CLUNY, LE MARIAGE DES CULTURES
extrait du roman " D'Éleusis à Dendérah, l'évolution interdite ", la conférence de Nancy
Il
parla du travail fait à Cluny, cette abbaye magnifique que seule plus tard dépassa
en grandeur la basilique Saint-Pierre de Rome... de Cluny qu'aucun membre du
clergé catholique ne sut sauver vers 1820 de la dynamite des marchands de
pierre comme si plus aucun haut dignitaire catholique ne connaissait l'histoire
de ce lieu, comme s'il n'y avait plus d'argent dans l'église catholique pour
acheter ce symbole que même un marchand de pierre put offrir à sa cupidité ou
alors comme si l'autorité catholique romaine s'était soulagée d'être débarrassée
d'une source autrefois rivale à sa puissance temporelle, source tarie depuis
longtemps dans les flammes des bûchers allumés par les dominicains mais dont
les pierres subsistaient encore telle une menace virtuelle... Cluny recueillit
les textes sauvés au Mont Cassin vers l'an 500 par Saint Benoît de Nurcie
pendant que la papauté décadente détruisait à Rome tout le corps de savoir
provenant des auteurs grecs, romains, égyptiens et autres pour tenter
d'affirmer son pouvoir religieux à travers une nécessaire et supplémentaire
adaptation des évangiles et du Nouveau Testament et ceci, trente ans après la
chute de l'empire romain d'occident. A travers cette crise de théocratie, la
papauté se différencia alors de Théodoric, roi des Goths devenu roi des
italiens sous l'autorité de l'empereur d'Orient, et qui à Ravenne, sa
capitale, fit restaurer les monuments romains et lisait Aristote, Euclide et
Ptolémée. Ce fut l'époque des aristocrates romains qui n'avaient plus comme
marques de pouvoir que de devenir coûte que coûte Pape en se séparant de l'église
orientale de Byzance qui soutenait les Goths or Byzance n'accepta pas une telle
outrance à son pouvoir ! Plus tard les rois carolingiens décidèrent de rompre
avec les restes de l'empire romain d'orient et pour asseoir leur pouvoir, ils
favorisèrent l'extension du pouvoir temporel de la papauté romaine en leur
donnant des terres. Afin de se défendre contre les prétentions des papes de
Rome dont les terres se rapprochaient du mont Cassin, les moines prirent le
parti de transporter les manuscrits en Bourgogne, les éloignant d'une saisie
possible des papes romains.
Pierre
parla du mariage sous ces voûtes de Cluny hautes de 30
mètres, des traditions
passées : du rameau hébraïque avec Moïse, David, Salomon; du rameau grec
avec le savoir pythagoricien, platonicien, rameau musulman aussi, rameaux qu'au
mont Cassin travailla Benoît de Nurcie et son ordre ; du rameau celte ensuite
apporté par les druides chrétiens avec Pelage, Patrick, Colomban puis plus
tard Malachie. La tradition chrétienne est formée à Cluny et un savoir matérialiste
se répand pour traduire au quotidien les principes tirés des connaissances
divines et spirituelles disponibles pour l'époque. Les règles bénédictines
s'appuient sur les prescriptions de Benoît de Nurcie qui lui-même adhéra aux
règles cénobites transcrites par Pacôme[1]
qui vécut en ermite en face du temple de Dendérah et qui, à la suite de Jean
et d’Antoine, tenta de sauver les enseignements des prêtres de ce plus vieux
temple égyptien dont l’une des clés initiatrices était la compréhension de
l’Apocalypse, c’est à dire le grand cataclysme qui cycliquement correspond
au basculement de la terre sur son axe pour trouver un nouveau centre de gravité,
une fois évacuée les forces emmagasinées à cause de la rétrocession de la
planète dans sa navigation astrale. Comment l’initié pouvait-il expliquer
qu’il est dans les plans de Dieu que régulièrement la vie sur terre et
l’humanité soit balayée et détruite par de tels cataclysmes ? Comment
peut-il y avoir de l’amour divin dans une telle destruction potentielle de
l’humanité ?
Pierre
parla ensuite de Cîteaux où le voyage acheva sa préparation. Des liens entre
Cîteaux et ces chefs normands qui conquirent en éclaireur les bases de départ
du voyage vers la source : la Sicile, Malte, et des liens entre les moines et
ces navigateurs normands qui cherchèrent en Amérique du Sud l'argent pour
financer le voyage puis, au retour, la construction des cathédrales qui attestèrent
pour la chrétienté de la redécouverte de la Loi des Nombres issue des lois
divines et des mathématiques célestes des temples égyptiens, savoir détenu
à l'origine dans le temple de Dendérah. Il parla de ces papes bénédictins
qui de Sylvestre II, le pape de l'an mille, à Urbain II se donnèrent comme
objectif de reconquérir Jérusalem et la Terre Sainte pour retrouver un savoir
encore caché là-bas. Urbain II, ancien prieur de Cluny, une fois l'Angleterre
conquise par les Normands en 1066 et ce d'après les plans du moine bénédictin
Lanfranc, professeur à l'abbaye du Bec-Hellouin, ordonna la première croisade
en 1096. En 1104, le comte Hugues de Champagne fait un séjour à Jérusalem et
à son retour en 1108, il se confie à Etienne Harding, abbé de Cîteaux. En
1114 Hugues de Champagne retourne à Jérusalem et l'année suivante, à son
retour, il offre à l'abbé de Cîteaux un terrain à Clairvaux. En 1115 Bernard
quitte Cîteaux pour fonder l'abbaye de Clairvaux et en 1118, neuf chevaliers
instruits par Bernard de Clairvaux viennent à Jérusalem pour fouiller les
fondations du temple de Salomon et retrouvés les documents cachés sous le
Saint des Saints par les nazôréens[2]
et l'église de Jérusalem dont Jacques, frère de Jésus fut le premier évêque.
Cette communauté participa à la direction de l’insurrection contre les
romains et ses documents furent donc cachés avec le trésor du Temple par les
dirigeants de l’insurrection à la veille de la destruction de la ville. Les
survivants de cette destruction qui s’installèrent en Europe léguèrent à
leurs descendants le secret de ce trésor caché et ces familles vers l’an
mille sont à l’origine de cette politique du retour à Jérusalem[3].
Plus tard, ce mouvement se poursuivra à travers la franc-maçonnerie. La papauté,
les papes non issus du mouvement bénédictin avaient une raison différente de
s’associer à cette entreprise : s’ils parvenaient à diriger la
reconquête des lieux saints et celle de Jérusalem, alors le pape de Rome non
seulement viendrait au secours de l’église de Constantinople mais aurait
l’argument décisif pour asseoir la primauté de Rome dans l’ensemble de la
chrétienté vis à vis de Constantinople certes mais aussi vis à vis des rois
et empereurs d’Europe, principalement vis à vis de l’empereur du Saint
empire romain germanique. En 1125, Hugues de Champagne abandonne sa famille et
ses biens pour retourner à Jérusalem comme moine sous la direction de Bernard
de Clairvaux. Bernard de Clairvaux depuis son abbaye, organisa une société
dirigée par les nouveaux maîtres du savoir que servait une milice des
meilleurs chevaliers d'Europe. Sollicité par le pape de prêcher une nouvelle
croisade, il se désintéressa de la question pour privilégier le développement
social et économique de son organisation européenne. Le savoir tant cherché
avait été comme ramené de Terre Sainte et il suffisait à éclairer d'un jour
nouveau l'Europe. Les guerres pour la possession de Jérusalem n'avaient plus
d'intérêts pour l'ordre bénédictin sauf l'intérêt d'y envoyer les rois et
seigneurs féodaux qui s'y ruinaient, ce qui accélérait le développement de
l'organisation en réseau des templiers en Europe. Sa raison de vivre et de
mourir était de garder à nouveau l'épée sous la garde du sacré, de ce sacré
complété par des éléments de connaissances revenant de Jérusalem et
trouvant leurs sources dans le savoir sacré de l'Égypte antique ( à l’époque
de Jésus, l’empereur Auguste fait restaurer le temple de Dendérah et y reçoit
l’initiation réservée aux pharaons. Les Esséniens, les Nazoréens comme les
autres communautés savantes de la région devaient y envoyer certains de leurs
membres pour notamment comprendre la raison d’être de l’Apocalypse et celui
qui pouvait en parler attestait ainsi qu’il avait acquis cette initiation, or
Jésus comme Jean livrèrent une interprétation de l’Apocalypse ). En un siècle,
de 1170 vers 1320, 80 cathédrales et presque 500 abbayes furent construite dans
la seule France. Ces constructions représentent plus de travaux de maçonnerie,
de terrassements et de taille de pierre que tout ce que réalisa dans ce domaine
l'Égypte ancienne, construction des pyramides y compris. Le succès de ces
entreprises s'explique par l'organisation économique et sociale en réseau qui
décupla les énergies et les initiatives sous la conduite des ordres
monastiques et chevaliers. Pierre fit une rapide digression pour poser au public
la question de l'intérêt des manuscrits de la Mer Morte découverts après
1948 et des manuscrits coptes cachés vers 300 à 400 après Jésus-Christ et découverts
à Nag Hammadi vers 1945. Ces découvertes ne peuvent-elles pas prouver que des
textes relatifs à Jésus, au Messie restaient bel et bien cachés en Terre
Sainte, dans les ruines de Jérusalem nivelées après la prise de la ville en
70 par Titus ?. Et dans l'étude des textes sauvés au Mont Cassin, les moines
de Cluny ne purent-ils pas avoir l'assurance que cette cachette existait
toujours ?
Ces
moines bénédictins et par la suite ces maîtres du Temple ne s'étaient pas
arrêtés aux dogmes des Pères de l'Église romaine. Eux aussi savaient de
nouveau que Jésus n'avait pas été le premier fils de la femme conçu par la
puissance divine même si à Rome quelques papes pas toujours très érudits en
avaient décidé ainsi pour perpétuer l'œuvre dominatrice de l'empereur
Constantin lors du concile de Nicée, le 20 mai 325. Bernard de Clairvaux ne
combattait-il pas le dogme de l'Immaculée Conception ? Est-ce pour cette raison
que Rome n'a pas réclamé à la république française la restitution de cette
vénérable abbaye transformée aujourd'hui en prison ? Pierre prit à témoin
son public.
Il
poursuivit. Parmi ces moines, beaucoup connaissaient l'histoire de Nout et de
Horus, l'histoire de Devaki et de Krishna. Ils connaissaient la liste des dieux
nés d'une vierge : Krishna, Gautama Bouddha, Indra pour l'Asie ; pour le
Moyen-Orient : Zoroastre, Adonis, Attis, Mithra né d'une vierge dans une étable
le 25 décembre vers 600 avant notre ère et dont la résurrection était célébrée
à Pâques. Même l'empire romain a eu un de ses sauveurs primitifs, Quirinus, né
d'une vierge. Bon nombre de moines durent sourire en comparant l'instauration de
cette légende dans le christianisme et les textes anciens[4]
racontant l'histoire de Juda de Gamala, l'homme de Galilée, héros de Dieu qui
appela Israël à l'insurrection, fit frapper des monnaies portant le mot de République[5],
organisa son territoire d'Israël sur cette organisation et élabora une
doctrine dans laquelle Dieu seul était le roi du peuple élu comme au temps de
Moïse. Ce Juda de Gamala eut avec Marie des fils qui s'appelèrent par ordre de
naissance : Jésus et Thomas les jumeaux[6],
Simon-Pierre et Jacques, enfants qu'éleva Zébédée à la mort de Juda de
Gamala tué par les romains et au remariage de Marie avec lui afin de
sauvegarder la lignée royale de David. Ils savaient que Jésus n'était pas le
premier à instaurer le rite de la cène et à faire vivre le mystère de la
transsubstantiation du pain et du vin en corps du Christ, que Moïse et les
grands prêtres égyptiens célébraient le même rite. Ils connaissaient
l'histoire humaine de Jésus et avaient lu les chroniqueurs romains comme
Flavius Joseph avant qu'à Rome d'autres ecclésiastiques n'expurgent de ces
manuscrits tous ces détails compromettant pour l'histoire sainte, histoire
sainte qui devait servir de légitimité à l'expansion du pouvoir papal. Ces
moines avaient entre leurs mains les textes anciens sauvés par Benoît de
Nurcie, ils avaient pu lire les manuscrits sauvés par d'autres des autodafés.
Ils savaient qu’Irénée, évêque de Lyon vers l’an 200 réclamait déjà
l’interdiction des initiations individuelles, des célébrations comme celles
d’Éleusis car ces pratiques empêchaient le développement d’un système de
pouvoir religieux à partir des évêques et capable de contrôler le savoir
spirituel de chaque communauté chrétienne. Jamais les prêtres de Dendérah
n’avaient demandé de telles mesures dans leur organisation en réseaux. Ces
moines, eux aussi, cherchaient à remonter le rameau hébraïque jusqu'à la Loi
des Nombres, le Cercle d'Or de la Haute-Égypte construit à Dendérah, le plus
ancien temple égyptien restauré une première fois par Kheops en face duquel Pacôme
avait fondé leurs règles cénobites et ils s'accrochaient à l'un des derniers
représentants chez les juifs de cette royauté pharaonique : Salomon. Comme les
prêtres antiques, ils cherchaient à redécouvrir le savoir perdu lors de
l'assassinat par les Hyksos d'un roi de Thèbes gardien des rites initiatiques
pour l'intromission des pharaons, le roi Sekenenrê Taâ II assassiné par celui
qui avait le nom égyptien d'Apophis. Pierre rappela que Thèbes est la ville la
plus proche de Dendérah et de fait, la puissance militaire gardienne de ce lieu
sacré originel. Dans ce savoir perdu, il était question de faire ressusciter
à la vie divine celui qui allait ensuite avoir la charge humaine de pharaon,
c'est à dire de représentant de dieu pour servir de lien entre le Créateur et
l'humanité. Mais les moines n'avaient pas entre leurs mains tous les documents
et, Pierre le rappela, ils durent se résoudre à monter une expédition armée
pour envoyer quelques-uns uns des leurs à Jérusalem et en Terre Sainte
retrouver sous le Saint des Saints du Temple, le chaînon manquant à leur
savoir. A travers leur ordre, les Templiers, du moins leurs maîtres dans le
secret de leur enseignement, tentèrent entre la royauté et la papauté fourvoyée
dans une temporalité anachronique, de remettre à jour un ordre social
directement inspiré de la théocratie égyptienne, de ce peuple qui sut garder
l'épée sous la conduite du sacré, construire des merveilles pendant des siècles
et des siècles sans recourir à l'esclavage[7],
à la tyrannie sanglante contre les siens et qui accepta de transmettre d'une
manière toute parcellaire quelques-unes de ces connaissances spirituelles et
mathématiques aux savants les plus brillants des pays voisins, principalement
aux savants grecs favorisant par là la pérennité de leurs sciences et plus
tard, la renaissance de notre civilisation occidentale, notamment lorsque les érudits
grecs et orientaux durent quitter Constantinople lors de la chute de cette ville
sous les assauts ottomans en 1453 pour venir s'installer à Ravenne, Venise ou
Milan. Cette époque pour l'Europe s'appelle la Renaissance, une nouvelle
naissance grâce au savoir oriental, savoir expurgé en occident par la papauté
romaine mais conservé par les moines à Cluny, Cîteaux, Clairvaux et par
l'ordre des templiers détruit plus d'un siècle auparavant, savoir ancien
encore présent également en orient jusqu'à la fin de Constantinople et
rapatrié en Italie du Nord.
[1]Saint
Pacôme, ermite, 292-348.
[2] nom adopté par les fidèles originels de Jésus qui constituaient l'église de Jérusalem.
[3] Voir le livre « Le second messie. » de Christopher Knight et Robert Lomas chez Dervy.
[4] voir Flavius Josèphe
[5] médina
[6]Jésus étant le premier-né
[7] même si la période de construction des pyramides fut relativement courte.