La veillée à l'oppidum (1)

la pièce de théâtre sur la rencontre avec les mystères

 

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Les équipes qui allaient participer au spectacle arrivèrent les premières. La dépose eut lieu près du petit parking de terre, au départ du vague sentier qui monte vers l'oppidum. Pierre alla saluer le lieutenant de pompiers qu'il connaissait car il travaillait dan son entreprise et à qui il avait demandé d'assurer une veille anti-incendie à l'aide d'une partie des moyens de sa caserne, ceci contre rémunération. Frantz lui avait déjà donné l'enveloppe. Les hélicoptères disparurent pour regagner leur base de départ. Pierre et Laurie tinrent à monter les derniers pour fermer le cortège dont les premiers étaient déjà dans l'enceinte en ruine du village fortifié. Les équipes d'artisans avaient fait un travail remarquable. Sur la terrasse sommitale, la chapelle dont l'entrée donne sur le sud avait été placée au centre du décor dont un écran géant courbé constituait le fond posé de manière à s'ajuster sur la façade du bâtiment. Une toile amovible permettait de masquer la façade de la chapelle afin de donner une continuité complète à l'écran. Une bâche recouvrait l'écran et le devant de la scène pour donner une ombre nécessaire à une projection correcte. Pour le moment, la façade n'était pas recouverte par l'écran. L'intérieur de la chapelle était décoré de fleurs. Tout autour en demi-cercle, divers plateaux étagés permettaient à l'assistance de suivre la manifestation. Les sacs de couchage sortis des sacs à dos, servirent de coussin. Dans la partie inférieure de l'oppidum, près de la porte d'entrée, des tentes militaires abritaient le matériel utilisé pour le spectacle ainsi que la nourriture qui serait servie à la fin du jour. Martha s'avança sur la scène et l'assistance fit silence.

 Elle invita chacun, chacune à quitter ses vêtements pour recevoir l'habit blanc avec la croix rouge qui se porte sur l'épaule gauche. Elle se mit nue et chercha un habit dans la pile à côté d'elle. Après s'en être revêtue, elle fit signe aux premières personnes d'approcher et elle leur donna à chacun un habit. A l'aide de grosses épingles de nourrice, chacun rajusta la hauteur de l'habit selon sa taille. Des techniciens fermèrent l'écran et tirèrent davantage la bâche pour accroître l'ombre. Ils écoutèrent un morceau de musique baroque pour cordes de manière à se plonger dans le recueillement et à ouvrir leurs esprits. Sur l'écran apparut le titre de cette première partie: "Sur le chemin, à la suite des maîtres". Chacun ajusta son casque d'écoute sur les oreilles.

L'écran s'anima et ils suivirent une peuplade primitive marcher vers l'orient dans une verte vallée et la nuit, les montagnes se couvraient de lumières sur leur passage. A l'aube, de nouveaux arrivants rejoignaient le cortège au devant duquel un prêtre tenait par une corde un grand bélier. La scène suivante montrait un groupe rassemblé autour du prêtre sur la place d'une ville étagée au bord d'un fleuve avec des terrasses splendides de terre cuite émaillée aux multiples couleurs. Le prêtre parlait aux hommes qu'il avait face à lui de la manière de se comporter avec les femmes qui étaient derrière lui. Il montrait aux hommes combien elles étaient belles et désirables lorsqu'elles s'étaient lavées et sortaient nues du bain. Il avait appris aux femmes les manières de donner de voluptueux plaisirs aux hommes et il demanda à certains hommes de se laisser faire et d'y goûter là, devant lui. Puis il apprit aux hommes à aimer le corps d'une femme et à le respecter. Le prêtre célébrait l'amour des hommes et des femmes puis il leur parla de l'amour à donner aux enfants. Enfin il leur parla de l'amour du Grand Etre qui les avait créés et qui voulait voir ses créatures vivre sur terre dans une interminable chaîne d'amour. Devant les couples enlacés, le prêtre projetait sur l'horizon les images des pays qu'ils allaient conquérir pour faire régner la loi de l'amour contre la domination sanglante et cruelle de la race noire qui avait dominé en dernier la terre. Ils virent par delà les montagnes de l'Himalaya qui surmontaient leur pays, les luxuriantes contrées de l'Inde, centre capital des Noirs et ils virent comment avec ses pouvoirs surnaturels, le prêtre conduisait leurs troupes à la victoire en forçant les portes des citadelles ennemies pour y installer dans leurs lieux de prière, le feu divin, symbole de l'unité divine des choses et les cornes de bélier, emblème de l'animal derrière lequel ils avaient quitté leurs villes aux mœurs impies pour fonder une nouvelle civilisation.

 Pierre s'étonnait des moyens mis en oeuvre pour filmer en studio cette histoire. L'idée provenait assurément de Frantz et il se demanda si ce dernier n'allait pas aller jusqu'à une certaine apologie de la race aryenne à travers cette narration filmée de la vie de Rama. La scène finale montrait Rama dans sa retraite secrète au cœur des hautes montagnes, en train d'enseigner ses disciples sur ses connaissances sacrées et les mystères du Grand Etre. Puis l'on voyait certains de ces disciples retourner en Occitanie et en Egypte pour y apporter ces connaissances. On voyait ces cornes de bélier orner bon nombre de personnages sur les monuments égyptiens et servir de signe de l'initiation sacerdotale et royale. L'image se refermait sur une vue splendide de la chaîne himalayenne depuis des jardins luxuriants et lorsque les projecteurs illuminèrent la scène, l'assistance se rendit compte que le grand prêtre était devant eux.

 

Il modifia son costume et son apparence pour apparaître comme un beau et fort jeune homme. Il prit une pose de méditation face à l'écran et l'image revint pour présenter une clairière dans une forêt tropicale haute et immense. La voix parla :

 (lire une présentation en couleur des textes qui vont suivre )

 

Varouna   Varouna

Avec Krishna je cris vers toi

nos appels traversent les éthers

quand nous recherchons Devaki notre mère

Elle nous a appris l'amour divin

Mais comment le partager comme notre pain

Comment le boire ensemble comme du bon vin

réponds à Krishna

Varouna  O Varouna

 

L'homme sur la scène poursuivit :

Varouna  ô Varouna, écoute Krishna qui t'appelle et dis-moi où se trouve Devaki, ma mère !

 

Un vieil homme sur l'écran lui répondit que sa mère se trouvait de retour chez elle, près du Grand Etre qui ne change jamais et qu'il devait chercher et chercher encore ce Grand Etre, de toutes ses forces, toute sa vie terrestre durant. Le film présenta succinctement l'arrivée de Krishna auprès du roi qui lui demandait de vaincre les pouvoirs d'un vieux mage. La scène où Krishna et le roi rencontrent le vieux mage était très bien filmée et Pierre reconnut que le réalisateur professionnel et son équipe avaient pris leur travail au sérieux. Quand le roi eut compris que Krishna venait de retrouver le vieil homme qui l'avait éduqué parmi les anachorètes et qu'il était bien le fils de sa sœur qui allait le renverser de son trône, il décocha une flèche pour le tuer. La flèche le manqua et transperça la poitrine du vieil homme. Krishna pour ne pas rompre le lien qui l'unissait à ce sage qui lui avait appris à s'adresser au Grand Etre, fut emporté à la suite de l'âme du vieux sage et tous deux revinrent chez nous, à côté du Grand Etre. Là, Krishna rencontra sa mère qui lui tendait les bras. Son corps céleste rayonnait d'un amour incandescent et des milliers de présences venaient s'abreuver à cette source d'amour. Il se fondit en elle et il sentit son âme se transfigurer pour épouser les dimensions sans fin de cette puissance maternelle divine. Le texte venait à l'appui de l'image pour donner la signification précise de cet événement et l'assistance fit le rapprochement avec les enseignements que Laurie leur avait donné sur le même voyage qu'elle avait fait avec Pierre en accompagnant Maud. L'image décrivit à nouveau des jardins au pied des montagnes enneigées et l'acteur repris sa place sur la scène. Un groupe d'hommes et de jeunes femmes vinrent s'asseoir autour de lui. Il leur parla:

 

Vous cherchez à connaître le sort de l'âme après la mort du corps.

Apprenez à vivre avec le mystère de nos renaissances éternelles.

L'âme ne meurt jamais, elle revient auprès du Grand Etre dont elle est une partie indissociable puis repasse un jour habiter un nouveau né.

 

Le groupe était déçu et il lui demanda pourquoi l'âme ne restait pas chez elle, pourquoi devait-elle revenir vivre une vie de tourments et souvent de misère.

 

Vous voulez une récompense et vous ne savez pas la rêver, la demander. Votre âme s'identifiera à la présence qui vit en vous et vous serez comme elle, immortelle. Vous apprendrez à travers le Verbe divin la puissance d'amour et de communion qui unifie les êtres avec la présence divine. Vous aurez besoin de l'image de votre dernière existence humaine pour accéder définitivement au monde supérieur. Celle qui fut votre parcelle divine se réunira à sa source et se séparera de vous. Vous resterez esprit communiant avec d'autres présences divines, d'autres esprits oubliant que vous fûtes un moment sur terre. Vous pourrez choisir en tant qu'esprit de vous associer à nouveau à une parcelle divine pour prendre possession de l'âme d'un enfant. Ce ne sera pas une âme nouvelle qui sera crée mais ce sera une partie de la présence éternelle qui viendra et une partie de votre âme y sera incarnée et vous serez heureux de revenir dans ce corps pour aider son possesseur à se mettre sur le chemin de la découverte de celui qui vit en lui et devenir un Fils de Dieu. Qu'avez vous à regretter ? Vous ne ferez qu'un avec la présence éternelle et même si la personne vit dans la misère ou meurt dans l'ignorance, à la mort de son corps vous reviendrez près du Grand Etre que vous n'aurez jamais quitté. Mais croyez-vous que cette question de distance soit si importante ? Jamais vous n'aurez été séparé de la présence éternelle et l'attente du moment où la personne découvre celui qui vit en elle n'a aucune valeur temporelle par rapport à la dimension d'éternité dans laquelle vous vivrez. Vous serez dans l'amour et vous reviendrez pour apporter de l'amour lorsque la personne humaine vous le demandera. L'âme incarnée dans une présence humaine ne souffre pas de la misère. Elle dialogue intimement avec la présence divine tout en restant à l'écoute de la personne humaine qui peut à tout moment s'adresser à la parcelle de présence divine qui vit en elle. Et vous pouvez comprendre qu'aider une personne à redécouvrir le chemin de son immortalité peut encore ajouter une joie supplémentaire à celle qui inonde déjà votre âme. Cette joie supplémentaire n'est pas indispensable à votre âme mais elle est primordiale pour l'être humain qui cherche à comprendre le mystère de sa vie. Prenez l'image de la mère qui donne le sein à son enfant; elle n'a pas besoin pour vivre de boire le lait qui sort de son sein. Elle se nourrit autrement. Par contre, pour l'enfant, ce lait est une question de survie. La présence qui vit en nous, nous abreuve comme le sein maternel dès que nous recherchons cette nourriture spirituelle. Mais l'être humain peut se détourner de cette nourriture maternelle et spirituelle et lui en préférer une autre, plus matérialiste. Le Grand Etre ne condamne personne à la misère, à la mort horrible, à la détresse. Dès la naissance, sa présence est en nous et il nous suffit de partir à sa recherche, de la questionner pour la retrouver et vivre dans un amour plus présent et vaste. Nous sommes libres de suivre ou non cette présence. Elle nous a été donnée de la même manière à chacun de nous et si nous ne l'avons pas trouvée durant notre existence terrestre, elle repart à la fin de notre corps charnel rejoindre la présence éternelle. Vivez et croyez à l'amour que vous dispense le Verbe lumière. C'est là l'arcane des arcanes du mystère de l'homme : l'immortalité de l'âme dans la Trinité divine avec le Père qui nous a crée âme et chair, avec le Verbe, son Fils qui dirige nos âmes et qui vit en nous et avec l'Esprit Saint qui dans chaque être vivant voit la lumière divine présente en lui et dialogue avec l'âme. Ne perdez jamais cette connaissance du mystère de votre vie humaine lorsque plus tard, de vos mains, sortiront de plus en plus d'objets matériels pour lesquels vous voudrez vous battre. Apprenez aussi à respecter toute présence vivante qui peut-elle aussi, avoir la révélation de la lumière de la présence éternelle qui vit en elle. L'amour du Grand Etre est infini. Préparez-vous à participer au mystère de sa communion ultime qui vous ramènera chez nous.

 

Les projecteurs s'éteignirent et l'image se remit en mouvement pour montrer des paysages depuis les sommets de l'Himalaya jusqu'aux plaines de Mésopotamie et aux dunes bordant le fleuve de l'Egypte, jusqu'aux bords de la Méditerranée. Pendant ce temps, le récitant racontait brièvement la fin de Krishna, son désir de mourir pour accomplir le sacrifice suprême et faire en sorte que les hommes croient à jamais à son message; il parla de sa mort, attaché à un arbre, sous les flèches des archers du roi...

 L'acteur revint sur scène. Sur l'écran, présenté comme son double, l'homme était à genoux sur la plage d'une petite baie et l'eau clapotait invariablement sous le soleil. L'acteur récita alors son dialogue et l'image, la musique douce tentaient de coller aux mots et aux évocations prononcés :

 

Nous sommes venus du ciel

rejoindre ceux qui avaient franchi les flots

sur le sable d'Egypte

sous le rameau d'olivier

au bord de la Méditerranée

à tes côtés Hermès

je me prosterne

devant le bleu de la mer

nous récitons nos mystères

et chantons le Verbe Lumière

pieusement tournés vers là où le soleil se levait et maintenant se couche

 

Le cercle des initiés

derrière nous reprend le chant de nos prières

pour le porter en secret

au fond des sanctuaires

et le préserver à jamais

dans le cœur des hommes

 

restés seuls au bord de l'eau

nos regards se perdent parmi le mouvement des vagues

mimétisme avec ce ciel immobile

où pourtant montent et descendent les âmes

comme monte et descend l'écume

devant nous et là-bas au loin à l'horizon

lorsque s'effacent les limites de notre perception

entre l'eau dont nous savons que comme ici

elle monte et descend

et la lumière du ciel

dont les fragments

lorsqu'ils sont descendus en nous

nous ont fait naître à l'éternité

  

L'image présenta un paysage de désert, une montagne désertique aux hauts rochers rouges que parcoure un vallon abrupt et mystérieux. L'acteur avait modifié sa tenue et pris en main un bâton de marche. L'orage et la tempête grondaient en bruit de fond. Sur l'écran, l'acteur grimpait vers le sommet de la montagne.

 Des rochers du Serbal

au Sinaï

dans la lumière du désert

je suis monté à côté de toi

nous nous sommes souvenus

de ce feu que nous avions rencontré toi et moi

au fond de notre cœur

là où s'illumine notre âme

quand la pure clarté nous a fait vivre au-delà de la mort

devant sa présence nous avons crié

crié

Père

Notre Père

Dieu unique qui vit dans toutes chairs

des lois de pierre aux mots de prières

je chante l'Eternel

l'Eternel féminin de qui tout provient.

 

En vérité je te le dis

comme moi ton frère

tu as le pouvoir de mener les peuples au Père

vers celui qui vit en eux

les prendra à l'instant de leur mort

comme il nous a pris de notre vivant

nous les Fils de l'Eternel

 

Va Moïse

Parle à la multitude de la volonté de l'Eternel

 L'image s'arrêta sur un paysage verdoyant de collines et de hauts rochers monolithiques. L'assistance vit les ruines de plusieurs temples grecs et dans le sous-bois d'une forêt de pins, des jeunes filles nues dansaient une ronde alors que quelques-autres jouaient de la flûte et de la cithare. L'acteur revint, nu, avec une couronne de fleurs sur la tête et dans les mains, une lyre à sept cordes tout comme son double présent sur l'écran en train de s'avancer vers la ronde des jeunes filles. Comme précédemment, les images et la musique tentaient de correspondre au texte.

 

Parmi la plaine de Thrace

j'allais et venais

les plus vieux sanctuaires de Kronos de Zeus et d'Ouranos

se perdaient dans les nuages

entre les arbres les silhouettes des bacchantes dansaient.

Quand allais-tu revenir jeune homme de ce pays des mystères

du temple de Memphis et de l'Egypte

il a fallu vingt ans pour te revoir Orphée

Toi qui guéris par la lumière!

Lorsque tu partis pour le vallon d'Hécate et accomplir ta mission

mon cœur s'est serré d'angoisse

Comment avec tes seuls mots tes seules mélodies allais-tu vaincre les bacchantes en furie ?

L'amour d'Eurydice ne fit que repousser de quelques instants ta mort mais qu'aurais-tu fait sans votre amour? Sans elle ?

Aurais-tu été ouvrir les ténèbres pour découvrir parmi les abîmes les chemins du ciel ?

 

Les mélodies et les chants peuvent bien t'entraîner vers la démesure pour goûter une furie qui vous enlève l'esprit

 mais au terme il n'y a que les ténèbres, l'abîme et le constat que la route vers la lumière est autre

Seul votre amour, l'amour d'Eurydice qui t'a tiré vers elle,

t'a permis d'entrevoir la lumière de vie

mais les hommes ne t'ont pas fait confiance pour te suivre

et à ta suite les chanteurs de mélodie n'ont essuyé que railleries

Pourtant tu portais le flambeau de la lumière

mais tu ne l'as soutenu que par tes seuls mots tes seules mélodies.

 Je m'en vais trouver un autre porteur de lumière

et lui apprendre à partager la connaissance avec autre chose

que des mots  des chants  des mélodies !

 

L'image resta dans un paysage de la Grèce antique pour se fixer sur les ruines du temple de Delphes, au fond d'une gorge profonde et sur son nid d'aigle environné de précipices et dominé par les deux cimes du Parnasse. L'acteur vêtu d'une toge blanche à la ceinture jaune or reprit sa place sur la scène. Son double à l'écran se tenait sur un gradin du temple. Assis de côté et en s'adressant à son double, il poursuivit :

 

Le soleil me tannait le dos

et je t'attendais

je t'ai attendu des années durant

seize je crois

je t'avais précédé sur les bords du fleuve

et je t'ai suivi jeune Mnésarchos

le cœur mêlé d'espoir et d'incertitude

à Héliopolis à Memphis à Thèbes et enfin à Dendérah

le temps devenait oppressant

à Dendérah sa précision me faisait languir

dans la Double Maison de Vie

je suivais les 180 fenêtres du temple et le soleil chaque jour

pénétrer dans une fenêtre différente

180 jours pour aller au bout des fenêtres

180 pour revenir à la première

toutes ces années pour savoir si enfin tu avais trouvé 

la connaissance promise 

Tout jeune je t'avais montré le choix qui existe

quant aux chemins de l'homme

et tu as été le premier à vouloir suivre une voie nouvelle loin des mots

des chants et des symboles issus de la légende des temps

Tu devançais les prêtres pour faire triompher

la lumière des nombres

ces nombres qui à l'instar des mots ne sont pas premiers dans l'ordre de la pensée.

 Mais tu l'as bien compris

seul le nombre est capable d'affirmer son origine

dans la plus pure unicité

et de l'unicité de l'origine appelée ou non Dieu

nous pouvons aussi aller à l'universalité

de tout ce qui entre dans le système des Nombres

en particulier l'univers dont on trace la géométrie du ciel

et l'humanité: notre propre centre de l'univers.

 

Ah ! pour moi la lumière de cette terre

n'a jamais été plus belle que ce jour où tu sortis du temple de Dendérah avec la consécration de ton initiation

je t'ai laissé poursuivre ta route de souffrance

en Perse et loin de ton île

Un plus Un égale Deux et non plus Trois

Magnifique !

Mais dans l'unicité de l'homme

n'y a-t-il pas la Vie l'Autre Vie d'après la mort et à laquelle tu crois

et tout ce qui nous permet de passer de l'une à l'autre ?

N'y a-t-il pas là trois choses différentes qui jamais ne se réduiront à deux ou à une seule chose ?

N'y a-t-il pas le corps l'esprit et l'homme ?

L'unicité première et toute unicité soit-elle n'est-elle pas en fait toujours Trinité ? Dieu n'est-il pas Trinité ?

 O toi Pythagore

toi qui connais l'univers

qu'allais-tu répondre à cela ?

 

Tu as cherché sans désespérer et tu as trouvé

tu as trouvé que le nombre pouvait renfermer

également l'indicible et l'irrationnel !

Alors là j'ai applaudi à tout rompre

tout en préservant l'unicité et l'universalité de nos connaissances

nous menions constamment en avant l'exactitude de la science

et les mystères entiers de notre âme

sans que l'un ne puisse desservir l'autre.

Nous avions dans la même main les moyens de servir

le progrès matériel et le progrès spirituel !

Ta route était belle Pythagore

et tu dessinais à l'humanité les voies de la fraternité.

 

Il a fallu ensuite vaincre la réticence des autres

leur enseigner ces principes

pour moi au départ ce n'était qu'une broutille un détail

et puis je me suis souvenu     pardonne-moi

je me suis souvenu que je ne t'avais pas conduit là

où tu aurais pu voir la lumière de vie.

De la flamme de la torche des temples au soleil du désert

tu n'avais pas appris à voir la vraie lumière qui est en nous

et nous ouvre à l'immortalité

cette lumière qui brûlait le cœur de Moïse

celle qu'avait apportée Hermès

celle que sur le chemin de son amour Orphée avait rencontrée.

Tu ne connaissais que la lumière de Dendérah

celle de la connaissance pas celle de la vie

tout comme les disciples de Krishna ne se souvenaient plus que de cette lumière là-haut dans les montagnes

lorsque la neige brille plus que les rayons du soleil

de cette lumière que son peuple avait pu voir en traversant l'Himalaya.

 

J'ai compris alors qu'il était trop tard

tu ne pouvais apporter que la connaissance et non pas la vie infinie Pardonne moi frère bien aimé

ton oeuvre est immortelle mais incomplète

celui qui te suivra témoignera de l'unicité et de la lumière

je veillerai à ce qu'il dépasse la connaissance

pour apporter la lumière au monde et que tous voient et croient

car il est temps

il est temps que tous les hommes sauvent leur immortalité

et dès le premier jour de leur naissance.

 La pénombre envahit à nouveau l'écran et la scène pour quelques instants puis apparût sur l'écran un paysage de collines calcaires à la maigre végétation. L'image s'arrêta près d'un homme que l'on voyait de dos assis sur un grand rocher qui domine une vaste plaine avec au loin d'autres montagnes placées en cercle comme des promontoires attendant un grand prêtre pour célébrer la communion entre la terre et le ciel, les hommes et leur Père... La nuit couvrit le paysage et nous étions dans l'aube d'un jour nouveau. L'homme était toujours sur son rocher et le récitant, sur la scène, lui parla :

 

Dans la nuit j'étais venu m'asseoir derrière toi

le ciel de Galilée captivait nos regards

à l'endroit que tu fixais l'étoile avait disparu

moi je la voyais luire dans ton cœur

La paix de ce ciel renfermait un monde de vie qui rayonnait

tout autour de nous

tout invitait à briser les chaînes de nos corps pour se confondre avec la puissance de cette nuit qui veillait

Qu'allais-tu faire Homme plein de sagesse

Fils de lumière comme tant d'autres que j'avais vus et en qui j'avais espéré

En tournant légèrement la tête tu me dis :

 " et le Verbe s'est fait chair..."

 puis tu regagna ta méditation

ta décision était prise

 

Ainsi donc tu t'avançais là où personne n'avait osé aller

le Verbe n'était plus lumière parmi les mystères, les chants, la science, les étoiles du ciel

il était en toi pour être transmis aux autres.

Par-delà les mots, les chants,  la science des nombres,

tu prenais toute source de vie à ton compte et tu incarnais l'origine de toute action de vie ainsi que toute action qui dépassera toutes les fins de l'homme

De la rencontre avec la Lumière tu n'avais retenu que le Verbe qui ouvre l'éternité et c'était lui que tu allais partout proclamer

La simplicité et l'extrême rigueur de tes paroles m'ont plu

et j'ai écouté ton message

 

Dépasser le stade de la pensée

Dépasser le stade de l'illumination de la connaissance la plus pure

pour reconnaître le principe de vie et son incarnation dans l'homme

dans toute vie à travers le mystère de l'Amour

 

Au lever du jour tu es parti

lorsque nous nous sommes vus, tu étais prêt

jamais aucun autre homme n'avait été aussi prêt !

 Va comme nous tous 

Fils du ciel et de la terre

du monde visible et invisible

que la paix du ciel soit avec toi et que l'amour du commencement et de la fin des hommes te garde à jamais

Va et porte au monde la lumière

notre lumière qui vit en nous et nous éclaire par-delà notre mort

Parle sur tous les chemins

Attends tes frères aux carrefours qu'ils ont tracés et ton message vivra au-delà de la mort

Ton verbe qui est dans la lumière et qui plus que les connaissances sur l'unicité de la vie, sur la migration des âmes ou sur les mystères de l'immortalité est capable d'éclairer l'humanité et de la préparer à recevoir le témoignage de sa vie éternelle

 

Va Jésus

je pars de mon côté à la recherche d'autres fils de lumière

à la recherche d'autres hommes, femmes, enfants qui comme toi et moi ont déjà vécu un instant de leur vie après cette existence

Je pars pour faire en sorte que parmi eux chaque jour

l'un ou l'autre s'avance et parle afin que tous apprennent

à reconnaître les instants où la vie jaillit en eux et les transforme en fils de l'éternité.

 

L'image reprenait maintenant la plupart des paysages rencontrés précédemment. Il n'y avait plus personne sur l'écran, sauf parfois des foules bigarrées dans des régions très diverses. L'acteur se plaça debout face à l'assistance dans sa longue tunique blanche, son bâton de marcheur à la main gauche. Il parla à ceux qui l'écoutaient :

 

J'ai marché avec Rama

enseigné avec Krishna

j'étais avec Hermès pour révéler aux hommes les chemins de la vie qui vont et viennent et que n'arrête notre mort

pour leur montrer les carrefours où nous nous retrouvons tous dans le mystère de l'être unique et éternel

Avec les prêtres d'Egypte, j'ai communié sous les espèces du pain et du vin et je les ai aidés à résister aux siècles d'obscurantisme

j'étais là lorsqu'ils ont enseigné Moïse Orphée Pythagore et les autres

j'ai attendu la sortie des temples de ces élèves brillants

tous n'avaient pas vécu le contact personnel avec la lumière de l'éternité mais ils ont parlé, chanté, créé pour la vie de l'humanité

pour lui enseigner cette force de salut qui tient toute dans l'unicité de cet instant où nous sommes appelés à percevoir notre réelle identité d'humanité vivante

pour lui révéler cet instant où nous sommes tout entier dans la présence de l'Eternel

 

J'ai laissé à chacun le choix de ses moyens pour parler aux hommes et expliciter le message qu'ils avaient reçu

Hermès nous a raconté sa vision de la vie des âmes parmi les cieux

Moïse a parlé et dicté la loi de l'Eternel

Orphée a chanté et seul quelques mélodies sont restées

Pythagore a fondé une science servant à la fois et la matière et l'esprit de l'homme mais cette unicité n'a pas suffit à révéler l'Eternel

Après tous ces chemins j'ai eu la joie de suivre Jésus

je lui ai appris si peu et il avait vu si clair

son témoignage de vie était en fait la seule façon d'apporter la lumière au monde et son message a été ainsi présenté à tout un chacun

 

Aujourd'hui après toutes ces marches je ne suis point fatigué‚

l'humanité a pu franchir le seuil de son identité

le message a été clairement exprimé mais dans vos cœurs

hommes du XXIème siècle il ne vit toujours pas

N'ayez pas de crainte pour votre salut

comme aux temps anciens, j'ai vu et vois encore se lever des hommes, des femmes, des enfants réveillés par cet éclat de lumière

je vais vers cette humanité vivante pour délier sa langue

ils vont parleront comme autrefois comme toujours des chemins de la vie  

ces chemins visibles et invisibles qu'ils connaissent si bien 

Eux   Poètes 

Voyeurs d'âmes

Seigneurs de l'instant qui vit et vivra éternellement.

 

Lorsque la lumière revint sur l'écran, en lettres d'or cette question s'afficha:

 Qui est ce je qui vous parle?

et le récitant toujours dans la même pose, lâcha son bâton de marche pour tendre ses bras vers le ciel

 

Depuis l'aube des temps

j'ai suivi la route de chaque personne

j'ai enseigné aux uns

préservé du mal les autres.

De temps en temps je conteste et balaie les cultes les religions

que les hommes ont élevé de leur sang

quand leurs maîtres de lumières s'en sont repartis

point d'orgueil

point d'insolence

de vaine prétention

de faux mystère

Ceux qui viennent à moi et me suivent verront

JE SUIS LA LUMIERE ET LA VIE

 

Sur l'écran, la lumière forma comme un puits conduisant le mouvement de la caméra et lorsque toute la surface de l'écran fut illuminée, peu à peu la lumière s'estompa pour laisser apparaître l'image d'un sphinx à tête d'homme. Enfin celui-ci fut progressivement submergé par la couleur d'un azur de plus en plus profond. La lumière s'éteignit. Une voix leur indiqua qu'ils avaient une pause de cinq minutes à passer si possible en silence. Une musique douce les fit patienter. Laurie dit à Pierre qu'elle devait le quitter pour participer à la deuxième partie et il resta avec Françoise au milieu des autres. Ils savaient que les événements iraient crescendo. Ils ignoraient cependant ce que leurs amis les plus proches avaient préparé. Jusqu'ici, le message était exprimé d'une manière plus que correcte et avec une émotion juste et communicative. Le fait que Laurie y participe maintenant avait de quoi calmer son appréhension. Françoise se hasarda à réprimander doucement son mari : pourquoi ne participait-il pas au spectacle ? ... au lieu de toujours rester en retrait comme un loup solitaire, il pouvait aussi monter sur scène ! Prise par l'ambiance et la chaleur de tous ceux qui construisaient ce spectacle, elle avait totalement oublié que toutes les paroles dites jusqu'ici dans le film et par l'acteur, avaient été écrites par la main de Pierre mais il ne lui en voulut pas. Honnêtement, il hésitait à croire que ces paroles venaient de lui et il préférait accorder une primauté à celui qui vit en lui. Le poète n'est rien sans l'eau limpide que sa source lui donne...

 

L'écran s'illumina et le titre de la deuxième partie s'incrusta en lettres d'or: " Sur le chemin, pour aller chez nous ". La caméra fixée sur un ciel d'azur semblable à ceux de haute-montagne, bascula lentement et des cimes enneigées apparurent. Pierre reconnut le paysage du Mont-Blanc vu depuis ce point dans le ciel où il avait été seul puis avec Laurie. Il comprit que Dan et Laurie avec un hélicoptère, étaient retournés sur ce lieu pour filmer cette image. La montagne dormait sous son manteau hivernal et le soleil avait été apprivoisé par des filtres spéciaux qui donnait à l'azur la couleur d'un bleu aussi dense que du béton. Sur la scène, trois acteurs prirent place : Laurie, Claudine et Romain. Laurie commença à parler et les deux autres, tour à tour ou parfois les trois ensembles, racontèrent le voyage.

 

J'ai vécu un temps

un temps au-delà de l'univers

je l'ai vécu

au pied des neiges éternelles

qui montent dans le ciel

 

 

Vous tous amis connus  Oh! que trop connus

au sortir de mon corps

alors même qu'allait jaillir ma première crainte

en face de cette obscurité que je traversais

vous sortiez de l'ombre

un par un puis par groupe

je distinguais à peine des hommes des femmes

d'anciens hommes d'anciennes femmes

je voyais bien que vous me connaissiez parfaitement

moi aussi je voulais savoir qui vous étiez

vous  là  muets

 

Nous avancions heureusement vers une clarté

qui de plus en plus se manifestait

et je pouvais lire vos cœurs  vos âmes

vos aspects physiques ne retenaient pas mon attention

comme il n'y avait aucun sentiment d'antipathie entre nous

j'allais directement à l'essentiel  en vous

je n'avais pas à chercher des détails

sur lesquels j'aurais pu bâtir ma défense

peut-être aviez-vous gardé vos réels visages?

Je correspondais avec le plus profond de vous

grâce à un pouvoir nouveau incompréhensible

la vérité naissait et me faisait mal

en décapant les derniers restes d'une mentalité

qu'une connaissance imparfaite m'avait seul permis de forger

 

je ne vous voyais pas

j'étais en vous tout comme j'étais en moi

et vous étiez en moi et veniez me dire qu'un jour une fois

vous aviez déjà eu connaissance de moi et de la même manière

qu'en cet instant

 

Ce poids de révélations s'allégeait au fur et à mesure que la clarté devenait vive

De noir de bleu un point d'infinie clarté grossissait

j'ai voulu mesurer ce mouvement en une fraction infime

jamais je n'avais découpé le temps aussi finement

j'ai compris que ma vitesse avait une grandeur qui me semblait bien plus importante que ce que je mesurais en milliards de km pour une fraction infime de temps

j'ai compris que je n'avais aucun intérêt à m'arrêter sur ce point

la lumière m'attirait et je voulais aller le plus loin possible vers elle

 

Les autres ne disparaissaient pas mais ils se fondaient en moi

plus exactement ils revenaient en moi prendre leurs places

dans ce puzzle qui m'apparaissait être ma nouvelle identité de vivant

la lumière nous unifiait

et je comprenais que sans eux je n'aurais jamais pu avancer si loin

j'avançais infiniment grand infiniment vrai devant cette clarté immense

ce feu magnifique qui m'aspirait

 

La clarté se faisait vive  pas aveuglante

je savais  je voulais connaître le moment où elle deviendrait translucide

car je comprenais qu'elle représentait un passage

c'était une projection de moi que j'allais rencontrer

une fois que je l'aurais rencontrée ma connaissance ne saurait être plus parfaite

J'étais prêt  tout en moi le montrait le criait j'étais prêt

le chemin ne devait pas s'arrêter 

de plus en plus l'osmose s'établissait entre la clarté et moi

comme lorsque les autres étaient venus en moi prendre leurs places réservées

tout recommençait à s'agiter en moi

tout s'opérait et au feu de clarté qui allait bientôt disparaître

j'allais rester transfiguré

pour ne jamais plus craindre de mon existence

Mon impatience ne cessait de grandir

ce temps inachevé me permettait de rassembler mon esprit

c'était le troisième rendez-vous auquel j'assistais depuis le jour où mon corps avait failli éclater sous le souffle violent de l'esprit quand enfant je cherchais à braver le don qui depuis longtemps m'avait fait poète

Une autre fois par inadvertance j'avais marché sur l'arête de la mort mais alors je n'avais pas été prêt

je n'avais pu qu'échapper à une obscurité qui ne comportait aucune source de clarté et dieu sait le temps important que j'avais passé en attente dans ce noir

seule une ombre chargée d'un passé oppressant était venue à ma rencontre et de tout mon instinct je l'avais fuie car elle voulait m'emmener sans me dire quoi que ce soit

j'avais cette fois là deviné les ténèbres

 

Aujourd'hui je savais grâce à mes expériences que j'étais tout près d'atteindre les véritables dimensions de ma vie

je n'avais pas loupé le départ

et très confiant j'ai sorti alors mon passeport de poète

je revenais au rendez-vous à la source de mon identité

tout s'accordait pour me reconnaître et m'aider

mon assurance était maintenant indestructible

quoiqu'il advienne  j'allais garder les marques de ces instants

j'étais de retour d'un long voyage

j'étais chez moi et ne demandais qu'à rester

qu'à goûter à la paix de mon âme

 

Ma vie terrestre sans un mot sans un regret

j'en avais fait don en sachant que jamais elle ne serait perdue

que j'allais la retrouver simplement autrement avec moins d'importance

la retrouver comme toutes ces vies ces moments

qui me semblaient être venus d'ailleurs d'autrui et qui pourtant ne faisaient qu'un en moi

leur réminiscence était un espoir époustouflant

ces vies qui étaient venues me rejoindre comme était en train de le faire ma vie terrestre me semblaient être la porte d'accès à la connaissance de mon identité avant ma vie terrestre

cette perspective me coupait le souffle

une logique parfaite était en train de naître

 

Cette façon de percevoir   de comprendre

venait me démontrer que je pensais 

que j'existais avec une pensée qui était toujours la mienne

je n'avais pas le temps d'attendre que la métamorphose soit achevée

mais je savais quel contenu d'expérience allait se résumer sur ce visage autrefois le mien et qui inévitablement allait surgir

D'ailleurs le temps pressait  j'allais prendre du retard si je continuais à perdre du temps avec des considérations non essentielles

il fallait continuer car une fois que l'union serait faite entre la lumière et moi

je savais qu'immanquablement à chaque instant

je serais en harmonie avec tout ce qui se présenterait à ma perception

 

Et puis mon approche s'est ralentie

la clarté ne s'est pas éloignée

le temps devenait immobile

je me suis révolté et personne ne m'a répondu

partout où portait mon regard l'absence surgissait

stupéfait  étourdi je ne savais que faire

 

Celui qui devait vivre et me donner la vie Promis s'est alors manifesté parmi tout ce qui s'était révélé en moi

j'ai été profondément heureux d'apprendre que celui que j'allais être après ma communion avec la lumière était déjà en moi

faisait corps ostensible de mon identité

que c'était lui qui un jour ou l'autre me permettrait de m'identifier à jamais avec tout ce qui allait apparaître

 

C'est parce qu'il était en moi comme un roc solide

qui ne pouvait être submergé que j'ai accepté de taire mes regrets

de revenir prendre toute ma place dans ma vie humaine

Un bref instant j'ai pressenti le voyage du retour

sa longueur sa durée puis je me suis laissé emporter par la volonté

 

Une seule manifestation quelques mots et un verbe pour traduire l'action

c'était dur à avaler et je ne comprenais pas

Celui qui devait vivre et qui un jour vivra m'a donné l'assurance qu'il ne se retirerait jamais de moi et qu'il n'allait pas effacer nos souvenirs communs

que j'en aurais besoin pour poursuivre mon existence

 

Lorsque j'ai repris conscience sans prendre le temps de calme et de repos qui m'était offert

je l'avais refusé encore tout en colère comme quelqu'un qui se voit en plein hiver refuser l'entrée de sa chaude maison sous prétexte qu'il est en avance et qu'il doit patienter une ou deux heures

lorsque j'ai repris conscience j'ai pleuré de joie en silence

pleuré en contemplant ce paysage de neige et de montagnes

sans percevoir le moindre son

en restant encore un court instant entre la perception de cette ambiance surnaturelle et la splendeur d'un paysage que j'aimais

 

Cette unité affective dans cette transition vers le réel m'apparut être le dernier cadeau que j'emportais et qui m'accompagnait jusqu'ici bas avant de me laisser seul dans mon corps et mon esprit

cadeau somptueux comme preuve incontestable établie avec la perception de ma vie d'ici-bas pour dissiper les derniers doutes les dernières craintes et me montrer que je n'avais pas rêvé divagué

car aucun rêve ne permet cette perception physique de voir de toucher de marcher  de se relever

tout en restant à l'écoute de l'indicible

tout en pouvant avec votre esprit vous mouvoir dans le paysage en ne sachant pas si votre corps que vous sentez  normalement  est bien ou non avec vous

car en même temps vous ne pouvez ignorer que tout là en bas

il doit y avoir un corps qu'il vous faut assez vite rejoindre

 

Les mots que cette source intarissable de vérité a prononcés en moi et que j'ai acceptés comme mots prononcés par moi ou plutôt comme Verbe

car la décision a été prise sous forme d'un verbe

est le même Verbe qui depuis m'a persuadé que le Verbe peut se faire chair

comme il aurait pu se faire chair en moi et donner naissance à une nouvelle continuité de la vie si le sens de son action avait été différent à cet instant là

et s'il ne m'avait laissé tant de liberté pour le suivre ou non le reste de ma vie humaine

 

j'ai vécu un temps

un temps au-delà de l'univers

je l'ai vécu

au pied des neiges éternelles

qui montent dans le ciel

  

Aujourd'hui puisque j'ai vécu là où nous devons aller

je suis prêt d'une façon nouvelle sans attente sans impatience

en cherchant à chaque instant avec un regard plus sûr plus juste

sur chaque visage parmi chaque mot paysage moment du jour ou de la nuit ciel ou reflet sur l'eau

la trace et le souvenir de tous ces éléments qui étaient en moi à cet instant là

de temps en temps et c'est un enchantement un peu puéril mais qui me ravit à chaque fois

je découvre des traces qui font partie de vos identités à vous autres que je ne connais pas ici-bas mais déjà un peu par après

je gère ces correspondances mais ma tâche première est autre

Comment répondre à cette volonté et que faire de ce présent somptueux

que répondra au prochain rendez-vous cette source de Verbe qui ordonne la vie si ma réponse n'est pas un verbe de la même nature?

Quel est-il ce mystère de la vie unique dont à présent je connais les possibilités de communion extrême et notre situation si éparse d'êtres humains?

 

Franchir la mort n'est plus un problème mais une espérance et une joie

mais que faire de cette vie et quelle peut être son aide pour tenter de répondre aux questions qui me restent à résoudre lors de la prochaine rencontre?

D'où venons-nous?

Où sont-ils tous ceux qui viendront prendre place dans mon identité?

ai-je intérêt à n'utiliser mes facultés de correspondance que pour forcer le cours du temps et provoquer de nouvelles rencontres

et ce au péril de ma vie  au prix de ma folie ?

 

Sans cesse je reviens à ce moment où le Verbe s'est manifesté

toutes les perceptions liées à cet échange sont restées gravées dans ma mémoire

chaque fois je suis obligé d'accepter avec humilité cette faculté nouvelle de lire la vie

de voir instantanément quelle lumière anime les formes de vie que je rencontre

Cette découverte qui est Promis à chacun de nous engendre une relation

une attitude nouvelle vis à vis des autres

la disparition momentanée de l'élément surnaturel fait naître une logique plus complète et cohérente

la logique de l'Amour

de l'amour de la vie et de ceux qui peuvent partager ma vie comme ceux qui en cet instant là

savaient si bien la partager avec moi pour me conduire vers la lumière

 

Mais que faire de cet amour?

patienter dans le plus de paix possible en attendant le rendez-vous du grand passage?

cette logique au demeurant impossible doit-elle au contraire pousser l'initié à s'avancer pour proclamer qu'il incarne le Verbe?

à s'exposer devant la condamnation des autres avec la plus grande fermeté dans sa foi?

est-ce ainsi que l'on peut convaincre la multitude d'être à la recherche de ses ferments de vie éternelle?

peut-on vivre n'importe comment et espérer qu'à l'instant crucial nous serons prêts à passer le seuil?

 

Liberté terrible qui m'a été laissée

tu seras toujours terrible pour ceux qui ont vu

et toujours impossible

pour ceux qui ne croient pas pouvoir rencontrer un jour la lumière

 

LIBERTE

je t'ai comprise comme la marque de mon humanité

comme le seul trait caractéristique de mon existence terrestre par rapport à la vie que je devais trouver

Maintenant et bien plus qu'avant notre rencontre

je peux découvrir à chaque instant le voile de ma vie future

la faire renaître  en parler  la revoir  la contempler la partager

Incapables dans notre esprit des pouvoirs de communion

et d'identification promis plus tard

c'est grâce à une bonne gestion de notre liberté

de gérer l'espace et le temps

que nous pouvons cependant découvrir le contact de notre éternité

et préserver des liens privilégiés avec notre devenir

Cette liberté de l'homme

est le trait fondamental de l'existence humaine

par rapport à la vie future où la perception repose sur une identification avec tout ce qui apparaît

Le déroulement du temps vous appartient

vous n'avez plus à l'analyser pour trouver ce que vous cherchez

pour éviter ce dont vous avez peur

Aujourd'hui la Liberté est notre seul bien

pour pallier la non-présence d'une identité infinie convaincue de son éternité.

 

Etre privé de ma liberté

serait savoir que jamais plus

je n'irai au rendez-vous

et qu'à ma mort personne ne viendra à ma rencontre

pour conforter mon identité éternelle

acte d'amour absolu

si difficile à imaginer

sans cette rencontre surnaturelle.

 

Aujourd'hui

dix ans après

cet instant s'est imbriqué dans le temps présent

les restes in consumables sont à l'échelle des instants

des nanosecondes de notre existence terrestre

Parfois il ne me reste qu'un poids sur le cœur

il presse d'émotion mes regards et les embue

sur mes lèvres viennent alors remuer ces mots

d'un refrain quelque peu mystique.

  

j'ai vécu un temps

un temps au-delà de l'univers

je l'ai vécu

au pied des neiges éternelles

qui montent dans le ciel

 

 

La caméra remonta le long des neiges éternelles et s'immobilisa dans le bleu profond de l'azur. Sans interruption, ils lurent le titre de la troisième partie: " Sur le chemin de sa venue pour notre baptême de vie ". Le film montrait la clairière de la clue. Elle était déserte. Au bout d'un moment, ils aperçurent dans l'herbe deux draps de bain et un sac à dos. La caméra descendit le ravin pour aller à la rencontre d'un couple de jeunes adolescents qui s'aimaient dans l'eau de la rivière. La musique couvrait le bruit de l'eau et les différents rochers se prêtaient à quantité de poses plus ou moins lascives. Puis ayant fait l'amour sur les rochers brûlants au milieu du torrent, ils remontèrent nus dans la clairière pour continuer à s'aimer dans l'herbe haute, à l'ombre d'un bosquet de jeunes mélèzes. Laurie et les autres, étaient venus à la clue filmer cette scène et pour l'assistance, ce couple à la beauté superbe symbolisait une des finalités de leurs propres histoires d'amour. L'harmonie de leurs mouvements, leur grâce, l'expression de leurs souffles tourmentés par la passion qui les unissait, envahissait l'écran et se communiquait parmi les spectateurs. La scène s'acheva par une image fixée sur le sexe resté ouvert de la jeune fille puis l'image s'anima comme pour rentrer dans ce sexe et se noyer dans une lumière diffuse et agréable. La scène suivante présentait un décor de Noël dans un salon d'une maison et ils revirent la femme nue allongée sur un canapé tenant dans ses mains son ventre rond. Ils la suivirent allongée sur une table d'examen au cours d'une échographie et la caméra montra l'image du fœtus. Puis le printemps venu dans le parc de la ville, ils assistèrent à quelques images pudiques de l'accouchement. L'image s'estompa puis revint prendre forme pour montrer l'aurore vue depuis le sommet d'une montagne. Elle se figea une fois les premiers rayons de lumière lancés droits dans le ciel et la scène s'anima. Le jeune couple était présent devant eux et la jeune fille tenait dans ses bras son bébé. Tous trois étaient nus. La voix de l'acteur qui avait joué la première partie récita alors le texte. Devant eux, le bébé tétait le sein de sa mère et ses parents tout comme l'assistance le regardaient tendrement.

 

Mon enfant

au sortir du corps de celle que j'aime

j'ai capté ton premier regard

tes paupières se sont levées

tes yeux se sont ouverts droit en face des miens

et nous nous sommes reconnus

Dans tes grands yeux noirs qui allaient se remplir de lumière

je t'ai vu  je t'ai revu

Toi semblable aux autres qui étaient venus vers moi la fois là  lorsque j'avais eu le bonheur de franchir le seuil de ma mort et d'entrer au pays de ma lumière

 

Nous nous sommes reconnus

tu étais venu prendre possession de l'enfant et comme je te connaissais

je t'ai fait venir en moi

et j'étais en toi

C'est vrai  tu as été contre moi et tu m'as fait mal

une blessure profonde

de celles qui naissent dans le refus du partage d'un bonheur

tu protégeais l'indépendance de l'enfant et peut-être étais-je entrain de dépasser mes pouvoirs de père

 

Nous nous sommes reconnus et tu m'as prévenu

Ce genre de relations dorénavant serait très difficile et contraire à tous les liens sociaux qui toujours ont et continueront d'exister

mais tu ne m'as pas ravi le bonheur de nous retrouver dans les yeux de mon enfant

dans son premier regard à la vie

La source d'amour qui a jailli sera un torrent impétueux que nul n'arrivera à canaliser

sinon le poids du temps et nos efforts de sagesse réciproques

Peu à peu tu t'es effacé devant la lumière du jour qui remplissait ses yeux et son premier cri de bébé a rompu définitivement le souffle de ta présence

La vie avait changé

l'enfant était seul avec nous

il n'avait plus que nous et tout ce qui était en lui

qu'il connaîtrait ou ne connaîtrait pas durant sa vie

jusqu'à la révélation des instants

de son éternité

 

Mon enfant

plus tard je t'ai serré pour la première fois contre moi et jamais je n'aurais soupçonné que l'on pouvait si bien se comprendre

être bien ensemble

L'avenir nous le bâtirons chacun à notre façon

Il ne me reste qu'à trouver la manière de te dire je t'aime

pour que tu comprennes que dans tes tourments

j'ai un pouvoir que n'ont pas la plupart des autres

le pouvoir de retrouver en toi et en moi le même être

la même source de vie qui est à l'origine de nos vies

 

A défaut de connaître celui qui le jour de ma naissance était venu prendre possession de moi 

celui dont jamais personne ne m'a parlé

je t'apprendrai à reconnaître en toi celui qui au premier moment de ta vie nous a unis par un regard  lui toi et moi

 

Sache qu'en te disant je t'aime

je prendrai le temps de revenir au plus profond de moi

vers celui qui est unique en toi et en moi

et que dans mon cœur j'élaborerai les mots

le Verbe qui instantanément dans ton petit cœur à toi

fera rejaillir la lumière que je garde précieusement au fond de moi

qui était en toi et qui s'est estompée devant le soleil

Nous avons eu la chance de connaître tout de suite les marques de la présence qui vit en nous

je n'ai pas eu à scruter ton visage pour rechercher par bribes les signes de ce qui vit en toi et qui sont si changeants que jamais je n'aurai obtenu la même certitude que celle qui existe aujourd'hui entre nous

Si le privilège des femmes est de mettre l'enfant au monde

il est rare qu'elles soient en condition de recueillir le premier regard de leur enfant. Le père a plus de facilité pour y parvenir encore faut-il qu'il sache tout ce qui peut se jouer à ce moment là

 

Mon enfant

j'ai vécu ton baptême et je t'ai baptisé au souffle de ta propre vie

Ces liens sans autre influence  sans pouvoir exorbitant de ma part

je pourrai les resserrer mais comment t'apprendre à me le demander

à être prêt à cela

Et si tu apprends tout ceci ne sois pas exigeant avec moi

parce que je suis poète et que j'ai mené ma route sur les arêtes de la mort

parce que j'ai eu de la chance aussi

je suis parvenu à gérer des correspondances

avec l'indicible de mon identité

de notre identité et à être prêt à ton baptême de vie

Moi personne ne m'a parlé

de mon baptême de vie

c'était encore du temps où la plupart ignoraient

les phénomènes de la vie

 Mon enfant

garde toujours ton sourire étincelant

dans lequel je devine un brin de ta lumière

Laisse moi poursuivre ma route

chercher mon baptême de vie

Mon enfant

mon enfant de lumière

 

L'image diffusa à nouveau la lumière vive mais non aveuglante puis le sphinx à tête d'homme réapparut le temps que le couple et l'enfant quittent la scène. Les projecteurs remplacèrent la lumière de l'écran et tous les acteurs revinrent sur scène pour saluer le public. Ils furent copieusement applaudis. Laurie voulu citer le nom de l'auteur de la pièce mais elle se ravisa. Elle déclara vouloir ménager la modestie de cet homme car elle comptait encore sur sa collaboration pour demain leur donner un autre témoignage. Des hommes dressèrent l'autel sur la scène. Anke, Dominique et Klaus s'avancèrent avec la corbeille de pain et la coupe de vin et Anke dirigea la cérémonie de l'eucharistie. L'exercice spirituel qu'ils venaient de suivre les avait préparés à une communion profonde avec le mystère de celui qui vit en nous. A la fin de la cérémonie, il était plus de vingt heures et le soleil n'allait pas tarder à rougeoyer. Laurie invita l'assistance qui le souhaitait à prendre un exemplaire du texte de la pièce qu'ils venaient de suivre, près des tentes où le repas du soir allait leur être servi de suite. Ils pouvaient s'asseoir sur le mur d'enceinte et sur les rochers qui surplombent le village de Thorenc pour tout en mangeant et en discutant entre eux, assister au coucher du soleil. Ensuite la soirée reprendrait.

 

      

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