la veuve du lieutenant FFI :
mise à jour le 25/08/04 et le 16/05/2007
remarque du 1/06/2007 : suite à la cérémonie organisée au monument des résistants de la cascade du bois de Boulogne par le nouveau président de la république lors de son investiture, plusieurs personnes ayant été liées à ces évènements tragiques d'août 1944 se sont manifestées auprès d'un webmaster et historien de la libération de Paris avec lequel nous sommes en relation. Ces personnes souhaitent raconter ce qu'elles n'ont pas voulu dire jusqu'ici et elles indiquent qu'elles ont des révélations à faire. Au vu de certaines précisions déjà apportées, certains textes et hypothèses ci-dessous sont erronées. Nous attendons d'autres précisions pour entreprendre une nouvelle rédaction de cette page mais l'essentiel est exacte en ce qui concerne cette veuve et le sort tragique de son mari.
Cette veuve, notre voisine qui habitait deux maisons au dessus de la nôtre, est toujours restée silencieuse et meurtrie après la mort de son mari. Engagé depuis 1942 dans le mouvement Résistance-Fer, lieutenant des FFI, chef de groupe au 1°bataillon du 2°régiment de France, celui-ci participe début août 1944 aux préparatifs de l'insurrection de Paris dont Résistance-Fer avec les mouvements communistes sont les instigateurs. Ceci sans autorisation ni des alliés ni du gouvernement provisoire dirigé par le Général de Gaulle.
les évènements tels que le voisinage a pu les apprendre de cette veuve, sont au départ simples : le groupe commandé par ce lieutenant FFI est chargé de distribuer des armes aux futurs insurgés. Ce jour là, vers le 15-16 août, le groupe revient d'un transport d'armes, sa mission est terminée. Un autre groupe doit partir mais son chef n'est pas là (ou est sans chef ?), le lieutenant Birette en prend alors le commandement et part effectuer cette mission. Ils sont attendus dans un garage par la Gestapo, fait prisonniers, torturés puis sont les derniers fusillés au chêne du bois de Boulogne, près de la cascade.
la version officielle est celle-ci : " Tombé avec une quarantaine de ses camarades dans un piège (le groupe avait rendez-vous Porte Maillot avec un officier anglais qui devait leur livrer des armes pour l'insurrection, en fait il s'agissait d'un agent de la Gestapo qui les conduisit rue des Saussaies), il a été abattu le 16 août 1944 à la Cascade du Bois de Boulogne. "
Sa veuve reviendra au village mais va se murer dans le silence, elle ne parle que pour plaindre son mari victime d'une abominable trahison à quelques heures de l'insurrection libératrice. Elle donne aussi le sentiment que rien n'a été entrepris par la Résistance pour sauver son mari et son groupe, qu'au contraire, il se peut que ces derniers aient été abandonnés à leur sort tragique et ce pour servir des intérêts supérieurs. Ayant reçu une somme d'argent conséquente pour l'indemnisation de la perte de son mari, elle n'était pas à cours d'argent à la fin de la guerre. En 1948, le corps de son mari est enterré au cimetière du village avec les plus grands honneurs militaires et civils. De nombreuses personnalités sont présentes. Cependant un deuxième malheur va frapper cette veuve : leur fille unique va décéder d'une pleurésie attrapée durant la guerre pour avoir passé de longs mois cachée dans des caves humides et froides de Paris. Il semble que cette veuve ait dépensé de fortes sommes pour tenter de sauver sa fille mais malgré l'argent et les médecins, rien n'y fit. C'est probablement là la cause de ce silence et de sa peine puis plus tard d'une certaine gêne matérielle. Les médecins n'ayant pu sauver sa fille unique, a-t-elle ressentie ceci comme une deuxième trahison. Personne n'a pu sauver ni l'un ni l'autre de sa famille.
Depuis nous savons qu'en effet c'est la résistance parisienne en lançant cette insurrection qui a modifié les plans militaires des alliés et que devant les troubles, les massacres commis ou rendus possibles par les troupes allemandes, le général Eisenhower céda à la pression du Général de Gaulle pour autoriser la 2ème division blindée du Général Leclerc à entrer dans Paris au secours des FFI. Pour convaincre l'état-major allié de modifier sa stratégie, la résistance et le gouvernement provisoire de la France Libre ont-ils eu "besoin" de martyrs, de victimes pour mettre les alliés devant le fait accompli ? Est-ce pour obtenir ces martyrs que les locaux de la Gestapo et les endroits où elle fusillait les résistants n'ont pas été les premières cibles des combats ? Que la décision de s'enfermer au coeur de la ville fut prise, laissant le champ libre à un moment tragique aux troupes allemandes afin de mieux légitimer la demande d'aide aux troupes alliées ? Ce serait une raison aggravante pour comprendre cette rancoeur que cette veuve porta en elle jusqu'à sa mort envers les dirigeants français de quelque parti qu'ils soient...
Depuis peu, grâce au travail d'historiens, les circonstances de la mort de 35 jeunes du groupe de la ville de Chelles commencent à être précisées. Nous reprenons ci-dessous les textes parus sur internet de la commémoration de ces martyrs. La trahison du groupe par un agent des services secrets allemands infiltré dans un mouvement de résistance jeune et inexpérimenté ne fait plus aucun doute. Comme il est rapporté ci dessous, un commando de ce groupe se rendit bien dans un garage Rue d'Armaillé dans le 16ème arrondissement de Paris où ils furent capturés. Ceci concorde avec les propos tenus par cette veuve. Dans les textes ci dessous, il est dit qu'il existait une filière d'approvisionnement en armes que les jeunes de Chelles et des villes voisines venaient de découvrir et ils cherchaient à l'utiliser pour s'armer. Cette filière était certainement organisée par un mouvement de résistance bien structuré comme celui de Résistance-Fer et des FTP.
Cependant, il semblerait aux dires de la veuve (telle que la tradition orale les conserve) que le second groupe de résistants appartenait au même mouvement et que son mari connaissait ce camarade qui pour une raison ou une autre n'était pas à l'heure au rendez-vous pour faire partir ce second groupe avec les mêmes camions. D'après nos dernières informations, le docteur Blanchet aurait contacté le commandant "Albert" (en fait Mr Bouteiller, instituteur à Lagny) qui, méfiant, a préféré ne pas participer à l'opération ... Mais cela reste à vérifier ...
De nombreux groupes de résistants s'armaient ces jours là et ils n'y avaient pas que ceux de Chelles même si les évènements ont fait qu'aujourd'hui nous retenons surtout leur martyr. Le fait que son mari soit mort à la place d'un autre chef moins sérieux ou responsable et qui lui, aurait eu droit aux honneurs accordés aux libérateurs de Paris peut expliquer aussi l'amertume de cette veuve ( ce sont toujours les plus braves qui meurent en premier et la victoire est souvent laissée à d'autres... moins braves !). Peut-on établir aussi un lien direct de causalité entre la trahison et la capture du groupe de Chelles et la capture du groupe de lieutenant Charles Birette : les premiers ayant donné l'adresse du garage, la Gestapo aurait alors capturé au moins deux groupes de résistants dans ce garage ? Si ce n'est pas le cas, il y aurait donc eu un autre traître, une autre trahison à moins que les agents de renseignements allemands connaissaient plusieurs caches d'armes de la résistance !
Un ancien chauffeur alsacien des généraux Juin puis de De Lattre en Italie et lors de la campagne de France et d'Allemagne qui avait pris sa retraite au village, avait lui aussi entrepris des recherches pour expliquer ce secret ou cette mise au silence du "cas Birette". Il en avait conclu que jamais les gens du village ne connaîtraient la vérité car elle ne peut être dite ou avouée. L'hypothèse la pire serait alors de considérer que devant la confusion et les captures de groupes de résistants jeunes et inexpérimentés, la direction de la résistance non communiste ait pris l'initiative de faire tomber des groupes de résistants FTP affiliés au communisme de manière à ce que ces derniers mieux armés que les autres ne prennent pas la direction totale de l'insurrection au point de faire de Paris une ville libre communiste lors de l'arrivée des troupes alliées. Sachant que Résistance-Fer a été un des premiers mouvements à lancer l'insurrection, ceci pourrait expliquer cela et expliquer qu'aucune preuve ne sera jamais donnée. Il est connu que les uns dénonçaient de temps à autres les autres et que les autorités allemandes s'étaient émues de devoir faire le sale boulot à la place des autorités françaises, comprenant bien les querelles intestines de la résistance française mais ayant bien du souci avec leur responsabilité "allemande" pour ne pas endosser encore une responsabilité "française" supplémentaire ( ce fut aussi une des raisons pour les autorités allemandes de signer l'armistice puis la capitulation de Paris, évitant ainsi de mettre au compte des troupes allemandes les victimes des combats fratricides entre résistants français ou les victimes de l'épuration vichyste). Il semble aussi que les coups de feu tirés depuis les toits de Paris lors du défilé du Général de Gaulle ne provenaient pas de soldats allemands mais bien de tireurs français... Tout ceci pour expliquer que la situation politique des résistants étaient compliquée même si dans la marche victorieuse l'unité s'est imposée, la victoire faisant tout oublier !
mise à jour du 25 août 2004 et le 16/05/2007:
au vu des articles de presse sur la commémoration des 60 ans du massacre des résistants à la cascade du Bois de Boulogne, la situation s'éclaircit et l'histoire des 35 résistants de Chelles massacrés à la cascade est quasiment établie. Le rôle du traître qui se fait passer pour un agent anglais explique cette capture des résistants. Mais le groupe FFI du lieutenant Birette agissait dans le cadre d'une autre structure : il avait sa propre cache d'armes et n'avait pas besoin de "courir les rues" pour en trouver. Le service de renseignement allemand qui organise cette capture des réseaux de résistance en région parisienne avec l'aide de traîtres français parvient à attirer le 16 août trois groupes : un groupe de jeunes du mouvement chrétien, un groupe de FTP communiste, tous deux de Chelles ou des environs et un groupe de résistants de Draveil. Les deux premiers ont rendez-vous le matin, le troisième l'après-midi. La préparation de ces rendez-vous prend plusieurs jours et est dirigé par le chef du premier groupe de Chelles qui n'a pas d'armes. Les deux autres groupes ont des armes mais pas suffisamment et sont donc intéressés par le partage des armes qui serait organisé par les services secrets britanniques, c'est ce que fait croire le traître à la solde des nazis.
Une autre mission vers cette cache d'armes rue d'Armaillée sera annulée le lendemain (ce dont parle des articles de presse), une fois ces arrestations du 16 août réalisées. Les prisonniers du groupe FTP rejoindront ceux du groupe des jeunes de Chelles, rue des Saussaies et seront massacrés le matin du 17 août à la cascade du bois de Boulogne. Le chef du groupe de Chelles sera abattu près des locaux de la Gestapo, avenue Foch. La veuve du lieutenant Birette rapporte que son mari a été transféré avenue Foch dans les locaux de la Gestapo pour être torturé car les allemands avaient compris qu'il était alsacien et parlait allemand, donc ils pouvaient l'interroger en allemand directement sans interprète et ils pensaient que sous la torture, il parlerait et donnerait des renseignements, surtout que sa famille était toujours en Alsace et pouvait donc servir d'otage et de moyen de pression. Des résistants camarades de Birette se sont précipités dans les locaux de la Gestapo avenue Foch dès la prise de ces locaux par les FFI et ils ont trouvé des prises de notes qui montrent que Birette n'avait pas parlé. Lors du regroupement des corps dans la grange, les corps ont été pris en photo pour une identification ultérieure par les familles. La veuve du lieutenant Birette a reçu ces photos et elle les montra une fois à ses voisins membres de notre famille : le visage de Birette n'était plus reconnaissable après la torture. Est-il mort sous la torture ? Les témoignages indiquent que le corps du capitaine chef du groupe des jeunes de Chelles a été jeté sur le tas de cadavres à la cascade du bois de Boulogne. Il est alors fortement probable que le corps de Birette ait été lui aussi et en même temps jeté sur ce tas de cadavres. Il se peut que l'identité alsacienne de Birette ait été découverte rapidement tout simplement par le fait qu'il ait injurié en allemand des soldats allemands, ce qui serait amplement compréhensible ou qu'il ait donné des contres-ordres en allemand pour égarer les soldats qui les capturaient et qu'à partir de ce moment là, il soit séparé des groupes de résistants capturés et que ces derniers en aient perdus la trace. Il reste aussi l'hypothèse fort plausible que la présence d'un alsacien parlant allemand soit suspecte ou difficilement explicable à l'opinion publique parisienne et que son cas ait été mis de côté. Il y a aussi l'hypothèse que lors de leur transfert avenue Foch, Birette et le capitaine qui dirigeait le groupe des jeunes de Chelles et qui avait participé aux discussions avec les prétendus agents britanniques pour fixer les 3 rendez-vous, ont pu discuter de la situation et que Birette s'est rendu compte de la bêtise que l'autre avait commis. A ce moment ce capitaine s'est certainement rendu compte de sa méprise et qu'un homme comme Birette aurait pu lui dire qu'il n'était pas normal qu'un rendez-vous soit fixé au garage rue d'Armaillé par quelqu'un d'autre hors de Birette et de ses supérieurs directs. A ce moment là, ce capitaine a bien pu choisir de tenter une vaine évasion suicidaire pour échapper à la torture et choisir ainsi lui même la mort. Les allemands ont pu l'abonner sur le trottoir, son cas pour eux était moins important que celui de Birette qui parlait allemand et qui sous la torture pouvait donner des renseignements bien plus importants sur les réseaux FTP et communistes, principale menace pour les troupes allemandes. Birette ne donna pas les noms des membres de son groupe qui avaient effectué le premier voyage, c'est une certitude vérifiée par ses camarades et transmise par eux à sa veuve. " Il n'avait pas parlé", c'était la seule fierté qui lui restait de son mari.
le groupe de Draveil a été arrêté en dernier vers 15h au milieu de la rue Leroux suite à une fusillade nourrie avec les troupes allemandes car il comprenait des résistants armés dont certains étaient policiers. Les deux autres groupes avaient été arrêtés le matin. Le lieutenant Birette n'a pas été exécuté avec ce groupe rue Leroux. Sa veuve rapportait qu'il a été arrêté dans un garage, donc celui de la rue d'Armaillé dans lequel il était déjà venu chercher des armes à la tête d'un autre groupe et qui depuis avait été découvert et investi par la Gestapo et les services de renseignements allemands. Ces déclarations montrent que le second voyage de Birette a bien pour destination le garage rue d'Armaillé et non la rue Leroux. Le premier voyage au garage rue d'Armaillé le matin du 16 août correspond bien à la seconde fois pour Birette car il n'a pas pu aller une fois à ce garage le matin du 16 août pour revenir à Paris l'après-midi avec le groupe de Draveil arrêté rue Leroux. Les allemands connaissaient bien une réelle cache d'armes de la résistance rue d'Armaillé : l'avaient-ils découverte par filature et travaux d'enquête ou sur dénonciation d'un traître infiltré dans la résistance ? Cette seconde possibilité est la plus vraisemblable et le traître a bien pu profiter d'une maladresse parmi les résistants qui s'échangeaient les adresses où ils pouvaient trouver des armes. L'adresse du garage pouvait être vérifiée par les résistants et comme elle était exacte, cela pouvait cacher aux résistants le fait qu'ils avaient affaire à des traîtres au service des nazis. ( les rendez-vous avaient été fixés 2 à 3 jours avant le 16 août, donc il était possible pour la direction de la résistance de vérifier que cette adresse était bien ou non une cache d'arme). Mais pourquoi le premier groupe du lieutenant Birette n'a pas été capturé lors de son premier voyage ? Pour pouvoir capturer plus de résistants ? Les hasards des combats ?
Un résistant en contact avec le groupe de traîtres et d'allemands avait bien été arrêté quelques jours auparavant par la Gestapo car il était en mesure de comprendre la supercherie et qu'il avait affaire avec des allemands et non des britanniques. La veille, des messages de Radio-Londres demandaient aux résistants de Paris de se méfier car une rafle était prévue par les Allemands. Ce renseignement avait-il été récolté par le décryptage des transmissions allemandes effectuées par Ultra, le service de renseignement allié utilisant les premiers ordinateurs au monde et qui avait cassé le code secret des machines Enigma allemandes ? Ce renseignement venait-il des résistants parisiens qui par radio avaient alerté Londres et demander d'utiliser radio-Londres pour avertir tout le monde ? C'était bien une supercherie mais montée avec de la grosse ficelle qui ne pouvait marcher qu'avec des débutants... et si certains résistants capturés étaient bien des débutants, il y avait aussi parmi eux beaucoup de cadres confirmés des mouvements de résistance et ceux-ci en avaient référé forcément à leurs supérieurs surtout vu le délai entre les discussions et les rendez-vous. Le mythe de jeunes étudiants voulant libérer Paris est faux. Ce sont des résistants expérimentés, des policiers et gendarmes, d'anciens militaires qui dirigent les 3 groupes de résistants capturés ce jour là. La direction de la résistance parisienne n'avait aucun contact avec l'extérieur, encore moins avec les britanniques qui avaient déjà en 1943 sacrifié nombre de ses réseaux en France pour préserver le secret du débarquement en Normandie en faisant croire à un débarquement dans le Pas de Calais. Pourquoi sont-ils partis sans protection aucune à ces rendez-vous ? Le contexte peut expliquer une partie de la crédulité ou de la naïveté de ces résistants : les alliés et surtout les services secrets anglais ( SOE ) pour aider les troupes débarquées le 6 juin à libérer la France, donnaient des armes par parachutage et lançaient des commandos derrière la ligne de front pour que ces soldats encadrent les maquis et ensemble réalisent des missions de guerre : la prise d'un pont, la destruction d'ouvrages de manière à gêner l'armée allemande et à aider les armées alliées à progresser plus rapidement. Ce fut surtout le cas pour les troupes débarquées en Provence qui grâce aux maquis des Alpes et du Jura put progresser rapidement sur Grenoble jusqu'à atteindre ses limites de ravitaillement sur le plateau du Jura. Il était donc plausible que la même tactique se déroule pour la libération de Paris : armer les résistants pour faciliter la progression des troupes alliées. Le service de renseignement allemand connaissait cette tactique puisqu'il luttait contre les maquis un peu partout en France, il a pu retourner la situation en manipulant la direction de la résistance à Paris en faisant croire à ces livraisons importantes d'armes aux maquis juste avant l'arrivée des troupes alliées. D'où l'envoi au rendez-vous allemand de groupes bien encadrés qui connaissaient la question du transport d'armes et étaient déjà engagés dans ces opérations de distributions d'armes. Mais ceci pose la responsabilité de la direction de la résistance parisienne et il est certain qu'aucun responsable n'aime endosser la responsabilité de pareille tragédie, d'où l'occultation des faits et la construction d'un mythe pour écarter tout lien entre ces fusillés et la direction de la résistance. Car au delà de ces fusillés, il y a le constat accablant et peu flatteur que la résistance était largement infiltrée par les services secrets allemands qui en fait, pouvaient décider eux-mêmes de ce que les résistants devaient faire : la preuve : cette capture et ce massacre du 17 août 1944. Comment une telle direction pouvait-elle se rendre crédible auprès de l'état-major allié pour revendiquer une responsabilité importante dans la libération de Paris. Au contraire, pour éviter d'autres massacres et d'autres désastres pilotés par les services secrets allemands, il valait mieux faire entrer immédiatement dans Paris une division blindée, si possible française, pour protéger la population et prendre la place de la direction de la résistance, imposer une direction militaire des opérations pour écarter toute autre menace de trahison et de manipulation des mouvements de résistance. Mais clamer sur les toits que la résistance parisienne était désorganisée au point de se faire manipuler par les allemands n'était pas tolérable. Il fallait construire le mythe de la résistance forte et victorieuse et donc écarter et placer dans l'ombre ou l'oubli, ces évènements tragiques qui mènent au massacre de la cascade du bois de Boulogne. Les familles des victimes et la population des villes touchées par ces morts n'ont jamais oublié ces évènements. La plupart n'ont pas cherché à comprendre ce qui s'était passé, quelques uns ont persisté dans ce refus du silence et ont poursuivi leur quête de vérité pour comprendre toute l'étendue de la trahison source de ces massacres.
Pourquoi y-a-t-il eu encore un troisième groupe arrêté l'après-midi rue Leroux ? Pourquoi le commandement n'avait toujours rien compris et n'avait pas empêché la capture du 3ème groupe ? Vingt ans après les faits, l'incompréhension se lisait toujours sur le visage de cette veuve lorsqu'elle évoquait les circonstances de la mort de son mari. Rue Leroux, les allemands avaient monté une souricière assez simple : 150 soldats à l'abri des murs dans les immeubles ont tiré sur la camionnette des résistants et les témoins parlent d'une fusillade mal gérée puisque les allemands se tiraient la plupart du temps dessus d'une maison à l'autre en face et que parmi les résistants, il y a eu peu de morts et de blessés, la plupart des résistants ont du être massacrés par la suite. La capture dans le garage rue d'Armaillé montre bien que les allemands avaient les clés du garage et qu'ils avaient pu s'y installer pour attendre l'arrivée du groupe de Birette : ils connaissaient bien l'adresse et non pas souhaité engager une fusillade avec ce groupe dans la rue d'Armaillé et pour cause, ils savaient que ce groupe était bien armé puisque les résistants étaient déjà venus chercher des armes peu de temps auparavant : ils n'ont pas laissé le temps aux résistants d'utiliser leurs armes et il semble que ce furent des membres de la Gestapo qui réalisèrent cette capture et non pas des soldats allemands. Ensuite Birette a pu raconter au chef du groupe des jeunes de Chelles au cours de leur transport vers l'avenue Foch toute l'invraisemblance de cette expédition, ce qui n'a pu que rendre ce capitaine encore plus désemparé par l'erreur commise. Birette et son groupe avait déjà fait une livraison d'armes et il connaissait les caches d'armes de son organisation. Il savait que le travail n'était pas terminé et qu'il valait mieux poursuivre ce travail plutôt que d'aller chercher des armes à une adresse ignorée et provenant de groupes de résistants inconnus. Il faut établir la clarté sur un point important : ce garage de la rue d'Armaillé était-il une planque, une cache d'armes des FFI-FTP ou n'avait-il rien à voir avec l'organisation de la résistance ?
Au vu des évènements de la Libération de Paris, la capture du commando du lieutenant Birette peut faire partie des hasards des combats. La date de cette capture et les lieux la mette en "étroite relation" avec la capture du groupe de Chelles et celui de Draveil, capture des trois groupes qui fait partie d'un seul et même plan nazi. Ces trois groupes ont eu le même sort tragique à la cascade du Bois de Boulogne ou rue Leroux, d'autres groupes ont péri dans d'autres rues. La trahison est établie pour les 35 jeunes de Chelles. Pour la mort du groupe du lieutenant Birette, il reste à trouver le nom du responsable FFI qui n'est pas venu prendre la relève, à vérifier si cette absence correspond ou non à une annulation de la mission. Du côté allemand, il reste aussi une question : les services de renseignements connaissaient-ils l'adresse de la cache d'armes et ont-ils laissé un premier commando FFI prendre des armes pour mieux le suivre et connaître sa localisation pour ensuite arrêter tout le monde lors du deuxième passage ? Ont-ils voulu d'abord capturer l'important groupe de Chelles (35 personnes) venu dans deux camions dont l'un était un retard sur le premier et ensuite seulement le "petit" commando FFI (7 personnes) et ce dans un autre garage ?
Ils venaient à peine de commencer la distribution d'armes et ce contrairement aux directives gaullistes, alors il reste la question insidieuse : un parti voulut-il briser de suite ces distributions d'armes et a-t-il utilisé l'ennemi pour arriver à cette fin, impossible à réaliser de son côté ? Un agent double même plutôt mauvais représente alors le meilleur larron pour une telle traîtrise car au départ l'adresse des caches d'armes de la résistance n'était connue que des seuls résistants et toutes ne furent pas découvertes par les nazis, loin de là ! L'invention de l'adresse d'une cachette d'armes par un agent double pour attirer des jeunes résistants est une chose, la trahison de l'adresse d'une cachette d'armes une autre. L'intervention du groupe de Draveil comme celui de Birette, peut signifier que le mouvement FTP cherchait à infiltrer un groupe catholique et probablement gaulliste certainement pour mieux le contrôler dans la perspective du soulèvement dirigé par le mouvement communiste, ce que la hiérarchie de ce lieutenant ne reconnaîtrait jamais, préférant oubliant ces péripéties des combats et les mettant au compte d'un manque de coordination et de direction des groupes de résistants entre les 12 et 19 août 1944 (c'est la version du colonel Rol-Tanguy dans ses Mémoires qui consacre une demi-ligne à ce massacre de la cascade du Bois de Boulogne). La pire des hypothèses est qu'après avoir appris la capture des groupes FTP et pour alourdir encore la responsabilité des mouvements gaullistes, la direction communiste ait laissé partir le troisième groupe durant l'après-midi comme si le nombre de prisonniers ne suffisait pas. Il est possible que certains aient minimisé l'ampleur de la réaction allemande en n'imaginant pas le massacre qui allait suivre. Tout comme nous pouvons revenir à ce constat désolant d'une incurie totale au niveau de l'organisation de la résistance parisienne.
La version actuelle de ce massacre est toujours loin d'être éclaircie en août 2004 comme en mai 2007. Il semble toujours collé aux guerres intestines de la résistance lors de la préparation du soulèvement de Paris mais l'unité se fit quelques jours plus tard et pour quelques temps... Le plus souvent, sur Terre, le succès est atteint après toujours quelques déboires.., les placards de l'histoire en sont pleins à déborder et ce ne sont pas eux que l'on retient malgré leurs enseignements sur la nature humaine. Transformer ces évènements en symbole de la résistance et en symbole du sacrifice de la jeunesse pour la libération du pays devient alors une imposture supplémentaire dans l'histoire. Ces évènements font partie de la longue suite d'erreurs militaires, de la gabegie des commandements aussi bien politiques que militaires qui ont toujours fait verser le sang d'une jeunesse innocente sans souci d'économie et sans respect pour les valeurs de 1789. Il y a l'excuse du soulèvement populaire toujours aussi fougueux et magnifique, incontrôlable. Il y a aussi le constat permanent que dans notre histoire aucune évolution ne peut se préparer sereinement, calmement et logiquement avec l'efficience optimale, aussi bien une libération de Paris qu'un changement de régime politique ou de constitution. A chaque fois des jeunes sont sacrifiés inutilement et par bêtise et imprévoyance, à chaque fois des stratégies politiciennes et militaires s'avèrent nulles et désastreuses. Il est temps que le souffle de la jeunesse souffle et balaie des dirigeants veulent et corrompus qui s'attachent à leurs intérêts partisans plutôt qu'au salut du pays et de sa jeunesse. Voilà le message de ces martyrs, il n'a rien de patriotique mais il est éminemment humain, humaniste dans cette implacable revendication au respect de la vie et dans ce devoir intransigeant d'éliminer les fauteurs de guerre et les chefs de guerre au service de leurs idéologies et de leurs clans toujours prompts à utiliser des traîtres pour faire pencher en leur faveur l'incertitude des combats auxquels ils soumettent leurs peuples, combats militaires et sociaux d'hier, guerre économique et financière d'aujourd'hui qui laisse les jeunes dans la précarité et le chômage et tue à petit feu leur espoir de vivre. Ils sont morts héroïquement mais leur bravoure devant la mort ne peut excuser et justifier l'inutilité des guerres et la loi du plus fort et du plus combatif ou du plus conquérant. Cette loi est une loi de mort et de crimes, ce n'est pas une loi pour vivre. Nous ne devons pas les oublier certes mais rien ne justifie qu'ils soient cités en exemple à d'autres jeunes hormis la seule volonté de voir partir d'autres jeunes au combat soumis patriotiquement à la volonté des chefs de guerre politiques, économiques et financiers, religieux, militaires. Développer l'espoir de vivre ne se nourrit pas des horreurs du passé, du moins pour un poète dont le rêve d'humanité ne peut s'accommoder des tyrannies qui obligent les êtres humains à s'entretuer. Se souvenir, ce n'est pas imposer leur exemple, c'est seulement méditer sur nos raisons de vivre et de mourir, autant faut-il encore que la république se soucie d'éduquer sa jeunesse pour lui permettre de les trouver... à travers la lecture des auteurs qui ont su braver les interdits de ces derniers siècles pour en parler ou qui sont morts assassinés pour avoir refusé de renier leurs écrits sur le droit de vivre pour tout être humain et toute forme de vie. En France, ils sont nombreux, une année scolaire ne suffirait pas pour en achever la lecture !
Sur une page web présentant le village de Lutzelhouse, nous pouvons lire :
" Au cimetière communal repose un grand résistant: Monsieur Birette Charles, né au 32 rue de la Fontaine le 11/04/1895, ce lieutenant fut fusillé avec 21 de ses camarades à la cascade du Bois de Boulogne. "
Ce chiffre ne correspond pas aux 35 martyrs de Chelles. Le chiffre de 42 morts est en 2004 établi : 35 pour le groupe de Chelles et 7 pour le commando FFI.
une plaque commémorative se trouve au Bois de Boulogne, pour la lire :
n.d.l.r : le lien ne fonctionne plus, voir les liens plus haut et la plaquette sur le site de la ville de Paris.
http://www.paris.fr/portail/viewmultimediadocument?multimediadocument-id=15028
une rue porte son nom dans la ville de Villemomble où il résidait durant la guerre
Dans le livre : le patrimoine des communes du Bas-Rhin, aux éditions Flohic, se trouve la photo et le texte suivant qui établit une relation très étroite avec le récit des résistants de la ville de Chelles ci-dessous.

Charles Birette vers 1940
collection particulière
Héros et martyr de la résistance, Charles Birette est né à Lutzelhouse le 11 avril 1895. Entré en 1942 dans le mouvement Résistance-fer, il tombe le 16 août 1944 dans une embuscade. Fait prisonnier par les nazis, il est torturé et exécuté avec trente quatre de ses compagnons à la cascade du Bois de Boulogne, quelques jours avant la Libération de Paris. Sa dépouille repose au cimetière de Lutzelhouse depuis 1948.
ci-dessous LES DOCUMENTS qui sont en relation avec les derniers résistants massacrés ou fusillés à la cascade du bois de Boulogne, peu avant la libération de Paris.
la plaquette décrivant les évènements :
et un site précis sur ces évènements :
http://www.liberation-de-paris.gilles-primout.fr/emaillot.htm
Les cicatrices du passé
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Juste à côté de la cascade du Bois de Boulogne, un arbre porte les cicatrices de l'histoire... |
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| Les marques des balles sont encore bien
visibles sur l'écorce de cet arbre sur lequel 35 jeunes résistants ont été
attachés pour ensuite être fusillés par les Allemands, les 16 et 17 août
1944.
Cette information est contradictoire avec le récit des textes ci-dessous qui parlent de massacre à la mitrailleuse et à la grenade pour les martyrs de Chelles. Y aurait-il eu 2 groupes exécutés la même nuit ou un la nuit et l'autre le matin, ce dernier étant fusillé attaché à l'arbre ? Ce deuxième groupe serait celui du commando FFI du lieutenant Birette car ils avaient été horriblement torturés par la Gestapo. |
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http://partisans.ifrance.com/partisans/cascade1.htm http://www.ifrance.com/billancourt/tourisme/parcs_pages/Boisbl3x.htm
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autres liens :
http://mapage.noos.fr/liberation_de_paris/listeb.htm
Les 35 fusillés du Bois de Boulogne PARIS (AFP), le 22-08-2004 |
Le 16 août 1944, à la nuit tombée, 35 jeunes résistants, partis à
la recherche d'armes pour le soulèvement parisien qui doit être déclenché
quelques jours plus tard, sont fusillés par les Allemands à la cascade
du bois de Boulogne.
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C’est Jean-Louis Trintignant qui, dans le film «Paris brûle-t-il?»,
joue le traître qui a piégé trois réseaux de résistants pour les
livrer à différents bureaux de la Gestapo du 16e arrondissement. Arrêtés
dès le lieu de rendez-vous, devant le Luna Park qui existait alors
porte Maillot, 35 jeunes résistants, étudiants, cheminots, ouvriers,
instituteurs, venus prendre livraison d’armes pour participer à la
libération de Paris, ont été fusillés dans la nuit du 16 août1944
au bois de Boulogne. On leur avait promis «des tonnes d’armes» et
ils étaient venus nombreux: le responsable FFI de Chelles
(Seine-et-Marne) avait rassemblé 21camarades issus des FTP, du
Mouvement de Libération nationale et d’autres sensibilités. Les
Jeunes chrétiens combattants (JCC) étaient venus à 11, notamment tout
le groupe de la paroisse Saint-Marcel dans le 13earrondissement. Enfin,
l’Organisation civile et militaire(OCM) avait envoyé 3jeunes, dont le
responsable régional. Tous brûlaient de se battre les armes à la
main. Le même jour, 7 autres résistants, venus de Draveil (Essonne),
tombaient dans le même piège. Un dernier groupe, prévu pour le
lendemain, y échappait de peu après une annulation de dernière
minute. Qui était le traître qui avait réussi à monter une opération
aussi meurtrière? La question continue d’agiter les esprits,
notamment à Chelles, qui a perdu dans cette opération la plupart de
ses chefs de réseau.
Tout tourne autour d’un certain Alexandre. En fait, en ces temps de
clandestinité, «Alexandre» jongle avec les identités. Francophone,
il se fait parfois appeler «Comte de Marcheret». Ou «Marcheret d’Eu
Glebb». Anglophone, il est «Captain Jack». Malgré «ééètres» ce
Guy Marcheret n’est dans un premier temps qu’un petit indicateur qui
vendait des ragots politiques à la police allemande. C’est un
officier de l’Abwehr qui va lui inventer un rôle à la mesure de ses
ambitions. Ce qui intéresse l’officier allemand du renseignement,
Karl Rehbein, c’est la parfaite maîtrise de l’anglais de Marcheret
: il va en faire un faux agent de l’Intelligence Service(IS). Catherine Erhel (1) «Paris, année 44», Editions Plon, 1984. Catherine Ehrel |
Amère libération à Chelles Jean Favé et le docteur Blanchet étaient les deux responsables de l’expédition de Chelles. Jean Favé réussit à s’évader de l’hôtel de Chevreuse, où ils étaient interrogés par des officiers allemands. Survivant, il a été en butte aux soupçons : n’y a-t-il pas eu une trahison interne ? Incarcéré pendant trois ans à la prison de Fresnes, Favé sera blanchi par un non-lieu en 1948 et réhabilité dans ses grades de résistant. Mais sur le moment, les passions étaient si vives que le Comité local de Libération de Chelles a fait exhumer le 1er octobre 1944 le corps du docteur Blanchet pour prouver qu’il n’était pas en fuite. Le comité était présidé par sa veuve. Catherine Ehrel lien vers cet article : Le Nouvel Observateur, août 2004 |
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24 Août 2002 - POLITIQUE LIBERATION
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Paris,
16 août 1944. Cascade du bois de Boulogne. Tragédie
d'une nuit d'été |
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http://www.humanite.presse.fr/journal/1997/1997-08/1997-08-18/1997-08-18-039.html |
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La veille de l'insurrection parisienne, trente-cinq jeunes gens, en quête d'armes libératrices, tombent dans un piège. Gestapo, Abwehr ? Quelques questions restent sans réponse.
Ce qu'il aura fallu de souffrances et de deuils pour qu'enfin Paris se libère du joug nazi, pour que la France recouvre sa liberté et son indépendance, un épisode particulièrement tragique de l'histoire de la Résistance le résume. Il s'agit du massacre, au cours de la nuit du 16 au 17 août 1944, à la Cascade du bois de Boulogne, lieu à l'origine conçu par Napoléon III pour la promenade et la détente (1), de trente-cinq jeunes partis à la recherche d'armes, avec au cour l'espoir de participer aux combats libérateurs. Dix jours après le drame, le général de Gaulle descendait les Champs-Elysées. La nouvelle du carnage, à une époque qui en connut tant d'autres, se propagea. Il y avait quelque chose de significatif dans cet événement. Dans le premier ouvrage entièrement consacré à cette période, Adrien Dansette, évoquant les " brutalités " auxquelles se livrèrent les Allemands et " que ne justifiait aucune nécessité militaire ", pouvait écrire : " · la veille de l'insurrection parisienne, le bruit s'est répandu qu'on avait retrouvé au bois de Boulogne, près de la cascade, les cadavres de trente-cinq jeunes gens mitraillés et achevés à la grenade " (2).
La tragédie de cette nuit d'été est aussi évocatrice du niveau d'unité auquel était parvenue la Résistance. Les trente-cinq jeunes martyrs étaient pour les uns des FFI (Forces françaises de l'intérieur) de Chelles, en majorité des FTP (Francs-tireurs partisans), pour les autres des membres de l'Organisation civile et militaire (OCM), pour d'autres encore, des Jeunes chrétiens combattants de Paris et de Clamart. Très actifs, ceux-ci étaient en liaison avec l'abbé Borme, engagé, avec les prêtres de la conférence Saint-Vincent-de-Paul (13e arrondissement de Paris), dans la lutte contre l'occupant. On a longtemps pensé que ces jeunes chrétiens avaient eu écho d'une possibilité de se fournir en armes, seraient entrés en contact avec un certain Marcheret se prétendant envoyé par Londres, qui s'avéra être un agent de la Gestapo. Désireux de partager les armes libératrices avec d'autres groupes de jeunes, ils leur auraient fait partager leur triste sort. Sur le fond, l'explication n'est pas remise en cause : les jeunes résistants ont bien été victimes d'un agent infiltré. Pourtant, au cours de la cérémonie organisée, le 18 août dernier, sur les lieux mêmes du massacre, on a pu faire état de l'enquête récemment menée sur ce drame par l'historien Adam Rayski (3). Elle fait apparaître des éléments nouveaux. Selon lui, ce serait par l'intermédiaire évidemment involontaire d'une connaissance de l'abbé Borme, en l'occurrence Sabine Zatlin, alias " Jeanne ", résistante célèbre puisqu'il s'agit de l'ancienne directrice du refuge pour enfants d'Izieu, que le piège aurait pu être mis en place. " Jeanne ", dont le mari était déporté alors qu'elle-même était activement recherchée, aurait été en contact avec un certain " Alexandre ", agent des services de renseignement anglais. " Alexandre ", dont le dossier, d'abord annexé au seul rapport de police consacré, à notre connaissance, à cette affaire, a disparu, aurait travaillé sous les ordres d'un nommé Charles Porel (dit parfois Borel), de son véritable nom Karl Rehbein, officier de l'Abwehr, le service de contre-espionnage allemand.
Qui plus est, selon Adam Rayski, ce Porel avait pour compagne une jeune femme appelée Lydia Tscherwinska, dite " Katherine ", connue de " Jeanne ". Porel, enfin, dont le supérieur n'était connu que sous le pseudo de " Capitaine ", se serait, au cours des mois de mai et de juillet, notamment à Marseille, Toulouse et Paris, employé à faire tomber un réseau de jeunes résistants : " l'Armée juive ". Adam Rayski ne mentionne pas, dans son compte rendu d'enquête, l'existence d'un Marcheret. L'hypothèse a été avancée selon laquelle il se serait agi du " Capitaine " ( ?)... Quoi qu'il en soit, l'existence de Marcheret est confirmée par des témoins de l'époque. Ils précisent que le Marcheret en question, contrairement à ce que l'on a longtemps cru, a été châtié : condamné à mort le 2 avril 1949, il aurait été exécuté le 20 décembre de la même année... Quant à Charles Porel et à sa compagne, ils furent arrêtés. Voici ce qu'écrit à leur sujet Adam Rayski : " Le procès de Charles Porel (Karl Rehbein), de Lydia Tscherwinska et des gestapistes français s'est ouvert devant le tribunal militaire de Paris, le 20 novembre 1952. Sur le banc des accusés, une femme et treize hommes, dont Georges Guicciardini et ses deux fils qui avaient à peine vingt ans. Le cas Rehbein (Porel) a été dissocié, parce qu'" officier allemand en service ". Quant à Tscherwinska, elle a été relaxée, le tribunal ayant considéré qu'il n'existait pas de preuves suffisantes prouvant qu'elle connaissait le véritable rôle de son amant. Le tribunal a rendu son verdict le 23 décembre en prononçant huit condamnations à mort et sept autres par contumace. "
On le voit : des questions restent posées. Il y a matière à de plus amples recherches. Le thème du concours scolaire de la Résistance et de la Déportation sera, en 2003, " La jeunesse dans la Résistance ". Raison de plus pour ne pas oublier les trente-cinq de la Cascade.
Jean Morawski
Lire Historia nø 668, août 2002.
Adrien Dansette, Histoire de la libération de Paris, librairie Arthème Fayard, 1947.
Adam Rayski : la Lettre des résistants et déportés juifs, Nø 53-54, septembre-octobre 2001. Lire aussi, du même auteur, le Choix des juifs sous Vichy, préface de François Bédarida, Editions la Découverte, 1992.
Page réalisée par Intern@tif - Mercredi 28 Août 2002
Commémoration
des Martyrs de la Cascade
DISCOURS DE SERGE GOUTMANN, ADJOINT AU MAIRE DE CHELLES
dimanche 18 août 2002, par Serge Goutmann
http://www.humanite.presse.fr/journal/2002/2002-08/2002-08-24/2002-08-24-020.html
Dans
la nuit du 16 au 17 août 1944, trente-cinq jeunes résistants (dont quatorze
FTPF de Chelles) trouvaient la mort dans un terrible guet-apens, à quelques
jours de la Libération de Paris. Voici le texte de l'intervention prononcée
par Serge GOUTMANN, Adjoint au Maire de Chelles, à l'occasion de la cérémonie
commémorative, tenue ce Dimanche 18 Août 2002.
"Passants,
respectez ce chêne : il porte les traces des balles qui ont tué nos
martyrs"…
Nous
voici réunis - mesdames, mesdemoiselles, messieurs, amis et camarades -,
nous voici réunis, comme chaque année à la même époque, au pied de l'écriteau
qui porte ces mots terribles, pour nous recueillir à la mémoire des
trente-cinq jeunes résistants tombés ici-même dans la nuit du 16 au 17 août
1944, il y a donc cinquante-huit ans déjà...
Comme
il me revient l'honneur et la charge d'introduire cette cérémonie,
permettez-moi de resituer en quelques mots le contexte et les faits qui nous
rassemblent - peut-être de façon un peu plus précise (et donc un peu plus
longue) que je n'ai eu l'heur de le faire jusqu'à présent lors des précédentes
commémorations (et je vous prie par avance de bien vouloir m'en excuser). Mais
des éléments nouveaux, dûs principalement aux recherches patientes de
l'historien de la Résistance Adam Rayski, me permettent de rendre compte de façon
plus précise du tragique enchaînement qui a conduit nos héros à la mort.
En
ce mois d'Août 1944, après d'interminables années d'occupation, de terreur et
de privations, Paris et sa région bruissent enfin d'un nouvel espoir, après
l'annonce du débarquement des forces alliées en Normandie et de leur avancée
vers Paris, tandis que le front russe a reculé pour sa part de Stalingrad
jusqu'au-delà des frontières de la Prusse, et que les colonnes venues
d'Afrique remontent maintenant l'Italie, la Corse et le Sud de la France.
Mais
une terrible question se pose aux réseaux de résistance qui dès 1943 - et même
avant, suite à l'appel du Général de Gaulle du 18 Juin 1940 et à celui de
Maurice Thorez du 10 Juillet 1940 également - oeuvrent dans l'ombre, la plupart
du temps, mais aussi sous la lumière des balles et des actes de sabotage qui se
multiplient pour bouter l'occupant nazi hors de France.
L'historique
question qui se pose en ce mois d'Août 1944 à toutes les organisations de résistance
regroupées alors sous le sigle générique des F.F.I. est la suivante :
Faut-il laisser les armées alliées contourner Paris pour hâter leur marche
vers le Rhin - ainsi qu'en était le plan - au risque de voir la capitale dépecée,
voire totalement détruite par les forces apeurées du Général Von Choltitz /
ou faut-il lancer d'ores et déjà la grande insurrection populaire, permettant
par la suite au Général de Gaulle d'évoquer "Paris par soi-même libéré"… ?
On mesure l'enjeu de cette question pour toute la suite de l'Histoire, et l'on
peut apprécier l'intelligence historique du Comité Parisien de Libération lançant
effectivement l'insurrection.
Voici
ce qu'en dit le général américain Bradley : "Paris n'avait aucune
signification tactique. En dépit de sa gloire historique, Paris ne représentait
qu'une tâche d'encre sur nos cartes ; il fallait l'éviter dans notre
marche sur le Rhin".
Et
voici ce qu'en a dit le général Eisenhower lui-même : "Les FFI et
l'insurrection parisienne nous ont forcé la main". No comment.
C'est
donc dans ce climat fébrile, emprunt d'espoir et d'exaspération, mais aussi de
grand esprit de responsabilité, que venus des faubourgs et des banlieues, les réseaux
de résistance se mettent âprement à rechercher les armes qui font alors
cruellement défaut.
C'est
ainsi que de jeunes responsables de la Jeunesse Catholique Combattante et de l'O.C.M. -
Organisation Civile et Militaire de la Jeunesse Chrétienne - entrent en
contact, par l'intermédiaire de l'Abbé Borme, de la Conférence
Saint-Vincent-de-Paul du XIIIème arrondissement (très liée à la Jeunesse
Catholique Combattante) et d'une infirmière de la Croix-Rouge : une
certaine "Jeanne", plus connue sous le nom de "Dame d'Izieu",
autrement dit l'ancienne directrice de la Maison des Enfants Réfugiés de
l'Ain… "Jeanne", de son vraie nom Sabine Zlatin, activement recherchée
par la Gestapo, et dont le mari avait déjà été déporté… Ils entrent en
contact avec un dénommé Charles Porel, qui se fait passer pour un émissaire
de Londres, agent de l'Intelligence Service susceptible de leur procurer des
armes. Ce Charles Porel s'avèrera par la suite être en réalité un agent de
l'Abwehr, du nom de Karl Rehbein. Celui-ci sera jugé en Novembre 1952, ainsi
que quatorze gestapistes de nationalité française, protagonistes de près ou
de loin du terrible get-apens conclu ici-même.
Je
ne sais pas, on ne sait pas si le gestapiste français du nom de Marcheret, désigné
comme le commanditaire de l'ensemble de l'opération, figurait ou non au banc
des accusés. L'on se souvient que lors d'une cérémonie commémorative tenue
ici-même il y a quelques années, le regretté Albert Ouzoulias (alias Colonel
André dans la Résistance, ancien Commandant en Chef des Francs-Tireurs et
Partisans d'Ile-de-France et membre du Comité Parisien de Libération, mais
aussi longtemps Président de notre Comité du Souvenir des Martyrs de la
Cascade) nous indiquait que le dit Marcheret coulait des jours heureux en
Allemagne. A vérifier…
Toujours
est-il que nos résistants de Paris et Clamart, tout fiers d'avoir dégoté
cette filière, informent quelques-uns de leurs camarades FFI de Draveil ainsi
qu'un groupe Francs-Tireurs et Partisans de Chelles ; ils les invitent à
se joindre à eux pour se rendre aux différents points de rendez-vous fixés
pour prendre possession des armes leur permettant de prendre part au combat libérateur :
Rue
Troyon, dans le XVIème, pour le groupe des Jeunes Catholiques Combattants de
Paris,
Avenue
de la Grande Armée pour le groupe de l'O.C.M.
Rue d'Armaillé,
toujours dans le XVIème, pour le groupe FTP-FFI de Chelles.
Le
piège se referme alors : le groupe de Chelles est emmené dans un garage
Rue d'Armaillé où les attendent des SS en armes. Les jeunes de l'OCM, de Paris
et de Draveil sont regroupés dans des camions qui les attendent Porte Maillot,
puis emmenés Place des Ternes où se découvrent des SS et des gestapistes français.
Tous sont ensuite emmenés de force dans divers sièges de la Gestapo à Paris :
Rue des Saussaies, Avenue Foch et Rue Leroux, où ils sont torturés.
Le
17 Août au matin, on retrouvera les corps inanimés de sept résistants au pied
de l'immeuble de la Gestapo au 10 de la Rue Leroux. Les autres, au nombre de
trente-cinq, seront emmenés au cours de cette même nuit du 16 au 17 Août,
dans cette clairière où nous nous trouvons, et abattus au fur et à mesure
qu'on les fera descendre des camions, à la grenade et à la mitraillette.
Les
corps affreusement mutilés sont découverts le 17 au matin par un moniteur de
l'Ecole des Cadres de Bagatelle. Les familles et les proches sont informés du
drame et viennent reconnaître les corps. Les corps non réclamés sont inhumés
collectivement le Samedi 19 au cimetière de Bagneux. Pour ce qui concerne le
groupe chellois, les obsèques ont lieu le Dimanche 20. Pratiquement toute la
population participe aux obsèques, et défile sous les yeux même d'officiers
allemands croisés le long de l'avenue rebaptisée depuis Avenue de la Résistance.
Du cortège montent de plus en plus clairement des cris : "Assassins,
assassins…"
Malheureusement,
la ville de Chelles n'en avait pas encore fini avec la folie meurtrière de
l'occupant. Quelques jours plus tard seulement, le 25 Aout 1944, alors même que
les cloches de Notre-dame fêtaient la libération de Paris, treize autres
victimes innocentes étaient prises en otage par l'armée allemande en déroute
et sauvagement fusillés devant les murs de la Mairie de Chelles. La plus jeune
de ces victimes n'avait que 16 ans : c'était le propre frère de Roland
Verdeaux, l'un des martyrs de la Cascade dont nous honorons aujourd'hui la mémoire.
Voici
donc les faits - ou du moins une partie - tels que l'Histoire ne les a pas oubliés,
et qui nous rappellent tout à la fois ce que furent la violence et la barbarie
d'un occupant désemparé par l'imminence de sa défaite, et capable de ce fait
des folies les plus meurtrières, mais aussi le courage et l'abnégation de
jeunes résistants prêts à risquer leur vie pour sauver la France et leur
dignité d'homme.
Permettez-moi,
pour terminer ce propos, de vous soumettre quelques courtes réflexions sur la
portée historique de ces tragiques évènements, sur le sens que nous pouvons
leur accorder cinquante-huit ans plus tard.
Autrement
dit, à quoi servent les commémorations ? Qui sommes-nous et pourquoi nous
retrouvons-nous pour nous recueillir chaque année en cette clairière ?
D'abord
pour fustiger sans merci l'horreur ignominieuse de tels actes, pour exciper le dégoût
que nous inspire l'évocation de la sauvagerie nazie. Aucune trace de
nationalisme revanchard ni de rancune dépassée dans cette évocation. Car en
disant "plus jamais çà !", nous condamnons dans le même temps
et sans appel toute forme de violence commise au nom d'idéologies permettant de
s'arroger le droit d'ôter la vie à d'autres êtres humains. Nous parlons là
bien sûr des attentats qui frappent aveuglément, et plus que jamais,
d'innocentes victimes civiles en divers points de la planète ; mais nous
parlons aussi de la violence organisée, de ce que l'on appelle de façon
impudique les "dégâts collatéraux", de la logique de la "cannonnière"
qui meurtrit aujourd'hui encore peuples et nations…
Des
millions d'hommes et de femmes de par le monde sont aujourd'hui encore confrontés
à la violence, à l'oppression, au colonialisme, aux attentats aveugles, aux
atteintes aux droits de l'Homme. Ce n'est pas et ce ne sera jamais notre
conception de l'humanité.
La
deuxième raison qui nous rassemble ici, c'est l'attachement à la vérité
historique. On sait les dérives qui menacent les peuples et les nations dès
lors que l'oubli s'installe, que l'histoire se voit réécrite - ou tragiquement
répétée - et que les suprématies raciales, politiques ou idéologiques se
nourrissent du désarroi des âmes faibles pour appeler au rejet de l'autre.
Notre planète se voit encore continûment secouée par des poisons qui ont nom
intégrisme, racisme, fanatisme, négationnisme ou
nationalismes exacerbés…
Dans
notre propre pays - comme malheureusement dans d'autres pays tout proches, y
compris au sein de la Communauté Européenne, comme l'Autriche, l'Allemagne ou
l'Italie -, il se trouve encore et toujours des gens, des courants et des
mouvements avec pignon sur rue pour minimiser les traumatismes de l'Histoire,
pour tenter de justifier les thèses insoutenables de l'inégalité raciale, du
"détail de l'Histoire", de la purification ethnique ou de l'innéisme
social.
Qu'il
s'agisse donc de la funeste montée de l'intégrisme et des populismes de tous
poils, de la persistance des révisionnistes à nier la Shoah, ou de la
difficulté que l'on rencontre encore aujourd'hui à lever officiellement le
voile sur certaines périodes de notre histoire (sombre période de la
collaboration ou torture en Algérie…), force est de concevoir que le
"travail de mémoire et de vérité" s'impose tout à la fois comme
une nécessité et comme un combat. Encore faut-il le mener, continûment pour
soi-même et pour les autres…
Nous
nous retrouvons également - troisième raison - pour rendre un hommage solennel
et de portée universelle au courage et à l'ardeur patriotique des jeunes héros
de la Résistance tombés en cette clairière. Malgré l'âpreté de la période
et l'incertitude des rendez-vous, les trente-cinq de la Cascade n'hésitèrent
pas une seconde à risquer leur vie pour contribuer au combat libérateur.
Voici
ce qu'en dit, quelques jours seulement après le drame, Madame Blanchet, veuve
du Docteur Blanchet, mort ici-même après avoir conduit le groupe chellois à
son funeste rendez-vous : "D'aucuns diront que ce qui a été fait par
la Résistance est peu de chose. Il me serait très facile de leur répondre
qu'il ne tenait qu'à eux de faire plus et mieux ; nous aurions été très
heureux de les applaudir. D'autres diront que les gestes et les actes de notre
Comité ont été inopportuns, téméraires, et qu'il eut mieux valu attendre et
ne pas courir certains risques. A ceux-là, je répondrai : l'héroïsme
n'est pas un froid calcul. Ce n'est pas la prudence qui écrit l'histoire. Quand
on veut sauver son pays, il faut s'exposer à tous les dangers, à tous les
risques. Sans doute, après des évènements heureux ou malheureux, on peut
toujours, assis dans un fauteuil moëlleux et les pieds dans des pantoufles
douillettes, critiquer les auteurs et démontrer que tout aurait été mieux si
l'on avait fait autrement. Agir, c'est risquer. Et au bout du risque, il peut y
avoir l'erreur, il y a parfois la mort. Erreur et mort sublimes quand elles ont
pour enjeu la défense de la patrie et de la liberté… Les FFI de Chelles ont
été héroïques jusqu'à la témérité parce que leur sentiment de l'honneur
leur interdisait d'attendre les bras croisés… Le Comité de Libération de
Chelles est fier d'eux. En les jetant dans la lutte, il a répondu à leur plus
cher désir. Il a fait son devoir comme ils ont fait leur devoir"…
Notre
présence ici, élus des villes de Chelles, Clamart, Draveil, Boulogne et Paris,
représentants d'organisations syndicales et politiques, anciens combattants et
résistants, ou simples citoyens de tous âges et de toutes sensibilités...
signifie que l'histoire et l'esprit de la Résistance sont constitutifs de
l'identité et de la conscience nationales. Et que rien ne saurait jamais gommer
cette vérité que même aux heures les plus sombres de l'Occupation, il s'est
trouvé des hommes et des femmes, souvent de simple condition, pour relever
l'honneur de la France. Les valeurs qui ont animé leur combat sont plus
d'actualité que jamais. Nous leur devons respect éternel.
Quatrième
enseignement que nous pouvons tirer de ces évènements, c'est l'importance des
mouvements et de l'organisation de l'action collective qui aide les individus à
se dépasser eux-mêmes. Comment croire un seul instant que les jeunes héros de
la Cascade aient pu agir seuls ou sur un simple coup de tête. Leur courage
ressort en effet, nous le savons, de mois voire d'années de lent travail de
conviction et d'organisation conduit dans la clandestinité par les mouvements
de la Résistance Nationale. Et leur audace relevait d'une nécessité de
l'Histoire.
Ce
que nous honorons, c'est donc bien sûr le courage individuel des acteurs de
cette page, mais c'est aussi et surtout le génie d'un peuple combattant, de sa
jeunesse porteuse d'espoir, et sa capacité à s'organiser, dans l'ombre comme
dans la lumière, pour faire vivre la flamme de la dignité humaine.
C'est
enfin le cinquième message que, je crois, nous pouvons tirer ensemble de ces évènements
- et je concluerai là-dessus : le peuple de France s'est montré capable
des plus grandes choses, à chaque fois qu'il a su se rassembler - face à
l'adversité bien sûr, mais aussi pour construire l'espoir universel en un
monde meilleur de liberté, de paix et de fraternité.
C'est
ainsi que, venus donc de tous les horizons de la Résistance - d'obédience chrétienne,
gaulliste ou communiste -, les trente-cinq de la Cascade ont uni dans leur
sang l'exemple de leur diversité. Et c'est cette diversité qui en définitive
a fait la force de la Résistance, puis du gouvernement de la Libération.
Nôtre
société, nôtre peuple et nôtre pays ont-ils moins besoin d'unité dans la
diversité aujourd'hui qu'hier ? L'aspiration à vivre unis dans une France
libre, dans un monde de progrès et de coopération, dans une Europe des peuples
et non des marchés, rejoint quelque part l'espoir et le combat des résistants
de la Cascade qui eux-aussi voulaient vivre libres et construire un monde
meilleur.
Permettez-moi
de citer à nouveau Madame Blanchet, veuve du Docteur Blanchet mort ici-même,
qui s'adressant à la population chelloise quelques jours seulement après la
libération de la ville, tenait ces propos : "Ce sont nos morts qui
nous dictent ce devoir, eux qui n'ont pas hésité à faire le plus grand des
sacrifices et qui du haut du cimetière, montant sur la cité une garde éternelle,
veillent amoureusement sur nous et sur ceux qui viendront après nous. C'est
aussi la France qui a devant elle un immense avenir : immense par les
travaux, par les soucis, par les responsabilités envers la patrie et envers
l'humanité, immense par la vraie gloire si elle est guidée par la sagesse et
par la justice, immense par la honte si elle échoue. Ce double appel, le Comité
de Libération ne se lassera jamais de le faire entendre"…
Sachons
donc nous inspirer et respecter la mémoire de cet engagement. Au-delà de
l'absolue noirceur du crime commis ici-même et de l'indignation qu'il nous
inspire, ce que nous commémorons ici, ce n'est pas l'atrocité des faits ;
ce que nous commémorons, c'est le message d'espoir et d'ambition que nous a délivré
la jeunesse résistante de France : jeunesse éternelle d'une espérance
qui est une parce qu'elle est humaine.
Dieu
fasse donc - pour celles et ceux qui y croient -, mais surtout les Hommes
fassent que ce message d'espoir vienne en partage et continue d'inspirer le
monde. C'est à cette flamme indéfectible que nous dédions nos fleurs et nos
pensées.
Cette
flamme, nous avons à charge, les uns et les autres réunis ici, de la perpétuer.
Le message des trente-cinq de la Cascade n'est pas mort avec eux dans cette
clairière ; il ne doit pas non plus s'éteindre avec nous qui continuons
à commémorer l'événement. Pour traverser les temps et garder sa portée
humaine et humaniste, il lui faut être transmis et présenté de juste manière
aux générations qui se suivent.
C'est
la raison pour laquelle il nous faut, je crois, souscrire à la proposition qui
est faite - par l'ANACR en particulier (Association Nationale des Anciens
Combattants et Résistants) - de faire du 27 Mai - date anniversaire de la
constitution en 1943 du Conseil National de la Résistance qui a unifié tous
les mouvements de résistance, et surtout ouvert la voie au gouvernement d'union
nationale de la Libération - faire donc de ce 27 Mai une Journée Nationale de
la Résistance - grande journée de formation et d'éducation citoyenne pour les
jeunes générations de notre pays. C'est la condition pour que des commémorations
comme celle d'aujourd'hui continuent d'exister et retrouvent même l'ampleur
qu'elles n'auraient jamais dû quitter.
Gloire
aux trente-cinq martyrs de la Cascade et à tous ceux qui ont péri sur l'autel
de la liberté !
Gloire
aux organisations de Résistance qui leur ont inspiré force et détermination
dans l'amour de la patrie !
Vive
la France libre et plurielle dans une Europe et un monde de paix !
NDLR : cette page a été rédigée fin mars 2003 et mise à jour le 25/08/2004 et le 16 mai 2007 puis le 1er juin 2007..et ce n'est pas fini !
lire l'épisode du roman qui parle de ces évènements