D’ÉLEUSIS A DENDÉRAH  

QUATRIÈME PARTIE

sur le chemin de leur passion 

 

LES ACTIVITÉS DU MOUVEMENT DURANT LES DOUZE DERNIERS MOIS

   

page entière

L'aurore rejoignit Pierre en haut du vallon de Caramagne. Il était légèrement en retard mais il décida de poursuivre sa route et après les petits lacs du Sabion , il grimpa sur la gauche dans les éboulis pour passer devant une casemate, vestige des fortifications et des combats de 1940 qui ne laissèrent pas passer les italiens. Il rejoignit par un sentier de fortune à travers un pierrier, sur une courbe de niveau plus facile, le col du Vei del Bouc qui surplombe la combe d'une hauteur aérienne plaisante. Il s'assit sur l'herbe du haut rocher à droite du col. L'aube s'était levée et le soleil montait de l'orient. Pierre chercha à voir si les neiges du Viso étaient visibles et il scruta le grand arc de cercle du massif alpin sur le bord duquel il se trouvait. L'altitude réduite n'offre pas le même panorama que depuis un sommet de plus de quatre mille mètres de Haute-Savoie ou du Valais. Le poète visualisa l'espace. Il fit partir son regard de la partie de l'arc alpin correspondant aux région du Mont-Blanc et du Valais, plutôt du Valais qui marque mieux le point central de la courbure, courbure qui se répercute comme une deuxième onde à travers l'Oberland puis jusqu'au Ballon d'Alsace et aux hautes Vosges. De ce point, il traça une droite le long des Apennins, versant Adriatique, pour traverser le Péloponnèse, la Crète et arriver au delta du Nil puis à la vallée du Nil. De l'autre côté, au delà des Vosges du sud, cette ligne droite amena le poète le long des côtes de Grande-Bretagne, côté mer du Nord jusqu'en Islande puis au Groenland et de l'autre côté de ce continent, à Thulé. Quelle signification pouvait avoir cet axe de poussée des forces telluriques ? Il s'appliqua alors à poser son regard en direction de Turin et de Milan par où allaient venir la caravane de ses amis. C'était le grand jour de leurs retrouvailles et dès demain, ils monteraient à la clue pour achever l'installation de leur camp de base. Des équipes d'artisans de leur entreprise étaient en train d'achever le décor de la grotte et de la vaste salle souterraine. Au pied de la clairière rectangulaire qui descend le versant de la colline, une scène en demi-cercle avait été construite en bloc poli de calcaire et un abri aux colonnades corinthiennes fermait l'arrière-plan en un décor approprié au jeu qui allait s'y dérouler. Dans le sous-bois, à une centaine de mètres des clairières, une coupe diffuse permettait maintenant d'y installer les équipements de cuisine et plus loin encore les sanitaires. Chacun dormirait à même le sol et à la belle étoile. Il n'était pas question d'installer des tentes même si des bâches avaient été prévues en cas de violent orage. Une équipe plus nombreuse achevait les décors dans l'oppidum. La chapelle avait été décorée et les broussailles enlevées dans l'enceinte de la forteresse et à l'extérieur, autour de la muraille. Le matériel nécessaire à l'embrasement de la citadelle devait être posé et demain après-midi, une répétition de l'attaque de l'oppidum par les six Huey armés aurait lieu, sans tir toutefois... Pierre avait rêvé mainte fois le déroulement de ces cérémonies et par la messagerie, avec le groupe resté au club, il avait accepté à la demande de Laurie, de rédiger les textes qui seraient dits. En fait, il répétait et améliorait des textes que Laurie avait déjà en main par l'intermédiaire de Françoise mais le groupe composait autour d'eux un scénario de manière à pouvoir jouer une représentation théâtrale... Pierre avait donné son accord sur ce qui allait se passer dans l'oppidum.

 

Par contre, ce qui allait se passer dans la grotte avait mis beaucoup plus de temps à se décider. Pierre, en mémoire d'un fait troublant faisant partie de son expérience surnaturelle, avait tenu à provoquer chez lui et chez Laurie une brusque dilatation des bronches de manière à comprimer la trachée jusqu'à ne plus laisser passer d'air. Ce blocage soudain de la respiration après un état de syncope peut entraîner l'asphyxie et plus tard la mort. Le médecin de famille après avoir écouté Pierre, la fois là, l'avait rassuré en lui racontant que ce type d'expérience était souvent pratiqué chez les étudiants en médecine en mal d'aventures extrasensorielles. A ce moment là, leurs deux corps seraient mis sous surveillance médicale de manière à le conserver en état de mort apparente tout en assurant une oxygénation suffisante à la faible circulation sanguine si cet état devait se prolonger. Pierre pensait qu'un état de syncope doublé par un état de décorporation provoquerait le départ de celui qui vit en nous et ainsi, sans recourir à la mort d'autrui, ils pourraient plus aisément s'incarner avec lui et ensemble, opérer cette communion qui leur redonnerait l'image de leur éternité et ce, dans des conditions beaucoup plus proches de la véritable mort du corps charnel. Pierre tenait à cette manière d’opérer car il avait besoin de temps pour réaliser tout ce qu’il projetait avec Laurie : il voulait avoir le temps dans les mondes supérieurs et double pour aller à la rencontre de certains défunts… oh ! des personnages très connus ! qui l’aideraient à aller jusqu’au bout ultime de son initiation afin de posséder sans faillir les puissances des mondes double et supérieur pour assurer la victoire de leur mouvement dans les combats qui s’annonçaient. De plus cette manière d’opérer était facile à mettre en œuvre et en cas de succès, elle pouvait être proposée à d’autres postulants à la plus haute initiation, comme c’était le cas dans les temples de l’Égypte antique ou les cavernes des peuples primitifs.

 

La discussion sur ce point avait été houleuse avec le reste du groupe et les médecins engagés par l'entreprise n'avaient cédé à sa demande qu'après de longs échanges sur la messagerie et sur l'intervention pressante de Laurie qui faisait confiance à son guide. Peu à peu les mots " suicide" ou "folie" avaient été évacués de leurs propos et Laurie pensait que son poète d'amant, lorsqu'il aurait recouvré son inspiration, une fois dans son double charnel, pouvait avoir une toute autre idée sur la question, moins aventureuse et plus humble. Avec lui, elle aimait s'attendre à tout ! Mais elle avait manifesté à son poète d'amant un peu de déception. Pourquoi compliquer encore les choses ? Pourquoi ne pas continuer à faire comme précédemment, à utiliser la prière ou la relation amoureuse charnelle pour mieux provoquer une fertile décorporation ? Avait-il peur de faire l'amour à sa muse, à sa shakti devant plusieurs centaines de personnes ? Cela ne tenait-il qu'à ce genre de pudeur ? Claudine et Romain feraient bien aussi l'amour à côté d'eux et ils étaient d'accord. En dernier lieu, il ne pourrait y avoir qu'un seul couple qui fasse le voyage : elle et Romain, à lui de se débrouiller avec Claudine ! Pierre se justifia en voulant expérimenter une méthode certes plus brutale pour provoquer la séparation de l'esprit du corps mais cette méthode était probablement une des rares possibles pour quelqu'un qui n'avait pas fait le moindre pas sur le chemin de sa spiritualité. Si cette démarche donnait satisfaction, elle permettrait de réaliser une initiation très poussée dès le moment où une personne le souhaiterait. La productivité de cette démarche basée sur une syncope était incontestable. C'était bien là l'explication du recours à une grotte, à un monde souterrain froid et humide. Pierre, la fois là, avait passé plusieurs heures dans le froid et le brouillard d'un début de novembre. C'est les poumons remplis de cet air froid et humide qu'il respira alors de l'air surchauffé et sec, ce qui dilata les bronchioles jusqu'à bloquer les voies respiratoires et entraîner la syncope. Cette expérience correspond à un séjour dans une grotte parmi un air froid et humide. Il suffit alors d'introduire une possibilité de respirer de l'air chaud et sec pour reproduire ce phénomène physiologique entraînant une syncope, syncope réversible le cas échéant en provoquant un choc nerveux comme par exemple une forte douleur provenant d'une brûlure si la personne d'elle même n'arrive pas à demander à la présence qui vit en elle de regagner son enveloppe charnelle. Pierre ne voulut pas paraître péremptoire mais il pensait que cette technique simple, réversible et reproductible avait été utilisée selon le cas par les prêtres des temples égyptiens comme par les prêtres d'Éleusis pour permettre à quelques uns parmi eux, en état de décorporation depuis des endroits froids et humides, d'utiliser les pouvoirs des mondes supérieurs et doubles. Laurie, Claudine, Romain et lui utilisaient des méthodes plus spirituelles ou l'extase amoureuse comme préparation à cette pratique des pouvoirs supérieurs. Pierre rappela qu'il avait mis dix ans avant de raconter son expérience de la traversée du puits de lumière et bien des années plus tard, il y eu seulement la rencontre avec Laurie. La pratique des mystères d'Éleusis ne peut reposer sur un laps de temps aussi considérable et sur l'entassement de telles coïncidences. Au contraire, il faut introduire une méthode la plus fiable possible. Le poète, pour le moment, maintenait sa position. Laurie se posait trop de questions. Elle en faisait trop, elle ne savait pas ce qu'il avait prévu pour leur seul couple.

 

Ce matin, dans cet air pur et vivifiant de la montagne, sous ce chaud soleil d'été, Pierre en avait encore l'esprit retourné. Parmi les membres qui venaient à leur réunion estivale, seule une vingtaine connaissaient précisément ce qui allait se passer. Les autres savaient qu'ils allaient approfondir leurs activités de la troisième voie et qu'ils célébreraient des mystères semblables aux mystères d'Éleusis, que quelque chose d'important allait se dérouler. Pierre pensa à eux. Il pria pour que d'autres se préparent eux aussi à s'engager sur le chemin de leur passion. Leur époque ne souffrait plus une telle absence d'indications sur le chemin à suivre. La flamme devait plus que jamais briller et témoigner de la lumière intense mais jamais aveuglante qui nous transporte chez nous. L'impatience de revoir ses amis poussa Pierre à dévaler le sentier pour revenir à sa voiture. Arrivé aux petits lacs, il constata qu'il avait trop d'avance sur l'horaire et plutôt que d'attendre dans le vacarme de la plate-forme douanière autoroutière de Vintimille, il se déshabilla pour se baigner dans le plus grand des lacs puis cassa la croûte en se laissant sécher par le soleil du premier matin. Il se remémora les faits marquants de cette dernière année dans le développement de leur mouvement.

  Les efforts déployés pour animer leur centre communautaire s'avérèrent rapidement intéressants. Les artisans et compagnons de leur mouvement recrutèrent sur place des équipes dont ils augmentèrent le niveau de qualification, surtout en conception et dessin assistés par ordinateur. Chaque étape de la construction de leurs maisons de vie fut isolée et organisée au meilleur rapport coût-qualité avec une optimisation d’économies d’échelles. Les corps de métier se regroupèrent par chantiers répartis à travers toute l'Europe : ici la taille des pierres, là la découpe des charpentes et du bois, là encore la décoration intérieure. Les nouveaux embauchés et, le cas échéant, leurs familles furent hébergés chez d'autres membres du mouvement. Leur départ entraîna un deuxième recrutement de professionnels pour la réalisation des travaux de gros œuvre avant que les sous-ensembles fabriqués par les équipes confirmées n’arrivent pour le montage final. Au début de ce printemps, le centre eut écho de plaintes des entreprises locales qui ne s'expliquaient pas le départ soudain d'une bonne partie de leurs meilleurs salariés. Un Inspecteur du travail se présenta à l'accueil du centre et Gérard lui répondit qu'il n'y avait pas de chantier déclaré ni la présence d'une société commerciale. Aucune activité soumise à un quelconque contrat de travail ne s'y déroulait. Bien entendu, il y avait des gens qui venaient et passaient ici mais ils s'activaient pas sur la base d'un contrat de travail tel que prévu par la loi du système politique économique et social encore au pouvoir. Les membres de leur mouvement s'entraidaient dans un esprit mutualiste sans rechercher un profit matériel personnel. Gérard ne voulut pas se lancer devant lui dans une explication des trois niveaux de contrat. Il lui indiqua brièvement que si vers les années 1850-1860, les décideurs politiques choisirent de donner la priorité à des sociétés de capitaux gérant des droits de propriétés individuels. Leur mouvement se rattachait davantage aux sociétés de personnes. Gérard lui parla de Pierre Leroux et de ces sociétés dans lesquels, par leur travail, les membres ouvriers ou dirigeants acquièrent des droits sur le patrimoine commun de leur entreprise, droits individuels qu’ils transmettent à leur famille. Si le développement de ces sociétés de personnes fut interdit vers 1860, ce développement reprenait maintenant son cours. Toute évolution qu’il faut recommencer après une période d’interdiction est bel et bien une re-évolution, bref une révolution ! Et l'inspecteur fut reconduit poliment. L'ouverture d'anciennes carrières de pierre permit l'embauche et la formation de jeunes tailleurs de pierres. La machine à jet d'eau sous très haute pression découpa facilement le calcaire. D'autres machines identiques avaient été construites par les membres et fonctionnaient dans des carrières de grès et de marbre. La concentration au plan local des recrutements avait produit son effet et diminua le taux de chômage. Par contre, les employeurs locaux s'étaient vite heurtés à un manque de main d'oeuvre qualifié et à un phénomène de goulot d'étranglement. Sur le site Web de l'école communale, l'instituteur et les élèves reprirent les explications de Gérard : les lacunes du système de l'éducation nationale ne pouvaient pas être opposées à leur mouvement. Les employeurs locaux devaient s'inspirer des manières de faire du mouvement. Ces travaux avaient aussi permis de démontrer les capacités du mouvement à former, qualifier, motiver et faire voyager les gens. La plupart des nouveaux recrutés avaient souscrit une adhésion à la bancassurance et à travers la pratique d'activités de la première voie, se préparaient aux activités de la deuxième voie et à leurs débuts, entre autre, dans une école d'amour de manière à pouvoir être reçu comme adhérent et pouvoir postuler à entrer dans les communautés de compagnons ou de chevaliers afin d'exercer les responsabilités économiques, politiques et sociales.

 

Le premier conflit se déroula en septembre quand les collèges et lycées voisins constatèrent une chute brutale de leurs inscriptions et l'absence de leurs meilleurs élèves. Gérard avait réussi à ouvrir plusieurs centres de formation dans la région et ailleurs en Europe. Quelques élèves, selon le domaine de formation choisi, étaient partis aux États-Unis. Le coût de ces formations était nul pour les familles, les élèves réalisant des travaux qui leur permettaient de payer les frais d'hébergement et de nourriture. Gérard avait bien fait préciser à tous que le coût de la formation même n'était pas à faire payer aux élèves et à leur famille. La prestation donnée par les formateurs permettait à ces derniers de faire des échanges dans le cadre de leur mouvement et de bénéficier d'autres productions pour satisfaire leurs besoins économiques et sociaux. Un proviseur vint un jour se renseigner à l'accueil et demander des nouvelles de quelques élèves. Il avait reçu cette adresse par des parents. Gérard et son équipe l'invitèrent dans une salle de réunion et sur grand écran, il put suivre les visioconférences avec les élèves demandés et disponibles ce jour-là. Une heure après, il avait pu discuter avec les élèves en question qui lui avaient montré grâce à des webcams leur cadre de vie et de travail, les projets sur lesquels ils se formaient et les moyens dont ils disposaient pour réussir. Ces jeunes étaient très communicatifs pour transmettre leur enthousiasme ainsi que leur volonté de ne plus revenir en arrière dans un système de formation désuet. Le proviseur constata que la foi peut soulever des montagnes, qu'elle est sans commune mesure avec des plans ministériels de formation, des réformes de tel ou tel gouvernement, des réformettes de quelques hauts-fonctionnaires. Il s’en alla après s’être inquiété si lui aussi pouvait s’inscrire discrètement à quelques actions de formation, la question qui restait en suspens dans son cas était celle du projet de vie auquel les rattacher.

 

Quelques mois plus tard, le centre communautaire demanda l'aide des équipes de Sepp et d'Anke pour savoir ce qui se tramait chez les décideurs locaux. Anke et Sepp vinrent organiser la manoeuvre. C'était facile : des hôtels ou des locations étaient disponibles à proximité des bâtiments à surveiller : mairie, gendarmerie, chambre de commerce, sous-préfecture, tribunal, etc. Des chevaliers vinrent s'installer près de ces bâtiments et grâce à leur matériel d'écoute, transmirent au centre de guerre électronique tout le trafic de ces administrations et entreprises. Le matériel de base était constitué de micro ordinateur et de leurs logiciels de capture à distance d'écrans. Comme les bâtiments ne possédaient pas de cage de Faraday, toutes les informations qui défilaient sur les écrans dans ces bâtiments étaient capturées sur les micro ordinateurs des chevaliers qui, grâce à des petites antennes satellites, les transmettaient au château de Klaus. Après une remise en forme, ces masses d'informations étaient expédiées au calculateur de l'usine à Karlsruhe où le logiciel spécial de gestion de base de données extrayait les informations voulues. C'est ainsi que les chevaliers résidant au centre communautaire prirent connaissance des principaux problèmes locaux. Dans le camp adverse, peu d'organisations disposaient d'adresses Internet et de sites web convenablement fréquentés. Entrer en contact avec ces organisations étaient illusoire, il valait mieux agir sur les problèmes d’intérêts publics et laisser les résultats être diffusés dans les journaux locaux quitte à venir influencer les rédactions pour qu’elles osent publier la réalité des évènements. A partir des renseignements obtenus par les moyens ROEM, les chevaliers décidèrent de mener leur propre action pour arrêter une bande de braconniers qui tuaient soit du gibier soit dépeçaient dans les champs, des bovins. Deux hommes avaient été repérés pour avoir attaqué et violé des jeunes filles. Un enregistrement ROEM d’une conversation entre eux sur ces crimes avait été fait. Ils poursuivirent également une bande de jeunes qui commettaient des séries de délits : petits cambriolages, rackets d’adolescents, vols à la tire. Grâce au moyens ROEM et à la capture des contacts téléphoniques à partir de téléphones mobiles, ils possédèrent rapidement les informations pour intervenir en flagrant délit. Un matin, les gendarmes trouvèrent devant la porte de leur bâtiment, une douzaine de braconniers ligotés et bâillonnés ainsi que les armes, le gibier et des cassettes vidéo prouvant sans contestation possible les faits. Le lendemain et dans les mêmes conditions, les gendarmes trouvèrent la bande de jeunes délinquants pareillement ligotés avec toutes les preuves de leurs méfaits. Par Internet et un correspondant en Allemagne, la liaison se fit avec la gendarmerie. Un procureur de la république à la retraite et membre du mouvement était parti rejoindre cette maison commune allemande et de là, dirigea la liaison avec la gendarmerie. Les gendarmes comprirent alors qui avait fait le travail à leur place et quels avaient été les renseignements à l’origine de ses arrestations. Les gendarmes convinrent à regret qu’ils ne disposeraient jamais de ces moyens de recherche d’informations. Ils transmirent sans hésitation les dossiers au procureur de la république. Le problème vint du fait que la messagerie du tribunal de grande instance n’étaient pas consultée quotidiennement et que son serveur de messagerie était dérangé par des virus. L’équipe d’Anke ne peut ainsi poursuivre le dialogue électronique commencé avec la gendarmerie. Deux chevaliers demandèrent alors audience au procureur pour le décider à poursuivre et faire juger les délinquants. Devant sa perplexité fondée sur le fait que ce n'étaient pas des officiers de police judiciaire en fonction qui avaient procédé aux arrestations, les chevaliers, à la fin de l'entretien, sortirent leur matériel d'enregistrement et lui montrèrent les images et la bande son de l'entretien. Ils lui dirent que s'il ne faisait pas condamner ces délinquants, toute l'affaire serait rendue publiques sur Internet et que par Internet, ils demanderaient des sanctions disciplinaires contre lui au Ministère de la Justice qui, lui, avait une adresse Internet opérationnelle. Dépassé par les événements, le procureur promit de poursuivre sans faille les délinquants. A partir de ce succès, un groupe de chevaliers réussit à nouer des contacts réguliers et discrets avec l'équipe de la gendarmerie.

 

A l'entrée de la petite ville, aux heures d'entrée et sortie du travail, de multiples feux rouges aux carrefours provoquaient des ralentissements conséquents. Le flux des personnes se rendant au travail était stoppé alors que souvent une ou deux voitures débouchaient seulement des rues perpendiculaires. A midi ou le soir, le trafic passait par d'autres sens. Il fallait donc modifier la programmation des feux et les synchroniser selon les heures de la journée. Des courriers et des entretiens eurent lieu à la mairie en ce sens. Le matériel n'étant pas modifiable, une réponse négative parvint au centre communautaire. La solution envisagée par la mairie était la réalisation d’éventuels rond-points lorsque la géographie des lieux le permettait, ce qui était rarement le cas tant l’emprise des propriétés privées jouxtait la route Une semaine plus tard, grâce à l'aide de quelques compagnons électroniciens et électriciens, l'ensemble des feux fut modifié et programmé pour répondre aux besoins de la circulation. Les gendarmes reçurent par Internet les plans de l'installation et ils acceptèrent, en secret, de veiller sur l'emplacement où était enfoui le boîtier central, tâche dont ils s'acquittèrent avec dévouement. Le journal local reçut dans le courrier des lecteurs, des lettres de félicitations adressées aux autorités locales. L'instituteur reçut dans sa boîte aux lettres électronique, un dossier mené par un compagnon avec le chiffrage des économies réalisées en temps de travail, carburant et usure des voitures, pollutions, en gains pour la santé de la population. Sur une année, les chiffres étaient conséquents. Il suivit les conseils du compagnon avec lequel il eut une visioconférence et envoya sous le nom de son école, le dossier au journal local qui s'empressa de le publier. Au bout de quelques mois, la vie locale se trouva transformée. La délinquance avait disparu. La circulation routière était plus fluide. En une nuit, les toilettes publiques avaient été rénovées et les WC turcs remplacés par du matériel d'origine japonaise qui se nettoyait automatiquement.

 

Début mai, une plage naturiste avait été ouverte sur une gravière réaménagée pour être adaptée à la baignade. La gendarmerie avait proposé à la mairie d'assurer la surveillance de la plage mais le préfet avait refusé. Le centre proposa de mettre gratuitement à la disposition de la mairie des maîtres nageurs-sauveteurs diplômés et la mairie ne put décliner l'offre. La plage resta donc ouverte et les membres du centre communautaire comme les membres de passage au centre se firent un devoir de s'y rendre. La plage fut bientôt l'endroit publique le plus fréquenté du voisinage par des gens de tout âge. Régulièrement au début, des membres du mouvement firent des rondes pour débusquer les voyeurs de tous âges embusqués à la lisière du bois voisin. Ces derniers étaient ensuite amenés au bord de la plage et une équipe de femmes jeunes et moins jeunes les prenaient en charge pour leur faire visiter la plage et leur demander de saluer et de faire la bise aux naturistes présents. A la fin de la séance, peu d’hommes ou de garçons repartaient en se sauvant. Presque tous, abasourdis par l’accueil reçu et pour ne pas quitter la proximité de ces femmes nues dont ils s’étaient approchés, restaient là et se déshabillaient pour s’installer parmi le groupe des femmes. Il suffisait à l’une d’entre elles d’aller à la buvette chercher le nombre de serviettes de bain correspondant. La plupart de ces personnes revenaient les jours suivants puis s’inscrivaient dans les activités de loisirs ou de sports proposées. Rapidement le nombre de voyeurs diminua jusqu’à cesser d’exister. La piscine municipale qui se plaignit de cette concurrence sauvage, reçut par le biais du journal local, le conseil d'organiser une à deux fois par semaine des journées naturistes. La proposition resta sans suite.

 

Fin juin et début juillet, des soirées autour de feux de joie furent organisées à côté de la plage. Des moniteurs et monitrices de l'école d'amour arrivèrent au centre et initièrent la jeunesse locale au tantrisme et aux jeux sensuels et érotiques. Des personnes plus âgées vinrent rejoindre les groupes. Une organisation se mit en route pour fidéliser un même public un soir donné de la semaine afin de favoriser un approfondissement des échanges et du partage. Le thème retenu fut l’utilisation des jeux sexuels dans l’évacuation de la violence et l’exemple qui servit de point de repère fut tiré du livre de Malinowski sur la vie sexuelle des indigènes des îles Trobriands en Mélanésie. Le point d’orgue fut l’organisation d’une soirée et d’une nuit de combats entre deux clans composés du même nombre de couples légitimes ou formés pour cette occasion. Chacun, chacune devait saisir l’opportunité de se placer dans le camp adverse de celui ou celle qui était l’objet de désirs les plus inassouvis et qui cette nuit, si l’on était gagnant, allait devenir pour quelques moments le sujet de vos satisfactions les plus osées et sans aucun tabou. Plusieurs familles naturistes y participèrent : les parents d’un côté, les enfants de l’autre et l’expérience de la transgression du tabou de l’inceste eut lieu dans la mêlée générale. Le déchaînement des passions se poursuivit jusqu’à l’épuisement des participants. Le lendemain dès l’aube, après une nuit passée à dormir nus les uns parmi les autres, vainqueurs avec leurs prisonniers ou prisonniers déjà libres pour avoir donné tant de plaisir à leurs vainqueurs, tous firent une dernière fois l’amour ensemble et les techniques que Werner avaient apportées dans le groupe des fondateurs avaient été adaptées pour unir des groupes de près d’une centaine d’amants. A proximité de la plage, un groupe de chevaliers armés protégea l’endroit contre toute intrusion étrangère. La gendarmerie se débrouillait pour ne pas intervenir lors de ces soirées et de ne pas donner suite aux demandes de ses supérieurs hiérarchiques. Mais des groupes dans la région se constituaient pour manifester contre ces soirées à la gravière. Les moyens ROEM furent réorganisés pour suivre maintenant les activités de ces groupes d'opposants.

 

Le maire venait d'être obligé de fermer la maison des jeunes et de la culture car les locaux n'étaient plus conformes aux normes de sécurité. Le budget municipal avait beaucoup de mal à couvrir les dépenses de fonctionnement de ce service social. C'était également une des conséquences de la construction récente d'une salle polyvalente à la demande des associations locales. Ces dernières pouvaient y organiser leurs réunions et grâce à la cuisine et au bar, des repas s'y déroulaient de manière à financer davantage leurs activités associatives. Un club de tennis de table s’était constitué pour jouer dans cette salle polyvalente mais la demi-douzaine de membres ne pouvaient servir de prétexte pour rentabiliser les locaux. Les voisins de cette salle polyvalente venaient de déposer une pétition pour demander une meilleure isolation phonique car lors des soirées repas, la musique et les orchestres les dérangeaient par une pollution sonore exagérée. La mairie, agacée par ces demandes insistantes, pour limiter ses dépenses, avait donc décider de fermer la maison des jeunes et de la culture construite depuis plus longtemps et qui était passée de mode. Le soir suivant cette décision de fermeture, à la plage, les réactions de la jeunesse se firent virulentes. Les compagnons et chevaliers décidèrent de réagir. Le lendemain soir, ils installèrent un projecteur vidéo et un grand écran. A l'aide d'une présentation assistée par ordinateur et de calculs, ils démontrèrent au public qu'un centre culturel ne peut durer sans trouver son propre système de fonctionnement. Les compagnons utilisèrent ce cas pour montrer comment la gestion et la résolution de problèmes étaient mises en place dans une organisation en réseau. N'être qu'un relais dans la fourniture quasi gratuite d'une offre culturelle ne peut garantir le développement d'une telle organisation sans grever exagérément les impôts. La maison des jeunes devait être le centre de son propre réseau d'échanges de manière à pouvoir ouvrir plus grand encore les accès à la culture. Il faut sortir du système dans lequel toujours plus d'argent est nécessaire. L'exemple de leurs soirées fut évoqué pour dire qu'une première solution consiste à revoir le niveau des besoins. L'été, des réunions dans une clairière, sur une plage au bord d'une rivière, peuvent suffire et il n'y a alors aucun problème de sécurité lié à des locaux ni à des problèmes financiers pour faire tourner le fonctionnement de ces locaux ou un système d'air conditionné par exemple. Ceci pour limiter les coûts de fonctionnement sans modifier la structure actuelle de cette organisation Sinon, l'autre solution plus intéressante résidait dans le choix d'une économie en réseau. Le public assista alors à une présentation du mouvement communautaire, de la bancassurance, des SEL. Les jeunes comprirent enfin qu'est-ce qu'il y avait derrière le fonctionnement du centre communautaire. Par visioconférence, le public put entrer en contact avec des jeunes de la région qui avaient choisi de se former dans le cadre du mouvement. Pour échanger dans le cadre des formations qu’ils suivaient, ces jeunes organisaient pour les adultes des spectacles, des conférences, des activités sportives. La maison de vie de leur région ne désemplissait pas : après les formations, les locaux servaient de lieu de détente, de spectacles, d’activité sportive. Une cuisine collective et une salle de restaurant fonctionnaient trois fois par jour. L’école d’amour locale occupait aussi certains jours ces locaux. C’étaient bien de réelles maison de vie. La comptabilité d’une maison de vie fut expliquée et l’interdépendance entre flux internes et externes mise en évidence. Par rapport à cette gestion participative et inventive, celle de la maison des jeunes et de la culture faisait preuve d’un archaïsme affligeant. Une démonstration à partir d'un forum expert et d'un groupware permit de montrer l'intérêt du travail sur écrans partagés, sur un tableau blanc pour développer les compétences et diffuser un savoir. Pour finir la soirée, l'assistance suivit la présentation de l'arrestation des jeunes délinquants, elle écouta l'enregistrement des entretiens entre la gendarmerie et le procureur retraité adhérent du mouvement, puis l'enregistrement de l'entretien des chevaliers avec le procureur. Le public fut abasourdi. Gérard intervint pour leur expliquer qu'après avoir reçu ces informations et pour pouvoir participer encore à ce partage d'actions et d'informations, pour les rassurer et les tranquilliser maintenant qu'ils possédaient ces secrets, ils devaient sceller entre eux un serment pour protéger ce secret, le conserver dans le domaine du sacré. Le partage de ces informations confidentielles devait s’opérer dans le cadre du premier contrat interpersonnel inviolable et sacré. A partir de ce partage, le travail en commun dans leur groupe de vie pouvait se développer sur une base de confiance décuplée et une motivation plus enthousiaste dans le cadre d’une résolution de problèmes utilisant le principe de subsidiarité.

Après une brève discussion, le public accepta de prêter serment pour sceller ce premier contrat interpersonnel. Une monitrice de l'école d'amour leur expliqua comment devait se dérouler ce rite et sur l'écran géant, le public assista à un tel rite. Avec le sourire et dans la bonne humeur, ils acceptèrent de choisir une douzaine de jeunes femmes et jeunes gens avec lesquelles ils célébrèrent ce rite du prononcé du serment. Par la suite, le centre régional de vie prit contact avec la mairie et les services fiscaux pour leur proposer que la réfection de la maison des jeunes et de la culture se fassent selon une organisation en réseau : les compagnons avec les jeunes des quartiers environnants feraient les travaux et ceux-ci seraient valorisés et pris en compte au titre des impôts versés par le centre communautaire. Une lettre courtoise arriva du centre des impôts. Aucune disposition réglementaire ne prévoyait ce genre d'arrangement. La demande était donc rejetée. Gérard renvoya la réponse avec une copie du dossier sur les dix villes libres d'Alsace et les accords passés par l'empereur du Saint empire romain germanique avec ces dix villes pour les affranchir de l’impôt impérial. Il joignit quelques écrits historiques sur l’entreprise politique de Jeanne d’Arc qui proposait aux villes que son armée libérait des Anglais et de leurs alliés, de rallier une organisation en réseau de villes libres d’impôts envers le roi de France, même si cette entreprise tourna vite court tant elle rappelait l’organisation templière détruite un siècle auparavant. Gérard formula clairement sa demande : il demandait à l'état français d'établir un tel accord avec le centre communautaire pour obtenir une dispense de l'impôt moyennant l'échange de tels services, ceci ne pouvant qu'enrichir la collectivité nationale, chiffres à l'appui. Fin juillet, l'organisation du centre communautaire, son but économique, politique et social, ses quelques réalisations locales, étaient donc connus de tous. C’était à l’état et à son administration d’accepter ou non la création de richesses en biens matériels et en services relationnels, réalisée par le mouvement organisé en réseau. Cette production de leur mouvement ne pouvait pas se solder uniquement à travers du bénévolat, encore moins à travers le versement à l’état d’une taxe sur la valeur ajoutée alors qu’aucun paiement en monnaie institutionnelle n’avait eu lieu entre les membres de leur mouvement.

 

L'équipe de Sepp, depuis l'arrivée de Michel se structura en deux sous-groupes. Le premier, le plus important, continua à développer les applications civiles sur leurs intranets et extranets. Le second se spécialisa dans le domaine militaire. Durant l'été, les agents secrets adhérents du mouvement se rencontrèrent dans le club de Baden-Baden ainsi qu'au centre informatique et au centre de guerre électronique. Anke les décida à accepter parmi eux Dan et Laurie ainsi que Frantz, Jacques, Sepp et Michel. La question principale de leur séminaire porta sur la capacité des chevaliers à lutter à armes égales avec les moyens engagés par les principales puissances militaires. Laurie défendit âprement l'idée que c'était bien à eux de montrer que seuls ils avaient réussi à mettre le sabre sous la garde du sacré. Ils n'avaient pas à montrer à ces puissances étatiques qu'ils avaient réussi à organiser la production et la sauvegarde du sacré, que le temple avait été à nouveau déblayé, reconstruit et qu'il ne suffisait plus qu'à réaliser le transfert du sabre des mains des états dans celles des ordres chevaliers. Non, ceci était de la pure naïveté....aux chevaliers de démontrer qu'ils avaient réussi par leur courage, leur bravoure et leur détermination à forger et à se saisir d'une épée encore plus forte, d'un sabre encore plus étincelant pour le placer dans le temple. Une partie des agents secrets s'intéressa de suite à ce but, les autres s'interrogèrent sur la folie de cette entreprise. Laurie les secoua en leur demandant de réfléchir au pouvoir bien plus puissant et terrifiant qu'une seule personne pouvait manifester lorsque celle-ci avait revêtu les atours de pharaon. Elle ne leur parla pas de Pierre mais tous savaient qui était Pierre. Laurie leur demanda de travailler pour arriver à prendre la maîtrise de satellites civils ou militaires de manière à les utiliser le moment venu au profit du mouvement ou sinon à les neutraliser, voire les détruire. Une des cibles était bien entendu le système Échelon[1]. De la même manière, ils devaient trouver les moyens pour, par exemple, diffuser sur les chaînes de télévision leurs propres informations à la place des journaux télévisés actuels. Des hommes et des femmes étaient capables de réaliser cela en utilisant des équipements et des technologies disponibles dans le secret des armées modernes. A eux de les trouver et de les rassembler, aux chevaliers de protéger ces compagnons, au pharaon d'utiliser ses pouvoirs particuliers pour diriger le combat et arracher le sabre des puissants qui refuseront de s'en séparer pour le confier aux gardiens du sacré. Laurie leur assura que , tout comme ils avaient été initiés et fait chevaliers, leur tour viendra où tous assisteront à une célébration des mystères d'Éleusis et seront ainsi mis en présence de la puissance que dirigent le grand prêtre et pharaon... ou d'autres maîtres spirituels s'ils tenaient à prendre un autre cadre de référence pour l'expression de cette communication. Michel et Jacques demandèrent des garanties à Laurie. Tous deux connaissaient l’enseignement des confréries francs-maçonnes et cette histoire des secrets de la très haute initiation pharaonique qui avait été perdue lors de l’invasion du pays par les étrangers venus de la mer. Par delà la signification du pilier brisé à jamais, ils savaient que Pierre ne croyait pas à ce genre d’histoire et que le poète qui avait déjà réussi avec Laurie à vivre une transfiguration dans le monde supérieur, cherchait à retrouver cette ultime initiation pour disposer des pouvoirs surnaturels comme jadis les possédèrent les premiers pharaons, les premiers grands prêtres d’Égypte, les druides celtes et tant d’autres initiés. Laurie ne leur donna que sa parole de chevalier et de postulante à la grande prêtrise. Ils devaient croire en elle. Si elle trahissait sa parole, ils auraient le droit et le devoir de la faire mourir. Ce jour là, leurs discussions ne s'achevèrent qu'au petit matin. Toute la nuit, ils se parlèrent, s'écoutèrent pour se convaincre qu'ils n'étaient pas les créateurs ou serviteurs d'un Big Brother, d’une nouvelle utopie servant un nouveau pouvoir absolu et tyrannique. L’œuvre de leur mouvement dans la réalité de son partage n’avait rien à voir avec une quelconque utopie, une quelconque construction imaginaire et rigoureuse d’une société, un quelconque idéal total. Leur œuvre était actions politiques, militaires, économiques et sociales, culturelles, spirituelles, sexuelles. Les conséquences de ces actions seront irréversibles. Le séminaire des agents secrets s’acheva dans le partage de cet espoir : tous savaient que le succès de leurs actions dépendait de la destruction rapide et sans violences meurtrières des arcanes de nos systèmes de pouvoir civils et religieux… un véritable travail d’agents secrets pour forcer l’ouverture d’une nouvelle civilisation !

 

Vers Noël, l'équipe des services secrets acheva la collecte des informations. Les principaux codes d'accès, les procédures, les savoir-faire pour utiliser les matériels étaient parvenus au centre de guerre électronique. Le groupe des anciens pirates informatiques passa à l'action pour vérifier les accès aux programmes de commandement dans le camp adverse. Ils avaient convaincu leurs collègues compagnons et chevaliers que cette approche était bien plus réaliste que celle reposant sur l'acquisition d'un super calculateur qui se relierait le moment venu aux différents centres de décision adverses. Le but consistait bien à semer la pagaille et à prendre le pouvoir quelques jours durant sur tous les plans de décisions. C'était la guerre éclaire électronique et qui serait encore bien plus courte que les guerres éclaires conventionnelles. Par contre, s'ils s'engageaient à remettre les systèmes en ordre dans un délai raisonnable, ils devaient se garder la possibilité de déclencher à nouveau et n'importe quand une telle guerre électronique pour convaincre les plus réticents que le pouvoir avait changé de forme et de mains, qu'une civilisation nouvelle forçait le passage vers son destin beaucoup plus humain. Les compagnons estimèrent que la maîtrise totale de quelques super calculateurs du camp adverse serait indispensable pour mener à bien de tels raides informatiques. Dans le mouvement, ce groupe chargé de mener la guerre électronique prit le nom de " groupe de Darmstadt ". Début mai, ils confirmèrent qu'ils avaient la maîtrise de l'ensemble du processus pour déclencher une guerre électronique et vaincre un adversaire. Les agents secrets donnèrent la liste des nouveaux sympathisants et leurs compétences pour prouver que des personnes sûres étaient placées sur la plupart des points critiques. Aux chevaliers de poursuivre les contacts pour les initier et les adouber chevaliers eux aussi. Des manoeuvres pour valider ces acquis furent décider de la mi-juin à la fin juin. Juste avant le rassemblement à la clue. Dan et la direction des chevaliers en avaient décidé ainsi de manière à pouvoir organiser une retraite vers la clue ou tout au moins attendre là-bas la riposte inévitable de l'adversaire. Il l'avait redit à Laurie : si l'adversaire ripostait, la troupe des chevaliers serait laminé au combat car la disproportion des forces en présence serait trop importante et les dégâts causés par la guerre électronique ne toucheraient qu'une infime partie de la population. Et encore, il suffirait de relancer les sauvegardes de données pour rapidement effacer toutes traces d'un désordre quelconque. C'était par contre aux chevaliers de verser leur sang pour que les peuples comprennent peut-être le sens de leur combat. Ce ne serait pas aux chevaliers sans peur qu'il faudrait reprocher le crime de tuer mais bien aux adversaires morts de peur de voir leur pouvoir leur échapper d'une manière irréversible lorsque les données de leurs ordinateurs, lorsque leurs comptes financiers et bancaires auront été détruits et les procédures de restauration des comptes également détruites. Dan, l'officier américain du groupe comme les autres soldats et chevaliers pouvaient à loisir le répéter : on devient des tueurs lorsqu'on est mort de peur. Eux mourraient en chevaliers sans peur et sans reproches ! Quant à l'intervention d'un poète comme Pierre ?....Dan y croyait peu même s'il devait faire plaisir à sa femme et l'écouter de temps à autre mais imaginer le poète faire la guerre ?.Cela ne collait pas dans l’esprit de l’officier.

 

Les équipes européennes étaient largement occupées à développer le mouvement sur le plan civil et militaire. Gérard continuait à rassembler autour de lui des compagnons impliqués dans les travaux d'éducation et de formation. Il n'avait pas abandonné sa façon de voir le développement du mouvement. Les acquis du centre communautaire français, les perspectives fulgurantes d'une victoire en cas d'une guerre électronique, l'incitait à dire de plus en plus ouvertement qu'il n'y aurait aucun combat militaire, qu'un procès publique dirigé par eux sur toutes les chaînes de télévision dans tous les pays restait la seule solution pour entrer dans une nouvelle organisation sociale et il conversait de plus en plus avec Sepp et Frantz pour les décider à se ranger à son avis. Il avait également pour lui, les premiers résultats obtenus par les communautés de compagnons et de chevaliers aux États-Unis. Le groupe de Californie n'eut pas la patience d'attendre l'arrivée de Laurie et Dan. La progression des mouvements corporatistes, sectaires, patriotiques et la diffusion de plus en plus importante d'organismes faisant commerce de services de solidarité sociale ou de pratiques spirituelles, poussa le groupe à suivre la même démarche que l'équipe européenne chargée de la guerre électronique. Le développement à côté du mouvement masculin des " Promiss keepers " du mouvement féminin des " women of faith ", des femmes de la foi, la progression des groupes évangélistes ultra conservateurs voire d’extrémisme de droite, la monté des néo-nazis aux USA, décidèrent le groupe à organiser des actions en même temps que celles prévues en Europe. Sepp et Michel furent sollicités pour monter sur place un centre de guerre électronique. Le matériel fut livré avec moins de difficultés car il n'avait pas à sortir du territoire national américain et les agents secrets pouvaient toujours garantir à un éventuel supérieur hiérarchique obséquieux que ce matériel restait sous contrôle. Le groupe d'adhérents américains s'était étoffé dans l'administration fédérale et plusieurs loges s'étaient crées sur le modèle napoléonien de la loge d'Isis. Les choses avançaient donc bien plus vite. D'autre part, le but mené par l'ordre chevalier pouvait aussi arranger les services secrets qui avaient bien plus de mal à agir dans ce genre de domaine placé traditionnellement sous une étroite tutelle des politiciens. Le transfert des programmes informatiques et la mise au point du matériel électronique ne prirent pas beaucoup de temps. Les adhérents travaillant à Fort Meade confirmèrent rapidement la bonne marche du système tout comme les chevaliers de ce nouveau centre de guerre électronique. Début mai, la surveillance par des moyens ROEM des principaux sièges de ces organisations extrémistes procura ses premières informations intéressantes. L'équipe américaine travailla d'arrache-pied pour faire elle aussi de premières manoeuvres de guerre électronique durant la deuxième quinzaine de juin. L'objectif serait simple : détruire les systèmes informatiques de ces associations et groupements. Comme cette attaque ne viserait aucun organisme fédéral ou publique, la nécessité de prévoir une retraite pour faire face à une riposte ne s'imposa pas.

 

Barbara supplia Sepp, Frantz et Dan de mettre en sécurité le fonctionnement des SEL et de la bancassurance en cas de riposte de l'adversaire. Ils la rassurèrent. Il était hors de question que ce fonctionnement s'arrête, que les chevaliers soient coupés d'une manière ou une autre du reste du mouvement. Au contraire, les membres du mouvement devaient pouvoir rester libre d'exprimer à tout moment leur position et leur soutien. De plus, les résultats de la mutuelle et des SEL seraient utilisés pour démontrer la nature exacte de leur organisation ainsi que son efficacité économique, politique, sociale. Frantz suggéra d'inclure dans les manoeuvres, l'intrusion des centres informatiques des administrations européennes pour substituer aux programmes existants, des programmes modifiés par les équipes de Sepp et mettant en place la gestion que leur mouvement voulait se voir reconnaître par les états. Par exemple, l'administration fiscale devait trouver le compte des centres communautaires ou des maisons communes, des clubs, avec la comptabilisation des services et économies réalisés au profit de la collectivité nationale et valorisés dans cette monnaie nationale. La valorisation de la richesse produite par leur mouvement devait s’inscrire dans un calcul plus correct du PIB avec notamment la comptabilisation des économies réalisées dans l’amélioration du cadre de vie social et environnemental. Ce calcul devait se substituer à l’ancien dans les programmes des administrations de l’État. Autre exemple, Dominique proposa de modifier le texte de la Constitution française publié sur le site Internet du Journal Officiel pour que leur mouvement et sa façon de considérer l'organisation sociale à travers les trois niveaux de contrats, y soit reconnu. Barbara accepta l'initiative et détacha une partie des moyens humains et matériels de la mutuelle pour favoriser ce projet et réaliser toutes ces modifications dans les réglementations étatiques. L'assemblage en réseau de nombreux moteurs de workflow et d'outils de génie logiciel constitua la clé de voûte de cette opération. L'équipe de Sepp avait ses propres routeurs pour pénétrer l'Internet. Par contre, le mouvement s'interdisait l'utilisation de virus informatiques pour détruire le travail des autres. Le but recherché était bien de modifier le travail des autres pour leur montrer que les manières de gérer dans leur mouvement étaient compatibles avec une production de richesses personnelles et collectives bien plus efficiente que dans des systèmes de pouvoir. L'équipe de Californie, sur les conseils de celle d'Europe, avait rapidement délaissé l'idée de vendre une partie de ses réalisations tout comme celle de créer des sociétés cotées en Bourse et sur le Nasdaq. Le travail fut réparti entre le groupe de Darmstadt, les équipes civiles des groupes de Francfort et de Bâle ainsi qu'entre les équipes de Californie. Sur chaque difficulté ponctuelle, des aides d'experts parvinrent du monde entier, y compris des adhérents travaillant à Fort Meade. Chaque minute comptait pour tenir les échéances et une fois lancé, le travail ne s'arrêta jamais, des compagnons et sympathisants prenant le relais des autres qui partaient se reposer. Les équipes travaillaient en cycle posté de 24 postes de 7 heures par semaine, chaque membre assurant 4 équipes par cycle. 



[1] Échelon est le système de satellites anglo-américains qui espionne toute l'Europe.

 

lien avec une page de photos sur les lacs du Sabion, le versant italien du Mercantour

 

 

       

Sophia Antipolis        la Clue     La côte d'Azur

  la liste des épisodes       accueil