LES DÉBUTS DU CLUB
Nous
étions début novembre. Le groupe avançait dans son entreprise. Sandra avait dégotté
un club qui était à vendre à Weinheim près de Francfort. L'activité
traditionnelle des quelques clubs de la ville avait laissé s'essouffler une
clientèle d'hommes toujours en quête de nouveauté et d'une ambiance gentille
et accueillante. Une occasion de se positionner par une offre différenciée se
présentait ainsi avantageusement pour le groupe. Dans deux semaines aurait lieu
l'ouverture et Anke mènerait le spectacle qu'ils avaient intitulé " Émotions
". Depuis le premier week-end de Baden-Baden, ils se rencontraient toutes
les deux à trois semaines. Pour faire suite à l'invitation de Patrick et
Carine, ils avaient décidé d'entreprendre une tournée en passant chez chaque
couple. Frantz avait eu un peu de mal à mettre cette organisation au point à
travers ses entretiens téléphoniques avec chacun des six autres couples. Se
retrouver de suite à Karlsruhe ne leur parut pas être la meilleure formule et
après avoir eu l'acceptation de Pierre, ils fixèrent le lieu de leur second
week-end à Strasbourg. Pierre et Frantz décidèrent de l'hôtel où les sept
couples seraient logés. Ils réservèrent une chambre supplémentaire pour
Christine qui allait s'occuper des enfants. Frantz décida pour tous et fixa la
contribution de chaque couple à la moitié du prix d'une soirée et d'une nuit
passées chez Amadeus. Le restant des frais serait payé en puisant dans le
capital de leur entreprise. Ils n'abuseraient ni des sorties au restaurant ni
des soirées dans des endroits chics et chers par contre le couple qui recevait
dans sa ville devait leur faire visiter son domicile. Sur ce point, l'initiative
de Dominique de recourir à une pédagogie du questionnement les incita à prévoir
que le couple hôte serait soumis à une heure de questions libres sur tous les
thèmes imaginables. Cette séance se déroulerait au domicile du couple et tous
les participants devaient se mettre nus. Ce même couple devait organiser une
heure de prière individuelle et commune dans une chapelle ou une église où le
groupe serait seul. Il y avait lieu de préférer un lieu retiré voire à
l'abandon. De même, une rencontre avec des gens plongés dans la misère, les
injustices, les atrocités présentes ou passées était prévue de manière à
ce qu'ils gardent bien présente à l'esprit la finalité ultime de leur
entreprise. Gérard, en reprenant une autre idée de son épouse, précisa au
groupe que l'organisation de ces week-ends devait en fait s'inscrire dans une véritable
pédagogie de projet. Enfin, à une question insistante de Sepp, Frantz réussit
à réunir une majorité de voix pour décider que s'il y avait des moments
d'intimité sexuelle, ceux-ci auraient lieu exclusivement à l'extérieur de l'hôtel
ou du domicile du couple hôte. Chaque couple était libre d'organiser ou non de
tels moments dans un lieu insolite de son choix mais ce n'était pas
obligatoire. A force d'échanges d'appels téléphoniques avec Frantz, cette ébauche
de règlement interne allait être bouclée quand Anke se réveilla pour exiger
que deux heures par week-end soient réservées à l'entraînement au spectacle
qu'ils devaient animer dans leur nouveau night-club.
Durant
le week-end à Strasbourg, Françoise et Pierre les avaient faits sortir dans
les quartiers touristiques. Sur la place Kléber, Pierre les invita à quelques
minutes de méditation devant le monument au général, l'architecte ami de
Bonaparte avec lequel il reçut l'initiation la plus élevée dans la grande
pyramide de Kheops avant de diriger la loge Isis en Égypte. Ils avaient soupé
chez Yvonne, derrière la cathédrale. Évelyne leur avait montré son bureau
qu'elle occupait ces derniers temps au Parlement Européen et le dimanche, par
Obernai, ils étaient monté au Mont Saint-Odile puis Pierre avait tenu à leur
montrer le camp d'extermination nazi du Struthof. Ils avaient prié dans une
petite chapelle isolée au milieu des vignobles du côté de Barr où ils
avaient déjeuné. Durant l'après-midi, ils avaient été visiter la vieille
usine de filature que Patrick et Carine se proposaient d'acheter pour leur
propre club. Malgré le fait de son implantation au bout d'une rue d'un petit
village vosgien, le groupe émit un avis favorable pour soutenir l'initiative.
Patrick avec ses indemnités de départ de l'armée et l'aide d'amis pouvait
financer directement la moitié du projet. Le club financerait l'autre moitié
à charge pour Patrick de racheter petit à petit cette part à travers les
services que ce club rendrait à leur entreprise. Tous, Patrick y compris,
admirent que ce club ne pouvait servir aux sympathisants que d'un lieu pour une
première rencontre avec leur mouvement car la proximité trop proche du village
interdisait certaines activités. Ce club servirait de lieu de recrutement et de
prise de contact avec des futurs membres venant de la région bourgogne et
lyonnaise, du grand est ou du nord et ne parlant pas l'allemand et pas assez
d'anglais pour être à l'aise dans les deux autres clubs en Allemagne. Aucun
projet d'extension n'étant possible, Patrick convint qu'il laisserait la gérance
à ses amis et que le plus souvent il participerait avec Carine aux activités
des deux autres clubs de leur mouvement.
En
fin d'après-midi, ils se rendirent au domicile de Pierre et de Françoise. La séance
de questions avait porté tout d'abord sur des sujets conventionnels : comment
Pierre et Françoise s'étaient rencontrés, comment s'aimaient-ils aujourd'hui,
qu'est-ce qu'ils pensaient transmettre à leurs enfants. Bientôt le feu des
questions roula sur ce que Pierre attendait de leur entreprise. Comment
pensait-il exploiter et leur faire partager ce don d'interroger les morts, de célébrer
sans complexe le mystère de la transsubstantiation du pain et du vin en corps
et sang du Christ. En guise de réponse à l'une des questions, il leur
distribua des exemplaires de son recueil de poésie datant de son adolescence.
Werner et Laurie le mettaient sous pression en le harcelant pour savoir si, avec
de telles idées en tête, il se sentait bien dans son métier de gestionnaire
des ressources humaines, si cette anachronisme entre ses idées et la politique
qu'il souhaitait mener, n'allait pas lui jouer de vilains tours dans sa vie
professionnelle et s'il n'avait pas tout intérêt à devenir rapidement lui
aussi un permanent de leur entreprise. Pierre qui esquivait cette question, fut
sauvé par le gong. L'heure s'était écoulée et ils ne surent pas ce que le poète
allait faire au niveau professionnel. Le groupe admit que vu le peu de temps que
Françoise et Pierre avaient eu, la visite du Struthof pouvait être validée
sur le plan d'une intervention sur le sujet de la misère, des injustices, des
atrocités. L'entraînement dirigé par Anke au domicile de Pierre et Françoise
ne débuta pas vraiment. Mis à part Frantz qui avec son passé aurait eu du mal
à se défiler, aucun homme ne se voyait nu sur la scène de leur night-club même
pour gagner son propre argent. Par contre, ils discutèrent longuement pour
convenir que la différenciation de leur positionnement consistait bien à
offrir à un public limité des moments d'émotions intenses propices à éveiller
chez lui une remise en cause de son comportement vis à vis du sexe, de l'amour,
de sa propre identité d'être humain. Il fallait surtout avoir une méthode
sure pour animer les rencontres et éviter que les gens ne restent les uns en
face des autres murés dans un silence catastrophique, ce qui arrivait souvent
dans des clubs qui débutaient. La démonstration du Friedrichsbad restait présente
dans leurs têtes et à la fin de ces deux premières heures d'entraînement,
ils en étaient arrivés au point de dire que les soirées au night-club
pouvaient servir de lieu d'information voir de sélection pour une autre
rencontre dans un cadre plus adapté : le Friedrichsbad pourquoi pas, une gravière
sauvage le long du Rhin, une île sur le Rhin, une clairière au bord d'un
ruisseau. Anke acheva ce recensement en citant le manège du château de celui
qui dirigeait le club des anciens mais l'heure venait de sonner et ils
interrompirent la séance. Dominique et Gérard prenaient note et synthétisaient
les débats. La suspicion du groupe envers eux se dissipa très vite devant la
qualité de leurs restitutions et chacun prit conscience de l'intérêt de la démarche
pédagogique qu'ils instillaient dans leur entreprise. Les professeurs se réjouissaient
de l'activité de leurs grands élèves, ce qui les réconciliait avec leur métier
! Dans l'ensemble ce week-end à Strasbourg fut jugé positif et constructif.
L'exemple étant donné, chaque couple put organiser plus aisément son
week-end. De leur côté, les enfants avaient visité également la vieille
ville ; ils étaient allé à la piscine et à un spectacle de théâtre pour
jeune public. Christine avait commencé avec eux un apprentissage du
micro-ordinateur, aidée sur ce plan par les plus grands qui pratiquaient déjà
cet outil dans leurs écoles. Évelyne leur avait donné cinq heures de cours de
langues en français, allemand et anglais et ils commençaient à mieux
dialoguer entre eux.
Au cours des week-ends suivant à Bâle, Mannheim, Nancy, Pirmasens et Karlsruhe l'organisation initiale fut maintenue et elle permit un riche assemblage de données sur les quatorze membres de leur entreprise. Ils collationnèrent également bon nombre de questions restées depuis en suspens. La première concernait la rupture totale ou partielle avec leurs activités professionnelles. Gérard et Dominique qui pouvaient demander une mise en disponibilité d'une année n'envisageaient pas pour le moment de s'investir à temps plein dans l'entreprise et chacun dut respecter ce choix sans leur poser d'autres questions. Ils venaient de régler un problème déjà épineux pour leur assiduité. En tant que professeurs ayant de l'ancienneté, ils avaient réussi à faire en sorte que le proviseur adjoint de leur lycée ne leur donne plus de cours le samedi matin. Ces heures ainsi que celles du lundi matin dont personne ne voulait, par tradition, étaient dévolus aux stagiaires ou aux moins anciens. Par contre, leur garçon de quinze ans allaient avoir cours les samedis matin. Début septembre, en catastrophe, ils décidèrent donc de l'inscrire dans une école privée où les élèves n'avaient jamais cours les samedis matin, ceci pour favoriser leur vie de famille. Déjà, ils devaient éviter de parler de ce sujet avec leurs collègues enseignants bien qu'ils se doutassent qu'une bonne partie de ceux-ci en faisaient autant. Le groupe apprécia à son juste niveau cet engagement, notamment quant à ses incidences financières regrettables sur le budget du ménage de Gérard et Dominique. Frantz et Anke se demandaient si pour la première année, ils ne devaient pas revoir leurs ambitions commerciales à la baisse et n'ouvrir le club que les week-ends avec l'aide des trois couples qui à Baden-Baden s'étaient déclarés partants pour un temps plein. Chaque week-end, cette question était reprise mais une solution n'émergeait pas de leurs discussions. Ils firent peu l'amour ensemble . A Bâle, Werner, le samedi après-midi, leur fit visiter l'unité de production chimique et une partie des laboratoires de contrôle et développement de sa ligne de produit dans son business team. Pierre, devant ces automates programmables que les ouvriers commandaient en appuyant de leurs doigts sur les écrans tactiles des postes de contrôle, insista pour leur faire prendre conscience qu'ils vivaient dans une société où pour la première fois la machine était capable de se prendre quasiment en charge elle-même et que donc, son développement était arrivé au point de remplacer une bonne fois pour toute l'homme de production. Werner leur expliqua que ces installations avaient été mises en route entre 1985 et 1990 et depuis les effectifs sur ces plates-formes avaient été divisés par trois, sachant que du tiers restant, la moitié environ avait été mutée dans des secteurs moins techniques et remplacée par de jeunes techniciens aux diplômes plus élevés. Depuis la mise en place de cette organisation humaine, il n'y avait plus eu d'embauche et si ces équipes rajeunies restaient en place, les premières embauches pour combler les départs en retraite auraient lieu dans 10 ans au plus tôt. Werner ajouta que dans dix ans, il n'était pas évident que de tels investissements se fassent encore en Europe. Lui et ses collègues se battaient chaque jour pour que l'usine demeure mais l'incertitude économique au niveau mondial ne garantissait pas cet avenir. Les deux professeurs s'atermoyèrent sur ces perspectives mais ils ne purent démentir le manager de l'industrie.
Dan
leur fournit aussi une occasion de s'interroger en les invitant, lors du
week-end à Pirmasens, à revêtir des treillis, des casques et à monter dans
les deux hélicoptères Huey qu'il avait fait venir du club des collectionneurs.
Cet exercice paramilitaire en choqua plus d'un mais lorsqu'ils visionnèrent le
soir les cassettes vidéo que Laurie et lui avaient ramenées de
l'ex-Yougoslavie ainsi que certaines cassettes tournées avec les malades de la
psychologue, ils durent mettre en sourdine leurs réactions primaires pour se
convaincre que les méthodes non-violentes avaient leurs limites hors d'un
certain contexte et que trop de victimes mouraient faute d'avoir pu se défendre
convenablement. L'esprit muni de la foi la plus pure ne pouvait pas tolérer les
exactions impunies du sabre. Il fallait ranger le sabre sous la garde de
l'esprit. Laurie poussa la question plus loin encore en les invitant le dimanche
après-midi à rencontrer au cours d'une promenade, certains de ses patients
quasiment remis sur pied et qui étaient sur le point de regagner leurs familles
aux States. Ces personnes étaient maintenant capable de parler de leurs
souffrances et de militer pour alerter l'opinion sur les atrocités des tyrans
et autres seigneurs de guerre ou de gangs qui couraient de par le monde. Cette
rencontre dans la forêt palatine les marqua profondément et ce week-end là,
avant de se quitter, ils se posèrent la question de savoir s'ils étaient ou
non appelés à devenir des chevaliers pour combattre les seigneurs de guerre,
de haine et de misère ou si , au contraire, comme ces blessés revenus des
tortures et de la mort, ils n'étaient plus capables que de disparaître dans
l'anonymat de la foule pour mesurer à propos ces instants rescapés de leur
vie. Impressionnés, ils le furent également quand un autre samedi après-midi,
Sepp leur montra la grande salle de suivi des satellites de l'E.S.O.C. à
Darmstadt où il travaillait. Il leur expliqua simplement où en étaient arrivées
les technologies de l'espace et ce que lui attendait des prochains progrès au
niveau des télécommunications de manière à vivre davantage dans la clarté
les faits significatifs qui modifient notre environnement. L'ingénieur réclamait
la mise en place de moyens nouveaux pour assurer la liberté d'information sur
ce qui concernait la planète malgré l'emprise de certains intérêts prospérant
grâce à la loi du silence. Les séances d'entraînement d'Anke se mirent
progressivement en route ; toutes les femmes y participèrent d'abord, puis les
hommes attirés par le côté érotique de l'affaire, y souscriront également
mais ils ne voulaient toujours pas monter sur scène dans le club... par contre
participer à d'autres animations lors de rencontres en pleine nature ne leur
posait plus de cas de conscience. Les enfants avaient visité le lieu de travail
de Sepp, étaient montés dans les hélicoptères et ils étaient tenus au
courant de ce que faisaient leurs parents. Les plus grands récoltaient
d'excellentes notes en langues depuis qu'Evelyne et Laurie les aidaient à préparer
leurs devoirs. Dominique et Gérard n'étaient pas mis à contribution par les
enfants car s'adapter aux programmes suisses ou allemands n'était pas leur
priorité. Il arrivait parfois à ces écoliers du week-end, de dormir en classe
les lundis. Dominique et Gérard avaient été les premiers alertés par des
collègues sur le fait que leurs enfants avaient grandement changé, pris de la
maturité et une profondeur de réflexion nouvelle. Bientôt d'autres couples
rapportèrent les mêmes remarques : leurs enfants travaillaient plus et mieux,
souvent en dehors des programmes de leurs classes comme s'ils poursuivaient
maintenant une ambition plus forte comme un adulte peut le faire. Le groupe
s'interrogea sur ses propres changements. Frantz les mit rapidement d'accord :
ils avaient déjà dépensé 6 000 Euros ! Après avoir écouté Sandra répéter
le budget prévu pour le démarrage de leur night-club, ils constatèrent que ce
problème ne pouvait plus être éludé. Ils devaient passer à l'action ou
s'arrêter.
LE CLUB DE WEINHEIM
Ce
premier vendredi soir, jour de l'ouverture, les derniers du groupe arrivèrent
vers 21h30, une demi-heure avant l'ouverture du night-club. Les sept couples étaient
là. Sandra était passée dans la région coller des affiches et distribuer des
tracts publicitaires. Elle avait payé une radio locale pour diffuser quelques
spots radiophoniques. Avec Sepp, c'étaient eux qui étaient les plus proches de
la région de Francfort et elle s'était acquittée avec bonne volonté de ces démarches.
L'agencement précédent du night-club avait été conservé tel quel pour le
moment et dans la joie de se retrouver, ils attendirent leurs premiers clients.
Une heure plus tard, un jeune homme timide poussa la porte d'entrée et voyant
la scène déserte et un groupe devisant joyeusement autour du bar, prit le
parti de fuir. Laurie, la première, mesura la situation. Elle interrompit leur
discussion, annonça la nouvelle au groupe que leur premier client venait de
s'enfuir ! Anke décida sur le champ d'aller rattraper ce jeune homme et avec
Laurie, elles coururent dans la rue à sa poursuite. Elles n'avaient pas changé
de tenue et étaient habillées comme pour se rendre à leur travail quotidien.
Après quelques minutes, elles revinrent avec le jeune homme en question. Sepp
le mit à l'aise en lui avouant qu'ils attendaient leur premier client pour
ouvrir la première bouteille de champagne et qu'il avait droit ce soir à une
entrée gratuite et que tout ce qu'il ferait serait gratuit. Le jeune homme ne
comprenait pas. Sandra le questionna : il avait dix-neuf ans, habitait le
quartier et revenait du cinéma où il avait accompagné une de ses camarades d'études.
Sa curiosité l'avait poussé à entrebâiller la porte car il avait vu
l'affiche dans la vitrine et avait été attiré par son message équivoque. Les
femmes du groupe avaient fait cercle autour de lui. Werner vint au secours du
jeune homme. Lui était-il possible de joindre sa petite amie pour l'inviter à
finir la soirée avec eux ? Elle vivait dans un studio pas très loin et il était
possible de lui téléphoner mais elle n'était qu'une camarade d'études... visiblement
il ne l'avait jamais embrassée ! Sandra lui mit le téléphone entre les mains
et elle intervint dans leur conversation pour présenter le club. La fille hésitait
et Sandra décida que Frantz, Anke et le jeune homme iraient la chercher séance
tenante. Ce fut ce soir là leurs seuls clients et ils décidèrent d'agir comme
si ce jeune couple venait les rejoindre dans leur groupe. Vers une heure du
matin, ils fermèrent la porte d'entrée. Anke, retrouvant ses galons de
capitaine de girls, décida de célébrer une danse initiatique primitive d'une
part pour se défouler devant l'échec relatif de leur ouverture et d'autre part
pour appeler à travers leurs invocations magiques les futurs et nombreux hôtes
de leurs prochaines soirées. Le jeune couple entra dans la danse et plus tard,
sans comprendre ce qui lui arrivait, il se retrouva entre Sandra et Sepp, Frantz
et Anke, en train de suivre exactement leurs moindres gestes. Les deux couples
se mettaient à faire lentement et tendrement l'amour. Les soupirs commençaient
à se faire entendre, le jeune homme et la fille dépassaient leur inexpérience
pour découvrir toute la magnificence du partage de l'amour entre eux et parmi
les autres. Les trois couples s'épuisèrent jusqu'à s'endormir de fatigue et
les autres se retirèrent dans les chambres du haut pour y dormir également sur
des lits pliants de fortune. Le lendemain matin, au petit déjeuner, ils rirent
de l'embarras du jeune homme qui allait devoir expliquer à ses parents qu'il
venait de découcher. Il dut admettre que ces derniers temps, il avait souvent rêvé
de pouvoir aimer sa petite amie et que maintenant que c'était fait, et devant témoins,
il n'avait aucune raison de s'en plaindre. Mais cette concrétisation de son rêve
avait été très rapide, trop rapide ! La fille ne voulut pas s'en plaindre et
la libération de ses pouvoirs féminins lui donnait une maturité nouvelle
qu'elle appréciait à sa juste valeur. Lui pouvait continuer à l'aimer et
s'ils voulaient déjà vivre ensemble et ne plus se séparer, le club pouvait
les aider : ils n'avaient qu'à venir les week-end servir le champagne et plus
tard, ils pouvaient participer à l'animation du club, se produire en spectacle.
Anke leur expliqua comment devait se dérouler une soirée " normale "
et quel était le but de leur entreprise, sa dimension culturelle et
spirituelle. Frantz énuméra les distinctions fondamentales entre leur
entreprise et une quelconque secte, il souligna l'originalité de leur démarche.
Il se fit suffisamment convaincant pour que le garçon et la fille décident de
revenir dès le soir suivant pour les aider à tenir le bar. Le groupe battit la
campagne toute la journée du samedi pour diffuser l'annonce de l'ouverture de
leur club et le soir, dès l'ouverture, les groupes de jeunes furent plus
nombreux à se presser à l'entrée.
Sepp
put enfin tester sa machine électronique à gérer les questions et les réponses.
C'était leur arme pour favoriser à coups sûrs le dialogue et les rencontre.
Avec l'aide de Pierre et de Frantz, il avait réussi à louer une vingtaine de
poste Minitel à Strasbourg qu'il avait relié à un micro-ordinateur serveur de
ce réseau de messagerie. Les écrans Minitel avaient l'avantage d'être moins
volumineux que les écrans classiques. A l'aide d'un projecteur vidéo, il
pouvait projeter sur grand écran l'image de son écran de contrôle. Dès les
premiers bénéfices du club, le projecteur vidéo serait acheté et non plus
loué. Sepp avait défendu son idée par rapport à une utilisation de téléphones
de tables en tables moins onéreuse. L'avantage en effet de cet équipement se
trouvait dans la possibilité d'étudier minutieusement leur clientèle.
L'archivage automatique de tout ce qui passait sur les différents écrans, le
module de dépouillage des questionnaires, le traitement lexical pour repérer
les mots clés les plus fréquemment employés permettaient d'avoir rapidement
des informations synthétiques sur les motivations, les désirs, les fantasmes,
les réactions sociologiques voire politiques de leur clientèle. Laurie s'était
emparée de cet outil et la psychologue n'avait pas son pareil pour sonder les
esprits, suggérer, inviter insidieusement à l'action. Gérard dirigeait la rédaction
des questionnaires et l'étude de ces consommateurs, points figurant à son
programme d'enseignement dans son lycée. Bien entendu, on dansait, on chantait,
le piano ne cessait de jouer et quelques filles puis quelques couples enlevaient
leurs vêtements mais tout ceci se faisait par des acteurs spontanés qui
acceptaient de sortir de l'anonymat du public. Sur l'écran s'affichait le
pourcentage de personnes qui voulaient danser, écouter de la musique douce,
discuter sur un thème choisi, participer à un moment érotique, voir la fille
ou l'homme de telle ou telle table faire ceci ou cela, danser, chanter,
embrasser un partenaire, se montrer nu, etc. Les quelques pièces du local
voyaient ainsi défiler des groupes aux activités variées. Vers deux heures du
matin, alors que personne ne voulait quitter les lieux, Anke se décida avec
Sepp à lancer l'idée d'une rencontre particulière un prochain week-end où
tous les présents devraient participer. L'idée fut acceptée. Ainsi, en une
soirée, l'objectif de leurs rencontres de groupe s'était transmis à ce public
curieux.
Sepp
perfectionna son équipement très sollicité dès la première soirée. Il se
mit avec une ardeur de potache à dessiner des microprocesseurs dédiés aux
fonctions de son installation électronique. Frantz accepta les devis présentés
et les soirées furent davantage encore animée tant la rapidité des
communications résistait à la saturation des liaisons. L'intégration de la
vidéo dans le système électronique permit de créer un espèce de monde
double, virtuel. De soir en soir, aux mêmes heures, 3 séquences étaient
programmées de manière à animer l'ensemble du public.
La
première permettait à un garçon et une fille de se rencontrer par la
messagerie et de décider de passer dans un des trois studio vidéo à l'étage
pour se faire filmer par Barbara, Carine ou Dominique. Le thème de cette séquence
était imposé : les couples, entièrement nus, après avoir pris
obligatoirement une douche, devaient former un 69, la fille devait s'installer
sur le garçon pour faire l'amour une fois de face puis en présentant son dos
et ses fesses au garçon, enfin celui-ci devait la prendre en levrette. L'éjaculation
n'était pas nécessaire mais il est évident qu'elle comptait dans le succès
que rencontrait le couple parmi le public. Pour ce faire, le garçon pouvait
enlever son préservatif et éjaculé sur l'endroit du corps que la fille avait
choisi. Les images étaient remontées pour une durée de 4 minutes avec la
bande son originale et grâce à la retouche d'image sur l'ordinateur, Sepp ou
Werner cachaient à l'aide d'un masque les visages du couple pour les rendre
anonymes ou alors le maquillage leur donnait une autre identité. Le but de cet
atelier était de démontrer images à l'appui que des jeunes qui ne se
connaissaient pas en entrant dans le club pouvaient s'ils se plaisaient
s'organiser jusqu'à partager un réel plaisir sexuel et ce, sans tabous et aux
yeux de tous. Le contact se faisait directement par écrans interposés et
personne n'était capable de deviner quoi que ce soit entre un couple qui venait
de se former ainsi et des images de couples aux visages anonymes qui s'aimaient.
De plus l'emploi de pseudonyme pouvait permettre à la relation de rester sans
lendemain. Chacun était libre de donner la suite qu'il voulait, de s'engager ou
non mais tous étaient tentés par cette manière d'établir une rencontre, de
partager une relation charnelle. Lors de ces soirées là, c'était la seule
possibilité qui étaient offerte pour faire l'amour dans le club ; les autres
salons étaient fermés. Très vite, plusieurs couples se formèrent et leurs
images vidéo en enhardirent d'autres. Il arriva qu'un couple avoue avoir été
tenté d'être filmé dès un vendredi soir pour hésiter encore un samedi soir
pour enfin revenir le dimanche soir et sans que leurs partenaires ne s'en aperçoivent,
s'aimer enfin quelques minutes nus devant la caméra. Ce couple avait tenu à
apparaître non masqué à la fin de la vidéo pour inviter leurs conjoints à
être filmés avec eux dans une prochaine séquence vidéo. Celle-ci eu lieu la
même soirée et les quatre à visage découvert avaient procédé à un échange
de couples devant la caméra tout en respectant les figures imposées. Leur
exemple avait soulevé un certain enthousiasme dans le public et les plus
timides s'étaient remis d'arrache-pied à nouer des dialogues sur le réseau
interne de télécommunications. Les sept couples les meilleurs parmi les quinze
premiers inscrits qui avaient pu passer sur grand écran, gagnaient une douzaine
d'entrées gratuites et les trois couples arrivés en tête lors du vote final
par le public étaient sélectionnés pour une finale ultérieure.
La
deuxième séquence offrait la possibilité à quiconque de se présenter nu
pendant une minute devant la caméra, l'image du corps était ensuite tronquée
de la tête ainsi que des pieds. 20 filles et 20 garçons étaient sélectionnés
par un premier jury issu du public pour passer sur grand écran. Le public
assortissait ensuite les 20 couples. Par tirage au sort, chaque couple recevait
un exercice à exécuter devant la caméra sauf un qui devait se produire sur la
scène, directement devant le public. Anke réglait la mise en scène et préparait
les acteurs. La troisième séquence était plus artistique, une personne ou un
couple ou plusieurs personnes pouvaient s'inscrire pour le prochain week-end et
présenter soit une danse lascive, un sketch de cabaret ou de théâtre portant
sur l'amour ou le sexe, une chanson ou réciter un texte. Une répétition était
organisée le samedi après-midi avant de se produire durant la soirée. Les
artistes amateurs pouvaient recourir à la provocation, au lyrisme, à l'émotion,
rien n'était interdit sauf l'obscénité gratuite. Les acteurs passant dans
cette séquence, outre le fait de recevoir des entrées et des consommations
gratuites pour 12 soirées, étaient rémunérés selon un pourcentage sur les
recettes de la soirée. Ils pouvaient placer toute ou partie des gains obtenus
dans l'entreprise sous forme d'actions. Des voyages sous les tropiques récompensaient
les gagnants qui chaque mois avaient totalisés le plus de points au cours de
ces jeux. Trouver des voyages aux tarifs intéressants ne posait guère de problème
dans ce pays où l'on peut acheter ses billets dans les stations-service routières
ou les maisons de la presse. Dominique et Gérard avaient insisté pour
introduire cette espèce de progression pédagogique entre des clients au départ
anonymes puis se rencontrant par couples jusqu'à former par la suite un petit
groupe capable d'une production artistique pour enfin devenir actionnaires.
Ensuite, ces quelques élus se verraient offrir la possibilité d'entreprendre
une démarche plus spirituelle en compagnie des sept couples fondateurs. Enfin,
chaque soirée se terminait invariablement par l'effacement en public de toutes
les images vidéo. Un jury formé dès le début de soirée surveillait les
activités vidéo et garantissait cet effacement obligatoire. Aucun achat de
cassettes vidéo ou de séquences d'images n'était possible.
Trois
mois plus tard, à travers ces efforts de communication et de fidélisation, le
club avait trouvé son rythme de croisière et plus d'un millier de clients. Près
de 400 couples avaient été filmés dès la fin du deuxième mois. Ce taux de
participation était très encourageant et illustrait à lui seul le devenir du
club. Les participants aux soirées cooptaient de nouveaux membres mais ils ne
voulaient pas transformer le public en une masse de spectateurs anonymes. Le but
était bien de former des groupes, des réseaux d'échanges. La plupart venait
à intervalles réguliers, les mêmes jours aux mêmes horaires de manière à
se retrouver plus facilement et c'était bien entre eux que les jeux de découverte,
de séduction se déroulaient en toute confiance. Une norme semblait s'instaurer
par laquelle à un moment donné chacun devait se trouver une personne avec qui
faire l'amour devant la caméra et montrer l'image de son couple au public. Dans
le public chacun tentait de découvrir qui s'était déjà montré ou non sur l'écran
géant et chaque semaine maintenant, Sepp à l'aide de sa gestion des
pseudonymes certifiés donnait le taux des membres qui s'étaient montrés sur
l'écran. Une règle fut instaurée pour que ce ne soit pas toujours les mêmes
avec des partenaires différents qui monopolisent la caméra. Un mot d'ordre
avait circulé durant le troisième mois pour ne plus coopter de nouveaux
membres mais faire en sorte que tous passent sur l'écran. Lors des deux
derniers week-end, la liste des pseudonymes non encore filmés fut diffusée et
les derniers eurent droit à choisir leur partenaire parmi les couples élus les
fois précédentes. Mis à part un absentéisme résiduel, plus de 90% des
membres s'étaient montrés à l'écran à la fin du troisième mois.
Ce
succès appelait un nouveau développement du club. Reprenant la recette
d'Amadeus, Anke et Laurie avaient déjà mis sur pied une école d'amour qui
fonctionnait le vendredi soir au dessus de la salle du club ainsi que le samedi
toute la journée. Une fois par mois, le vendredi soir à partir de minuit, dans
les caves de l'immeuble qui avaient été aménagées, Anke dirigeait une messe
noire factice réservée à tous les couples qui pouvaient produire une
attestation médicale de séro-négativité. Frantz et Pierre s'étaient
longuement concertés sur les paroles du rite de cette célébration. L'idée
retenue fut d'expliquer que le vocable "messe noire" était utilisé
pour inspirer une crainte aux impétrants. La communion autour du corps d'une
femme très désirable devait s'achever sur la promesse qu'une communion plus
spirituelle était encore plus forte en découvertes et richesses, une fois vécu
le moment crucial destiné à provoquer de l'effroi, de la peur et une
interrogation existentielle toute personnelle. Au cours de la cérémonie et
pour faire plaisir à Laurie, une évocation du tantrisme permettait de
sensibiliser les participants sur le fait qu'ils avaient en eux le pouvoir de
transformer les maux en remèdes, les situations les plus inconvenantes en
source d'énergies primaires bienfaitrices et régénérantes.
Fin
février, ils décidèrent de présenter le bilan de ces trois premiers mois
pour dégager des perspectives de développement. Ils offrirent au public le
plus fidèle de poursuivre leurs activités dans le cadre d'un abonnement
avantageux concrétisé par la remise d'une carte à codes barres portant le
pseudonyme de son propriétaire et qui à terme pouvait se transformer en
actions dans le cadre d'une augmentation de capital du club. Les clients les
plus fidèles furent chargés de choisir les investissements correspondant au
montant de la moitié des bénéfices. Ces derniers décidèrent de réserver
cette somme à la construction d'un nouveau club répondant davantage à leurs
attentes et dont l'idée avait été présentée par le groupe des fondateurs. A
un sondage lancé par Sandra sur la messagerie, ils découvrirent que la majorité
d'entre eux acceptait l'idée de se regrouper dans des bus pour passer une journée
ou un week-end dans ce club s'il était situé par exemple au fond d'un vallon
au pied de la Forêt Noire, près de Baden-Baden. Ils acceptèrent également
l'idée de rencontrer dans ce nouveau club des jeunes français, suisses ou
d'autres pays. Frantz surveillait particulièrement l'évolution de la
composition de la clientèle. Au bout de trois mois, la proportion des couples
ayant plus de trente ans se fit plus forte et les gens venaient de plus en plus
loin. Chaque couple repartait avec un lot de brochures allant de messages les
plus anodins aux messages les plus explicites. En fonction de leurs
interlocuteurs, les clients pouvaient présenter l'une ou l'autre brochure à
leur entourage et ainsi susciter de nouvelles participations. Les militaires américains
commençaient à arriver pour les plus jeunes avec leurs petites amies
allemandes, les autres avec leurs épouses américaines. Cette évolution
rendait nécessaire de nouvelles structures. Werner soutenait de son côté l'idée
de recruter parmi les plus fidèles et les plus participatifs de leurs clients,
l'équipe qui allait gérer le club en dehors de leur présence permanente mais
les autres trouvaient que c'était trop tôt et que tout n'était pas au point
dans ce night-club de Weinheim !
Anke demanda au groupe des quatorze fondateurs, ce qu'ils comptaient faire de l'autre moitié des bénéfices. Elle suggéra que tout n'aille pas dans la construction de ce nouveau club sur le terrain de la scierie récemment acquise. Le mois de mars est encore propice aux sorties de ski en peaux de phoque en moyenne montagne. Elle savait que tous les couples du groupe fondateur faisaient du ski alpin ou du ski de fond mais certes à des niveaux différents. Elle décida de leur acheter un équipement de ski de randonnée ainsi que les vêtements adéquats. Leur première sortie se ferait depuis le fond du val Ferret et ils monteraient à l'hospice du Grand Saint Bernard par ce versant très aérien et délicat. Pour l'équipement des 12 personnes, elle donna un budget prévisionnel de 7 000 Euros. Frantz sursauta ainsi que Sandra. Ce montant était presque équivalent à la totalité des bénéfices de ces trois premiers mois. Mais la prof de gym' ne lâcha pas prise. Ils devaient participer aux activités de la première voie et dès leur réunion de Baden-Baden, tous avaient admis l'intérêt historique de leur première nuit en montagne. C'était bien à partir de ce point de départ sur cette première voie qu'ils avaient le plus de chance d'arriver au terme du voyage sur la troisième voie ! Après ces trois mois éreintants où ils avaient enchaîné travail professionnel et gestion du club les week-end, ils avaient accumulé fatigue et stress. Ils avaient besoin de s'aérer, de refaire du sport et ceci devait passer avant un investissement dans la construction d'un nouveau club. Frantz se rangea de l'avis de son épouse, il respecta l'accord tacite pris entre eux dès qu'il s'agissait d'argent pour donner son avis qui avait force de loi. La moitié de cet investissement en équipement de ski serait prélevé sur les bénéfices dont ils avaient la libre affectation et l'autre moitié du coût de ces équipements, serait pris sur les bénéfices des prochains mois, l'avance de trésorerie étant puisée dans le capital. D'autre part, ce matériel serait rentabilisé par des sorties de randonnées alpines à ski les week-end suivants et jusqu'en juin pour les skieurs les plus expérimentés. Ils devaient penser à créer une offre sur la première voie et l'idée était toute trouvée. Frantz s'avança dans son propos pour assurer que le couple d'amis qu'ils avaient connu étudiants et qui avait une excellente pratique de l'alpinisme et de la randonnée à ski, serait d'accord pour encadrer chaque week-end ces sorties moyennant une rémunération minime dès lors que leurs frais seraient pris en charge par l'entreprise. Enfin, il était intéressant de laisser de nouveaux gérants organiser un week-end la vie du night-club. Comme Anke le disait justement, ils étaient tous à bout, après cet investissement important en temps et disponibilité. Ils devaient pouvoir passer la main et s'occuper de l'édification du vrai club qui était avant tout une communauté humaine pleine d'énergie et d'ouverture sur l'extérieur. Avant de songer à s'ouvrir aux autres, tâche ô combien difficile, ils devaient s'ouvrir sur la nature, sur eux, sur leur dépassement des limites du corps et de l'esprit ! Ils n'eurent pas à discuter beaucoup pour se mettre d'accord sur quelques noms de futurs gestionnaires du night-club. Le temps qu'Anke aille procéder aux achats en Autriche, pays à la monnaie plus faible et aux cours de change plus avantageux et au matériel de ski excellent, qu'ils forment l'équipe remplaçante, qu'ils s'entraînent un dimanche du côté de la Hornisgrinde au dessus de Baden-Baden, cette sortie pouvait avoir lieu dans la deuxième quinzaine de mars.
En rentrant chez eux ce dimanche soir, la plupart convinrent qu'ils avaient besoin d'un peu de liberté et que cette ballade à ski était bienvenue. Toutefois, Dominique avait encore un travail urgent pour Pierre. La professeur de lettres, très intéressée par la fréquentation d'un poète, avait prévu de le faire intervenir un soir lors d'une conférence qu'organisait son lycée. Pierre n'avait qu'à parler de poésie ! La date retenue était le jeudi de la semaine suivante. Pierre, malgré les craintes de Françoise, ne put refuser.