Fin
juin, le groupe des dix-neuf décida de se retrouver au complet au club près de
Baden-Baden. Sepp revint de Californie. Un couple de la ville se chargea de la
garde et de l'animation du groupe des enfants pour ainsi décharger leurs
parents. Pierre, Françoise et les enfants s'y rendirent avec un sentiment mitigé.
Frantz leur avait payé les billets d'avion de Nice à Strasbourg. En survolant
la Meije puis le Mont-Blanc, Pierre estima que cette réunion à Baden présentait
un caractère trop solennel. Une réunion à Biot aurait eu une dimension plus
conviviale surtout avec un pic-nique dans une clairière près de la clue. Que
voulaient encore Frantz et Anke ? A moins que ce ne soit Dan... mais Pierre
l'aurait su par Laurie ! Que se tramait-il encore ? Pierre savait par expérience
prouvée que son cas n'était jamais très loin du coeur du problème s'il n'en
était lui-même l'auteur. Sur quelle question allait-il être encore une fois
mis en cause ? Combien de fois lui faudrait-il encore répéter le but et les
objectifs de leur mouvement avec patience et quelque peu de pédagogie ?
Frantz présenta le bilan général de leur mouvement qui était inquiétant uniquement par la vitesse de la croissance de leur entreprise. Le recours très fréquent maintenant à des tontines pour lancer une activité productrice de richesses personnelles ne réglait pas toutes les questions de financement en monnaies étatiques. Barbara expliqua le bilan financier et proposa de réserver quatre à cinq heures pour étudier la maquette d'un futur tableau de bord global de leurs activités, tableau de bord bien entendu entièrement automatisé qui devait finaliser le développement de leur workflow de production. Évidemment l'entreprise manquait de fonds propres pour investir mais l'exemple du centre d'apprentissage dans l'entreprise de Klaus était là pour montrer la solution à développer. Les cinq cent contrats de travail avaient été signés et le 1er juillet, les contrats de bancassurance de leur mutuelle allaient prendre effet. Les premiers fonds recueillis par la mutuelle pouvaient en cas de difficulté, servir à régler une partie des salaires, le temps que les échanges parviennent à s'équilibrer. En fait, à travers toutes ces informations, tout allait bien et Pierre commença à regretter sa passivité pour ne pas avoir négocié de faire la fête sur la côte et mieux célébrer le deuxième anniversaire de leur entreprise. Frantz laissa la parole à Gérard pour le troisième point à l'ordre du jour intitulé sur la convocation officielle : stratégie de communication. Pierre fut abasourdi d'entendre Gérard prôner le déclenchement d'un procès publique contre leur mouvement pour retourner la situation et affirmer une fois pour toute la primauté de leur mouvement sur les institutions politiques actuelles. Gérard persista pour dire que jamais la majorité silencieuse des citoyens européens n'allait suivre l'exemple des chevaliers templiers dans leurs luttes contre les pouvoirs actuels, la criminalité et les fanatismes nationalistes ou intégristes. Il fallait convaincre autrement et ce, dans le cadre d'un débat juridique. Pierre prit la parole.
-
Gérard, d'où sors-tu cette idée d'un procès publique ? Quand bien même
toute la cour de ce tribunal compterait parmi nos adhérents, que tous ces juges
seraient venus avec leurs conjoints faire l'amour avec nous, je n'en croirais
pas encore mes oreilles. Nous avons en face de nous des institutions qui se sont
maintenues au pouvoir par la force pendant des générations, ce n'est pas un
procès avec des mots qui les renversera. Tu as peur du sabre ou bien tu n'as
pas un esprit suffisamment fort pour commander au sabre de rester sous sa garde
?
-
tu as beau parler, mis à part quelques heures de connexion par mois, plus
personne ne t'entend ! Tu sais très bien que d'ici quelques semaines à
quelques mois ce problème deviendra crucial ? Que répondras-tu lorsque nous
serons accusés de favoriser le travail au noir et l'évasion fiscale, de développer
un communautarisme contraire aux valeurs de la république issue de 1789 ? Ne
vaut-il pas mieux provoquer un procès tout de suite ?
-
Nous avons répondu à ces questions, il y a un an lors de notre réunion de
Strasbourg. Nous n'irons devant aucune juridiction mais nous continuerons à développer
notre entreprise et à montrer à tous comment nous produisons des richesses
individuelles et collectives et minimisons nos violences quotidiennes, comment
nous développons des services aux personnes dans le cadre d’échanges économiques
non marchands et valorisés autrement qu’en monnaie étatique. Nous
utiliserons à fond nos intranets pour développer nos forums experts, nos
formations diluées, nos workflows de production et tous nos groupwares. Tu dois
recentrer tes ambitions de professeur sur ces objectifs. Nous n'avons pas à bâtir
une autre administration publique de l'éducation qui viendrait rivaliser avec
celle en place. Il faut changer d'époque, de moyens, de mentalités ! Oui, bien
sûr, l'autre s'écroulera toute seule quand la plupart des jeunes viendront se
former dans notre mouvement et alors ? Si la force publique vient à notre
rencontre, nous l'en dissuaderons en lui montrant notre sabre et notre esprit
capable de placer le sabre sous la garde du sacré. Nous ferons comme lors de
l'attaque du camp du prisonnier en Bosnie. Nous ouvrirons si nécessaire le feu
pour montrer notre détermination et inviterons ensuite ceux qui le désirent à
devenir chevalier.
-
C'est ridicule au possible ! D'accord cela a marché en Bosnie mais ils
n'avaient pas le choix sinon vous les fusilliez comme les plus âgés l'ont été.
Il y avait la guerre là-bas et ce n'est pas quelques coups de feu de plus qui
allaient changer grand chose ! Mais ici, vous voulez intimider des compagnies de
C.R.S. avec des tirs de roquettes ? Et ce avant de les convertir à notre cause,
de changer les C.R.S. en chevaliers ? Tu es fou et tu mènes avec de telles idées
toute notre entreprise à la destruction et en prison sinon devant le peloton d'exécution... en
tous cas à la ruine et à la rue ! Je ne comprends pas un poète qui à côté
de ses idées pacifistes et non violentes est prêt à ouvrir le feu avec des
canons et des mitrailleuses.
-
Non, Gérard, je te l'affirme calmement. Nous continuerons à nous préparer au
combat et tous doivent savoir que nous ferons aussi bien que les chevaliers
templiers. Tous doivent connaître nos raisons de vivre et comment nous avons
trouvé à travers notre démarche spirituelle la force surnaturelle qui, sur la
balance humaine, fait que nos raisons de vivre sont les mêmes que nos raisons
de mourir, ont le même poids. Nous présentons beaucoup plus d'informations que
la prudence l'exige sur notre site Internet. S'ils ne comprennent pas, s'ils
refusent de lire nos poèmes, s'ils refusent de prier avec nous pour communiquer
avec nos êtres chers, ceux qui habitent notre non être, alors seulement nous
montreront nos sabres parce que nos esprits refuseront de se soumettre devant
tant de partialité, de stupidité et d'ignorance. Nous nous battrons pour faire
respecter notre droit à la différence et la culture de notre mouvement. Nous
ne l'imposerons pas mais nous la défendrons ! Nous rendrons à César ce qui
appartient à César ! Nous continuerons notre chemin spirituel et rendrons à
Dieu un mouvement humain vivant à son écoute dans le partage de nos raisons de
vivre et de mourir ! Nous rendrons à Dieu notre espoir d'être humain, c'est
lui qui nous le donne, c'est à nous de le lui rendre... à lui, pas à César
!...et d'ailleurs dans notre mouvement, il n'y a pas de place pour un César, le
chef d’un empire ou d’un état qui décide de ce à quoi les autres doivent
obéir ! Raison de plus pour ne pas nous soumettre aux Césars actuels !
Nous leur rendrons ce qu'ils nous présenteront mais nous nous tournerons vers
des valeurs spirituelles plus fécondes d’humanité et de réponses à nos
raisons de vivre et si nous savons garder le sabre sous l'autorité du sacré,
sous la puissance de l'esprit, alors nous savons aussi mieux manier le sabre que
tous leurs soldats ! La non violence ne consiste pas à plier devant le bâton
et l’emploi des armes mais à vaincre ceux qui tirent leur pouvoir de
l’emploi des armes, à leur prendre des mains ces armes. C'est clair ?
Cette
évocation des évangiles jeta un trouble perceptible. Laurie se souvint du mot
de Paul Eluard et elle le répéta pour délier l'atmosphère.
-
Je ne
m'aime pas, j'aime mes amours, je ne les impose pas mais je les défends !
Gérard
poursuivit son propos contre Pierre.
-
tu causes mais plus personne ne veut écouter un poète ! Personne ne comprend
ce que tu dis sur tes esprits, tes voix, ton inspiration. Tu es un illuminé au
sens commun du terme. Un jour quelque chose t'as dérangé l'esprit et tu n'en
as jamais guéri !
-
Je t'interdis de parler ainsi à Pierre. Si tu n'as rien compris à tout ce que
nous avons vécu ensemble, alors c'est toi le mécréant, la brute et l'ignare.(
Laurie vint à la rescousse de Pierre ). Tu as entendu la voix de mon père,
celle de Svetlana, tu as écouté notre témoignage sur la mort de Maud et notre
transfiguration. Tu ne peux pas parler ainsi !
-
ce n'est que du spiritisme comme tant d'autres en font ! Nous n'aurons jamais
assez d'armes et de combattants pour vaincre, c'est une voie impossible et
suicidaire que je refuse !
Dan
intervint.
-
Il ne s'agit que de résister, pas de provoquer, de toute manière nous n'avons
aucune chance de gagner ce procès et nous n'aurons jamais assez de résultats
pour les montrer aux gens et les convaincre de changer. Comme le disent les évangiles,
il faut que le grain meurt pour que naisse la plante. Je crois que nous, nous
pouvons trouver nos raisons de mourir et qu'alors abandonner notre corps pour
favoriser la victoire de ceux qui nous suivent devient la moindre des choses.
Une autre victoire nous attend bien plus belle et éternelle. Laurie explique
lui l'évangile de Luc dans lequel Jésus désobéit à Abraham.
-
Je connais cette histoire. Il semblerait que même les pères de l'église en
leur temps n'y ont rien compris. Alors ?.
-
Il y a des choses qui ne s'enseignent pas et ce sont les plus importantes d'une
vie. Il faudrait que tu arrêtes de jouer tout le temps au petit professeur et
que tu te mettes à écouter les autres même ceux qui n'ont aucun diplôme mais
ont vécu, terriblement vécu ! Il y a différentes manières de parler d'une même
expérience. Tiens, la trinité ! Ce que j'ai tiré de mon vécu, c'est qu'il y
a trois dimensions, trois mondes. Lorsque j'étais en décorporation dans ma
chambre et que mon corps gisait près du poêle à mazout, j'ai perçu au fil du
temps que si rien ne se passait, la mort allait venir m'emporter moi décorporé
et pas mon corps. Cette présence de la mort ne s'est pas révélée d'une manière
terrifiante. Au contraire. Elle a pris la même apparence que moi en état de décorporation,
elle a pris le même chemin dans la maison pour arriver à ma porte et
lorsqu'elle était dans le couloir et se rapprochait de ma porte fermée, je
lisais à travers le mur. Je voyais sa forme qui pour ne pas me faire peur avait
une forme grossièrement humaine. Calmement cette présence m'a envoyé un
message alors qu'elle était encore loin de moi. Si je ne faisais rien, elle me
prenait et j'étais perdu. L'avertissement était clair, honnête et transmis
sur un ton neutre. Elle n'en avait rien à faire, c'était à moi de décider.
Si je ne faisais rien, j'allais dans les ténèbres continuer à rester là,
stupéfait, incrédule, incroyant, frappé de stupeur... oui, comme Rimbaud l'a
écrit car il a du passer par là lui aussi et comme tant d'autres qui n'ont
jamais peut-être eu le courage des mots pour le dire ! Alors j'ai compris qu'il
fallait que j'appelle la présence qui vit en moi et qui est plus forte que cet
envoyé de la mort qui venait me ramasser si j'étais perdu dans ce monde
double. Dès que je l'ai appelée, cette présence qui vit en moi a pris les
choses en main et m'a assuré que j'allais regagné mon corps et revenir à la
vie humaine, sans aucune douleur. Nous devons demander l'aide de l'amour de
Dieu, c'est notre seul salut pour ne pas rester la proie de la mort. Dieu ne
nous abandonne pas dans le monde double, il nous envoie cet esprit et ce dernier
nous donne encore une chance d'échapper aux ténèbres. Il n'y a pas
d'affrontement entre Dieu et les puissances des ténèbres. Notre âme peut se séparer
de notre esprit, et si nous avons mal agit sur terre, notre esprit mauvais peut
passer à côté voire refuser bêtement la fusion. Et à côté de la
possibilité de rester frappé de stupeur et de rien comprendre à ce qui se
passe, je crois à la possibilité soit que notre esprit lui-même soit que
notre âme impose à notre esprit de partir un certain temps dans les ténèbres
et ce séjour sera finalement plus court s'il a été consenti librement. Si
l'identité humaine correspondant à notre dernière existence terrestre veut
accompagner l'âme à travers le puits de lumière, elle doit être capable de
volonté, d'appeler les êtres chers, de faire mousser en elle la lumière qui
descend du puits. Cela peut prendre du temps pour quelqu'un pétrit au départ
de stupeur. Dieu utilise la dimension du monde double pour communiquer plus
facilement avec nous. Souviens-toi de Musset : " dieu
parle, il faut qu'on lui réponde ". A travers ces moments de
rencontre, j'ai perçu trois formes distinctes de la présence divine et je
crois en cette trinité. C'est ce que j'ai vécu et qu'ensuite j'ai rattaché à
ces écrits rapportés par les prêtres, les initiés, les grands maîtres
spirituels. Je ne peux pas vivre sans ce besoin de partager ces rencontres, sans
cette volonté de créer autour de moi des relations humaines sacrées....
C'est
ce qui fait la finalité de notre mouvement. Nous ne partageons pas des moments
de folie ! Nous partageons des moments vécus par des survivants, par des
personnes qui n'ont pas sombrées dans la folie après ces rencontres
surnaturelles, des personnes qui sont revenues à la vie après des EMI. Gérard,
si ces paroles, si ces moments dont je te parles, tu ne veux pas les entendre,
si tu les rejettes dans le néant parce que tu ne les as pas encore vécus, si
tu crois ne pas les vivre à l'instant de ta mort charnelle, en toute logique,
il faudrait que tu me supprimes, que tu me tues car tu n'acceptes pas que
d'autres humains soient des survivants, aient déjà vécu un moment de la vie
après la vie humaine. Tu n'acceptes pas que d'autres puissent devenir des fils
de dieu, des personnes qui à travers leur évolution élaborent une incarnation
plus profonde en eux de celui qui vit en eux, de ce Christ qui vit parmi nous
pour nous conduire devant le Verbe qui nous laisse passer vers le Père, vers
Dieu. Tu n'as pas d'autres solutions... Tu te ranges derrière les idéaux matérialistes
qui croient à la réalisation ultime d’un même niveau de vie pour tous,
excepté bien entendu pour cette élite qui dirige le fonctionnement du système
de pouvoir. Tu soutiens une idée philosophique qui prétend que nous sommes
tous égaux devant une notion universelle de bien ou de liberté ou de je ne
sais quoi encore ! L’être humain aurait un fond bon, moral et capable de
fonder une société meilleure. Vous confondez les deux sources de savoir et les
mélangez selon vos désirs. Notre mouvement repose sur une autre approche présente
dans toutes les civilisations passées et chez les peuples dits primitifs mais
que les dirigeants de notre société occidentale interdisent depuis que la
direction de l’église chrétienne romaine a voulu se confondre avec la
direction de l’empire romain. Notre mouvement repose sur l’abandon de
l’interdit de la voie initiatique. Il va se fortifier à travers les nouvelles
célébrations des mystères d’Éleusis ou de Dendérah que nous allons mettre
en place. Les messages tirés de la voie initiatique sont les mêmes pour les êtres
humains quel que soit l’époque de leur vie sur Terre. Les messages et la
traduction des livres des morts sont les mêmes quels que soient les continents.
L’important pour un être humain est de découvrir ce chemin et de le suivre
jusqu’au stade qui lui est possible et de pouvoir entendre les témoignages de
celles et ceux qui ont pris ce chemin qu’ils soient allés plus loin ou moins
loin que nous. A côté de ce savoir initiatique, le savoir rationnel se nourrit
des calculs de l’esprit humain et de l’expérience de la vie charnelle
politique, économique et sociale. L’important consiste à développer les
passerelles entre l’un et l’autre pour fonder un savoir global, cohérent et
capable de marier nos cultures de peuples terriens et capables de faire découvrir
ce chemin initiatique à l’enfant qui grandit. L’espoir qui résulte du
partage de nos raisons de vivre est le ciment de nos communautés et
l’assurance de la paix de nos groupes sociaux. L’espoir rendu plus clair et
intelligible pour tous grâce à nos traductions intellectuelles des mystères
de la vie. Ce savoir initiatique ne peut pas faire l’objet d’aucun procès
sauf de procès en sorcellerie, en excommunication, de procès qui finissent sur
le bûcher chez les chrétiens, dans le génocide chez les musulmans, dans
l’extermination des infidèles et des incroyants pour tout système de pouvoir
religieux qui cherche à imposer ses dogmes et ses fables. Chacun est libre de
suivre ou non ce chemin mais cette liberté repose sur la possibilité réelle
de faire le choix au point de départ de ce chemin. Nous voulons dans notre
mouvement restaurer cette mise en avant de ce chemin, indiquer à chaque être
humain que son intérêt comme celui du groupe est qu’il passe au moins une
fois devant l’entrée de ce chemin ou qu’il vienne le longer pour avoir le
choix d’y glisser ou non ses pas. Alors nous pouvons imaginer dans cette
situation que le choix se fera en principe pour suivre au moins quelque peu ce
chemin. C’est encore une fois un espoir ! Mais dans notre mouvement
celles et ceux qui ont pris le chemin fondent une société plus humaine et vont
jusqu’au bout de leur évolution sans que des dirigeants de systèmes de
pouvoir puissent venir interdire ou briser leur mouvement, leurs réseaux de vie !
Ceci ne souffre d’aucun compromis. C’est un choix de vie pour vivre
ensemble. C’est le partage d’un espoir humain pour vivre au delà de la mort
de nos corps charnels. Ce n’est pas à des juges de dire quoi que ce soit pour
interdire ou autoriser cet espoir. Ce n’est pas à une règle supérieure
d’imposer une volonté générale et impérative. C’est à la volonté
intime et toute personnelle de s’exprimer et de trouver le partage de cette
espérance de vie dans un couple, un groupe, un peuple de frères et une humanité
capable de développer la vie sur terre en relation avec la vie d’après la
vie humaine. Notre mouvement est fondamentalement sans état, sans système de
pouvoir civil et religieux et ceci lui permet mieux d’assembler nos réseaux
de vie matériels et spirituels.
Compare
moi avec d'autres invocateurs de Dieu qui eux, cherchent à purifier les autres
du mal, du fait qu'ils ne vivent pas en Dieu car Dieu ne leur a pas été révélés
à cause , résumons nous, du fait que ce sont des étrangers tout simplement
dont ils continueront d'avoir peur même une fois convertis. Tant de chrétiens
se sont combattus dans des armées ennemies comme tant d'autres musulmans ou des
personnes d'autres religions. N'auraient-ils pas tous trouvé une place plus
digne dans un ordre chevalier au service de communautés spirituelles
travaillant au mariage des cultures ? Des chevaliers qui se seraient opposés à
ce qu'ils soient enrôlés dans des armées dirigées par des criminels de
guerre ? Des criminels de guerre qui refusaient le mariage des cultures, le
partage du savoir avec l'étranger mais qui faisaient bénir leurs troupes par
les dirigeants des religions à leurs services ? Écoute mes arguments.
Suis-je en train de créer un dogme, un idéal que j'entends imposer même par
le sabre pour légitimer ma puissance sur terre. Suis-je ici pour instaurer une
religion et jeter de l'opium au peuple ? Débarrasse-toi de ton savoir académique
trafiqué par les autres. Méfie-toi de ces gens qui réclament le maintien
d'une distinction entre croyance et connaissance. Bien entendu, des personnes
sans foi ni loi ont mêlé les deux dans un obscurantisme barbare qui fit le lit
de nouvelles tyrannies. Ne viens pas m'opposer un quelconque principe de précaution
pour m'empêcher de construire un savoir global rassemblant croyance et
connaissance capable d'éclairer nos raisons de vivre, notre espoir, ici sur
terre. Des chevaliers de notre mouvement, pas un seul ne mourra pour me défendre
lorsque les assassins viendront me prendre. Ne confonds pas toutes les manières
les unes plus horribles que les autres que les hommes ont de se combattre pour
se disputer des intérêts terrestres avec le combat mené pour défendre la
parole sacrée reçue lors de l'initiation, de l'involution. Réfléchis bien Gérard !
Frantz
reprit la conduite de la réunion.
-
J'estime que ce point à l'ordre du jour est achevé. Il n'y a rien à changer
par rapport à notre position antérieure. Un jour nous serons appelés à défendre
notre mouvement les armes à la main car nos adversaires nous imposeront cette
épreuve et nous irons arracher les armes de leurs mains grâce à nos armes
militaires et nos armes tirées des pouvoirs des mondes supérieur et double.
Notre espoir ne peut mourir, il doit survivre. Si nous voulons garder les armes
sous la conduite de notre esprit, les gens voudront savoir comment nous les
utilisons, si nous sommes braves ou indignes de nous en occuper. Tout ceci a déjà
été dit. Nous n'avons pas à chercher à déclencher un procès publique. Nos
objectifs sont clairs : développer nos centres de vie et d'éducation,
multiplier les accords avec des entreprises, des instituts de recherche, des
universités pour aider nos adhérents à acquérir et partager les compétences
dont le développement de notre entreprise a besoin. Dans un an ou deux, pour
cinq cents volontaires nous organiserons une première célébration que nous
appellerons célébration des mystères d'Éleusis. Nous savons tous en quoi
consiste cette célébration : il s'agira d'affirmer notre foi face à des
forces surnaturelles hostiles, d'appeler des puissances bénéfiques pour
vaincre les forces du mal et tout ceci sans que nous ne sombrions dans la folie
mais en acquérant une foi encore plus indestructible. Le mouvement que nous
avons créé ne peut plus s'arrêter et tant que nous vivrons, personne ne
viendra le récupérer pour d'autres intérêts que les nôtres. Pour éclairer
notre entendement, nous pouvons prendre l'exemple des premières communautés
chrétiennes. Leur mouvement ne pouvait pas s'arrêter et il a transformé
l'empire romain puis le monde. Même si des intérêts particuliers ont chamboulé
l'organisation de la chrétienté, le message initial reste vivant. Pierre et
Laurie organiseront cette cérémonie des mystères et l'endroit est choisi. Il
s'agit de la clue dans la vallée de l'Esteron dans les Préalpes de Grasse. A
eux de nous montrer en quoi consiste le chemin qui va d'Éleusis à Dendérah.
Pour le reste, cela ne dépend pas de nous. Nous devons simplement être prêt
à toutes les échéances, en permanence. Personne ne connais ni le jour ni
l'heure.
Pierre
voulut aussi apporter sa conclusion au différent qui l'avait opposé à Gérard.
Ce dernier manifestait une soumission forcée. Son comportement non verbal
trahissait sa pensée. Il disait oui contre son gré. C'était de mauvais
augure.
-
Gérard, tu fais un travail admirable. Tu as choisi de t'impliquer exclusivement
dans l'éducation et la formation. Sepp, Werner, Frantz, Dan, Barbara, Sandra,
Patrick ont choisi de se tourner vers les technologies, les méthodes de gestion
et les affaires. Laurie, Anke, Carine développent les activités de la deuxième
voie initiatique à travers principalement l'école d'amour. Dan et Arnim
organisent le réseau des chevaliers et nos moyens de sécurité et de défense.
Toi, Gérard, avec Dominique, tu as choisi le domaine qui m'est le plus proche
et que nous pouvons considérer comme la base de notre mouvement : le travail
sur le changement des mentalités et des comportements de nos membres
indispensable pour la réussite de notre entreprise. Ne tombes pas dans le piège
de l'idée. En tant que poète, je me suis écarté très vite du monde des idées
pour choisir le monde du rêve, de ce rêve seul capable de décrire le contact
que nous avons personnellement eu avec le mystère de notre existence terrestre.
Avant le rêve, il y a une action, une rencontre et si je continue de rêver,
c'est pour mieux me préparer à d'autres rencontres, à d'autres actions. Seul,
le rêve n'existe pas. Il n'y a pas de recette toute prête, un savoir bien précis
à présenter de telle ou telle manière capables de convaincre les autres, la
majorité. Lors de nos rencontres surnaturelles, ni Laurie ni moi recevons la
possibilité d'apprendre et de dévoiler des savoirs passés ou futurs car ce
n'est pas l'essentiel. Abraham l'a confié à Jésus : même la résurrection
des morts d'un fils de dieu à elle seule n'est pas capable de donner
automatiquement la foi aux autres. Ne soit pas déçu de notre refus de te
suivre.
Nous
savons tous que dans le savoir académique sélectionné par nos pouvoirs
actuels, le pluralisme des options spirituelles ne peut exister que de trois
manières :
le
conflit ouvert : les guerres de religion. Nous ne tomberons pas dans cette dénaturation
de notre mouvement. Nos chevaliers ne se forment à aucune nouvelle croisade
et Bernard de Clairvaux, lui-même, refusa d'engager les chevaliers du
Temple dans les nouvelles croisades ainsi que dans la lutte contre
Constantinople. Notre mouvement n'est pas au service d'une religion engoncée
dans ses dogmes surannés.
la
coexistence exclusive, chaque religion dans sa zone d'influence combattant
et purifiant son territoire contre les infidèles, ceux d'autres religions.
la diversité sur fond d'espace civique commun. C'est le but de notre république française laïque qui enferme la liberté de croyance tout au fond de la liberté de conscience et qui s'épuise en vain à bâtir au nom de la raison suprême des valeurs éthiques qui ne peuvent dépasser le niveau d'une fiction, qui jamais n'auront de réalité car elles ne reposent sur aucun vécu, aucune réalité. Au contraire ces valeurs contestent la réalité des rencontres surnaturelles, nient le vécu d'un poète comme Rimbaud, le vécu de ceux qui travaillent sur les deux premiers niveaux.
Notre
mouvement repose sur une autre manière d'organiser le pluralisme des options
spirituelles : le mariage des cultures comme cela se faisait dans les temples d'Égypte,
de Babylone, dans le temple de Salomon à Jérusalem, comme cela se refit à
Cluny, Cîteaux, Clairvaux. Des procès, il y en a eu des centaines pour
condamner cette pratique du mariage des cultures et renforcer les convictions
ignares de ces minorités apeurées et paranoïaques voulant se refermer sur
elles et pratiquer les politiques d'exclusion et de purification qui devaient
leur assurer protection et prospérité. Nous serons déjà suffisamment tôt
accusés mais nous viendrons au procès avec nos épées, nos armes et notre
foi. Lorsqu'ils nous aurons pris nos armes, s’ils y arrivent, nous irons sans
rien à la mise à mort. Le but de notre mouvement est de créer un niveau
intermédiaire dans l'organisation sociale entre les états et les citoyens : le
niveau communautaire puis nous quitterons les organisations étatiques.
Aujourd'hui, devant ce vide, cette lacune entre des états qui ne savent plus
comment gouverner l'évolution de nos sociétés et des citoyens qui en ont
assez de subir les conséquences de cette désorganisation, l'accroissement des
inégalités, la paupérisation des classes moyennes sous les taxes et les impôts
dont les états ont besoin pour maintenir leur légitimité à travers des
politiques de redistribution de revenus inefficaces, sources de gaspillages et
de coûts de gestion disproportionnés, il ne reste que l'appel à
l'intervention des juges. Mais cette possibilité développe une dérive : le
gouvernement des juges. Nous n'en voulons pas. Tu as compris, Gérard ? Nous
voulons des négociations entre communautés pour marier nos cultures dans le
sens du progrès. Ce progrès est une réalité bien supérieure à l'intérêt
public. Ce dernier est la valeur de base d'un système politique républicain et
ce système vit et défend en priorité ses propres principes de fonctionnement.
Le progrès que nous entreprenons modifie radicalement les objectifs mêmes de
notre société. Nous remplaçons un système par une réalité : la primauté
de la place de l'être humain et nous pouvons aller jusqu'à dire, la place de
la vie dans l'organisation de la société.
Frantz
tout à l'heure a fait le parallèle entre notre mouvement et les premières
communautés chrétiennes. Cette analogie me convient. Reprenons alors les faits
historiques. Les zélotes ont instauré la république de Gamala selon les
valeurs des communautés esséniennes. Ce mouvement s'étend de l'an 6 vers l'an
65 après J-c et nourrit des séditions fréquentes contre l'autorité romaine.
La place forte de Gamala, à l'est du lac de Tibériade, fut prise par Titus en
l'an 67, trois ans avant la destruction de Jérusalem. N'ayant plus
d'organisation militaire pour défendre leur mouvement, les communautés chrétiennes
allèrent au martyre avec le seul secours de leur foi. L'histoire a montré que
cela suffit pour changer les pouvoirs en place mais au départ, pour que prenne
vie le mouvement, il fallut le défendre. Jésus invite ceux qui n'ont pas d'épée
à vendre leur manteau pour en acheter une. Le travail de traduction de nos
rencontres spirituelles vaut bien plus que des connaissances intellectuelles ou
des intérêts matériels. Il n'y pas de raison pour qu'il soit moins bien défendu
face à ses adversaires.
Un
dernier point Gérard, lorsque j'étais décorporé à côté de mon corps tombé
contre le fourneau et que j'attendais ne comprenant rien à ce qui se passait,
lorsque j'ai vu l'envoyé des ténèbres venir derrière la cloison de ma
chambre, crois-tu que j'ai cherché une solution dans l'encyclopédie
universelle ? Je me suis souvenu de ma précédente décorporation et j'ai su
par expérience que j'avais en moi le pouvoir de demander l'aide de celui qui était
venu en moi à ma rencontre. C'est lui qui m'a assuré que j'allais de suite
regagner mon corps, me relever sans avoir la moindre douleur, la moindre
cicatrice. Gérard, ceci constitue une connaissance à partir de laquelle peut
s'élaborer un savoir capable d'organiser un savoir global. Oh ! nous n'allons
pas finasser ! Oui, pour moi, il y a un savoir spirituel. De rencontre en
rencontre j'ai progressé jusqu'à oser demander pour Laurie et moi à vivre
notre transfiguration. Nous avons su la réaliser et nous en avons pu en garder
quelques preuves. Nous pourrions ainsi dire qu'il n'y a pas de croyance mais
uniquement un savoir, un savoir spirituel ou autre. La croyance ne serait alors
qu'un succédané, un ersatz du savoir spirituel proposé et possible à ceux
qui n'auraient pas encore vécu une rencontre surnaturelle. Oui, là alors, je
suis contre la croyance source d'obscurantisme parce que cela veut dire qu'il
n'y a plus personne pour aller à la rencontre et en revenir pour partager une
parole sacrée, fonder une confiance et une foi source de bonheur humain.
Notre
mouvement ne favorise pas les croyances, il partage un savoir pour favoriser les
rencontres spirituelles sur le premier niveau de travail à travers la pratique
des trois familles d'activités. Célébrer les mystères d'Éleusis consiste au
partage d'un savoir sur la pratique des pouvoirs du monde supérieur et du monde
double. Quand tous nous revivrons la célébration de ces mystères, tous nous
pourrons nous souvenir que le point de départ de ce cheminement spirituel,
c'est cette heure d'étude avant le repas du soir lorsque j'avais repris contact
avec ma voix et que j'ai écrit ce texte qui figure à la première page du
premier recueil de poésie que j'ai ensuite publié à Saint Germain des Prés.
Oh ! ce poème ne vaut pas grand chose et ce n'est pas cela le plus important
car il ne permet pas de suggérer ce qui s'est réellement passé lors de son écriture.
Notre point de départ, c'est cette décorporation lorsque ma voix m'a échappé
et a brisé le lien entre mon esprit et mon corps. C'est cet instant de création
poétique. Ce soir là, à onze-douze ans, je n'ai pas su canaliser l'énergie
de ma voix. Je ne suis point devenu fou. J'ai appris et la fois suivante, j'ai
su gérer ma nouvelle décorporation puis mes nouvelles rencontres. Tout ceci
n'a été possible qu'à travers la voie du partage. D'abord le partage
insuffisant et peu gratifiant du poème présenté aux autres. Ensuite le
partage du silence entre le poète et son rêve d'homme. Je ne pas suivi le
trajet de Rimbaud, je n'ai pas crié seul face aux tyrans comme Essenine,
Muhsam, Lorca, Desnos et tant d'autres, je ne suis pas entré au parti
communiste ni entré dans une abbaye. Parmi vous, avec Laurie, j'ai trouvé le
plus fantastique des partages, celui qu'il me fallait pour aller jusqu'au bout
du chemin, jusqu'au bout de notre bonheur. Qui a-t-il dans tout ceci qui ne soit
pas du vécu ? Dites le ! Allez ! Osez dire que ce n'est que du rêve ! Que je débloque
et qu'il faut m'enfermer ! Je préfère vous reparler de Rimbaud : le poète crée
un dialogue de l'âme pour l'âme et ce dialogue change la vie. Notre évolution,
nous la mènerons l'épée à la ceinture pour prévenir tous les brigands de
grands chemins que nous n'allons pas nous laisser tondre le dos, que c'est à
eux de changer leur vie et nous savons leur montrer comment. Ces moments de vie,
ces rencontres dont je vous parle, que je partage maintenant avec Laurie,
Claudine et Romain, qui peut me les enlever, me les contester, les jeter dans le
néant parce qu'ils ne font pas partie d'un savoir élaboré pour la défense
d'une république qui se veut laïque ? Aucun juge ne peut venir changer quoi
que ce soit à ces rencontres, à cette expérience spirituelle. Elle existe et
change la vie. C'est tout. Nous n'avons pas besoin de procès pour partager ce
message avec nos proches. Travailler sur le deuxième niveau au développement
des contrats communautaires ne signifie pas s'époumoner à la barre d'un
quelconque tribunal pour déclamer sa foi et la déposer face à des gens payés
pour défendre des valeurs contraires puis aller moisir en prison ou aller se
faire assassiner derrière des barreaux. Crois-tu que les prophètes, que Jésus,
ont eu droit à un grand procès politique ? Jésus a été traité comme le
dernier des brigands, comme un zélote, pas même comme un descendant de la lignée
royale de David. Et Krishna tué par traîtrise avec des flèches dans le dos ?
Et Mohammed et tant d'autres ?
Gérard
ne répondit pas. Frantz poursuivit l'ordre du jour. Il donna la parole à Dan.
L'officier fit également le bilan de ces six derniers mois. Avec l'aide
d'Arnim, il venait de constituer un groupe d'une douzaine de chevaliers capable
de diriger les opérations militaires. Jacques était la dernière recrue de ce
groupe de futurs dirigeants. Tous sauf Dan restaient à leur poste dans leur armée
respective et Frantz leur avait conseillé de créer des loges secrètes dans le
plus pur style de la Grande Armée napoléonienne. Ils étaient tous équipés
pour se connecter au réseau de l'entreprise et tous avec leurs conjoints
avaient passé d'agréables moments dans l'un des clubs. Laurie s'était octroyée
avec l'accord tacite de Pierre, le droit de les nommer chevalier et les cérémonies
se déroulaient dans la chapelle du château de Klaus. Chacun montait autour de
lui un réseau d'adhérents et de sympathisants. Anke, placée à part de ce
groupe, centralisait les contacts avec différents agents secrets qui, en menant
un double jeu, lui faisait parvenir les informations secrètes les plus
sensibles pour la protection du mouvement. Elle était aidée par quelques
membres sélectionnés de l'équipe d'informaticiens qui avaient la charge du
cryptage d'une partie de la correspondance sur le réseau. Jacques avait la
charge de développer un nouveau réseau de chevaliers dans le sud de la France
et le pourtour méditerranéen. Dan expliqua comment il concevait la présentation
d'une partie de la troupe des chevaliers lors du rassemblement à la clue. Dès
la fin de ce rassemblement, il exprima son désir de rejoindre avec Laurie les États-Unis
pour fonder une filiale sur le continent américain. Ses récents contacts le
persuadaient qu'une réorganisation des différents mouvements américains
patriotiques ou de sécurité civile devenait urgente, notamment pour tourner
ces mouvements contre les groupes d'extrême droite ou les groupes racistes qui
prenaient trop d'ampleur. Un contact avec le peuple haudenosaunee se poursuivait
sur les bords du Saint-Laurent car leur mouvement s’inspirait de cette première
confédération entre peuples née au même moment que le mouvement templier en
Europe ou l’empire inca en Amérique du Sud ; le point de départ du
savoir utilisé par ces organisations non étatiques se trouvant à Dendérah,
sur les bords du Nil, savoir qui avait été transmis par les groupes de moines
chrétiens ou coptes qui s’étaient développés sans faire allégeance au
pouvoir de la papauté. Un forum allait être installé depuis un serveur placé
chez un groupe de sympathisants californiens et d'ici deux ans au plus tard, Dan
voulait être sur place pour coordonner cette opération. Il demanda un vote et
il obtint l'accord de partir aux States d'ici au plus tard deux ans, après le
rassemblement à la clue.
L'ordre
du jour épuisé, il restait la question des points divers. Arnim demanda la
parole. Il demanda à Anke de venir près de lui. La jeune femme l'aida à
mettre en place le micro-ordinateur et le vidéo projecteur. Elle lança la présentation
assistée par ordinateur. Le groupe découvrit les
nouvelles installations fixes de transmissions installées dans une dépendance
du château de Klaus. Sepp en avait été le maître d'oeuvre. Grâce à des
sympathisants, Arnim déclara pouvoir le cas échéant disposer de certains
canaux de satellites non encore utilisés pour relayer en temps de crise plus
rapidement leurs communications. Puis il montra plusieurs visages d'agents
secrets qui demandaient à être fait chevaliers et le cas échéant, à pouvoir
venir se réfugier au sein de leur mouvement. Il restait une question
importante. Parmi ces agents secrets postulants, plusieurs s'étaient spontanément
regroupés au fil de leurs entretiens sur le réseau, s'étaient rencontrés
physiquement et avaient proposé à Anke de jouer un double jeu en donnant des
informations fausses et favorables sur leur mouvement tout en donnant à l'équipe
de Sepp accès aux bases de données les plus secrètes de plusieurs pays. Comme
gage de leur sympathie, ce groupe avait donné les lieux, codes d'accès et
horaires pour intercepter des transports de matériels militaires sensibles, ce
qui avait permis de monter le petit centre de guerre électronique que le groupe
pouvait voir maintenant sur grand écran. Arnim avait enquêté sur cette
proposition et il était persuadé que ces agents disposaient des moyens pour
installer une puce spéciale dérobée à la NSA, dans certains centres
informatiques pour capter des informations confidentielles. Les agents ne
tenaient pas à donner leurs sources. Par contre, ils assuraient à Anke qu'avec
ces renseignements, il lui serait facile de connaître l'identité secrète de
certains décideurs ainsi que leur décision pour donner un avantage décisif au
groupe des chevaliers de manière à ce qu'ils se décident ou non à
intervenir. C’était une occasion en or pour découvrir qui en réalité
tirait les fils du pouvoir aux États-Unis puisque certains présidents de ce
pays avaient avoué ne pas posséder le réel pouvoir de décision car ne
disposant pas du contrôle effectif de toutes les sources de renseignements
secrets. La proposition était très intéressante. L'accepter signifiait par
contre, en cas de découverte de leur réseau d'espionnage, une lutte à mort
avec ces services secrets étrangers et certainement la destruction de leur
entreprise et l'assassinat de ses dirigeants, donc d'eux tous ici présents ce
soir car le rapport de forces ne pouvait pas être inversé en leur faveur. Anke
présenta une photo de la puce ainsi que le nom du logiciel. Elle expliqua que
cette proposition pouvait être conçue comme une sorte de revanche contre les
hauts-fonctionnaires américains et dirigeants de la NSA qui s'étaient accaparés
grâce à ces nouvelles technologies et au logiciel Promis, les secrets des états
partout sur le globe et qui détenaient le pouvoir de fait en face du Président
des États-Unis. Le fonctionnement démocratique de leur entreprise et son but
politique économique et social paraissaient pour ces agents secrets postulants
un gage sérieux pour y voir la possibilité de mettre enfin ces secrets dans
des mains plus honnêtes et davantage au service de la paix et de la prospérité
de l'humanité dans une sorte de rééquilibrage du rapport de forces entre le
bien et le mal.
Dan fut surpris et gêné de constater qu'il ignorait tout de cette question. Sepp déclara ne pas connaître l'ensemble de ces informations. Frantz suspecta publiquement Arnim de mener un jeu personnel dangereux. Anke vint au secours du vieil homme. Non, Arnim ne menait pas un jeu personnel dangereux pour l'entreprise. Elle travaillait en relation directe avec lui et ceci de plus en plus car elle s'était déchargée de son travail dans l'école d'amour. Arnim l'avait formée aux techniques des agents secrets. Elle avait rencontré certains des postulants mais n'avait pas fait l'amour avec eux. Elle utilisait surtout des codes pour correspondre avec eux sur Internet et recevoir des informations. Ces dernières semaines, Arnim l'avait introduite dans certains milieux politiques et de la haute administration d'état. Enfin, elle s'était rodée au contre-espionnage et surveillait discrètement tout ce qui se passait sur le réseau et dans la vie de l'entreprise, ceci avec l'aide de Sepp. Laurie précisa qu'elle était au courant des liens très étroits et intimes qui s'étaient renoués entre Arnim et Anke. Elle alla chercher dans une pièce voisine une cassette vidéo et la projeta au groupe. Une fois, il y a quelques mois, dans l'école d'amour, pour la leçon sur le sadomasochisme et certaines déviances, Anke avait proposé d'assurer une démonstration avec Arnim. La douzaine de couples élèves et leurs moniteurs s'étaient retrouvés dans une vieille ferme pour un après-midi et une nuit de travaux pratiques. La vidéo ne reprenait que les meilleurs moments et le groupe dut constater qu'Anke ce jour là était allée encore beaucoup loin avec Arnim que ce qu'elle avait raconté de la séance dans le manège équestre du château de Klaus. Le fait que les couples élèves se mêlent de temps à autres à certaines séquences attestait du partage réalisé et rendait les images moins difficiles à soutenir. A l'évidence ces relations intimes soudaient le secret indéfectible entre le vieil homme et la nouvelle et blonde agent secret. A la fin de la vidéo, Laurie expliqua que la place d'Arnim et d'Anke pouvait être semblable à celle qu'elle et Pierre tenaient dans le groupe. Leur couple animait et contrôlait à travers un rôle d'expertise, les activités de la troisième voie sur les premier et second niveaux de travail. Arnim et Anke allaient faire de même sur le troisième niveau de travail pour ce qui concerne l'organisation politique, économique et sociale. Ils animeraient une communauté qui en secret gérerait les menaces et les sources de conflits que leur mouvement rencontrerait inévitablement, gérerait également dans le secret bancaire le plus absolu les transactions faites sur le workflow dédié aux échanges dans les SEL et avec la bancassurance. L'essentiel était de trouver les indispensables moments de partage de tous ces secrets pour conforter une démocratie directe. Pour développer la démocratie directe dans leur mouvement, Frantz avait étudié attentivement les travaux de Lewis H. Morgan sur la société iroquoise et son système politique confédéral ainsi que les travaux d’Engels et de Marx à partir du livre de Morgan. Cette référence historique à la Grande Loi qui Lie qui servit de base à la rédaction de la Constitution des États-Unis en 1787, était également utilisée dans leur mouvement pour établir l’organisation du mariage des cultures sur le troisième niveau de travail et l’établissement d’un contrat social.