'ont plus cette réciprocité immédiate. Pire, bon nombre de directions tergiversent avant d'accorder la prise des RTT. Une fois posée la demande, au dernier moment elle est annulée parce qu'un problème est survenu dans l'organisation du travail ou qu'un nouveau client s'est manifesté. Tous ces reports rendent complexes voire impossible une gestion du travail. Les salariés partent en jours ou semaines de RTT mais en fait c'est de l'astreinte, ils doivent revenir de suite en cas de travaux urgents et de nouveaux reports de RTT ont lieu car l'employeur ne veut pas payer et payer des charges en plus ! Les quelques employeurs qui ont commencé ces abus n'ayant pas été sanctionné ou invité à suivre des formation en management et communication, ressources humaines, comme les chauffards de la route y sont obligés pour le code de la route, ces exemples d'abus se généralisent au point que les députés et le gouvernement, pour éteindre l'incendie préfèrent liquider le dossier et annuler les deux lois : chaque employeur étant à nouveau libre d'organiser comme il le veut ses horaires et ses salaires. Gérard s'indigna que de telles erreurs de gestion puissent être occultées, faire l'objet de telles désinformations de l'opinion publique. Retirer les lois sur les 35 heures c'est admettre publiquement qu'une bonne partie de nos entreprises sont incapables d'obtenir des gains de productivité autrement qu'en utilisant de nouvelles machines. Qu'elles sont incapables d'en obtenir à partir des 3 autres sources de gains de productivité ! Mais alors que ce soit dit ! Et nous avons nos arguments suffisants pour passer à une autre société organisé en réseau et qui développe l'enrichissement personnel matériel, intellectuel et spirituel dans le cadre d'une économie quaternaire, non marchande ! Et si nos dirigeants ne veulent pas quitter leurs fauteuils de direction, nous pouvons les mettre dehors ! C'est d'ailleurs une tradition française pour changer de constitution et de régime politique ! Ce n'est pas nouveau !

Ne pas obliger les employeurs à mettre en place des stratégies à moyen terme pour obtenir de nouveaux gains de productivité devient politiquement suicidaire. Ou alors nos dirigeants cachent une autre vérité : celle de la sur capacité de production des pays industrialisés qui implique une baisse de nos niveaux de production et l'obtention des gains de productivité, dans ce contexte, rendu encore possible uniquement à travers des économies d'échelles, c'est à dire la concentration des entreprises et la suppression des emplois devenus inutiles. La mondialisation accélérant ce phénomène en y ajoutant pour les employeurs l'attrait des délocalisations vers des pays où la main d'oeuvre même qualifiée est nettement moins chère. Mais c'est le seul intérêt car la crise asiatique de 1997, tout comme la crise russe des années 1992 démontrent que ces zones d'échanges ne sont toujours pas solvables pour nous acheter nos sur capacités de production et comme nous ne voulons pas leur livrer à bas prix ces biens et ces services... !

  Le sens des réformes est limpide et l'appel au courage politique inévitable mais ce sens est-il compatible avec le mode de gestion et de fonctionnement des dirigeants de nos systèmes de pouvoir ?  La réponse est moins claire car les intérêts électoralistes combinés aux idéologies souvent rétrogrades et conservatrices détournent ces réformes de leurs intérêts publics. La simplicité et le populisme ne peuvent venir soutenir l’absence de changement de structure et de mode de gestion et encore moins un débat sur l’opportunité ou non de recourir à l’alternative de l’organisation en réseau !

Mais que peut faire l’état contre l’orientation donnée à la gestion financière des entreprises par les fonds de pension ? Comment trouver dans l’économie marchande les ressources financières pour financer les besoins des inactifs ? Ne faut-il pas établir enfin une relation directe et complémentaire entre l’économie marchande et un vaste développement de l’économie non marchande ? Et si le système capitaliste qui gouverne l’économie marchande est impropre à se relier à cette économie non marchande, ne faut-il pas l’abandonner avant que les exclus ou les brimés par le système ne se révoltent et détruisent tout sans savoir quoi reconstruire ? Si l’état est incapable de mettre fin au système capitaliste, ne faut-il pas supprimer l’état pour mettre en place une autre organisation du pouvoir fondée sur une économie en réseau sachant relier l’économie marchande et l’économie non marchande, réaliser le mariage des cultures ? Les menaces permanentes de crises financières qui limitent les investissements et font faire des choix aberrants à nos décideurs, ne vont-elles pas s’éliminer lorsque les échanges se développeront dans des monnaies symboliques plus fondées sur la confiance qu’y auront mis les gens que sur les cours des bourses de valeurs sur lesquelles s’agitent les spéculateurs ? Gérard conclut que cette gestion de la réduction du temps de travail et de la réduction du chômage en France sert de preuve que la classe politique de gauche comme de droite est coupée des réalités économiques et sociales, qu'elle ne les gère qu'en fonction de ses idéologies de partis politiques, défendant ses partis pris pour justifier le maintien de son activité politicienne et de son commerce électoraliste. L'échec du référendum de 1969 et le refus de voir la société civile cogérer le pays commencent à présenter une facture franchement indigeste, écoeurante !

Barbara :

Le chômage peut se réduire après 2006 en France du fait de l'évolution démographique mais un autre problème est en train de surgir. Les emplois supprimés dans le secteur secondaire ont été largement compensés par le développement des emplois dans le secteur tertiaire. Ce phénomène de déversement jusqu'ici positif va subir le choc de la productivité qui va concerner maintenant le tertiaire. La généralisation des nouvelles technologies des télécommunications et du multimédia, l’utilisation massive des workflow qui automatisent le travail administratif, va mettre en relation directe le client et le fournisseur comme le fait déjà l’EDI, l’échange des données informatisées. Les emplois intermédiaires n'auront plus de raison économique et la productivité du tertiaire passe par leur suppression. Quel nouveau secteur économique va reprendre tous ces emplois supprimés ? Barbara pose la question car les branches de la banque et de l'assurance sont particulièrement exposées à cette nouvelle évolution technologique organisée à partir de workflow de production, de logiciels automatisant complètement le travail administratif. Certes, les économistes parlent d'une utilisation moindre du travail tel qu'il est actuellement organisé. 

Frantz :

rappelle le mot de Keynes prononcé en 1930 selon lequel en l'an 2000, les gens ne travailleront plus qu'une quinzaine d'heures par semaine pour satisfaire leurs besoins économiques principaux. Nous sommes loin du compte même pour les dirigeants keynésiens pur jus !

Barbara :

conclut que le chômage dans sa compréhension actuelle est déjà une question dépassée car nos systèmes économiques ne peuvent l’éliminer. C’est une part irréalisable dans le cadre du fonctionnement de nos systèmes : le plein emploi est une utopie. L'économiste français Malinvaud a au moins eu le mérite de reconnaître ces lacunes de nos systèmes, en lançant la théorie du déséquilibre permanent des marchés, en premier lieu celui de l'emploi. Prétendre que nous arriverons aisément après 2006 du seul fait de la démographie sans mettre en place aujourd’hui les mesures pour obtenir les gains de productivité qui sont aujourd’hui réalisables et indispensables, tient de l’affabulation la plus grossière. Les richesses non produites ou gaspillées aujourd'hui ne se retrouveront plus demain ! Oui, après 2006, le chômage peut diminuer mais les salariés voudront-ils travailler 40 à 45h par semaines et 42 à 45 ans avant de prendre leur retraite sous prétexte que les dirigeants de nos systèmes n’ont pas voulu ou su réaliser le plus tôt possible les gains de productivité permis par les technologies et une formation qui aurait été à la hauteur ? L’accumulation de ces laxismes et de ces erreurs génère 

Comment financer ces dépenses obligatoires avec des taux de croissance aussi faibles et une méfiance aussi grande envers la finance et la bourse provoquée par l’éclatement des dernières bulles spéculatives ? En travaillant plus comme entre 1945 et 1975 lorsqu’il s’agissait de reconstruire le pays après une nouvelle guerre mondiale ? Au prétexte que depuis 1990 nous avons vécu une guerre économique et une mondialisation loupée par la faute de quelques uns ? Qu’il y a peu de bombardements dans les pays occidentaux, plus ailleurs et que dorénavant il faut travailler plus et plus longtemps pour sauver ces systèmes de pouvoir qui n’arrêtent plus de désinformer et de mentir sans remords pour cacher leur déconfiture ?

Barbara se rangea à l’idée d’un blocage de nos sociétés par une minorité de dirigeants qui pour préserver leurs pouvoirs refusent d’engager les réformes pour accompagner les progrès que nos technologies et nos savoirs permettent. La suppression des intermédiaires par les workflow ne concernent pas uniquement les commerciaux et les administratifs mais aussi les politiciens : comment justifier le maintient du système électoral représentatif alors que les NTIC permettent un bond majeur vers une démocratie plus directe et davantage participative pour les citoyens  et avant 2006 si nous nous en donnons les moyens ? Que dire de ces politiciens qui préfèrent conserver un mode de scrutin hérité de 1780 avec des machines compliquées et imprécises, sources d’erreurs alors que leur pays est le premier au monde pour les NTIC ? Pour mieux trafiquer les élections et arriver à avoir des présidents et des gouverneurs aussi mal élus ? Pour cacher la corruption sous le doux nom de lobbying ?

 Barbara souhaite que leur mouvement se prépare à la nouvelle économie qui fera suite à l'économie du tertiaire et qu’il passe outre résolument ce blocage majeur de nos sociétés organisés en systèmes de pouvoir sclérosés. 

 

Le groupe valide ces apports de connaissances et ces prises de position 

 213)      le cloisonnement social :

 à suivre dans l'épisode 26


[1] voir " Kostenfaktor Angst ", Winfried Panse / Wolfgang Stegmann, Edition : Verlag Moderne Industrie, 1997, Landsberg / Lech.

[2] le mobbing consiste à mener une vie infernale à ses collègues et en particulier aux nouveaux venus considérés comme des menaces. Selon ces chercheurs, 10 à 20% des suicides en Allemagne serait à mettre sur le compte du mobbing.

[3] voir " Chômage nous accusons ", Editions Arléa, 1998.

[4] d'après Alternatives économiques, hors-série n° 26, 4ème trimestre 1995.

 

      

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