les combats

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Le soleil avait largement dépassé son zénith quand ils se retrouvèrent au-dessus de la montagne de Charamel. Ils virent Romain et Claudine sous une toile de tente veiller sur leurs corps charnels. Oui... ils durent admettre qu'ils avaient pris leur temps pour cette initiation dans la plus ancienne et secrète double maison de vie. Pierre constata que leurs corps charnels n'étaient pas en danger. Il invita Laurie à se rendre de suite à la clue dans leurs corps dédoublés et matérialisés. Ils portaient cependant toujours leurs vêtements bleus de fête. Laurie décida qu'ils leur allaient très bien et qu'ils devaient les conserver jusqu'à la célébration des mystères dans la grotte. Elle pénétra la première dans la tente qui servait de poste de commandement. Bruce, Anke, Sepp, Jacques et Dan avaient l'air sombre et passablement embarrassé. Ils se réjouirent à l'arrivée du couple. Anke soupçonneuse car elle connaissait trop bien Laurie, se précipita sur son téléphone mobile militaire sécurisé pour joindre Romain et Claudine. Laurie le lui enleva brutalement des mains. Tous comprirent à qui ils avaient à faire en remarquant que le  bras de Laurie avait une force inhabituelle. Laurie leur demanda s'ils avaient tous été adoubés chevalier. Ils répondirent par l'affirmatif. Elle leur dit qu'ils n'avaient pas alors à avoir peur. Un chevalier n'a pas peur dans ce genre de situation, il n'a pas peur de rencontrer l'expression des mystères de la vie et de travailler avec. Elle demanda à Anke de dire ce qui n'allait pas. Dan expliqua que la nouvelle direction de la NSA avait réussi à reconstituer un fichier détruit mais pas physiquement supprimé sur un disque dur. Elle avait diffusé les informations aux gouvernements européens ainsi que la liste de tous les matériels sensibles dérobés à l'armée américaine. Les chevaliers étaient traités de très dangereux voleurs et terroristes capables de déclencher des guerres dévastatrices, voire nucléaire. L'existence des deux centres de guerre électronique était mentionnée. Par contre, aucune information concernait la mutuelle et ses activités. Dan estima que ces adversaires ne tenaient pas à ce que l'opinion internationale sache la portée politique économique et sociale de leur mouvement. Les nouveaux adhérents des ministères, hautes administrations et des grandes entreprises répercutèrent les informations échangées suite à l'intervention officielle du gouvernement américain. Le Ministère des Finances français avait rédigé une plainte pour non-paiement de plusieurs impôts et taxes et s'apprêtait à demander la saisie conservatoire des biens immobiliers du mouvement sur son territoire et à l'étranger. Les services secrets des états s'activaient pour trouver la cachette où étaient détenus les dictateurs et autres criminels de guerre que les chevaliers venaient de capturer. Le Ministère de la Défense venait de donner l'autorisation à la marine américaine de faire à la clue, un exercice d'entraînement pour ses commandos embarqués sur le porte-avions relâchant en baie de Cannes, ceci pour impressionner et chasser les chevaliers. Michel qui dirigeait le centre de guerre électronique au château de Klaus et qui était en contact régulier avec les sympathisants du centre de guerre bruchois, confirmait l'interception et le décryptage de l'ordre d'attaque provenant du Pentagone à destination du porte-avions. Sans attendre, Michel avait donné les instructions à l'équipe de Darmstadt pour envoyer les satellites du réseau Echelon qui couvrent l'Europe, se perdre au fin fond de l'espace. Mais dans l'immédiat, il fallait neutraliser les commandos de marine.

Pierre décida d'aller chercher leurs corps charnels pour les déposer en sécurité à la grotte. Laurie prit le téléphone mobile sécurisé d'Anke pour appeler Claudine. Elle l'informa de la situation et demanda au jeune couple de se décorporer à son tour. Ensemble, tous les quatre dédoublés, ils porteraient en procession à la grotte leurs corps charnels inertes. Laurie et Pierre se rendraient immédiatement après sur le porte-avions, Romain et Claudine surveilleraient les environs et interviendraient en faisant simplement peur aux éventuels adversaires. Laurie demanda à ce que l'on cherche Martha et Jasko qui auraient la garde de leurs corps charnels dans la grotte. Dan décida de déclencher l'alerte et invita les chevaliers et compagnons à s'équiper de leurs armes et à se regrouper pour assister à la procession avant de rejoindre leurs postes de combat. Un quart d'heure plus tard, ils virent une lumière descendre la montagne et petit à petit, ils distinguèrent Laurie et Pierre, Claudine et Romain qui portaient à bout de bras leurs corps charnels inertes. Parvenus au début de l'allée centrale du campement, les quatre dématérialisèrent leur apparence et l'assistance suivit avec stupéfaction, les quatre corps inertes toujours dans la même position, s'avancer lentement. Quelques-uns uns s'agenouillèrent pour marquer leur respect, d'autres se recueillirent tout en restant debout. Tous s'étaient mentalement préparés pour faire face à ce genre de situation dont ils avaient médité longuement les moindres explications. Maintenant qu'ils étaient au cœur de l'action, ils ne savaient plus qu'une chose : ne pas trahir leur serment de chevalier ou de compagnon... rester sans peur et sans reproches, sauver la foi dans ce qu'ils vivaient des mystères pour poursuivre leur oeuvre humaine tout au long de leur condition humaine. Dans la grotte, sur une estrade entourée de cierges, quatre couches attendaient les corps. Martha les plaça en position de sécurité et déploya sur eux des capes de chevalier. Laurie et Pierre matérialisèrent leur double. Ils enlevèrent leurs vêtements bleus et les déposèrent sur leur corps charnel puis ils revêtirent l'habit des chevaliers et prirent l'épée à la ceinture. Ils dématérialisèrent leur double.

Sur le porte-avions, tout semblait calme. Un ascenseur était descendu et sur le pont inférieur, des commandos s'affairaient à proximité d'hélicoptères de transport de troupes. Pierre illumina la zone d'une lumière aveuglante puis il fit déferler un vent violent. Le calme revenu, Laurie et lui s'amusèrent à dérober les sacs à dos et les armes pour les jeter ostensiblement à la mer. Ils rattrapaient les soldats qui tentaient de fuir pour les plaquer violemment au sol. Pierre leur parla pour leur dire qu'ils étaient en présence d'une force du monde double. Il fit avouer à plusieurs soldats la mission qu'ils avaient reçue : s'introduire dans le rassemblement d'une secte terroriste pour faire main basse sur les armes présentes, capturer les dirigeants des terroristes et les conduire sur le porte-avions. Parmi ces terroristes, il y avait d'anciens agents secrets américains. Pierre mit le feu aux hélicoptères, ce qui déclencha une alerte incendie. Puis avec Laurie, il demanda à la centaine d'hommes de monter sur le pont d'envol et d'attendre la suite des événements sans bouger sous peine de représailles plus violentes. En guise de démonstration, Pierre projeta un hélicoptère en flammes à la mer. Les autres comprirent. Laurie décida d'aller voir le commandant du bâtiment. Les officiers adverses, surtout de ce pays là, c'était son affaire. Pierre décida de se rendre dans le centre de contrôle du réacteur nucléaire qui propulsait le porte-avions.

Laurie pénétra dans le poste de commandement. Pour faire remarquer sa présence, elle ouvrit la porte et la claqua bruyamment puis elle jeta par terre les cartes d'état-major sur lesquelles les officiers travaillaient. Elle bouscula le commandant et le projeta à plusieurs reprises contre les cloisons. Plusieurs officiers sortirent leurs revolvers. Aussitôt Laurie s'en empara et ouvrant un hublot, les jeta dehors. Elle verrouilla toutes les issues pour les garder prisonniers et elle neutralisa les moyens de communication et les instruments de bord. Après leur avoir imposé le silence, elle demanda à un officier de brancher un moniteur vidéo sur la salle de commande du réacteur nucléaire et sur les appareils de contrôle de ce réacteur. Pierre était déjà au travail, tapant sur toutes les touches des claviers, brisant les vitres et actionnant les boutons d'alerte ou de sécurité. Il coupait le réacteur puis de suite, le ré enclenchait. Le personnel pris d'affolement ne maîtrisait plus l'installation. Pierre projeta toutes les personnes présentes sur les cloisons et les empêcha de bouger. Il coupa le système de refroidissement du réacteur et déclara qu'il le laisserait couper tant que le gouvernement américain, à travers l'intermédiaire de ses services secrets de Fort Meade, ne reconnaîtrait pas leur mouvement et tant qu'il ne renoncerait pas à détruire l'ordre des chevaliers. Laurie demanda au commandant de se mettre en communication avec ses supérieurs. Pierre lui demanda de patienter quelques moments. Le temps que la chaleur du réacteur déclenche automatiquement une procédure d'alerte. Le commandant déclara que cette alerte serait connue de tous, autant du gouvernement américain que des gouvernements européens, que l'opinion internationale serait mise au courant que des terroristes allaient déclencher une catastrophe nucléaire. Laurie lui demanda comment il pouvait dire qu'ils étaient des terroristes car aucune personne sur le porte-avions ne les avait encore vus. Il devait avouer la réalité des choses : il avait en face de lui deux esprits, oui, mais pas forcément terroristes car les esprits combattaient pour le bien, pour protéger un mouvement nouveau et des chevaliers sans peur et sans reproches. Le commandant fit remarquer à Laurie qu'elle parlait très bien l'américain avec un accent de Philadelphie et que sa voix était une voix féminine. Laurie matérialisa subitement son double et tous virent une blonde chevalier à la croix rouge templière, l'épée à la main. D'un coup d'épée, elle fendit en deux la table. Les autres eurent un sursaut d'effroi. Puis elle changea son apparence pour apparaître en guerrière égyptienne. D'une flèche, elle brisa le portrait du président américain. Elle ôta sa tunique pour se transformer en danseuse nue et elle les provoqua outrageusement tout en les maintenant plaqués aux cloisons. Satisfaite de son exhibition, elle dématérialisa à nouveau son double. Pierre lui demanda de patienter quelques minutes encore, la température du réacteur n'allait pas tarder à dépasser la zone critique. Avant le grand chambardement, Pierre demanda à Laurie qu'elle ordonne au commandant d'éloigner de la côte le porte-avions. Le commandant accepta et l'équipage commença la remontée de l'ancre. Enfin l'alerte nucléaire se déclencha. Laurie laissa le commandant s'expliquer avec ses autorités gouvernementales. Pierre avait fait sortir l'équipage de la salle de contrôle et avait verrouillé les portes de l'intérieur. Il alla rejoindre Laurie. Sur l'écran de la messagerie, le couple lut le message envoyé par le groupe de Darmstadt. Il était en contact direct avec Fort Meade et le gouvernement américain. Leurs adversaires n'allaient pas tarder à donner leur réponse et à décider de mettre fin à toute attaque militaire contre le mouvement. Par la suite, des réunions de travail auraient lieu pour rédiger un accord de coopération international. Laurie connecta le réseau informatique du bâtiment aux intranets civils du mouvement et elle invita l'ensemble de l'équipage à visionner un document de présentation de leur mouvement et de l'ordre chevalier. Pierre intervint avant cette diffusion pour garantir qu'en cas d'accord des autorités américaines, tout rentrerait dans l'ordre comme s'il ne s'était rien passé. Le porte-avions ayant simplement levé son mouillage pour gagner la haute mer et quitter la région. Les officiers avaient retrouvé leur liberté d'action mais ils avaient perdu toute velléité de rébellion. Docilement, ils suivirent sur l'écran géant, la diffusion du documentaire. Ils patientèrent ensuite un long moment. Michel envoya un message avec les indications d'un code d'accès à une télécommunication. Le centre de guerre électronique du château de Klaus allait relayer une communication vidéo provenant de Fort Meade. Un directeur du Fort, expliqua que pour garder une certaine confidentialité aux événements, le gouvernement de son pays ne souhaitait pas s'exprimer publiquement mais souhaitait le faire par son réseau des services secrets. Il avait été mandaté pour informer les deux chevaliers présents à bord du porte-avions qu'ils pouvaient cesser leur emprise sur le bâtiment, assurance avait été donnée à l'ordre chevalier qu'une trêve intervenait avant l'ouverture de négociations. Pierre et Laurie matérialisèrent leur double pour répondre qu'ils allaient quitter le navire après avoir effacé toutes traces des événements. Lorsque le commandant reprit contact avec la salle de contrôle du réacteur, chacun était à son poste et le fonctionnement du réacteur était nominal. Les commandos de marine se reposaient sur leurs couchettes ou étaient au bar en train de jouer au billard. Le navire gagnait la haute mer. Il re contacta Fort Meade qu'il eut directement. Il décrivit au correspondant ce qu'il avait vécu. L'autre lui confirma qu'il ne s'était rien passé. 

Sur le chemin du retour, Pierre décida d'utiliser sur une plus grande échelle leurs pouvoirs destructeurs du monde double. Il voulut arroser copieusement les légionnaires du camp de Canjuers. Survenus à l'aplomb du site, ils se chamaillèrent à qui déclencherait le plus violent des orages, inondant le camp et l'assommant d'une multitude d'impacts de foudre, détruisant un grand nombre de matériel que ce soit dans les garages ou à l'extérieur. Ah ! Osiris leur avait dit qu'il estimait que les druides celtes possédaient un savoir probablement supérieur aux initiés égyptiens ? Eh bien, cette démonstration pour faire tomber le ciel sur la tête des légionnaires, valait bien les pouvoirs de ces druides ! 

Satisfaits, ils revinrent à la clue. Romain alla à la rencontre du couple. Il demanda en riant si c'était eux qui avaient fait tomber le ciel sur la tête des militaires du camp de Canjuers. Pierre avoua mais relativisa l'emploi de ce genre de pouvoir. Il expliqua que cette manifestation des pouvoirs du monde double était équivoque. Maintenant que les hommes ont déréglé les climats et provoqué le réchauffement de la planète, les catastrophes naturelles, les ouragans, les blizzards, les pluies diluviennes n'allaient pas cesser d'être plus fréquents et dévastateurs. Si quelques druides ajoutaient encore des orages diluviens, ils allaient tôt être accusés de faire déborder le vase et rendus coupables de tous ces cataclysmes. L'époque n'était plus au point pour une généralisation de ce type de pouvoir et elle était bien davantage propice à une chasse aux druides si facilement générateurs des dérèglements climatiques. Romain, en confrère de métier, lui donna une tape amicale sur l'épaule. Non, le ciel n'était pas aussi sombre pour eux...

Jasko avait du interdire l'entrée à la grotte tant il y avait du monde qui voulait se précipiter pour féliciter Laurie et Pierre. Les quatre sortirent et eurent du mal pendant quelques instants à se réhabituer à la lumière du jour. Pierre chercha le soleil, il avait déjà disparu derrière la montagne et le soir allait tomber. Anke demanda à l'assistance de prendre patience jusqu'à la veillée durant laquelle Laurie et Pierre seraient soumis à la question pour tout leur raconter de ce qu'ils avaient vécu depuis la nuit dernière.

 

Dan organisa de suite une réunion de sécurité. Bruce avait réussi à entrer en contact avec ses anciens collègues de l'état-major du Fort et de la Présidence. Il put les renseigner sur les motivations qui l'avaient amené à rejoindre l'ordre des chevaliers. Ses arguments étaient simples : ses anciens collègues venaient de perdre tout un réseau de satellites espions positionnés sur l'Europe mais ils pouvaient trouver en échange l'aide ô combien plus efficace de leur mouvement. D'accord, tout leur matériel de guerre électronique et leur armement avait été dérobé à l'armée américaine mais ce n'était pas l’œuvre de bandits, de voleurs ou même de terroristes. Cela n'avait été possible que grâce à l'aide efficace des différentes loges regroupant des chevaliers, des compagnons et des sympathisants. Ensemble, ils avaient les mêmes adversaires : ces dirigeants sans lois et scrupules autres que leur pouvoir financier. Que craignaient-ils à s'allier avec les chevaliers ? A être privé de salaires, à ne plus avoir de responsabilités militaires ? La mutuelle leur offrait un salaire à vie, les chevaliers les attendaient pour poursuivre le combat. Que décidaient-ils ? Le correspondant du Fort fit attendre sa réponse. Ses supérieurs avaient décidé d'envoyer de suite sur le porte-avions, une mission scientifique d'évaluation et de contrôle pour vérifier que le fonctionnement du réacteur était bien nominal. Ils n'avaient pas confiance dans le travail de Pierre. Ils avaient appris l'incident dans la salle informatique isolée par une cage de Faraday et le fait qu'il ait oublié de déverrouiller la porte en partant... alors, pensez donc, secouer d'une telle manière un réacteur nucléaire ne pouvait rester sans de scrupuleuses vérifications. Une fois celles-ci achevées, d'ici quelques jours, le Fort reprendrait contact avec Bruce. En attendant, de leur côté, ce serait la trêve. Bruce les taquina une dernière fois pour leur demander si la mission scientifique souhaitait la compagnie de Laurie et Pierre sur le porte-avions. L'autre lui demanda poliment d'aller se faire voir...

  Pierre demanda à Bruce et à Dan quel délai, ils avaient avant une nouvelle attaque. Bruce l'estima à quatre ou cinq jours du côté américain. La démonstration sur le porte-avions avait été spectaculaire et impressionnante. La remise en ordre aussi soudaine et parfaite des installations en avait laissé plus d'un pantois. L'alerte nucléaire avait bien été déclenchée et tous les pays riverains de la Méditerranée n'avait pas encore retrouvé leur sérénité après l'annonce de cette fausse alerte. L'irruption de ces pouvoirs nouveaux n'allait pas effrayer longtemps des esprits cyniques ingénieux et implacables. Bruce expliqua qu'il avait longtemps travaillé sur la question des pouvoirs parapsychologiques et il était arrivé à la conclusion que si ces pouvoirs avaient existé, que les druides, les pharaons, incontestablement d'après les récits, les possédaient, cela n'avait pas empêché la disparition de ces civilisations et leurs défaites militaires. Ces pouvoirs avaient leurs propres limites et tôt ou tard, un soldat armé rien que d'un couteau ou d'une lance pouvait abattre le druide ou le pharaon. Il suffisait d'attendre le bon moment. Bruce avoua avoir laissé ce dossier à sa place en partant et ses successeurs arriveraient à la même conclusion. Jamais ils n'abandonneraient l'idée de s'emparer de ces pouvoirs et comprenant qu'ils n'arriveraient jamais à former des initiés les possédant et les servant fidèlement, ils feraient disparaître purement et simplement les initiés porteurs de ces pouvoirs. Bruce regarda pensivement le groupe des quatre. Pierre s'assit tranquillement près de lui pour lui avouer calmement et avec sérieux qu'il en avait longuement discuté avec Osiris et Hermès, avec Isis aussi. Ces derniers avaient présenté la même conclusion que celle de Bruce mais Pierre l'interrogea. Si sur le porte-avions, cela s'était mal passé, si ses anciens supérieurs et collègues n'avaient pas décidé de dialoguer puis de négocier, croyait-il que jamais le réacteur n'aurait explosé, qu'il se serait éteint tout seul comme par enchantement ? Pierre prit un ton vindicatif pour assurer à Bruce qu'il avait bien tourné les boutons, abaisser les commandes, couper le circuit de refroidissement et pousser à fond le réacteur en débranchant toutes les sécurités. Bruce n'en fut pas convaincu. Le réacteur aurait du se mettre automatiquement à l'arrêt. Pierre en convint sauf qu'il fit remarquer à son interlocuteur qu'il avait déclenché une force pour maintenir en plongée les barres dans le réacteur. Oui... c'était bien du mystère... mais cela avait marché : les barres n'étaient remontées que lorsque cette force avait été coupée par Pierre. L'autre ne dit plus rien. Pierre décida que le lendemain après-midi, débuterait la célébration des mystères. Il précisa qu'elle serait plus courte que prévue car l'initiation de Laurie était déjà faite alors qu'au départ, il l'avait prévue au cours de la cérémonie. Rester des heures ou trois jours dans le monde double et ne pas donner signe de vie n'était pas franchement indispensable. Il se tourna vers Laurie :

 - j'en ai rien à faire de Déméter et de Perséphone... Isis, oh oui !

- Françoise, méfies-toi d'Isis, depuis qu'il l'a rencontrée et dansé avec elle, je ne garantis plus rien, il est comme ensorcelé !

-  Ce n'est pas surprenant, avec sa manie de toujours bouquiner des livres sur les égyptiens. Je parie qu'elle était de nouveau toute nue ?

- Gagné... ces histoires commencent par me paraître bizarre... c'est comme si ton mari avait peut-être un don de vision mais qu'il l'utilisait surtout pour projeter devant nous ses visions et les dérouler à sa guise. Pourquoi sont-elles toujours nues ? Déjà qu'il nous déshabille avec son regard perçant !

- Isis a simplement ôté ses vêtements bleus pour se faire plus proche de nous. Je veux bien enseigner la grande doctrine ésotérique et les moyens de retrouver la route du monde supérieur mais laissons Déméter, Cérès, Proserpine et les autres. Restons avec Isis et Hermès... Isis m'a bien dit qu'elle viendrait dans notre maison.

- cette grotte ne vaut pas le temple de Dendérah, c'est miteux en comparaison, tu vas nous ridiculiser ! Que veux-tu faire avec Isis ? Pourquoi préfères-tu maintenant prendre Isis comme animatrice et pas moi. J'ai les mêmes pouvoirs que toi et semble-t-il qu'elle ?

- Tu es jalouse ? Eh bien ! Nous ne sommes pas sortis de la grotte. Réfléchis un peu tout de même ! Tu as vu comme elle a organisé la danse, décoré la salle, placé l'orchestre et les danseuses ? Tu te souviens de la présentation des danseuses ? Ce fut fabuleux ! Si elle pouvait se joindre à nous et nous donner ce décor et cette organisation ? Tu te rends compte, toute une première partie comme cela puis après nous sèmerions l'effroi pour vérifier la foi de chacun et au final, on remettrait ça, tous avec les mêmes vêtements bleus de fête distribués comme cela, gratuitement, autant qu'il en faudrait ! Et avec ces vêtements bleus, qu'est-ce que nous pourrions faire Laurie ?

- du calme, ton Isis te monte à la tête !

- Regarde, nous pourrions rejoindre un autre bleu. Nous pourrions leur montrer nos aînés à la peau blanche et au sang bleu et surtout, leur monde bleu et au-delà de cet azur insondable, petit à petit, nous pourrions faire sourdre la lumière, celle du puits de lumière... la faire descendre pour qu'elle mousse en eux. Nous pourrions nous arranger avec le Verbe pour qu'il laisse monter jusqu'à lui les plus fidèles. Tu vois, nous leur ferions vivre la première illumination. Nous avons la clé du monde double et avec Isis, nous serions trois dont Isis qui a beaucoup plus de pouvoir que nous dans le monde supérieur car son existence humaine est achevée et parce qu'elle avait reçu la triple initiation durant sa vie humaine. Elle est la fille des aînés, la fille d'un fils de Dieu et elle vient de leur monde... Je te dis que c'est elle qu'il nous faut. Ne sois pas jalouse, Laurie, nous devons travailler avec elle. C'est la reine des survivants, la dame du ciel.

- Pierre, pourquoi compliques-tu tout ? Nos décors sont prêts, les acteurs ont répété les textes. D'accord, nous jouerons les mystères selon la manière égyptienne et non selon la manière grecque prévue au départ. Nous n'avons pas besoin d'Isis, à sa place nous avons le concours de Svetlana. Tu dois penser aux autres, pas uniquement à toi. Ils avaient déjà du mal à suivre le rite grecque, alors qu'est-ce que cela va être avec Isis et les descendants de la planète bleue ?

- Je veux partager ce rêve et nous avons les moyens de le rendre réel. Il ne suffit pas de savoir gérer des centres de guerre électronique, de savoir calculer un salaire à vie et d'être capable d'organiser une économie en réseau affranchie du pouvoir de l'argent et des états. Nous devons multiplier le groupe des initiés pour les envoyer à travers le monde, tout de suite.

- tu vas trop vite, il est impossible de te suivre

Bruce intervint pour sortir de ce débat :

- Pierre, si je comprends bien, vous avez reformé avec Laurie le couple sacré grand prêtre et pharaon. Vous venez de démontrer vos pouvoirs du monde double. D'accord mais faut-il toujours former un couple pour réussir cela ? Une personne seule ne peut-elle pas réussir ? Laurie ne peut-elle pas maintenant former Romain et Claudine puis d'autres encore ? Les druides n'exerçaient-ils pas seuls ?

- Il y avait aussi des femmes druides et elles se rassemblaient au moins une fois par an. Hommes et femmes druides pouvaient évoluer comme le couple sacré grand prêtre et pharaon. Mais Bruce, tu voudrais dire que maintenant vous pouvez vous débrouiller sans moi ?

- Je ne tiens pas à ce que l'on se fâche. L'attirance que tu as toujours eue pour ces histoires égyptiennes ne signifierait-elle pas que parmi ton non être, il y a des présences de ce temps là et maintenant que tu les as rencontrées, ne serais-tu pas perdu pour nous parce que trop dépendant du temps que tu viens de retrouver ? Pierre, comprends le, nous ne pourrons pas entrer dans ton temps.

- Qu'est-ce qu'il raconte celui-là ! Je comprends que tu aies voulu nous rejoindre plutôt que de continuer à vivre parmi la stupidité de ton organisation secrète mais c'est moi qui ai le rôle de pharaon et Laurie celui de grand prêtre. Je peux te coller au mur, t'écraser et te réduire au silence et toi, tu ne peux rien contre moi. Comprends tu cela ?

- Pierre, tu n'as pas le droit de dire cela. Retire ces paroles ou je repars voir Isis et je te l'amène ici et tu vas voir ce que tu vas voir !

Laurie ne put cacher sa colère. Françoise sortit en courant et en pleurant. Pierre fit face au groupe, menaçant. Claudine s'avança vers lui. Elle mit un genou à terre, se releva puis vint lui donner l'accolade de paix. Elle prit la parole.

- Pierre, emmènes-nous avec toi, Romain et moi. Tu as raison, il faut penser à ceux qui vous survivront. Tout va si vite aujourd'hui. Demain, il se peut que nous soyons tous morts. Notre entreprise ne peut pas disparaître ainsi. Ecoutez vous autres et toi aussi Laurie ! Dan, va rechercher Françoise ! J'ai suffisamment fait l'amour avec Pierre pour le connaître au point de vous dire ceci : Bruce, tu as tout faux. Pierre est de notre temps et pas de celui d'Isis ! Mais il a toujours été franc, humble et curieux. C'est un homme droit comme un i . Oh non, il n'est pas souple mais il est comme un mât auquel on s'accroche pour survivre à la tempête. Demandez à Isis et Horus s'ils n'ont pas du s'attacher au mât de leurs mandjits pour franchir les raz de marée, les stunamis ! Je comprends Pierre. Animer dans cette grotte la célébration des mystères après ce qu'il a connu à Dendérah ne rime plus à rien pour lui. Il est trop honnête pour ne pas nous le faire comprendre. Sa générosité sans limite nous propose d'aller tous à Dendérah, mieux, de transposer la double maison de vie ici pour revivre de la manière la plus authentique cette célébration des mystères et peut-être qu'ensuite, il nous inviterait à remonter le Nil jusqu'à Edfou pour re célébrer le mariage d'Isis avec Osiris. Ce serait merveilleux mais Pierre, ce n'est pas l'objet de notre rassemblement, seule Isis est capable de t'aider mais pourquoi transposer la double maison de vie dans notre grotte ? Nous sommes attaqués par des bandes de matérialistes ignares et sans pitié qui ne veulent pas de notre mouvement, de notre économie en réseau, de notre salaire à vie qui n'est pas traduisible dans leurs billets de banques sur lesquels ils pourront spéculer ! Eux, ils veulent leur argent et puis après la paix, pour qu'ils puissent jouir de leur argent en paix, comme ils l'entendent, dans leur liberté qui n'est pas la nôtre, sans que quelqu'un vienne leur rabattre les oreilles en clamant que leur argent est sale ! Pierre, avec tes pouvoirs, tu dois nous aider et laisse Isis tranquille. Tu la reverras, tu auras toute l'éternité pour la revoir !

- D'accord, j'avoue ne pas vouloir animer la célébration des mystères et je ne l'animerai point. Je laisse cette animation à Laurie... Si elle veut chercher l'aide d'Isis, ce serait bien. C'est tout.

Pierre se mit lentement à sourire. Les membres du groupe des fondateurs comprirent à ce sourire qu'ils détestaient, que Pierre avait une autre solution en tête et que comme toujours, comme par enchantement, ce serait cette solution qui allait prévaloir sans même qu'ils puissent prononcer un ouf de soulagement. Ce poète n'était pas un tyran car un tyran va toujours dans le sens du peuple, c'était quelqu'un de pire encore mais il y avait quelque chose de sûr, Claudine avait dit vrai : il était toujours droit et résistait à toutes les tempêtes. Il était franc, généreux et toujours plein de dévouement. Comme toujours, il suffisait d'attendre... et avec lui, c'était rarement long. Pierre demanda à Laurie, Claudine, Romain de s'isoler un moment avec lui dans une clairière, parmi les mélèzes. Dan leur demanda de rentrer avant la nuit ou de prévenir s'ils repartaient en Egypte. Laurie, par signes, lui assura qu'elle tenait bien en main son diable d'amant de poète. 

Assis dans la clairière, Pierre demanda à Claudine de s'asseoir à ses côtés, face à Romain et Laurie. Cela ne vexa pas Laurie mais elle tint à prévenir le groupe. Elle avait besoin de quelques minutes pour chercher Svetlana qui servirait d'arbitre ou tout au moins de témoin. Svetlana attendait la mort de Jasko, de ce Jasko que Laurie avait eu toutes les peines du monde à soigner et à lui faire reprendre vie après les atrocités qu'il avait vécues. Sa prédiction courait toujours et il était hors de question que Jasko meure pour une bêtise de Pierre, une histoire de porte non déverrouillée ou quelque chose comme cela. Pierre accepta sans broncher ces remarques quelque peu désobligeantes. Tous joignirent leurs forces à celles de Laurie et la médium fit apparaître Svetlana. Elle était déjà au courant et leur fit signe que la réunion pouvait commencer. Pierre lui fit un signe pour lui dire que cette réunion serait très brève. Voilà. Il était d'accord avec Claudine. S'ils disposaient de deux à trois jours avant une nouvelle attaque, Laurie ou lui, au choix, pouvait initier Romain et Claudine au monde double. Ce serait ce jeune couple qui célébrerait ensuite les mystères selon la manière qu'ils voudraient. Durant cette cérémonie, Pierre souhaita que Laurie et lui, de suite, avec leurs pouvoirs du monde double aillent aider les chevaliers à travers le monde à mettre à l'abri leurs installations. Sepp et Anke devaient, d'ici la fin des combats, basculer les connexions sur Internet, au vu et au su de tous. Ils n'avaient rien à cacher. Tous devaient pouvoir vivre au plus près les combats annoncés. Laurie et lui aideraient l'équipe de Darmstadt à mettre la main sur quelques super calculateurs pour accélérer les traitements des données. Les deux centres de guerre électronique seraient démontés et mis à l'abri. Anke devait bien avoir un endroit en réserve. Ainsi, ils feraient coup double : le couple de successeurs initiés serait en fonction et lui, dans son rôle de pharaon pourrait s'exposer au milieu des combats. Oh non, il n'en mourrait pas mais d'autres dont Jasko allaient se sacrifier pour tenter de faire réfléchir cette société matérialiste inconséquente. Il ne resterait plus alors qu'une seule mission pour le poète : être mis à mort lui aussi pour ensuite descendre dans les ténèbres chercher les tués de ces combats qui n'auraient pas trouvé eux-mêmes la force de traverser le puits de lumière, pour les sauver... sauver Jasko s'il le fallait, le sauver définitivement après que Laurie l'ai ramené à la vie humaine une première fois ! Cela Svetlana ne le pouvait pas : elle ne pouvait que l'attendre, pas le chercher parmi les ténèbres...

 Laurie, de guerre lasse, donna son accord à la condition que Pierre cesse de ne penser qu'à lui, qu'à sa mort. Claudine devait choisir un lieu d'initiation qui lui plaise et Pierre devait s'y conformer. L'initiation au monde double de Claudine et de Romain eut lieu le lendemain après-midi. Les quatre corps avait été gardés dans la grotte par des chevaliers commandés par Svetlana qui avait matérialisé son corps. Le surlendemain matin, le jeune couple à l'initiation achevée, anima la célébration des mystères. Après la première partie et la célébration de l'amour humain, ce fut comme si les deux couples d'initiés s'étaient endormis. Les lumières s'éteignirent et dans l'obscurité de la grotte, Romain et Claudine avec l'aide de Svetlana déployèrent les forces du monde double pour impressionner fortement l'assistance. Les personnes étaient soulevées, bousculées, entourées de présences immatérielles effroyables, de jets de flammes. Des pauses intervenaient pour ne pas briser la résistance physique et nerveuse de l'assistance puis à la fin de cette deuxième partie, le calme revint ainsi qu'une lumière surnaturelle dans laquelle les futurs initiés perçurent la présence de leurs êtres chers. Ceux-ci communièrent avec les fidèles qui avaient compris que le moment était arrivé de s'ouvrir à cette fusion pour voir mousser en eux ces rayons sublimes de lumière céleste. Plus ils s'élevaient, plus ces présences surnaturelles se manifestaient ouvertement. Plus tard, après la cérémonie, bon nombre déclarèrent avoir aperçu le sommet de la montagne, le sommet du puits de lumière. Ces initiés manifestaient leur assurance de savoir franchir le puits de lumière lors de leur prochaine rencontre, de leur prochaine illumination. A la fin de la troisième partie, tout revint comme au début à l'exception des corps de Pierre et Laurie qui n'avaient pas bougé de place. Par-dessus la tunique blanche à la croix rouge templière sur l'épaule gauche, Romain et Claudine posèrent un manteau bleu ciel d'Egypte brodé d'or. L'assistance comprit qu'il s'agissait du manteau de cérémonie des suivants d'Horus, des descendants des survivants du continent disparu lors du dernier grand cataclysme. Des étoiles à cinq branches décoraient le manteau. Tous connaissaient maintenant le nom de cette étoile et étaient prêts à suivre eux aussi le route de la Mérica, la route des initiés, en cheminant dans l'observation des mathématiques célestes et des lois divines gardées dans le secret du temple de la Dame du Ciel à Dendérah, dans le temple de cette Dame qui se plaît à se montrer le plus souvent à des bergers analphabètes pour leur enseigner quelques vérités sur le devenir du monde et démontrer ainsi aux populations que les paroles de ces bergers analphabètes viennent bien d'ailleurs.

Laurie et Pierre se rendirent au château de Klaus non sans avoir fait un léger détour en Alsace pour déclencher un violent orage au-dessus du Felsbourg qui en détruisit toutes les antennes. Michel les accueillit. Il était au courant et avait commencé le déménagement du site. Anke lui avait donné le plan pour rejoindre une vieille mine abandonnée des alpes bavaroises, cachette qu'Arnim et le groupe des anciens avait utilisée pour cacher leur trésor de guerre. Michel trouva le matériel américain un peu compliqué à démonter. Celui de son ancienne entreprise était plus pratique. Il hésitait à suivre les conseils trop prudents d'Anke. Tout se passait bien ici et ce matériel devait continuer à servir. Michel préféra le déplacer à la ferme des Vosges du Nord et le protéger grâce à quelques compagnies de chevaliers. Il leur suggéra de se rendre à Paris. C'était les vacances politiques mais quelques fonctionnaires avaient été troublés par les dernières informations reçues de Fort Meade sur le rassemblement à la clue. Un excès de zèle était dans le domaine des probabilités. Pierre et Laurie devaient surveiller de plus près ce milieu. Non, à Bâle tout était aussi en ordre et leur bourse d'échanges n'avait jamais cessé de fonctionner. Laurie accepta l'idée d'aller à Paris et elle insista pour se rendre à nouveau chez Jean et Marie, dans l'ancien appartement de ses parents. 

Matérialisés dans leur double, ils sonnèrent à la porte et la surprise fut totale. Le couple passa la nuit dans la chambre de Laurie sous les toits. Ce calme retrouvé leur fit du bien mais Laurie savait que c'était leurs derniers moments d'intimité humaine. Elle ne baissa pas les bras et enlacée à son amant, elle le culpabilisa en lui demandant comment il pouvait songer à quitter Françoise et ses enfants. Sa réponse fut simple : il ferait comme Svetlana et tous auraient la garantie d'accéder au monde supérieur. N'était-ce pas l'essentiel ? Pour le reste, sa famille bénéficierait des biens et service de la mutuelle. Il chargea Laurie de bien négocier avec Frantz l'équivalence des services spéciaux qu'il avait rendus au mouvement pour que sa famille ne manque de rien et soit en sécurité jusqu'à la fin de ses jours. Même s'il n'avait pas abandonné son travail professionnel, ces quelques semaines avant son départ compensaient largement son manque d'intégration quotidien dans le mouvement. Laurie promit : elle obtiendrait l'accord unanime du groupe des fondateurs. Le lendemain matin, en prenant leur petit-déjeuner avec Marie et Jean, ils entendirent aux informations sur le poste de radio qu'une compagnie de gendarmes venait d'être faite prisonnière par un groupe d'hommes armés. Ils n'y avaient pas de blessés et les gendarmes demandaient qu'aucune action ne soit entreprise pour les délivrer. L'action s'était déroulée dans les Préalpes de Grasse, dans la vallée de l'Esteron. Des équipes de journalistes se rendaient sur place et des informations étaient disponibles sur Internet avec un film des événements présentés par ce groupe d'hommes armés en lutte contre la société. Le journaliste ajouta qu'il ne s'agissait pas de terroristes mais de chevaliers qui n'acceptaient pas d'être désarmés par des gendarmes. Sur une autre radio, des précisions furent données : il s'agissait du même groupe qui fin juin avait désorganisé les réseaux informatiques et les chaînes de télévision et détruit sur les places financières américaines, des milliards de dollars acquis frauduleusement. Jean alluma le poste de télévision et les informations du matin montrèrent les images du commandant de gendarmerie qui prenait partie pour les chevaliers. Il expliqua que ses supérieurs lui avaient omis de dire contre quel groupe il devait intervenir. Lui et bon nombre de ses collègues connaissaient cet ordre chevalier et leur mouvement. Il avait dorénavant pris position avec ses hommes dans le village proche du rassemblement pour défendre ce rassemblement. Il redit clairement que lui et ses hommes n'étaient pas prisonniers mais qu'ils s'étaient ralliés aux chevaliers et ils invitaient d'autres soldats de tous pays à venir les rejoindre. Manifestement, la chaîne télévisée avait compris ce qui lui était arrivé il y a un mois à peine et elle avait fait son devoir d'information jusqu'au bout. Elle n'en avait pas grand mérite car la même séquence vidéo était diffusée sur Internet par les chevaliers eux-mêmes.  

Pierre se mit à s'étirer sur sa chaise comme s'il sortait d'une léthargie. Sa première préoccupation fut de mettre leurs corps charnels en sécurité ailleurs que dans la grotte. Pouvaient-ils les amener ici, dans la chambre de Laurie ? Romain et Claudine prendraient leur propre décision mais Pierre leur conseillerait de faire pareil. Marie monta préparer la chambre. Laurie et Pierre regagnèrent la clue. Ils matérialisèrent leur double pour se présenter à Dan et aux autres. Romain et Claudine se trouvaient chez les gendarmes. Laurie demanda à avoir des détails sur ce qui s'était passé. 

Vers trois heures du matin, des phares avaient été aperçus sur la route de la vallée depuis le haut de la vallée et depuis le bas. Une première liaison radio avec les patrouilles sur place à ces endroits leur avait appris qu'il s'agissait de camions militaires avec des gendarmes à bord. Les patrouilles suivaient la progression de ces gendarmes pas à pas. L'alerte avait été donnée au campement et les templiers en armes avaient rejoint leurs emplacements de tir. Les officiers d'active présents au campement avaient décidé avec Dan de ne pas bouger, de faire aucune provocation et donc de ne pas faire décoller les Huey. Leurs pilotes et les mécaniciens étaient cependant près des appareils et les chargeaient en munitions réelles. Ils avaient aussi enlevé les caches sur les emblèmes et les croix templières brillaient à nouveau sur les carlingues. L'équipe de Sepp avait transmis l'alerte au club et à la ferme ainsi qu'à la station de réserve sur le plateau voisin. Elle s'activait pour monter sur micro-ordinateur les dernières images du rassemblement et les envoyer via le satellite capturé à l'adversaire. Sur la combe, l'attente se faisait interminable. Une heure plus tard, sur l'Harpille, Dan et son radio reçurent la confirmation que l'encerclement du campement était presque réalisé et que les deux forces allaient dans quelques minutes entrer en contact. Dan décida que les gendarmes savaient très bien ce qu'ils venaient faire ici. Bruce, en tenue de templier, devait aller à la rencontre des gendarmes et s'expliquer avec eux. Le temps que celui-ci quitte le poste de commandement pour traverser la rivière sur la passerelle, une salve de pistolet-mitrailleur avait retenti. Aussitôt la patrouille de chevaliers, équipée pour la vision nocturne, déclara à la radio qu'il s'agissait d'un gendarme qui venait de trébucher sur une souche d'arbre. Un templier avait observé la scène aux jumelles de vision nocturne. Se branchant sur la fréquence radio de la gendarmerie, la patrouille et le poste de commandement enregistrèrent l'ordre de riposter donné aussitôt par le responsable des gendarmes. Dan reçut la confirmation que tout avait été enregistré sur ordinateur au poste de commandement, principalement cette méprise de l'adversaire. Il se tourna vers ses amis pour leur dire que le combat lui semblait inéluctable. Il avait un dernier souci : il cherchait à savoir si l'adversaire allait se comporter comme des soldats en respectant les lois de la guerre ou s'il avait reçu des consignes pour liquider purement et simplement leur groupe comme cela devenait de règle dans un conflit civil où une minorité extermine sans préalable celle qui ose lui résister.  

Dan voyant le jour poindre à l'horizon, amena son petit groupe à couvert dans le maquis, juste à côté de la combe. A la jumelle, il suivit le déroulement des opérations. Le poste de commandement lui demanda s'ils devaient résister à la prise des Huey qui, d'après les patrouilles à l'arrière des lignes adverses, constituait l'objectif premier de l'adversaire. Dan n'hésita pas. Faire décoller les Huey resterait pour toujours un acte d'agression. Ce n'était pas aux templiers d'ouvrir le feu. Bruce n'était pas revenu de sa mission d'interposition. Il était injoignable.  Dan décida que tous les membres non armés se réfugient dans la grotte et qu'une patrouille prenne le contact avec l'adversaire pour connaître sa détermination à faire feu. Les templiers avaient chacun un casque équipé pour la vision nocturne. Si l'adversaire n'en était pas équipé et était venu de nuit pour seulement déclencher une attaque au petit jour, les chevaliers pouvaient avoir l'avantage de la situation. Dan décida de tenter la chance. Les templiers ex néo-nazis se portèrent volontaires. Ils bondirent hors de leur tranchée et en tirailleur traversèrent les clairières pour remonter le vallon sur le côté gauche de la rivière. Aussitôt sur toute la ligne de front, la fusillade éclata. C'était le signal convenu et les Huey décollèrent malgré les tirs dirigés contre eux. Les templiers avaient franchi la simple ligne de gendarmes sans la nettoyer et s'approchaient du village où se trouvait leur poste de commandement. Trois Huey allèrent attaquer les camions à proximité du village et les trois autres allèrent soutenir l'assaut des templiers contre l'adversaire. Une demi-heure plus tard, les gendarmes étaient désarmés, regroupés et filmés par les équipes de templiers. C'était de jeunes recrues inexpérimentées et dociles. Il y avait peu de soldats expérimentés car ces derniers auraient probablement été moins dociles pour partir à l'assaut d'un adversaire dont ils auraient pu respecter la cause. Le commandement supérieur de l'adversaire avait pris la fuite. Seul un commandant était présent. Aucun tué n'était à déplorer de part et d'autres, il y avait quelques blessés chez les gendarmes. Le terrain accidenté offre de nombreux abris naturels et chacun avait pu se protéger sans difficulté. Claudine regroupa les blessés dans une maison du village et quelques minutes plus tard, ils en sortirent sans trace de quoi que ce soit. Au contraire, les anciens blessés ne cessaient de clamer les louanges de Claudine, jurant de la défendre coûte que coûte. Ces guérisons soudaines ébranlèrent leurs collègues. Dan décida de renvoyer au village l'ensemble des prisonniers désarmés avec un message demandant à la préfecture une explication sur l'attaque menée contre eux et exigeant une négociation immédiate. Le poste de commandement templier lui confirma que le club près de Baden-Baden venait d'être investi par la police ainsi que celui de Weinheim. Mais personne ne s'était approché du château de Klaus ni de l'usine de Karlsruhe. Bien entendu, aucun huissier suisse ne s'était présenté à la porte de la mutuelle. Dan décida de ne pas rejoindre le campement mais de rester sur la crête le temps que l'adversaire le découvre et de suivre le dénouement des opérations. Il fit monter 4 Huey sur la combe suspendue de manière à interdire à l'adversaire le sommet de la montagne et de manière aussi à ce qu'ils aient un plus grand champ de manœuvre pour déjouer les attaques venant d'avions de chasse. Il alla à la rencontre des pilotes. Steve lui fit un compte-rendu plus détaillé. Pilote de chasse dans l'U.S. Air Force, il répéta aux autres pilotes les consignes pour esquiver les missiles et les tirs d'un avion de chasse. La montagne, les gorges seraient leurs alliées pour obliger les avions à descendre très bas, en dessous de la ligne de crête. A ce moment là, en combat rapproché, avec leurs mitrailleuses et surtout leurs missiles Stinger, ils avaient des chances pour contraindre les avions à fuir. Tous étaient d'accord pour dire qu'il ne servait à rien de procéder à une évacuation partielle du campement. Pour aller où ? L'opération de police contre eux était générale et internationale. Leur salut tenait dans leur combat. Ils avaient célébré les mystères d'Eleusis et n'avaient plus peur de la mort. Ces chevaliers savaient aussi qu'ils allaient combattre avec l'aide des forces surnaturelles dirigées par quatre initiés aux mystères de Dendérah et qui maîtrisaient les puissances des mondes supérieurs et doubles. Leur résistance pouvait faire gagner du temps et poser sur la place publique le pourquoi de leur engagement. 

Dan arriva finalement à entrer en liaison avec Bruce. L'engagement avait duré un peu plus d'une demi-heure, le temps pour les chevaliers de progresser jusqu'au poste de commandement adverse. Bruce lui transmit en détail les forces engagées par l'adversaire, la manière dont il avait conduit l'engagement. Dan ne put le croire. Ces quelques escadrons étaient tout à fait disproportionnés devant les défenses du campement. L'adversaire n'avait pas pris le temps d'évaluer correctement la situation ni le terrain. Il était venu comme au champ de manœuvres, la fleur au fusil, avec des troupes dociles qui hier encore avaient du se baigner sur la côte avant de monter ici. A moins que ce ne fût un piège cynique : une fois ces gendarmes tués ou blessés, les états auraient alors toutes les raisons nécessaires pour apeurer l'opinion publique avec les exactions de ces terroristes criminels. Dan en conclut qu'il disposait de plusieurs heures avant qu'un deuxième engagement ne se produise et que l'adversaire ne présente des forces plus conséquentes. Bruce était du même avis. L'adversaire n'avait pas subi au camp de Canjuers un orage violent ces derniers jours. Il avait été amené expressément ici en toute discrétion avec des ordres très vagues concernant une secte dangereuse et armée. Pour Bruce, l'affaire ne faisait aucun doute. C'était un piège dont ils s'étaient sortis heureusement sans morts car c'est bien ce que l'adversaire recherchait : la mort d'une partie de ces gendarmes pour pouvoir déclencher de suite d'autres attaques dans un style beaucoup plus militaire avec l'aide des troupes déposées à Canjuers. Une discussion était née sur ce point et n'était toujours pas achevée. Jacques était sûr des loges qu'il animait dans les casernements du sud de la France. Personne ne marcherait contre les chevaliers. Les ordres qui avaient été donnés n'étaient pas passé par la hiérarchie à proprement parlé militaire. La police et la justice étaient dans le coup mais pas les forces militaires. Les autorités publiques connaissaient l'existence des loges. Pour Jacques, l'affaire allait en rester là. Dan décida de rejoindre le village pour une réunion de travail. 

Le mouvement des Huey avait été repéré forcément, aussi il n'hésita pas à monter dans l'un d'eux pour descendre au campement. Le radio restait sur place comme sentinelle avec une section de chevaliers pour assurer la couverture des liaisons radio. Avant de rejoindre la clairière, Dan mena avec le Huey une reconnaissance détaillée du dispositif mis en place par ses officiers. Il survola le village où la population s'occupait des gendarmes laissés sans encadrement supérieur. Certains firent des signes amicaux à l'hélicoptère. Dan demanda au pilote de se poser à l'entrée du village. Il alla à la rencontre de la foule qui s'écarta pleine d'interrogations. Quelques minutes plus tard, trois journalistes membres de l'équipe accréditée auprès du mouvement arrivèrent en voiture depuis la clue avec un équipement informatique et vidéo. Dan parla à la foule puis laissa la parole aux journalistes qui avaient branché dans une maison voisine le micro-ordinateur portable et son modem. Tour à tour le public put venir voir les images projetées sur le mur blanc de la pièce à l'aide du vidéo projecteur. Les images filmées au cours de l'engagement défilèrent sur le mur ainsi que les témoignages des combattants des deux camps après l'affrontement. Certains gendarmes se voyaient et s'écoutaient et personne ne protesta contre un éventuel mensonge. Stupéfaits, ils découvrirent la vie du club, ses résultats économiques et financiers, la naissance de la bancassurance, l'engagement en Bosnie, la signification de la croix templière, les objectifs politiques de l'entreprise pour s'organiser sous le principe d'Amour. Les gendarmes comprirent que leurs supérieurs leur avaient menti, qu'ils étaient dans l'ignorance la plus complète. Les journalistes filmaient. Bruce ramena le calme dans le public. Toujours sur écran géant, il se connecta sur les émissions de la ferme dans les Vosges du Nord et ouvrit les derniers fichiers arrivés. Les messages se succédaient sur le mur. 

Sepp venait de réorganiser le dispositif informatique et à l'aide de son carnet d'adresses secret, il avait demandé à des correspondants précis de relayer les télécommunications sur leurs ordinateurs. Il expliqua à l'assistance que les communications étaient maintenant gérées par le super calculateur de Sophia-Antipolis, par celui du Laboratoire central de l'entreprise de Pierre et de Michel en région parisienne, par un super calculateur dans la région de Francfort et de Darmstadt, enfin par un super calculateur du ministère de la Défense aux Etats-Unis. Trois autres gros ordinateurs d'universités américaines étaient prêts à entrer en action si les connections sur les super calculateurs se voyaient coupées. Les images du combat qu'ils avaient sous les yeux, provenaient du super calculateur de Francfort. Les messages arrivaient de Berlin, de Paris, de Philadelphie et de Washington, de Munich, de Bâle et de Zurich. Osaka communiquait également comme Saint-Pétersbourg.  

Pierre fut ému en découvrant cette messagerie. Ils étaient tous là à travailler pour résoudre la crise. Chacun envoyait des fax, téléphonait aux autorités pour que celles-ci fassent pression sur le Ministère de l'Intérieur français afin qu'il arrête l'opération contre les templiers. Le correspondant parisien faisant partie de l'encadrement du Ministère des Affaires étrangères relayait un contact au Ministère de l'Intérieur et il rapportait minutes par minutes l'évolution de la situation. Du fait des vacances, les hauts-fonctionnaires en service ce matin ne comprenaient rien à rien devant l'avalanche des fax et des télégrammes provenant du monde entier et dont les numéros avaient été donnés par le correspondant de Paris. Il était hors de question de leur demander de se connecter sur Internet car ces quelques responsables aux pratiques carriéristes et politiques ne savaient toujours pas taper avec deux doigts sur un clavier informatique et s'en vantaient d'ailleurs auprès de leurs secrétaires. Enfin, pour le moment, ils ne tenaient pas à déranger leurs propres supérieurs en vacances, se contentant de décider qu'ils étaient victimes d'une plaisanterie de pirates informatiques. Ils n'étaient manifestement pas au courant de l'opération engagée dans les Alpes-Maritimes. Le correspondant parisien donna les coordonnées des préfectures de Nice et de Toulon, de la sous-préfecture de Grasse. La station de télécommunications des Vosges du Nord renvoya l'ensemble des messages sur les fax de ces adresses. Pierre s'attarda pour trier les messages. Le contact du Ministère de l'Intérieur s'était enfin décidé à ouvrir sa communication sur Internet. Les messages donnaient maintenant les textes mêmes des ordres saisis au scanner, à l'origine de l'opération. Nice, Grasse, Toulon répondaient à Paris en justifiant l'opération. Pierre en même temps que le public découvrit les motifs invoqués pour arrêter les templiers : bande armée, soldats étrangers, allemands néo-nazis, fascistes serbes et bosniaques, tous armés et menant des exercices paramilitaires dans la vallée de l'Esteron avant de repartir combattre dans les Balkans ou au Moyen-Orient, secte fanatisée aux mœurs dépravés mettant en oeuvre à grande échelle des moyens d'extorsion de fonds pour ruiner ses membres et refusant de se soumettre à l'impôt républicain, idéologie extrémiste visant à démolir les démocraties et l'économie capitaliste, bande de pirates informatiques fanatisés ayant fait se volatiliser des milliards de dollars, dangereux voleurs de matériels militaires ultra sensibles... Ces accusations étaient signées de hauts-fonctionnaires. Les deux correspondants parisiens donnaient des précisions sur les auteurs de ces ordres, leur appartenance à des mouvements et des cercles privés où se côtoyaient le monde de la finance et de la politique, le monde des affaires internationales occultes. Parmi les familiers de ces fonctionnaires français figuraient des financiers suisses, allemands, des patrons de multinationales et des hommes politiques tous proches des idées d'extrême droite. Le correspondant des Affaires étrangères conclu que ces fonctionnaires qui ont donné l'ordre sous la couverture d'un ministre égaré par des informations tendancieuses, étaient tous en fait bernés par cette minorité politique criminelle qui avait parfaitement compris la menace pour leurs affaires d'une entreprise comme celle des templiers. L'administration allemande plus scrupuleuse dans les affaires de terrorisme et davantage renseignée par le réseau d'Arnim et les informations véhiculées sur Internet ne se serait jamais prêtée à ce genre d'opération. Le rassemblement à la clue avait été mis à profit par ces adversaires pour manipuler les autorités françaises et agir comme s'il s'agissait d'écraser une secte armée menaçant l'ordre public. L'amalgame avait fonctionné mais dorénavant, par Internet, les informations étaient corrigées. L'équipe de journaliste au poste de commandement avait retravaillé ces dernières informations en provenance de Paris pour les mettre en valeur et les expédier aux correspondants d'Internet. Un fax était en même temps envoyé officiellement avec l'entête de l'entreprise à Nice, Grasse, Toulon. Bruce contacta son successeur à Fort Meade. Il eut l'assurance que ce dernier n'était pour rien dans le déclenchement de l'attaque. La décision avait été prise en Europe et les fonctionnaires français s'étaient fait piéger par des politiciens et des affairistes sans scrupules. Fort Meade était satisfait de constater qu'il n'y avait aucune perte humaine. Pour le reste, le correspondant rappela à Bruce que la trêve était toujours en vigueur et qu'il n'avait pas fini de traiter correctement l'affaire du porte-avions nucléaire américain. Bruce l'invita à changer de camp. L'autre répondit calmement qu'il commençait à y songer. Avant de se quitter, il demanda à Bruce ce qui était arrivé au centre de guerre électronique militaire français. Bruce lui répondit que Pierre et Laurie étaient passé par là. L'autre en rigola, cela faisait un temps considérable que ce centre était réduit au silence. Il avait compris la leçon, avant que ces deux là ne viennent au Fort dans le Maryland, il avait rempli tous les bons de révision nécessaires pour toutes ses antennes et s'apprêtait à les démonter avant leur passage. Bruce, narquois, le félicita pour cette clairvoyance. Il resterait toujours le net pour dialoguer entre eux,  et c'était toujours au moins un partage. 

Aucune réponse des autorités françaises ne parvint au poste de commandement templier. La matinée arrivait sur les heures de midi. L'assistance suivait émerveillée les échanges de communication. Ils étaient au coeur de l'action et comprenaient comment chaque camp réagissait et selon quels intérêts particuliers. L'inefficacité et la lourdeur des systèmes de commandement des états s'étalaient à l'écran. Tous comprenaient maintenant que toutes les informations avaient été échangées, qu'il était temps qu'une décision soit prise. Les correspondants parisiens envoyèrent un dernier message disant qu'ils devaient arrêter leurs communications car les services secrets s'étaient emparés de l'affaire et cherchaient à interrompre toutes liaisons provenant des administrations françaises en bloquant systématiquement les routeurs. La décision serait prise au niveau politique dans le secret le plus total. Dan chercha alors à demander aux autorités allemandes de libérer leur club près de Baden-Baden pour pouvoir y évacuer les membres du rassemblement. En gage de bonne volonté, il allait retenir encore quelques moments, les journalistes des médias présents au village avant que permission leur soit donnée d'envoyer dans les agences de presse, les fichiers sur Internet avec bien entendue copie des ordres administratifs demandant l'arrestation des chevaliers et des autres membres en France et en Allemagne. Midi arrivé, Laurie s'occupa du repas des gendarmes et le fit venir du campement. Dan décida de leur rendre leurs armes et ces derniers se portèrent volontaire pour rester au village et s'y barricader. Pour résister le cas échéant avec la population si une deuxième attaque arrivait. Ils n'avaient pas changé de position depuis le matin. Avec leur radio, ils confirmèrent leur décision à la sous-préfecture voisine. Les journalistes avaient filmé la scène. Sur ce, Dan, Laurie et Pierre, Claudine et Romain, remontèrent dans le Huey pour rejoindre le campement.

 Le moral était remonté d'un cran. Dan les ramena à la réalité. Leur organisation s'était totalement découverte et ils venaient de perdre le contact avec l'adversaire. Il n'y avait pas eu de véritables négociations, seulement des échanges débridés d'informations. L'entreprise n'avait pas de correspondants dans la région et c'est ici qu'allait se monter ou non l'opération destinée à les réduire au silence. Les quelques patrouilles de renseignements sur Nice ou Grasse ne suffisaient pas à la tâche. Après le repas, ils reçurent de la part des gendarmes du village confirmation que la gendarmerie avait été dessaisie de l'affaire, que les groupes spéciaux de la police et de l'armée avaient été sollicités. Gérard ne cessait de relancer Dan et Pierre pour que soient diffusés auprès de la presse étrangère les fichiers sur Internet. Pierre donna son accord et Dan laissa faire. Sepp envoya le message et la station des Vosges du Nord les diffusa à partir des super calculateurs. Sepp donna l'ordre d'arrêter l'utilisation de ces super calculateurs de manière à ne pas trop faciliter le travail de l'adversaire et de ses experts informaticiens avant que ces derniers ne pénètrent au cœur du système de l'entreprise et ne viennent faire de la contre information ou ne détruisent les fichiers. Il fallait à nouveau couper les passerelles entre leur intranet sous haute sécurité et l'Internet.  

Gérard s'inquiétait. Les radios et les télévisions ne parlaient plus de l'opération à la clue. Cela jouait d'après lui au bénéfice de l'adversaire. Gérard envoya un message officiel de protestation à Dan et l'expédia à tous les correspondants. Dan faisait une erreur d'appréciation grave. Il croyait que l'adversaire était capable de jouer sur le même terrain qu'eux : celui des informations. Ne comprenait-il pas que cet adversaire, comme tous l'avaient perçu, manquait de culture informatique et stratégique pour avoir réellement peur des fichiers sur Internet. Cet adversaire habitué à étouffer les affaires, à agir sur la justice et les médias, à acheter des amitiés politiques, allaient continuer une fois de plus à utiliser ces vieilles méthodes éprouvées. Dan demanda conseil à ses amis : les décideurs accorderaient-ils du poids aux informations faisant état de l'intervention originelle de cette minorité affairiste qui avait manipulé les autorités politiques ? Comment concevoir que ces décideurs puissent se libérer de ces pressions ? Barbara suggéra que ces décideurs se rangent sous l'emblème de leur entreprise et pour preuve de cet engagement, qu'ils envoient un virement d'adhésion sur le compte courant de la bancassurance à Bâle, seul département de leur entreprise toujours inoccupé et libre d'agir pour leur défense. Barbara avait émis cette suggestion sur un ton blagueur mais Laurie, au campement repris cette idée. Barbara, Gérard, Sandra et Patrick rédigèrent une lettre faisant part des dernières propositions de l'entreprise pour solutionner le conflit et l'invitation à s'engager dans leur mouvement en versant une adhésion symbolique à leur mutuelle à Bâle, près du siège de la Banque Centrale Internationale. Les divers groupes reçurent la lettre, l'amendèrent puis l'acceptèrent. Sepp l'envoya dans une diffusion large aussi bien à l'adversaire qu'aux correspondants. Dan décida que Barbara, Sandra, Sepp, Werner et Patrick prendraient l'avion du soir pour rejoindre Bâle et l'équipe des financiers. Une voiture devait les conduire à l'aéroport de Marseille, probablement moins surveillé que celui de Nice.

 Pierre et Laurie, Romain et Claudine laissèrent Dan et les officiers au poste de commandement pour rejoindre les environs de la grotte où les membres s'étaient rassemblés. Pierre décida de surseoir à l'évacuation de leurs corps charnels. Ils le feraient durant la nuit à l'insu de tous. Un vote avait eu lieu au cours de la matinée et l'unanimité s'était faite pour rester jusqu'au dénouement de la situation. Les messages échangés au cours de la matinée étaient tous affichés sur les canisses. Pierre n'eut pas à leur parler. Ils lui dirent tous qu'ils savaient que l'heure était venue de savoir si leur mouvement allait être autorisé ou non à prendre sa place dans le jeu des institutions politiques économiques et sociales. Tous l'espéraient et croyaient raisonnablement la victoire à portée de main. La célébration des mystères avait été une pleine réussite qui les avait galvanisés. Cinq cents chevaliers avaient franchi la mort et dorénavant ne la craignaient plus. Ces cinq cents chevaliers resteraient ensemble quelle que soit l'issue des combats. Revêtus de l'habit blanc à la croix rouge sur l'épaule gauche, ils alternaient prières et réunions d'informations, discussions avec les templiers en armes qui venaient se reposer avant de repartir sur leurs positions. Sur l'avis des officiers, ils n'avaient pas eu de contacts avec les gendarmes pour ne pas trop informer l'adversaire mais grâce à Internet, ils avaient pu les voir sur l'écran de même que les gendarmes avaient pu les découvrir. Martha proposa de profiter de la présence de Pierre et de Laurie pour enfin célébrer une autre cérémonie qu'elle avait imaginée depuis les événements de l'aube. Elle parla d'une surprise pour Pierre. Elle l'avait prévue pour la clôture du rassemblement mais il valait mieux ne pas attendre. Le poète la suivit dans la grotte et l'assistance prit place. Les lumières baissèrent d'intensité et deux chœurs s'avancèrent pour prendre place. Le premier resta proche du public, le second à l'effectif plus réduit, se plaça au fond de la grotte. Le silence se fit. Une chef de chœur s'avança à son tour et à son signal, le chant débuta. Immédiatement, Pierre reconnut l'interprétation du " Miserere " d'Allegri.

 Il se souvint qu'un soir à Weinheim, il avait discuté avec la chef de chœur qui lui avait exposé son idée de créer une chorale dans le mouvement. Comme la culture rhénane, l'esprit " raiffeisen " de leur bancassurance, la chorale toute allemande trouverait sa place naturelle dans la vie du club. Pierre lui parla alors de ce texte qu'avec la chorale de Strasbourg dont il fit partie du temps où il était étudiant, ils avaient chanté, en particulier ce dimanche après-midi là, lors d'un concert à l'abbatiale d'Ebersmunster, fondé par le père de Sainte-Odile. Aujourd'hui, dans la grotte, à côté de Laurie, il avait encore présent à l'esprit les frissons ressentis à l'époque dans l'attente du moment où la soliste soprano allait monter chercher le contre-ut céleste. Le texte n'était pas vraiment difficile. Pierre chantait une voix de ténor et la pureté des voix était préservée du fait que le texte se chante dans la plus pure tradition a capella mise en place par Palestrina. Le psaume 51, le Miséréré composé par Allegri avait été ce jour là comme aujourd'hui, exécuté avec deux chœurs : l'un à cinq voix, l'autre à quatre voix. Pierre écouta la chorale et apprécia sa parfaite maîtrise de l’œuvre. Sur les vingt versets, dix-neuf sont chantés alternativement tantôt à 5 ou 4 voix pour les versets impairs tantôt recto tono pour les versets pairs. Le dernier verset est chanté avec les neufs voix qui se superposent. Plus que la structure musicologique du chant, l'interprétation est essentielle... un vrai régal ! Pierre retrouva tout l'enthousiasme de l'époque. La chorale se divisait en neuf voix auxquels venait s'adjoindre pour l'occasion une soliste soprano. Pierre se souvint qu'ils n'étaient plus que deux dans leur voix de ténor. Certains choristes plus expérimentés chantaient seul leur voix. Et pourtant, fait troublant et exceptionnel, de suite l'harmonie remarquable des voix vous empêche de vous perdre. Pierre détailla les deux chœurs. La plupart chantaient seul leur voix et aucun ne se perdait parmi les autres voix. Au contraire, tout le chant n'est qu'une suite de grandes variations, avec des decrescendo et des crescendo qui vont du piano le plus doux jusqu'à la plus puissante émission des voix. Chaque voix guette son tour pour apparaître seule à supplanter les autres et ce moment vient naturellement comme un cadeau. Ensemble dans les crescendo, les choristes tentent de remplir les voûtes, toute la nef de leurs voix comme pour préparer un doux matelas à l'envolée de la soliste. Pierre se rappela parfaitement le moment où elle s'arrêtait de chanter avec les chœurs. Elle se préparait ; elle cherchait dans sa tête ce contre-ut, peut-être le rêvait-elle pour mieux l'accrocher à l'irréel ? Lorsqu'elle se remettait à chanter, juste avant son envol, les chœurs donnaient un dernier élan avec une foi nouvelle : elle avait trouvé le contre-ut ! Elle était prête ! Lorsque les lèvres de la soliste s'activaient plus fermement, lorsque aux mouvements de sa tête, les chœurs comprenaient qu'elle était partie, alors tous se taisaient subitement et la voix pure s'élevait plus haut encore que ce que leurs esprits éclairés sur ces choses n'avaient pu jusqu'ici imaginer. Ce contre-ut réel un instant fugace venait de l'irréel. Il était le fruit de l'harmonie créée entre eux tous et qu'une soliste avait pu rêver et donner au-delà encore de leur harmonie. Juste au moment où il allait mourir et tout dépendait du souffle variable de la soliste, les chœurs reprenaient. Tous étaient au rendez-vous et leurs voix supplantaient alors la soliste. Le contre-ut ne finissait pas, ne mourrait pas, il continuait à vivre derrière les voix des chœurs tant sa présence magnifique frappe les esprits à ne plus pouvoir l'oublier. La même chose se reproduisit sous ses yeux et il partagea pleinement ces rares moments de pure harmonie. Trois fois la soliste avait sorti le contre-ut, le temps que l'esprit le grave dans la mémoire. Pour finir, les neuf voix avaient libre cours pour se chamailler dans un joyeux crescendo. Dès qu'une voix montait, l'autre montait plus haut puis l'autre, cela neuf fois, les basses, les altos, les ténors, les sopranos jusqu'à la voix de la soliste que tous pouvaient reconnaître parmi eux. Lorsque le chef de chœur coupa cours au mouvement et que tous arrêtèrent à la seconde près, Pierre écouta rouler les voix et leurs échos sous les voûtes de la grotte. Ah ce Miserere d'Allegri ! Quel bonheur de pouvoir le chanter ! Ces dix minutes lui avaient paru des heures d'enchantement. Laurie ne connaissait pas l'histoire de ce chant et Pierre lui raconta l'histoire de cette oeuvre. Il narra comment Mozart âgé de quatorze ans le mercredi saint 11 avril 1770 nota de mémoire le Miserere d'Allegri dans la Chapelle Sixtine pour le recopier ensuite à son hôtel. Aucune copie ne devait circuler hors de la chapelle papale et Mozart se débrouilla comme cela pour avoir une copie fidèle de cette oeuvre mythique. Quelques jours après, le pape ayant appris que Mozart en avait une copie, lui remit solennellement une copie officielle et c'est ainsi qu'on put vérifier que le jeune prodige n'avait pas fait de faute de transcription. Qui aujourd'hui, comme dans l'histoire de Mozart, allait jouer le rôle du pape et donner un certificat de conformité à leur entreprise ? Ce Miserere chanté uniquement dans la chapelle Sixtine durant l'office du Vendredi Saint célébrant la passion et la mort de Jésus, correspondait parfaitement aux moment douloureux qu'ils allaient vivre à travers leur propre passion : le voyage de leur âme jusqu'à chez elle, au pays de notre éternité de vie, bien plus loin que les limites de notre corps charnel mortel !

 

Il était plus de seize heures. Laurie et Pierre revinrent au poste de commandement suivre avec l'assistance le dernier point de sécurité. Les correspondants universitaires à travers le monde, avaient fait afficher de grands panneaux pour informer leurs étudiants de ce qui se passait à la clue et les premières manifestations s'organisaient un peu partout. Leur slogan portait sur la reconnaissance du mouvement et la légitimité de ré instaurer un ordre chevalier capable de protéger les initiatives prises dans une économie de réseaux pour faire croître une organisation placée sous le principe d'Amour. Un membre de la police allemande venait de confirmer sur Internet que la perquisition au club n'avait rien donné et qu'elle ne suivait plus les demandes provenant de Paris. Le correspondant parisien des affaires étrangères se manifesta à nouveau. Les services secrets américains demandaient une liberté d'action temporaire sur le sol français pour récupérer des officiers supérieurs de leurs services secrets qui avaient déserté et qu'ils devaient absolument capturer pour des raisons de haute sécurité. Ces déserteurs avaient eu connaissance des cryptages secrets, des codes, des matériels et des identités de l'ensemble des équipes. Il n'était pas envisageable de changer toute l'organisation secrète. La seule solution était de récupérer ces hommes et de les mettre au secret, de les éliminer. Les renseignements qu'ils avaient utilisés au profit des chevaliers, la manière dont ils pouvaient s'adresser directement avec les plus hautes autorités fédérales représentait une menace permanente inadmissible. L'identité de Bruce était mentionnée de même que sa carrière, ses compétences et un descriptif sommaire des domaines dans lesquels ses anciennes fonctions pouvaient toujours l'aider à agir d'une manière maintenant totalement incontrôlée. Anke proposa de diffuser sur Internet cette demande américaine et une partie de leur annuaire comprenant toutes les personnes impliquées dans les combats : les cinq cent chevaliers de la clue plus les équipes de Darmstadt, de Francfort, de la mutuelle, de Californie avec les fichiers de présentation attachés à l'annuaire. Un listing serait transmis par fax au Ministère de l'Intérieur, aux médias français, européens et américains. L'opinion publique constaterait le haut niveau de compétences des chevaliers et pourquoi ils représentaient une menace... tout simplement parce qu'ils ne pouvaient que gagner ! Bruce estima qu'ils avaient un répit de vingt quatre heures au plus. Michel intervint pour leur transmettre le message des loges de l'armée américaine. Aucun soldat américain ne serait engagé contre les chevaliers commandés par l'ancien directeur de la NSA. Ce serait des mercenaires avec du matériel sophistiqué américain qui passeraient à l'action.

Bruce réunit les chevaliers pour leur exposer son plan. La clue et ses clairières n'étaient pas défendables. C'est un chaudron qui allait sceller leur perte. Un groupe restreint devait rester ici pour attirer l'adversaire, le gros de la troupe devait se regrouper dans des positions en retrait. Lorsque les adversaires attaqueraient, le gros de la troupe des chevaliers passerait à l'attaque, prenant l'adversaire entre deux feux. Une moitié traverserait les lignes pour remplacer la première équipe de chevaliers. Celle-ci dans son assaut traverserait les lignes pour attaquer à revers avec les renforts. Si nécessaire, une deuxième relève, voire une troisième aurait lieu jusqu'à la défaite des ennemis. Pour mener à bien ces assauts impétueux, il y avait un problème : les chevaliers n'avaient que très peu de mortiers pour ouvrir devant eux le passage dont ils avaient besoin. Les officiers d'active des Gebirgsjäger en avaient bien apporté quelques-uns mais c'était insuffisant. Sur un terrain montagneux comme celui-ci, il fallait des mortiers et des servants capables de viser juste. Jacques prit l'affaire en main et alerta ses correspondants. Ceux-ci passèrent au peigne fin les armureries de la division alpine et d'autres régiments de chasseurs. Trois heures plus tard, une trentaine de mortiers, leurs munitions et une centaine de volontaires étaient prêts à embarquer à Gap, Briançon, Grenoble et Chambéry. Une équipe de six hélicoptères Super-Puma s'envola pour transporter cette troupe et ce matériel. Les officiers mirent au point le plan proposé par Bruce. La confirmation de la disponibilité des six Super-Puma pour monter les attaques facilita la désignation des emplacements de départ pour les groupes de renfort. Muni de ce plan, Steve prit un Huey pour aller à la rencontre des Super-Puma. Le lac d'Allos servit de point de rendez-vous. Pierre et Romain demandèrent à Bruce et à Dan quelle serait leur place parmi toutes ces dispositions de combat. Les deux officiers s'excusèrent : ils n'avaient pas été formés pour inclure de telles forces dans un plan d'attaque... faire du renseignement ? Bruce posa ouvertement la question. Etait-il bien utile que les quatre initiés aux pouvoirs du monde double fasse fuir de suite les assaillants ? N'était-ce pas le meilleur moyen pour une fois de plus, voir cette affaire étouffée ? Une belle victoire militaire acquise avec des moyens des plus classiques allait avoir l'avantage d'être comprise par tous, sans équivoque possible. Claudine proposa de continuer à sauver les blessés. Bruce et Dan lui firent un non catégorique de la tête. Cette fois-ci, il devait y avoir des morts. Laurie intervint pour soutenir la proposition de sa consœur : et si enfin tout cela pouvait bien finir, sans morts et sans blessés ? Pierre les arrêta. C'est lui qui le premier tuerait des adversaires... à coup de foudre, en les projetant contre des rochers, il ne savait pas trop mais il le ferait. Laurie ne broncha pas mais elle lui tourna le dos. Elle n'acceptait pas cette prétention à vouloir mourir coûte que coûte. Elle était femme qui donne la vie pas la mort !

Une patrouille de chevaliers alerta le commandement. Une colonne ennemie s'avançait pour passer au pied de l'Harpille et descendre vers l'Esteron. Personne n'avait rien vu et le dispositif des chevaliers n'était pas prêt. Qui était-ce ? Pierre proposa à ses collègues initiés d'aller déposer leurs corps charnels dans la vieille ferme du plateau de Caussols qui servait de base arrière pour un repli. En rentrant, ils enlèveraient chacun un soldat ennemi et l'amèneraient ici. Dan ne leur donna pas son accord, cela ne servait à rien. Il leur demanda seulement de prendre bien soin de ramener également l'armement des soldats. Les quatre se mirent d'accord pour entourer les soldats ennemis avec une nuée ardente infranchissable. Ensuite Romain et Pierre chercheraient à enlever deux officiers et deux soldats. Laurie et Claudine resteraient un moment sur place pour voir si les ennemis se remettent en marche vers la clue. A défaut, elles les pousseraient de force vers la clue. L'interrogatoire des prisonniers indiqua que les mercenaires étaient certes des ressortissants de diverses nationalités, des pays de l'Est comme de l'Ouest, de l'Afrique du Sud engagés par une société écran sous contrôle de la CIA mais qu'ils étaient bel et bien encadrés par des commandos des services secrets américains. Michel qui dirigeait le groupe de Darmstadt, reçut un message des adhérents travaillant dans le centre de guerre électronique bruchois qui s'était remis à fonctionner. Le commando avait prévenu Fort Meade de l'attaque qu'il avait subit et de l'enlèvement de quatre de ses soldats par quatre esprits insaisissables. La décision d'en finir avec les chevaliers était prise. Les services secrets américains demandèrent le droit de bombarder et de raser la zone à l'aide de missiles de croisière tirés depuis les bâtiments stationnés en Adriatique devant la Bosnie et la Croatie. Pour palier la défection des satellites espions mis hors d'état par l'équipe de Darmstadt, des avions radars guideraient les missiles. L'attaque aurait lieu de nuit.

Des avions de reconnaissance passèrent  à plusieurs reprises sur la vallée. Le correspondant du Ministère de l'Intérieur envoya un message indiquant que l'attaque se produirait vers minuit. Dan vérifia l'identification de l'auteur du message. Elle était correcte. Les autres stations avaient reçu en même temps le message. Bruce montra son abattement. Le déluge de feu allait s'abattre et c'était bien la seule spécialité valable qu'il accordait à son ancienne armée ! Il restait la solution que lui et les anciens de la NSA se livrent à la CIA. Un arrangement entre services secrets pouvait encore selon lui se discuter. Dan refusa. Il contacta Steve pour demander à ce que les renforts soient débarqués au point de rendez-vous et de venir rapidement avec les Super-Puma vides pour évacuer tous les chevaliers sur le plateau au-dessus des gorges du Cians, au-dessus du premier village. Pendant ce temps, le groupe des quatre initiés allaient chercher les ennemis qui se repliaient discrètement pour les amener à la clue et les clouer sur place. Ils serviraient de victimes sous le bombardement. Une heure plus tard, les six Huey et les six Super-Puma avaient évacué la moitié des chevaliers et les gendarmes français. Vers vingt deux heures, les douze hélicoptères purent suivre les actions des quatre initiés. Claudine et Laurie illuminaient un endroit pour trouver la présence des ennemis. Pierre et Romain les clouaient sur place, le temps que les hélicoptères arrivent et les embarquent en tant que prisonniers. Vers vingt trois heures, plus de trois cents commandos ennemis étaient rassemblés à la clue. Les anciens de la NSA prirent leurs identités. Leur parfaite connaissance de ces troupes fit avancer rapidement ces formalités. Tous entendirent le bruit d'un avion qui tournait autour de la zone. Vers minuit, tous les chevaliers repartis, Pierre demanda à Laurie et à Claudine d'aller rejoindre les chevaliers dans la zone de repli et de regarder tomber les missiles. Avec Romain, il déclencha une violente tornade qui cloua sur place les ennemis. Un quart d'heure plus tard, ils virent la lueur des missiles arriver et ils s'échappèrent derrière la ligne de crête de la montagne de Charamel pour observer leur explosion. La vallée et la clue se transformèrent immédiatement en un brasier gigantesque dont les lueurs éclairèrent les montagnes. Pierre remarqua un groupe de soldats près du relais de télévision de l'Harpille. Il alla à leur rencontre. C'était un groupe de chevalier qui sur les instructions de Sepp était resté ici avec une caméra infrarouge et un zoom de grande portée pour tout filmer. La première cassette achevée, un soldat la passa sur un banc de montage pour la visionner et la transcrire en signaux compactés puis grâce à une antenne miniature, il envoya les images vers le satellite espion que le groupe de Darmstadt avait capturé. Une équipe installée dans la ferme des Vosges du Nord allait réceptionner les images et les diffuser de suite sur Internet et en faire copie aux principaux médias. Pierre leur souhaita bon travail. Ils avaient gagné la bataille de l'information.

Bon nombre de touristes étaient présent dans la région de Beuil et de Valberg. Ils étaient venus voir ce que signifiait le ballet des hélicoptères. Anke demanda à Patrick, Gérard et Dominique d'informer la population sur ce qui se passait et des risques qu'elle encourait à rester au milieu des chevaliers. Dan, Bruce et Jacques s'activèrent pour disperser les chevaliers selon un plan de défense à peu près cohérent. Dans la nuit, tout n'était pas évident et les militaires professionnels eurent fort à faire pour transmettre les instructions. La station des Vosges du Nord venait d'expédier les derniers messages de soutien reçus. Les différentes religions alertées par les correspondants s'engageaient à faire une déclaration de soutien au cours de la matinée. L'explication de la signification de la croix templière avait pris un certain temps auprès de ce public qui finalement avait adhéré aux causes de l'entreprise. L'embrasement de la clue sous le bombardement des missiles en effraya plus d'un. Plus que la lueur des flammes, tous se rendaient compte que jusqu'ici, ils avaient évité l'irréparable. Ce bombardement signifiait que l'adversaire n'allait plus reculer. Pendant des dizaines d'années, cette région resterait dévastée. Quelques experts avaient peut-être estimé que le résultat de ce bombardement très vite se confondrait avec celui d'un incendie de forêt, accident plus fréquent par ici. Pierre et Romain intervinrent pour déclencher une violente pluie d'orage et éteindre l'incendie. Vers trois heures du matin, des hélicoptères non identifiés vinrent examiner le champ de combat. Laurie et Pierre s'y rendirent aussitôt. Laurie apostropha les officiers adverses pour leur montrer comment ils avaient massacré les leurs. Elle leur donna la liste des trois cents soldats qui venaient de mourir sous les bombes des missiles avec leurs nationalités respectives. Deux soldats voulurent s'approcher d'elle, elle les projeta violemment à une trentaine de mètres et ils eurent du mal à se relever. Pierre s'en prit à un hélicoptère et y mis le feu. Les autres soldats tombèrent à terre et furent pris de crises de peur et d'anxiété devant ces êtres lumineux aux pouvoirs effrayants. Laurie leur jeta la liste des victimes et leur dit que cette liste allait être de suite diffusée sur Internet. Le peuple adverse allait connaître les noms de ses soldats écrasés sous les bombes de son pays et il allait apprendre à mieux connaître les oeuvres des chevaliers. Sur ce, Laurie et Pierre regagnèrent la zone de repli. Avec Romain et Claudine, ils repartirent pour aller déplacer leurs corps charnels. La région devenait dangereuse, tant elle était envahie de soldats. Ils décidèrent de rester ensemble et de placer les corps dans la chambre de Laurie, sous les toits de Paris. Cette opération allait prendre du temps mais ils pensaient être de retour pour l'aube.

Vers cinq heures trente, dans le petit matin, des hélicoptères se présentèrent à côté du Dôme de Barrot. Ils semblaient venir de Canjuers. Les Huey les laissèrent passer, tapis parmi la forêt de mélèze. Les hélicoptères de combat se dirigèrent vers le campement alors que les transports de troupes encerclèrent le village tenu par deux sections de chevaliers. La fusillade éclata aussitôt et les Huey se précipitèrent sur les transports de troupes pour les attaquer aux missiles antichars. Les cinq Huey touchèrent chacun un hélicoptère qui explosa, le sixième s'attarda pour mitrailler les assaillants. Les Huey se replièrent sur le campement dans la forêt pour attirer l'adversaire et soulager d'autant les défenseurs du village. Les avions de chasse se rapprochèrent pour se placer et tirer leurs missiles. Dan vit Steve esquiver une salve de missiles qui s'écrasèrent sur la colline au-dessus du campement. Deux Huey furent abattus ; les quatre autres remontèrent le long de la montagne du Mounier en cherchant un courant ascendant. Les avions tentèrent de descendre pour longer le versant mais cette manœuvre ne leur convenait guère et ils préfèrent économiser leurs missiles. Plusieurs missiles Stinger furent tirés mais les avions réussirent à les éviter. Toutefois, ils ne s'approchèrent plus aussi près du plateau. Les hélicoptères de combat adverse étaient revenus soutenir les assaillants du village. Une deuxième salve de missiles sol-air fut tirée par les chevaliers et trois hélicoptères de combat explosèrent. Plusieurs maisons flambaient. Les Huey s'attaquèrent aux transports de troupes qui vides cette fois, tentaient de fuir. Trois appareils furent touchés et tombèrent au sol. Les assaillants s'étaient éloignés du village et les hélicoptères de combat le bombardaient pour le raser. Les Huey se jetèrent dans la fournaise mais leur vétusté ne pouvait les mener guère loin dans ce combat sans merci. Dan les vit se faire abattre un à un. Aussitôt les transports de troupes adverses restant embarquèrent les troupes d'assaut pour les déplacer vers la crête et les hélicoptères adverses vinrent bombarder le campement avec des bombes offensives. Les défenseurs ne réagirent pas de suite, feignant de succomber. Les assaillants s'avancèrent d'autant plus près. Les officiers templiers ouvrirent alors le feu et deux autres transports de troupes explosèrent en vol touchés par des missiles sol-air. Le bombardement par les hélicoptères de combat s'avéra cependant irrésistible et malgré les abris naturels, les défenseurs commencèrent à être submergés. Jasko et les siens attendaient dans leurs abris que les assaillants se rapprochent sur le terrain, obligeant alors les hélicoptères à arrêter leur pilonnage. Au moment prévu, lui et son groupe sortent pour engager le corps à corps. Leur élan fougueux franchit une première ligne d'assaillants puis une seconde et ils se retrouvèrent dans le village. Mais les groupes de chevaliers qui devaient sortir étaient décimés. Alors Jasko disposa ses hommes parmi les ruines en flammes pour un dernier combat. Ce village en flamme lui rappela le sien dans lequel sa famille avait été massacrée. Il savait que Svetlana l'attendait lui et tous les siens. 

Il manquait Laurie mais elle allait revenir et tous devaient tenir jusqu'au retour de Laurie et de son groupe d'initiés. Ce n'était qu'une fâcheuse coïncidence que cette attaque féroce lors de l'absence des quatre initiés. Les assaillants comprirent qu'ils tenaient au piège un groupe de chevaliers et ils abandonnèrent les combats à la lisière de la forêt pour revenir vers le village. Bruce rassembla ses hommes et des volontaires pour marcher sur le village au secours des templiers. Les officiers des Gebirgsjäger prirent le commandement du reste de la troupe pour descendre dans le vallon de la Vionène et rejoindre la vallée de la Tinée où il était impensable que les combats se poursuivent. La plupart des chevaliers de leur groupe devaient se replier car ils n'avaient pas l'entraînement pour combattre dans des moments aussi féroces avec un équipement militaire ultra sophistiqué. Le sacrifice de la majorité de la troupe n'avait pas lieu d'être. Pierre et les autres allaient revenir. C'était à eux d'intervenir. Dan, Anke et le groupe des fondateurs restèrent près du col pour attendre le retour inévitable du groupe des quatre. Lorsque ces derniers arrivèrent, les combats avaient baissé d'intensité. Les quatre se précipitèrent vers le village. Pierre commença par faire tomber une forte pluie d'orage qui éteignit rapidement les incendies. Ensuite les quatre ratissèrent le pourtour du village pour débusquer les ennemis et les projeter en arrière sans leurs armes mais la tâche s'avéra difficile tant le combat au corps à corps avait mêlé les combattants. Laurie décida de sortir les chevaliers et d'étendre leurs corps sur les prés environnants. Claudine s'occupa des blessés pour effacer leurs plaies. Romain et Pierre constatèrent que le combat avait cessé et eux aussi sortirent les corps des chevaliers. Ils trouvèrent ceux de Bruce et de Jasko l'un à côté de l'autre. Pour eux, Claudine et Laurie ne purent plus rien. Dan et les autres arrivèrent pour déblayer le terrain. D'autres groupes de soldats ennemis rescapés de l'assaut et des transports de troupes endommagés et pas mal choqués, arrivaient mais sans intention de combattre. Ils venaient d'être les témoins événements surnaturels, ils avaient vu des nuées ardentes virevoltées dans les airs, des soldats se déplacer sous une force invisible. Ils avaient vu la couleur lumineuse irréelle du ciel et comme entendu une musique céleste apaisante. Ils portèrent eux aussi secours aux victimes. Dan planta la bannière de leur ordre chevalier sur un mur de manière à ce que tous comprennent le sens de ces combats et qui en était vainqueur. Il releva le nom des chevaliers blessés et ceux des morts. Une soixantaine de chevaliers étaient morts, une quarantaine furent soignés par Claudine. Parmi la centaine de chevaliers restés étendus sur le champ de bataille et dont s'occupaient encore Laurie, Romain et Claudine, Dan releva une trentaine d'uniformes de la gendarmerie avec une croix templière sommaire cousue à l'épaule gauche. Les victimes du camp adverse étaient bien plus nombreuses. Chez l'adversaire, personne n'était resté indemne. Frantz et une équipe de chevaliers dénombrèrent deux cent corps autour du village sans compter les morts des hélicoptères de transport de troupes éparpillés dans le voisinage. Les quatre initiés allèrent chercher tous les corps quel que fut leur camp. Les soldats survivants, hébétés, virent des corps se déplacer dans les airs pour s'allonger dans les prés voisins. La plupart se mirent à genoux pour prier en mémoire de leurs camarades tués. Les chevaliers les rassurèrent. Ils avaient maintenant l'habitude de combattre parmi ces phénomènes là et bon nombre avaient assisté à la procession vers la grotte. Deux équipes de trois chevaliers filmaient tout ce qu'ils pouvaient. Les survivants se rapprochèrent pour se parler, pour partager les sentiments de désarroi que cette heure de combat et les près de quatre cents morts alignés sur les prés, provoquaient. Peu de combats avaient eu une telle violence, jamais ils n'avaient été témoin de la puissance des forces du monde supérieur. Il n'y avait eu aucun effet de surprise de part et d'autre mais une volonté farouche d'engager le combat et de vaincre. Certes il y avait probablement eu une très nette sous estimation de la capacité de défense du groupe des chevaliers chez les militaires de carrière des armées engagées par les systèmes de pouvoirs étatiques.

Dans le ciel en provenance de la vallée, d'autres hélicoptères arrivaient avec des personnalités venues prendre l'ampleur des dégâts et avec des secours pour les blessés. Dan fit un bref commentaire devant ces personnalités, pour leur dire qu'il aurait préféré avoir comme adversaire des militaires éprouvés ayant déjà vécu de réels combats. L'adversaire avait présenté des hommes certes d'élite mais ces hommes étaient entraînés à l'action rapide pour des combats urbains or ici, en face d'hommes meurtris par la guerre et qui n'avaient plus peur de la mort, ce type d'assaut était malencontreux et inutile, inconsidérément sanglant. Jamais ces dernières décennies, une armée moderne n'avait eu un taux de perte aussi important en si peu de temps. Un fonctionnaire se présentant de la sécurité civile et de la préfecture s'étonna de voir Dan diriger les opérations. N'était-il pas un chef des rebelles ? Et d'ailleurs où était Bruce que les autorités adverses réclamaient tant ? Dan lui montra le corps de Bruce puis face aux nouveaux venus, il leur déclara que s'il commandait ici, c'était parce qu'il était le chef des chevaliers vainqueurs du combat, celui qui avait planté là, la bannière victorieuse de leur ordre chevalier. Il avait le décompte transmis par Laurie, des pertes de chaque camp. Pour quarante chevaliers et vingt gendarmes morts et une quarantaine de blessés, l'adversaire devait décompter tout d'abord trois cent soldats adverses écrasés sous le bombardement de la nuit dernière et également trois cents cinquante morts ici, dans les combats sur le plateau et pour le village. Plus de quatre cent chevaliers avaient combattu et s'étaient libérés du champ de bataille alors que la totalité des assaillants étaient hors de combat, les survivants étant mentalement incapables de tenir de suite une arme. La plupart était là prêts avec leurs dernières forces à s'engager dans le groupe des chevaliers. S'il le fallait, dans un autre endroit, les chevaliers continueraient le combat, à un contre six ou plus encore, peu importait. Dan préféra ne pas dévoiler que durant tout le combat, les quatre initiés avaient été absents sinon les pertes adverses auraient été plus terribles encore sans que le moindre chevalier ne fût blessé. Dan répéta que les chevaliers étaient vainqueurs. Les nouveaux venus devaient choisir leur camp : adhérer au mouvement ou se constituer prisonnier.

Un homme se présenta comme étant un élu de la région. Il connaissait le mouvement et avait suivi toute l'affaire sur Internet. Il déclara que les chevaliers ne pouvaient pas rester là. Ils devaient disparaître dans la nature le temps que l'opinion publique prenne sa décision. Tout était clair pour lui. Le mouvement avait présenté avec justesse son but et des millions de personnes se manifestaient à travers le monde grâce à Internet pour soutenir cette entreprise. La plupart des groupes sociaux s'étaient engagés dernièrement aux côté des chevaliers. Réprimer tout ce mouvement n'était plus pensable. Faire éclater le malaise dans les armées européennes, américaines était hors de question. Il fallait éviter les guerres civiles. Un débat démocratique devait voir le jour pour répondre aux demandes de reconnaissance politique du mouvement des chevaliers. Lui, en tant qu'élu de la région, allait se charger de réconforter les habitants du village et de rebâtir ces maisons, d'effacer la férocité et l'horreur de ces combats. Dan devait laisser ses morts ici et partir le plus vite possible. Ici, tout était dit, il n'y avait rien à ajouter. Maintenant la réponse viendrait du monde entier, tous devaient l'attendre. Pierre hésita. Il demanda à Dan la permission de tout remettre en ordre. L'élu de la région lui demanda de s'en abstenir. Le monde devait voir les marques du combat farouche qui venait de se dérouler ici. Deux façons de vivre s'étaient violemment opposées, des hommes en étaient morts... il ne fallait pas effacer cela et incontestablement, les chevaliers étaient vainqueurs. Cette société devait commencer à regarder en face les réalités et arrêter de les cacher ou de les faire disparaître.

Dan demanda à Anke de faire revenir les six Super-Puma qui s'étaient retirés au lac d'Allos. Ils allaient par rotation, embarquer les chevaliers pour les déposer à l'aéroport de Cannes-Mandelieu. La mutuelle devait avancer le vol prévu pour le retour des chevaliers à la fin du rassemblement. Il fallait affréter un avion moyen courrier pour un vol Bâle-Cannes et retour, le plus rapidement possible et un avion cargo pour le transport des corps. Ils seraient déposés à Bâle-Mulhouse, côté suisse. Barbara devait prévenir le fameux officier des renseignements suisses que cette fois-ci, ce n'était pas des chasseurs américains qui arrivaient mais des adhérents en règle d'une mutuelle suisse au rayonnement mondial. Tous auraient une carte de travail et un contrat de travail au sein de la mutuelle, du moins les survivants. L'officier suisse n'allait tout de même pas demander des autorisations de travail pour les chevaliers tués aux combats. Un directeur de la mutuelle apporterait les papiers à l'aéroport. Les Super-Puma rechercheraient ensuite les renforts déposés à Allos et rentreraient à leur base. Dan prévint les élus et les fonctionnaires. Les corps des chevaliers seraient embarqués à bord des Super-Puma comme les blessés. Anke demanda à des personnes présentes si des chauffeurs étaient volontaires pour conduire une quinzaine de personnes sur la côte. Six personnes répondirent présent. Laurie arrêta Dan et Anke. Les renforts, leurs mortiers et les six Super-Puma ne devaient pas rentrer à leur base. Il fallait peut-être défendre la ferme des Vosges du Nord. Ces renforts devaient rester en réserve. Elle demanda à Anke et à son mari de les envoyer à la combe noire sur le plateau du Retord, au-dessus de Nantua. C'est là-haut que Maud avait attendu le commando OSS de son père. C'est là-haut qu'elle irait les chercher si les combats reprenaient autour de leur centre de commandement dans les Vosges du Nord. Laurie savait que les adversaires allaient poursuivre leurs manœuvres pour détruire leur mouvement. Tout au moins, Laurie ne savait pas comment, ils arriveraient à capturer puis à assassiner Pierre. Dan transmit l'ordre pour le groupe de réserve. Le cas échéant, du plateau du Retord, ils devaient plonger sur Genève et se réfugier en Suisse. Une fois les derniers chevaliers embarqués dans les Super-Puma, ce qu'il restait du groupe des fondateurs se dispersa dans les voitures. Dan demanda au groupe des quatre de faire en sorte que cette fois-ci, tout se passe correctement. Pierre promit. Romain et Claudine s'occupèrent de faire arriver à destination les voitures. Pierre et Laurie se rendirent à l'aéroport de Cannes-Mandelieu pour veiller sur les chevaliers en attente de leur vol de rapatriement.

Vers quatorze heures, ce qu'il restait du groupe des fondateurs se retrouva dans la maison de Laurie. Cela faisait exactement une semaine qu'ils en étaient partis pour la clue. Une équipe de chevaliers dirigée par Jacques y avait mis en sécurité le matériel de transmission. Frantz s'empressa de compresser les images vidéos sur son micro-ordinateur et ils prirent connaissances des images. Le film était d'une qualité fort honnête. Frantz estima qu'ils n'avaient pas le temps de le retravailler et il envoya le volumineux fichier à la station des Vosges du Nord. Par contre, il enregistra les déclarations de Dan, de Laurie et d'Anke qui toutes louèrent la bravoure des templiers et l'inacceptable rigidité des autorités qui avaient refusé la négociation. Après cette dernière transmission, Anke décida de démonter la station et de ne laisser qu'un poste d'écoute et de lecture des messages. Le matériel allait être caché dans la région et récupéré quelques semaines plus tard.

  La fatigue les prit subitement et le silence se fit. Pierre se mit à parler pour s'excuser. Anke le coupa. Des excuses étaient inutiles. Ce combat devait avoir lieu, c'est tout. Pierre reprit la parole. Bien entendu, même à quatre, ils n'auraient pas pu empêcher l'attaque mais le combat aurait été plus court, plus intense et moins de chevaliers seraient morts. Le problème que l'ordre des chevaliers devait maintenant rapidement régler résidait dans la construction d'un temple véritable pour mettre en sécurité une fois pour toute, les corps charnels des initiés en état de dédoublement. Ces va et viens n'étaient plus possible à l'avenir. Les Egyptiens purent utiliser la chambre royale de la grande pyramide et y laisser des mois voire une année, les corps dans ce vide biologique. S'ils avaient pris l'emblème des chevaliers templiers, ils avaient bien retrouvé la triple initiation et les pouvoirs du monde double mais ils n'avaient pas de temple ! Réutiliser pour l'initiation au monde double les endroits qu'ils avaient déjà choisis allait de soi, mais ils ne pouvaient plus réutiliser la grande pyramide comme leur temple pour y déposer leurs corps charnels. Cela supposait la conversion d'une majorité de dirigeants du monde actuel et pas mal de travaux de remise en état. Certes, Pierre pouvait compter sur l'aide d'Horus et de Khéops mais ils n'avaient pas le temps d'attendre que tout ceci se réalise. Romain pouvait travailler en ce sens avec Laurie et Claudine mais il ne fallait pas trop compter sur cette solution. Les communautés devaient construire des temples pour la conservation des corps charnels des initiés partis travailler dans les mondes supérieurs et doubles. Ces temples devaient se trouver au cœur des communautés pour éviter à l'avenir, ces événements fâcheux et le déclenchement des combats sans la direction des initiés.

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le développement spirituel

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