Sous un ciel si bleu si calme

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 Laurie ne pouvait se détacher aussi rapidement de Pierre. Elle lui avait dit sa crainte que loin d'elle malgré tout ce qu'il lui avait dit, il se replonge dans son travail et délaisse sa quête spirituelle. Sepp, quand il apprit dans quelle société d'électronique Pierre allait travailler, confirma également ces craintes. L'ingénieur connaissait le rythme de travail élevé et le constant travail d'organisation et d'amélioration des structures pour dynamiser des ressources humaines de tout premier plan. Pierre ne pouvait pas concilier d'après lui une vie de poète avec les occupations d'un jeune manager qui fait ses soixante heures de travail par semaine, non compris les heures de déplacement, les heures d'avion, de voitures de location, les soirs de travail à l'hôtel pour préparer les réunions du lendemain, rédiger les compte-rendu des décisions prises en séminaire. Werner pensait que cette expérience pouvait être momentanément profitable à Pierre qui allait découvrir le management au sein d'une société multinationale et fréquenter des ingénieurs français et étrangers sortis des meilleurs écoles des grands pays industrialisés. Mais tôt ou tard Pierre comme Françoise devaient devenir des permanents de leur entreprise. 

Laurie avait hésité entre retourner de suite à Zagreb ou suivre Pierre quelques jours sur la Côte d'Azur. Elle avait préféré rester avec Pierre et Françoise et les aider jusqu'à la fin de leur installation à Cannes. Dès leur retour de Bosnie, Gérard s'était interrogé publiquement sur la validité du symbole de la croix templière pour des soldats serbes ou bosniaques. N'y avait-il pas là une erreur grossière si l'on fait référence à l'histoire ? La question avait circulé parmi le groupe. Dan et Arnim qui déjà s'inquiétaient du sort de leurs recrues, étaient restés d'autant plus perplexes. Pierre les laissa mijoter quelques jours sur cette question et avant de débrancher à Strasbourg son micro-ordinateur, il leur envoya un message avec sa réponse. Il n'y a pas lieu de confondre la croix représentant l'instrument de mise à mort et symbole des chrétiens avec la croix templière symbole d'un rassemblement plus large des peuples. Ils devaient y voir le croisement de quatre courbes : 2 courbes qui se font face sur un plan vertical et semblent se toucher sur leurs points équatoriaux comme deux sphères proches l'une de l'autre dont on n'aurait tracé que leurs courbes contiguës, et deux courbes de même nature mais placées sur un plan horizontal. Cette croix représente le carrefour entre quatre sphères, quatre mondes disposés selon les quatre points cardinaux de notre univers et lorsque l'on joint par une courbe les extrémités des quatre courbes, l'on peut placer sur ces demi-courbes quatre autres sphères plus petites. Le dessin exprime cette possibilité, à nous dans notre imaginaire de placer ou non ces quatre plus petites sphères que nous aurons crées. Quelle interprétation donner à ce carrefour ? Pierre leur demanda de se souvenir de l'histoire de Cluny qu'il leur avait raconté lors de la conférence de Nancy... le mariage sous ces hautes voûtes romanes des quatre rameaux : du rameau hébraïque avec Moïse, David, Salomon; du rameau grec avec le savoir pythagoricien, platonicien, le savoir musulman aussi, rameau que travailla Benoît; du rameau celte avec Pelage, Patrick, Colomban puis plus tard Malachie. En considérant que les courbes peuvent styliser la ligne d'un rameau sous le souffle du vent, n'y avait-il pas dans la croix la place du savoir musulman et celle du savoir celte et des peuples nordiques ? Si le poète avait accepté ce symbole, pourquoi douter de lui ? Certes, la question aujourd'hui était de savoir s'il fallait pour tenir compte d'autres cultures, ajouter d'autres courbes au dessin : par exemple pour introduire le savoir du bouddhisme ou d'autres façons de prier Dieu. En rajoutant quatre autres courbes, l'on trace 8 pétales d'une fleur. Fallait-il aller jusque là ? Ne peut-on pas considérer que l'objectif en respectant le sens de ce symbole, est d'ouvrir son savoir culturel à au moins trois autres sources de connaissance avant de tenter de traduire sa foi en Dieu à travers des mots et un corps de pensée rationnelle ? Et une fois adopté ce principe, n'y a-t-il pas là une portée universelle pour ce symbole ? Pierre leur demanda de chercher à savoir s'il n'y avait pas dans cette vision des choses, une des causes du divorce qui s'instaura entre les templiers et une papauté toute engoncée dans sa quête de monopole temporel de la religion issue des évangiles, papauté toute soumise au principe d'Autorité qu'elle avait retenu pour conforter son pouvoir matériel ? Pour Pierre, la croix templière s'oppose au maintien du principe d'Autorité. Par son ouverture, son sens du partage, elle indique le chemin vers le principe d'Amour. Si donc le groupe était d'accord avec la vision du poète, Pierre demanda à Gérard de rédiger une note explicative, un additif au règlement intérieur de leur entreprise pour divulguer cette raison d'être de la croix templière dans leur mouvement. Une traduction devait en être faite immédiatement en serbe et en bosniaque, en croate et transmise au groupe des templiers présent en Bosnie où cet emblème avait toute sa place et sa signification pour rassembler les germes d'espoir et de paix. Laurie signa également le message. Sur ce Pierre expédia le message et débrancha son micro-ordinateur.  

La première nuit, ils la passèrent dans la maison de Maud à Biot. Laurie avait du mal à admettre que cette maison était la sienne. Elle restait celle de Maud, celle où son père et sa mère s'étaient probablement aimés avec Maud comme Laurie le faisait avec ses amis. Le premier matin, avant de regagner la maison près du jardin du Prado, ils allèrent prendre l'air sur la Croisette. Ils recevaient ce spectacle jusqu'au fond de leurs yeux. L'absence de vagues, du bruit du ressac sur la plage permet à l'esprit de sereinement graver en lui toutes les sensations offertes par un mariage complet des couleurs et des formes. Ici, la mer ne vient pas heurter votre perception et se plaquer devant vous avec la force d'un monde différent, vaste et inquiétant par la largeur de son horizon et la hauteur de ses vagues, par le pressentiment que derrière cette ligne où la mer et le ciel se rejoignent sans se confondre, des tempêtes, des drames se cachent. Ici, votre regard se laisse conduire par les contours des îles et de la montagne qui délimitent la baie. Vous pouvez poser à loisir votre perception sur le rivage, au milieu de la baie, près des voiliers, chercher avec assurance la crête dentelée de l'Esterel pour vous amarrer sereinement à ce paysage. Et puis le calme de la mer vous pousse insensiblement à aller plus loin, chercher la ligne mystérieuse où la mer et le ciel se confondent intimement. Est-ce à cette hauteur... est-ce plus loin encore ? Vous pouvez toujours rester amarré à votre rocher salvateur pour dérouler jusque là-bas, la corde de votre ancre. Peu importe, l'essentiel est de participer à cette magie des couleurs qui unie le mer et le ciel, le jour et la nuit, indéfiniment. Les immeubles qui encombrent le paysage, vous les laissez derrière vous sans leur prêter attention. Par contre vous retenez volontiers la ligne de palmiers qui décemment, fait frontière naturelle entre la mer et la ville. Début mars, le soleil apporte une chaleur perceptible dès le premier matin mais n'écrase pas encore les couleurs pour leur donner toutes une nuance de bleu qui n'arrive, l'été, à rafraîchir l'atmosphère. Les couleurs restent vraies et le peu de personnes présentes vous permet d'exprimer clairement la satisfaction de pouvoir être là pour vous détendre en jetant sur l'eau jusqu'au ciel, vos regards les plus lointains, les plus secrets pour les tester devant l'horizon mystérieux et captivant. Ensuite, un reste de ces regards persiste lorsque vous scrutez votre partenaire pour vérifier d'une manière indiscrète si lui aussi s'est laissé aller à ce bonheur simple, tout dans l'instant où la nature humaine s'approprie des espaces sans limites... des espace où la mer et le ciel se conjuguent sous les feux du soleil pour induire la sensation d'une communion heureuse dans laquelle, puisque vous êtes présent pour la ressentir, vous avez assurément votre place promise.  

Ici, le sable des plages, les façades splendides des palaces, la végétation luxuriante posée avec soin à côté de vous sont autant de gage de sécurité, de sérénité pour vous abandonner à ce partage des horizons sublimes et le décor se met au diapason pour répondre à votre attente lorsque vous retournerez votre regard et pour vous décevoir le moins possible lorsque vous devrez continuer de marcher les pieds sur terre. Pierre avait testé les jours suivants, cet échange sur les rochers du cap d'Antibes, le long de la Baie des Anges mais c'était bien sur la Croisette qu'il pouvait user de tous les éléments, de tous les ingrédients pour le plus sereinement possible chercher cette ligne de partage où la distance est nulle et imperceptible entre ce monde terrestre et le ciel si bleu, si calme qui reflète le mieux ces espaces infinis et bienheureux dans lesquels il avait fixé son travail d'homme. Il fallait simplement venir ici à des moments de la journée où il n'y avait pas grand monde mais ces moments là, Pierre était habitué à les fréquenter ailleurs et depuis longtemps.  

Par la suite, Pierre se plut à dévisager les promeneurs, surtout ceux qui pour la première fois venait ici. Il se souvint de ce couple de suédois à l'allure aristocratique, dans la cinquantaine, qu'il venait se surprendre à la descente de leur Jaguar. Il les avait suivis sur la promenade et avait bien aimé la manière dont la femme grande et très belle avait pris le bras de son mari. Le paysage appelait en elle une envie subite et irrésistible de sourire, de faire de grands gestes comme pour toucher cet espace qui ravivait une dimension humaine trop longtemps enfouie en elle. Ici, la forme de sa communication visuelle semblait vouloir remplir tout le paysage. Avec de grands gestes posés, elle manifestait qu'elle se trouvait chez elle, que ce lieu, peut-être souvent rêvé, faisait partie intégrante de son bonheur et que le plaisir de le toucher était trop important et dépassait largement ses espoirs pour le garder en elle. Ses gestes insistants, sa façon espiègle de tirer le bras de l'homme pour le réveiller, le faire réagir et exprimer lui aussi cette joie exubérante de goûter ces sensations ravissantes, forçaient le partage entre eux du bonheur qu'elle avait été la première à exprimer. En croisant les premières personnes, elle pinça ses lèvres pour regagner une conduite plus neutre et sophistiquée de grande dame à l'attitude simple et avenante. Le partage était déjà fini. La plupart des femmes réagissaient de la sorte et ouvertement prenaient ainsi possession de ce lieu comme s'il faisait partie de leurs rêves secrets, de leurs raisons de vivre dans lesquelles elles façonnaient les contours du bonheur qui seyaient à l'amour qu'elles étaient capables de donner. Ce n'était pas du cinéma mais un moment de vie joyeux, furtif et émouvant pour un poète qui ici disposait, sous ses yeux, de quantités de femmes belles et heureuses, magiciennes d'un partage secret qui révélait la puissance de l'amour dont elles entretenaient la vie et dont elles laissaient entrevoir pour leur seul amant, pas toujours aussi clairvoyant que le poète qui les observait, rien qu'un bref instant face à la mer et au ciel, les suaves contours féminins.

  Ce plaisir de jouer avec la communion des sens sur la mer et jusqu'au ciel était parfaitement égoïste dans un premier temps. Une contemplation trop passive peut vous rendre narcissique. Pierre comprit que ce paysage exigeait une réponse capable de légitimer humainement la possession des lieux. Cette réponse devait se trouver tout d'abord dans un rêve puis dans un partage et il chercha à savoir comment les autres faisaient pour répondre et exprimer le partage. Il trouva les mois suivants des éléments probants pour cette réponse.

  Ils allèrent souvent avec les enfants, les dimanches, sur l'île Sainte Marguerite dans une petite crique à l'écart où des habitués avaient leurs endroits. Ils prenaient le premier bateau du matin et jusque vers onze heures, ils étaient tranquilles dans leur coin. Après, les bateaux arrivaient et mouillaient devant eux à vous gâcher le paysage. Un dimanche de mai, un voilier vint mouiller dans la crique. Un couple de jeunes qui devaient avoir entre vingt cinq et trente ans étaient sur le bateau. Ils avaient des allures de gens très riches et la jeune femme portait un maillot de bain une pièce qui lui avait coûté cher. Ils étaient bien bronzés et ne donnaient pas l'impression de crouler sous le travail. Leur couple était physiquement bien assorti et tous deux étaient grands, la jeune femme devait avoir dans les 1,80 mètres. Ils passèrent de longs moments dans la cabine et Pierre chercha à voir si le voilier tanguait ou non. Au bout d'un moment, il surprit un léger mouvement de tangage qui pour lui, fut suffisant. Il en déduisit que le couple faisait l'amour. Françoise sommeillait sur son drap de bain et les enfants jouaient dans l'eau avec une petite étoile de mer. Un autre couple avec des enfants étaient près d'eux mais caché par un rocher. Pierre pouvait observer à loisir. Plus tard l'homme sortit de la cabine pour s'étendre sur le pont. Une dizaine de minutes plus tard, la jeune femme sortit à son tour sur le pont. Après s'être coiffée longuement, elle rangea sa chevelure en chignon. Elle taquina son compagnon pour l'entraîner dans l'eau. Comme il tardait à se décider, elle regagna l'arrière du voilier qui faisait face à la crique. Elle enleva son maillot de bain et se tourna pour descendre la demi-douzaine de marche de l'échelle qui disparaissait sous l'eau. Pierre fut subjugué par le naturel de cette jeune femme. Aucun de ses gestes n'était précipité, exagéré. Le mouvement soulignait fabuleusement les lignes de ses hanches, de ses fesses, ses cuisses, ses jambes. Son bronzage intégral indiquait qu'elle aimait se retrouver nue. Son corps musclé respirait la bonne santé et elle avait des épaules solides qui devaient lui permettre de se débrouiller correctement en montagne ou en ski. La rondeur de ses hanches portait haut le sillon de ses fesses et il y avait là matière à bien des plaisirs pour un partenaire intime. Elle descendit dans l'eau jusqu'à la taille pour s'asperger le visage puis elle se tourna rapidement pour se lancer dans l'eau et gagner les rochers à droite de la crique. Pierre vit subrepticement ses seins bien proportionnés et d'apparence ferme. Cette jeune femme qui lui présentait ainsi son dos, ses fesses lui fit penser à cette autre jeune femme qui à la sortie de la chambre au lit d'eau, lui avait également montré son dos, ses fesses. Mais ici, le décor donnait une toute autre proportion au spectacle et l'envie de rejoindre la jeune femme dans l'eau pour l'enlacer et la caresser sous l'eau avait un côté plus magique que le fait de la rejoindre sous une douche. Dans son esprit, il opéra la substitution entre cette femme et Laurie. Françoise se serait sentie gênée en pensant que des personnes allaient l'observer depuis le rivage et elle ne pouvait faire partie de ce clan de femmes totalement libres d'imposer aux yeux de tous, les marques intimes de leur féminité resplendissante. Cette jeune femme pouvait être l'alter ego de Laurie et il en voulut presque à l'homme de mettre autant de temps pour enlever son caleçon de bain et rejoindre sa compagne sur les rochers. A travers ce moment, Pierre avait trouvé une première réponse. La manière aussi naturelle de se jeter à l'eau, d'étendre son corps nu au soleil sur un rocher, de se montrer aux autres qui ici étaient également nus, témoignait de se respect d'user du paysage et du soleil dans sa vérité la plus pure et ce témoignage perceptible de nudité symbolique s'imbriquait dans les mêmes marques de partage exprimées par les autres personnes présentes à vivre nu et à s'aimer en cachette au milieu des autres parmi les rochers. Ici, les gens n'étaient pas de simples naturistes. Le site se prêtait dans les mille contours de sa beauté envoûtante à aller de temps en temps plus loin que dans la seule coexistence des corps sous le soleil et il vous poussait à vous manifester librement les marques du bonheur dégagées de cet environnement magnifique. C'était là, dans ces caresses, ces baisers, ces amours sur les rochers brûlants et sous le soleil le plus fort, que se trouvait pour Pierre, le signe du partage consécutif au rêve qu'obligatoirement doit faire l'esprit pris sous le charme de tels endroits.

Tous n'arrivaient pas à ce stade. Pierre se souvint d'un couple d'adolescents qui dans l'après-midi d'un dimanche, était descendu maladroitement dans la crique. Tous les emplacements discrets où il était possible de s'allonger étaient pris et au fur et à mesure de leur recherche, à force de rencontrer des personnes nues, la jeune fille laissait transparaître une gêne certaine. Elle demanda à son compagnon de s'asseoir sur un rocher en plein milieu du chemin de passage, entre deux couples. Ils n'étaient pas de la région et leur allure d'amoureux pudiques laissait à penser à un couple en voyage de noce. Sur les rochers en face d'eux, de l'autre côté de la crique, une jeune femme au milieu de deux jeunes hommes ne cessait de se retourner, se lever, s'étendre et à chaque fois, elle montrait tout de son anatomie. Une exhibitionniste n'aurait pas réussi meilleur effet et il fallait être un naturiste de vieille souche pour rester insensible à une telle agitation. Personne ne faisait trop attention à ses gesticulations. Pierre remarqua que le jeune homme regardait le spectacle avec une attention qu'il ne pouvait pas dissimuler à sa compagne. Celle-ci comprenait la situation et elle ne pouvait pas en vouloir à son amoureux. D'ailleurs, elle regardait elle aussi et son visage commençait à reprendre ses couleurs familières. Pierre observa cette lente progression du naturel dans leurs comportements. La fille chercha à mieux s'installer et posa son sac et quelques habits pour se coucher plus confortablement sur la pierre. Le garçon restait assis à regarder droit devant lui. La fille se mit alors en maillot, qu'elle avait sous ses habits, mais de sa place, elle ne pouvait descendre dans l'eau sans déranger plusieurs personnes à une quinzaine de mètres de là. La découverte de cette crique cachée depuis le chemin semblait suffire à son bonheur. Le garçon voulu descendre pieds nus du rocher pour aller dans l'eau et sa façon d'avancer dénotait une méconnaissance des traîtrise de ces rochers à la surface rongée par les vagues et dont les dentelures millimétriques sont comme des lames de rasoirs pour la peau nue. Son obstination frisait l'inconséquence. Lorsqu'il eut disparut de son regard, la fille se redressa pour observer plus librement le paysage et ce que faisait les autres personnes. Pierre fut amusé de comprendre qu'en présence de son compagnon, elle n'osait pas prendre pareille liberté. Elle regarda assidûment les deux jeunes hommes couchés sur le dos qui lui faisaient face. La femme, au milieu d'eux était couchée sur le ventre. Lorsqu'elle se retourna pour se coucher elle aussi sur le dos, elle se mit d'abord à genoux pour rectifier le drap de bain et comme elle avait toujours les jambes écartées, même Pierre qui était plus loin, vit les moindres détails de son sexe. La fille finit par sourire toute seule lorsqu'elle dut admettre qu'elle voyait bien devant elle tous ces corps bronzés et qu'elle pouvait enfouir son regard entre les cuisses écartées d'une jeune femme somme toute désirable ou le poser sur deux pénis au repos. Ce rire solitaire qui provenait d'une réaction saugrenue, libéra les entreprises de la fille. Après avoir jeté un regard soupçonneux tout autour d'elle et comprenant qu'ici, mis à part elle, plus personne ne faisait attention à la nudité des corps, elle roula sur ses hanches le haut de son maillot de bain une pièce. Naturellement, elle cambra le dos et pointa ses seins face au soleil. Sa peau parfaitement blanche prenait la caresse de la lumière et son visage restitua bientôt le bonheur que son corps recevait. Le garçon ayant compris qu'il devait rebrousser chemin remonta près de sa compagne et son étonnement fut grand de la voir à moitié nue. Avec un grand geste et un grand rire, elle lui imposa sa façon de voir les choses et elle supporta avec un ravissement visible les regards qu'il posait sur elle. C'était à croire que c'était la première fois qu'il la voyait ainsi en dehors de leurs ébats amoureux. Pierre fut surpris de le voir se mettre nu sans façon comme si la présence de sa compagne le lui avait jusque là interdit. Il lui demanda d'ôter son maillot de bain mais elle refusa. Pierre comprit qu'elle voulait garder cette sensation pour une autre fois plus calculée et prévue. Tôt ou tard cette fille se mettrait également nue, comme eux mais cela ne pouvait pas se faire en une seule journée. Pierre vit par leurs mouvements de têtes et leurs expressions qu'elle était en train d'entreprendre son amoureux pour connaître ses réactions face au spectacle de cette jeune femme nue aux cuisses écartées en face de lui mais le garçon se dérobait sous les questions, ne sachant exprimer ses sensations. Ces moments de découvertes passés, ce jeune couple plongea lui aussi dans une immobilité de lézard prenant le soleil. Pierre aimait observer cette façon de réagir, de se libérer, d'exprimer le plaisir que les gens puisent dans ces lieux enchanteurs. Il tenait là une démonstration parfaite du besoin de bonheur indissociable de l'être vivant. Il voyait la manière de rechercher et de capter ces moments de plaisir où les gens se sentent parfaitement bien dans leurs corps. Un bref instant, il pensa à Arnim et à la soeur de son ami, sa future jeune femme, faisant nus leurs exercices gymniques sur de grands rochers près d'un lac ou d'une cascade. Ces moments avaient une raison : pouvoir par la suite mieux endurer les vicissitudes de la vie. Il restait à Pierre à trouver les marques d'un partage d'un bonheur plus spirituel et intime de manière à pouvoir préparer les conditions de la célébration des mystères d'Éleusis qu'il avait promis à Laurie.  

Sur les plages ou les rochers au bord de l'eau, Pierre avait compris qu'il ne trouverait que des moments de plaisir liés au bain et au soleil. Des gens faisaient-ils l'amour dans ce paysage magnifique et sous ce soleil bienfaisant ? Assurément mais où ? Après réflexion, Pierre persista dans sa recherche. S'il trouvaient de tels endroits bien plus reculés, capables d'apporter une tranquillité sans faille pour permettre de vivre nu et de s'aimer sans façon, peut-être trouverait-il également le lieu où dans son imagination, il souhaitait rassembler ses amis. Cette quête, subitement, éclairait le pourquoi de sa venue dans cette région, lui donnait tout son sens. Il n'était pas question de rester dans le mas de Laurie, de louer un complexe hôtelier. Non, il devait trouver un endroit secret où les gens naturellement à chaque fois se mettent nus et, pour s'en souvenir toute leur vie durant, font l'amour sur l'herbe, au bord de l'eau d'une rivière, sous les ramures de grands arbres et pourquoi pas, à l'entrée d'une grotte sur le parvis de laquelle, il pourrait faire revivre les mystères d'Éleusis. Son travail captivant lui prenait toute la semaine et la famille, la plupart des week-end mais il n'était pas pressé de découvrir cet endroit. La promesse faite à Laurie ne valait que pour l'été de l'année suivante ! Il restait poète et comme tel, il savait qu'il trouverait cet endroit et que seul le hasard le lui livrerait. Pourtant, il s'appliqua méthodiquement à explorer l'arrière-pays. Pour ce faire, il utilisa dans un premier temps son vélo de course, merveilleux engin mécanique pour découvrir profondément une région et véritablement s'en imprégner.  

Avec tous ces événements, Pierre n'avait pas parcouru beaucoup de kilomètres au début de la saison et il n'avait pas les trois cents kilomètres d'entraînement minimum avant d'aborder le premier col. Il décida toutefois de laisser libre cours à son tempérament de grimpeur, son ancienne spécialité en tant que coureur cycliste du temps de ses vingt ans lorsque pour 1,85 mètre, il ne pesait que 57 kilos. Il avait certes pris du poids, d'abord grâce à l'air de la haute montagne pendant son année de chasseur alpin où il avait pris 7 kilos et rien que de muscles. Ceci lui avait permis par la suite d'enrouler plus aisément de grands braquets dans les courses de plaines ou à travers les collines sous-vosgiennes ou lorraines. Monter le Tanneron par Mandelieu lui parut être une première sortie toute indiquée. Les lacets dans Mandelieu ne posèrent pas de difficultés mais quand à la sortie de la ville, la route du Grand Duc se mit à monter raide sans trop de virages, son braquet de 42x21 fut insuffisant et il s'échina à ne pas mettre pied à terre avant le prochain point de vue sur la baie. Il accepta sans trop de remords de déroger à la règle sacrée de ne jamais mettre pied à terre dans une montée et se reposa en scrutant la région sous ses pieds. La descente, de l'autre côté, lui causa quelques frayeurs tant la route étroite était mauvaise avec un lacet en épingle à cheveux recouvert de sable rouge. Il lâcha les freins pour passer ce virage à la manière d'un skieur, sans se soucier du danger qui pouvait venir en face mais il eut peur. En revenant par La Bocca, il s'arrêta chez un marchand de cycles, ancien coureur cycliste, pour acheter une roue libre avec des couronnes de 21-23-26 dents. Les sorties suivantes se firent plus agréables et il parcourut la plupart des routes derrière Grasse, le plateau de Caussol, Gourdon, Vence puis il s'engagea par Plan du Var dans les gorges de la Vésubie pour monter Duranus et revenir par Levens et les collines au dessus de Nice. Cette région plus sauvage avec des routes de plus grandes circulations mais rarement bien entretenues, lui permit durant le mois de juin d'entreprendre des sorties plus longues. Il avait aimé monté le Turini par la Bollène Vésubie, se reposer sans mettre pied à terre sur la placette de ce village face à la gorge et aux montagnes désertiques. Plus haut, la route parfaitement entretenue pour les courses automobiles lui parut un peu plus roulante malgré le dénivelé important et la sensation aérienne donnée par le parcours. De l'autre côté du col, en descendant sur le Lucéram par des sentiers à peine élargis et bitumés qui passaient par le col Saint Roch, Pierre découvrit les étendues de forêts brûlés et l'odeur diffuse des cendres. Ce pays de contrastes à la nature par moment intacte et par endroits gravement violée heurtait le besoin de sérénité dont il avait besoin pour conduire ses efforts. Le vélo est un magnifique instrument pour rêver mais ici, l'environnement tourmenté par les hommes le forçait à réfléchir et à ne plus pouvoir rêver. Il changea alors de quartier pour monter dans la vallée du Var puis dans les gorges du Cian vers Beuil et revenir par la vallée de la Tinée. L'escalade était rendue pénible par le fait qu'il n'avait pas de point de repères, il avait simplement noté les quelques particularités du parcours indiquées sur la carte. Il n'était pas possible de fixer un sommet et grâce à lui, de calculer la hauteur restant à gravir pour doser correctement l'effort comme cela se fait normalement dans l'ascension d'un col. Il se calait sur son 26 dents et patiemment grimpait de virages en virages, d'un tunnel à l'autre. Arrivé sur la combe supérieure, la verdeur du paysage le surprit. Enfin un paysage de montagne plus traditionnel avec une chaume bien verte, des forêts de mélèzes bien hautes, des ruisseaux courants au fond des vallons, des prairies à la place des sempiternels tas de cailloux, même quelques fontaines pour s'abreuver ! Il retint ce premier endroit et le week-end suivant y amena en voiture sa famille pour un pique-nique dans un sous-bois délicatement ombragé et à l'herbe haute dont la douceur ajoutée à celle des aiguilles des mélèzes, constitue un écrin moelleux d'une fraîcheur agréable par rapport à la canicule de la côte. Il restait à Pierre à grimper le col de la Bonette mais il remit ce projet à l'année suivante car en fait le parcours qu'il avait prévu passait par ce col puis ceux de Larche et de la Lombarde au dessus d'Isola. S'entraîner davantage pour réussir convenablement ce parcours ne l'intéressait déjà plus. La montagne l'attirait et début juin, il s'inscrivit également au Club Alpin de Nice pour faire avec des camarades expérimentés, ses premières sorties au dessus de la Madone de Fenestre, d'Isola et ailleurs dans le Mercantour ou l'Argentera.  

Avec Françoise, Laurie et Dan, ils avaient déjà visité la Vallée des Merveilles et les lacs de Vens et de Rabuons. Mi-juin, Pierre avait emmené sa famille remonter la Gordolasque jusqu'au refuge de Nice et tous avaient apprécié de marcher sur les névés saupoudrés du sable du Sahara apporté par le foehn. Les lacs de Morgons, en montant depuis la route de la Bonette, parurent de par l'environnement retiré, lui convenir pour une réunion de groupe sur plusieurs jours. Les lacs du Sabion au dessus du vallon de Caramagne et de Tende lui firent la même impression. Le décor du lac du Vei del Bouc de l'autre côté des lacs du Sabion était très intéressant mais le lac est trop encaissé et il n'a pas de prairies même étroites pour berges. A la fin de juin, Pierre dut se résoudre : les lacs de montagnes n'étaient pas une bonne idée. D'ailleurs il n'avait surpris personne en train de passer la journée nu ou en train de faire l'amour. Ces endroits magnifiques ne correspondaient pas au critère qu'il s'était fixé. Alors, il reconsidéra sa position sur le seul endroit qu'il avait découvert et qui correspondait à ce critère.  

Début juin, il avait emmené sa famille passer un dimanche dans les gorges du Verdon. Les gens se disséminaient derrière les rochers, les arbres, les coudes du torrent et la plupart se baignaient nus dans les nombreux trous d'eau verdâtre. En se promenant discrètement, il avait surpris quelques couples tendrement enlacés en train de bronzer. C'était un début. A côté de l'endroit où ses enfants jouaient dans l'eau, un groupe de trois garçons et deux filles qui devaient avoir dans les vingt ans s'amusaient à plonger dans un profond trou d'eau depuis un rocher au milieu de la rivière, rocher qui dominait une petite rupture de pente dans le lit du cours d'eau. Tous étaient également nus et comme eux, Pierre était sous le charme de ces deux naïades qui plongeaient superbement après avoir étiré leur corps, debout sur le rocher ou alors qui se couchaient mollement sur les rochers lissés par l'eau en ne cachant rien de leurs personnes. Leurs rires juvéniles étaient encore bien innocents et il était clair qu'il ne fallait pas s'attendre ici à des gestes amoureux entre eux. Certes, un moment, alors qu'un garçon s'était éloigné du groupe pour se promener, les deux couples s'étaient plus librement embrassés et les filles en riant entre elles s'étaient mises à se montrer l'une l'autre comment elles caressaient leurs garçons mais tout cela n'allait pas bien loin. Pierre songea à ce que feraient les couples d'adolescents qui fréquentaient l'école d'amour du club ou ces jeunes couples d'allemands qu'il avait vu les premières fois chez Amadeus et qu'observaient avec un plaisir non dissimulé des couples de personnes au delà de soixante ans. Pourquoi se gênaient-ils tant à ne pas se donner de l'amour ? Pierre aurait voulu aller vers ces jeunes pour les inviter à se donner un partage plus profond dans ce paysage sublime et cette eau limpide et rafraîchissante capables d'exacerber les sens et de pousser le plaisir amoureux au delà de ses limites quotidiennes. Certes, il y avait beaucoup de monde dans cet endroit et à intervalles réguliers des gens passaient devant vous. C'était dommage car l'endroit se prêtait à merveille aux desseins de Pierre et en plus, trouver une grotte ou un semblant de grotte était ici la facilité même... Pierre retint la leçon et commença à étudier la carte de cette région pour suivre les rivières du coin : l'Artuby, le Loup, l'Esteron. Il s'intéressa à l'Esteron pour y découvrir de nombreuses clues. Le samedi suivant, alors que les enfants avaient voulu aller à la plage du Mouret rouge près du Palm Beach avec Françoise, Pierre, en voiture, fit une reconnaissance sur place. Par les cols de la Sine et de Bleine, il gagna la clue de Saint-Auban puis Briançonnet. De là, il s'évertua à suivre le cours de la rivière.  

La combe est très large et la montagne de Charamel sur le flanc sud la borde d'une hauteur raide et impressionnante de près de mille mètres de dénivelé pour atteindre plus de 1600 mètres en son point le plus haut. La forêt couvre l'ensemble du paysage et ici, tout est prémisse au calme, au silence, à l'ombre et à la fraîcheur. Vous roulez à cinquante à l'heure sur d'étroites routes sinueuses sans rencontrer âme qui vive pendant des dizaines de minutes. Les rares villages ne vivent que le week-end quand les enfants reviennent de la ville, dans les maisons anciennes de leurs parents. Les fontaines coulent toujours comme dans chaque village de montagne. La clue traverse une colline posée au travers de la combe à la suite d'un affaissement un peu particulier. Avant de trouver son débouché actuel, la rivière a façonné une minuscule plaine alluvionnaire occupée aujourd'hui par une suite de petites clairières à l'herbe haute et odorante où les chardons imposants sont nombreux. Les bois de mélèze sont jeunes et denses, aucune herbe n'y pousse contrairement à la forêt d'altitude plus vieille comme au dessus de Beuil. En descendant le chemin depuis le minuscule village accroché à une barre rocheuse et à la source qui en jaillit, Pierre observa que des motards campaient sur un pré de l'autre côté de la rivière. Il y avait la trace d'une légère fumée d'un feu de camp. Plusieurs motos étaient rangées à l'ombre et l'on ne voyait personne. Pierre fouilla de ses jumelles les grands arbres qui bordent le lit de la rivière. Il entendait crier de jeunes enfants et il les aperçut jouant sur une petite plage de cailloux. Ils étaient nus. A quelques mètres, il découvrit une femme qui lavait un linge blanc et en vérifiant bien, il vit qu'elle aussi était nue. La femme vit que Pierre sur le chemin la regardait aux jumelles et elle s'empressa de mettre un slip de bain et changea de place pour mieux se dissimuler derrière le feuillage. Pierre poursuivit son chemin vers la clue. En traversant un pré, il croisa une groupe d'une demi-douzaine de jeunes femmes qui riaient joyeusement entre elles. Leur complicité était remarquable. Pierre vit qu'elles avaient toutes les cheveux encore mouillés, qu'elles ne portaient pas de serviettes de bain ni le moindre sac. Elles devaient avoir un peu plus de vingt ans et ne semblaient pas faire partie de la bande de motards dont il avait détecté la présence auparavant. Pierre savait d'après l'expérience de Françoise, que c'est l'âge où les jeunes filles déjà instruites dans le plaisir physique qu'elles peuvent tirer de leur corps, compensent entre elles aisément l'absence d'un garçon pour continuer à se perfectionner dans l'art de l'amour charnel et vérifier à l'aide de quelques copines, l'efficacité de leurs charmes, les lignes de leurs seins, de leurs fesses, la cambrure de leurs reins. Ces jeunes filles s'étaient baignées nues dans la clue et avaient joué ensemble aux jeux de leur âge, peut-être s'étaient-elles montrées les chemins secrets qui mènent invariablement à leurs plaisirs les plus exquis. Le lieu que Pierre ne connaissait pas encore devait s'y prêter largement et c'était bien naturel de commencer par jeter de l'eau sur le corps de sa voisine avant de la caresser, avant de vérifier que le satin de ses fesses valait bien le vôtre, qu'elle mouillait tout aussi vite que vous. Lorsqu'il les croisa, elles se turent et baissèrent leurs regards comme pour cacher la flamme que leurs jeux libertins avait allumé au fond de leurs prunelles. Cette intensité dans leur jovialité complice poussa Pierre à accélérer le pas. Il voulait se rendre compte de l'endroit capable de faire naître un tel comportement. Au fur et à mesure qu'il s'approchait du versant de la colline, la forêt se faisait plus dense et le chemin à peine marqué indiquait que l'endroit était très peu fréquenté. Pierre passa d'une petite clairière à l'autre. Plusieurs groupes pouvaient venir ici et en s'appropriant chacun une clairière, pouvaient passer la journée sans se voir. Dans la dernière clairière, alors que le chemin dégringolait dans le lit de la rivière, il vit deux draps de bain posés sur l'herbe ainsi que deux sacs à dos. Le couple devait être en train de se baigner et Pierre avança prudemment pour le surprendre. Au bas du ravin, en contournant un bloc de rochers, il les vit. Ils étaient jeunes et assis dans le courant, la jeune femme se tenait sur les cuisses de son amant en lui faisant face. Elle enserrait ses mains derrière la tête de son amant et l'embrassait goulûment. Leurs jambes et leurs bassins étaient sous l'eau et vous pouviez deviner qu'ils étaient nus. La fille se pencha en arrière pour laisser ses bras plonger dans l'eau. Elle avait une belle poitrine. Puis elle revint secouer ses cheveux sur le visage de l'homme et se coller contre lui pour l'embrasser. Elle se leva pour aller à un autre rocher au milieu de l'eau. Elle se mit à genoux et se pencha les fesses tournées vers son amant. En balançant ses reins, elle lui fit signe de venir. A genoux sur le rocher, il la prit en levrette. Cette fois, le compte y était. Pierre tenait le premier endroit qui correspondait exactement à son projet : un lieu où tout poussait irrésistiblement les gens à se mettre nu et à s'aimer même parmi les autres dans une communion avec le mystère profond de l'amour. Il continua à observer le couple. La dureté des rochers pourtant bien lisses obligeait le couple à changer fréquemment de position. L'homme debout dans l'eau avait fini par la prendre couchée sur le dos. Elle le tenait de ses jambes enserrées derrière lui et ils ne se désunirent qu'une fois après que l'homme eut éjaculé en elle. Pierre les laissa se reposer chacun sur un rocher au soleil, pour discrètement contourner le couple et se montrer un peu en aval, à l'entrée de la clue. Il s'était mis nu et avait placé en évidence son sac à dos et ses chaussures de montagne pour leur montrer qu'il n'était qu'un randonneur voulant se rafraîchir. Le couple fut surpris de le voir et par signe la fille fit comprendre à son compagnon qu'il devait les avoir vus faire l'amour. Leurs rires sur les lèvres indiqua à Pierre que cela ne les choquait pas, qu'au contraire cela pouvait les exciter davantage. Pierre s'occupa alors de descendre dans les premières marmites. L'eau était d'une fraîcheur idéale et la juxtaposition exquise entre les rochers brûlants de soleil et l'eau. Le rocher de calcaire poli par l'eau ne formait plus ici qu'un seul bloc taillé par ce couloir dont une extrémité commence sur un côté au dessus de vous à quinze mètres pour s'achever à la même hauteur de l'autre côté. Le fond de cette entaille descend doucement en escalier pour se poursuivre une centaine de mètres plus loin après un coude qui masque la suite de la clue. La largeur n'atteint ici que 4 à 6 mètres et le fond étage ses marmites et ses petites surfaces planes sur certaines desquelles, il est possible de s'étendre dans un confort quasi absolu. Pierre se laissa gagner par la rumeur de l'eau qui remplit l'espace au point de vous ôter de l'esprit l'idée que d'autres mondes peuvent exister en dehors de ce lieu. Vous n'entendez plus rien que cette eau écumante dont le bruit n'est pas agressif mais captivant et le temps s'écoule sans compter, sur ce rythme monocorde. Au bout d'un long moment, gagné par une certaine lassitude et une saturation de ses sens, Pierre se rhabilla pour repartir. En haut du ravin, il redoubla d'attention pour ne pas éveiller le jeune couple. La tête dépassant du sol, il fut stupéfait de voir la jeune femme couchée sur le dos à dix mètres de lui. Ses jambes écartées laissaient voir son sexe ouvert qui témoignait qu'ils avaient continué à faire l'amour sur l'herbe après le bain. Elle était assoupie et l'homme dormait lui aussi un peu derrière elle. Avec la rumeur de la rivière, il était impossible qu'ils aient entendu son approche. Ils avaient simplement avancer leurs draps de bain plus près du chemin et probablement qu'ils avaient cherché à se faire surprendre par Pierre en train de baiser. Lassés par attendre, ils s'étaient endormis. La femme prenant simplement une position des plus troublantes pour celui qui allait sortir du ravin. Pierre resta immobile un instant pour bien mémoriser l'image puis furtivement s'en alla. Il n'était pas nécessaire de rester derrière un buisson pour jouer le voyeur. Il les avait vus faire l'amour sur les rochers au milieu de la rivière et c'était un décor merveilleux pour un tel spectacle. L'important pour lui consistait maintenant à vérifier si ce lieu pouvait convenir au projet qu'il défendait.  

Le chemin d'accès à ces clairières traverse un pont sommaire de quelques planches et il suffit de le garder pour être tranquille. Pierre chercha à connaître l'autre issue de ce chemin et il gravit le petit col pour constater que de l'autre côté, un fort ravinement avait coupé le sentier. Les traces laissées par les randonneurs les plus téméraires laissaient supposés l'emploi d'une corde ou tout au moins d'une pelle-bêche pour tailler dans la terre grisâtre et meuble, quelques entailles pour poser les pieds. En revenant sur ses pas, il mesura la clairière rectangulaire qui longe le chemin. L'herbe verte et haute sur ce talus se prête à recevoir un public nombreux comme dans un théâtre antique et imaginer une grotte de verdure dans cette nature foisonnante était la simplicité même. Pierre se ravisa; la grotte de verdure convenait à la célébration des mystères orphiques. Pour les mystères d'Éleusis, il valait mieux une grotte en pierre... qu'à cela ne tienne, pensa Pierre, il ferait construire un décor de théâtre représentant une telle grotte ! Il aperçut une fissure entre deux blocs de rocher et en y jetant une pierre, il déduisit que l'on pouvait se faufiler dans une salle souterraine suffisamment vaste. Des traces de passage montraient que l'endroit était connu et fréquenté. Ils avaient les moyens d'aménager cette grotte... il fallait simplement que Frantz et Sandra budgètent tout cela ! Une clairière un peu plus grande pouvait convenir aux Huey de Dan sinon les prés à la lisière feraient l'affaire. Un peu avant de remonter au village, il alla inspecter une maisonnette singulière. Bâtie toute en pierre grise à la façon des cabanes aux toits ronds des bergers d'autrefois, cet espèce d'igloo comporte plusieurs pièces en escaliers qu'il est possible de regarder par les vitres rondes ou demi-rondes. Une grande cheminée de pierre suffit à chauffer la maison. Le carrelage terre de sienne souligne la rusticité de l'habitat. Toutes les finitions n'étaient pas achevées et l'on pouvait comprendre qu'amener ici tous les matériaux n'avait pas été facile. L'habitat marie des lignes sobres aux arrondis évoquant les origines les plus antiques comme les plus modernes. Ce n'est pas la réplique de la maison bulle du parc de port La Galère à Théoule car cette maisonnette est bien ici dans son décor naturel et ancestral. Un sentier abrupte descend le profond ravin jusqu'à la rivière. Là en bas, le cours d'eau calme sur un lit à pente quasi nulle fait un coude rongeant nonchalamment la falaise. La plage de fin gravier n'en est que plus remarquable et vaste, laissant à l'eau prendre ses teintes si caractéristiques des reliefs calcaires. Une étroite digue barre la rivière et augmente la hauteur de l'eau dans ce trou. L'on peut allègrement faire plusieurs brasses dans ce bassin improvisé. Les arbres tout autour donnent l'ombrage final qui parachève l'intimité du lieux. La maisonnette était inoccupée et Pierre regretta de ne pouvoir connaître de suite ses occupants susceptibles à l'évidence de partager une partie de ses goûts. Ces voisins seraient les plus proches si leur rassemblement se faisait ici et la possibilité de les associer à cette manifestation allait être un gage de sécurité et de réussite pour bien connaître les habitudes des gens du lieux et les déranger le moins possibles. Il passa une dernière fois regarder par les fenêtres rondes l'intérieur et déduisit aux couchettes de bois à même le sol recouvertes de peaux de mouton qu'il devait faire bon l'amour sur les fourrures près du feu ou sans rien à même le carrelage. Ces pensées ne tournaient pas à l'obsession chez Pierre mais pour recevoir et partager d'une manière compréhensible l'image que Laurie et lui voulaient donner à leurs amis, il fallait avant tout être capable de sortir de sa petitesse d'homme pour aller vers les autres et dans l'amour le plus brûlant découvrir que celui qui vit dans l'autre est le même que celui qui vit en vous. Ce n'était pas du côté des habitués du Carlton dont chez son coiffeur il entendait les petites histoires, qu'il allait trouver ses compagnons de route mais bien plutôt ici, dans cette maisonnette de berger construite à l'ancienne, avec ces gens qui le matin ou à minuit sous la lune et les étoiles, descendaient nus se baigner pour mieux s'aimer encore après ce bain purificateur et régénérant... alors que c'était quasiment impossible, voir interdit et probablement indécent de le faire ainsi depuis votre chambre dans ce palace !...à moins que Anke réussisse une fois à tenir ce gage et que cela ne devienne coutume.  

Sur le chemin du retour, après avoir longé le village de Thorenc et remonté sur la ligne de crête suivante, il s'arrêta pour visiter l'oppidum du Castellaras. Le chemin d'accès se perd dans le maquis mais très vite vous apercevez la porte aux montants intacts qui oriente votre progression. Le mur d'enceinte en ruine reste perceptible et une fois à l'intérieur, vous accédez à une plate-forme sommitale qui porte encore les vestiges des maisons qui y avaient été construites depuis la préhistoire jusqu'au moyen-âge. Le village fortifié sur cet éperon rocheux comprend une chapelle encore préservée et il fait bon passer un moment sous ses voûtes romanes. La falaise domine la combe de Thorenc et de l'autre côté, le vallon du Loup. Le lieu est ouvert grand dans le ciel et les coupoles en face de vous de l'observatoire du plateau de Caussols, vous indiquent que vous n'êtes pas parmi les premiers à avoir eu l'idée de contempler depuis ici, ce ciel à la profondeur incomparable. Pierre vérifia tous les détails du lieu. Il mesura du regard le chemin à vol d'oiseau qui, par dessus le col de Bleine et en contournant l'Arpille, mène à la vallée de l'Esteron. Rejoindre ces deux endroits ne posait aucun problème avec les hélicoptères et même à pied, cela devait être aisément faisable. Cet oppidum, cette chapelle, cette plate-forme pouvaient revivre pour une cérémonie de célébration de toute l'histoire des grands maîtres qui avaient forgé les religions aux quatre coins de la Terre. Pierre entendait déjà crépiter le feu de joie, leurs chants de prière. Les hélicoptères pouvaient ici opérer leurs danses fantastiques et dans la nuit avec leurs fusées éclairantes, tracer un feu d'artifices terrifiant pour impressionner correctement le public sous le déploiement de leurs armes et donner ainsi davantage de signification à leur entreprise de ranger l'épée sous la garde du sacré. La vie est faite de cris et le poète les préfère à toute la violence des mots qu'il peut inventer. Il se souvint de ces quelques femmes bosniaques prisonnières dans la pièce de la ferme à côté de la salle où s'entassaient les corps des suppliciés. Il tenta de ré entendre leurs cris étouffés et plaintifs, leurs cris brisés, déchirés, sans force de vie. Pressentant le mariage ici de l'incendie du ciel et de l'oppidum dans lequel leur groupe allait appréhender les flammes de leur dernier combat, Pierre récita en lui ces quelques vers d'Aragon: " rime, rime où je sens, la rouge chaleur du sang, rappelez nous que nous sommes, féroces comme des hommes, et quand notre coeur faiblit, réveillez nous de l'oubli...". Lors de ce réveil, y a-t-il déjà des rimes ou encore des cris ? Leur première manoeuvre au camp d'extermination s'était faite très discrètement. L'opération de Bosnie avait démontré leur assurance indestructible et leur métier militaire comparable à celui des meilleurs chevaliers d'Europe qui jadis s'étaient rassemblés dans l'ordre du Temple. Quelques agents secrets avaient même veillé dans l'ombre à écarter tout obstacle. Demain et ici, leur troisième manoeuvre se ferait avec une puissance de feu tout aussi significative. Le sang ne coulerait peut-être pas mais les cris feraient revivre la férocité des hommes qui ailleurs, dans bien des endroits, continuaient à massacrer, à torturer, à violer et à piller. Ils prétexteraient du tournage d'un film, chose courante dans le coin ou, à défaut, ils pourraient toujours raconter qu'il s'agit d'une erreur de localisation d'une exercice devant se dérouler au camp voisin de Canjuers... Pierre jeta un dernier coup d'oeil sur le paysage avant de se décider. C'est ici et à la clue qu'aurait lieu leur rassemblement estival durant la deuxième quinzaine d'août, d'ici un an ou deux... Plus tard dans la nuit, une fois loin de cet endroit, il était possible de régler un embrasement de la citadelle et leur exode vers la clue et la célébration du mystère de la renaissance à la vie n'en prendrait qu'une portée plus grande. L'imagination de Pierre s'emballait devant ce paysage qui répondait pas à pas aux étapes de la légende qu'il reconstruisait. Il décida ce jour là d'attendre sur le promontoire le coucher du soleil pour saisir la réalité de ce ciel enflammé qui s'éteint et dans sa prière, il associa tous les membres de leur entreprise à l'oeuvre qui, de par le monde, grandissait en lui comme ce soleil qui ne paraît jamais aussi vaste que lorsqu'il se couche, quand son rougeoiement permet enfin à vos yeux de le contempler longuement pour mieux vous en saisir et le faire pénétrer en vous, en dessous de votre peau, tout près de votre coeur dont les couleurs sont alors si proches, si intimement mélangées à lui. Avant qu'il ne disparaisse derrière la ligne de crête, il songea aux prêtres des temples égyptiens et il confia à l'astre sa certitude de le voir se lever demain à l'est tout comme un jour, dans mille ans ou plus, de voir la terre basculer sur son axe et faire en sorte qu'il se lève à l'ouest pour se coucher à l'est. Il jeta un dernier regard vers l'Arpille et son pressentiment se fit plus fort. Cela se pouvait-il que ce soit ici, dans la combe près de la clue que se déroule leur dernier combat ?  

Dans la nuit, il envoya un message à Dan et Laurie. L'ordinateur automatiquement fit le mailing pour en adresser copie aux autres membres. Quand Pierre se leva le lendemain matin, la réponse attendait dans sa messagerie. Dan, Laurie, Frantz et Anke viendraient dans deux semaines passer le week-end pour voir le site proposé par Pierre pour le grand rassemblement prévu l'été de l'année prochaine ou dans deux ans. Pierre devait aller les chercher et les conduire aux endroits choisis. Les deux couples resteraient le lundi sur place et Dan montrerait à Frantz et Anke le site de Sainte-Eurosie au-dessus d'Isola en allant vers le Mounier et qu'il avait retenu de son côté au cours d'une ballade précédente. Pierre y était allé ensuite avec eux et il compara ce site au sien.  

Sainte Eurosie n'avait pas de suite attiré son attention mais du point de vue technique, le site correspondait à un emplacement de campement pour leur groupe . Ils y étaient montés au printemps par le vallon de Burenta, un peu au-dessus du village d'Isola en direction de Saint-Etienne-de-Tinée. A un détour du sentier, il avait apprécié d'apercevoir devant lui les névés qui restaient accrochés aux hautes falaises en demi-cercle du Mounier et de la Tête de Varélios. Le contraste des couleurs depuis le vert le plus renaissant jusqu'à la rouille des aiguilles de mélèze tombées au sol, au rose des rochers sous le soleil, au brun sombre des versants à l'ombre, à la blancheur ou à la grisaille des névés selon qu'ils étaient dans la lumière ou à l'ombre, sans oublier le bleu puissant du ciel qui couronnait le tout, le chant varié et rythmé du torrent qui coule au fond du profond vallon, tout donne au paysage une force et un dynamisme saisissant qui écrase votre vue et le reste de votre perception à la force des 1600 mètres de dénivelé qui se plaquent devant vous. Pour sortir de ce goulet, sur la gauche, un raidillon de 400 mètres de dénivelé à gravir tout du long sur le seul devant de vos chaussures, vous amène sur un plateau au pied de l'imposante barre rocheuse. Le plateau comprend une forêt de jeunes mélèzes qui gagne peu à peu ce qui autrefois était un pâturage riche de la même herbe que l'on trouve de l'autre côté vers le col de la Couillole et Beuil. Le plateau glisse par une succession de marches de plus en plus entaillées par l'érosion des ruisseaux vers un ravin qui descend de l'arête, achevant sur le côté gauche le demi-cercle des falaises. Ce ravinement masqué par les prés, forme comme de petits amphithéâtres bordés par les lisières et leur enchevêtrement vous pousse à gambader de l'un à l'autre comme pour écouter un chant nouveau et différent sorti de cette nature prolixe. Les ruines des bergeries sont peu encourageantes et leur remise en état nécessite de gros efforts. La chapelle offre par contre un abri recherché des randonneurs car le Mounier modifie le temps à la façon toujours imprévisible d'une montagne altière dans sa domination sans partage des éléments qui la côtoient. L'eau est peu abondante et c'est un autre handicap du lieu. Par contre la présence de cette barre rocheuse imposante qui donne un relief plus saisissant à ce balcon perché au dessus de la Tinée et dont la vue s'étend sur les sommets au dessus d'Isola, est un atout incomparable tout comme cette verdure et cette disposition agréable des clairières et des lisières. L'autre site dans la vallée de l'Esteron, encaissé au fond de la combe et dominé de toutes parts par les montagnes, n'offre pas cette perspective de supplanter le paysage ni cette variété de décor. Par contre la clue agit furieusement sur tous ceux et celles qui s'en approchent. L'envie de se baigner, de rester nu dans l'herbe verte et haute, de brûler sa peau sous le soleil et sur les rochers ardents devient impérative dès que vos yeux aperçoivent l'endroit et qu'aussitôt l'esprit en déduit toutes ces promesses lascives. Françoise et les enfants, Laurie et Dan, Frantz et Anke puis les autres amis allaient succomber aux charmes de la rivière. Pierre en était certain. L'avantage décisif de la clue tient dans la tranquillité absolue que l'on trouve tout au long de la journée. Point de bruit de voitures, aucun avion dans le ciel, seul le murmure du torrent habite l'endroit mais il s'efface très vite lorsque l'on s'éloigne un peu de lui, tant il est profondément enserré dans son ravin. Les montagnes agissent comme pour défendre l'accès au site et le protéger mais c'est vrai qu'il n'offre aucune des caractéristiques recherchées en montagne : ni vue panoramique, ni lac, ni proximité d'un restaurant, pas de route carrossable d'accès. C'est un endroit banal et perdu. La clue elle-même n'intéresse pas grand monde car plus bas, la clue d'Aiglun par exemple offre de toutes autres perspectives avec son entaille de plus de 400 mètres de profondeur droit dans la montagne. Pierre était convaincu que seuls des connaisseurs s'y rendent pour profiter du bain et du calme des clairières en vivant nu une journée de pleine nature. Ces personnes pouvaient rejoindre aisément leur groupe après une courte explication si jamais ils arrivaient à l'improviste dans leur cérémonie. Prévenir les gens du village par où passerait tout le trafic représentait une question plus épineuse. L'idée d'utiliser le motif du tournage d'un film avait été retenue mais cela n'allait-il pas attirer des curieux dont ils n'avaient que faire ? La perspective de faire manoeuvrer les Huey autour de l'oppidum puis d'embraser la citadelle avait de quoi enthousiasmer Dan. A Sainte Eurosie, il n'y avait pas cette possibilité d'utiliser un oppidum comme cadre de théâtre.  

Le samedi suivant, pour acquis de conscience, Pierre partit tôt pour revoir le site de Sainte Eurosie. Le temps était à l'orage en montagne. Seul, il accéléra l'allure mais vers midi, le Mounier décida de stopper un orage au dessus de la Tinée. Pierre courut pour s'abriter dans la chapelle. Un jeune homme lui aussi trempé par la pluie, s'y était abrité. Il accueillit Pierre par un rire de satisfaction, il n'était pas le seul à s'être mis dans cette mésaventure. Pierre remarqua l'allure sportive du jeune homme. Son équipement était d'origine militaire et ses cheveux très courts renforçaient l'image d'un soldat. Pierre se présenta comme un randonneur du club alpin. Le jeune homme déclina son prénom : Jacques. Il dit qu'il était militaire, en permission dans sa région. Il habitait le Var et ses parents ont un chalet à Valberg. Il avait entreprit le tour du Mounier et se demandait si l'orage lui permettrait de rentrer avant la nuit à Valberg. Son sac était minuscule. Pierre lui en fit le reproche. Jacques lui sourit. Il n'avait pas besoin de vivres et de matériel de secours. Il était habitué à se débrouiller seul, à faire des stages de survie de deux semaines et plus. Mais Jacques avoua qu'il commençait à s'en lasser et qu'il se voyait bien dans la tenue plus classique d'un randonneur du bon vieux club alpin. Il avait été skieur alpin en équipe de France B avant de s'engager dans l'armée. Si cela intéressait Pierre et plutôt que de parler de la pluie et du beau temps en attendant la fin de l'orage, il pouvait lui raconter un peu de sa vie militaire. Pierre accepta à condition de partager ensemble les abondantes provisions de bouche qu'il avait emmenées. Jacques accepta. Il ne put toutefois que s'esclaffer de rire quand Pierre sortit de son sac un bleuet pour faire bouillir de l'eau pour du thé. Pierre se justifia. Le poids du sac, assurément exagérément alourdi pour une telle randonnée, servait tout de même à parfaire un entraînement en vue de sorties plus longues et difficiles.  

Jacques fut étonné de voir le couteau de Pierre. C'était un vieux modèle de l'armée allemande, cadeau d'Arnim un jour lors d'une sortie dans le Valais. Jacques reconnut un couteau destiné spécialement à des troupes de commando ou de parachutistes. Il demanda d'où Pierre le tenait. Le poète lui parla brièvement de sa rencontre avec le vieil officier bavarois, de leurs marches en montagne, des souvenirs de guerre d'Arnim. Le ton employé par Pierre pour montrer qu'il partageait l'opinion du vieil homme poussa Jacques lui aussi sur le chemin des confidences. Lui aussi avait fait une guerre, la guerre du Golf contre l'Irak au printemps 1991. Il était dans les commandos de recherche et d'action dans la profondeur ( les C.R.A.P[1].. ). La guerre éclair l'avait amené lui et ses camarades français comme les éclaireurs anglais et américains, à pénétrer dans Bagdad à la recherche des quartiers secrets de Saddam Hussein. Sur ordre du gouvernement français, il dut quitter la ville pour s'enterrer dans le sable à un carrefour à quelques kilomètres de la ville. Jacques n'avait toujours pas compris pourquoi seuls les éclaireurs français durent se retirer. Il avait ensuite communiqué régulièrement l'état des troupes ennemies qui passaient à ce carrefour mais ce n'était pas très gratifiant pour tout l'entraînement qu'il avait subi. Plus révoltant avait été la fin des hostilités. Son groupe d'éclaireurs s'était reformé et plusieurs gradés habitués à faire la fête et à boire plus que de raison ont décidé de fêter la victoire à leur manière. Profitant d'une certaine désorganisation, ils avaient stocké quelques caisses d'alcool et repéré un fortin irakien abandonné en plein désert pour aller les vider et se saouler. Le fortin était interdit d'accès car miné par les irakiens avant son abandon. Sûr de leur technique militaire, ces gradés et un groupe de fêtards décidèrent de s'y rendre malgré tout. Effectivement ils réussirent à déminer un espace suffisant pour leur fête mais au cours de celle-ci, une fois tous enivrés, plusieurs hommes sortirent sans faire attention de cette zone déminée et l'explosion du fortin se produisit. Il y eut six tués et de nombreux blessés dont certains très graves. Ce furent les seuls soldats français tués au cours de cette guerre du Golf. Le reste du groupement qui n'avait pas été faire la fête au fortin se rendit sur les lieux dès le bruit de l'explosion pour porter assistance. Vers le mois de mai-juin, les survivants de l'explosion furent reçus par les autorités pour se voir remettre la médaille militaire. Jacques en était choqué aujourd'hui encore. Lui et le reste de la compagnie qui n'avaient pas désobéi et pris ces risques criminels, n'avaient pas reçu de médailles, pas la moindre. Ils avaient du juste être présent à la cérémonie et se taire pour ne pas dénoncer ces gradés et faire éclater publiquement le scandale. Très vite, Jacques avait demandé sa mutation pour quitter ce groupement. Certes, cet incident pouvait être minimisé par rapport à la capture par les irakiens d'une patrouille profonde de dragons parachutistes français mais il préférait de loin l'ambiance montagne à celle des parachutistes. Il était toujours affecté dans des troupes spéciales et il maintenait sa demande pour rejoindre une section de reconnaissance d'un bataillon de chasseurs alpins afin de retrouver un esprit plus fraternel et solidaire. Il connaissait le projet de création des Unités de Recherche Humaine ( URH ) et savait que la division alpine souhaitait optimiser ses sections de recherche.  

- tu veux parler de la SR d'un BCA ?

- oui

- de ces sections qui remontent aux sections d'éclaireurs skieurs? aux S.E.S., aux sections d'éclaireurs montagne, les S.E.M. ? Quand j'y étais, tous parlaient de plusieurs abréviations en mélangeant la nouvelle : la S.R. avec les anciennes. Moi le vosgien, je ne comprenais pas tous mes camarades qui souhaitaient par dessus tout entrer à la S.E.M..

- tu as été dans une SR ?

- oui, avec mon niveau de coureur cycliste et de skieur de fond, j'ai passé les sélections. J'étais bon en montée mais pas en descente. Il me manquait des journées de ski de descente ! Par contre pour entrer à la SR, je n'avais pas eu de problème. Au cross du bataillon, j'ai failli me battre dans les cordes avec le premier que je venais juste de rattraper mais les cordes m'ont empêché de passer devant lui à quelques mètres de la ligne... C'était de ma faute, je m'étais laissé bluffé par un copain qui courait le 400 mètres au Racing Club de France à Paris mais en cross, il n'avançait pas ! Sur piste, lors du test des 12 minutes, j'ai fait plus de 4 400 mètres en partant tout seul dès le début et lors du premier test en peau de phoques en montant au plateau des Saix, j'ai fait les 750 mètres de dénivelé en 50 minutes. Le départ était un faux plat montant et j'étais parti en pas alternatif comme en ski de fond. En passant devant le lieutenant, j'ai fait quelques stawug pour accélérer et il m'avait engueulé car il croyait qu'à ce rythme je n'arriverais pas en haut ! ...et en 50 minutes, j'ai du une fois retendre une peau qui s'était enlevée... j'avais à peu près ton âge ! Mais je ne crois pas que j'aurais accepté de partir à la guerre. J'étais déjà lauréat de la Faculté de Droit de Strasbourg et j'avais écrit dans ma copie que les états surtout centralisés comme en France sont dépassés et qu'ils sont le principal obstacle à une organisation sociale fondée sur la primauté de l'être humain. Je n'aurais pas accepté de combattre sous la loi de ces états, je préfère mener un autre combat.

- Pour la défense de la nature ?  

Pierre, amusé, lui sourit et lui demanda quand sa permission s'achevait, s'il pouvait le week-end suivant se joindre à lui. Pierre tenait à le présenter à Dan. Dès aujourd'hui il pouvait l'engager dans une troupe de chevaliers à des conditions meilleures que celles offertes par l'armée française même aux meilleurs de ses chuteurs. Parmi ces chevaliers, lui qui n'avait pas pu rester dans Bagdad allait rejoindre celui qui n'était pas entré dans Moscou. A l'évidence, il se ferait au moins un ami ! Jacques n'en crut pas ses oreilles. Pierre lui griffonna sur un bout de papier l'adresse Internet de leur entreprise ainsi qu'un mot de passe pour accéder aux informations confidentielles, principalement au dossier multimédia sur leur expédition en Bosnie. Pierre lui donna sa propre adresse Internet. Il lui dit qu'il attendrait sa réponse jusqu'au jeudi soir. Jacques devait prendre quatre à six heures de connexion pour visionner les activités du club, les propositions de contrats de leur mutuelle, l'état d'avancement des communautés et des S.E.L., le programme de l'école d'amour. Jacques devait aussi commencer un dialogue avec les permanents de Weinheim ou de Baden, voire avec les correspondants du club un peu partout à travers le monde. Jacques se recommanderait de Pierre et pourquoi pas, il pouvait rédiger une page Web sur leur rencontre d'aujourd'hui dans la chapelle de Sainte Eurosie. Il déposerait ce message dans les boîtes aux lettres de Dan et de Laurie, de Frantz et d'Anke qu'il pourrait rencontrer le week-end prochain à l'aéroport de Nice. Si en plus, il voulait bien scanner sa photo...! Jacques, embarrassé par de telles perspectives si soudaines, promit et il rangea le papier dans son sac. Il voulait un autre combat, de cela il en était certain et il était vivement intéressé d'avoir à ses côtés de solides compagnons d'épopée....La pluie diminuant d'intensité et la fin de l'orage proche, Pierre préféra rejoindre de suite la vallée et sa voiture. Avant de quitter la clairière, il vit Jacques courir avec une légèreté stupéfiante vers le col.  

En rentrant du travail le mercredi soir, Pierre trouva la réponse de Jacques parmi sa messagerie. Dan confirma également qu'il avait réussi à avoir un entretien en vidéo-conférence avec Jacques, que la recrue était très intéressante pour s'occuper de développer un groupe de chevaliers armés sur la côte. D'ailleurs, Jacques repartirait le lundi soir avec eux pour passer sa dernière semaine de permission auprès de Dan et ainsi commencer sa formation dans le mouvement. Pierre fut satisfait de constater que grâce à leur réseau tout allait très vite et que les liens de confiance ne cessaient de se développer. Il lut un dernier message de Claudine qui à Paris avec Romain avait été elle aussi équipée d'une liaison sur leur réseau. Elle avait lu la page Web de Jacques et elle était très heureuse de voir que Pierre même sans Laurie continuait à inviter des gens à venir les rejoindre.  

La visite de la clue se passa comme prévue et ils eurent du mal à départager Anke et Laurie pour savoir qui des deux s'était mise nue la première dans le torrent, cela s'était joué à quelques dixièmes de seconde. Dan repéra les endroits de pose pour les Huey. Frantz prit note des estimations des décors qu'ils envisageaient. L'oppidum leur sembla également représenter une magnifique scène de théâtre. Pierre esquissa le déroulement de la veillée jusqu'à l'exode et l'embrasement de la citadelle. Les autres étaient d'accord sur le programme. Avant de repartir de l'oppidum, Laurie et Dan, après s'être concertés en retrait, décidèrent de se rallier au choix de Pierre. Dan dit que le lendemain, ils n'avaient pas besoin d'aller à Sainte Eurosie, qu'ils iraient à la plage. Par le vallon du Loup, ils redescendirent sur Nice pour souper dans la vieille ville puis ils regagnèrent Biot et la maison de Laurie. Frantz sortit son micro-ordinateur portable avec son modem incorporé et le brancha pour communiquer avec le club et brosser un premier budget prévisionnel de ce rassemblement. Le transport, l'hébergement, la nourriture, le carburant, le coût des munitions d'exercice avaient déjà été saisis. Il ajouta ses estimations des décors et au vue du résultat, il fit la moue. Cela ne passait toujours pas en trésorerie. Il vivait avec ce problème depuis l'opération de Bosnie. Plusieurs fois le groupe avait réussi à renflouer la caisse mais le développement de leur entreprise était trop rapide et les dépenses d'investissements trop importantes. Barbara et son groupe n'étaient pas encore au point. Le serait-il d'ici l'été prochain, ne valait-il pas mieux attendre dans deux ans lorsque la mutuelle et les SEL auraient déjà un exercice financier derrière eux ?

Les conséquences de l'expédition en Bosnie s'étaient vite faites sentir. Les manoeuvres de printemps avaient permis aux officiers de régulariser dans leurs unités les comptes en munitions, en carburant. Leurs officiers supérieurs, mis pour la plupart dans la confidence, avaient pu sans risques, prendre connaissance des détails de cette opération en se connectant eux aussi sur Internet et en ouvrant le fichier indiqué. De cette manière, les officiers chevaliers avaient pu juger du soutien tacite de leur encadrement. A côté du développement de l'Eurocorps, la perspective de l'essor d'un ordre chevalier militaire offrait des motivations sans commune mesure. Arnim avait confirmé à Dan que la menace de son arrestation par les services secrets de son pays s'était estompée grâce à une couverture providentielle d'un haut responsable militaire convaincu grâce aux documents reçus par Internet, que l'expérience de leur entreprise devait se prolonger pour accumuler d'autres résultats semblables. Les images vidéo compressées donnaient le caractère de véracité indubitable aux informations présentées. Les deux groupes de templiers avaient fusionné en Bosnie et Jasko qui s'était établi en Croatie leur transmettait les tracts et les moyens d'informer les populations sur leur démarche pour mettre fin au conflit. En deux mois, ils avaient monté plusieurs opérations de commando pour libérer des prisonniers aux mains de criminels de guerre, tant dans le camp serbe que dans le camp bosniaque où sévissaient des musulmans fanatiques et intégristes. Leur situation devenue très précaire, Dan avait donné l'ordre de leur repli sur Zagreb et une vingtaine de soldats avaient choisi de passer l'été au club près de Baden-Baden. Dès leur arrivée, ils s'étaient inscrit dans les formations de leur choix et participaient aux activités de la première et deuxième voie. Dan les avait poussés à se spécialiser dans le métier de garde du corps en attendant de retrouver l'action dans leur pays. En leur présence exclusive et celle de Jasko, Laurie avait fait un nouvel appel à Svetlana et celle-ci, à travers son médium, leur avait parlé dans leur langue pour leur donner des nouvelles d'êtres chers. L'assistance avait été impressionnée et elle avait mieux compris la dimension réelle de leur mouvement et la force spirituelle qui l'anime.

 

Un des soldats, lors d’une blessure grave, avait eu une expérience de mort immédiate et avait franchi le puits de lumière. Il questionna Laurie qui lui enseigna l’art de franchir les frontières des dimensions des mondes supérieur et double. Affectueusement, elle lui parla de la récupération du corps céleste au sortir du puits de lumière qui procure les pouvoirs des mondes supérieurs et doubles puis de la fusion avec la dimension d’éternité, l’entrée dans la vie d’après la vie. Elle lui parla aussi de l’étape de la transfiguration du corps céleste dans l’image du corps charnel pour pouvoir apparaître devant d’autres êtres humains. Enfin elle lui confia qu’il devait encore y avoir une autre dimension, une autre frontière que Pierre et elle n’avait pu franchir. A chaque fois, ils devaient revenir sur terre et les présences contrôlaient strictement ce point. Ils n’avaient pas eu le droit de partir vers d’autres mondes aux formes de vie semble-t-il bien plus évoluées que celle existant sur la Terre. Le soldat comprit ainsi mieux la différence entre un chevalier et un militaire. Le chevalier ne sert aucun système de pouvoir humain, il défend la justice en opérant chaque fois l’analyse des évènements pour trouver les indices d’un mouvement spirituel, les règles élémentaires du respect à la vie sur terre. Face à des seigneurs de guerre tout comme face à des dirigeants de mouvements religieux ou économiques dogmatiques et fanatiques, le chevalier choisit de détruire les tyrans et leurs systèmes de pouvoirs et il travaille au développement de réseaux de vie sachant marier leurs cultures et partager les paroles venant de la traduction des mystères de la vie après la vie humaine. Laurie lui dit qu’il serait préparé à ne plus avoir peur lorsqu’il combattrait à côté d’elle et de Pierre dans leurs corps dédoublés et qu’il verrait les manifestations des pouvoirs des mondes supérieurs et doubles. Le soldat ainsi que ses camarades demandèrent à nouveau l’adoubement des chevaliers. Laurie le leur promit.

 

La diffusion des informations liées à l'opération bosniaque ne reçut pas l'ampleur escomptée. Les journalistes membres de leur réseau Internet étaient satisfaits des documents mais leurs rédactions ne voulaient pas les diffuser car sur le terrain, les diplomates affichaient avec assurance leurs convictions d'arriver sous peu à un accord important capable de résoudre le conflit en installant une force internationale d'interposition. Personne, dans ces conditions, ne tenait à remettre de l'huile sur le feu. Par contre, bon nombre de ces journalistes et des membres de leur réseau Internet s'étaient mis dans la tête d'envoyer au club des dossiers de toutes sortes sur les injustices ou les scandales qu'ils percevaient autour d'eux. De même, des correspondants militaires de carrière leur adressaient des conseils, des renseignements secrets et demandaient aux templiers d'agir dans telles et telles circonstances. Les militaires avaient pour la plupart compris l'intérêt de remettre l'épée sous la garde du sacré et la citation de Napoléon sur la puissance de l'esprit qui doit vaincre la puissance du sabre recevait un écho favorable. Quelques articles sur la loge d'Isis à Alexandrie et les rôles respectifs de Bonaparte et de Kléber dans sa fondation avaient circulé sur le réseau. Dan et Arnim avaient accepté d'intervenir avec leur groupe dans deux occasions : la première, dans une banlieue peuplée d'étrangers où des jeunes avaient identifié un réseau mafieu à la tête d'un trafic de drogue et de prostitution. L'inspecteur de police en charge de ce dossier avait préféré demander l'intervention des templiers plutôt que de s'en remettre à ses supérieurs en proie aux hésitations. La qualité des renseignements récupérés avait décidé Dan d'agir et un groupe d'une dizaine d'officiers avait revêtu leur tenue à la croix rouge sur l'épaule gauche et en une nuit, avait arrêté ces criminels et remis à la police les preuves susceptibles de les envoyer en prison. La deuxième occasion, plus facile, avait consisté à surprendre dans un abattoir, un groupe de pseudo-bouchers en train de maltraiter sauvagement des animaux avant de les tuer dans des conditions non réglementaires. Après avoir filmé la scène, les templiers étaient intervenus énergiquement. Les tortionnaires avaient du revoir la cassette vidéo puis visionner un montage particulièrement horrible des cassettes saisies en Bosnie. Dan leur expliqua qu'entre leurs actes ici à l'abattoir et les actes de ces fermiers serbes habitués à saigner cruellement les cochons et aujourd'hui habitués à égorger les prisonniers à la tronçonneuse, il n'y a qu'une affaire infime de circonstances. Dan leur laissa le choix soit d'être remis à la police dans le cadre d'une plainte déposée contre eux preuves à l'appui et diffusée dans le public, soit de venir suivre les activités de l'entreprise quitte, un jour, à y devenir des bouchers salariés au service des membres de la communauté. Dans ce cas, ils devaient changer immédiatement et radicalement de comportements vis à vis des animaux sans quoi, les templiers, s'ils les surprenaient à nouveau en train de martyriser des animaux, les jugeraient et le cas échéant, pourraient les fusiller. Dan répéta que le serment prononcé pour entrer dans l'entreprise ne supportait pas de trahison et que la mort attendait les traîtres qui ne respectaient pas les deux premiers contrats. Ils prêtèrent serment au bout de leur troisième séjour au club, gagnés eux aussi par l'espoir tangible qui se dégageait de leur entreprise.

 

Quelques mois plus tard, la seule conséquence de cette expédition militaire résida dans les liens qui venaient d'être créés avec les services secrets de différents états. Comme si les opérateurs à l'écoute derrière leurs antennes et leurs satellites espions, s'étaient pris au jeu de suivre l'aventure de ce groupe de chevaliers sans autre équivalent à travers le monde. Certains avaient passés outre leur rôle d'écoute pour communiquer avec l'équipe des informaticiens de Sepp et manifester leur sympathie avec ces soldats qui osaient se battre pour une cause comme interdite à leurs armées. Pierre avait compris à partir des propos de Sepp, d'Anke, d'Arnim et de Dan sur ces contacts secrets, qu'il y avait là un début de partage d'une même foi, d'une même vision d'un monde nouveau et le poète encouragea la poursuite de ces contacts.

 



[1] ils sont devenus depuis les CP : commandos parachutistes qui peuvent se regrouper en GPC ( Groupement de commandos parachutistes et appartenir " au deuxième cercle " du Commandement des Opérations Spéciales ( COS ).

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