Les communautés au travail

 

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Fin mars, l'équipe de Sepp sortit un bilan des adhésions potentielles à leur organisation économique et sociale. Près de mille couples avaient acceptés de figurer dans la base de données. Les statistiques démontraient que chacun de ces couples étaient venus au moins une fois soit au club de Weinheim soit à celui de Baden soit dans celui de Patrick dans les Vosges. Une quasi certitude pesait sur le fait que tous ces couples avaient fait l'amour parmi les autres. La distribution par âges n'était pas fortement déséquilibrée et les classes d'âges correspondant aux parents ne pouvant guère se libérer de la garde de leurs enfants, étaient tout de même bien représentées, même si cette garde représentait un frein réel à leur implication dans les activités des futures communautés à moins de solutionner cette question de l'éducation des enfants. L'équipe informatique avait d'abord mis l'accent sur l'annuaire électronique et en utilisant les liens hypertexte, chaque adresse pouvait se voir joindre un fichier servant à se présenter sur leur intranet. Comme convenu, il n'était pas nécessaire de préciser certains points réputés acquis par tous : l'adhésion aux trois niveaux de travail, la participation aux activités des trois voies, le fait d'avoir déjà pratiqué le naturisme, l'amour en groupe, une volonté de cheminement spirituel. La possibilité offerte pour les futurs adhérents de saisir une fiche de renseignement directement sur écran informatique permettait de sortir des résultats fins et précis. Il y avait là le début d'un workflow de production destiné à automatiser tout le processus administratif de leur entreprise. L'organisation de soirées et d'activités mêlant des couples et un nombre égal de célibataires des deux sexes avait favorisé la bonne intégration des personnes seules surtout parmi les plus jeunes et les plus âgées.

 Les élèves de l'école d'amour quelque soit leurs âges et certaines promotions étaient constituées avec des jeunes considérées par la loi des états comme mineurs, avaient la possibilité automatique de devenir adhérents. Laurie sur l'insistance de Pierre avait fini par accepter ces mineurs au vu de leur production artistique ou scientifique. Un comité d'adulte expert dans le domaine jugeait les oeuvres présentées pour délivrer une autorisation d'inscription et la garantie que l'entreprise prendrait en charge la défense de ces jeunes si leur famille ou la société s'avisait de les attaquer et de les condamner, de les exclure voire d'attaquer en justice le club. Bon nombre de jeunes musiciens, peintres, poètes ou chercheurs scientifiques en herbe, inventeurs ou créateurs en informatiques, artistes de tous bords venaient ainsi rompre un certain isolement social et une certaine incompréhension de leur entourage pour se plonger de suite dans les mystères de l'amour d'abord physique puis métaphysique afin de développer de suite une personnalité adulte épanouie non flétrie par une succession de frustrations inutiles. Ces jeunes rejoignaient ensuite les équipes d'adultes dans leur domaine de compétence pour participer aux activités du mouvement. Laurie s'attacha à poursuivre certains entretiens pour vérifier si le jeune avait déjà réussi une rencontre surnaturelle soit à travers une EMI, soit au cours d'un moment de création artistique. Elle trouva plusieurs dizaines de jeunes qui avaient établi un dialogue avec la voix présente en eux. Certains connaissaient des moments de décorporation, d'autres avaient traversé le puits de lumière. Elle trouva un jeune aveugle mélomane qui lui raconta qu’au cours d’une expérience au frontière de la mort, il avait vu la lumière de vie et les présences des êtres chers qui étaient venus vers lui pour l’aider. La musique de ce jeune était prodigieuse. Se souvenant de ce que Pierre lui avait apprise, elle entreprit d'aider ces jeunes dans leur évolution. Ils furent rapidement convaincu que les possibilités offertes par le mouvement correspondaient à leurs besoins d'évolution, à leur impérieux désir de partager ce travail du premier niveau à travers des relations humaines sacrées.

Les premiers résultats bénéfiques avaient été constatés dans l'équipe informatique. Une dizaine de garçons et filles de 12 à 15 ans, après leur réussite dans l'école d'amour, bénéficiaient ainsi des moyens matériels de l'entreprise. Gérard avait insisté pour que Sepp leur construise un plan de formation dans le but de leur faire passer rapidement les diplômes universitaires dans leur spécialité. Dominique se chargea de contacter les divers instituts de recherche en informatique et universités de la vallée du Rhin pour établir une convention de formation. Les correspondants étrangers et les membres des groupwares invitaient les jeunes chez eux et plusieurs instituts américains, russes et indiens se proposaient, le cas échéant, de leur délivrer un diplôme après achèvement des travaux présentés sur le réseau. Tous ces chercheurs et formateurs s'étaient piqués au jeu de délivrer à ces jeunes le titre de docteur en informatique à l'âge de vingt ans au plus tard après un parcours international d'études. Ceci pour démontrer que sans être des prodiges, par un réel échange entre générations dans le cadre d'un véritable projet professionnel, une personne pouvait progresser plus rapidement que dans les institutions éducatives bureaucratiques contrôlées par les états. Il en allait de même pour les autres activités et toutes ces rencontres avec des chercheurs et professionnels motivaient fortement et les jeunes et les adultes. Le système de formation n'était plus déconnecté du système de production de travail pour s’en tenir essentiellement à un système de sélection sociale. Tout de suite, en mêlant formation et travail, le jeune construisait son identité et son positionnement social à travers sa production. La gestion de l'entreprise permettait à ces jeunes de payer déjà une partie de leur formation à travers leur production professionnelle ainsi qu'à travers un rôle d'animateur dans une activité d'un des clubs locaux ou d'un SEL. Cette démarche généralisait un peu plus le principe dégagé au début de leur rencontre par Frantz et Pierre : le passage du rêve à la réalité se fait à travers le partage, ce n'est pas un acte gratuit mais un échange d'où doit se dégager un profit pour l'individu et pour la collectivité dans une relation gagnant-gagnant. De plus le propre d'une collectivité est d'encourager et de partager les rêves de sa jeunesse. L'entreprise leur proposait une formation sur mesure en continue, une formation diluée et à chaque étape, l'apprenant rejoignait un forum expert à travers lequel des correspondants plus expérimentés venaient le conseiller, l'aider, le former et le motiver pour progresser.

 Les futurs adhérents de moins de trente ans constituaient la majorité de la population. La répartition en pourcentage par sexe était parfaite : cinquante-cinquante. Le crible des clubs de rencontre permettait cette composition du mouvement. L'ensemble couples légitimes, personnes isolées, jeunes et adolescents représentait environ cinq mille personnes.. Grâce à la traduction assistée par ordinateur, les pages de leur site web étaient lues sur l’ensemble des continents. La traduction en espagnole apportait le plus de visites, principalement d’Amérique du Sud. Les pages relatives à Tiahunaco, aux dessins rupestres des Andes, à la présence des templiers parmi l’empire inca tout comme les pages relatives à la révolution rencontraient une écoute favorable parmi ces pays qui cherchent une voie pour se développer en dehors de l’emprise des dirigeants capitalistes des Etats-Unis. La traduction anglaise servait essentiellement aux étudiants des USA et aux internautes du Royaume-Uni. A côté de ces visites virtuelles des internautes, dans leur mouvement social, quasiment toutes les nationalités européennes étaient représentées. Les étudiants des villes universitaires rhénanes apportaient des nationalités plus lointaines.

 

Pour démarrer leur mouvement mutualiste, la première échéance versée en monnaies nationales, allait servir de mise de fonds. Elle était bien plus avantageuse que la prime antérieure versée à une compagnie d'assurance. La deuxième échéance semestrielle pourrait déjà se régler en toute ou partie à l'aide de services échangés dans l'entreprise. Les candidats déclarés sur le réseau Internet qui n'avaient pu venir au moins une fois dans l'un des trois clubs ou lors de certaines manifestations bien précises avaient été refusés dans l'attente d'une plus forte implication de leurs parts. Un référendum sur le réseau questionna les cinq mille membres et statua que la règle d'intégrer l'entreprise après avoir fait l'amour librement dans un des clubs, est bien une règle impérative quelque soit l'âge des nouveaux postulants.

 

La valeur du travail dans leur mouvement était bien différente de celle attribuée dans le fonctionnement du système économique libéral ou dans celui d’un système de pouvoir communiste. La propriété individuelle reconnue à chaque être humain s’enrichissait du travail fourni pour la satisfaction des besoins élémentaires à la vie : nourriture, logement de base, etc. La propriété commune à un groupe se développait à partir de la réalisation d’œuvres. La notion d’œuvre qui avait été éliminée en fait par la Révolution de 1789 et l’instauration malencontreuse de la liberté du commerce et de l’industrie, était pleinement restaurée dans leur mouvement. Dominique avait sorti une référence à l’étude d’Anna Arendt sur la Grèce antique pour reprendre la classification de cette écrivain sur les trois niveaux de travail : le travail domestique pour satisfaire les besoins individuels et vivre, l’œuvre qui est le résultat d’un travail collectif et qui porte un sens dépassant la simple existence du groupe et qui a vocation de servir aussi les générations futures, la parole et le discours politiques qui est aussi un travail pour élaborer ensemble les règles de vie en société. Leur mouvement en réseau reposait sur ces trois manières complémentaires et indissociables de travailler. Le politique était remis à la première place et l’économie à la seconde place. Ceci correspond à une des toutes premières mesures à mettre en œuvre lors d’une révolution qui abandonne l’organisation des systèmes de pouvoirs civils et religieux pour développer des organisations en réseaux de vie. Les formations proposés par leur mouvement portaient surtout sur le travail en équipe et le management participatif dans le but de développer la réalisation d’œuvres multiples et diverses ainsi que sur le travail de la parole et du discours politique car ces savoirs avaient été trop longtemps occultés et réservés à des élites par les dirigeants des systèmes de pouvoirs. Gérard insista pour mettre en place une conférence sur la révolution de 1848 en France et expliquer comment les pouvoirs publics français préférèrent développer les sociétés de capitaux au lieu de développer les sociétés de personnes comme des penseurs tels que Pierre Leroux le proposait. L’idée reposait sur le fait que le travail d’une génération de personnes se capitalise en biens et en droits sociaux pour améliorer les conditions de vie de la génération suivante et ne soit pas uniquement la propriété individuelle des possesseurs du capital technique et financier. Ce qui correspond à la remise en place de la notion d’œuvre dans la société occidentale et qui pour les dirigeants de notre système de pouvoir économique représente bien une utopie car le fonctionnement de ce système de pouvoir est incompatible avec cette notion d’œuvre et cette dimension commune du travail. Gérard répétait que leur mouvement redonne en quelque sorte la priorité aux sociétés de personnes par rapport aux sociétés de capitaux. Ce but est bien plus vaste et fondamental que celui des altermondialistes engoncés dans leur lutte contre le fonctionnement de l’OMC  et qui s’évertuent à ne pas rejeter en bloc le fonctionnement de notre système de pouvoir économique reposant justement sur la toute puissance des sociétés de capitaux capables de décider la mise au chômage de populations ou l’exclusion d’autres du partage des richesses, pour préserver la rentabilité de leurs capitaux et une certaine spéculation financière bien plus productrice d’argent que la production de biens ou de services marchands.

 

A la suite des premiers versements à leur mutuelle, Barbara donna le feu vert pour que les membres envoient leur préavis de résiliation à leurs assureurs. Elle s'était entourée de jeunes actuaires de sa compagnie et ceux-ci avaient sollicité des camarades de promotion, dont quelques uns travaillaient dans des sociétés de réassurance à Zurich, Lausanne, Strasbourg et Munich, pour monter un réseau qui début juillet allait franchir le pas et diriger la structure bancassurance de l'entreprise. Sur les cinq mille clients recensés du club, quatre mille cinq cent étaient prêts à s'investir dans cette organisation financière dirigée depuis Bâle. Plusieurs assemblées régionales et générales s'étaient réunies pour mettre au point le règlement de ce service. Les adhérents devaient accepter la visite régulière d'experts pour traquer les risques d'incendie et de dégâts des eaux. Des artisans membres de l'entreprise allaient faire les travaux de mise en conformité à un coût minime car pris en compte au niveau prévention. L'entreprise investissait dans la prévention en faisant le pari d'avoir peu de sinistres à indemniser. Des professionnels au chômage ou en retraite trouvaient ainsi un nouvel emploi au service des membres de la communauté. Autre exemple : le coût de l'assurance automobile de la seconde voiture d'un ménage pouvait être fortement réduit voire annulé si le ménage consentait à la mettre à disposition d'autres membres de la même région dont la voiture principale serait en panne ou accidentée, le temps que les mécaniciens de l'entreprise fassent au meilleur coût les réparations nécessaires. Un tarif dégressif sur deux voitures était possible si les deux conducteurs s'arrangeaient à partir ensemble à leur travail avec alternativement une seule des deux voitures ou mieux encore, s'ils avaient choisi soit le covoiturage, soit le télétravail à leur domicile ou dans un télécentre quelques jours par quinzaine. L'échange et la mise en commun de matériels de bricolage, jardinage, de loisirs rencontra de suite un franc succès. L'objet de cette organisation ne consiste pas à faire un maximum de chiffre d'affaire mais bien à mettre en place des comportements et des solutions matérielles pour minimiser les frais tout en assurant le meilleur service et l'indemnisation nécessaire en cas de besoin, tout ceci dans une considération la plus globale des besoins de chacun, dans le seul but de maximiser la production de richesses individuelles et non plus de richesses commerciales. Une fois de plus, l'objectif consiste à changer les comportements, les mentalités, à changer la vie et non pas à développer une entreprise pour asseoir davantage le pouvoir de celle-ci sur un marché quelconque.

 Frantz avait fait adopter le principe qu'à la date d'entrée en fonction de leur bancassurance, la situation de l'ensemble des membres de l'entreprise soit régularisée. Cela signifia qu'au courant des mois de mai et juin, cinq cent contrats de travail environ soient établis en tenant compte des temps partiels et des niveaux de responsabilités de chacun. Pierre, tard dans la nuit, s'était connecté durant cette période pour participer à l'élaboration de la classification des emplois et à la politique salariale avec d'autres spécialistes de la question, adhérents ou consultants sympathisants de leur mouvement. Ce groupe de travail organisé lui aussi en groupware décida que chaque quinzaine, les membres salariés allaient devoir saisir sur leurs micro-ordinateurs la part de rémunération qu'ils souhaitaient toucher en monnaie sur leur compte bancaire auprès de la bancassurance et la part qu'ils souhaitaient toucher sous forme de services et prestations diverses allant de biens alimentaires ou ménagers réservés au magasin régional de l'entreprise jusqu'aux services proposés par le club à travers ses trois voies : loisirs, formation, santé et développement personnel, spirituel. L'entreprise avait décidé de subventionner pendant un an totalement les échanges de formation entre membres en donnant gratuitement les conditions matérielles pour réussir ces échanges en montant un véritable réseau d'échange de savoir et de compétences. Gérard s'était impliqué fortement dans cette activité. Les formations étaient aussi bien techniques que pratiques, culturelles, médicales, artistiques, linguistiques, scientifiques, parapsychologiques, etc. En cette fin juin, ils étaient donc à la veille du véritable départ de leur entreprise, soit quelques deux ans après leur première rencontre chez Amadeus. Les chèques de cotisations et les ouvertures de comptes allaient prendre tout le mois de juillet. Sepp avec une partie de son équipe était parti aux Etats-Unis sur la côte ouest pour rejoindre une autre équipe d'informaticiens adhérent à leur mouvement et achever le développement du workflow de production capable de gérer automatiquement ces différents niveaux d'échanges dans la confidentialité maximale en utilisant des langages cryptés quasi inviolables. Pierre, en tant que correspondant local de l'équipe de génie logiciel de son entreprise professionnelle dans le suivi des formations et des stagiaires, avait trouvé quelques collègues qui sympathisaient avec ce projet. Sandra avait loué une plate-forme de bureaux sur le site de Sophia-Antipolis et ce petit groupe, le soir et les week-end, venait renforcer l'équipe permanente de l'entreprise. C'était aussi le pied à terre de Jacques qui y recevait ses correspondants et les postulants locaux, ceci de manière à ne pas dévoiler l'adresse du vieux mas de Maud et de Laurie à Biot où il poursuivait en secret l'installation d'un matériel électronique capable de servir de relais à ceux installés en Allemagne et en Alsace.

 

Depuis quatre mois, dès le mois de mars, Gérard avait compris à travers la répartition des classes d'âge parmi la population des membres, que la question de l'éducation et de la formation était primordiale. Il décida de s'y investir pleinement. Les générations ne pouvaient pas coexister simplement comme des segments de marché. Il ne fallait pas se limiter à une démarche marketing mais aller plus loin : non pas tendre vers un comportement unifié mais vers un partage d'expérience, de compétences, vers un mariage des cultures dans le strict respect des cultures originelles apportées par chacun des membres. C'était bien cela le fil conducteur de leur entreprise. Il monta un groupware et anima plusieurs forums experts sur des questions précises. Sur l'un, un groupe de correspondants s'attacha à définir un savoir global minimal pour vivre au sein d'une communauté en minimisant la violence. Cultiver le savoir pour la seule gloire de ce savoir avait été écarté, de même l'idée que le savoir est une étape indispensable pour arriver à la sagesse. La sagesse n'est pas un comportement optimum à gagner pour obtenir des gens capables d'assurer la paix sociale autour d'eux. La sagesse fait partie de l'ordre d'un idéal, d'une fiction, d'un mythe. Au contraire, l'initiation, l'involution constitue un moment clé de l'existence humaine, un moment de rencontre qui oriente le désir de vivre et qui contient en lui un besoin de partage. De ce partage naîtra un bonheur, une foi, une joie de vivre puis une joie de traverser la mort du corps charnel. Ce cheminement spirituel vers l'involution constitue la base de l'éducation et la majorité des humains peuvent achever leur travail sur le premier niveau bien avant d'arriver à l'âge adulte. A travers leurs évolutions, les êtres humains travaillent ensuite sur les deuxième et troisième niveau à améliorer une organisation politique, économique et sociale qui place l'être humain et sa dignité au coeur de l'organisation. Ceci a pour conséquence que l'organisation de la société ne devient pas abstraite, conceptuelle ou dogmatique à travers des systèmes plus ou moins rationnels et cohérents, des principes d'autorité ou d'efficacité fondés sur l'exclusion des indésirables ou des gens inutiles au fonctionnement du système. L'organisation reste humaine. Elle ne sacrifie pas les besoins de vivre de certains au profit d'autres. Elle respecte tous les besoins de vivre. L'élaboration de savoir savant sur le fonctionnement de systèmes conceptuels n'est pas primordial. Le développement de la science et des technologies n'a pas à venir augmenter les chances de réussite de tel système au dépens de tels autres systèmes sociaux. Le savoir scientifique fait partie du savoir global, il est secondaire par rapport à la découverte des raisons de vivre réalisée lors de l'involution, de l'initiation qui résulte de la rencontre surnaturelle. Revisiter les différents tabous sociaux prit un peu de temps mais le travail avança convenablement sur une période de trois mois. Naturellement, les cours de l'école d'amour furent intégrés de suite dans ce corps de savoir global, principalement ceux portant sur la sexualité tantrique, tantra de la main gauche et tantra de la main droite.

 Un second forum rassembla les connaissances minimales indispensables pour confectionner un plan de cours sur la manière de construire et d'aménager une maison, un jardin, une salle multimédia, un complexe sportif et de relaxation, réparer ou améliorer une voiture, un vélo, un avion ou un hélicoptère. Il était acquis que tout membre confirmé d'une communauté devrait s'élever au grade de maçon, c'est à dire qu'il ait participé étroitement à la construction et à l'aménagement d'au moins une maison individuelle ou collective et d'un moyen de transport individuel ou collectif dans sa vie humaine. Sur ce thème également, la réalisation de didacticiels multimédia ainsi que les gravures de cd-rom avançaient d'une manière satisfaisante. La gestion de l'énergie et de l'environnement structurait ces développements.

 

Un troisième forum s'évertua à planifier les moyens matériels et les périodes d'apprentissage pour définir des filières de formation adaptables selon les pré-requis de chacun. La question des jeunes artistes ou jeunes scientifiques avait déjà été réglée à part à travers l'admission exceptionnelle à l'école d'amour. Cet exemple servit bien entendu de trame au travail de ce troisième forum et il s'agissait de définir une politique de formation pour tout individu quelque soit son âge ou son niveau de connaissances. Le principe de la formation en unités capitalisables dans des sociétés de personnes servit de fondation à cette entreprise. La question du lieu où l'apprentissage se ferait souleva le plus de discussion. Un consensus se dégagea pour reconnaître un aménagement différent selon les âges de la vie.

 Pour les premiers âges de la vie, la famille représente le lieu principal de l'éducation. Les parents et les éducateurs se retrouvent dans des maisons familiales pour utiliser les diverses possibilités éducatives de ces dernières : salle de jeux, de lecture, de théâtre, de dessin, piscine, salle de repos, de relaxation et massage, etc. L'implication le plus souvent partielle des parents est comptabilisée comme temps de travail dans la communauté et c'est une manière essentielle pour eux de restituer sur une dizaine d'années, leur éducation de manière à arriver au soir de leur vie à un équilibre satisfaisant et positif entre éducation reçue et éducation donnée. Pour la période suivante, au delà de cinq ans et jusque vers dix, onze ans, la formation essentielle réside dans l'apprentissage complet d'une langue, en principe la langue maternelle au niveau de la lecture, de l'écriture et du parler. Dans une communauté locale composée de plusieurs cultures et de plusieurs langues, il est hors de question d'imposer à tous la même langue, celle du sol de résidence. Si les parents ont voulu faciliter dès le plus jeune âge l'acquisition de deux langues : la langue maternelle et celle différente du sol de résidence, ils inscrivent alors leurs enfants à des écoles bilingues ou montent ces écoles bilingues avec des professionnels qui rejoignent ce groupe de projet. L'utilisation de la vidéo-conférence et des outils multimédia dans la langue à apprendre facilitent d'autant cet apprentissage. Cette approche éducative est ancienne et a déjà donné de bons résultats. Pour le confirmer, un ouvrier d'une société de transport s'était connecté sur ce forum depuis le club de Patrick dans les Vosges. Il raconta son histoire. Enfant polonais arrivé avec ses parents vers 1948 dans une petite ville minière de Haute-Saône, il apprit d'abord avec une maîtresse polonaise sa langue maternelle dans une école polonaise ouverte dans la ville spécialement pour les enfants de mineurs polonais. Vers onze ans, sachant bien lire, écrire et parler le polonais, lui et ses camarades rejoignirent l'école française et à quatorze ans eurent les mêmes résultats positifs au certificat d'études que les petits français. Sa question était simple : pourquoi l'école aujourd'hui n'a pas gardé cette organisation vis à vis des nouvelles populations immigrées, pourquoi ne pas les aider à apprendre leur langue maternelle puis seulement après la langue française ? Pourquoi vouloir regrouper toute cette jeunesse multi culturelle dans une même classe ? Pour satisfaire le désir de monopole d'une institution ? Pour honorer une idéologie nationaliste sectaire qui réclame la primauté de la culture locale ? Pour combler la prétention de maîtres du savoir imbus des prétendues vertus d'une culture politique française ? Le routier vosgien était d'accord avec l'idée de leur mouvement de marier les cultures comme les moines bénédictins l'avaient fait à partir de Cluny. Il avait parfaitement compris ce message. Il proposa à Patrick de louer un bus de sa société pour chercher des futurs adhérents en Belgique, dans le Nord, en Bourgogne ou ailleurs encore et de conduire lui-même ce bus jusqu'au club. Sa conclusion était claire et nette : nous devions aujourd'hui aussi bien faire dans l'apprentissage des langues que ce qu'il avait vécu entre sa maîtresse polonaise et son instituteur français. C'était d'après lui une des conditions essentielles de réussite de leur mouvement et c'était sa manière maintenant d'y contribuer en conduisant d'autres personnes vers les clubs de leur mouvement pour qu'ils puissent y changer leurs mentalités et leurs façons d'aimer.

 Une fois une langue parfaitement possédée, vers onze, douze ans, l'apprentissage d'autres langages peut débuter efficacement : langage scientifique, économique, juridique, amoureux, dialogue homme-machine, autres langues. Le principe du bain de langues ou de langages fut retenu. La découpe du temps d'apprentissage s'organisa par séquence minimale de deux semaines, période jugée minimale pour conduire une pédagogie de projet, envisager l'incertain et s'y préparer, conforter un certain degré d'autonomie. Les lieux de formation sont donc différents et l'élève part physiquement à la découverte du monde géographique et social. Les correspondants qui s'étaient engagés pour les jeunes mineurs artistes ou scientifiques acceptés dans l'école d'amour, étaient prêts à élargir leur organisation à tous les jeunes.

 Plus tard vers l'adolescence, le principe des maisons de vie issu de l'exemple des indigènes des îles Tobriands rencontra une solide unanimité. Ces maisons de vie n'ont plus rien à voir avec des internats éloignés des parents dans lesquels des maîtres stricts et impitoyables tentent de canaliser les fougues de la jeunesse, au besoin en montant une chorale dans laquelle les voix d’enfants calmeraient les révoltes juvéniles contre une société dont ces jeunes n’ont que faire... Ces maisons de vie sont au coeur de la communauté et les parents y sont étroitement associés pour subvenir aux besoins matériels présents et futurs de leurs enfants. L'école d'amour occupe alors une place fondamentale et structurante. La sortie de ces maisons de vie est sujette à des réalisations concrètes et professionnelles. L'élève n'est pas obligée de fonder un couple parmi les personnes présentes mais il doit se préparer à une vie de couple comme à une vie de production et d'échange de richesses individuelles et collectives. Le but final consiste à éviter la solitude, l'incapacité à vivre et à aimer humainement un conjoint, de quelque sexe qu'il soit. Poursuivre une sexualité tantrique initiée à l'école d'amour, avec un autre partenaire que le conjoint marital est envisageable si cette relation est enrichissante pour les conjoints. Se présenter à l'entrée de ces maisons de vie avec déjà un partenaire choisi est toujours possible à condition que les parents d'un des deux adolescents s'occupent de leurs besoins matériels. Selon les productions de ces maisons de vie, une rémunération est possible et cumulable avec la rémunération minimale à vie, cette dernière servant bien entendu à financer une partie de ces maisons de vie. Pour les adultes, d'autres maisons de vie dans le style des clubs existants leur permettent de continuer à développer leurs compétences et savoirs pour occuper selon le désir de chacun, des postes de niveau de responsabilités supérieures, responsabilités conjugales et parentales puis responsabilités sociales et politiques, économiques.

 Ces lieux n'ont pas besoin d'être spécifique à la seule formation. Gérard avait monté une expérience avec Klaus et son entreprise. Les salariés de celle-ci avait accepté de réduire leur temps de travail à 32 heures hebdomadaires en ne travaillant que les matins. L'après-midi, les bureaux réaménagés et les ateliers servaient de centre de formation et une bonne partie du personnel avait été volontaire pour servir de formateur et de maître d'apprentissage, trouvant là une occasion de maintenir leur salaire au niveau précédent et d'enrichir leurs responsabilités. Le paiement de ces services réciproques avait été traité à titre expérimental par l'équipe des actuaires et financiers de Bâle et certains parents et élèves utilisaient la possibilité de travailler au sein de l'entreprise pour payer toute ou partie de ces formations. Un équilibre global était en train de se mettre en place et laissait entrevoir la possibilité de rapidement généraliser l'usage d'un instrument symbolique de mesure des échanges comme un grain de sel, de blé.... La collectivité réduisit d'une manière drastique ses investissements en matériels de formation et les élèves apprenaient sur des équipements professionnels dernier cri de la technologie. C'était bien une relation gagnant-gagnant. Tous attendaient les résultats des prochains examens académiques pour avoir une évaluation définitive sur ce système et le généraliser.

 Cette expérience confortait Gérard dans son idée de réaliser à travers l'organisation de l'éducation et de la formation, le coeur de leur mouvement et la raison d'être des différentes communautés. L'éducation à l'autonomie et à la prise de responsabilités structurait les différents programmes d'enseignement. Le recours à la pédagogie de projet, largement utilisé, permettait l'apprentissage de l'anticipation. Le professeur développa sa pratique pédagogique sur la question et n'eut guère de mal à convaincre le groupe que le projet représente le seul mode d'existence concevable car il permet le dépassement vers la participation à une œuvre commune dans une société de personnes. En réponse à la question : pour quel dépassement, Frantz lui avait expliqué la notion de synarchie et l'avait invité à lire les ouvrages parus vers 1900 surtout dans la franc-maçonnerie sur cette théorie. En fait, l'organisation de leur mouvement allait reposer sur une pratique de la synarchie, mais d'une synarchie réactualisée selon le savoir ésotérique parvenu depuis l'Egypte antique. Ils n'allaient pas procéder par sélections à travers des examens intellectuels pour dégager une élite sur laquelle leurs efforts de formation allaient se concentrer. La synarchie représente une organisation sociale dans laquelle les personnes progressent vers les niveaux de responsabilités les plus élevés sur lesquels les prises de décision engagent la collectivité sur le long terme, d'une manière stratégique. Cette synarchie retrouvée trouve son fondement dans l'évolution de l'être humain et cette dernière est la suite logique d'une involution. Ces deux mouvements sont indissociables même si les pouvoirs actuels occidentaux dans leur organisation monopolistique du savoir, ont jeté l'involution sous le carcan des tabous. En soumettant la jeunesse à un rythme de progression intellectuel dans la maîtrise des savoirs, des langages et des technologies, les systèmes étatiques actuels de formation génèrent une éducation artificielle qui est l'inverse de l'évolution biologique et sociale de l'être humain. Les résultats de ce système de formation et d'éducation ne peuvent qu'être accablants et révoltants. La plupart des jeunes n'y accordent d'ailleurs plus guère de confiance et n'y trouvent que peu de motivation, voire aucune. Gérard était convaincu que l'éducation mise en oeuvre par leur mouvement allait faire voler en éclats le monopole des états sur le système d'éducation et de formation de leurs populations.

 L'acquisition des compétences allaient se réaliser de la même manière que dans le cadre d'une gestion des carrières en entreprise. Les niveaux de responsabilités seraient connus de tous ainsi que le parcours pour y accéder. Pierre, Werner, Frantz et Sepp s'étaient concertés pour aider le professeur car ce dernier n'avait jamais travaillé en entreprise et il réagissait trop en fonction d'un moule éducatif plutôt académique mais peu concret et performant. Les quatre ingénieurs et cadres confirmés étaient passés depuis quelques temps par la pratique des définitions de postes, essentiellement avec la méthode Hay. Ils estimaient que cette méthode n'est qu'un point de départ mais que ce qui prime dans le développement- d'un groupe de projet, c'est l'amélioration des comportements, de la communication pour maximiser la confiance sans laquelle rien d'efficient, de performant et de motivant ne se fait. Werner, le plus expérimenté dans les responsabilités de direction, insista pour leur faire prendre conscience qu'ils n'avaient pas à recréer à partir de rien une nouvelle culture d'entreprise, de nouvelles normes de comportements et d'organisation du travail de groupe. Tous n'avaient pas encore jeté aux oubliettes les vestiges d'un pouvoir autocratique mais chaque membre pouvait déjà trouver dans les valeurs de sa vie privée, les racines de ce nouveau comportement en travail de groupe. Il suffisait de laisser pénétrer dans leur travail de groupe les valeurs de leur vie privée car sans discussion possible, leur vie privée n'était pas organisée selon un pouvoir autocratique mais bien autour d'une direction plus participative, davantage à l'écoute de l'autre, et la vie privée est heureusement fondée sur une organisation en réseau et non pas un système de pouvoir. Le fait prouvé que chaque membre de leur mouvement ait fait l'amour en groupe attestait bien de la richesse de ces valeurs personnelles issues de la vie privée. Pierre résuma le propos de Werner en démontrant qu'il fallait commencer par suivre la théorie Y de Mac Grégor[1]. Mais le poète ne voulut pas ressortir Rousseau, l'homme bon par nature et la société qui le corrompt sauf si les individus s’organisent entre eux pour faire évoluer la société ! Non, il n'y a aucune fatalité devant une société corruptrice, il faut changer une telle société mauvaise et c'est faisable, particulièrement au niveau d'équipes de travail. Pierre livra à Gérard des articles de presse économique relatant diverses transformation d'entreprises vers l'élaboration en commun des normes d'organisation de l'entreprise et la mise en place d'un management plus coopératif. Le professeur comprit la leçon et l'intégra dans son travail. Il accentua son implication dans plusieurs groupwares et ces échanges accélèrent son changement de mentalités. Laurie avait demandé que soit écarté de ce travail, la question de l'évolution des compétences sur le seul plan spirituel. Le groupe connaissait une réponse courte, plausible quoique équivoque sur cette interrogation. Il s'agissait d'aller ou plutôt de retourner d'Eleusis à Dendérah. Pierre et elle se chargeaient d'apporter une réponse. Le groupe d'ailleurs travaillait aussi à l'élaboration de cette réponse en préparant la rencontre à la clue, là où seraient célébrés à nouveaux les mystères d'Eleusis... comme Socrate, Platon et tant de chrétiens les avaient célébrés jusqu'à leur interdiction par l'empereur romain à la demande de chrétiens romains qui intriguaient pour faire en sorte que le centre du pouvoir temporel et dogmatique de la chrétienté soit fixé à Rome et que nulle autre ville ne vienne à le contester. Tous savaient dans leur groupe que ce rassemblement et cette célébration allaient déclencher à nouveau les hostilités contre l'ordre établi par notre système de pouvoir civil et religieux.

 

Mais Gérard prenait aussi une position toute personnelle sur la façon que devait avoir leur entreprise pour se développer et lutter contre les oppositions. Conscient de l'ampleur que prenait son travail, maintenant qu'il pouvait y consacrer sans compter toutes ses journées et ses nuits à la tête d'équipes compétentes et créatives, il s'était fourré en tête qu'il est possible de communiquer avec la majorité silencieuse pour lui enseigner les valeurs qui la feront changer de camp et se ranger du côté de leur entreprise. L'occasion préconisée par Gérard tenait dans un procès publique recevant une grande audience médiatique assurée par les médias habituels ou le cas échéant par leur entreprise grâce à leur réseau sur Internet. Gérard le disait de plus en plus fréquemment : ils avaient les moyens technologiques pour communiquer instantanément avec des millions de personnes à travers leur réseau. Lui, Gérard, mettait sur le papier les principes qui gouvernaient leur entreprise et il développait une pédagogie qui venait amplifier l'adhésion des nouveaux membres à travers une réelle explication de ce qu'ils voulaient et faisaient, à travers un apprentissage plus profond de la façon de travailler et vivre ensemble dans un partage. Ensemble ils se mettaient à recréer des œuvres communes et comme jadis même les barbares respectèrent les œuvres des civilisations disparues, aujourd’hui encore, personne n’oserait détruire les œuvres apportées par leur mouvement. Pourquoi alors se montrer timoré et rester dans la cadre d'une organisation plutôt secrète et combattante dont certains moyens restaient très difficile à expliquer à cette majorité silencieuse ? Croyaient-ils réellement que les autres allaient accepter l'intrusion d'un groupe armé comme celui des templiers dans le monopole de la violence et de la force militaire exercé par les états ? Un procès publique maintenant que leurs thèses s'étaient éclaircies et pouvaient être didactisées dans un enseignement quasiment aussi percutant que celui prodigué sur la place publique d'Athènes par un Socrate, n'était-il pas la seule chance pour enfin se montrer et parler, convaincre et enfin raisonnablement instaurer cette nouvelle organisation politique à travers l'humanité ? Lever définitivement le doute et la crainte de représailles sur le sort de leur mouvement ?

 Laurie avait été sensible dans un premier temps à cette interrogation de Gérard. Elle y trouvait le même fondement que dans son interrogation personnelle pour faire parler le poète et le pousser jusqu'au bout de son chemin de vie maintenant qu'il avait refusé la facilité de la mort qu'il avait jadis tant côtoyé. Pierre pouvait-il se trouver face à un tribunal et calmement démontrer la justesse et l'humanité des principes de leur entreprise ? Certes depuis ces dernières semaines, ils disposaient d'une banque de témoignages et d'expériences tous les uns plus enthousiastes que les autres et il suffisait de l'envoi de quelques fichiers informatisés pour qu'un tribunal, un minimum informatisé, en prenne connaissance via Internet. Mieux encore, il suffisait de donner aux juges un mot de passe pour qu'ils pénètrent au coeur de leur entreprise, de sa comptabilité, de ses activités, qu'ils voient sur l'écran les visages de ces templiers au combat en Bosnie, dans un quartier de banlieue, dans un abattoir... qu'ils voient comment se déroule une leçon d'amour et lisent sur les visages juvéniles des élèves la passion heureuse qui traverse les moindres parcelles de leur peau pour communiquer le plaisir de se découvrir dans une dimension charnelle plus ample où la vie respire un brin d'immortalité. Mais Laurie savait qu’aucun savoir rationnel ne permet de franchir les frontières par delà la mort charnelle vers les autres dimensions de la vie. Oser demander avec foi et humilité n’a pas besoin d’un savoir académique, une simple leçon de vie face à la mort suffit. Trop souvent ce n’est que lorsque le vainqueur contemple le champs des morts qu’il comprend que sa science militaire est vaine et qu’il cherche des savoirs plus respectueux de la vie et encore ! Ce cas est anecdotique ! La plupart des conquérants qui utilisent les armes et la force dans leurs entreprises deviennent aveugles et drogués par l’exercice de leurs pouvoirs au point de ne plus être capables de changer les valeurs de leurs raisons de vivre. Pour eux, Laurie savait qu’il ne servait à rien de discuter. Seul la victoire du chevalier qui arrache les armes de ces mains criminelles sert l’humanité. Pour Laurie, Gérard faisait fausse route, il introduisait une part de fiction, une part d’idéal dans leur mouvement en réseau qui justement s’était écarté de toute utopie. Elle allait demander à Dominique de bien vouloir faire lire ou relire à son mari le roman de Chrétien de Troyes : le chevalier à la charrette, ce livre que Pierre lui avait lu à la bibliothèque nationale à Paris avant la mort de Maud et la transfiguration de leur couple d’amants. Bien mieux que l’histoire de Perceval, celle de Lancelot était en mesure de montrer le chemin à un chevalier perdu.



[1] chercheur en sciences humaines et en gestion des ressources humaines aux Etats-Unis. Sa théorie X et Y montre qu'il ne suffit pas de motiver les salariés, d'établir un style de direction participatif, encore faut-il que les membres d'un groupe partagent la même vision des choses, principalement une vision positive sur les capacités d'un être humain. Cette théorie date des années 1960.

      

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