les derniers moments avant l'arrestation du poète

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Pierre proposa d'aller rechercher leurs corps charnels. Il donna rendez-vous le soir, vers vingt et une heures pour un repas pris en commun, ici, sur la terrasse et sous les étoiles. Frantz leur demanda de passer voir Michel et les équipes de Darmstadt et de Francfort, d'aller féliciter les chevaliers et compagnons à la ferme des Vosges du Nord. S'ils avaient le temps, ils devaient aussi soutenir les équipes encore au travail sur les super calculateurs, ici, à Sophia-Antipolis, en région parisienne, en Hesse. Pierre promit mais il déplaça l'heure du repas à vingt deux heures. Frantz lui fit promettre de ne pas oublier de passer au siège de la mutuelle. Des équipes y travaillaient dur pour passer commande, payer de suite les prestations et services achetées pour nourrir et héberger les chevaliers de retour du rassemblement, établir les contrats de travail, tout en assurant le fonctionnement normal de l'entreprise. Rassurer les chevaliers après ces combats serait une attention justifiée. Pierre promit, le groupe des quatre n'oublierait personne. Anke demanda une prière. Ils se mirent à genoux et Anke récita le Notre père que le poète leur avait appris. A la fin de la prière, les quatre s'en étaient allés. Une profonde tristesse gagna le reste du groupe et ils sombrèrent dans un sommeil réparateur.

 Lors de leur passage à la ferme des Vosges du Nord, les quatre trouvèrent Michel avec l'équipement du centre de guerre électronique et les chevaliers et compagnons. Il n'avait pas obéi, trouvant regrettable de neutraliser un tel équipement. Il avait disposé dans la région plusieurs compagnies de chevaliers prêts à défendre le site. Il convainquit Pierre et les autres que leur mouvement était toujours capable de reprendre la maîtrise de plusieurs chaînes de télévision. Il proposa à Pierre de diffuser à la place du journal de vingt heures, leur propre récit des événements et leurs propres analyses politiques, économiques et sociales. Pierre voulut demander l'avis de Sepp et de Frantz. Michel se fâcha, en tant qu'ancien collègue de travail, il lui demanda ouvertement de prendre ses responsabilités. Il était évident que leur mouvement exigeait une maîtrise des informations et de la communication sur les événements de la clue et de ne surtout pas laisser prise à la désinformation. Michel le fit réfléchir : il ne s'agissait pas de créer une nouvelle règle d'une manière collective mais bien de faire acte de commandement. Il n'était pas question d'utiliser le principe de subsidiarité pour monter une rapide réunion de résolution de problème : le problème était résolu, les combats avaient eu lieu et leur mouvement en était vainqueur ! Pierre accepta. Il transmit à Michel et à son équipe, les dernières informations recueillies auprès des compagnons et chevaliers à qui ils venaient de rendre visite sur la combe noire au dessus de Genève et du pays de Voltaire. Michel, son regard scrutant l'écran sur lequel défilait la messagerie traitée par le centre de guerre, demanda au groupe des quatre de patienter un instant. Le nouveau directeur de Fort Meade venait de reprendre contact.

 Pierre s'assit au clavier. Sur le poste voisin, un expert le connecta pour un dialogue avec ce directeur. Ce dernier informait les chevaliers qu'il avait donné, bien entendu, sa démission vu l'échec des opérations secrètes dont il avait eu la responsabilité opérationnelle. Par contre lui n'avait que très peu de contact avec ses homologues de la CIA qui se méfiaient de ces experts en écoute électronique. Pierre lui demanda si personnellement, il acceptait de reconnaître la suprématie des forces du monde double. L'autre répondit que Bruce déjà les avait acceptées, qu'il en allait de même pour lui. Pierre le fit réfléchir : que ce serait-il passer si lui ou les quatre ensemble avaient détourné les missiles de croisière pour les jeter à la mer ou pire, les faire tomber sur Nice ou Cannes. La prochaine fois, Pierre s'engagea à faire retomber de tels missiles sur leur base de départ. Ce directeur devait faire comprendre à son entourage d'experts militaires que l'époque avait changé, radicalement changé. Les armes pilotées par l'électronique étaient totalement dépassées par les pouvoirs du monde double. Le poète invita son correspondant à relire César qui craignait déjà la force des druides et encore, comme en Égypte, dans cette antiquité finissante, la plupart de ces forces surnaturelles avaient été perdues également chez les Celtes. Lui, en tant que poète, n'avait fait que retrouver des pouvoirs utilisés bien avant que l'histoire publique ne commence. Oui, il était probable qu'un mouvement scientifique se soit rendu compte de la possibilité de ces pouvoirs du monde double et qu'il fit tout son possible pour exclure cette possibilité et la placer au rang de tabous. C'est clair : la coexistence des armes modernes humaines et de la puissance du monde double n'est pas possible. Pierre lui fit reprendre le dossier du porte-avions nucléaire. Non, en partant, il n'avait pas oublié de déverrouiller la porte du sas donnant accès à la salle de contrôle du réacteur. Tout avait été remis en ordre, dans le moindre détail. Sur Internet, le poète allait démontrer à travers le récit des événements, quel choix s'imposait à l'humanité : celui de la puissance qui est capable de tout remettre en ordre, aussi mystérieux que cela puisse paraître à ceux qui voudront continuer à négliger leur domaine spirituel.

 Aujourd'hui, ils étaient quatre à posséder les forces de ce monde double. Peut être qu'il allait accompagner Laurie aux États-Unis et continuer là-bas leur mission alors que Romain et Claudine resteraient en Europe. Oui, ils pouvaient déjà ranger les antennes de son centre de guerre électronique ! Il y avait nouvelle donne. Le directeur lui demanda si comme cela avait été permis pour Bruce, il pouvait postuler à rejoindre les chevaliers. Pierre lui donna sa parole qu'il serait accepté chevalier. Il devait d'abord envoyer son versement d'adhésion à la mutuelle de Bâle mais il n'aurait aucun des commandements que Bruce avait reçus. Il resterait d'abord simple chevalier car il n'avait pas l'excuse d'ignorer les pouvoirs du monde double. Sciemment, il avait pris le risque insensé de les affronter et d'envoyer à leur perte des centaines de soldats. L'autre accepta humblement. Il déclara rejoindre de suite le centre de guerre des chevaliers en Californie. Il en avait l'adresse. Bien entendu, comme Bruce l'avait fait, il partait avec une équipe de collaborateurs qui lui était liée et ils détruiraient tous les fichiers et base de données compromettantes. Michel prit le relais de la communication pour lui donner quelques instructions complémentaires sur ce qu'il devait détruire avant de quitter sa fonction. Michel s'excusa, Dan ne serait pas là pour lui faciliter la sortie du Fort. L'autre répondit qu'il était prêt à mourir comme tout chevalier en avait fait le vœu. 

Pierre accepta de s'introduire dans la salle de rédaction d'une chaîne télévisée pour faire en sorte qu'un journal en commun soit rédigé et présenté. Il prit Laurie avec lui. Ils aidèrent l'équipe de rédaction à collecter les informations sur le site Internet du mouvement et y mêlèrent des informations plus secrètes qu'ils récupèrent sur leur intranet hautement sécurisé. Ils refusèrent par contre de passer à l'écran. Les journalistes de la chaîne télévisée ne se rendaient pas compte que Laurie et Pierre se présentaient à eux dans leur double matérialisé et il était peu probable que les ondes de leurs enveloppes aux formes charnelles soient captées convenablement par les caméras. Ils n'avaient pas envie de tenter l'expérience. Les autres croyaient qu'ils avaient fui la Côte d'Azur dans un de leurs hélicoptères. Romain et Claudine acceptèrent d'aller faire la tournée des cafés du Quartier Latin pour discuter avec des étudiants sur les événements de la clue et prendre le pouls de cette jeunesse. A Biot comme dans le reste du pays, le groupe des fondateurs eut la surprise de voir que le journal télévisé faisait une édition spéciale sur les combats de la clue. Après la présentation des demandes du mouvement et des raisons pour lesquelles ces trois combats avaient eu lieu, la plupart des reportages montrèrent les images filmées par les chevaliers. Les téléspectateurs se retrouvèrent au milieu des combats avec toute leur férocité. La bande son des combats avait été rapidement coupée et remplacée par la voix d'un poète qui chantait un texte de Louis Aragon tiré de la Diane française, En français dans le texte, et du poème  " Art poétique" : " rimes où je sens la rouge chaleur du sang rappelez-nous que nous sommes féroces comme des hommes ". A la fin du texte, Claudine vint mêler sa voix toute féminine de soprane à celle de ténor du poète. Les images chevauchèrent des photos des combats de la clue avec d'autres de la première et de la seconde guerre mondiale. L'intervention de l'élu politique de la région fut présentée également et tous notèrent son humilité face à une situation qui le dépassait manifestement par son caractère surnaturel. L'évacuation des corps des chevaliers montra l'organisation calme et sereine des vainqueurs. L'interview de plusieurs gendarmes alliés aux chevaliers permit aux téléspectateurs de connaître un peu plus comment avaient été massacrés les soldats adverses et quelles avaient été les interventions des forces du monde double. Un reportage était entièrement consacré à la personnalité de Bruce, à son parcours dans les forces spéciales américaines jusqu'à la direction de Fort Meade, à son action lors du rassemblement de la clue. Des images le montrèrent en train d'organiser avec ses anciens collègues, l'assaut du village. Les images montrèrent l'assaut puis le commentateur raconta brièvement l'histoire de Jasko et de son groupe de chevaliers. Des images d'horreur récupérées lors de l'expédition en Bosnie furent intercalées parmi les visages paisibles des chevaliers tués au combat pour bien souligner la raison de leur sacrifice. Le reportage suivant présenta les images de la célébration des mystères et le commentateur expliqua le but de cette cérémonie. Des images somptueusement éclairées de Dendérah éclatèrent à l'écran. Puis aussitôt, des images de synthèse révélèrent l'attaque du porte-avions nucléaire. Les enregistrements des messages échangés avec les autorités adverses et récupérés par le centre de guerre électronique de Michel et Sepp passèrent à l'écran pour bien faire comprendre aux téléspectateurs le lien qu'il y avait entre les pouvoirs obtenus lors de telles célébrations spirituelles et les attaques menées grâce aux forces du monde double. Le dernier reportage raconta l'histoire de Pierre et de Laurie et de belles images de ce couple au club de Baden, en Bosnie, sur les cimes des alpes, défilèrent. Pour finir, une séquence mêla la chorale chantant le Miserere d'Allegri dans la grotte avec le défilé de Laurie, Claudine, Romain et Pierre descendant leurs corps charnels depuis la crête de la montagne de Charamel pour les porter en procession dans la grotte. Le public put voir les corps inertes avancer dans l'air puis il vit les corps des chevaliers et soldats morts au combat être de la même manière déposés sur les prés à côté du village détruit. Pierre qui venait de découvrir ces images envoyées par Michel ne s'opposa pas à leur diffusion. Le plan large du caméraman ne permettait pas de voir dans le détail les visages des corps "morts" et l'on pouvait croire que les quatre portaient d'autres corps que les leurs. Le réalisateur termina son édition spéciale en mêlant les images de tous ces corps soutenus par des présences invisibles et se déplaçant dans l'air, à l'image d'un ciel d'azur dans lequel le bleu intense fit place irrésistiblement à une lumière divine. Ensuite le journal fit place à la présentation des réactions et il utilisa abondamment tout ce qui s'était passé ces dernières heures sur Internet. Le présentateur indiqua que plusieurs centaines d'avions de lignes étaient annoncées sur l'aéroport de Nice et de Mandelieu pour déposer les sympathisants du mouvement qui venaient soutenir l'action de leurs chevaliers. Ils y atterriraient malgré toute interdiction. Le personnel de l'aéroport annonçait qu'il détournerait les vols réguliers sur Toulon pour laisser se poser ces vols de sympathisants.

A 22h05, les quatre se présentèrent à la porte de la maison de Laurie. Dan et Anke leur ouvrirent. Frantz tint officiellement à les féliciter tous les quatre pour ce travail de communication avec les médias. Le repas attendait. Dans le couloir, Anke pinça fortement les fesses de Laurie pour s'assurer qu'elle était bien dans son corps charnel. Laurie sursauta et préféra confirmer sa présence à son amie en l'embrassant langoureusement. Pierre se rapprocha de Françoise un peu timidement, comme quelqu'un qui allait se faire gronder pour avoir joué des mauvais tours. Lorsqu'ils furent tous installés autour de la grande table sur la terrasse et sous les étoiles. Frantz prit la parole. 

- mes amis, il y a derrière nous quatre années pleines et merveilleuses. Un combat s'achève. Pleurons les morts et regardons devant nous tout le travail qui nous attend. Pierre ne peut plus continuer à travailler dans son entreprise. J'ai préparé sa lettre de démission, il la signera ce soir... Je sais que s'il s'entête à refuser, il risque de me plaquer au mur et de me faire passer un sale quart d'heure sauf si Laurie, Romain et Claudine m'aident. Assez de plaisanterie ! Comment allons nous vivre dorénavant ? Oui, nous avons à construire des temples où nos initiés trouveront des chambres ayant un vide biologique pour y déposer en toute sécurité leurs corps charnels... il faut éliminer ce problème d'avoir toujours à déplacer le corps charnel devant l'approche de nos adversaires mais enfin nous n'allons pas commencer par construire de nouvelles pyramides pour déposer momentanément le corps de nos initiés

- et les régénérer une fois revenus dans leurs corps charnels car ces événements sont éreintants pour nos carcasses humaines. J'ai faim, soif et je meure de sommeil. Laurie s'effondra dans les bras de son mari.

Gérard se manifesta.

- Pierre, je t'ai toujours écouté et j'ai beaucoup de plaisir à m'occuper de nos formations et de la construction d'un savoir global actualisé. Tu as raison de dire que ce qui vient de se passer n'est pas si extraordinaire que cela, que les druides, que les initiés d'autres peuples ont déjà utilisé les forces du monde double. J'ai confiance, nous réussirons à bâtir un savoir qui nous permettra de vivre dans la présence quotidienne de ces forces spirituelles. Regarde, le journal télévisé de ce soir a présenté magnifiquement notre mouvement et le pourquoi des combats que nous venons de vivre. Nos amis sont bien arrivés à Bâle, nos futurs chevaliers et leur Super-Puma campent près de la crête du Jura et sous leurs pieds, ils doivent en ce moment contempler les lumières de Genève et celles des bateaux sur le lac Leman. Sepp vient d'arriver chez Michel à la ferme près de la frontière allemande. Nos centres de guerre électronique fonctionnent à plein avec nos compagnons dans les salles informatiques des super calculateurs. Demain, plus de trente mille sympathisants sont attendus à Nice et la plupart viennent par avion. Il ne peut plus rien nous arriver. Nous allons nous montrer et exiger des états, la reconnaissance de notre mouvement. Un forum d'expertise vient d'achever son travail sur la rédaction de la proclamation d'une nouvelle république et sur l'appel à une Constituante organisant une société en confédération de réseaux. Nous poursuivons le travail de Benjamin Franklin à partir de la Grande Loi qui Lie qui nous sert de trace toujours visible de l'organisation en réseau de l'Europe du temps des cathédrales. Ces mêmes textes seront présentés à chacun des états de l'Union européenne et nous allons instaurer un nouveau progrès politique, économique et social. C'est fabuleux. Pierre, c'est à toi de proclamer demain ces textes devant nos amis et devant les médias. A la fin du repas, je te les donnerai. Si les états refusent, nous nommerons une cour de justice internationale pour trancher ces liens vieillots auxquels certains s'accrochent encore pour défendre leur monde archaïque.

- Gérard, je t'ai donné un délai pour réfléchir. Notre rassemblement se termine. Tu dois donner ta réponse. Notre combat n'est pas achevé et ne le sera probablement jamais. D'accord pour tes textes mais je les proclamerai plutôt avec la foudre en main. Le changement des mentalités ne se fera pas avec de beaux discours même devant un prétoire international. Il faudra encore déclencher des tempêtes sous les crânes de nos frères humains. C'est à cela que serviront nos pouvoirs du monde double : à ne plus laisser s'endormir béatement nos proches tant qu'ils n'auront pas trouvé en eux la foi irrenversable qui soulève des montagnes et les taille pour en faire les lieux de rencontre avec ceux qui sont déjà auprès de Dieu, qu'ils soient morts ou comme nous, toujours présents dans leur existence terrestre. Gérard, quelle foi as-tu trouvée parmi nous ?

- Je n'ai pas de leçons sur ce point à recevoir de toi. D'accord ! Tu as réussi le cycle de la triple initiation et tu as formé à cette initiation trois autres personnes. Vous avez réalisé le chemin qui va d'Éleusis à Dendérah. C'est très bien mais que fais-tu des gens qui jamais ne comprendront quoi que ce soit à un cheminement spirituel ? Oui, tu veux faire passer une tempête sous leurs crânes ! Tu dois revenir à notre condition d'être humain, discuter, dialoguer, arrêter tout ce cirque pour être un peu plus pédagogue et laisser le temps aux autres d'apprendre... te mettre à leur niveau.

- Gérard, tu viens de donner la réponse à la question que je t'ai posée. Poursuis ton chemin, il ne rencontrera jamais le mien mais laisse en paix ceux qui ont décidé de me suivre. Remets-toi au niveau des derniers de tes classes de gestion dans ton lycée et rédige des QCM dans lesquels même une réponse fausse vaut un point, une réponse juste deux points, tout ceci pour arriver à faire en sorte que tes élèves se décident malgré tout à émettre au moins une réflexion et que leurs parents soient satisfaits de voir qu'ils ne sont pas loin de la moyenne ! Nous ne représentons pas une nouvelle élite. Nous sommes un groupe qui n'a pas fini son évolution humaine mais qui vient d'achever un bon bout de ce chemin. Reste dans ton monde si tu as à tout prix besoin d'un système organisé autour d'une idée pour rassembler en cohérence ta volonté d'agir. Demain, nous ferons une démonstration pacifiste de la force de notre mouvement. Nous n'avons pas à déclencher un procès ni à livrer quelqu'un parmi nous pour que des juges soient obligés d'organiser un procès. Nous avançons sur le chemin que nous nous sommes choisi librement, d'un commun accord !

 Laurie et Anke intervinrent pour faire cesser cette querelle. Deux couples étaient absents. Barbara et Werner avaient regagné Bâle. Sandra, le club de Baden-Baden, Patrick, le club de la vallée des Vosges et Sepp, le centre de commandement dans les Vosges du Nord et son équipe de Darmstadt. Anke réclama à Pierre la célébration d'une eucharistie. Avec Frantz, elle alla préparer les morceaux de pain et la coupe de vin. Pierre leur demanda de prier pour tous les êtres chers qui les avaient quittés, en particulier pour Jasko, Svetlana et leurs compagnons de combat, pour Bruce et les morts de son équipe des services secrets, pour Arnim et pour eux que la mort n'avait pas encore pris. Il voulut prier aussi pour ces êtres à la peau olivâtre rencontrés avec Laurie dans la double maison de vie du temple de la Dame du Ciel. Il leur redit l'assurance de trouver en eux la source d'une renaissance à la vie éternelle, à la vie divine dès leur vie terrestre et les invita à proclamer cette bonne nouvelle, à reconnaître parmi eux ceux qui percevraient une source plus forte et claire capable de leur donner la force d'aller chercher les initiations dans le monde supérieur puis dans le monde double, d'aller comme Laurie et lui jusqu'à Dendérah dans la double maison de vie qui garde le cercle d'or de la connaissance humaine sur la vie d'après la vie terrestre. Un long moment, il leur demanda de se coucher sur des couvertures, de faire silence et de chercher la voix. A voix haute, il pria pour eux, pour que tous arrivent à trouver cette voix que lui s'était découvert dans sa plus tendre jeunesse. Lorsqu'ils se relevèrent, tous constatèrent que Gérard avait quitté les lieux. Dominique fondit en larmes et Pierre la consola. Alors il prononça les paroles rituelles pour célébrer le mystère de la transsubstantiation du pain et du vin en corps et sang du Christ qui vit en nous et toujours ressuscite de la mort et fait de nous des ressuscités du moment que nous communions avec lui aujourd'hui et à l'instant de notre mort. A la fin de la cérémonie, Pierre les invita à se rendre en voitures sur la plage. Certains préféraient dormir de suite. Il leur dit que ce n'était pas le moment. Ils devaient se préparer à une nuit blanche. Dan demanda à Anke, Frantz, Carine de prendre leurs sacs à dos, d'y ranger leur casque à vision nocturne et de démonter leur fusil d'assaut muni d'un silencieux pour le rendre moins encombrant. Ce maniement d'armes jeta un certain malaise dans le groupe. Pierre ne dit rien.

 Ils cherchèrent un bout de plage inoccupé. Par radio, Dan prévint Jacques de leur emplacement. Claudine se serra contre Romain. Elle n'avait pas froid mais en souriant, elle avoua qu'elle se sentait mieux dans son double matérialisé. Pierre leur demanda de prier. Partout autour d'eux, des gens cherchaient une explication sur ce qui venait de se passer. Tous devaient se rendre compte de la véracité et de la férocité des combats. L'odeur de la fumée, de la poudre, les traces de sang devaient toujours être présents au village et des braises devaient toujours couver sous les souches des mélèzes à la clue. Les conclusions que les adversaires devaient cette nuit tirer étaient-elles déraisonnées ? Essaient-ils de poursuivre l'élimination de leur mouvement, toujours persuadés que leur science militaire et leurs armes allaient vaincre les chevaliers et leurs pouvoirs surnaturels ? Certes, il était possible d'arriver à supprimer les initiés aux forces du monde double car ils restaient avant tout mortels. Mais ne pouvaient-ils pas comprendre le sens de ces moments exceptionnels où une civilisation nouvelle est sur le point de naître ? Ceux qui ont réfléchi, ceux qui savent se remettre en cause, ont franchi le pas et demandé d'adhérer à la mutuelle, demandé à devenir chevalier ou compagnon. Environ une heure plus tard, Jacques escorté de quelques chevaliers et de plusieurs gendarmes adhérents du mouvement, vint les rejoindre. Gérard s'était rendu directement à la préfecture pour rencontrer les dirigeants de la cellule de crise. Il s'était présenté comme un des chefs de l'ordre chevalier. Il se proposait de livrer le véritable chef, celui qui était à l'origine des pouvoirs du monde double, pour le faire traduire en justice. Des hauts fonctionnaires le prièrent de sortir. Ils ne voulaient pas de cette arrestation qui demain allait pousser la foule à la révolte. Gérard avait insisté si bien que ces dirigeants demandèrent avis à leurs supérieurs hiérarchiques. Ils demandèrent à Gérard si cette arrestation pouvait se faire sans incidents. Gérard l'avait garanti. Une opération menée par les unités spéciales de la police se préparait pour pénétrer dans la maison de Laurie. Jacques venait d'y envoyer un groupe de chevaliers pour tout déménager. Eux devaient quitter la plage. Il valait mieux se disperser et rejoindre les lieux toujours sous le contrôle des chevaliers. De plus Jacques savait que les aéroports de Marseille à Nice verraient demain leurs pistes encombrées par des avions et des véhicules de toutes sortes de manière à interdire tout atterrissage aux avions affrétés par leur mouvement. Romain, Claudine répondirent qu'ils se chargeaient personnellement de déblayer vite fait les pistes de ces aéroports pour faire atterrir leurs sympathisants... restait simplement la question de savoir où laisser une heure leurs deux corps charnels... Jacques garantit qu'il les veillerait avec son groupe de chevaliers.

Dan demanda qui donnait ce genre d'ordre dans le camp adverse. Pour les gendarmes présents, il s'agissait d'esprits patriotes qui n'acceptaient pas la défaite de leurs soldats et qui comprenaient que la gravité de l'heure les obligeait à une fermeté inébranlable pour sauver leurs places. Certains parlaient de résistance devant les envahisseurs, de sacrifice face à l'abomination des forces démoniaques, de gouvernement par les étrangers inacceptable, du retour des intégristes religieux, cette fois-ci, chrétiens. Toutes les vieilles peurs enfouies dans l'inconscient collectif ressortaient. Jacques les prévint : plusieurs bandes fanatisées et revanchardes s'étaient constituées pour se lancer dans la chasse aux chevaliers et à leurs sympathisants. Ces derniers, dispersés dans la région, ne pourraient pas faire face sur tous ces nouveaux fronts. Fallait-il se réorganiser pour un nouveau combat et vaincre ces réactions brutales et criminelles des défenseurs des dogmes et des utopies des systèmes de pouvoirs civils et religieux qui ne voulaient pas abandonner la partie ? Pierre et les siens devaient-ils à nouveau user de leurs pouvoirs destructeurs du monde double ? Laurie préféra répondre. Le moment était venu de laisser du temps au temps pour que la majorité silencieuse se décide à prendre partie. Sepp et Michel avec le groupe de Darmstadt et les deux centres de guerre électronique allaient demain lancer un référendum pour sonder les populations en utilisant à grande échelle le vote électronique à partir de n'importe quel micro ordinateur relié à internet. Les combats devaient donc cesser. Anke réagit à ces nouvelles. Ici, ils ne pouvaient guère faire plus. Elle demanda au groupe de rejoindre en voitures le plus vite possible Genève puis Bâle. Le groupe des chevaliers replié sur la combe noire pouvait le cas échéant les faire pénétrer en Suisse à travers les forêts du haut-jura. Le prochain combat, s'il devait avoir lieu, devait se dérouler sur les bords du Rhin, du Neckar et du Main, au cœur de l'Europe. Pierre l'autorisa à partir. Lui et Françoise resteraient à Cannes. Laurie et Dan décidèrent de rester avec Pierre. Jacques promit de veiller sur eux avec son groupe de chevaliers. Anke décida Romain et Claudine de venir avec elle et Frantz pour rejoindre le poste de commandement dans les Vosges du Nord. Dans une dizaine d'heures, ils pouvaient être sur place. Pierre insista pour convaincre Romain et Claudine. Il les fit réfléchir : avaient-il rien qu'un seul pouvoir en moins par rapport à Laurie et lui ? Les jeunes gens se rallièrent à la cause de leur mouvement. Anke leur répéta : leur atout premier résidait dans leur supériorité technologique en matière de guerre électronique et de guerre de l'information. Ce genre de démonstration était compréhensible par tous. Anke ne voulut pas dire ouvertement devant Pierre qu'elle préférait maintenant s'en remettre à ces moyens de lutte plutôt qu'aux pouvoirs du monde double à tel point insupportables chez la plupart des dirigeants qu'ils poussaient ces derniers à une radicalisation démesurée dans leur riposte. Pour refuser de considérer ces forces surnaturelles qui venaient de donner la victoire à l'organisation en réseaux et la défaite aux systèmes de pouvoirs, ils étaient en train de laisser libre court au paroxysme de leur ignorance et de leurs peurs les plus abjectes. Ils s'embrassèrent longuement avant de se quitter. Jacques et les gendarmes se proposèrent pour raccompagner Pierre et Françoise chez eux et monter la garde devant leur maison. Jacques appela un des ingénieurs informaticiens de l'entreprise de Pierre et qui avait participé à l'expérience de la salle informatique pour lui demander d'héberger Laurie et Dan. Il était éveillé et se tenait connecté aux intranets du mouvement pour suivre pas à pas les événements. Il accepta de suite d'héberger le couple dans sa maison de Vallauris. Il suffisait de monter le col Saint Antoine depuis la maison de Pierre pour s'y rendre. Là aussi des gendarmes montèrent la garde.

 Gérard avait fini par quitter la préfecture et son agitation. Encadré par trois hauts-fonctionnaires dont il ne connaissait pas le Ministère de rattachement, il les conduisit au mas de Laurie à Biot. Les unités spéciales n'avaient trouvé personne ni aucune trace d'armes et de matériel de guerre. Gérard ne comprenait pas : ils étaient tous là et tombaient de sommeil ! Les policiers commencèrent à le prendre pour un plaisantin. Ébouriffé, pas rasé, fatigué, Gérard ressemblait davantage à un clochard venu passer l'été sur la côte qu'à un membre recherché du groupe des templiers. Dans ce genre de situation, des imposteurs en profitaient régulièrement pour se faire une publicité toute personnelle. Gérard s'obstina à donner des détails du combat, de leur entreprise qui arrivèrent à le faire prendre au sérieux. Aussitôt il fut amené au commissariat d'Antibes. Le commissariat s'activa et les téléphones diffusèrent la nouvelle. Des officiers supérieurs allaient venir de Nice en hélicoptères pour continuer l'interrogatoire. Gérard, lucide et méthodique leur présenta sa déclaration, son exigence de n'arrêter que le chef et de considérer les autres membres comme des personnes manipulées par le chef comme cela se fait par n'importe lequel des gourous ! On parla d'une somme qui serait versée à Gérard pour prix de l'arrestation des initiés. Gérard accepta, calculant que cette somme pouvait toujours payer une partie de la note de séjours des membres de l'entreprise qui iraient à Paris soutenir Pierre lors du procès. D'ailleurs Gérard insistait : le procès aurait-il bien lieu à Paris devant la chambre qui jugeait les terroristes ou devant la cour d'Assises des Alpes-Maritimes, lieu de résidence de l'accusé ? Gérard voulait que ce soit Paris et il préférait une Cour de sûreté de l'État ou quelque chose comme cela car il s'agissait bien d'une opération menée contre l'État... par les templiers ! Gérard accepta les vagues assurances de ses interlocuteurs et s'apprêta à les conduire jusqu'à Pierre. Ils passeraient d'abord par le bureau de Sophia-Antipolis puis ils iraient à Cannes. Non ! non ! Ils n'avaient pas besoin de prendre les hélicoptères, cette histoire là était finie !

 Pierre regardait la mer, la ligne d'horizon entre la mer et le ciel et il songea à Hermès, à son message sur la migration des âmes. Il commença par regretter d'avoir été aussi dur pour avoir refusé d'animer jusqu'au bout, les mystères d'Éleusis dans la grotte et dans le théâtre antique. Certes, l'interprétation du Miserere d'Allegri avait été splendide et il aima réécouter dans sa tête l'envolée de la soliste soprano jusqu'au contre-ut. Alors que Françoise s'était endormie vaincu par la fatigue, il était sorti pour se rendre sur la plage de la Croisette, à dix minutes à pied de sa maison. Des chevaliers l'accompagnaient à distance. Il était 6h30 et il faisait jour depuis quelques temps. Deux jeunes couples d'adolescents américains étaient venus s'asseoir à côté de lui sur le sable et l'un des garçons jouait de la guitare. Ils avaient du dormir sur la plage ou les bancs de la promenade. A la fin d'un morceau, voyant que sa musique n'arrivait pas à troubler la méditation de Pierre, il l'interpella bruyamment. Les autres rirent après lui en se moquant car il ne leur répondait pas. Pierre se reprit et se rapprocha davantage. Il discuta en anglais. Ils étaient étudiants dans une université dont l'ordinateur, hier, avait servit aux liaisons parmi les membres du mouvement des chevaliers. Ils en étaient fiers et ce lien entre leur université et les événements de cette région, les avait marqués. Les adolescents furent étonnés de voir que Pierre connaissait le rôle de certains de leurs professeurs dans la campagne de soutien en faveur du mouvement, ils sympathisèrent d'autant. Comprenaient-ils le français ? Ils parlèrent en français et les deux filles avouèrent quelles étudiaient les lettres françaises. Pierre demanda la guitare et leur dit qu'il allait leur chanter des poèmes. Il fit quelques accords sur la guitare puis leur parla de Verlaine, de ce qu'il voyait derrière les barreaux de sa prison belge lorsqu'il fut condamné pour avoir tiré sur Rimbaud. Il leur chanta " le ciel est par-dessus le toit si bleu si calme..." Alors qu'il chantonnait le dernier vers du poème, il vit Laurie s'asseoir à côté des adolescents. En arrivant à la maison de Pierre, un chevalier l'avait informé que Pierre s'était rendu à la plage. Dans un sourire, il lui demanda par geste de chantonner elle aussi le dernier vers et Laurie s'exécuta docilement. Les adolescents applaudirent. Pierre leur parla ensuite des problèmes que Verlaine avait eus avec les femmes et avec son ami. Il poursuivit en chantonnant les autres textes des " Ariettes oubliées ". D'autres jeunes, familiers des lieux et de cette pratique d'écouter les artistes des rues, s'approchèrent pour écouter Pierre. Laurie recula pour faire de la place. De temps à autre, Pierre cherchait son regard pour y lire le profond bonheur de son amante. Elle lui disait de continuer, de célébrer plus fort encore le temps venu aujourd'hui du partage maintenant que leur rêve avait vécu rien qu'une semaine aux yeux du monde entier. Parfois Pierre parlait pour expliquer le sentiment de l'auteur des textes qu'il chantait. Il parla de la guerre pour introduire les poèmes tirés de la Diane française d'Aragon, ceux de Paul Eluard, les siens... La matinée n'était pas fréquentée par les artistes des rues qui venaient surtout l'après-midi et le soir sur la promenade bondée alors de monde. Pierre était le seul ce matin à chanter sur la plage ensoleillée.

 L'effet de curiosité eut lieu et d'un petit groupe, il se retrouva entouré d'une foule conséquente qui l'écoutait en silence sur les coups de sept heures du matin. Le poète était émouvant et Pierre ne chercha pas à canaliser son émotion. Personne n'avait jamais entendu cette manière de chanter des textes dont la plupart étaient pourtant connus. Tous admettaient la justesse des mélodies choisies pour épouser l'expression des poèmes. Chacun devait se convaincre qu'il avait bien un poète en chair et en os devant lui, que les poètes n'avaient pas disparu depuis longtemps... si longtemps. Au cours d'une pause, une jeune femme lui demanda de chanter pour les templiers morts hier au village au-dessus de la vallée du Var. Les autres reprirent cette demande et Pierre s'exécuta. Il leur dit qu'il venait déjà de chanter pour eux. Le public ne comprit pas. Pierre rechanta alors le poème d'Aragon dédié à Gabriel Péri : " pour mes amis morts en mai et pour eux seuls désormais... rimes où je sens la rouge chaleur du sang ..." tous se souvinrent avoir entendu exactement cette voix et cette mélodie hier soir aux informations télévisées puis il rechanta le poème d'Eluard : " un homme est mort qui n'avait pour défense que ses bras ouverts à la vie..." Lorsqu'il eut fini, il dit que ces hommes durant la seconde guerre mondiale, n'avaient pour la plupart pas eu d'armes entre les mains lors de leurs arrestations. Les templiers étaient-ils aujourd'hui plus condamnables pour en avoir retenu la leçon et s'être armés ? N'était-ce pas la défense de ces valeurs d'humanité qui est primordiale et si le poète haïssait les fusils, est-ce une raison suffisante pour être écrasé par les premières brutes qui passent par là, le fusil ou le couteau à la main ? La paix ne réclame-t-elle pas la mise de l'épée sous la garde du sacré ?

 Le poète leur indiqua qu'il avait trouvé les réponses aux questions qu'il se posait enfant, sur son rocher dominant la vallée, en face des constructions des hommes. Pour la flèche puissante de grès rouge, au milieu de la plaine d'Alsace, il avait retrouvé le temps des cathédrales, le mouvement des ordres chevaliers, des Templiers et des compagnons bâtisseurs. Il avait trouvé la source locale de ce mouvement sur la montagne qui fait face à la cathédrale lorsqu'une jeune fille décida d'y bâtir une maison de prière pour poursuivre le chemin spirituel qui depuis le Mont Cassin rejoint les temples d'Égypte et Dendérah. Bien avant que des moines ne partent pour fonder Cluny, cette jeune fille avait quitté elle aussi Baume les Dames pour retourner sur les bords du Rhin et convertir son père, le duc d'Alsace, à ce mouvement humaniste dont le vestige le plus visible réside dans la flèche de cette cathédrale. Ensuite, il avait retrouvé la pratique de l'économie de réseaux brûlée sur les bûchers par l'autocratie criminelle d'un roi de France soucieux de conforter sa souveraineté absolue au détriment de toutes entreprises spirituelles européennes sinon déjà mondiales. Il savait maintenant pourquoi sa cathédrale, comme tant d'autres, n'avait qu'une seule flèche. Pour l'enceinte mégalithique du mur païen et son lieu de prière sur le rocher promontoire au-dessus de la plaine, il avait retrouvé les pouvoirs des druides, des celtes initiés, des premiers pharaons et de ces peuples qui ont connu leurs ancêtres à la peau blanche et au sang bleu. Il avait rencontré les descendants de ces ancêtres dans la chaleur lumineuse de la double maison de vie enfouie sous le sable, dans la seule boucle du Nil. Pour le camp de concentration et d'extermination nazi, il avait formé une nouvelle équipe de chevaliers pour forcer l'enceinte des barbelés puis attaquer d'autres camps de prisonniers, instruments de génocide et de purification ethnique, pour s'en prendre à la loi des puissants de ce monde qui, jusqu'à hier, pensaient qu'avec les seules armes issues du travail intellectuel des meilleurs ingénieurs, ils pouvaient continuer à dominer les gens et faire prospérer leurs richesses matérielles et leurs volontés idéologiques fanatisées, sans craindre les forces protectrices du monde double. Pour le temple romain et le lieu de culte et de sacrifices, il avait construit un nouveau savoir assurant la primauté de l'être humain dans toute organisation politique, économique et sociale. La crainte des dieux ne servait plus de fondement aux religions temporelles et à l'exercice du pouvoir par des castes de prêtres abêtis dans leur vision temporelle théocratique. Le pouvoir ne reposait plus sur la seule force des légions et la crainte des dieux mais il se devait de répondre à sa mission d'autorité pour minimiser les violences et garantir la maximisation de la paix sociale. Il avait retrouvé les deux grandes révolutions spirituelles qui tour à tour mirent en place le monothéisme puis la foi des fils de Dieu dans celui qui vit en eux et les délivre de la mort et que depuis celles et ceux qui ont trouvé celui qui vit en eux, appèlent le Christ. Le temple était redevenu l'endroit du Saint des saints, là où reposent les corps charnels de ceux qui oeuvrent dans le monde supérieur et dans le monde double pour faciliter à leurs frères humains, la redécouverte de la parcelle divine qui vit en eux, pour les voir devenir eux aussi des ressuscités à la vie éternelle dès leur vie terrestre. Le sacrifice redevenait l'acceptation de la descente dans les ténèbres pour s'assurer que personne n'y reste et aider les plus démunis à redécouvrir la clarté du puits de lumière, à rencontrer le Verbe, le Christ qui vit parmi eux et qui continue à les appeler. Ce matin, sur le sable rouge de l'Esterel, ces réponses façonnaient un monde nouveau proposé à tous sur Internet et les intranets de leur mouvement. Jamais, au cours de l'humanité, ce choix ne s'est produit d'une manière aussi claire, n'a été transmis par une information aussi mondiale, ne s'est présenté à tous dans le même temps, la même heure... n'a été défendu par les mêmes armes que celles de l'adversaire, cette fois sans aucune infériorité. Au contraire, une épée plus étincelante s'est forgée dans les mains des chevaliers. Éliminer toutes les loges présentes dans les différentes armées des États, n'était plus envisageable pour les dirigeants actuels. Maniant le sacré, les chevaliers pouvaient même faire en sorte que le combat désespéré des dirigeants actuels s'accrochant à leurs pouvoirs délétères, ne s'achève pas dans un bain de sang mais plutôt par la remise en question et la conversion de la plupart. Les forces du monde double servent aussi à ce changement là... Laurie lui fit signe de se calmer, de reprendre ses chansons sans quoi il donnerait prétexte à la police pour intervenir. Le public partagea les idées du poète pourtant il refit silence quand Pierre l'invita à écouter des poèmes d'amour. Il chanta Ronsard, Apollinaire, Verlaine, Aragon, Eluard. 

Gérard arriva sur le bord de la promenade et désigna Pierre aux policiers. Ces derniers regardèrent interloqués le chanteur assis sur le sable au milieu de la foule. Ils demandèrent à Gérard s'il ne se moquait pas d'eux. Visiblement ce chanteur des rues était un complice de ce clochard-ci et les deux allaient finir en garde à vue pour outrages à la force publique. Gérard insista puis se fit moins assuré car il venait d'apercevoir Laurie parmi les premiers rangs du public. Trois hommes aux lunettes noires s'approchèrent des policiers pour confirmer que le chanteur était bien l'homme recherché. L'un d'eux sortit de sa veste une photo de Pierre en costume de ville. Il se présenta comme détective privé mais Gérard comprit de suite qu'il s'agissait d'un des mercenaires chargés de tuer les meneurs de leur groupe. L'autre homme tendit un papier au responsable des policiers qui blêmit devant la gravité de l'information. Les trois hommes exigèrent que les policiers descendent sur la plage se saisir de Pierre. Gérard vit s'approcher d'eux les trois templiers chargés de la protection rapprochée de Pierre et il prit peur. Il voulut partir mais l'un des trois hommes aux lunettes noires le serra par le bras pour qu'il ne bouge plus. Laurie avait tout vu mais elle ne dérangea pas le poète. Il devait continuer de chanter. Les policiers écartèrent le public et firent lever le chanteur. Pierre ne résista pas, il rendit la guitare au garçon. Le public réagit en entourant les policiers. La plupart avaient compris que le chanteur n'était pas un voyou, un drogué mais un véritable poète aux propos dérangeants. La police avait-elle écouté ce qu'il avait dit sur les templiers ? Le public sembla admettre que c'était là, la cause de l'arrestation du chanteur et en remuant, les gens bousculèrent les policiers. Les deux hommes aux lunettes noires descendirent sur la plage et violemment frappèrent des gens pour libérer les policiers. A bout d'arguments, les deux hommes sortirent des pistolets pour menacer le public. L'un tira en l'air tandis que l'autre s'empara du poète

 Pierre, quitta la plage, se retrouva encerclé par les trois hommes qui avaient braqué leurs armes sur lui. Laurie comprit qu'ils cherchaient à le tuer sous couvert d'une bavure policière. Elle n'eut pas le temps de crier que déjà les trois templiers attaquaient les hommes aux lunettes noires et maîtrisant parfaitement le close combat, ces derniers désarmèrent les trois mercenaires, prirent leurs papiers et après leur avoir enlevé les lunettes, l'un des templiers prit leurs visages en photo. Les policiers tardèrent à réagir. Les templiers en profitèrent sous la menace de leurs armes pour subtiliser l'armement des policiers qu'ils jetèrent dans une voiture garée à proximité. Gérard intervint pour s'opposer devant les chevaliers. Ceux-ci connaissaient Gérard et ils acceptèrent de lui obéir. Pierre était toujours maîtrisé par un des hommes en noir. L'un des templiers montra aux policiers et au public la croix templière sur son épaule gauche et menaça la police ainsi que Gérard, de représailles si la vie de Pierre était mise en danger. Les trois mercenaires jurèrent que leur organisation allait tuer Pierre. Des renforts de police arrivaient et les trois templiers durent fuir avec leur voiture. Gérard comprit que Pierre avait cette fois-ci échappé à l'assassinat mais qu'il n'échapperait pas à la prochaine occasion qu'ils auraient de le tuer. Les mercenaires auraient sa peau et la police n'y pourrait rien. Il comprit alors son erreur et se précipita auprès de Laurie pour pleurer sur son épaule. Il regrettait amèrement son geste et demanda pardon. Laurie l'écarta et s'en alla. Elle ne tenait pas à être distraite dans sa quête. Pierre avait accepté de se livrer pour prendre sur lui la responsabilité de sortir leur groupe de cette situation inextricable. Demain, il défendrait les valeurs non plus de leur entreprise mais les valeurs tout court de l'amour et de leur source divine. Il leur dirait qu'il ne cherchait pas à conquérir un pouvoir temporel mais simplement à faire vivre le véritable amour entre les uns et les autres. Que le combat entre soldats est une chose mais que le combat de chacun pour faire croître en lui le temple où brille la lumière de son éternité est plus important. Que ce combat ne s'entretient pas avec de l'argent mais avec de l'amour. Et quand Pierre parlerait d'amour, il penserait à elle... elle qui gardera intact leur lien spirituel au-delà de l'amour et qui le fera revenir au milieu d'eux. Tout cela n'avait rien à voir avec les idées de Gérard et du moment que l'adversaire avait juré la perte de leur mouvement, l'initiative de Gérard importait peu, elle ne valait pas ses remords tardifs ! Elle rencontra un touriste qui avait filmé toute la scène et lui proposa l'achat de sa cassette contre une somme conséquente. Le touriste surprit et alléché par l'offre céda la cassette. Elle vit encore Pierre monter en recevant des coups dans le fourgon de police. 

Calmement, par les petites rues du centre ville, elle alla rejoindre Françoise. Heure après heure, elle allait appeler Pierre jusqu'au moment où il entrerait en contact avec elle. Ensuite, elle préparerait le groupe réuni dans leur club de Baden ou dans la ferme des Vosges du nord au retour parmi eux de Pierre. Ensuite le groupe se disperserait. Romain et Claudine resteraient auprès d'Anke, Frantz, Sepp, Werner, Barbara, Sandra, Patrick, Carine, Martha et les autres. Avec Dan, elle irait aux States et tout recommencerait comme cela avait le cas au cours de l'histoire jusqu'à ce que ce système de domination du monde change radicalement ses objectifs et serve à nouveau la primauté de l'être humain... La lutte du bien contre ceux qui préfèrent se trouver des excuses en croyant au mal plutôt que de minimiser leur propre violence... L'histoire de celui qui arrivé au bout de son chemin spirituel, doit lutter et succomber face aux incroyants avant que sa mort ne puisse plus être comprise que comme une résurrection, l'éternelle histoire de...  Elle sut qu'elle n'irait pas avec Claudine et Romain délivrer Pierre à l'aide des pouvoirs du monde double. Ces pouvoirs, ils venaient de les utiliser durant les combats. Ces combats étaient finis et ils avaient eu la victoire. Le sort de Pierre ne pouvait pas la remettre en cause. Elle savait qu'elle devait le laisser achever son chemin humain de poète et s'il revenait, elle savait qu'elle serait la première à le toucher, à l'embrasser et pour que d'autres la croient, elle décida de rester avec Françoise et les autres. Ensemble ils le reverraient puis ils pourraient poursuivre leur propre chemin sur cette Terre et oeuvrer à de nouveaux réseaux de vie.

Laurie traversa le jardin du Prado. Elle pensait aux enfants de Pierre. Les fillettes viendraient aux States aussi souvent que possible et elle serait pour elles une deuxième maman. Dan pouvait faire un deuxième papa fort présentable aussi... Elle vit au bout de l'allée, accroché au portique qui soutient les lauriers roses et blancs, qu'un homme venait de se pendre. Elle n'eut pas besoin de s'approcher pour reconnaître le corps de Gérard. Elle ne lui en voulut pas. Il avait été lui aussi jusqu'au bout de son chemin et dans sa mort, il restait encore fidèle à leur mouvement. Il avait comme les autres signé l'article qui prévoyait la mort pour les traîtres et jusqu'au bout, il avait respecté leur règle puisqu'il s'était considéré comme un traître. Laurie prit son téléphone portable pour appeler Dan et lui dire de venir avec Jacques et des chevaliers récupérer le corps de Gérard. Elle alla demander de l'aide à des hommes pour décrocher le pendu en leur disant qu'elle avait prévenu la police. Vingt minutes plus tard, Jacques arriva et ils chargèrent le corps.

 Enfin à nouveau seule, Laurie monta la rue pour rejoindre Françoise et prier avec elle dans l'attente du retour de celui qui les avait tant aimées.


FIN DU ROMAN

 

la suite de l'histoire, chaque lecteur peut se la raconter selon sa foi dans ce qui vit en chacun de nous. Le procès du poète peut se présenter selon le dialogue suivant. Son retour après sa mort est rendu vraisemblable et certain à la fin du roman. Le développement du mouvement peut se comprendre selon l'exemple des premières communautés chrétiennes qui diffusèrent cette seconde révolution spirituelle qui vient compléter et achever la première : l'instauration du monothéisme qui mit fin aux cultes des dieux et demi-dieux à la suite de l'intervention dans l'espèce humaine d'êtres vivants venus d'une autre planète. La transposition de cette histoire dans notre époque liée à Internet n'est pas difficile... chaque lecteur peut construire la suite de cette évolution de notre monde.

Depuis la lettre de Michel Breton qui me proposait la publication du recueil "Illuminations " que j'avais écrit en 1986, cent ans après les  " Illuminations " de Rimbaud, depuis mon refus pour plutôt utiliser ce texte comme base d'un roman dans lequel je voulais raconter l'évolution d'un poète après son initiation et une manière de le voir changer la société autour de lui, depuis ces premières pages écrites ces quelques soirs dans la chambre du campus de mon entreprise à Jouy en Josas , depuis les encouragements de Christian Bourgois, le premier éditeur qui prit connaissance du manuscrit, qui me demandait de finir ce roman  et un dernier effort d'écriture car il en valait la peine, depuis les refus polis mais non décourageants du Seuil qui avait lu mes manuscrits précédents puis du Cerf qui ne voulut pas se prononcer sur les questions spirituelles et religieuses abordées dans le roman, ce manuscrit " D'Éleusis à Dendérah, l'évolution interdite " est maintenant complètement diffusé en ligne sur le web.

C'est à chaque lecteur de franchir la porte de son initiation, de découvrir en lui des instants de la vie d'après la vie humaine qui lui donneront ses raisons de vivre et de mourir. Le chemin d'Éleusis attiraient la plupart des gens cultivés autour de la Méditerranée jusqu'en l'an 320 après Jésus-Christ lorsqu'il fut interdit par le pouvoir de Rome : trop de chrétiens des premières communautés chrétiennes s'y rendaient et le savoir initiatique n'a jamais accepté de se plier sous des dogmes et des utopies créées pour défendre des systèmes de pouvoir civils ou religieux. Le chemin de Dendérah, plus ancien, attira lui aussi bon nombre de postulants à l'initiation la plus élevée : l'empereur Auguste s'y rendit et parmi les disciples de ce temple qui enseignaient les mystères de l'Apocalypse, nous pouvons y compter Jésus puis Jean, Antoine, Pacôme et les autres. Il y a le chemin qui mène à la porte de Tiahuanaco comme le sentier qu'enfant je montais pour aller à la porte des pierres au jardin des fées. Ces chemins sont par milliers, millions et c'est en y marchant que nous évoluons... bonne évolution aux internautes qui passent par ces pages, je leur souhaite de trouver ces instants de vie d'après la vie humaine durant leur existence terrestre selon leur désir d'être vivant, de vivre en connaissant la vie pour la transmettre avec amour et vivre ainsi encore plus pleinement nos raisons de vivre.

Pierre

 

                      

            

la première décorporation     une technique de décorporation  

 la deuxième décorporation       la transfiguration

le développement spirituel

Dendérah : les photos    l'animation Flash