Pierre LEGENDRE : " Poètes ayez le courage de la lâcheté, étudiez l'industrie "

Extrait de  " Paroles poétiques échappées du texte ", le Seuil, collection " les champs freudiens ".

" Si le pédagogisme, dont ne souffre pas seulement les enfants, ne brandissait pas comme une menace d'apocalypse les nouveautés de l'industrie, si les poètes dégorgeaient moins, pour le compte du Lieu culturel idyllique, s'ils osaient davantage se soulever contre l'emphase rationaliste, alors le manque de folie des savoirs gestionnaires deviendrait accablant et la prétention de balayer les derniers mensonges qui nous restent serait insupportable. L'affrontement guerrier des méthodes de rendement est obscurci par les propagandes scientistes prônant la parole et le bonheur psychologique; nous n'apercevons pas, sous une espèce de professionnalisation de la poésie, un nouveau style d'imposture : on nous détruit la déraison, celle qui fait vivre; on nous refuse le bluff. Contre l'entreprise universelle de la bienfaisance, qui n'hésite pas à transformer les thèmes de la douleur stoïcienne en pharmacopée, à fabriquer un Sénèque pour managers, il est devenu nécessaire d'user de brutalités : poètes, ayez le courage de la lâcheté, étudiez l'industrie.

J'ai toujours considéré, depuis l'enfance de mon savoir, que notre univers de producteurs civilisés comprenait deux espèces d'individus, les poètes et les autres ; d'après moi, ceux qui osent parler et les autres. Si les institutions ne peuvent être le lieu de la parole du sujet, mais seulement le lieu des violences ou des cérémonies diplomatiques dans la négociation des rapports humains, cela signifie que le système industriel, en tant qu'histoire de mots, ne peut être compris sans que les poètes s'en mêlent. Voici donc la seule manière concevable d'aborder la question savante de la structure : sans en appeler à la poésie, il est impossible de s'en approcher, parce que tout système d'institutions est un nœud de fables et que ces fables s'élaborent en un espace précieux de mots. Sans cette considération première, prétendre à la théorie est vain.

A compter de cette remarque, la structure peut faire l'objet d'observations sérieuses, en posant qu'il s'agit de l'étendue textuelle où nous sommes assignés à résidence. "

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dans " D'Éleusis à Dendérah ", les personnages travaillent dans la bancassurance, l'industrie de la chimie, l'électronique, les télécommunications, l'armement. Parmi l'équipe des animateurs du site Fileane.com, en plus des branches d'activité citées précédemment, se retrouvent une expérience de l'industrie de la construction électrique,  de la métallurgie dans la branche électroménager et  équipementier automobile. Il semble qu'à travers ce partage d'expérience, Fileane.com ait suffisamment étudié l'industrie. L'expérience est supérieure à dix années vécues au sein d'usines ou de sites de production allant de 300 à 1200 salariés, dans un cas l'effectif de 1200 salariés comprenait 600 ingénieurs et cadres dont une forte majorité sortis des grandes écoles d'ingénieurs.

Le poète qui s'exprime sur ce site a donc eu le courage de la lâcheté, il a étudié l'industrie.

Les personnages du roman n'ont rien de romantique. Certes, comme les romantiques, ils reviennent au religieux, ils s'inquiètent d'un au-delà. Ils réalisent un changement non pas tant en faisant travailler l'esprit qui cherche mais plutôt en s'abandonnant au langage des émotions et en créant un dialogue de l'âme pour l'âme, en suivant un cheminement initiatique dans une quête spirituelle. Comme les romantiques, il y a refus de la règle, de la loi. Mais ces personnages sont ancrés dans le présent. Il cherche à dépasser la réalité pour réaliser le partage de leur espoir c'est à dire vivre ensemble leurs raisons de vivre et de mourir. Leur entreprise est à la portée de tout un chacun. Seuls, ils n'avancent pas, en groupe tout devient possible. Il n'y a pas un seul héros qui a la dimension d'un être d'exception. Pierre, le poète, n'a rien d'un être exceptionnel qui démontre aux autres les marques d'une quelconque supériorité. Au contraire, son cheminement est plein de doute et souvent c'est le hasard d'un accident, d'une rencontre, de l'écriture d'un poème qui va bouleverser sa quête. Les héros ne sont plus des êtres incompris, des prophètes incompris mais capables à eux seuls de changer l'ordre des choses. Non, c'est le groupe qui avance ensemble protégé par des chevaliers qui vont combattre comme n'importe quelle troupe d'élite. Ils seront simplement préparés à combattre avec la présence à côté d'eux des pouvoirs des mondes supérieur et double exercés par les quatre initiés. Ce sont des guerriers égyptiens, celtes, gaulois préparés à rencontrer les pouvoirs particuliers des pharaons, des grands prêtres, des druides, des prophètes.

Ces pouvoirs proviennent du travail sur la première source de savoir. Aucun miracle ou choix spécial par Dieu n'est nécessaire. Le poète, même s'il utilise la voie directe de la création poétique pour faire vivre son dialogue de l'âme pour l'âme, montre les autres cheminements possibles. Tout être humain durant sa vie terrestre a la possibilité de créer ce dialogue, de développer son savoir à cette première source individuelle et intime à partir des premiers contrats sociaux qu'il va nouer dans sa production du sacré. Nous sommes bien plus loin que le romantisme. Le poète non seulement vit parmi ses frères mais il leur montre maintenant les voies qui mènent à la première source de savoir de manière à pouvoir construire un savoir global avec la deuxième source de savoir, savoir global qui permettra la traduction des mystères de la vie sur le troisième niveau de travail humain : le mariage des cultures pour développer une civilisation dans laquelle l'être humain est au cœur avec toute sa dignité, ses moyens de minimiser la violence et d'assurer la maximisation de la cohésion sociale. Le travail du poète n'a plus rien de formidable. Victor Hugo dans les Misérables ( 1 600 pages soit trois fois plus que le roman "D'Éleusis à Dendérah, l'évolution interdite " ) écrivait :

" Il faut que le poète épris d'ombre et d'azur

Esprit doux et splendide, au rayonnement pur

Qui marche devant tous, éclairant ceux qui doutent

Chanteur mystérieux qu'en tressaillant écoutent

Les femmes, les songeurs, les sages, les amants

Devienne formidable à de certains moments. "

 

Malraux l'écrivait : " nous ne savons pas encore ressusciter les corps mais voilà le temps où nous savons à nouveau ressusciter les rêves ". Pierre, le poète du groupe, lorsqu'il racontera sa première décorporation à douze ans quand il écrit un poème dont la maîtrise lui échappe, parlera d'une force supérieure qui emportera son esprit hors de son corps. Victor Hugo dans les Misérables lancera le slogan du romantisme : " la géométrie trompe, l'ouragan seul est vrai ". L'ouragan est à la source, c'est lui qui déchire la terre pour permettre à la source de couler mais la géométrie ensuite peut servir à autre chose qu'à tromper l'esprit. Aujourd'hui, nous avons retrouver le chemin d'Éleusis et celui de Dendérah. Dans la double maison de vie enfouie sous les sables, Pierre et Laurie auront besoin de connaître quelques peu les Lois divines et les mathématiques célestes pour combiner les forces du monde supérieur avec celles du monde double, réaliser une nouvelle alliance pour placer l'épée sous la garde du sacré et libérer des systèmes de pouvoir, l'espoir des êtres humains.

Ce travail, pour le poète, n'est pas formidable et plus que d'avenir, il s'agit au départ de combler plus de deux millénaires d'obscurantisme, des siècles et des siècles de retard pris sciemment lorsqu'il fut décidé d'interdire la première source de savoir pour conforter les systèmes de pouvoirs religieux et civils capables de légitimer la richesse démesurée des minorités au pouvoir. Ce travail pour le poète reste toujours le même : briser les carcans qui entourent l'esprit pour qu'il goûte au moins une fois à la force de l'ouragan capable de l'emporter dans le monde supérieur. Les égyptiens appelaient ceci : ressusciter à la vie durant sa vie humaine.

Alors pour répondre à Legendre, il n'y a aucun caractère formidable pour un poète d'avoir le courage de la lâcheté et d'étudier l'industrie. Le poète n'est jamais lâche et même les périodes de silence ou d'exil auquel il s'astreint pour ne pas bafouer son espoir dans l'attente d'une nouvelle rencontre avec sa source, sont les marques d'une lucidité et d'un courage rare. Legendre, et nous lui pardonnerons volontiers, semble oublier que les poètes depuis pas mal d'années vivent parmi leurs frères, à la suite d'Eluard et de bien d'autres. Étudier l'industrie ne signifie en rien passer dans le camp ennemi. Le poète ne se cantonne pas aux choses immatérielles et extrapatrimoniales. L'internaute en parcourant ce site saisira la portée d'une organisation sociale sur les trois contrats sociaux. Le poète n'a aucun monopole de savoir ou d'exercice sur l'un de ces contrats. Fileane.com dit qu'il pratique abondamment l'exercice du premier contrat social dans sa traduction des mystères mais d'autres apportent une connaissance tout aussi valable de cette première source de savoir. Les témoignages du livre " La vie après la vie " du Dr Moody en sont une illustration probante et ces expériences de mort immédiates peuvent concerner tout être vivant : son témoignage ensuite, quelle que soit sa culture, présentera des similitudes troublantes justement parce que ces cultures n'auront aucune influence sur ces témoignages parlant d'un ailleurs bienheureux. Démonter pan après pan le nœud de fables qui lie nos systèmes de pouvoirs, confronter les utopies destructrices des systèmes avec l'espoir porté par les membres des réseaux reste bien une marque de courage, d'un courage sans peur et sans reproche. Il n'y a aucune trahison, aucun soupçon de lâcheté : la poésie est faite pour changer la vie, toute la vie et bien entendu celle qui travaille pour produire les biens et services qui satisfont nos besoins. Que le management ment parce qu'il ne peut créer une communauté d'intérêt dans les entreprises tant que la propriété communautaire est interdite au profit de la propriété individuelle, soit ! Tranchons le nœud de fables !... et puis passons à une organisation en réseau bâtie sur les trois contrats sociaux à partir d'un savoir global qui réintroduit une dimension spirituelle dans nos sociétés sclérosées par les utopies du matérialisme scientifique qui ne sait plus voir d'où proviennent les mathématiques, la géométrie du ciel, les conditions scientifiques d'un voyage de Vénus sur Terre, l'interprétation du phénomène de la précession dans la navigation céleste de la planète Terre, le sens de l'histoire de l'apocalypse pour l'humanité, le fait que nous avons perdu un savoir considérable dans les luttes stériles des minorités qui se querellaient pour imposer leurs systèmes de pouvoir. Au poète de lever les interdits et les tabous puisqu'il sait d'où il vient et où il va, toujours entre ciel et terre et par delà les ouragans rencontrés. Ensuite d'autres prendront la parole qui n'est plus réduite à résidence. Ici, sur ce site, le but est d'échanger cette parole libérée, il n'est pas de consulter les péroraisons ou les soliloques d'un poète même si ce dernier a libéré sa parole. Internet doit favoriser cette rencontre, cette échange... tant de paroles restent à prononcer une fois tranché le nœud de fables !

 

lire l'épisode 13