Le deuxième anniversaire de leur rencontre

page entière

Fin juin, le groupe des dix-neuf décida de se retrouver au complet au club près de Baden-Baden. Sepp revint de Californie. Un couple de la ville se chargea de la garde et de l'animation du groupe des enfants pour ainsi décharger leurs parents. Pierre, Françoise et les enfants s'y rendirent avec un sentiment mitigé. Frantz leur avait payé les billets d'avion de Nice à Strasbourg. En survolant la Meije puis le Mont-Blanc, Pierre estima que cette réunion à Baden présentait un caractère trop solennel. Une réunion à Biot aurait eu une dimension plus conviviale surtout avec un pic-nique dans une clairière près de la clue. Que voulaient encore Frantz et Anke ? A moins que ce ne soit Dan... mais Pierre l'aurait su par Laurie ! Que se tramait-il encore ? Pierre savait par expérience prouvée que son cas n'était jamais très loin du coeur du problème s'il n'en était lui-même l'auteur. Sur quelle question allait-il être encore une fois mis en cause ? Combien de fois lui faudrait-il encore répéter le but et les objectifs de leur mouvement avec patience et quelque peu de pédagogie ?

 Frantz présenta le bilan général de leur mouvement qui était inquiétant uniquement par la vitesse de la croissance de leur entreprise. Le recours très fréquent maintenant à des tontines pour lancer une activité productrice de richesses personnelles ne réglait pas toutes les questions de financement en monnaies étatiques. Barbara expliqua le bilan financier et proposa de réserver quatre à cinq heures pour étudier la maquette d'un futur tableau de bord global de leurs activités, tableau de bord bien entendu entièrement automatisé qui devait finaliser le développement de leur workflow de production. Évidemment l'entreprise manquait de fonds propres pour investir mais l'exemple du centre d'apprentissage dans l'entreprise de Klaus était là pour montrer la solution à développer. Les cinq cent contrats de travail avaient été signés et le 1er juillet, les contrats de bancassurance de leur mutuelle allaient prendre effet. Les premiers fonds recueillis par la mutuelle pouvaient en cas de difficulté, servir à régler une partie des salaires, le temps que les échanges parviennent à s'équilibrer. En fait, à travers toutes ces informations, tout allait bien et Pierre commença à regretter sa passivité pour ne pas avoir négocié de faire la fête sur la côte et mieux célébrer le deuxième anniversaire de leur entreprise. Frantz laissa la parole à Gérard pour le troisième point à l'ordre du jour intitulé sur la convocation officielle : stratégie de communication. Pierre fut abasourdi d'entendre Gérard prôner le déclenchement d'un procès publique contre leur mouvement pour retourner la situation et affirmer une fois pour toute la primauté de leur mouvement sur les institutions politiques actuelles. Gérard persista pour dire que jamais la majorité silencieuse des citoyens européens n'allait suivre l'exemple des chevaliers templiers dans leurs luttes contre les pouvoirs actuels, la criminalité et les fanatismes nationalistes ou intégristes. Il fallait convaincre autrement et ce, dans le cadre d'un débat juridique. Pierre prit la parole.

 - Gérard, d'où sors-tu cette idée d'un procès publique ? Quand bien même toute la cour de ce tribunal compterait parmi nos adhérents, que tous ces juges seraient venus avec leurs conjoints faire l'amour avec nous, je n'en croirais pas encore mes oreilles. Nous avons en face de nous des institutions qui se sont maintenues au pouvoir par la force pendant des générations, ce n'est pas un procès avec des mots qui les renversera. Tu as peur du sabre ou bien tu n'as pas un esprit suffisamment fort pour commander au sabre de rester sous sa garde ?

- tu as beau parler, mis à part quelques heures de connexion par mois, plus personne ne t'entend ! Tu sais très bien que d'ici quelques semaines à quelques mois ce problème deviendra crucial ? Que répondras-tu lorsque nous serons accusés de favoriser le travail au noir et l'évasion fiscale, de développer un communautarisme contraire aux valeurs de la république issue de 1789 ? Ne vaut-il pas mieux provoquer un procès tout de suite ?

- Nous avons répondu à ces questions, il y a un an lors de notre réunion de Strasbourg. Nous n'irons devant aucune juridiction mais nous continuerons à développer notre entreprise et à montrer à tous comment nous produisons des richesses individuelles et collectives et minimisons nos violences quotidiennes, comment nous développons des services aux personnes dans le cadre d’échanges économiques non marchands et valorisés autrement qu’en monnaie étatique. Nous utiliserons à fond nos intranets pour développer nos forums experts, nos formations diluées, nos workflows de production et tous nos groupwares. Tu dois recentrer tes ambitions de professeur sur ces objectifs. Nous n'avons pas à bâtir une autre administration publique de l'éducation qui viendrait rivaliser avec celle en place. Il faut changer d'époque, de moyens, de mentalités ! Oui, bien sûr, l'autre s'écroulera toute seule quand la plupart des jeunes viendront se former dans notre mouvement et alors ? Si la force publique vient à notre rencontre, nous l'en dissuaderons en lui montrant notre sabre et notre esprit capable de placer le sabre sous la garde du sacré. Nous ferons comme lors de l'attaque du camp du prisonnier en Bosnie. Nous ouvrirons si nécessaire le feu pour montrer notre détermination et inviterons ensuite ceux qui le désirent à devenir chevalier.

- C'est ridicule au possible ! D'accord cela a marché en Bosnie mais ils n'avaient pas le choix sinon vous les fusilliez comme les plus âgés l'ont été. Il y avait la guerre là-bas et ce n'est pas quelques coups de feu de plus qui allaient changer grand chose ! Mais ici, vous voulez intimider des compagnies de C.R.S. avec des tirs de roquettes ? Et ce avant de les convertir à notre cause, de changer les C.R.S. en chevaliers ? Tu es fou et tu mènes avec de telles idées toute notre entreprise à la destruction et en prison sinon devant le peloton d'exécution... en tous cas à la ruine et à la rue ! Je ne comprends pas un poète qui à côté de ses idées pacifistes et non violentes est prêt à ouvrir le feu avec des canons et des mitrailleuses.

- Non, Gérard, je te l'affirme calmement. Nous continuerons à nous préparer au combat et tous doivent savoir que nous ferons aussi bien que les chevaliers templiers. Tous doivent connaître nos raisons de vivre et comment nous avons trouvé à travers notre démarche spirituelle la force surnaturelle qui, sur la balance humaine, fait que nos raisons de vivre sont les mêmes que nos raisons de mourir, ont le même poids. Nous présentons beaucoup plus d'informations que la prudence l'exige sur notre site Internet. S'ils ne comprennent pas, s'ils refusent de lire nos poèmes, s'ils refusent de prier avec nous pour communiquer avec nos êtres chers, ceux qui habitent notre non être, alors seulement nous montreront nos sabres parce que nos esprits refuseront de se soumettre devant tant de partialité, de stupidité et d'ignorance. Nous nous battrons pour faire respecter notre droit à la différence et la culture de notre mouvement. Nous ne l'imposerons pas mais nous la défendrons ! Nous rendrons à César ce qui appartient à César ! Nous continuerons notre chemin spirituel et rendrons à Dieu un mouvement humain vivant à son écoute dans le partage de nos raisons de vivre et de mourir ! Nous rendrons à Dieu notre espoir d'être humain, c'est lui qui nous le donne, c'est à nous de le lui rendre... à lui, pas à César !...et d'ailleurs dans notre mouvement, il n'y a pas de place pour un César, le chef d’un empire ou d’un état qui décide de ce à quoi les autres doivent obéir ! Raison de plus pour ne pas nous soumettre aux Césars actuels ! Nous leur rendrons ce qu'ils nous présenteront mais nous nous tournerons vers des valeurs spirituelles plus fécondes d’humanité et de réponses à nos raisons de vivre et si nous savons garder le sabre sous l'autorité du sacré, sous la puissance de l'esprit, alors nous savons aussi mieux manier le sabre que tous leurs soldats ! La non violence ne consiste pas à plier devant le bâton et l’emploi des armes mais à vaincre ceux qui tirent leur pouvoir de l’emploi des armes, à leur prendre des mains ces armes. C'est clair ?

Cette évocation des évangiles jeta un trouble perceptible. Laurie se souvint du mot de Paul Eluard et elle le répéta pour délier l'atmosphère.

- Je ne m'aime pas, j'aime mes amours, je ne les impose pas mais je les défends !

Gérard poursuivit son propos contre Pierre.

- tu causes mais plus personne ne veut écouter un poète ! Personne ne comprend ce que tu dis sur tes esprits, tes voix, ton inspiration. Tu es un illuminé au sens commun du terme. Un jour quelque chose t'as dérangé l'esprit et tu n'en as jamais guéri !

- Je t'interdis de parler ainsi à Pierre. Si tu n'as rien compris à tout ce que nous avons vécu ensemble, alors c'est toi le mécréant, la brute et l'ignare.( Laurie vint à la rescousse de Pierre ). Tu as entendu la voix de mon père, celle de Svetlana, tu as écouté notre témoignage sur la mort de Maud et notre transfiguration. Tu ne peux pas parler ainsi !

- ce n'est que du spiritisme comme tant d'autres en font ! Nous n'aurons jamais assez d'armes et de combattants pour vaincre, c'est une voie impossible et suicidaire que je refuse !

Dan intervint.

- Il ne s'agit que de résister, pas de provoquer, de toute manière nous n'avons aucune chance de gagner ce procès et nous n'aurons jamais assez de résultats pour les montrer aux gens et les convaincre de changer. Comme le disent les évangiles, il faut que le grain meurt pour que naisse la plante. Je crois que nous, nous pouvons trouver nos raisons de mourir et qu'alors abandonner notre corps pour favoriser la victoire de ceux qui nous suivent devient la moindre des choses. Une autre victoire nous attend bien plus belle et éternelle. Laurie explique lui l'évangile de Luc dans lequel Jésus désobéit à Abraham.

- Je connais cette histoire. Il semblerait que même les pères de l'église en leur temps n'y ont rien compris. Alors ?.

Pierre reprit la parole.

- Il y a des choses qui ne s'enseignent pas et ce sont les plus importantes d'une vie. Il faudrait que tu arrêtes de jouer tout le temps au petit professeur et que tu te mettes à écouter les autres même ceux qui n'ont aucun diplôme mais ont vécu, terriblement vécu ! Il y a différentes manières de parler d'une même expérience. Tiens, la trinité ! Ce que j'ai tiré de mon vécu, c'est qu'il y a trois dimensions, trois mondes. Lorsque j'étais en décorporation dans ma chambre et que mon corps gisait près du poêle à mazout, j'ai perçu au fil du temps que si rien ne se passait, la mort allait venir m'emporter moi décorporé et pas mon corps. Cette présence de la mort ne s'est pas révélée d'une manière terrifiante. Au contraire. Elle a pris la même apparence que moi en état de décorporation, elle a pris le même chemin dans la maison pour arriver à ma porte et lorsqu'elle était dans le couloir et se rapprochait de ma porte fermée, je lisais à travers le mur. Je voyais sa forme qui pour ne pas me faire peur avait une forme grossièrement humaine. Calmement cette présence m'a envoyé un message alors qu'elle était encore loin de moi. Si je ne faisais rien, elle me prenait et j'étais perdu. L'avertissement était clair, honnête et transmis sur un ton neutre. Elle n'en avait rien à faire, c'était à moi de décider. Si je ne faisais rien, j'allais dans les ténèbres continuer à rester là, stupéfait, incrédule, incroyant, frappé de stupeur... oui, comme Rimbaud l'a écrit car il a du passer par là lui aussi et comme tant d'autres qui n'ont jamais peut-être eu le courage des mots pour le dire ! Alors j'ai compris qu'il fallait que j'appelle la présence qui vit en moi et qui est plus forte que cet envoyé de la mort qui venait me ramasser si j'étais perdu dans ce monde double. Dès que je l'ai appelée, cette présence qui vit en moi a pris les choses en main et m'a assuré que j'allais regagné mon corps et revenir à la vie humaine, sans aucune douleur. Nous devons demander l'aide de l'amour de Dieu, c'est notre seul salut pour ne pas rester la proie de la mort. Dieu ne nous abandonne pas dans le monde double, il nous envoie cet esprit et ce dernier nous donne encore une chance d'échapper aux ténèbres. Il n'y a pas d'affrontement entre Dieu et les puissances des ténèbres. Notre âme peut se séparer de notre esprit, et si nous avons mal agit sur terre, notre esprit mauvais peut passer à côté voire refuser bêtement la fusion. Et à côté de la possibilité de rester frappé de stupeur et de rien comprendre à ce qui se passe, je crois à la possibilité soit que notre esprit lui-même soit que notre âme impose à notre esprit de partir un certain temps dans les ténèbres et ce séjour sera finalement plus court s'il a été consenti librement. Si l'identité humaine correspondant à notre dernière existence terrestre veut accompagner l'âme à travers le puits de lumière, elle doit être capable de volonté, d'appeler les êtres chers, de faire mousser en elle la lumière qui descend du puits. Cela peut prendre du temps pour quelqu'un pétrit au départ de stupeur. Dieu utilise la dimension du monde double pour communiquer plus facilement avec nous. Souviens-toi de Musset : " dieu parle, il faut qu'on lui réponde ". A travers ces moments de rencontre, j'ai perçu trois formes distinctes de la présence divine et je crois en cette trinité. C'est ce que j'ai vécu et qu'ensuite j'ai rattaché à ces écrits rapportés par les prêtres, les initiés, les grands maîtres spirituels. Je ne peux pas vivre sans ce besoin de partager ces rencontres, sans cette volonté de créer autour de moi des relations humaines sacrées.... 

C'est ce qui fait la finalité de notre mouvement. Nous ne partageons pas des moments de folie ! Nous partageons des moments vécus par des survivants, par des personnes qui n'ont pas sombrées dans la folie après ces rencontres surnaturelles, des personnes qui sont revenues à la vie après des EMI. Gérard, si ces paroles, si ces moments dont je te parles, tu ne veux pas les entendre, si tu les rejettes dans le néant parce que tu ne les as pas encore vécus, si tu crois ne pas les vivre à l'instant de ta mort charnelle, en toute logique, il faudrait que tu me supprimes, que tu me tues car tu n'acceptes pas que d'autres humains soient des survivants, aient déjà vécu un moment de la vie après la vie humaine. Tu n'acceptes pas que d'autres puissent devenir des fils de dieu, des personnes qui à travers leur évolution élaborent une incarnation plus profonde en eux de celui qui vit en eux, de ce Christ qui vit parmi nous pour nous conduire devant le Verbe qui nous laisse passer vers le Père, vers Dieu. Tu n'as pas d'autres solutions... Tu te ranges derrière les idéaux matérialistes qui croient à la réalisation ultime d’un même niveau de vie pour tous, excepté bien entendu pour cette élite qui dirige le fonctionnement du système de pouvoir. Tu soutiens une idée philosophique qui prétend que nous sommes tous égaux devant une notion universelle de bien ou de liberté ou de je ne sais quoi encore ! L’être humain aurait un fond bon, moral et capable de fonder une société meilleure. Vous confondez les deux sources de savoir et les mélangez selon vos désirs. Notre mouvement repose sur une autre approche présente dans toutes les civilisations passées et chez les peuples dits primitifs mais que les dirigeants de notre société occidentale interdisent depuis que la direction de l’église chrétienne romaine a voulu se confondre avec la direction de l’empire romain. Notre mouvement repose sur l’abandon de l’interdit de la voie initiatique. Il va se fortifier à travers les nouvelles célébrations des mystères d’Éleusis ou de Dendérah que nous allons mettre en place. Les messages tirés de la voie initiatique sont les mêmes pour les êtres humains quel que soit l’époque de leur vie sur Terre. Les messages et la traduction des livres des morts sont les mêmes quels que soient les continents. L’important pour un être humain est de découvrir ce chemin et de le suivre jusqu’au stade qui lui est possible et de pouvoir entendre les témoignages de celles et ceux qui ont pris ce chemin qu’ils soient allés plus loin ou moins loin que nous. A côté de ce savoir initiatique, le savoir rationnel se nourrit des calculs de l’esprit humain et de l’expérience de la vie charnelle politique, économique et sociale. L’important consiste à développer les passerelles entre l’un et l’autre pour fonder un savoir global, cohérent et capable de marier nos cultures de peuples terriens et capables de faire découvrir ce chemin initiatique à l’enfant qui grandit. L’espoir qui résulte du partage de nos raisons de vivre est le ciment de nos communautés et l’assurance de la paix de nos groupes sociaux. L’espoir rendu plus clair et intelligible pour tous grâce à nos traductions intellectuelles des mystères de la vie. Ce savoir initiatique ne peut pas faire l’objet d’aucun procès sauf de procès en sorcellerie, en excommunication, de procès qui finissent sur le bûcher chez les chrétiens, dans le génocide chez les musulmans, dans l’extermination des infidèles et des incroyants pour tout système de pouvoir religieux qui cherche à imposer ses dogmes et ses fables. Chacun est libre de suivre ou non ce chemin mais cette liberté repose sur la possibilité réelle de faire le choix au point de départ de ce chemin. Nous voulons dans notre mouvement restaurer cette mise en avant de ce chemin, indiquer à chaque être humain que son intérêt comme celui du groupe est qu’il passe au moins une fois devant l’entrée de ce chemin ou qu’il vienne le longer pour avoir le choix d’y glisser ou non ses pas. Alors nous pouvons imaginer dans cette situation que le choix se fera en principe pour suivre au moins quelque peu ce chemin. C’est encore une fois un espoir ! Mais dans notre mouvement celles et ceux qui ont pris le chemin fondent une société plus humaine et vont jusqu’au bout de leur évolution sans que des dirigeants de systèmes de pouvoir puissent venir interdire ou briser leur mouvement, leurs réseaux de vie ! Ceci ne souffre d’aucun compromis. C’est un choix de vie pour vivre ensemble. C’est le partage d’un espoir humain pour vivre au delà de la mort de nos corps charnels. Ce n’est pas à des juges de dire quoi que ce soit pour interdire ou autoriser cet espoir. Ce n’est pas à une règle supérieure d’imposer une volonté générale et impérative. C’est à la volonté intime et toute personnelle de s’exprimer et de trouver le partage de cette espérance de vie dans un couple, un groupe, un peuple de frères et une humanité capable de développer la vie sur terre en relation avec la vie d’après la vie humaine. Notre mouvement est fondamentalement sans état, sans système de pouvoir civil et religieux et ceci lui permet mieux d’assembler nos réseaux de vie matériels et spirituels.

 Compare moi avec d'autres invocateurs de Dieu qui eux, cherchent à purifier les autres du mal, du fait qu'ils ne vivent pas en Dieu car Dieu ne leur a pas été révélés à cause , résumons nous, du fait que ce sont des étrangers tout simplement dont ils continueront d'avoir peur même une fois convertis. Tant de chrétiens se sont combattus dans des armées ennemies comme tant d'autres musulmans ou des personnes d'autres religions. N'auraient-ils pas tous trouvé une place plus digne dans un ordre chevalier au service de communautés spirituelles travaillant au mariage des cultures ? Des chevaliers qui se seraient opposés à ce qu'ils soient enrôlés dans des armées dirigées par des criminels de guerre ? Des criminels de guerre qui refusaient le mariage des cultures, le partage du savoir avec l'étranger mais qui faisaient bénir leurs troupes par les dirigeants des religions à leurs services ? Écoute mes arguments. Suis-je en train de créer un dogme, un idéal que j'entends imposer même par le sabre pour légitimer ma puissance sur terre. Suis-je ici pour instaurer une religion et jeter de l'opium au peuple ? Débarrasse-toi de ton savoir académique trafiqué par les autres. Méfie-toi de ces gens qui réclament le maintien d'une distinction entre croyance et connaissance. Bien entendu, des personnes sans foi ni loi ont mêlé les deux dans un obscurantisme barbare qui fit le lit de nouvelles tyrannies. Ne viens pas m'opposer un quelconque principe de précaution pour m'empêcher de construire un savoir global rassemblant croyance et connaissance capable d'éclairer nos raisons de vivre, notre espoir, ici sur terre. Des chevaliers de notre mouvement, pas un seul ne mourra pour me défendre lorsque les assassins viendront me prendre. Ne confonds pas toutes les manières les unes plus horribles que les autres que les hommes ont de se combattre pour se disputer des intérêts terrestres avec le combat mené pour défendre la parole sacrée reçue lors de l'initiation, de l'involution. Réfléchis bien Gérard !

Frantz reprit la conduite de la réunion.

- J'estime que ce point à l'ordre du jour est achevé. Il n'y a rien à changer par rapport à notre position antérieure. Un jour nous serons appelés à défendre notre mouvement les armes à la main car nos adversaires nous imposeront cette épreuve et nous irons arracher les armes de leurs mains grâce à nos armes militaires et nos armes tirées des pouvoirs des mondes supérieur et double. Notre espoir ne peut mourir, il doit survivre. Si nous voulons garder les armes sous la conduite de notre esprit, les gens voudront savoir comment nous les utilisons, si nous sommes braves ou indignes de nous en occuper. Tout ceci a déjà été dit. Nous n'avons pas à chercher à déclencher un procès publique. Nos objectifs sont clairs : développer nos centres de vie et d'éducation, multiplier les accords avec des entreprises, des instituts de recherche, des universités pour aider nos adhérents à acquérir et partager les compétences dont le développement de notre entreprise a besoin. Dans un an ou deux, pour cinq cents volontaires nous organiserons une première célébration que nous appellerons célébration des mystères d'Éleusis. Nous savons tous en quoi consiste cette célébration : il s'agira d'affirmer notre foi face à des forces surnaturelles hostiles, d'appeler des puissances bénéfiques pour vaincre les forces du mal et tout ceci sans que nous ne sombrions dans la folie mais en acquérant une foi encore plus indestructible. Le mouvement que nous avons créé ne peut plus s'arrêter et tant que nous vivrons, personne ne viendra le récupérer pour d'autres intérêts que les nôtres. Pour éclairer notre entendement, nous pouvons prendre l'exemple des premières communautés chrétiennes. Leur mouvement ne pouvait pas s'arrêter et il a transformé l'empire romain puis le monde. Même si des intérêts particuliers ont chamboulé l'organisation de la chrétienté, le message initial reste vivant. Pierre et Laurie organiseront cette cérémonie des mystères et l'endroit est choisi. Il s'agit de la clue dans la vallée de l'Esteron dans les Préalpes de Grasse. A eux de nous montrer en quoi consiste le chemin qui va d'Éleusis à Dendérah. Pour le reste, cela ne dépend pas de nous. Nous devons simplement être prêt à toutes les échéances, en permanence. Personne ne connais ni le jour ni l'heure.

 Pierre voulut aussi apporter sa conclusion au différent qui l'avait opposé à Gérard. Ce dernier manifestait une soumission forcée. Son comportement non verbal trahissait sa pensée. Il disait oui contre son gré. C'était de mauvais augure.

- Gérard, tu fais un travail admirable. Tu as choisi de t'impliquer exclusivement dans l'éducation et la formation. Sepp, Werner, Frantz, Dan, Barbara, Sandra, Patrick ont choisi de se tourner vers les technologies, les méthodes de gestion et les affaires. Laurie, Anke, Carine développent les activités de la deuxième voie initiatique à travers principalement l'école d'amour. Dan et Arnim organisent le réseau des chevaliers et nos moyens de sécurité et de défense. Toi, Gérard, avec Dominique, tu as choisi le domaine qui m'est le plus proche et que nous pouvons considérer comme la base de notre mouvement : le travail sur le changement des mentalités et des comportements de nos membres indispensable pour la réussite de notre entreprise. Ne tombes pas dans le piège de l'idée. En tant que poète, je me suis écarté très vite du monde des idées pour choisir le monde du rêve, de ce rêve seul capable de décrire le contact que nous avons personnellement eu avec le mystère de notre existence terrestre. Avant le rêve, il y a une action, une rencontre et si je continue de rêver, c'est pour mieux me préparer à d'autres rencontres, à d'autres actions. Seul, le rêve n'existe pas. Il n'y a pas de recette toute prête, un savoir bien précis à présenter de telle ou telle manière capables de convaincre les autres, la majorité. Lors de nos rencontres surnaturelles, ni Laurie ni moi recevons la possibilité d'apprendre et de dévoiler des savoirs passés ou futurs car ce n'est pas l'essentiel. Abraham l'a confié à Jésus : même la résurrection des morts d'un fils de dieu à elle seule n'est pas capable de donner automatiquement la foi aux autres. Ne soit pas déçu de notre refus de te suivre.

 Nous savons tous que dans le savoir académique sélectionné par nos pouvoirs actuels, le pluralisme des options spirituelles ne peut exister que de trois manières :

Notre mouvement repose sur une autre manière d'organiser le pluralisme des options spirituelles : le mariage des cultures comme cela se faisait dans les temples d'Égypte, de Babylone, dans le temple de Salomon à Jérusalem, comme cela se refit à Cluny, Cîteaux, Clairvaux. Des procès, il y en a eu des centaines pour condamner cette pratique du mariage des cultures et renforcer les convictions ignares de ces minorités apeurées et paranoïaques voulant se refermer sur elles et pratiquer les politiques d'exclusion et de purification qui devaient leur assurer protection et prospérité. Nous serons déjà suffisamment tôt accusés mais nous viendrons au procès avec nos épées, nos armes et notre foi. Lorsqu'ils nous aurons pris nos armes, s’ils y arrivent, nous irons sans rien à la mise à mort. Le but de notre mouvement est de créer un niveau intermédiaire dans l'organisation sociale entre les états et les citoyens : le niveau communautaire puis nous quitterons les organisations étatiques. Aujourd'hui, devant ce vide, cette lacune entre des états qui ne savent plus comment gouverner l'évolution de nos sociétés et des citoyens qui en ont assez de subir les conséquences de cette désorganisation, l'accroissement des inégalités, la paupérisation des classes moyennes sous les taxes et les impôts dont les états ont besoin pour maintenir leur légitimité à travers des politiques de redistribution de revenus inefficaces, sources de gaspillages et de coûts de gestion disproportionnés, il ne reste que l'appel à l'intervention des juges. Mais cette possibilité développe une dérive : le gouvernement des juges. Nous n'en voulons pas. Tu as compris, Gérard ? Nous voulons des négociations entre communautés pour marier nos cultures dans le sens du progrès. Ce progrès est une réalité bien supérieure à l'intérêt public. Ce dernier est la valeur de base d'un système politique républicain et ce système vit et défend en priorité ses propres principes de fonctionnement. Le progrès que nous entreprenons modifie radicalement les objectifs mêmes de notre société. Nous remplaçons un système par une réalité : la primauté de la place de l'être humain et nous pouvons aller jusqu'à dire, la place de la vie dans l'organisation de la société. 

Frantz tout à l'heure a fait le parallèle entre notre mouvement et les premières communautés chrétiennes. Cette analogie me convient. Reprenons alors les faits historiques. Les zélotes ont instauré la république de Gamala selon les valeurs des communautés esséniennes. Ce mouvement s'étend de l'an 6 vers l'an 65 après J-c et nourrit des séditions fréquentes contre l'autorité romaine. La place forte de Gamala, à l'est du lac de Tibériade, fut prise par Titus en l'an 67, trois ans avant la destruction de Jérusalem. N'ayant plus d'organisation militaire pour défendre leur mouvement, les communautés chrétiennes allèrent au martyre avec le seul secours de leur foi. L'histoire a montré que cela suffit pour changer les pouvoirs en place mais au départ, pour que prenne vie le mouvement, il fallut le défendre. Jésus invite ceux qui n'ont pas d'épée à vendre leur manteau pour en acheter une. Le travail de traduction de nos rencontres spirituelles vaut bien plus que des connaissances intellectuelles ou des intérêts matériels. Il n'y pas de raison pour qu'il soit moins bien défendu face à ses adversaires.  

Un dernier point Gérard, lorsque j'étais décorporé à côté de mon corps tombé contre le fourneau et que j'attendais ne comprenant rien à ce qui se passait, lorsque j'ai vu l'envoyé des ténèbres venir derrière la cloison de ma chambre, crois-tu que j'ai cherché une solution dans l'encyclopédie universelle ? Je me suis souvenu de ma précédente décorporation et j'ai su par expérience que j'avais en moi le pouvoir de demander l'aide de celui qui était venu en moi à ma rencontre. C'est lui qui m'a assuré que j'allais de suite regagner mon corps, me relever sans avoir la moindre douleur, la moindre cicatrice. Gérard, ceci constitue une connaissance à partir de laquelle peut s'élaborer un savoir capable d'organiser un savoir global. Oh ! nous n'allons pas finasser ! Oui, pour moi, il y a un savoir spirituel. De rencontre en rencontre j'ai progressé jusqu'à oser demander pour Laurie et moi à vivre notre transfiguration. Nous avons su la réaliser et nous en avons pu en garder quelques preuves. Nous pourrions ainsi dire qu'il n'y a pas de croyance mais uniquement un savoir, un savoir spirituel ou autre. La croyance ne serait alors qu'un succédané, un ersatz du savoir spirituel proposé et possible à ceux qui n'auraient pas encore vécu une rencontre surnaturelle. Oui, là alors, je suis contre la croyance source d'obscurantisme parce que cela veut dire qu'il n'y a plus personne pour aller à la rencontre et en revenir pour partager une parole sacrée, fonder une confiance et une foi source de bonheur humain.

 Notre mouvement ne favorise pas les croyances, il partage un savoir pour favoriser les rencontres spirituelles sur le premier niveau de travail à travers la pratique des trois familles d'activités. Célébrer les mystères d'Éleusis consiste au partage d'un savoir sur la pratique des pouvoirs du monde supérieur et du monde double. Quand tous nous revivrons la célébration de ces mystères, tous nous pourrons nous souvenir que le point de départ de ce cheminement spirituel, c'est cette heure d'étude avant le repas du soir lorsque j'avais repris contact avec ma voix et que j'ai écrit ce texte qui figure à la première page du premier recueil de poésie que j'ai ensuite publié à Saint Germain des Prés. Oh ! ce poème ne vaut pas grand chose et ce n'est pas cela le plus important car il ne permet pas de suggérer ce qui s'est réellement passé lors de son écriture. Notre point de départ, c'est cette décorporation lorsque ma voix m'a échappé et a brisé le lien entre mon esprit et mon corps. C'est cet instant de création poétique. Ce soir là, à onze-douze ans, je n'ai pas su canaliser l'énergie de ma voix. Je ne suis point devenu fou. J'ai appris et la fois suivante, j'ai su gérer ma nouvelle décorporation puis mes nouvelles rencontres. Tout ceci n'a été possible qu'à travers la voie du partage. D'abord le partage insuffisant et peu gratifiant du poème présenté aux autres. Ensuite le partage du silence entre le poète et son rêve d'homme. Je ne pas suivi le trajet de Rimbaud, je n'ai pas crié seul face aux tyrans comme Essenine, Muhsam, Lorca, Desnos et tant d'autres, je ne suis pas entré au parti communiste ni entré dans une abbaye. Parmi vous, avec Laurie, j'ai trouvé le plus fantastique des partages, celui qu'il me fallait pour aller jusqu'au bout du chemin, jusqu'au bout de notre bonheur. Qui a-t-il dans tout ceci qui ne soit pas du vécu ? Dites le ! Allez ! Osez dire que ce n'est que du rêve ! Que je débloque et qu'il faut m'enfermer ! Je préfère vous reparler de Rimbaud : le poète crée un dialogue de l'âme pour l'âme et ce dialogue change la vie. Notre évolution, nous la mènerons l'épée à la ceinture pour prévenir tous les brigands de grands chemins que nous n'allons pas nous laisser tondre le dos, que c'est à eux de changer leur vie et nous savons leur montrer comment. Ces moments de vie, ces rencontres dont je vous parle, que je partage maintenant avec Laurie, Claudine et Romain, qui peut me les enlever, me les contester, les jeter dans le néant parce qu'ils ne font pas partie d'un savoir élaboré pour la défense d'une république qui se veut laïque ? Aucun juge ne peut venir changer quoi que ce soit à ces rencontres, à cette expérience spirituelle. Elle existe et change la vie. C'est tout. Nous n'avons pas besoin de procès pour partager ce message avec nos proches. Travailler sur le deuxième niveau au développement des contrats communautaires ne signifie pas s'époumoner à la barre d'un quelconque tribunal pour déclamer sa foi et la déposer face à des gens payés pour défendre des valeurs contraires puis aller moisir en prison ou aller se faire assassiner derrière des barreaux. Crois-tu que les prophètes, que Jésus, ont eu droit à un grand procès politique ? Jésus a été traité comme le dernier des brigands, comme un zélote, pas même comme un descendant de la lignée royale de David. Et Krishna tué par traîtrise avec des flèches dans le dos ? Et Mohammed et tant d'autres ?

 

Gérard ne répondit pas. Frantz poursuivit l'ordre du jour. Il donna la parole à Dan. L'officier fit également le bilan de ces six derniers mois. Avec l'aide d'Arnim, il venait de constituer un groupe d'une douzaine de chevaliers capable de diriger les opérations militaires. Jacques était la dernière recrue de ce groupe de futurs dirigeants. Tous sauf Dan restaient à leur poste dans leur armée respective et Frantz leur avait conseillé de créer des loges secrètes dans le plus pur style de la Grande Armée napoléonienne. Ils étaient tous équipés pour se connecter au réseau de l'entreprise et tous avec leurs conjoints avaient passé d'agréables moments dans l'un des clubs. Laurie s'était octroyée avec l'accord tacite de Pierre, le droit de les nommer chevalier et les cérémonies se déroulaient dans la chapelle du château de Klaus. Chacun montait autour de lui un réseau d'adhérents et de sympathisants. Anke, placée à part de ce groupe, centralisait les contacts avec différents agents secrets qui, en menant un double jeu, lui faisait parvenir les informations secrètes les plus sensibles pour la protection du mouvement. Elle était aidée par quelques membres sélectionnés de l'équipe d'informaticiens qui avaient la charge du cryptage d'une partie de la correspondance sur le réseau. Jacques avait la charge de développer un nouveau réseau de chevaliers dans le sud de la France et le pourtour méditerranéen. Dan expliqua comment il concevait la présentation d'une partie de la troupe des chevaliers lors du rassemblement à la clue. Dès la fin de ce rassemblement, il exprima son désir de rejoindre avec Laurie les États-Unis pour fonder une filiale sur le continent américain. Ses récents contacts le persuadaient qu'une réorganisation des différents mouvements américains patriotiques ou de sécurité civile devenait urgente, notamment pour tourner ces mouvements contre les groupes d'extrême droite ou les groupes racistes qui prenaient trop d'ampleur. Un contact avec le peuple haudenosaunee se poursuivait sur les bords du Saint-Laurent car leur mouvement s’inspirait de cette première confédération entre peuples née au même moment que le mouvement templier en Europe ou l’empire inca en Amérique du Sud ; le point de départ du savoir utilisé par ces organisations non étatiques se trouvant à Dendérah, sur les bords du Nil, savoir qui avait été transmis par les groupes de moines chrétiens ou coptes qui s’étaient développés sans faire allégeance au pouvoir de la papauté. Un forum allait être installé depuis un serveur placé chez un groupe de sympathisants californiens et d'ici deux ans au plus tard, Dan voulait être sur place pour coordonner cette opération. Il demanda un vote et il obtint l'accord de partir aux States d'ici au plus tard deux ans, après le rassemblement à la clue. 

L'ordre du jour épuisé, il restait la question des points divers. Arnim demanda la parole. Il demanda à Anke de venir près de lui. La jeune femme l'aida à mettre en place le micro-ordinateur et le vidéo projecteur. Elle lança la présentation assistée par ordinateur. Le groupe découvrit les nouvelles installations fixes de transmissions installées dans une dépendance du château de Klaus. Sepp en avait été le maître d'oeuvre. Grâce à des sympathisants, Arnim déclara pouvoir le cas échéant disposer de certains canaux de satellites non encore utilisés pour relayer en temps de crise plus rapidement leurs communications. Puis il montra plusieurs visages d'agents secrets qui demandaient à être fait chevaliers et le cas échéant, à pouvoir venir se réfugier au sein de leur mouvement. Il restait une question importante. Parmi ces agents secrets postulants, plusieurs s'étaient spontanément regroupés au fil de leurs entretiens sur le réseau, s'étaient rencontrés physiquement et avaient proposé à Anke de jouer un double jeu en donnant des informations fausses et favorables sur leur mouvement tout en donnant à l'équipe de Sepp accès aux bases de données les plus secrètes de plusieurs pays. Comme gage de leur sympathie, ce groupe avait donné les lieux, codes d'accès et horaires pour intercepter des transports de matériels militaires sensibles, ce qui avait permis de monter le petit centre de guerre électronique que le groupe pouvait voir maintenant sur grand écran. Arnim avait enquêté sur cette proposition et il était persuadé que ces agents disposaient des moyens pour installer une puce spéciale dérobée à la NSA, dans certains centres informatiques pour capter des informations confidentielles. Les agents ne tenaient pas à donner leurs sources. Par contre, ils assuraient à Anke qu'avec ces renseignements, il lui serait facile de connaître l'identité secrète de certains décideurs ainsi que leur décision pour donner un avantage décisif au groupe des chevaliers de manière à ce qu'ils se décident ou non à intervenir. C’était une occasion en or pour découvrir qui en réalité tirait les fils du pouvoir aux États-Unis puisque certains présidents de ce pays avaient avoué ne pas posséder le réel pouvoir de décision car ne disposant pas du contrôle effectif de toutes les sources de renseignements secrets. La proposition était très intéressante. L'accepter signifiait par contre, en cas de découverte de leur réseau d'espionnage, une lutte à mort avec ces services secrets étrangers et certainement la destruction de leur entreprise et l'assassinat de ses dirigeants, donc d'eux tous ici présents ce soir car le rapport de forces ne pouvait pas être inversé en leur faveur. Anke présenta une photo de la puce ainsi que le nom du logiciel. Elle expliqua que cette proposition pouvait être conçue comme une sorte de revanche contre les hauts-fonctionnaires américains et dirigeants de la NSA qui s'étaient accaparés grâce à ces nouvelles technologies et au logiciel Promis, les secrets des états partout sur le globe et qui détenaient le pouvoir de fait en face du Président des États-Unis. Le fonctionnement démocratique de leur entreprise et son but politique économique et social paraissaient pour ces agents secrets postulants un gage sérieux pour y voir la possibilité de mettre enfin ces secrets dans des mains plus honnêtes et davantage au service de la paix et de la prospérité de l'humanité dans une sorte de rééquilibrage du rapport de forces entre le bien et le mal.

 

Dan fut surpris et gêné de constater qu'il ignorait tout de cette question. Sepp déclara ne pas connaître l'ensemble de ces informations. Frantz suspecta publiquement Arnim de mener un jeu personnel dangereux. Anke vint au secours du vieil homme. Non, Arnim ne menait pas un jeu personnel dangereux pour l'entreprise. Elle travaillait en relation directe avec lui et ceci de plus en plus car elle s'était déchargée de son travail dans l'école d'amour. Arnim l'avait formée aux techniques des agents secrets. Elle avait rencontré certains des postulants mais n'avait pas fait l'amour avec eux. Elle utilisait surtout des codes pour correspondre avec eux sur Internet et recevoir des informations. Ces dernières semaines, Arnim l'avait introduite dans certains milieux politiques et de la haute administration d'état. Enfin, elle s'était rodée au contre-espionnage et surveillait discrètement tout ce qui se passait sur le réseau et dans la vie de l'entreprise, ceci avec l'aide de Sepp. Laurie précisa qu'elle était au courant des liens très étroits et intimes qui s'étaient renoués entre Arnim et Anke. Elle alla chercher dans une pièce voisine une cassette vidéo et la projeta au groupe. Une fois, il y a quelques mois, dans l'école d'amour, pour la leçon sur le sadomasochisme et certaines déviances, Anke avait proposé d'assurer une démonstration avec Arnim. La douzaine de couples élèves et leurs moniteurs s'étaient retrouvés dans une vieille ferme pour un après-midi et une nuit de travaux pratiques. La vidéo ne reprenait que les meilleurs moments et le groupe dut constater qu'Anke ce jour là était allée encore beaucoup loin avec Arnim que ce qu'elle avait raconté de la séance dans le manège équestre du château de Klaus. Le fait que les couples élèves se mêlent de temps à autres à certaines séquences attestait du partage réalisé et rendait les images moins difficiles à soutenir. A l'évidence ces relations intimes soudaient le secret indéfectible entre le vieil homme et la nouvelle et blonde agent secret. A la fin de la vidéo, Laurie expliqua que la place d'Arnim et d'Anke pouvait être semblable à celle qu'elle et Pierre tenaient dans le groupe. Leur couple animait et contrôlait à travers un rôle d'expertise, les activités de la troisième voie sur les premier et second niveaux de travail. Arnim et Anke allaient faire de même sur le troisième niveau de travail pour ce qui concerne l'organisation politique, économique et sociale. Ils animeraient une communauté qui en secret gérerait les menaces et les sources de conflits que leur mouvement rencontrerait inévitablement, gérerait également dans le secret bancaire le plus absolu les transactions faites sur le workflow dédié aux échanges dans les SEL et avec la bancassurance. L'essentiel était de trouver les indispensables moments de partage de tous ces secrets pour conforter une démocratie directe. Pour développer la démocratie directe dans leur mouvement, Frantz avait étudié attentivement les travaux de Lewis H. Morgan sur la société iroquoise et son système politique confédéral ainsi que les travaux d’Engels et de Marx à partir du livre de Morgan. Cette référence historique à la Grande Loi qui Lie qui servit de base à la rédaction de la Constitution des États-Unis en 1787, était également utilisée dans leur mouvement pour établir l’organisation du mariage des cultures sur le troisième niveau de travail et l’établissement d’un contrat social.

 

      

  la liste des épisodes       accueil